Note: Merci pour vos reviews! Elles m'encouragent vraiment à continuer! Les deux premiers chapitres étaient plutôt introductifs, les suivants seront donc d'une longueur à peu près équivalente à celui ci. Bonne lecture.

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Qui la voyait aujourd'hui ne pouvait pas imaginer un seul instant que cette femme aux traits tirés et au corps alourdi avait été la véritable coqueluche de son université. Belle, piquante, pleine d'humour, toujours habillée avec goût, Narcissa Black faisait tourner bien des têtes...Parmi elles, celle de Lucius Malefoy, élève talentueux et populaire, qui usait et abusait de son physique plus qu'avantageux.

Ils s'étaient retrouvés à partager la même paillasse en cours de chimie. Il était rieur, jamais à court de conversation, prévenant...Bref, le gendre idéal. Et comme bien des autres avant elle, la jolie poupée blonde avait succombé en deux sourires charmeurs et trois clins d'oeils.

Nos deux tourtereaux s'étaient vus échoir le titre (ô combien convoité) du couple le plus glamour de la promotion, et s'étaient par la suite appliqués à ne jamais entacher cette image. Toujours main dans la main, jamais un mot plus haut que l'autre, petits surnoms affectueux...Les professeurs eux-mêmes ne se privaient pas de commenter avec attendrissement leurs moindres faits et gestes.

Narcissa croyait de toutes ses forces que rien n'entraverait jamais ce bonheur sans nuages, leurs caractères si complémentaires, l'union parfaite de leurs corps, cette complicité sans failles qu'elle n'avait connu avec aucun autre... Lucius était son âme soeur, celui aux côtés de qui elle pourrait vieillir sans crainte.

Et puis, le rêve avait commencé à prendre l'eau.

-T'en as pas marre de rester enfermé à la maison, à rien faire de tes journées? Trouve toi un boulot, ça fait longtemps que je te le dis. Et puis, il faudra bien qu'il mange, le bébé...

-Mais qu'est-ce que j'y peux, à la fin, si personne ne veut de moi? C'est ta faute aussi, tu sais bien qu'ici y a rien pour nous!

-En attendant, moi je ramène du fric à la fin du mois. Pas comme certains.

-T'es vraiment une emmerdeuse, Cissa...

-Tu n'avais qu'à pas m'épouser.

Lucius avait fini par trouver du travail. Vigile dans un grand magasin. Ce n'était pas Byzance, mais ça faisait rentrer un peu plus d'argent. Le jeune homme projetait de reprendre ses études là où il les avait laissées, pour pouvoir travailler dans un laboratoire. Narcissa ne doutait pas qu'il y parviendrait, et l'encouragea de nombreuses fois à se réinscrire à la faculté. Lucius temporisait, disait qu'il avait bien le temps...

Les disputes devenaient de plus en plus fréquentes:

-Qu'est-ce que tu me veux encore?!

-Draco n'est pas allé en classe aujourd'hui, sa maîtresse a téléphoné.

-Si tu le surveillais un peu mieux, ton fils, ce genre de choses ne se produirait pas...

-Je te signale que c'est aussi ton fils!

-Ah, parce que c'est moi qui réclamais un gamin à corps et à cris, peut être?

Mais Lucius finissait toujours par s'excuser, souvent en lui offrant un bouquet de fleurs. Elle avait trouvé ça romantique la première fois, énervant les cinquante suivantes...

Malgré cela, Narcissa demeurait persuadée contre tout bon sens qu'elle avait bien fait d'épouser son mari et d'en faire le père de son petit garçon. Lorsqu'il disait qu'il n'en avait pas voulu, c'était sous le coup de la colère lui expliquait-il. Et elle le croyait, luttant coûte que coûte pour protéger cette famille qu'elle avait tant voulu construire...

-Tu ne m'écoutes pas, c'est pas possible d'être aussi égoïste...

-Je ne fais que ça, t'écouter. Toute la sainte journée, je t'écoute gémir sur ton triste sort!

-Il y a quelqu'un d'autre, n'est-ce pas?

-...

-Lucius, je t'ai posé une question!

