Note: Me revoilà! (eh oui, ça fait comme dans les films où on croit que l'ignoble créature visqueuse a été ensevelie sous une montagne de gravats...Et où on aperçoit une main remuer au moment où les zentils héros quittent la scène en se congratulant).

Bonne lecture et un grand merci à molly59 pour son soutien et ses remarques avisées.

Enjoy!

(désolée pour les réponses aux reviews anonymes. Je lis ces dernières avec autant d'attention et de plaisir que les autres et elles auront droit à des réponses détaillées dans le prochain chapitre.)

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Harry porta avec précaution un hamburger dégoulinant de sauce à sa bouche et mordit avec la délicatesse d'un grand requin blanc en priant pour éviter toute éclaboussure intempestive qui aurait été du plus mauvais effet sur sa belle chemise blanche.

Il avait bien mérité un petit reconstituant...

Presque une semaine qu'il ne pouvait plus regarder son meilleur ami sans qu'une boule de colère ne se forme au fond de son ventre. Presque une semaine qu'il faisait tout son possible pour l'éviter, inventant des prétextes tous plus farfelus les uns que les autres. Il en était convaincu, rester plus de deux minutes à proximité du grand roux mettrait sérieusement en péril une amitié déjà fragilisée.

Comment avait-il osé ?

Non, la véritable question était plutôt: comment lui, Harry, son meilleur ami officiel, son complice de toujours, avait-il pu se fourvoyer à ce point?

Aussi loin que remontaient ses souvenirs, le petit brun avait érigé Ron en modèle de stabilité et de fiabilité. Peut être pas un héritier d'Albert Einstein et compagnie, mais toujours là pour défendre et veiller au bien être de ceux à qui il tenait. Et Hermione appartenait aux heureux élus.

Harry se rappelait encore avec quelle excitation son meilleur ami lui avait annoncé qu'il sortait avec la jeune fille, avec quel dévouement il l'avait traitée dans les premiers temps. Toujours à courir à droite et à gauche pour l'accompagner à son club d'équitation, à son atelier d'écriture, ou à la médiathèque. Toujours à tourner autour d'elle comme un garde du corps, à la complimenter sur ses tentatives de changement de look parfois (souvent) désastreuses...

Dans les premiers temps. C'était là que le bât blessait. Car les choses avaient progressivement évoluées au sein du couple, sans que le petit brun aux yeux verts ne remarque quoi que ce soit bien entendu. Hermione ne s'épanchait guère, préférant écouter les autres lui exposer leurs problèmes plutôt que disserter sur les siens. Quant à Ron, il avait coutume de prendre tout ce qui touchait de près ou de loin à une question sérieuse par dessus la jambe.

Harry avait encore en tête toutes les soirées passées en compagnie de sa meilleure amie à lui confier ses peines et ses angoisses. Elle l'avait toujours écouté avec bienveillance, sans jamais le juger, même lorsqu'il jouait à l'enfant en refusant obstinément de révéler son homosexualité à qui que ce soit et encore moins de chercher à rencontrer des garçons.

Combien de temps passé à le raisonner tranquillement jusqu'à ce qu'il réalise ses erreurs et présente le plus souvent des excuses penaudes? Combien de coups de fils affolés en pleine nuit, à l'époque où Harry faisait régulièrement des crises d'angoisse?

Il avait perdu le compte.

Mais pour gagner quoi en retour? S'était-il seulement intéressé une seule fois à ce qu'elle pouvait vivre ou ressentir, lui qui se prétendait son meilleur ami? Non, et l'adolescent s'en serait flanqué des gifles.

Certains signes ne trompaient pourtant pas. Les sourires, les rires qui se faisaient plus rares. Le ton, plus souvent sec ou brusque. Cette façon de regarder son petit ami d'un air mélancolique. L'apparence physique négligée. Les remarques amères sur la longévité des sentiments...

Comment avait-il pu passer à côté? Était-il à ce point stupide?! A ce point égoïste?!

-Harry?

Seamus Finnigan le scrutait du regard avec une inquiétude mal dissimulée et l'adolescent supposa qu'il devait marmonner tout haut, comme cela lui arrivait souvent lorsqu'il était contrarié.

-Quoi, Seam'?

-J'ai entendu Parvati et Lavande dire qu'Hermione ne viendrait pas aujourd'hui. Sa corres' dit qu'elle a passé toute la nuit à pleurer et qu'elle a même été obligée d'appeler sa mère pour qu'elle lui donne un somnifère.

-Je sais.

L'irlandais demanda alors, d'un ton nettement moins assuré:

-Et...Tu sais ce qu'elle a ou bien...

-Ce ne sont pas tes affaires, répliqua sèchement le petit brun en plantant férocement une pauvre cuillère en plastique dans sa glace vanille.

