NdA: Salut tout le monde!
Après une longue période de découragement, j'ai décidé (sur de bons conseils) de me secouer un peu les plumes pour vous poster une suite que je crains ne pas être de très bonne qualité. J'ai reçu des critiques constructives et j'ai essayé d'en tenir compte, mais...
Enfin, à vous de voir.
RAR anonymes:
ange-déchu: merci pour ton soutien et ton enthousiasme, ça fait chaud au coeur!
Machin: oui, un garçon...pour que Draco se secoue, il faudrait au moins que la troisième guerre mondiale éclate LoL je pense que c'est à Harry de se bouger pour obtenir ce qu'il veut, et c'est ce qu'il va faire le p'tit...merci pour ta review!
King pig: j'ai lu attentivement ta review et je te remercie pour ta franchise. Je comprends tes réserves et j'ai tâché d'en tenir compte dans ce chapitre: un seul POV pour que ce soit plus clair, recentrage sur Harry et Draco, quelques explications sur le comportement d'Hermione...voilà, c'est à peu près tout ce que je peux faire en l'état actuel des choses mDr mais ta critique m'a ouvert les yeux, merci encore!
Mirage: là aussi je comprends que ça puisse paraître assez peu crédible, mais je vais tenter de justifier mon choix dans ce chapitre et les prochains. Tant mieux si la note de mon profil (qui n'est pas de moi, je n'ai aucun mérite) t'a donné envie de laisser une review LoL merci en tout cas d'avoir pris le temps de le faire.
Bonne lecture!
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Je m'appelle Hermione Granger et je sors avec un gay en pleine et entière connaissance de cause. Avant toute chose, je tiens à préciser que je ne suis ni masochiste ni dépressive. C'est vrai, quelle personne normalement constituée aime souffrir? J'aime les garçons. Ils m'aiment un peu moins, mais ce n'est pas la raison pour laquelle je me suis « rabattue » sur Harry.
Les guillemets sont de rigueur, j'aurais pu rester seule. Ma mère désapprouverait si elle savait qu'il ne m'a pas fallu une semaine pour passer de mon rouquin rigolard de petit copain à son tristounet meilleur ami aux yeux de fille. Mes parents se sont rencontrés à l'âge de quinze ans et ça fait trente ans que ça dure. Ils rient quand j'affirme que les temps ont changés. Ils m'aiment.
Je m'appelle Hermione Granger et j'ai été conçue dans l'insouciance. Mon père avait plaqué ses études de chirurgie pour vivre dans les bois avec sa bande de doux rêveurs. Les photos sont équivoques, ses épaules s'affaissent quand il les regarde. C'est en général à ce moment que ma mère bifurque adroitement sur mes résultats scolaires ou l'abonnement au Times qu'il faudrait penser à renouveler. Si elle ne le fait pas, c'est parti pour deux heures de « mais où est passé notre idéal?! ».
Leur idéal est passé à la moulinette dans un duplex en plein coeur de Londres et une maison dans le sud de la France. Avant, je trouvais ça marrant d'y aller tous les étés. Je ne veux pas commettre les mêmes erreurs. Pour commencer, je ne cherche pas le bonheur. C'est cette quête qui nous pousse à nous installer dans une routine pathétique dont on pense qu'elle nous satisfera puisqu'elle semble satisfaire les autres.
On se zieute en chien de faïence, entre bons amis. On a peur de faire moins bien, d'être moins comblés. On voudrait étaler ce bonheur qu'on croit enfin posséder, leur en foutre plein la vue à ces connards. Et c'est là qu'entrent en scène A et B, homo oeconomicus avant d'être sapiens sapiens:
A: Tu n'es pas heureux, toi?
B: Bien sûr que si, pas toi?
A: Si, si, c'était juste pour savoir.
Pour en revenir à nos brebis galeuses, je sais pertinemment qu'être avec Harry ne m'apportera pas le bonheur. Je sens sa réserve, son angoisse lorsqu'il se croit obligé de m'embrasser. Un de ces jours, il faudra que je lui explique qu'aucune loi ne le force à le faire sans visualiser Malefoy à ma place. Il veut que la mise en scène soit parfaite, qu'on nous envie et qu'on murmure dans notre dos.
