Note: Vos reviews m'ont redonné un moral que j'avais un peu perdu ces derniers temps...Tous mes remerciements donc, pour AdelheidRei, Lucile Dio, shamra (que j'adore lire), Lymnilia, molly59 (toujours là!) lilas, petite-abeille, et hailie (des défauts dans ma fic, il y en a assez pour écrire un bouquin constructif LoL).

En espérant ne pas vous décevoir!

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Il est 17h00 et je dors encore. Ou tout du moins je dormais jusqu'à ce que ma mère vienne gentiment tambouriner à ma porte pour me signaler que Dora passait me prendre dans moins d'un quart d'heure pour aller chercher mon ami anglais à l'aéroport. Hilarant.

Tout en râlant par principe, j'enfile une chemise noire par dessus un pantalon tout aussi sombre. Je me baladerais avec un panneau « Attention, je mords » que l'effet serait le même, mais au moins Saint Potter ne pourra pas dire qu'il n'a pas été prévenu.

Ma cousine est bien sûr en retard, ce qui me laisse le plaisir de lâcher une remarque méprisante avant de m'engouffrer dignement dans sa voiture. On se fait les joies qu'on peut. Mon bonheur est porté à son comble lorsqu'elle m'annonce, avec l'air de quelqu'un qui s'apprête à se jeter par une fenêtre:

-J'ai recommencé à fumer.

Cette cigarette est sans doute la meilleure de ma vie, je savais bien qu'elle craquerait...

-Il est comment, ton corres'?

-Particulièrement con.

Tonks me regarde comme si je venais de lui annoncer que j'allais me faire prêtre:

-Je voulais dire physiquement, histoire de le repérer quoi.

-Oh...

Pour dire toute la vérité, j'ai balancé la fiche soigneusement remplie par ses soins dans la première poubelle qui s'est trouvée sur ma route. Au fil de ses lettres, je me suis peu à peu forgé l'image d'un grand dadais gaulé comme un lampadaire, avec des cheveux châtains et une raie au milieu. Inutile de me demander pourquoi, les idées préconçues ne s'expliquent pas.

-Sais pas.

Elle secoue la tête d'un air navré:

-Tu aurais quand même pu faire cette effort là, non?

Je préfère conserver un silence prudent, tout en allumant ma deuxième clope. Inutile que Dora ne me croit plus taré que je ne le suis.

-Et il s'appelle comment? Dés fois que tu t'en sois inquiété, bien sûr...

Putain, elle peut pas la mettre en veilleuse et me laisser réduire la vie de mes poumons tranquille deux minutes?!

-Potter.

-Drôle de prénom. Fait-elle en plissant le nez.

Je pousse un soupir à fendre l'âme:

-Il s'appelle Harry Potter.

Tonks a un petit rire:

-Je me disais aussi...

A cette heure les gens normaux quittent le boulot, et les voitures avancent pare-choc contre pare-choc sur près de cinq kilomètres en direction de Detroit. Je me renfrogne dans mon siège. Je n'aime pas être en retard.

Ma chère cousine surprend ma moue et hausse les épaules d'un air fataliste. Si seulement elle s'était pointée à l'heure au lieu de glander je ne sais quoi...

Enfin, le squelette de verre et d'acier de l'aéroport se profile à l'horizon et je sens tous mes muscles se raidirent. Quelle plaie cet échange à la noix...

Après avoir encore perdu un quart d'heure à trouver une place de parking, Dora se dévisse le cou et sautille sur place pour essayer de déchiffrer le panneau des arrivées:

-Bonn, c'est pas ça...Dublin, non plus...Oslo...C'est où déjà ?

-Capitale de la Norvège, Nymphadora de mon cœur.

-Aide moi à chercher au lieu de râler! Siffle-t-elle.

-Je ne râle pas.

-Tu fais une tronche de cent pieds, encore pire que d'habitude...

-Tu voudrais que je saute de partout en poussant des cris de joie parce qu'un connard de fils de bourges vient squatter chez moi?

Mes yeux scannent le périmètre, essayant de repérer un troupeau de britanniques bourrés d'hormones. Mais rien de ce genre ne semble se profiler à l'horizon.

-Genève, c'est pas ça non plus...Pretoria, nan...

-C'est bon Dora, t'es lourde.

Celle à qui je viens de faire cette gracieuse remarque me foudroie du regard et se remet à remuer frénétiquement les lèvres, sans qu'aucun son n'en sorte cette fois.

-Londres Heathrow! Ça y est, j'ai trouvé!

-Attends moi là, je vais chercher le champagne. Grincé-je en rajustant ma chemise.

-L'avion est arrivé il y a plus d'une heure! Gémit ma cousine, sans relever ma pique.

J'écarte les bras avec un grand sourire:

-Potter n'est pas là, l'avion n'est plus là: on rentre! C.Q.F.D!

Et je me dirige d'un pas royal vers la sortie.

Tonks ne semble pas loin de m'emboîter le pas, lorsqu'une voix mugit à pleins poumons:

-MR MALEFOY!