Draco grandissait, devenait chaque jour plus beau, chaque jour plus semblable à son père. Son coeur de mère était gonflé d'orgueil lorsqu'elle le comparait aux autres jeunes de son âge. Pas un n'arrivait à la cheville de son ange. Il illuminait littéralement toute son existence.

-Draco est premier de toutes les sixièmes.

-Ah.

-Quoi, c'est tout l'effet que ça te fait?!

-C'est bon, on le sait que ton fils adoré est un génie...

Il arrivait cependant que Lucius ait des retours d'affection soudains et inexpliqués pour Draco. Dans ces moments-là, il l'emmenait avec lui assister à des matchs, ou bien au restaurant. Narcissa aurait pû se plaindre, leur budget était beaucoup trop serré pour ce genre d'excentricités, mais elle était bien trop heureuse de les voir ensemble, pensant à chaque fois assister à la naissance d'une tendre complicité.

Il n'en était rien. Lucius passait son temps à critiquer sa femme et à essayer de rallier son fils à sa cause. Draco ne savait pour qui prendre parti, et il en était déchiré.

-Si jamais on te demandait avec qui tu aimerais vivre, qu'est-ce que tu répondrais?

-Tout sauf Michael Jackson.

Et puis, il y avait eu la dispute de trop...

-J'en peux plus! Ça ne peut pas continuer comme ça!

-Alors, qu'est-ce que tu attends? Fiche le camp, puisque c'est ce que tu veux!

- Tu m'as poussé à bout, Cissa.

-Plus Cissa! Plus jamais Cissa!

Lucius avait soupiré, puis s'était levé d'un air las. Narcissa avait senti la peur s'insinuer lentement en elle.

-Où vas-tu?

-Je suis ton conseil, je fiche le camp.

Ses paroles avaient-elles dépassé sa pensée? Oui, probablement, mais la jeune femme était bien trop en colère pour s'en rendre compte, du moins sur le moment...

-N'oublie pas d'emmener tes affreuses cravates avec toi, surtout.

-Ah? Tu ne veux vraiment pas les garder en souvenir?

-La seule chose que je garderai de toi, mon chéri, c'est ton dernier bulletin de salaire...Tu sais, celui qui dort depuis deux ans dans le tiroir de la commode...

-Tu veux dire, à côté de ta boîte de calmants?

Non, c'était seulement quand elle l'avait vu déposer sa valise pleine à craquer dans l'entrée qu'elle avait commencé à paniquer.

-C'est quoi, ça?

-Une valise, Cissy chérie.

-Mais...Tu...

-Eh bien quoi, tu ne veux plus que je m'en aille?

-Je n'ai pas...

-Non, tu n'as pas. Tu n'as plus rien.

-Comment peux tu...

-Regarde toi enfin, on dirait une échappée de l'asile.

Peut être y avait-il une part de vérité là dedans...Narcissa évitait de croiser son reflet au détour du lavabo depuis qu'elle était obligée de travailler de nuit. A son âge, avoir un sommeil anarchique ne pardonnait pas. Elle s'était soudain sentie très vieille en observant son mari rassembler ses dernières affaires. Il devait sûrement faire ça pour l'impressionner...Du bluff, un jeu de sale gosse!

-Tu es sûr de ne rien oublier, Lucius?

-Tu ne me prends toujours pas au sérieux, hein?

Elle avait affecté l'indifférence, se réfugiant dans le sarcasme, faisant pleuvoir les piques acides sur celui qui avait partagé sa vie durant près de quinze ans. Il ne s'était même pas donné la peine de répondre, vérifiant qu'il n'avait effectivement rien oublié.

-Je crois que tout y est.

-Tu m'en vois ravie.

-Le taxi sera là dans cinq minutes. Je vais dire aurevoir à Draco.

Alarmée, Narcissa s'était levée à demi de sa chaise tandis que les pas de Lucius décroissaient dans le couloir. Jamais leur fils ne s'était directement retrouvé impliqué dans leurs scènes de ménage. Non, la plupart du temps Draco écoutait de la musique à fond où se plongeait dans un de ses livres pour ne pas les entendre crier. Son mari essayait de lui faire peur, d'accord, mais là ça devenait déraisonnable!

