NdA: Hello guys! Navrée, mille fois navrée de vous avoir fait poireauter si longtemps. Je mérite des claques!! Pour ma défense -j'ose encore me défendre- j'ai eu (ai toujours) une masse de travail monstrueuse et mes nerfs ont maintes fois manqué de me lâcher en route :P

Trêve de blablatages et place au chapitre!

RAR anonymes:

Lilas: merci beaucoup de ton soutien.

Machin: Draco est effectivement craquant...Jaloux ou pas :D. J'avoue avoir un léger -léger- faible pour ce personnage. Merci de tes encouragements, en espérant que cette suite ne te déçoive pas!

Mirage: tu verras dans ce chapitre que Draco essaie lui aussi de s'en sortir...mais pas de la même manière que notre Ryry, comme tu peux l'imaginer. J'espère que ça va te plaire.

King pig: Wow! Merci pour tes compliments: je n'en méritais pas tant!

A vous et tous les autres, d'énaurmes bisous! Oui, je sais, ça fait très High School Musical cette affaire là mDr.

Bonne lecture!

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Harry Potter avait toujours eu des difficultés à s'endormir. Tous les soirs depuis l'époque où il avait posé pour la première fois le pied au milieu d'une horde de gniards braillards qui chevauchaient les tricycles gracieusement mis à disposition par la municipalité aussi fièrement qu'un preux chevalier son fidèle destrier, c'était le même cinéma.

Il commençait par éteindre sa lampe de chevet et poser délicatement sa tête sur l'oreiller, ses mains remontant pudiquement les couvertures jusqu'à ce qu'une éventuelle caméra infrarouge ne visse plus dépasser que ses immenses yeux verts. Puis il se tournait sur la gauche, du côté du mur, pour ne pas que la pile de vêtements soigneusement pliés par sa mère pour qu'il n'ait plus qu'à sauter dedans le lendemain se métamorphose en monstre.

Son pouce venait ensuite se loger presque furtivement dans sa bouche. Lily lui tapait sèchement sur la main dés qu'elle le surprenait à le sucer, arguant qu'il aurait des dents de castor et qu'il était nécessaire de dépasser le stade oral pour devenir un homme, un vrai. Et Harry faisait « ouioui » de la tête, parce qu'au fond l'argumentaire se tenait plutôt bien. Mais il oubliait rapidement les recommandations maternelles au premier signe d'ennui ou de fatigue et les vitupérations de sa femme faisaient beaucoup rire James.

Seul dans le noir, il tendait l'oreille comme un chien à l'affut. Le moindre craquement suspect le faisait se recroqueviller davantage dans ses draps, jusqu'à ne plus former qu'une petite boule de chaleur informe et tremblotante. S'il se réfugiait dans le lit parental, James passerait une heure à lui expliquer qu'il n'était plus un bébé et que les créatures fantasmagoriques qui lui frôlaient les cheveux n'était que le fruit de son imagination avant de le réexpédier manu militari dans sa chambre.

A dix ans, un coin de la couverture avait remplacé le pouce entre les dents serrées et Harry s'était forcé à se repasser mentalement le film de sa journée en boucle pour ne pas penser aux rôdeurs éventuels qu'il sentait tapis dans l'ombre. La parade avait plutôt bien fonctionné jusqu'à...Jusqu'à Draco Malefoy.

Où était-il?

Que faisait-il?

Mais surtout...Avec qui le faisait-il?

Le mois de mai était à présent largement entamé et Lily avait ressorti son chemisier vert prairie préféré lorsque son fils pénétra dans la cuisine inondée de soleil d'un pas traînant. Harry s'installa en équilibre sur un quart de fesse et bu son jus d'orange sans piper mot. Il avait l'impression d'avoir le corps tout entier coulé dans le plâtre mais eut tout de même la présence d'esprit d'adresser un large sourire innocent à sa génitrice, qui replongea dans les méandres de son bol de mauvais café satisfaite.

-Salut tout le monde! Claironna James en déboulant à son tour, manquant au passage d'arracher la pauvre poignée de porte qui n'en demandait pas tant. Bonjour ma chérie, ajouta-t-il plus bas en déposant un chaste baiser au coin des lèvres de son épouse.

-Bonjour mon amour, susurra cette dernière en battant des cils. Bien dormi?

-Merveilleusement bien, assura-t-il avec un clin d'oeil mutin qui retourna l'estomac de Harry. Pas besoin d'être grand clerc pour deviner que la nuit parentale avait été...mouvementée.

