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Chapitre 2 :

C'était une douce soirée d'automne. Le temps commençait à peine à fraîchir sans perdre son caractère estival. Les restaurants et les cafés avaient illuminé leurs devantures et formaient des halos dorés et chaleureux dans la pénombre bleutée. De quoi regretter de n'avoir personne à inviter ce soir-là.

Une brusque bourrasque vint semer le désordre dans la chevelure rousse d'une jeune femme qui attendait elle aussi pour traverser. Elle rit et rajusta son écharpe vert pomme. Il lui adressa un sourire malicieux, auxquels elle répondit. Le quelques secondes de trop qu'elle mit à le quitter des yeux lui indiquèrent qu'il avait toutes ses chances.

Mais alors qu'il allait tenter une approche pour lui proposer de venir boire un café ou même manger quelque chose si elle avait le temps, la voiture arriva. Le véhicule, un model très récent et luxueux, se gara juste devant lui, empiétant largement sur le passage pour piéton. Le conducteur ignora superbement les protestations que son attitude suscita et se pencha par-dessus le siège passager pour ouvrir la portière.

- Montez, s'il vous plait.

Il ne se le fit pas dire deux fois et se glissa sur le superbe siège en cuir finement travaillé. La voiture redémarra aussitôt Ils s'éloignèrent un peu du centre ville. Arrivé près du parc, l'homme d'une quarantaine d'année qui tenait le volant pris un virage et commença à tourner autour.

- Général Harker ? Cela faisait longtemps.

- En effet mais nous ne sommes pas ici pour reparler de notre passé commun, et encore moins de cet « incident » en particulier.

Il y eu un long silence, chacun méditant à cet échange. La lumière d'une lampadaire éclaboussa violemment le profil du général. Roy réprima à grand peine un frisson de dégoût. Son supérieur hiérarchique ne manqua pas de le remarquer mais ne fit aucun commentaire.

- Vous avez rencontrez ma femme, n'est-ce pas ?

- La Thunder alchimiste, oui. C'est un honneur et un plaisir de l'avoir dans mon service.

- Un plaisir, je m'en doute. Elle est brillante…et très jeune.

- Eh, bien…j'ai aussi sous mes ordres, le Fullmétal alchimiste alors en matière de jeunesse…Mais il est vrai qu'elle...

- Oui, si jeune et si belle.

Silence. La voiture entama un nouveau tour autour d'un parc. Le général semblait chercher ses mots pour bien se faire comprendre.

- Je connais parfaitement votre réputation auprès de la gente féminine.

- Vous m'offensez en envisageant que je pourrais même songer à…

- Ne faites pas l'innocent, voyons ! Bien sûr que vous y avez songé. Vous vous êtes dit « une si jeune et jolie fille mariée à un vieux barbon comme ça, cela promet d'être facile », c'est normal, je comprend. Va, je sais que je peux vous faire confiance.

Roy avait très envie de demander ce qu'il faisait là, dans ce cas. La perceptive d'un tête à tête avec un mari jaloux ne l'enchantait déjà guère en général mais là, il commençait vraiment à trouver quelques chose d'embarrassant, voire d'inquiétant dans l'attitude de son supérieur. Le Lucky hand alchimiste lui jeta un bref regard et lâcha d'une voix soudain rauque et épuisée :

- Veillez sur elle. J'ai peur de ce qui pourrait lui arriver. Elle est fragile et constamment menacée.

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Camille se sentait un peu guindée dans son uniforme de major tout neuf. Elle avait beaucoup trop chaud. Pourtant elle savait que ni le temps ni le chauffage n'était en fautif. Elle couvait peut-être quelque chose. Elle n'avait pas parler de son évanouissement à Sylvain. Elle ne voulait pas l'inquiéter. Il s'était déjà tant occuper d'elle. Elle ne pouvait pas rester éternellement un poids pour lui.

Le moins qu'on puisse dire c'était que ses deux premiers jours de travail n'avaient pas été de tout repos. Comme elle n'avait pas encore de rôle bien défini dans le service du colonel Mustang, elle avait pensé qu'au début, elle souffrirait surtout de l'ennui, le temps qu'on lui trouve un tâche. Quelle naïveté !

