Chapitre 8 : Destruction
Hermione ne criait plus. Elle n'y arrivait plus. Sa voix était cassée d'avoir tant hurlé. Elle ne savait plus combien de sortilèges de torture Lucius lui avait fait subir. En fait, elle ne savait plus grand chose. Elle sentait que son corps était brisé en mille morceaux. Elle avait déjà reçu des Endoloris, mais jamais ils n'avaient été aussi destructeurs. Jamais elle n'aurait pensé rencontrer un jour une personne aussi remplie de haine et de violence. Malfoy était pourri jusqu'à la moelle et cela se reflétait dans les sorts qu'il lui jetait. Elle avait dépassé le simple stade de la douleur. Il n'y avait pas de mot pour dire l'état dans lequel elle était ; son état extérieur était catastrophique, mais à l'intérieur, c'était pire. Ses organes vitaux étaient pour la plupart partiellement détruits, des veines avaient éclaté, ses poumons étaient dans un sale état, et son cœur était sur le point de la lâcher.
Détruite. Elle était détruite. Son corps était un champ de ruines.
Elle tourna légèrement la tête et vit Malfoy se battre avec trois Aurors en même temps. Voyant la situation dans laquelle se trouvait la jeune femme, les Aurors qui maintenaient le champ de force en place l'avaient rompu pour la secourir. Et ils affrontaient à présent Lucius Malfoy, plus déchaîné et meurtrier que jamais. Hermione vit un corps, puis deux, puis trois tomber à terre et sentit le désespoir l'envahir. Elle vit Lucius s'approcher, la baguette levée, le visage démoniaque.
Le Diable, il était le Diable incarné dans un homme.
Elle savait ce qui allait se passer. Elle allait mourir. Elle le savait, mais elle n'avait pas peur. Arthur était en sécurité. Drago et Espérance étaient en sécurité. C'était le plus important.
Lucius leva sa baguette et s'apprêtait à lancer le sortilège de la mort, quand une voix tremblante que la sorcière aurait pu reconnaître entre mille se fit entendre. Elle sentit l'effroi la prendre et ses yeux s'écarquillèrent d'horreur :
« Papa ……. Papa…….Papa » cria Espérance.
Elle avança au milieu des ruines, le visage ravagé par les larmes, tenant fébrilement son doudou contre elle. Sa petite robe jaune était parsemée de tâches de sang par endroit, elle était légèrement blessée à la tête et portait des égratignures sur les bras, les jambes et le visage. A cause de la folie ambiante, elle avait été séparée de son père. Elle avait tenté de le retrouver, mais elle avait été blessée lors de la chute du plafond et s'était évanouie.
Elle continua d'avancer vers Hermione et Lucius, en appelant Drago. Hermione leva les yeux vers Lucius et vit qu'il avait été comme statufié. Elle vit son regard passer par différentes expressions, et quand finalement la haine la plus virulente se peignit sur son visage, elle comprit comment il avait fait pour s'échapper de l'une des cellules les plus sécurisées au monde. Il voulait Espérance. Il voulait la tuer, la détruire, l'anéantir. C'était devenu une idée fixe, une obsession qui lui avait dévoré l'âme et l'avait maintenu en vie toutes ces années. Comme Sirius en son temps. Ce n'était pas un sentiment heureux, un sentiment de justice. C'était juste un fait, une évidence, une obsession.
Il voulait tuer cette enfant qui avait salie son nom, cette bâtarde dont la mère avait détournée Drago des siens. Mais il voulait surtout faire souffrir son fils. Il savait que pour briser Drago, il lui suffisait seulement de tuer cette petite chose avec son doudou, dernier témoignage de son amour traître avec la fille Weasley.
C'est pourquoi il s'approcha, abandonnant momentanément Hermione. La sorcière essaya de le retenir, mais elle était tellement faible qu'elle parvint à peine à bouger un bras. Elle sentit des larmes non plus de douleur, mais d'impuissance couler. Tout, mais pas Espérance. Pas Espérance. Elle était bien trop pure pour mourir. Elle avait encore trop à vivre, à découvrir, à ressentir.