J'étais réticente, je n'aime pas créer le scandale. En m'affichant avec lui, j'étais la salope qui avait probablement couché avec le meilleur ami. Ron est passé en deux jours du statut de sale lâcheur à celui de brave type transi d'amour et honteusement floué. Peu m'importe, je vois la culpabilité dans ses yeux et ça me suffit. Lui et moi savons ce qu'il est et ce qu'il a fait, j'ai perdu cette bataille mais je gagnerai la guerre.
Comment ai-je deviné? J'avais d'abord pris sa mine sombre et ses remarques cassantes pour de la jalousie lorsque Harry et moi nous prenions dans les bras ou parlions avec un peu trop d'animation. Je ne me trompais pas. Juste que cette jalousie n'était pas dirigée à l'encontre de mon meilleur ami. Pour le comprendre, il fallu déchiffrer la prose de Ronald et réaliser qu'elle était adressée à un individu de sexe masculin.
Les hypothèses se bousculaient mais une d'entre elles revenait régulièrement me titiller. Mon cerveau tournait à plein régime pour la disséquer et l'infirmer si possible. Je n'avais donc pas de certitude absolue mais c'est à présent chose faite, nous en reparlerons plus loin.
Harry ne cherche pas à en savoir davantage sur les lettres. Se doute-t-il, quelque part au fond de lui? Il serait simple pour moi de détruire les pauvres restes de vague quelque chose qui subsistent entre ces deux là, mais je ne le ferai pas. Je ne suis pas mauvaise, beaucoup de choses mais pas ça. Et je ne suis pas la plus à plaindre, sûrement pas.
Lorsque mon regard a croisé celui de Draco Malefoy pour la première fois, j'ai su que les ennuis commençaient. L'archétype du mec bien trop beau et distant pour son propre bien et celui de ses concitoyens. Trop beau, ça ne s'explique pas sans tomber dans d'abominables clichés. Je pourrais vous décrire par le menu ses cheveux d'or, ses yeux argentés, ses longs cils et son corps athlétique sans jamais effleurer la sensation uppercut immanquablement déclenchée.
Mettre des mots sur des trucs que la science relègue au domaine des superstitions idiotes est toujours dangereux. Je ne suis pas cinglée et je ne tiens pas à être considérée comme telle. Sans trop me mouiller, je qualifierais simplement cette quasi perfection de glaçante. Quasi car altérée par les traits tirés, les cernes sombres, les marques devinées sur les bras, la maigreur. Mais perfection car tous ces détails nous échappent la première fois pour ne laisser subsister qu'une admiration béate et stupide.
Trop distant car alimentant ainsi le mythe universel du beau ténébreux écorché vif, du type à fleur de peau qui ne baissera la garde que pour THE unique heureuse élue, condamnant toutes les autres à une éternité de frustration et de jalousie. Dans certains cas, la froideur exacerbe la passion. Si Malefoy avait été obèse et binoclard, elle n'aurait été qu'un prétexte commode à sa mise à l'écart. Il a fallu que Malefoy soit beau.
Au commencement disais-je, était le beau et froid Draco Malefoy. Gay ou pas, ses groupies s'occuperont de trancher la question. Quant aux mâles, leur dédain et leurs remarques désagréables ne sont que la confirmation de l'imminence du danger. Touche pas à mon territoire, traduction. Au commencement donc, Draco Malefoy est seul et à peu près aussi sociable qu'un berger allemand affamé.
C'est là qu'entre en scène, mesdames et messieurs, le naïf et sympathique Harry Potter. Tout aussi beau, tout aussi admiré, mais inconscient de son pouvoir sur les foules et par la même préservé d'un gonflement excessif des chevilles. Harry Potter est gay mais refuse de l'être par crainte d'être renié par ses pairs, papa et maman en tête. Maman est envahissante (castratrice dirait la bande à Freud) et papa est un courant d'air.
Notre héros est bien évidemment désarmé face à l'uppercut esthétique imminent et se le prend en pleine face. Désorienté, il se replie d'abord sur des valeurs sûres. Un peu pantouflard sur les bords, vous croyez? Valeurs sûres représentées par un meilleur ami fantasmant vaguement sur un hypothétique « et plus si affinités » chez qui la concurrence -inconcurrençable- va éveiller des instincts primaires de conservation insoupçonnés et une meilleure amie épaule secourable.
