NdA: Primo, un grand merci à tous mes revieweurs (malgré les délais de publication de plus en plus longs, ce que je regrette vraiment) et tous ceux qui me mettent dans leurs alertes et/ou leurs favoris.

Deuzio, j'ai eu pas mal de questions suite au dernier chapitre. Une chose que je peux d'ores et déjà vous dire: vous êtes très peu nombreux à avoir compris ce qui se tramait. Mais pas d'inquiétudes, tout se dénouera doucement dans ce chapitre et celui qui suivra.

A propos de ce chapitre en particulier, je sens que certains d'entre vous vont me haïr...

Comment ça, le petit bouton en bas à droite n'exerce pas une attraction irrépressible sur vous?!

RAR anonymes: (comme promis :P)

ange-déchu: merci! Ça me fait vraiment super plaisir! LoL tout le monde se plaint du résumé mais je ne suis vraiment pas douée pour faire des synthèses.

Machin: j'espère que ce chapitre répondra à toutes tes questions. J'avoue que j'essaie de vous embrouiller histoire de garder encore un peu de suspense (genre xD) mais tout va vite devenir clair...Si je ne suis pas sauvagement assassinée par procuration à la fin de ce chapitre, brrrr...

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Et Harry Potter adressa à son correspondant un sourire qui brisa le coeur de son meilleur ami. Parce qu'il était soulagé, reconnaissant, et plein de quelque chose qui ressemblait de façon suspecte à de l'espoir.

Ils se laissaient à présent porter par la cohorte affamée qui se hâtait en direction du self, évitant soigneusement de se regarder. Draco commençait déjà à regretter sa décision et Harry se triturait désespérément les méninges pour envisager une phrase qui ne lui donnerait pas immédiatement envie de voir le sol se refermer sur lui au cas où son correspondant aborderait, comme on dit, le sujet qui fâche...

Absorbés, l'un dans la quête d'un trou de souris par lequel s'échapper, l'autre dans les vagues souvenirs des quelques cours de yoga qui lui avaient été dispensés lorsque Lily s'était aperçue qu'il n'avait presque plus d'ongles à force de se les ronger, les deux adolescents ne remarquèrent pas qu'une troisième personne les regardait s'éloigner en serrant les poings à s'en faire blanchir les jointures.

En franchissant les grilles du lycée, Draco répondit par un plissement de lèvres qui pouvait passer pour un sourire poli au salut méfiant de son pion préféré. Il devinait déjà que le hardi représentant de l'autorité allait se précipiter dans sa cahute surchauffée sitôt qu'il serait hors de vue, et qu'il noterait le numéro de la salle de son premier cours de l'après midi, histoire d'y faire un petit tour.

Mais non, il n'y serait pas. Sans doute cloué au lit par une grippe foudroyante contractée entre midi et deux heures, diraient ses sois disant camarades d'un ton goguenard. Oui, sauf qu'il y avait aussi de fortes chances pour qu'il refile ses microbes à Potter dans l'intervalle. S'il l'embrassait encore, ce qui avait malheureusement de fortes chances d'arriver.

Il ne faut pas penser à ça, se sermonna-t-il vigoureusement en traversant la rue sans prendre le moins du monde garde à la Ford bleue qui déboulait à toute allure et au visage devenu livide de son correspondant. C'est vraiment le plus sûr moyen de tout faire foirer, espèce d'imbécile! À quoi ça sert de se forger un beau masque indifférent et lisse pendant des années, si c'est pour ne pas s'en servir au moment où on en a le plus besoin?!

Besoin d'une dose, de n'importe quoi qui lui scotche le cerveau sur le plancher des vaches et qui laisse sa bouche faire le reste...

Mais bon sang, qu'est-ce qu'il avait à se foutre dans un état pareil pour un binoclard mal peigné?!

-Alors...Tu voulais me...me parler? S'enquit ledit binoclard d'un ton prudent.

