I love you guys, merci à tous!
Légère erreur (eh oui, même les plus brillants esprits...*se sauve en couinant sous les jets de tomates*) dans ce que j'avais annoncé. Ce chapitre ne s'intitule donc pas Frapper avant d'entrer, mais Comment ça, paranoïaque? J'ai voulu aller un peu trop vite en besogne, je le crains fort!
Je n'ai pas le temps de répondre aux reviews anonymes, mais je le ferai au prochain chapitre. Celui ci est davantage une étape de transition qu'une véritable avancée de l'action, mais il est très important pour la suite.
Au menu: la fin d'une conversation, le début d'une autre, et le retour de quelqu'un que j'avais un peu laissé de côté dans les derniers chapitres.
Bonne lecture!
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Et Harry s'étouffa avec ce qui lui restait de salive.
Merde alors!
-...
-Respire à fond, la demande en mariage sera pour plus tard.
Le sourire moqueur de Malefoy fit rosir son correspondant. Le blond avait décidément un don pour exterminer son amour-propre.
-Un pacte de non-agression? Répéta-t-il lentement. Il y a eu agression?
L'américain éclata d'un rire singulièrement grinçant:
-Pas encore d'agression physique, mais ça viendra si on ne fait rien. Ce qu'il faut, c'est mettre la maladie en quarantaine.
-En quarantaine? Fit Harry, qui n'était pas sûr de bien comprendre.
Malefoy leva les yeux au ciel:
-C'est une habitude chez toi?
-Quoi?
-Répéter bêtement quand tu ne comprends pas.
Le brun plissa légèrement les yeux:
-Je croyais qu'on devait arrêter de s'agresser?
-Je croyais qu'il n'y avait pas eu agression?
Un sale gosse, pensa Harry en avisant la lueur de triomphe au fond des prunelles orage de son correspondant. Il attendit patiemment que le briquet de Malefoy daigne s'allumer et que le blond tire sa première bouffée avec une délectation non dissimulée.
-Je résume, fit-il finalement. Tu veux qu'on passe une sorte de contrat dans lequel tu t'engagerais à me ficher la paix.
Malefoy acquiesça lentement sans le quitter du regard:
-A condition bien sûr que tu respectes certaines règles, précisa-t-il en tapotant le bout de sa cigarette rougeoyante.
-Quel genre? Demanda l'anglais avec circonspection.
Draco semblait perdu dans ses pensées, la tête légèrement inclinée sur le côté. Il était vraiment très beau, même si son correspondant aurait préféré se mettre la tête dans un four et tourner le maximum de boutons plutôt que de l'admettre.
-Me laisser vaquer à mes occupations habituelles, fit finalement le blond. Ne pas te mêler de ce qui ne te concerne pas, ne pas poser de questions à ma mère, te faire le plus discret possible, prendre ta douche le matin plutôt que le soir...
-Tu veux oublier ma présence, résuma Harry.
-Exactement, sourit Malefoy. Et je crois que c'est réciproque, non?
-Mmh...
-Alors c'est parfait! S'exclama soudain le blond, avec une expression joviale que peu de personnes pouvaient se vanter d'avoir ne serait-ce qu'envisagée.
Et il tendit une longue main blanche à son vis à vis.
Harry Potter était en règle générale d'un naturel assez prudent, voire méfiant. Sa seule erreur de jugement importante avait été Benjamin Tweeney. En y repensant, ses traits se crispèrent. Il avait bien envie de laisser les doigts de Malefoy embrasser le vide, mais le regard menaçant du blond l'en dissuada.
Alors, le britannique serra la main froide qu'on lui tendait. Il s'attendait à rencontrer des doigts sans vie, mais la poigne de Draco était de fer: s'il n'y avait pas eu ce 'pacte', Harry aurait juré que son correspondant essayait de lui broyer les articulations...
Malefoy le libéra de la pression qu'il exerçait, et le petit brun fila retrouver ses amis sans demander son reste.
L'américain le suivit des yeux, impassible.
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Hermione Granger avait un quotient intellectuel largement supérieur à la moyenne, c'était indéniable. Même si à l'échelle d'une vie Harry ne la connaissait que depuis très peu de temps, c'était spontanément vers elle qu'il se tournait lorsque la situation l'exigeait, un peu comme il l'aurait fait avec une grande sœur complice.
Mais à qui d'autre pouvait-il parler?
James était tout le temps en déplacement, et se donnait bonne conscience en accédant au moindre caprice de son fils. Au fond de lui, l'homme sentait pourtant bien qu'il y avait un problème. Qu'il ne se débrouillait pas si bien que ça. Mais il était bien plus commode de croire sur parole sa femme lorsqu'elle lui affirmait qu'il était le meilleur père possible.