Le beau et froid (la pédagogie, c'est la répétition) Draco Malefoy est tout aussi désorienté sur sa banquise, de laquelle vous aurez au préalable expulsés les manchots empereurs, et opère également un repli bien compréhensible sur ce qu'il sait faire de mieux: être chiant et agressif. Bon. Jusque là tout va bien me direz vous.
C'est sans compter sur une variable très mouvante. Je parle bien sûr des diverses substances illicites consommées par le beau et froid Draco Malefoy pour anesthésier son malaise et alimenter une fois de plus le cliché du bad boy. A consommer avec modération ou mieux, à ne pas consommer du tout si on tient à conserver l'ensemble de ses facultés de discernement. Car c'est justement ce qui va cruellement faire défaut à Draco Malefoy ici: le discernement.
Vous êtes sans doute déjà tombés malades suite à l'ingestion en quantité excessive d'huîtres à la provenance douteuse, le plus souvent en période de fêtes? Considérez alors qu'il arrive à peu près la même chose à Draco Malefoy par une nuit de froidure et de débauchiture. Notre beau (et froid) jeune homme ne trouve alors rien de mieux à faire que de rouler un patin à l'innocent précédemment cité.
Là le spectateur se frappe le front du plat de la main et lâche un « mais il est con lui, ou quoi?! » fort approprié à la circonstance, puisque Draco Malefoy se comporte évidemment comme un con. Comme je mène à la fois l'accusation et la défense (c'est ça, la justice moderne), mon client a des circonstances atténuantes sachez-le. Harry Potter n'a qu'à pas avoir des yeux aussi verts et des fesses aussi fermes, ou alors apprendre à les conserver hors de portée d'inévitables mains baladeuses.
A cet effet, je suggère l'obligation pour M. Potter de s'inscrire à des cours de self défense en guise de travaux d'intérêt général.
Une fois réglée l'épineuse question des responsabilités (50/50 comme on dit) se pose celle des séquelles physiques et psychologiques. Sur le plan physique, nos médecins ne nous ont rien signalé d'autre qu'un léger TOC. Nos deux protagonistes ont en effet pris l'inoffensive habitude de se passer régulièrement la langue sur les lèvres, histoire de retrouver une saveur évidemment envolée depuis belle lurette. Pas de quoi fouetter un chat, mais chaque détail compte dans ce genre d'affaire.
Car la question qui nous préoccupe nécessite de prendre des mesures énergiques, à mon sens. Du genre assignation à résidence avec comme condition indispensable au droit de sortie une discussion entre êtres humains civilisés. Ça ne leur ferait pas de mal à ces cons là, qu'est-ce que vous en dites? Préciser également en bas de page que le collage de droite n'est pas reconnu comme outil de communication. On ne sait jamais avec les jeunes d'aujourd'hui.
Mes clients, mesdames et messieurs les jurés, passent ensuite quelques temps à s'éviter comme la peste. Harry Potter pique un fard dés que Draco Malefoy se fixe dans un rayon de dix bornes et vire au violet si d'aventure il ouvre la bouche pendant que notre glaçon atrocement aveugle et sexy se triture frénétiquement les méninges pour tenter de regoupiller la grenade. Ça fait plaisir de voir qu'il y en a au moins un qui suit...
Mais même en suivant on peut tirer de très mauvaises conclusions. Se faire gentiment jeter n'est pas l'expérience la plus agréable qui soit -j'en sais quelque chose- et la réaction du sensible Harry ne se fit pas attendre. Débouler dans mon repère pour sangloter sur son triste sort. Pas que ça m'agace, plutôt l'effet « comique de répétition ».
Et c'est à ce stade que vous commencerez sérieusement à vous demander sur quels critères m'a-t-on attribué ma réputation de fille intelligente et perspicace. Par tristesse ou par lassitude, je me suis laissée convaincre par de belles paroles prévisibles. Prévisibles car j'étais devenue au fil du temps un hybride de psychothérapeute et de morceau de sparadrap. Il fallait que ce genre de choses se produise un jour. Voilà ce que c'est de se prendre pour Mère Teresa...