Draco se racla la gorge et acquiesça d'un air qui se voulait décontracté. Harry étant aussi merveilleusement nul dans le décryptage des expressions faciales de son correspondant que le commun des mortels, il n'y vit que du feu, et deviner le blond calme ne fit qu'augmenter son stress:

-Me parler de quoi? Poursuivit-il laborieusement.

-Eh bien...

Les méninges de l'américain tournaient à plein régime pour essayer de trouver une amorce potable. Il n'allait quand même pas tout lui balancer de but en blanc, si?

-Tu te souviens du soir où j'étais un peu...stone?

Oh la boulette, mais la boulette!

Harry s'empourpra violemment et s'absorba dans la contemplation de ses baskets, répondant bien plus clairement qu'un long discours à l'interrogation de son correspondant. Correspondant qui pria mentalement Dieu (s'il existait) de l'accompagner dans la longue bataille ardue qui s'annonçait. Il aurait son « oui », même s'il fallait qu'il aille extraire les syllabes du gosier de l'autre avec une pompe...

-Potter?

-Mmh.

-Oui ou non?

-Euh...

Le blond soupira et ferma les yeux un bref instant:

-Harry, bien sûr que je connais déjà la réponse. Mais je veux l'entendre de ta bouche. Tu veux bien me la donner, s'il te plaît?

Quelques vagues réminiscences de courtoisie élémentaire, probablement.

Harry James Potter devait avoir la même expression que Hannibal tournant ses éléphants vers les Alpes en cet instant:

-Oui, je m'en souviens, articula-t-il finalement.

-Tu te souviens que j'ai un peu...trébuché?

-Oui.

-Et qu'ensuite je t'ai...disons...plus ou moins embrassé?

Le « plus ou moins » provoqua un petit rire nerveux chez le brun. Draco avala péniblement sa salive en guettant sa réponse, presque aussi tendu qu'au moment où il avait fallu croiser le regard de sa mère après ce qu'il avait baptisé pour son lexique intérieur « l'épisode de la baignoire ». C'était quand même dingue ce qu'il pouvait être con...

-Oui.

C'est bien mon gars, respire un grand coup et ça ira tout seul!

Et Draco Malefoy prononça les mots qu'il s'était résolu à prononcer, à la fois pour préserver le peu de santé mentale qui lui restait, mais aussi pour Harry...pour Potter, plutôt...Pour qu'il ne se sente pas obligé de rougir comme un idiot chaque fois qu'il le regardait:

-Je regrette.

C'était ce qu'il voulait entendre, non? Pas le genre à assumer ce qu'il était probablement, ou alors avec une trouille d'enfer que papa et maman découvrent un jour que la chair de leur chair se faisait passer dessus comme une vulgaire fille.

La déception était clairement visible sur le visage du jeune anglais, mais le blond l'interpréta comme celle d'un fils de riches qui se voyait refuser quelques instants de sexe et d'interdit où il aurait enfin l'impression d'exister et de se rebeller contre l'ordre établi, même que la société je l'emmerde nananère!

Oui, c'était sûrement ce qu'il devait penser...

La réponse fut lente à parvenir aux lèvres de Harry. Il avait un peu froid tout d'un coup. Pas beaucoup, mais suffisamment pour tirer sur la fermeture éclair de sa veste en se faisant l'effet d'être un parfait crétin:

-O.K, souffla-t-il finalement en détournant le regard. Je suis désolé.

Draco fronça les sourcils:

-Désolé de quoi?

Son correspondant s'empourpra de nouveau et se mordilla les lèvres comme une adolescente effarouchée. C'était quoi ce plan foireux?!

-C'est ma faute, non? Je veux dire...Je savais que t'étais pas dans ton état normal et j'en ai...un peu profité. C'était con, je te demande pardon.

L'américain ouvrit de grands yeux:

-T'es vraiment bizarre, Potter. C'est moi qui te tombe dessus à moitié pété, et c'est toi qui me présente des excuses?!