-C'est bon...Pas la peine de le prendre comme ça...

Mais les pensées de Harry avaient déjà dérivé sur une autre de ses préoccupations (dont les rangs ne cessaient de grossir ces derniers temps). Une préoccupation aux cheveux blonds et à la voix trainante.

Depuis qu'il s'était réveillé nu comme un ver sous la couverture en laine hâtivement jetée sur lui par Hermione, Malefoy semblait avoir décidé de faire comme si sa nuit de délire n'avait jamais eu lieu et oscillait entre politesse indifférente et compassion surjouée à l'égard de son correspondant. Ce dernier lui avait en effet dressé un compte rendu détaillé de ses malheurs et des tortures plus ou moins raffinées que son meilleur ami aurait mérité de subir, dans un instant d'égarement.

Si Tonks, également présente pour ce déballage digne d'un remake des Misérables, avait proposé à Hermione de rejoindre Greenpeace et d'adhérer à son mouvement féministe pour la consoler de ce « connard qu'elle aurait aimé pendre par les couilles », Draco n'avait pas semblé outre mesure bouleversé:

-Tu t'y attendais, non? Franchement, ça se voyait qu'il n'allait pas la conduire à l'autel...

Et sur ces bonnes paroles, le blond était retourné se claquemurer dans son repaire d'où des bribes de conversation téléphonique assez musclée étaient parvenues aux oreilles de toute la maisonnée:

-Non... Tu fais chier, Nick! (pause) Je commence à en avoir sérieusement ras le cul de tes conneries! Remarque, si retourner te geler les burnes dans une prison d'État te tente autant que ça, suffit de me demander...(re-pause mâtinée de régulières exclamations de dédain) Pauvre con, va!

-Il parle vraiment comme un plouc, tu ne trouves pas? Avait commenté Tonks, imperturbable.

-Euh, tu veux dire comme un charretier...Ouais, ouais, un peu.

-Nan, comme un plouc mon chéri. Tu sais, les types aux cheveux gominés qui ne relèvent jamais la cuvette des WC et qui font ronfler le moteur aux feux rouges...

Et ils avaient échangé un sourire complice, comme deux vieux amis qui se comprennent.

-T'as intérêt à tout me rembourser ce soir! Avait alors menacé Draco derrière la cloison aussi robuste qu'un bout de carton.

Mais les choses s'arrangent toujours entre ceux qui savent où se trouve leur intérêt, et les jurons firent bientôt place à une discussion amicale. Ce n'était pas encore aujourd'hui que Nick Bulstrode perdrait un de ces meilleurs clients...Ni que Draco et Harry auraient une discussion franche sur ce qui s'était passé entre eux.

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La drogue, au même titre que l'alcool, offre tout le loisir à son consommateur de feindre l'amnésie partielle, histoire d'éviter des situations par trop embarrassantes. Je l'avoue toute honte bue, je suis un vrai trouillard. Je ne peux tout bonnement plus regarder Potter sans que des images...explicites ne me viennent en tête, mais pas question de laisser le moindre mot entrant dans le champ lexical de «baiser » s'infiltrer dans nos conversations. La politique de l'autruche, comme d'hab.

Si je soupçonne Tonks de me soupçonner (vous suivez toujours?), mais plutôt crever que de me laisser aller sur la pente savonneuse où elle s'efforce de me pousser en évoquant ma vie sentimentale à chaque détour de phrase. Une vraie sournoise, la cousine, finalement. Heureusement que j'ai de la pratique.

Signe du destin (allez savoir...) Weasley a largué Granger il y a une semaine et la pauvre fille passe ses journées à errer comme une âme en peine en bêlant de tristesse. Bien entendu, Harry-un-ami-qui-vous-veut-du-bien a sauté sur l'occasion pour exercer ses talents de conseiller conjugal et me fiche du même coup une paix royale.

En général, c'est à ce stade de mon monologue que la voix de ma conscience me susurre que ce n'est là que partie remise et que je ferais bien de préparer une défense béton si je veux arriver à me sortir de cette merde sans y laisser trop de plumes. En toute franchise, mimer l'énaurme trou noir n'a rien de bien complexe, et je doute que Potter lui-même se trémousse de joie à l'idée de balancer le sujet sur le tapis.

Car c'est là que toutes mes petites voix intérieures se mettent à glapir de bonheur avec un bel ensemble. Non seulement l'objet de mon raid buccal ne m'a pas fichu un pain autrement mérité dans la figure, mais tous les voyants étaient au vert pour un « et plus si affinités » compromis par Granger (je la hais, je la hais...) et ses affres sentimentales.