Nous sommes officiellement ensemble depuis trois semaines et les regards suspicieux se sont petit à petit éteints. Ses doigts serrent les miens, sa main a élu domicile sur ma taille, nos yeux brillent. Lily Potter aurait visiblement préféré que son bicounet hérite d'un produit de meilleur standing mais s'est résignée devant son enthousiasme affiché. Son mari n'a pas semblé surpris. Quant à mes parents, ils se sont contentés d'hocher la tête avec une pointe de résignation en apprenant la nouvelle.
Nous visitons patiemment tous les clichés niaiseux du genre avec un intérêt quasi scientifique. Le parfait petit couple qui a débarqué au lycée le lendemain de notre premier baiser aurait fait pleurer n'importe quelle grand mère gâteau. Nos mains étaient sagement entrelacées, nos joues rougies par le froid et l'excitation, nos paroles douces et nos œillades éprises.
Je crois bien que Ron aurait fait une crise de tachycardie si Seamus n'avait pas eu la présence d'esprit de l'entraîner dans l'escalier. La couleur de son visage faisait concurrence à celle de ses cheveux et ses poings étaient si serrés que j'ai été surprise de ne pas voir ses phalanges se briser. Les observateurs ont bien sûr cru que sa réaction était inhérente à ma trahison affichée et Lavande Brown s'est empressée d'opérer un rapprochement tactique. Le degré d'abnégation de cette fille me stupéfiera toujours...
Malefoy ne fut pas en reste. Ses pupilles s'étrécirent jusqu'à être réduites à deux fentes et le gris argent vira au noir en moins de temps qu'il ne faut pour le dire. Il ouvrit la bouche, la referma, tourna les talons et s'en fut. La main de Harry broyait la mienne et ses lèvres tremblaient légèrement. Une fois son correspondant disparu, il relâcha la pression et leva vers moi un regard chargé de culpabilité.
Je l'embrassai. Harry est vraiment la personne la plus adorable que je connaisse, malheureusement.
Le départ pour l'Angleterre se fit en silence. Harry me rapporta avoir bouclé sa valise dans un appartement désert et froid la veille. Malefoy était absent, sa cousine également, et Mrs Malefoy s'était contentée de réchauffer des restes avant de le planter devant son assiette solitaire. Savait-elle et si oui lui reprochait-elle? Mystère.
Elle pleura cette nuit là, assez bas mais pas suffisamment pour qu'il ne l'entende pas. Pensait-elle encore à son mari, ou peut être à son fils envolé dans la nature? Ses larmes ne firent revenir ni l'un ni l'autre et Harry prit son petit déjeuner avec une montagne de vaisselle sale pour vis-à-vis et le ronron d'une machine à laver en fin de cycle en guise de fond sonore.
Des chutes de neige retardèrent légèrement le Boeing 747, qui réussi cependant à ramener tout le monde à Londres sans effusions de sang. Le sort voulu que j'échouasse à la gauche de Parvati Patil, la meilleure amie de Lavande, qui ne m'adressa la parole que pour réclamer le Vogue dans la pochette du siège devant le mien, et à la droite d'un Seamus passablement maussade. J'appris un peu plus tard qu'il avait perdu un pari. Je ne veux même pas imaginer de quoi il retournait.
Harry hérita pour sa part d'un Neville surexcité qui passa le voyage à discourir avec un enthousiasme délirant sur l'extraordinaire atmosphère de liberté qui régnait aux États Unis et d'une Cho au regard méfiant malgré son apparente jovialité. Deux rangées devant moi, Ron était penché à l'oreille de Lavande, dont les gloussements finirent par provoquer l'ire d'un couple de personnes âgées. Je crois qu'ils sont plus ou moins en couple depuis. Chacun ses chimères.
On prend l'amour là où on peut le trouver, et Harry et moi le croisons parfois au détour d'une conversation ou d'une étreinte sereine. Rassurant, posé, fraternel. Il a promis qu'il ne me ferait aucun mal et je sais qu'il s'y efforcera. Tant qu'un océan le sépare de Malefoy, nous profitons du sursis qui nous est accordé. Oh, un sursis illusoire, certes. Nos sourires auront beau s'étirer et nos rires tenter de nous envelopper comme des édredons tièdes, le feu couvera toujours...