-C'est bon Lucius, j'ai compris. Tu peux défaire ta valise, bien sûr que je ne veux pas que tu partes. Là, tu es content?

Il avait eu un sourire de pitié:

-Non, tu n'as pas compris.

-Lucius...Chéri...

Le désespoir perçait maintenant dans sa voix. Ses grands yeux bleus s'emplissaient de larmes. L'angoisse faisait tressauter son coeur. Ce n'était pas possible, pas lui.

-Reste, je te jure que je ferai des efforts...Je le promets...Je t'aime...

-Je m'en vais, Narcissa. Lâche moi, où tu auras mal quand je refermerai la porte.

-Tu ne peux pas! Tu ne peux pas me faire ça! Tu n'as pas le droit! Pense à Draco!

-J'ai rencontré quelqu'un. Quelqu'un qui m'a fait prendre conscience du degré d'enlisement de ce mariage. Ne t'en fais pas pour Draco, il ne manquera de rien.

-Quel enlisement? Lucius, tu as promis de m'aimer jusqu'à ce que la mort nous sépare, tu te souviens? C'est ce que le pasteur avait dit, tu te souviens?

-Il y a des promesses qu'on ne peut pas tenir. Pardonne moi.

Il avait secoué la tête d'un air désolé. Elle en aurait hurlé d'impuissance. Draco était sorti sur le pas de sa porte, et regardait sans un mot sa mère se suspendre au cou de son père. Son visage n'exprimait rien qui puisse ressembler à une émotion. Ses grands yeux gris, les yeux de Lucius, étaient comme vides. Narcissa ne le vit pas, trop occupée à essayer de retenir son mari:

-Lucius! Lucius, écoute moi. Il y a des méthodes très efficaces pour régler les problèmes de couple! Ce n'est qu'une crise passagère...On peut la surmonter...

-Pas cette fois. Je m'en vais, Narcissa, lâche moi s'il te plaît.

Presque avec douceur, il l'avait forcée à lâcher prise. Elle s'était mise à pleurer, mais Draco n'avait pas bougé d'un pouce. Il n'avait pas d'avantage réagi lorsque son père avait pris le chemin de la porte d'entrée, mais quand Lucius s'était tourné vers lui, manifestement plus ému qu'il ne souhaitait le laisser croire, il s'était reculé.

-Laisse moi tranquille!

-Draco...

-Fous le camp, je te dis!

-Ecoute moi!

-J'en ai assez entendu.

Recroquevillée non loin d'eux, Narcissa pleurait comme une enfant effrayée.

Cinq années s'étaient écoulées, la place de Lucius était demeurée vacante dans le grand lit de la chambre du fond. Elle qui aimait tant plaire aux hommes et se sentir désirée, même durant son mariage, repoussait désormais toutes les avances. Plus de vêtements légers, plus de maquillage, plus de frivolités délicieuses qui avaient fait le sel d'une bonne partie de son existence. Narcissa Malefoy, redevenue Black, vivait comme une recluse.

Insensiblement, Draco s'était éloigné de sa mère. Lorsque cette dernière essayait de se remémorer leur dernier véritable moment de complicité, le vertige la saisissait soudain. Quand elle l'avait retrouvé étendu dans la baignoire, le sang s'écoulant de ses poignets, Narcissa avait compris que son petit garçon était mort, et qu'elle ne connaissait plus rien du Draco d'aujourd'hui...

Mais y pouvait-elle vraiment quelque chose?

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Lily Potter s'amusait toujours d'entendre son fils unique maugréer tant et plus en la suivant dans le supermarché, poussant à bout de bras un chariot à moitié rempli:

-Attends moi!

-Mais je t'attends, mon chéri. Répondit-elle, tout sourire.

Harry grogna quelque chose dans sa barbe (inexistante) et rajouta une bouteille de jus d'orange dans le chariot.

Lily entretenait avec son fils une relation privilégiée. Elle aimait passer du temps en sa compagnie, discutant de tout et de rien, et même s'il arrivait parfois que l'adolescent joue au rebelle, sa mère savait que ce sentiment était partagé.

