Note: Merci beaucoup à toutes celles et ceux qui ont la gentillesse de consacrer un peu de leur temps à me lire et à me laisser leurs impressions (je pense à Maolisama, Yepa, Thecrazy, molly59, Lucile Dio et shamra). C'est toujours avec plaisir que je lis vos reviews, même si je n'ai parfois pas le temps d'y répondre.
Désolée d'avoir mis plus de temps que d'habitude à updater, mais les délais risquent malheureusement de se rallonger à partir de maintenant. Si je devais donner un motif, ce serait «raisons personnelles». Je ne développerai pas, mais j'espère que vous me pardonnerez.
RAR anonymes:
zelnazoo: J'ai comme l'impression que tu vas devoir sortir les armes bientôt XD.
claire: Merci à toi plutôt!
Bonne lecture!
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«...et entraîne une chute des cours de la Bourse et l'inquiétude des actionnaires. Le gouvernement doit annoncer prochainement un plan de relance de l'économie de plusieurs centaines de milliards de dollars...»
La crise financière, encore et toujours. Depuis deux semaines, impossible d'allumer la télé ou la radio sans tomber sur un prétendu expert qui nous explique d'un ton grave que l'économie américaine va entrer en récession.
Mais apparemment, notre président bien aimé et ses conseillers ventousés à leurs écrans d'ordinateur projettent d'injecter un beau paquet de fric dans le secteur bancaire.
Quand on donne de l'argent aux banques, ça s'appelle éviter le pire. Quand on en file aux pauvres, ça s'appelle creuser le déficit. Si Potter est chrétien, il doit se faire le même style de réflexions, entre deux séances shopping à Gstaad...
Je suis injuste, je ne le connais pas vraiment après tout. Pour moi, c'est juste un sac où je peux vomir la méchanceté qui me bouffe les tripes. Il faudrait que je songe à le remercier, ou que je lui conseille une carrière de psychothérapeute, mais depuis qu'on s'écrit force est de constater que je vais...moins pire.
Ma mère s'est lâchement tirée en me soufflant un 'bonne soirée' plein d'espoir. Bientôt, Tonks me laissera en plan à son tour en prétextant une connerie, même si pour le moment je l'entends qui se fend la poire avec Saint Potty. L'être humain est d'une lâcheté...
En me recoiffant avec une précision chirurgicale, je pense à la pizza surgelée qui doit m'attendre au congélateur. Si j'arrive à la réchauffer sans la transformer en tas de cendres, l'estomac de mon hôte devrait être satisfait. Je hais la cuisine et tout ce qui s'y rapporte. Et s'il n'est pas content, je l'expédie chez la pétasse du troisième. Celle qui roule du cul et bat des cils à tout bout de champ. Qu'on ne vienne pas dire que je ne fais pas tout pour assurer le bien être spirituel de mon invité...
-Alors Dray, tu t'es fait sauvagement agresser par ton peigne?
La voix moqueuse de Dora me ramène à la réalité. J'entends Potter s'esclaffer bruyamment dans le living. Qu'il crève. Non, je ne suis pas mort. Je n'ai même jamais été aussi vivant.
Les Juifs ont envoyé une chèvre dans le désert avec tous les péchés de leur peuple sur la tête, je renverrai Potter dans ses pénates avec les miens.
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Un quart d'heure que je raconte ma vie à une fille aux cheveux violets et au look que ma mère qualifierait de 'marginal' sans me sentir le moins du monde gêné ou mal à l'aise. Comme si je savais d'instinct que je pouvais lui faire confiance.
Elle me pose des questions rigolotes, s'amuse des anecdotes que je raconte sur mon milieu bourgeois, et me parle de son projet de développement pour le site anarchiste qu'elle administre depuis trois ans. Si mes parents étaient là, ils se dépêcheraient de me tracter loin de cette 'révolutionnaire utopiste', qui à leurs yeux représenterait un 'danger pour la société'. Mais un océan me sépare d'eux, je peux bien apprécier qui je veux.