Espérance vit s'avancer vers elle le Monsieur avec sa grande robe noire. Il avait les cheveux de la même couleur que ceux de son papa. Et les mêmes yeux. Mais les siens étaient froids, alors que ceux de son papa, ils étaient beaux et avaient plein de paillettes. C'est pourquoi elle se recula à mesure qu'il avançait.
Un sentiment de révolte s'empara de Hermione ; elle aussi avait promis à Ginny de veiller sur sa fille, et elle avait toujours tenu ses promesses. C'est pourquoi elle alla puiser au plus profond d'elle-même, faisant appel à sa magie la plus enfouie, la plus cachée, et la plus forte. Elle focalisa toutes ses pensées sur Espérance, et l'entoura d'un bouclier protecteur. Lucius était tellement aveuglé par son désir de vengeance qu'il pensa que c'était la propre magie de la petite qui se mettait en marche. Mais soyons réalistes, que peut la magie d'une gamine de cinq ans face à celle d'un Mangemort ?
Lucius lança un premier Avada Kedavra, mais celui-ci ricocha sur le bouclier sans l'endommager. Espérance tremblait de tous ses membres, elle était terrifiée. C'est alors qu'elle vit sa marraine allongée par terre.
« Hermione !!!!!!!!!!!!!! » cria t'elle.
Elle voulut aller vers elle, mais une voix retentit dans sa tête. C'était la voix douce de sa marraine, elle le savait :
« Ne bouge surtout pas ma petite fée. Reste où tu es. Ton père va bientôt venir te chercher »
Espérance hocha la tête et se tint tranquille, même si elle continuait de trembler. Hermione lui envoya des ondes de chaleur et de douceur pour la réconforter.
Lucius commença alors à bombarder la petite de différents sortilèges, dans le but de briser le bouclier. Hermione ordonna à Espérance de ne pas paniquer ; elle lui demanda de lui raconter une histoire pour tenter de lui faire oublier l'horreur de la situation. La sorcière était concentrée au maximum ; les sortilèges de Lucius étaient puissants et même si elle faisait appel à une magie ancestrale, elle était extrêmement faible et savait qu'elle ne tiendrait pas longtemps.
« Avada Kedavra » lança pour la deuxième fois Lucius.
Cette fois ci, le bouclier se craquela, mais ne céda toujours pas. Hermione perdit le contact mental avec sa filleule tandis que son cœur s'arrêtait. Il rata un, puis deux, puis trois battements, mais recommença finalement à pulser faiblement. C'était comme si les sorts que le bouclier absorbait étaient répercutés sur son propre corps. Elle vit son Espérance recroquevillée à terre, comme quand elle était bébé, pleurer en serrant son petit nounours dans ses bras. Elle sentit son cœur se briser. Pas Espérance…. Pas Espérance.
Hermione essaya de bouger, mais n'y parvint pas. Elle recommença encore, et encore, et encore, sans jamais se déconcentrer pour maintenir le bouclier, et parvint à se mettre sur le dos. Il fallait qu'elle y arrive, il le fallait. Elle rampa jusqu'à un monticule de débris le corps déchiré de part en part, et sans savoir où elle puisait la force nécessaire , se leva pour tenir debout, centimètre par centimètre.
« Espérance !!!!!!!!!!!!!! » hurla alors une voix.
« PAPA ! »
Drago arriva, accompagné d'Arthur. Hermione ne pu tenir plus longtemps et le bouclier disparut. Harry, Ron et les jumeaux arrivèrent au même instant. Drago croisa le regard de son père et su ce qui allait se passer.
« AVADA KEDAVRA » crièrent en même temps les deux hommes.
Deux jets verts sortirent des baguettes : l'un alla vers Lucius et l'autre vers Espérance.
Hermione avait l'impression que la scène se passait au ralenti : elle entendit le hurlement de Drago qui se précipitait sur sa fille mais qui n'aurait jamais le temps d'y arriver.
Elle savait que si Espérance mourait, Drago ne pourrait pas survivre. Il serait anéanti. Alors elle se laissa envahir par l'amour qu'elle éprouvait pour ces deux êtres, par celui qu'elle éprouvait pour Ginny, pour les Weasley, pour Ron et pour Harry. L'amour qui depuis le début était la clé de tout.