-C'est pas grave ce que t'as fait. J'ai même...euh...apprécié...mais je comprends que tu veuilles pas continuer sur cette voie, t'inquiète.

Une sonnette d'avertissement résonna quelque part dans la tête de Draco, très loin sous la montagne de préjugés qui lui bouchait la vue, mais il n'y pris pas garde et se contenta d'approuver mécaniquement:

-Merci. Je crois pas que ça aurait marché, tous les deux.

Si les coeurs qui se brisent faisaient du bruit, les deux adolescents auraient eu les tympans percés sur le champ. Harry lâcha sa fermeture éclair et remonta la sangle de son sac sur son épaule avec un sourire bravache:

-T'as raison. Je vais te laisser, Hermione m'attend.

Il eut la patience d'attendre que le blond tourne à l'angle de la rue pour se laisser glisser le long du mur en s'entourant de ses bras, frissonnant de froid. Oh putain, ça n'aurait pas dû faire aussi mal...

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On efface tout et on recommence. J'ai besoin de calme, de mettre un peu les choses au clair dans ma tête. C'est ce que je me répète comme un mantra en remontant ce que mon GPS intérieur réservé aux cas de détresse a identifié comme la rue où vit la correspondante de Mione. Ma Mione à moi. La seule à me comprendre, la seule à m'aimer merde!

Je suis vraiment le roi des abrutis. Le seul truc qui me manque, c'est une pancarte accrochée dans le dos et un type en costume à paillettes qui baratine sur une estrade devant les badauds « Ma! Véné voire l'hommé lé plou couillon de la Terra! ». On pourrait croire qu'à force de se prendre des bâches, la leçon aurait été imprimée, non?

Lui ne voulait pas me baiser pour un pari débile, il m'a juste fait comprendre de façon délicate que j'embrasse comme un manche et que je ne suis qu'un pauvre coincé. Quand je pense que j'y ai cru pendant presque une semaine! Au lieu de m'exciter tout seul à interpréter les regards en coin qu'il me décochait comme des marques d'intérêt, j'aurais mieux fait de m'intéresser un peu plus à ce qui se passait dans la vraie vie.

Un immonde connard égoïste, voilà ce que je suis. Une pauvre tafiole qui se met à fantasmer comme une gamine prépubère dés qu'un beau blond lui adresse un sourire, histoire de compléter ce portrait ô combien digne d'inspirer les générations futures.

Je voudrais être quelqu'un d'autre, quelqu'un de moins stupide si possible. Tenir ma copine par la taille et l'embrasser dans le cou en riant. Je voudrais dormir et ne plus me réveiller. Arrêter le manège une bonne fois pour toutes. Ne plus me branler comme un idiot en imaginant des corps masculins en sueur. Ne plus guetter la moindre de ses expressions.

Ne plus être amoureux, puisqu'il semblerait que je le sois. Redevenir normal.

Rectification: devenir normal.

Je presse mollement le bouton de l'interphone. C'est encore Hermione qui va me récupérer et tenter de recoller les morceaux. Comme si elle n'avait pas déjà assez à faire, franchement!

-Harry?

Sa voix si douce grésille un peu. Il doit y avoir une caméra quelque part, ou alors elle a juste deviné comme elle sait le faire. J'aimerais être son petit ami et venir la chercher pour l'emmener au ciné, ou simplement faire une balade tranquille.

-Je peux monter?

-Je t'ouvre.

Une fois en haut, je pleure. Longtemps. Comme un gosse. Comme un pauvre type.

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Il trouvera bien quelqu'un d'autre pour se faire un plan cul. C'est ce que me chuchote ma petite voix -la plus optimiste de la tribu- pendant que je gravis une à une les marches menant au cimetière qui surplombe la ville comme un oiseau de mauvais augure. C'est ici que ma tante Bellatrix, la soeur aînée de ma mère, a été enterrée l'année dernière. Accident de voiture. Son mari s'en est tiré avec une grosse bosse sur le front. Ne surtout pas chercher à comprendre.