Arrive le sujet glissant de la vie sentimentale. Dora s'exclame qu'avec 'les putains de beaux yeux' que j'ai, les filles doivent être à mes pieds. Je me tortille sur le sofa et marmonne qu'avoir du succès n'est pas ma priorité dans la vie. Elle me sourit et lance, sur le ton de la conversation:
-Pourquoi, tu préfères les mecs?
Je m'étrangle. Dire? Pas dire? Pas dire.
-Non, c'est pas ça...C'est juste que bon, les filles ça prend un peu la tête...
-Ouais, pas étonnant que certains virent de bord! Fait Dora avec un léger clin d'oeil.
Ai-je réussi à ne pas rougir?
Mais l'attention de ma tourmenteuse est détournée par l'arrivée de Malefoy, qui s'est manifestement repeigné pendant ce petit interlude, et se laisse tomber sur le fauteuil qui me fait face en poussant un soupir à fendre l'âme:
-Ce soir Potter, ce sera pizza ou pizza.
Je m'abstiens de tout commentaire. Heureusement que quelques rations supplémentaires m'attendent dans ma valise...
Mon correspondant me lance un nouveau regard réfrigérant. Il lit dans mes pensées ou quoi?
-Et pour les réclamations, adresse toi à ma chère mère. Précise-t-il en allumant une cigarette.
Vu sa mine, la nicotine ne doit pas être la seule substance à laquelle il est accro...
Tonks semble lutter contre une envie de rire grandissante, et ne peut retenir un gloussement lorsque Draco me tend son paquet:
-T'en veux une?
-Non merci. Fais-je, tout en ayant conscience que l'expression de mon visage doit évoquer celle d'une bonne sœur à qui on proposerait une tournante. Je ne fume pas.
La plaie hausse un sourcil ironique. Le gris de ses yeux me percute, me fouille. Je sens son arrogance, son mépris. Je le lis sur ses lèvres plissées, son corps légèrement penché vers moi, comme un animal sur le point de passer à l'attaque, ses longs doigts qui pianotent sur le bras du fauteuil:
-Ils t'apprenaient quoi, dans ton lycée de bourges? A faire la quête après la messe?
Tonks ne pouffe plus. Je sens qu'elle aimerait bien interrompre son cousin, le contredire, le faire taire. Mais elle ne le fait pas. Peut être parce que je ne suis après tout qu'un étranger pour elle, ou bien parce qu'elle craint Malefoy, difficile de déterminer.
Je réplique, la voix légèrement altérée par la colère que je sens poindre en moi:
-Et ils t'apprennent quoi dans ton bahut pour déshérités? L'art de l'hospitalité et de la conversation?
Étrangement, mon correspondant ne s'énerve pas. Je peux sentir d'ici la réplique mordante qui lui titille le bout de la langue, mais il ne la crache pas.
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-Bon, c'est pas tout les jeunes...Marmonna Tonks en enfilant son manteau...Mais j'ai du boulot, moi...
La jeune femme ignorait que les deux adolescents qui s'affrontaient du regard depuis dix minutes s'étaient retenus de siffler un 'lâcheuse!' accusateur. Mais Nymphadora n'aimait pas les conflits, du moins pas dans la vie réelle, aussi prit-elle -lâchement- la fuite, sans oublier ni son sac ni ses clés de voiture.
Harry et Draco restèrent quelques instants immobiles à écouter le bruit du moteur décroître dans la rue, puis parurent se souvenir qu'ils avaient un combat visuel à mener et ramenèrent chacun les yeux dans ceux de l'autre.
Ce fut le brun qui rompit le contact en premier, le blond retenant une exclamation victorieuse peu mature:
-Alors Potty, tu n'as toujours pas répondu à ma question. Fit-il en allumant sa...il avait perdu le compte...cigarette de la journée.
Harry lui lança un regard mauvais en se reculant dans le canapé:
-Tu peux éteindre cette merde? Ça empeste.
Malefoy leva les yeux au ciel, l'air affligé:
-C'est pas vrai, t'as toujours pas compris la règle?
-Hein?