Délaissant Lily, James se tourna vers son fils, affectant une jovialité qu'il était loin de ressentir. Mais bon sang de bois, c'était quoi le problème de ce gosse?! Depuis son retour des États Unis, il avait à peu près autant d'énergie que Mrs Mason, la vieille voisine d'en face qui ne se levait de son fauteuil que pour faire la causette aux chats perdus du quartier:

-Alors fiston, qu'est-ce que tu vas faire de beau aujourd'hui?

-Rien de spécial, marmonna Harry en mordant sans entrain dans sa tartine de pain grillé. De toutes manières, son père ne l'écoutait déjà plus:

-Mais c'est super ça! S'écria-t-il, tout sourire. Bon c'est pas tout les jeunes, mais moi j'ai une famille à nourrir.

Lily gloussa tandis qu'il l'embrassait de nouveau, sa main se faufilant l'air de rien dans l'échancrure de son chemisier. Faisant mine de le repousser, elle protesta d'une petite voix pointue qui hérissa son fils:

-Mais arrêêêête!!

Harry demeura figé lorsque la main baladeuse lui ébouriffa affectueusement les cheveux et empoigna l'attaché-case posé sur le plan de travail avant de disparaître dans l'énorme 4X4 BMW, qui, s'il n'était pas très esthétique, avait l'avantage d'annoncer au monde entier la dernière promotion paternelle, après un dernier signe à la Élisabeth II.

Le sourire niais de Lily demeura plaqué sur ses lèvres fines jusqu'à ce qu'elle disparaisse à son tour à l'étage supérieur, recommandant au passage à son fils de se dépêcher s'il ne voulait pas être en retard. Cette attention n'eut comme d'habitude pas l'effet escompté et ce fut un quart d'heure après la sonnerie que Harry franchit les grilles du lycée à petites foulées, son sac brinquebalant sur son épaule. La nouvelle pionne, qui avait mis moins d'une semaine à le repérer, tamponna le sempiternel immonde billet orange vif en soupirant.

-Oh, Mr Potter! Votre mère a oublié de vous réveiller? Vraiment, il ne fallait pas vous lever pour si peu: votre potentiel surdéveloppé vous permettra sûrement d'avoir votre bac sans même user vos augustes fonds de pantalons sur ces chaises.

L'horrible voix chuintante de Rogue, qui tenait une forme d'enfer depuis plusieurs semaines, se fraya péniblement un chemin jusqu'aux oreilles épuisées du petit brun. Ron fut le seul à éclater d'un grand rire moqueur et Hermione lui adressa un regard de reproche.

Harry s'installa au ralenti. Il aurait voulu pouvoir demander à la plaie d'Égypte ambulante de l'insulter jusqu'à ce que les mots n'entrent plus dans son cerveau, n'entrent même plus dans ses oreilles. Malefoy n'avait pas répondu à sa lettre et il se prit à souhaiter qu'il se soit définitivement flingué le ciboulot. Pédé.

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La nuit tombe lentement et je fixe mon paquet vide comme s'il allait se remplir par la seule force de mon regard. Quand je disais que j'étais con, j'étais en dessous de la vérité. J'ai envie de baiser, je crois. Ça fait un moment que j'évite le Bashtang et tous ces « lieux de perdition » que j'affectionnais tant avant. Si on m'avait dit qu'un jour je virerais frustré obsessionnel...

Ma mère pense que je ne lui dis pas la vérité. J'ignore comment elle est parvenue seule à cette conclusion éblouissante mais elle m'a offert une espèce de carnet de bord pour que je note, deux points ouvrez les guillemets: « mes pensées les plus intimes ». Je suis sensé rire ou chialer?

En tout cas, ce soir -comme pas mal de soirs- la maison a été placée sous ma sainte garde pendant que Maman vole au secours des pauvres et des opprimés grabataires du monde entier et je m'ennuie comme un rat mort dans ma piaule, qui s'apparente d'ailleurs davantage à une cage à lapins. Tiens, et si je relisais la bafouille de mon petit pote Potty encore une fois, histoire de me fendre la poire un bon coup?

Une copie double à grands carreaux a remplacé le papier à lettres crémeux des premières missives et l'écriture s'est faite négligée, le récit entrecoupé de ratures rageuses:

Draco,

Si tu es toujours en vie, j'aimerais bien que tu me le fasses savoir. Ce qui s'est passé ne nécessite pas qu'on en fasse un mélodrame, tu ne crois pas?

Hermione est une petite amie super et je crois que je suis tombé amoureux d'elle. Je te devine déjà en train de ricaner en lisant cette phrase mais je suis sûr que, un jour, toi aussi tu trouveras quelqu'un qui te conviendra vraiment. Je me sens heureux comme je l'ai rarement été et je dois dire que ça fait du bien de savoir qu'on peut compter sur une personne.

