Chapitre 5 : Te revoir enfin….
Harry poussa la porte du restaurant bondé et entra. Il chercha pendant quelques instants et repéra finalement sa table, aux têtes rousses qui s'y trouvait. Il s'avança d'un pas traînant, le dos légèrement voûté, la tête baissée. Il ne voulait pas qu'on le reconnaisse, mais vu son apparence, il n'y avait aucun risque. Il portait des baskets qui avaient connues des jours meilleurs, un vieux jean et un t-shirt blanc bon marché qui cachaient à peine une maigreur alarmante. Il ne s'était pas rasé depuis plusieurs jours, ses cheveux étaient plus emmêlés que jamais, ses ongles étaient rongés.
Mais le plus choquant et le plus triste était probablement son regard. Ce regard que toute joie avait déserté et surtout ses yeux, ses yeux émeraude qui n'étaient plus animés par aucune étincelle de vie. Il n'avait plus rien à voir avec le séduisant Harry Potter que tout le monde connaissait. Son apparence extérieure n'était que le pâle reflet de ce qu'il était à l'intérieur. Démoli. Par les excès mais surtout par son absence à elle. En le voyant arriver, Mme Weasley se leva et alla à sa rencontre.
« Harry chéri ! Je suis si heureuse de te voir » dit-elle en l'enlaçant.
« Bonjour Molly. Moi aussi je suis content » répondit le brun d'une voix faible en lui faisant un de ses rares sourires et en l'enlaçant aussi.
Ron, Fred et George se levèrent également et vinrent l'enlacer. C'est Ron qui était venu le voir ce matin et qui l'avait taraudé jusqu'à ce qu'il accepte de venir manger avec lui, ses frères et sa mère. Il l'avait obligé à se lever, à se laver et s'habiller. Le rouquin avait fait un peu de rangement dans l'appartement, quelques courses.
Le départ d'Hermione avait aussi été un choc pour lui, et tout comme Harry, il en avait été profondément affecté, même si c'était loin d'être aussi destructeur que chez son meilleur ami. Il avait entamé une cure de désintoxication depuis deux mois et tenait le coup, soutenu par sa famille. Il avait remis de l'ordre dans sa vie, en avait rayé tous les parasites. Et il avait aussi fait le bilan, et ne ressentait plus que du dégoût pour lui même ; il avait abandonné sa famille, ses vrais amis, Hermione. Quand il pensait à sa meilleure amie, il avait envie de se frapper, d'hurler ; il l'avait laissé seule pour affronter la situation. Il ne l'avait pas soutenu quand elle en avait besoin, n'avait jamais fait face à Harry pour elle. Il avait essayé de la retrouver avec Harry, mais il savait au fond de lui que c'était inutile. Rien ne pourrait faire revenir Hermione ; elle seule pouvait décider de leur laisser une dernière chance et de rentrer.
Il s'était effondré et avait demandé de l'aide, et se relevait petit à petit depuis. Et quand il se sentait sur le point de craquer, il regardait la petite photo qu'il avait sur lui en permanence : c'était une photo de lui et d'Hermione version sorcier, qui avait été prise après la fin de la guerre. C'était lors de la remise des diplômes des ASPICS. Elle le regardait et il voyait beaucoup de tendresse dans ses yeux. Elle se penchait à son oreille et lui soufflait un « Je suis fière de toi Ronald » ému. Il voulait à nouveau qu'elle soit fière de lui, et c'était ça qui le faisait avancer. Il tentait d'aider Harry du mieux qu'il pouvait. Il passait souvent du temps avec lui, bataillait pour lui faire prendre l'air, s'en occuper.
Le brun se laissait complètement couler, n'avait plus goût à rien, et cela devenait vraiment alarmant. Alors il avait décidé d'organiser ce petit dîner. Il avait fait venir les jumeaux et sa mère, celle-ci se rongeant les sangs à cause du sorcier qu'elle considérait comme un de ses enfants. Molly était encore l'une des rares personnes que Harry écoutait et il savait que la voir ferait du bien à son ami.
« Viens vite t'installer mon petit, viens » dit-elle en le prenant par la main.