Je vire de bord à 180°. Inutile de donner à Mrs DeVito des raisons supplémentaires de s'énerver. Au moment même ou cette pensée parvient à mes neurones, ma professeur principale entre dans mon champ de vision et je me congratule mentalement de lui avoir évité un infarctus. Quoique vu son visage congestionné et ses cheveux en bataille, nous ne sommes pas passés loin d'une catastrophe sanitaire...

-VOUS DEVRIEZ ETRE LA DEPUIS UNE HEURE, J'EXIGE DES EXPLICATIONS! Rugit-elle en agitant les bras, visiblement inconsciente du spectacle du plus haut comique qu'elle offre aux personnes présentes.

Je prends une mine des plus contrites:

-Veuillez m'excuser, Madame, mais ma cousine a eu quelques soucis avec...c'est un peu gênant de parler de ça...

Elle ne me croit pas, mais c'était sans compter sur le renfort inattendu de Tonks:

-C'est de ma faute si nous sommes arrivés en retard. Vous comprenez, quand je suis dans une certaine période du mois, je...

Une escouade d'anges passe. Mrs DeVito semble reprendre son souffle.

-Ah...Je...Oui...Bien sûr...Tout à fait... Souffle-t-elle finalement en rougissant comme une collégienne. Mr Malefoy, votre correspondant vous attend.

Et la panthère s'en va en rassemblant ce qui lui reste de dignité et en me désignant le snack bar de l'aéroport d'un large mouvement de bras.

Comment je suis sensé retrouver un mec dont je n'ai jamais vu la trombine là dedans moi?

En gueulant son nom?

En abordant tous les nases de la place?

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Une heure que je poireaute devant mon cappucino, qui doit maintenant être aussi chaud que la glace à la vanille que le môme d'à côté s'enfourne joyeusement. D'après ce que le professeur Mc Gonagall et une drôle de bonne femme attifée comme un sapin de Noël m'ont expliqué, mon correspondant chéri aurait « un peu de retard ».

Nous n'avons pas la même définition du peu...

En résumé, j'ai du me coltiner une espèce de phénomène de foire avec un accent texan à couper au couteau pendant une heure. Maria DeVito (du moins c'est ce que j'ai compris quand elle m'a dit son nom) m'a raconté toute sa vie sans me poser la moindre question sur la mienne, ce qui m'arrangeait assez bien, et m'a généreusement offert un vrai sandwich après que je lui ai avoué que je crevais de faim.

Une personne tout bonnement charmante.

J'étais sur le point de m'endormir dans mon fauteuil en faux cuir lorsqu'elle s'est soudainement précipitée hors du snack en hurlant un « MR MALEFOY! » retentissant. Si j'étais mon corres', je commencerais à numéroter mes abattis sans plus attendre...

Elle n'est pas revenue, pas davantage que le futur fléau de mes jours n'est apparu d'ailleurs. Quoiqu'en y repensant, je n'ai pas la moindre idée de ce à quoi ce type peut bien ressembler vu qu'il a du m'envoyer une photographie qui datait de l'époque des couches culottes. Il peut être toujours aussi blond, ou bien totalement différent, impossible de savoir.

-Hey!

Cette manie qu'ont les américains de hurler de partout, c'est agaçant...

-Hey, c'est toi Harry Potier?

-Pardon??

Se tient devant moi une grande fille (femme) avec des chaussures militaires aux pieds. Ses cheveux mauves coupés en pointes lui donne l'air d'un elfe. Elle m'adresse un grand sourire, dévoilant des dents d'une propreté douteuse:

-Harry Potier, c'est toi?

-Euh...Je m'appelle Harry Potter, oui.

Elle éclate de rire. J'ai dit un truc drôle?

-Je me disais aussi, des gamins de l'âge de Dray, il n'y en pas cent. J'avais une chance sur deux, c'était toi ou le petit boutonneux au bar!

Gamin? Je suis majeur dans trois mois, bon sang! Je réplique sèchement:

-Dray est un diminutif de Draco, je présume.

La fille se tord à nouveau de rire. C'est énervant, à la fin...

-Je présume! Hahahaha! Je présume! T'as un de ces vocabulaires!

Ben oui, j'ai été correctement éduqué...moi...

Avant que je n'ai le temps d'ajouter quoi que ce soit, elle empoigne ma grosse valise avec enthousiasme...avant de la relâcher en poussant un juron peu aristocratique:

-Nom de Dieu! Qu'est-ce que t'as foutu là dedans, des briques?!

-Mes affaires...Je bafouille en l'aidant à se redresser.

Elle m'inspecte de la tête aux pieds avant de lâcher d'un ton docte:

-Ouais, je vois le genre. Allez, suis moi.

Maman, Papa, où êtes vous...

Je ne la lâche pas d'une semelle, soufflant et peinant sous le poids de mon bagage, qu'elle m'a finalement laissé, semble-t-il de bon cœur. Sa démarche est bizarre, ça s'apparente plus à des sautillements qu'à de véritables enjambées et je suis presque obligé de courir pour ne pas me faire semer.

-Dray! Ramène tes fesses, je l'ai trouvé!