-Oui, expliqua le blond en détachant les syllabes avec soin. La règle qui dit que tout ce qui te fait chier me comble de joie.
Et il souffla la fumée en souriant.
Harry se renfrogna davantage, concentrant son regard sur les broderies du coussin qu'il tordait entre ses doigts avec la même violence que s'il s'était agit du cou de son correspondant:
-Alors, poursuivit ce dernier, quoi de nouveau dans ta vie trépidante?
-Pas grand chose. Et toi?
-Tutututu Potty, c'est moi qui pose les questions. C'est vraiment ta mère qui choisi tes fringues?
-Laisse ma mère tranquille.
-Tu as insulté la mienne.
-Faux.
Malefoy se leva soudain, les yeux brillants de rage:
-Vrai. Tu crois que je n'ai pas vu comment tu la regardais?
-Mais de quoi tu parles? Murmura Harry, perdu.
Le blond eut une exclamation de dédain et saisit soudain les poignets de son correspondant, le maintenant, avec une force étonnante pour quelqu'un d'aussi maigre, immobile. Harry hoqueta de surprise et tenta de se dégager, mais sans succès.
-Tu la regardais comme si elle était une bestiole blessée et toi un saint près à la recueillir. Tu crois qu'on t'a attendu, avec ta gueule de bon samaritain?
Ses longues mains fines, des mains de pianiste aux ongles bouffés, secouaient vigoureusement la chiffe molle qui le fixait, les yeux ronds et la bouche ouverte sur un cri muet.
-T'es malade...finit-elle par lâcher, atterrée.
Draco lâcha prise, visiblement au prix d'un grand effort sur lui-même. Il aurait voulu briser la nuque de ce crétin, la tordre entre ses doigts jusqu'à arriver à un angle droit. Marre de cette clique de braves gars, avec leurs gros sabots et leur compassion plein les yeux. Il aurait voulu les éclater un par un...
Après quelques secondes d'un silence pesant, Harry se redressa en se massant le cou et en coulant sur Malefoy un regard méfiant:
-C'est bon, ta crise est passée?
-Écoute moi, parce que je ne le répèterai pas. On a pas besoin de petits bourgeois bon chic bon genre ici, alors ta pitié visqueuse tu peux la remballer.
Le brun secoua la tête d'un air navré:
-T'es complètement paranoïaque, c'est grave.
-Et on a pas non plus besoin d'un psychanalyste, siffla Draco.
Les deux jeunes restèrent un moment silencieux et immobiles. Finalement, le blond se leva et Harry l'entendit claquer la porte de la cuisine avec violence.
Draco regrettait de s'être emporté, il avait volontairement tendu le bâton pour se faire battre. Mais à la réflexion, le cerveau de Potter mettrait sans doute une plombe à décoder et à contre attaquer en conséquence. Le temps qu'il lui fallait pour se calmer et recharger son stock de répliques fielleuses.
La pizza crama dans les règles de l'art. Harry abandonna la moitié de sa part et se rattrapa sur les cochonneries dont sa valise était bourrée. Draco ne mangea rien et fila sous la douche, où l'eau chaude se fit désirer. Puis, tandis que le brun discutait à voix basse au téléphone, probablement avec sa maman chérie, le blond alluma la télé et zappa rageusement sur une chaîne sportive.
Et pendant une heure, il regarda sans les voir les joueurs de l'équipe de France de football se faire ratatiner par ceux d'un obscur pays de l'Est.
Il n'entendit pas Harry aller et venir dans la salle de bains, râler en farfouillant dans ses bagages à la recherche de sa brosse à dents, et assurer à sa mère que tout se passait à merveille.
Mais lorsqu'il éteignit le poste, aux environs de trois heures du matin, et regagna sa chambre exigüe, ce fut pour constater que son correspondant s'était enroulé dans une couverture et dormait à même le sol. Il n'avait même pas pensé à lui filer un sac de couchage...
Draco s'allongea à son tour, face au mur, et ne tarda pas à sombrer dans un sommeil peuplé de créatures étranges et de pleurs d'enfants.