Il y avait constamment vingt chose à faire en même temps et les autres militaire étaient bien trop content d'avoir une nouvelle pour se priver de se décharger d'un maximum de travail dessus. Il avait fallu que le lieutenant Hawkeye intervienne pour les calmer et lui dise de ne pas se laisser faire, sinon ils y prendraient goût.

Mais bon, la journée touchait finalement à sa fin. Elle devait se dépêcher de rentrer. Elle avait confier Francesca à sa belle-mère mais celle-ci devrait bientôt partir pour son cours de dessin et il fallait encore qu'elle fasse quelques courses. Mais alors qu'elle avait presque atteint la sortie, une main se referma sur son coude.

Elle se figea aussitôt, fixant obstinément les doigts qui enserraient ainsi l'articulation de son bras. Elle ne voulait surtout pas remonter le long de ce bras et découvrir le visage…

- On dirait que je vous ai fait un sacré effet, la dernière fois.

Il la regardait droit dans les yeux. Elle n'avait pas pu s'empêcher de relever la tête. Les mêmes troubles que la première fois s'abattirent sur elle mais elle parvint à les repousser et à afficher un mine plus ou moins correcte.

- Je suis juste un peu fatiguée. Le stress des examens doit m'avoir affecté plus que je ne le pensais. Dit-elle plus pour elle-même qu'autre chose.

- Ah, oui ! A ce que j'ai compris quand j'étais dans le bureau de Mustang…

Ce dernier nom n'était pas prononcé sans animosité, nota-t-elle.

- …vous venez juste de recevoir votre titre d'alchimiste d'état. Félicitation.

- Ah…Merci.

Il la tenait toujours.

- Quel nom vous a-t-on attribué ?

- Euh…je suis la Thunder alchimiste mais ne me demandez pas pourquoi.

- Thunder ? J'aime beaucoup le tonnerre. C'est magnifique. D'abord une explosion de lumière et puis ce son majestueux. Vous n'êtes pas de cet avis ?

Elle se sentait de plus en plus nerveuse et la nervosité la faisait parler plus que de raison.

- Si, tout à fait ! Même si c'est dernier temps, le tonnerre est surtout synonyme de nuit entière passé à essayer de calmer Francesca.

- Francesca ?

- Ma fille. Elle aura bientôt un an et elle déteste l'orage. Ça la rend absolument intenable, complètement survoltée, autant qu'on puisse l'être à son âge.

- Peut-être est-ce au contraire parce qu'elle aime beaucoup trop ça ? Moi aussi, les nuits d'orage, je me sens …survolté. Cela vous dirait-il de venir prendre un café avec moi ?

Elle essaya de dire qu'elle n'avait pas le temps, qu'elle venait tout juste d'en prendre un, que sa fille l'attendait, qu'elle avait des choses à faire…Bref, que non, ça ne lui disait pas. Elle fut même tenté de préciser qu'elle était une femme mariée mais au lieu de ça, ce fut une phrase parfaitement inconsidérée qui franchit ses lèvres.

- Et si nous nous tutoyions ?

Il eut un grand sourire et l'entraîna jusqu'à son bureau. Il avait sa propre cafetière: elle était apparu un matin, comme ça, un message subtil pour dire qu'on ne tenait pas à le croiser dans la salle de repos. Il trouvait tout de même des prétextes pour y passer régulièrement, juste pour les embêter.

Camille se sentait sur le point de fondre en larme, tandis qu'elle était contrainte de suivre l'autre militaire. Ces deux derniers jours, elle avait voulu à plusieurs reprise demander l'air de rien des précisions sur lui, à ses collègues de bureau mais elle avait à chaque fois reculer à la dernière minute, en se disant que c'était ridicule. Une fois, elle s'était même éloignée pour ne pas écouter un conversation où le nom de l'homme avait été mentionné. Elle le regrettait à présent.

Pourquoi cette impression de le connaître, à la fois légère et tenace ? En fait, depuis qu'elle était arrivé au QG, elle avait une sensation de malaise, comme si elle avait oublié quelque chose de capitale et qu'on lui secouait des indices sous les nez, en trouvant honteux qu'elle ne découvre pas tout de suite ce que ça voulait dire. Elle savait qu'elle avait oublié et oubliait encore plein de chose. Une euphémisme serait de dire qu'elle n'avait pas une mémoire excellente.

- Kimblee ! Que se passe-t-il ? Lâchez-là immédiatement !