D'après ce que j'ai compris, Miss Je-Sais-Tout aurait fouillé la merde en fouinant dans les affaires de son cher et tendre. Elle y aurait apparemment découvert ce qu'elle espérait justement ne pas découvrir (dans ce cas, pourquoi chercher?), à savoir la preuve que son retardé attitré avaient des vues sur quelqu'un d'autre. Trop dur à encaisser pour son petit coeur sensible, la pauvre... Seule lueur d'espoir, Saint Potter et sa batterie d'arguments niaiseux destinés à la persuader qu'elle n'était en rien responsable. A d'autres.

Mais je suis injuste, une fois de plus. La vérité est que si Granger ne m'avait pas privé d'un moment qui promettait d'être très agréable, la partie de mon cerveau qui n'est pas celle d'un salopard complet aurait sans doute gaspillé cinq minutes de son précieux temps à compatir. Je n'aurais pas prétendu que je comprenais, vu que je ne me suis jamais fait rejeté par quiconque (merci maman, merci papa) mais j'aurais au moins fait semblant.

A quoi bon évoquer ce qui ne se produira pas, de toutes manières? Surtout quand des préoccupations autrement plus métaphysiques me turlupinent (j'ai envie de recommencer, je peux?) et que mon pote Potty en est l'épicentre. Je devrais peut être m'acheter une perruche...

Ou retourner voir Nick, à la limite.

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Elle sait, elle a lu les lettres. Toutes celles que je n'aurais jamais le courage de te montrer. En même temps je suis bien puni, laisser traîner ça dans mon sac c'est un peu comme se trimballer avec une grenade dégoupillée...

Pas sûr que ce soit moins risqué, au cas où tu viendrais à comprendre que c'est bel et bien à TOI et non pas à une pétasse quelconque que mes délires fleur bleue sont destinés.

Me crois-tu seulement capable d'écrire ou même de penser des machins pareils?

Puisque que je suis grillé, autant crever l'abcès un bon coup tu ne crois pas?

C'est décidé. Je te chope et je ne te lâche pas tant que je n'ai pas balancé ce que j'ai à dire.

J'ai la trouille, inutile de le nier. Tu vas me haïr, me mépriser de toutes tes forces.

Que dire pour ma défense, si j'ose me défendre? Que j'étais sincère avec elle, du moins au début?

Que je ne voulais pas lui faire de mal?

Que je ne suis pas cruel?

Que je t'aime et que ça me bouffe?

Tu vas penser que je ne suis qu'un pauvre taré, et tu auras raison.

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Le grand rouquin n'avait jamais eu l'air aussi sérieux. Il ignora superbement les appels de Seamus et ceux, plus timides, de Neville, concentré sur sa cible. Elle venait juste de se lever pour quitter la salle de classe, apparemment absorbée dans sa conversation avec un grand type afro-américain dont le nom lui échappait toujours. Urban, peut être.

Discrètement, il leur emboîta le pas. Dévoré. Dévoré par le remord et la jalousie. Ne passaient-ils pas un peu trop de temps ensemble, pour des gens qui ne se connaissaient que depuis deux semaines? La proximité physique qui existait entre eux le rendait furieux. En temps normal, il aurait été le seul autorisé à passer son bras autour de ses épaules de cette manière...

Mais les choses avaient changé. Bien trop vite à son goût. Ne devait-il pas y avoir d'avertissements, de signes avant-coureurs? Comme un petit néon rouge clignotant quelque part...

N'importe quoi mon gars, songeait-il furieusement en bousculant sans même s'en rendre compte une pauvre fille blonde qui n'avait rien demandé à personne et qui se lamenta toute seule en ramassant ses livres épars tandis qu'il la plantait là, goujat dans l'âme. Et pourquoi pas un panneau « attention, danger » pendant qu'on y était...

La colère à ceci de dangereux qu'elle monopolise l'attention, la focalisant sur son objet et non pas sur ces paramètres extérieurs qui interviennent toujours au moment inopportun.

Draco Malefoy venait en effet d'apparaître dans le couloir bondé, comme un nageur à contre courant. Au prix de quelques pieds écrasés et d'un commentaire désagréable, il intercepta la cible avec l'assurance de ceux qui se savent maîtres d'eux-mêmes et de la situation:

-Je peux te parler cinq minutes?

L'hésitation était visible dans la voix de la personne qui lui répondit:

-Euh...C'est urgent? Je dois aller voir...

-Granger, acheva le blond. Pas de souci, on parlera sur le chemin.

Et Harry Potter adressa à son correspondant un sourire qui brisa le coeur de son meilleur ami. Parce qu'il était soulagé, reconnaissant, et plein de quelque chose qui ressemblait de façon suspecte à de l'espoir.