Lily avait toujours été intimement convaincue de tout savoir de son fils unique. N'était-il pas la chair de sa chair? N'avait-elle pas mis au monde un bébé magnifique après neuf mois d'angoisse? N'avait-elle pas toujours été là pour lui, attentive à ses besoins mais sachant poser des limites lorsqu'il le fallait?
Ron était certes un ami fidèle et dévoué, qui défendait le petit brun bec et ongles. Mais les conversations avec lui étaient courtes et tournaient autour des mêmes sujets.
Si Harry se refusait à lui confier qu'il était homosexuel, c'était en grande partie parce qu'il avait l'impression d'ignorer tout de lui: son meilleur ami. N'était-ce pas ironique?
Mais comment prévoir sa réaction? Ron pouvait être aussi compréhensif que buté, et perdre son amitié aurait été un coup trop dur pour le jeune Potter. Le rouquin ne veillait-il pas sur lui depuis le jardin d'enfant? Une place ne lui était-elle pas toujours réservée à la table des Weasley?
Quel piètre meilleur ami faisait-il, à dissimuler une chose aussi importante...
Et ce crétin de Malefoy qu'il n'avait pu s'empêcher de trouver à son goût!
Si Ron apprenait ça, Dieu seul pouvait prédire ce qui se produirait alors.
Les autres garçons que le petit brun côtoyait ne lui étaient pas suffisamment proches pour qu'il se risque à dévoiler un secret de cette ampleur. Et les rumeurs allaient si vite au lycée...
Harry en revenait donc toujours au même point: Hermione.
Il trouva sans surprise la jeune fille à la bibliothèque du campus. Son air sérieux et son front plissé par la concentration, tandis qu'elle tournait les pages du dernier numéro du Times, firent sourire son ami:
-Mione!
-Harry! S'écria l'étudiante, son visage s'éclairant soudain.
Son ton et son regard étaient surpris, mais le petit brun savait qu'elle l'avait probablement épié depuis qu'il avait passé la porte. Et vu le temps qu'il avait mis avant de se décider à l'approcher, feignant de s'intéresser à la presse automobile (Mercedes, BMW: la guerre est déclarée), ou encore au bibliothécaire lui-même (il n'avait jamais vu un type avec une barbe aussi longue), Hermione devait déjà savoir qu'il souhaitait lui parler de quelque chose d'important.
-C'est Ron qui t'envoie? Feignit-elle cependant de l'interroger. Un des ces jours, il comprendra peut être qu'il ne risque pas de choper la gale en s'approchant un peu trop près d'un livre...
-En fait, je voulais te voir pour discuter un peu, précisa Harry.
Hermione haussa un sourcil:
-C'est urgent? Je suis en train de lire un article sur le trafic d'armes en Angola.
-Est-ce que le trafic d'armes peut attendre un tout petit peu? Supplia l'adolescent en ouvrant de grands yeux implorants.
Avec un sourire complice, sa meilleure amie referma son journal et se leva de sa chaise.
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Mon amour.
Crois tu que je n'ai rien remarqué?
Crois tu que je suis stupide ou bien aveugle?
Et toi, comment peux tu ne pas voir?!
C'est pourtant si évident!
Si évident que je t'aime à en crever...
Mais jamais tes yeux ne se posent sur moi.
Du moins, pas vraiment.
Oh bien sûr, tu me regardes.
Mais sans me voir, sans voir ce que j'essaie de te dire.
Sans comprendre ce que chaque geste que je fais hurle pourtant à la face du monde...
Ton comportement envers moi a changé ces derniers temps.
Tu es plus distant, plus froid.
Mais je ne peux pas dire que je ne savais pas dans quoi je m'embarquais en faisant ce que je fais.
Nous ne finirons pas ensemble, c'est comme ça.
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-Et donc, Malefoy veut que vous arrêtiez de vous battre?
Harry et Hermione étaient attablés devant deux gobelets de ce que les dames de service avaient le culot d'appeler café. La jeune fille avait insisté pour payer cette eau chaude améliorée, et le petit brun s'était laissé faire pour la forme.
-En substance, oui.
Hermione acquiesça en buvant placidement une gorgée de l'infâme mixture. Malgré son air décontracté, elle commençait vraiment à s'inquiéter pour son meilleur ami:
-Et tu dis qu'il...enfin...qu'il te plaît?
Harry eut une exclamation outrée et protesta avec vigueur:
-Pas du tout! Il est absolument odieux, et je ne reviendrai pas là dessus! C'est juste ces saloperies d'hormones...finit-il avec beaucoup moins de force, le rouge lui montant lentement aux joues.
La brunette le fixa longuement, pensive:
-Je ne sais pas vraiment quoi te dire Harry, mais à ta place je me méfierais de lui.
-C'est bien ce que je compte faire, assura l'adolescent. Hier il m'a carrément agressé pour rien, et aujourd'hui il se ramène avec son air de premier communiant!