Harry était un garçon au caractère facile et doté d'une ouverture d'esprit peu commune, se plaisait-elle à se répéter en le regardant. On sentait déjà qu'il deviendrait quelqu'un de bien. Quel dommage qu'il soit si introverti, les filles passaient vraiment à côté de quelque chose...

Pas plus que James, son mari, Lily n'avait eu le moindre doute sur la sexualité de son fils. Pour eux, il était simplement victime de sa timidité et de cet amour dévot qu'il éprouvait pour une ravissante chinoise de sa classe.

Pendant que sa mère songeait à éventuellement donner un coup de pouce à sa « relation » avec Cho, Harry pensait lui à la lettre qu'il avait posté la veille à destination de Cleveland.

Il s'en était tenu aux banalités d'usage, se présentant rapidement et posant quelques questions de politesse. La vérité était qu'il ne savait vraiment pas quoi raconter à ce mec...

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Comme chaque matin, le courrier traîne sur la table de la cuisine. Ma mère va toujours le prendre avant de partir au boulot et me laisse le soin de le lire. J'ai ensuite pour mission de mettre les factures dans le plat marocain de l'entrée, avec les lettres de la banque.

Une relance pour l'électricité...Faudrait quand même pas qu'on revienne à la bougie...Une carte postale de ma grand mère paternelle, qui croit toujours bon de m'informer qu'elle et mon grand père se la coulent douce dans un quelconque paradis exotique et « pensent bien à moi »...S'ils pouvaient aussi penser à mon compte en banque, ce serait sympa...Et puis une enveloppe blanche, toute bête, à mon nom.

Le profil d'une Elisabeth II encore jeune et fraîche orne le timbre. Ce doit être l'autre lobotomisé qui me raconte sa vie...Je l'ouvre:

Draco (je peux t'appeler Draco?),

Non, tu ne peux pas.

Le professeur Mc Gonagall me demande d'entamer la correspondance avec toi, j'obéis donc.

Brave petit!

Je m'appelle Harry Potter, j'ai dix sept ans, je suis en terminale S au lycée St John, à Londres. Que te dire de plus à part des choses sans intérêt?

Les deux premières phrases sont déjà sans intérêt, Potter.

J'ai pas mal de loisirs. J'aime beaucoup faire du sport, en particulier de l'athlétisme. L'an dernier, j'ai fait deuxième au marathon organisé par le lycée pour une oeuvre de charité.

Oh, vraiment? Et qui était premier?

Sinon, j'aime aussi lire et passer du temps avec mes amis. Tu vas en rencontrer certains, ils participent aussi à l'échange.

Mon Dieu, j'ai hâte...

Je vis avec mes parents, pas très loin de la Tamise. Mon père est architecte d'intérieur et ma mère critique théâtrale.

Mon père s'occupait d'arrêter de dangereux voleurs de fruits et légumes, ma mère nettoie des fesses au jet d'eau dans un hôpital minable.

Ils sont mariés depuis presque vingt ans et je suis leur seul enfant.

Se limiter dans ce domaine était une sage décision.

La maison est grande, tu auras ta propre chambre lorsque tu viendras.

Si tu es très gentil, je te filerai peut être un sac de couchage.

J'adore Londres, pour moi c'est la plus belle ville qui soit. Il y a ici une énergie incroyable.

Tu vas adorer Cleveland, dans ce cas là...

Je ne connais pas du tout les Etats Unis, mes parents préfèrent les destinations plus exotiques. L'an dernier, on a fait Bali.

Je vais te présenter aux parents de mon père, vous aurez plein de choses à vous raconter.

Tu vois, je raconte des choses sans intérêts...

C'est beau, la lucidité.

Je vais te laisser, mon cours d'informatique ne va pas tarder à commencer. Même si notre professeur est plutôt du genre courant d'air, j'essaie de travailler un minimum. Je ne suis pas à proprement parler une « tronche », mais je ne m'en sors pas trop mal.

Réponds moi,

Harry

Parlons sérieusement, avec quel genre de gogol je vais me retrouver?