Elle reprit contact avec la réalité. Ils étaient presque arrivé au bureau du militaire mais le colonel Mustang était apparu au bout du couloir et se dirigeait à grand pas vers eux. Kimblee consentit enfin à relâcher sa prise sur le coude de la jeune femme et afficha un grand sourire hypocrite.

- Qui a-t-il, Mustang ? La Thunder alchimiste et moi allions prendre un café ensemble, histoire de faire connaissance.

L'instant d'après, Camille se retrouva dissimulée derrière le dos du colonel, sans qu'elle sache si c'était elle qui s'était abrité de la sorte ou si c'était son supérieur qui s 'était placé entre elle et le lieutenant-colonel. Elle conclut que ça devait être un peu des deux. Elle tremblait de tout ses membres. Un hoquet lui échappa. Elle se rendit compte que ses joues dégoulinaient de larmes.

Sans prévenir, elle tourna les talons et s'enfuit aussi vite qu'elle pu. Arrivée chez elle, elle prétexta un gros rhume et une migraine carabinée pour expliquer ses yeux rougis et sa mine de déterrée. Sa belle-mère de ne pas aller à son cour de dessin et de s'occuper de la petite et des courses, pendant qu'elle se reposait un peu.

De son côté, étrangement Kimblee avait eu beau jurer qu'il n'avait rien fait pour la mettre dans un état pareil, cela n'avait pas convaincu l'alchimiste Flame. Ainsi

le psychopathe fut admis à l'infirmerie pour diverses brûlures de gravité variable mais bon, ses jours n'étaient pas en danger.

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- Ma chérie ?

Sylvain Harker entrebâilla prudemment la porte de la chambre conjugale. Il venait à peine de rentrer. Il dirigeait le grand inventaire des archives de l'armée et cela le retenait tout les soir, jusqu'à des heures indues.

- Ma mère m'a dit que tu ne te sentais pas bien. Tu es malade ?

La pièce était plongée dans la pénombre et il y régnait une drôle d'atmosphère. Le général de brigade sentit une bouffée de panique l'envahir et chercha maladroitement l'interrupteur . Enfin l'ampoule au plafond s'alluma, illuminant la chambre douillette aux teintes chaleureuses.

Sa femme était allongée dans le lit, visiblement nue sous les draps. Contrairement à ce qu'on aurait pu penser, elle ne dormait pas. Son regard était fixé sur le plafond. Elle était blafarde. Il se précipita sur elle et fut soulager de voir qu'elle respirait toujours. Un instant, il l'avait cru morte. Elle se rendit compte de sa présence et lui adressa un sourire vague. Elle était moite et brûlante.

- Mon amour, je vais appeler le docteur mais d'abord, je vais t'enfiler une robe de nuit. Est-ce que tu as envie de vomir ?

Elle fit non de la tête, complètement absente. Une sonnerie de téléphone retentit à l'étage inférieur. Les pas de madame Harker mère se firent entendre dans les escaliers. La vielle femme apparut sur le seuil.

- Sylvain, c'est pour toi, ton travail. Ils attendent toujours au téléphone.

- Dis-leur de rappeler plus tard. Camille est malade

- Ils ont dit que c'était très urgent, que tu devais les rejoindre.

- Je vais voir ce qu'ils veulent. Ils sont intérêt à ce que ce soit capital ! Pendant ce temps-là, appelle le docteur. Je ne m'en irais pas, avant qu'il soit là.

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Le colonel Mustang connaissait trop bien l'odeur qui planait dans l'air. Le général de brigade Harker lui adressa un regard en coin qui signifiait qu'elle lui était familière à lui aussi. Chair carbonisée. Comme il était les deux plus haut gradés, habitant dans les environ, on avait perturbé leur soirée pour les faire venir, par cette nuit fraîche, à un spectacle dont ils se seraient bien passé tout les deux. Ils s'occupaient de superviser les opérations jusqu'à l'arriver du services d'enquête.

Ce qui gisait par terre dans le parking souterrain situé au croisement de la 13éme et de la 14émes rue méritait à peine le nom de cadavre. La victime avait et hachée menue puis brûlée mais cela ne semblait pas être dans un soucis de dissimuler son identité, vu que le tueur n'avait pas prit la peine de ramasser le portefeuille que la victime avait du laisser tomber dans la lutte. Il s'agissait du colonel Moret.