-N'exagérons rien, rit doucement Hermione. Il ne t'a tout de même pas déclaré son amour éternel.
Son meilleur ami se renfrogna et elle lui fit un clin d'oeil malicieux.
-Ben alors, où est-ce que vous étiez passés tous les deux?! S'exclama Seamus Finnigan, qui venait d'apparaître devant eux. Ron te cherche Hermione, je l'ai croisé tout à l'heure devant le lycée.
-Il m'avait dit qu'il arrêtait de fumer! S'écria la brune.
L'irlandais ouvrit de grands yeux:
-J'ai pas dit qu'il fumait! J'ai dit qu'il fumait? Demanda-t-il à Harry, qui riait silencieusement.
-Laisse tomber, fit le petit brun alors que sa meilleure amie s'élançait comme une flèche vers la sortie, c'est l'intuition féminine.
Seamus haussa les épaules en faisant une grimace équivoque et lança d'un ton guilleret:
-Je te laisse vieux, il faut que j'aille retrouver Dean.
-Tu veux vraiment gagner ce pari?
Le châtain éclata d'un grand rire clair:
-Bien sûr! Mais tu sais, je le trouve vraiment craquant...Oh, pas autant que toi bien sûr, acheva-t-il avec un clin d'oeil faussement aguicheur qui fit de nouveau rire l'adolescent.
Une fois Seamus parti, Harry vida son gobelet de café dans la plante verte la plus proche. Il n'aurait pas été étonné de la voir faner sur le champ, comme dans les films...
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Comment savoir?
Comment décrypter ses intentions?
Veut-il réellement nous rendre la vie plus supportable, ou est-ce simplement une ruse?
Peut être croit-il qu'il obtiendra des informations sur ma vie privée, des trucs dont il pourra ensuite se servir contre moi...
Mais peu importe ses motivations réelles dans le fond.
Je suis bien déterminé à ne pas lui céder un pouce de terrain dans cette affaire.
Si quelqu'un doit mordre la poussière, pour une fois ce ne sera pas moi...
Hermione et Ron s'embrassent dans un coin. Elle a du lui passer un savon à cause de la cigarette puis tout lui pardonner, comme d'habitude. J'aimerais parfois être aussi insouciant et amoureux qu'eux, ne pas sans arrêt penser à ce que je dois dire ou faire pour éloigner les soupçons...
Dans le fond, n'était-ce pas ce que je cherchais? Ne voulais-je pas rajouter du piment dans ma vie en répondant de la sorte aux lettres de Malefoy, ou même tout bêtement en ne protestant pas énergiquement auprès du professeur Mc Gonagall pour qu'elle me dégote un correspondant normal?
Question piment, on peut dire que je suis servi. Alors, pourquoi se plaindre?
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Draco assista aux cours de l'après midi, après avoir ainsi qu'il le prévoyait supporté une heure d'éloge ardent des élèves sérieux qui ne fréquentaient pas le lycée en dilettante. Dieu, qu'il pouvait haïr tous ces fonctionnaires à la manque...
La prof d'anglais n'était pas méchante, juste un peu limitée. Elle lui faisait penser à ces bonnes grosses vaches qu'on voit parfois en bordure de voie ferrée. Rien d'autre à faire que de brouter paisiblement en attendant le train, et là relever la tête parce qu'il faut bien montrer aux humains médisants qu'ils ont raison quand ils assimilent le bovin à la bêtise.
-Hé, Potter!
La voix trainante et moqueuse de Malefoy provoqua une décharge électrique chez son correspondant. Une partie de lui, la plus énervée, mis ça sur le compte du ressentiment qu'il éprouvait à l'égard du blond.
-Potter, je te parle!
-Quoi encore, tu ne vois pas que j'essaie de suivre?
Il récolta un regard consterné:
-Tu pourrais au moins faire semblant d'être un peu plus...je sais pas...
-Cool? Suggéra Harry en serrant nerveusement son stylo plume entre ses doigts.
-Faute de meilleure expression, on va dire que c'est ça.
-Je t'emmerde, conclu le brun d'une voix ferme en reportant son attention sur le tableau noir.
-Tutututu...je m'attendais à mieux...
Le petit brun se mordilla inconsciemment les lèvres en gardant les yeux rivés sur Œil-De-Vache, qui se trémoussait sur son estrade en dissertant sur les vertus de la grammaire.
-Malefoy?
-Tentative d'obstruction à l'assimilation de connaissances essentielles, je proteste.
Et Harry plongea sous la table pour y récupérer son sac, manquant de se cogner en se redressant mais cachant ainsi son sourire.
Il ne vit pas celui, narquois mais avec une pointe d'amusement, enfoui sous la calotte glaciaire qui tenait lieu de visage à son correspondant...