Tu te souviens sans doute que nous nous verrons en juillet. Si tu ne veux pas loger à la maison, mes parents paieront l'hôtel. Je leur ai plus ou moins fait comprendre que ça ne s'était pas hyper bien passé et ils en ont déduit que c'était à cause de la différence de niveau social. Je ne leur donne pas totalement tord même si c'est un peu réducteur, ne le prends pas mal.

Nous n'avons pas la même éducation, pas les mêmes valeurs. Nous ne sommes pas du même monde et c'est sans doute ce qui a coincé dés le départ. Ce n'est pas une critique, juste une constatation.

Pour ce qui est du reste, disons simplement que tu n'étais pas dans ton état normal et que j'ai commis une légère erreur de jugement te concernant.

Malgré tout, j'espère que nous parviendrons à entretenir des rapports courtois pendant la durée de ton séjour en Angleterre. Si chacun fait des efforts, il n'y a pas de raisons.

Dire que ta compagnie -qui est, n'en doute pas, tout à fait vivifiante- me manque serait exagéré mais j'aimerais bien que tu répondes à cette lettre, même si c'est pour me balancer des gentillesses comme tu sais si bien le faire.

Amitiés,

Harry

PS: passe le bonjour à Tonks et à ta mère de ma part.

No comment...

Connard.

Petit enculé.

Je replie lentement la lettre en crispant les mâchoires. Je ne sais pas ce qui me retient de la foutre à la poubelle. Sans doute le besoin de réactiver ma haine de temps à autre. Je crois que si je l'avais en face de moi, je le frapperais jusqu'à lui faire éclater le cerveau. Pauvre con.

Je ne veux pas rester seul. Mes clés sont sur le meuble de l'entrée et mon blouson abandonné sur un des bras du canapé. Je prends soin de fermer mon portable avant d'adresser mon sourire le plus ravageur -pas grand chose en ce moment- au videur du Bashtang. Si tout va bien, je ne rentrerai pas seul ce soir.

L'air est saturé de fumée et de rires. Les danseurs sont ventousés les uns aux autres et un type bourré a déjà gerbé sur le parquet lustré. Les néons multicolores donnent à la vieille barmaid des airs de débarquée d'une exoplanète. Je m'accoude, affectant la décontraction la plus totale alors que je meurs d'envie de me sauver à toutes jambes. A quelques places de là, un brun aux yeux sombres me regarde fixement.

Ce sera lui. Ou un autre. Ou cette fille rousse qui me fait un clin d'oeil en s'accrochant au bras de son petit ami. N'importe qui pourvu que je me sente un peu vivant.

Le brun s'est approché sans que je m'en aperçoive et son regard rieur me fait sursauter. Il me propose un verre d'un air joueur. J'accepte avec le sourire.

-Ton prénom, c'est...?

-Draco. Et toi?

-Draco? C'est bizarre...Mais j'aime bien. Moi c'est Lucas.

Lucas. Prénom banal. Aussi banal que son jean sombre, son tee-shirt noir et ses mèches dans les yeux. Exactement ce dont j'ai besoin.

Je me penche lentement vers lui. Je crois que j'ai un peu le vertige. Ma bouche cherche son oreille et y glisse:

-Baise-moi, Lucas.

Il éclate d'un rire clair et franc qui me plait plutôt. Sa main se pose sur mon épaule, doucement, comme s'il avait peur de m'effrayer. Je crois discerner quelques points verts dans ses prunelles.

-On fait ça chez toi ou chez moi?

Je ris à mon tour. J'aime bien les gens qui ne s'embarrassent pas de manières. Pas comme certains anglais dont je ne citerai pas le nom...

-Si tu es partant pour avoir des ressorts dans le cul toute la soirée, alors on va chez moi.

Ses yeux pétillent avec malice. Sa main quitte mon épaule pour effleurer ma joue, très lentement. Le couple d'à côté se décolle juste suffisamment pour reprendre une goulée d'air et nous gratifier d'une oeillade désapprobatrice. Lucas hausse les épaules et repousse son siège en me tendant la main:

-On y va?

-J'ai pas terminé mon verre, je me plains.

Nouveau rire. C'est une manie ou quoi?

-J'ai ce qu'il faut à la maison.

Plus tard, beaucoup plus tard, pendant que son corps s'arque contre le mien, je me surprends à penser que la vie est parfois chouette. Il se libère dans un gémissement et je ne tarde pas à le suivre. Les yeux clos, ses doigts dessinent des arabesques imaginaires sur mon torse et les miens se perdent dans ses cheveux. J'ai beau être en nage, je crois que pour une fois je vais oublier que je n'aime pas les nuits qui s'éternisent. Et puis après tout je ne suis pas chez moi.