Je n'étais pas particulièrement proche d'elle. Je ne l'étais même pas du tout. Intolérante, rigide d'esprit, malpolie: tout pour plaire! Elle méprisait ma mère pour ne pas avoir su retenir mon père dans son lit, était toujours au premier rang pendant la messe mais aurait laissé un homme crever devant sa porte, et affichait sans complexe ses convictions racistes. Rien que pour le fun, j'aurais aimé qu'un de ces immigrés qu'elle regardait comme des détritus lui fiche un jour son poing dans la gueule.

Mais j'aime bien me rendre sur sa tombe pour réfléchir. Le cimetière est un des derniers endroits où on peut avoir à peu près la paix dans cette ville. Il y a aussi église, mais ce serait pousser la provocation un peu trop loin.

Potter avait l'air triste, comme si je lui avais fait mal quelque part.

Élémentaire, mon cher Watson.

Élémentaire...

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Où es-tu passé, nom d'un chien?!

Il suffit que je trouve le courage pour qu'on te dérobe à moi.

À croire qu'il y a quelqu'un là haut qui a ses entrées VIP et qui ne m'aime vraiment, mais alors vraiment pas.

Je t'ai cherché tout l'après midi sans parvenir à te mettre la main dessus.

Lui non plus n'était pas là.

Je vous imaginais ensemble, et mon estomac se tordait de dégoût.

Mais je divague, je me fais des idées...

Il n'est certainement pas « comme ça », et toi non plus.

Je vois le mal partout, alors que tu es si pur.

Si différent de moi.

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Hermione n'avait pas été longue à comprendre que quelque chose de grave venait de se produire. Il avait alors suffit d'une étreinte chaleureuse et de quelques paroles réconfortantes pour faire fondre son meilleur ami en larmes.

En écoutant son récit, un sentiment similaire à celui qui s'était emparé d'elle lorsqu'elle avait refermé le sac à dos de son petit ami l'envahissait. Deux pauvres bêtes. Voilà ce qu'ils étaient. Pas vraiment en phase avec leur époque, sûrement. Et pas vraiment prêts pour l'amour façon Kleenex. On prend, on use, on jette. Rapide et pratique.

Pour bien vivre, il ne faut pas trop se poser de questions. Elle ne savait plus comment s'appelait l'écrivain aux lunettes fashion qui avait dit ça à la TV un soir, mais ses belles mains qu'il agitait en baratinant une audience captivée et son pull en cachemire de petit péteux ne l'avaient pas empêché d'avoir raison. Tandis qu'elle serrait Harry contre elle à s'en faire mal, Hermione se jura croix de bois croix de fer d'éviter le rayon psychologie de sa librairie fétiche comme la peste désormais.

Freud et ses comparses pouvaient bien écrire ce qu'ils voulaient et échafauder de grandes théories fumeuses agitées par des universitaires livides en direction de ce monde de merde, de ce monde qui partait grave sa mère à la dérive, de ce monde que ses habitants regardaient s'enfoncer avec l'angoisse du matelot qui sait qu'il n'y aura pas assez de canots de sauvetage pour tout le monde, il n'existait pas encore de mode d'emploi tout prêt pour décoder les sentiments humains.

Parce qu'un homme -au sens large du terme- est par définition versatile et imprévisible.

-Mione?

Harry avait relevé la tête et essuyait ses yeux rougis en soupirant. Il se comportait vraiment comme une fille...

-Oui?

-Reste avec moi. Je veux juste m'occuper de toi. Je ne te ferai pas de mal, tu sais.

Il était cinglé de proposer, et elle était cinglée d'accepter. Mais dire non, c'était comme dédaigner une béquille quand on vient de se casser une jambe. Alors ils se sourirent d'un air malicieux, comme deux gamins qui s'apprêtent à faire une bonne blague, et joignirent leurs lèvres.