Elle le fit s'asseoir à côté d'elle et prit les choses en main. Elle commanda à manger pour tout le monde et fut aux petits soins pour lui. Les quatre Weasley sourirent en voyant Harry manger tous ses plats, même si cela était un peu difficile. Harry rencontra le regard de Ron et lui fit un petit sourire pour le remercier. Ron lui rendit son sourire et le dîner se passa tranquillement.
Cependant, cette quiétude fut brusquement interrompue quand un écran apparut dans les airs. Les conversations cessèrent brusquement, l'attention de tout le monde fixée sur l'écran qui montrait le hall du Ministère en pleine panique générale. Le dispositif de sécurité mis en place par Arthur au début de son mandat s'était déclenché et partout dans le pays, les sorciers savaient que le Ministère était attaqué et qu'il fallait être sur ses gardes.
« Merlin ! Arthur, Percy !! » S'horrifia immédiatement Molly en pensant à son mari et son fils qui y étaient en ce moment même.
Ron se leva pour aller vers sa mère qui était devenue toute blanche et les jumeaux aussi, tandis qu'Harry lui servait un verre d'eau.
« Ne t'inquiètes pas Maman. Papa et Percy sont sûrement à l'abri, protégés par des aurors » dit Fred pour la réconforter.
Et comme pour lui donner raison, la porte du restaurant s'ouvrit et Percy Weasley entra accompagné par trois aurors.
« Percy ! » cria Molly en se précipitant vers lui.
Elle se jeta dans ses bras et le serra de toutes ses forces. Percy serra ses frères et Harry dans ses bras, avant de leur expliquer la situation.
« Mais comment Malfoy a pu s'échapper de sa cellule ? C'est l'une des mieux protégées au monde ! » S'exclama Fred.
« Je n'en ai aucune idée. Mais ce qui est sûr, c'est qu'il est dangereux et qu'il faut à tout prix l'arrêter. Papa m'a envoyé chercher de l'aide, c'est pourquoi je suis ici. J'ai besoin que vous veniez avec moi » répondit le fils Weasley.
C'est alors qu'un bruit de verre brisé se fit entendre. Tout le monde se retourna pour en chercher l'origine et vit Harry qui fixait l'écran les yeux grand ouvert. Il avait la main en sang, alors que des morceaux de verre s'étaient nichés dans sa chair mais ne semblait absolument pas s'en rendre compte ou le sentir. Les Weasley regardèrent à leur tour l'écran et comprirent pourquoi il agissait ainsi.
L'image montrait l'effondrement du plafond. Elle montrait la poussière, les cris, la panique qui montait encore d'un cran. Elle montrait les blessés, puis les corps de quatre personnes. Elle montrait Lucius Malfoy qui avançait, un air épanoui sur le visage à la vision des cadavres. Mais elle montrait surtout une jeune femme, celle qui avait prononcé le sortilège qui avait pu empêcher l'effondrement total du plafond et avait ainsi limité grandement les dégâts. Elle avait enlevé ses chaussures et la veste de son tailleur. Elle était recouverte d'une couche de poussière blanche, mais cela ne l'empêchait pas d'être magnifique, du moins aux yeux de Harry.
Harry sentit comme une force titanesque se répandre en lui. Son cœur cogna dans sa poitrine avec violence, comme s'il recommençait à battre, sa respiration s'accéléra, ses pupilles se dilatèrent comme pour voir encore plus. Et ses yeux ; ses yeux se mirent à briller, à brûler tandis qu'il la regardait. Une flamme les ranima, les illuminant d'un éclat presque surnaturel. Jamais le vert émeraude n'avait été aussi intense. Il la regarda, la détailla, se l'appropria. Il la regarda faire face à Malfoy sans la moindre peur dans le regard. Merlin qu'elle était belle !
Elle était à lui et uniquement à lui. Elle était là
Elle était revenue.
Harry s'approcha et toucha son visage sur l'écran. Il ferma les yeux ; il pouvait presque sentir la douceur de sa peau sous ses doigts. Indescriptible. La revoir était indescriptible. Savoir qu'elle était près de lui était indescriptible. Il ouvrit finalement les yeux et put enfin prononcer son nom sans avoir l'impression de mourir, parce qu'elle n'était pas là :
«Hermione… »