Elle posa son regard sur son Espérance, sur cette petite étoile qui devait continuer à illuminer la vie des autres comme elle avait illuminé la sienne, sur cette petite fille qui portait si bien son nom et qui lui avait redonné l'espoir. Elle laissa tout cela l'habiter et prononça les trois petits mots qui lui permettraient de vivre :
« ACCIO AVADA KEDAVRA » dit-elle en tendant son bras.
Le sort dévia de sa trajectoire une demi seconde avant de toucher la fillette. Hermione eut tout juste le temps de voir Drago se précipiter sur sa fille et les éloigner de la zone de combat, et d'entendre un hurlement de désespoir avant que le sort ne la touche.
Elle fut propulsée dans les airs comme une poupée de chiffon et alla s'écraser dans les décombres. Le plafond qui était jusque là retenu par son « Immobilus » s'effondra à son tour, les faisant disparaître, Lucius et elle.
« NOONNNNNNNNNN » hurla Harry.
Les jumeaux et Ron durent le retenir pour l'empêcher de se précipiter vers Hermione. Il se débattit comme un démon en hurlant son nom. Un nuage de poussière les recouvrit tous, et souffla tout sur son passage. Puis ce fut à nouveau le calme.
« HERMIONE….. HERMIONE » hurla à nouveau Harry.
Il se délivra de l'étreinte des trois roux et se jeta sur les décombres. Il creusa à main nue, pour la sortir de là-dessous. Ses mains furent rapidement en sang, mais il continuait. Sa magie entra en jeu et déblaya à sa place. Il trouva Hermione, allongée sur le ventre. Il sortit son corps des débris et la prit dans ses bras.
« Hermione, je t'en supplie… Mon Amour, mon Amour…. Hermione » dit-il en enlevant les cheveux qui cachaient son si beau visage.
Elle ne réagissait pas. Elle ne réagirait plus, plus jamais. Quand il le comprit, Harry laissa libre cour à son désespoir. Il pleura, cria, hurla à la mort tandis qu'il berçait son corps brisé.
Hermione, son Hermione était morte.
Elle était partie. Elle ne reviendrait pas, plus jamais. Elle ne lirait plus jamais d'histoires à Espérance, ne discuterait plus jamais d'art avec Drago, ne réprimanderait plus jamais les jumeaux qui lui avaient fait une farce, ne se disputerait plus jamais avec Ron à cause de sa capacité émotionnelle équivalente à celle d'une cuillère à café.
Mais surtout, elle ne lui sourirait plus. Elle ne l'embrasserait plus, ne le toucherait plus. Elle ne saurait jamais qu'il avait tout abandonné pour elle sans le moindre regret, qu'il ne voulait qu'elle, qu'il était prêt à tout, à tout changer, à tout recommencer. Du moment qu'il l'avait. Elle ne saurait jamais ce qu'il voulait tant lui dire.
Elle ne poserait plus jamais ses yeux chocolat sur lui. Elle n'ouvrirait plus les yeux. Plus jamais.
Ainsi, Hermione ne vit jamais Ron tomber à genoux devant elle et lui demander pardon en larmes. Elle ne vit jamais Espérance et Drago la pleurer, serrés l'un contre l'autre. Elle ne vit jamais que Harry l'avait serrée contre son coeur pendant plus d'une heure, en l'appelant, en la suppliant. Elle ne vit jamais son sang se mêler au sien, les attachant ainsi l'un à l'autre pour toujours. Elle ne vit jamais Harry devenir hystérique quand on essaya de la séparer de lui. Elle ne vit jamais son agonie, sa déchirure. Elle ne le vit jamais les ramener chez eux. Elle ne le vit jamais s'occuper d'elle avec amour, la soigner, la laver, l'habiller, la coiffer. Elle ne le vit jamais les allonger sur leur lit et la tenir contre lui toute la nuit. Elle ne sentit jamais la chaleur de ses lèvres sur les siennes ; ses lèvres devenues froides et pâle à mesure que le temps cruel s'écoulait. Elle ne sentit jamais ses larmes salées sur son visage paisible. Elle ne le vit jamais rester devant sa tombe dans le parc de Poudlard, sous la pluie, toute une journée et une nuit durant. Elle ne le vit jamais déposer une rose blanche, sa fleur préférée, avant de se détourner pour ne plus revenir.
Tout cela elle ne le vit jamais.
Car elle était partie.
Pour toujours.