Je pile net. Devant les portes vitrées...un ange. Aucun autre mot ne me vient à l'esprit. Je reste stupidement planté là tandis qu'il s'avance vers nous et me jette un regard à congeler le Sahara en deux minutes:

-Potter. Salue-t-il avec condescendance, d'une voix traînante mais pas désagréable.

-Euh...Salut...Draco, c'est ça?

Plus pitoyable, tu meurs. Et il semble être de mon avis puisqu'il ne se donne même pas la peine de me répondre et nous précède en direction du parking. La fille aux cheveux violets se retourne vers moi et me tend la main droite avec un sourire jusqu'aux oreilles:

-Moi c'est Tonks, appelle moi Dora.

Il y a un rapport entre les deux?

-O.K...Dora.

Dora (puisque c'est son nom) me fait un clin d'oeil et me prend par le bras comme si nous nous connaissions depuis toujours.

Je n'ose pas me retirer, et nous voilà partis bras dessus bras dessous comme de vieux amis jusqu'à une Ford grise garée de travers, où Malefoy s'est manifestement déjà installé.

Le trajet se déroule dans un silence de mort du côté de mon correspondant. Tonks se montre enjouée et pleine de curiosité, me bombardant de questions et riant de mes réponses. J'ai l'impression de débarquer d'une autre planète. De son côté, Malefoy se contente de quelques reniflements méprisants et grille clope sur clope.

Je l'observe à la dérobée. De près son visage est moins angélique, mais il demeure très beau. Les traits fins, les yeux gris acier, les cheveux d'un blond presque blanc, la peau pâle...Il friserait la perfection sans (et je note ce détail avec satisfaction) les cernes imprimés dans sa chair quasi translucide. Est-il insomniaque? Drogué? Les deux?

Je n'ai pas le loisir de m'interroger davantage. Dans le rétroviseur, deux orbes couleur orage se plantent dans mon regard, et j'ai l'impression de me prendre un coup de poing dans le ventre. Je détourne précipitamment la tête, les joues brûlantes.

La cohabitation risque d'être animée...

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Un quart d'heure que nous roulons sans prononcer un mot. Même Dora est semble-t-il à court de conversation et pianote nerveusement sur le volant. Elle n'aime pas le silence. Moi si. Ça me ressemble. C'est vide et froid.

Potter se ronge les ongles. S'il continue, il va finir par attaquer les phalanges. Si j'étais sa mère, je lui ôterais cette sale habitude à coups de pompes dans le cul. Mais il n'a pas l'air d'en avoir reçu beaucoup dans sa vie. Je l'ai senti au premier regard. Le genre de type à qui personne n'a jamais vraiment dit non, avec qui on a jamais osé être trop méchant. Le style qui plait à peu près à tout le monde, quoi.

Et qui me déplait instinctivement.

Il est temps de lui apprendre un peu la vie...

-Dis moi Potter, tu les as trouvées où, tes chemises?

Il sursaute, visiblement stupéfait que je lui adresse la parole. Il va bafouiller. C'est presque trop facile.

-Euh...Je...C'est ma mère qui les achète.

Heureusement que le ridicule ne tue pas...

-Celle là vient de chez Armani, je crois.

Une chose de sûre, nous n'avons pas les mêmes valeurs.

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Mon correspondant est tout à fait quelconque.

Il a des sourires chaleureux à mon égard.

Il n'est ni beau ni laid.

Il ne semble ni stupide ni génial.

Il me pose des questions sur la vie en Angleterre.

Je lui en pose en retour.

Il me raconte un peu n'importe quoi.

Je fais semblant d'être attentif.

Inutile de passer pour un mal élevé dés le premier soir.

Sa mère cuisine...des surgelés!

J'appellerai la mienne tout à l'heure.

Où es-tu, mon amour?

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Harry était épuisé, et ce fut avec une docilité de mouton de panure qu'il emboîta le pas à son correspondant. Lequel ne lui proposa évidemment pas de l'aider à porter son énorme valise. Derrière eux, Tonks chantonnait un vieux tube des Beatles d'un air concerné.

Narcissa Malefoy les attendait dans le minuscule salon et accueillit le jeune homme avec une chaleur surprenante. Aussi blonde que son fils, elle avait pour sa part des yeux qui avaient dû être d'un bleu étincelant, mais qui semblaient avoir perdus de leur vigueur. Son corps présentait tous les signes d'un affaissement progressif, mais on devinait sans peine à la façon dont il était comprimé dans son gilet noir que Narcissa tentait de préserver son image de jeune fille svelte et virginale.

Même sa voix était celle d'une enfant, la gaieté en moins, songea Harry en lui serrant la main. Elle avait un air un peu égaré, charmant chez une personne de vingt ans et énervant à partir de trente.

Elle lui expliqua doucement qu'elle ne dînerait pas en leur compagnie, car elle travaillait de nuit. L'estomac de l'adolescent se contracta à la pensée qu'il allait devoir passer la soirée en tête à tête avec son correspondant...Correspondant qui s'était d'ailleurs volatilisé.