NdA: Plus le temps passe, plus je réalise à quel point le monde marche sur la tête. C'est peut être que je commence enfin à mûrir ou alors que je me suis voilée la face pendant toutes ces années, mais j'ai de plus en plus de mal à comprendre certaines choses...
A titre d'exemple, je citerais l'excommunication de la mère et des médecins d'une fillette brésilienne de neuf ans qui l'avaient aidée à avorter suite à un viol perpétré par son beau-père, ledit violeur pédophile incestueux pouvant continuer à manger le corps du Christ et à boire son sang en toute tranquillité au motif que, je cite: « Le viol est moins grave que l'avortement. »
Admirable, vraiment.
Mais enfin, ce site n'est pas une tribune politique et je passerai donc sans transition à l'essentiel, c'est à dire remercier du fond du coeur tous ceux qui me lisent et me soutiennent ou dont les critiques me font avancer, du moins je l'espère!
Malgré une baisse -légitime, vu le nombre d'années que je mets à updater- du nombre de lecteurs, j'ai décidé de récompenser les autres en publiant pour une fois dans un délai plus que correct! Vous apprécierez l'effort fourni LoL.
RAR anonymes:
Mirage: et son sourire, et son sale caractère...Ouais bon, on va s'arrêter là hein? :P Normal que les Potter t'aient choquée mDr, ce sont des gens choquants -enfin, la variante que j'ai créée est choquante xD- et qui vont le rester à mon avis...Ils ne seront d'ailleurs pas les seuls, comme tu pourras le découvrir dans ce chapitre.
Pour la lettre, trop flagrant pour que Draco tombe dans le panneau dis-tu? La réponse n'est malheureusement pas pour tout de suite...
Voilà, le blablatage c'est fini pour aujourd'hui!
Bonne lecture.
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Draco remua légèrement en esquissant une grimace et étira ses longs bras blancs au dessus de sa tête. Ses narines frémirent imperceptiblement, happant l'odeur familière du café, et une paupière plissée se souleva paresseusement sur un œil terne. Après une microseconde de panique, il se souvint de l'endroit où il se trouvait...mais ne parvint pas à remettre un nom sur le visage de celui qui l'y avait invité.
-On se réveille, constata doucement une voix masculine.
Appuyé contre le chambranle de la porte, Lucas -ça lui revenait maintenant qu'il le voyait- le contemplait d'un air mi-figue mi-raisin en tripotant dans un geste apparemment machinal le bas de son tee-shirt noir, le même que celui de la veille. Ses bras étaient croisés comme ceux d'une mère qui vient de surprendre son fils en train de faire une bêtise mais ses yeux étaient bienveillants:
-Oh, salut! Cria presque Draco en se redressant d'un bond, mal à l'aise.
Son amant d'un soir lui paraissait plus âgé qu'à travers le prisme déformant de l'alcool et son propre cri lui arracha une grimace. Lucas rit de nouveau en le voyant porter une main à son front. Lui semblait en pleine forme malgré les bouteilles vides dont le sol était jonché:
-Tu veux boire un café? Ça te fera du bien, tu es vraiment pâle...
Draco faillit répliquer qu'il était toujours cadavérique mais se contenta d'acquiescer avec une docilité qui le surprit lui-même. Le châtain tourna alors les talons et ne tarda pas à rapporter une tasse fumante qui fleurait bon le véritable arabica. Il la lui tendit avec précaution et le regarda lamper le liquide brûlant à la manière d'un chat avec une acuité qui le troubla.
-Tu veux peut être aussi prendre une douche, non?
-Je pue tant que ça? Grinça le blond en cherchant son caleçon des yeux.
Le ton acide ne sembla pas offusquer Lucas, bien au contraire: deux fossettes se creusèrent en haut de ses pommettes et ses yeux pétillèrent comme une gorgée de Coca Cola.
-Tu as du caractère. J'aime ça. Alors, tu veux prendre une douche ou pas?
Draco se racla la gorge, surpris. D'ordinaire, ses interlocuteurs étaient plus prompts à le prendre en grippe:
-Euh, ouais...Ouais, je veux bien. Merci.
En se délassant sous le jet d'eau tiède, il repensa à tous ces anonymes éjectés vite fait bien fait après des nuits de plaisir facile et se promit mentalement de faire preuve d'un peu plus de courtoisie à l'avenir, avant que la lucidité ne lui revienne avec la brusquerie d'une gifle. Comme il l'avait déjà dit à Potter, il n'avait jamais tenu une seule de ses bonnes résolutions. Mais qui donc le faisait?
Une fois dûment décrassé et rhabillé, il remercia poliment Lucas et s'excusa du dérangement causé. Cela ne lui arrivait pas souvent, de s'excuser...
-Tu ne m'as pas dérangé, rétorqua le châtain. Là j'ai du boulot mais on peut manger ensemble un de ces jours si ça te dit. T'inquiète, je comprendrai si c'est non, ajouta-t-il précipitamment en voyant les yeux de son vis-à-vis s'arrondir de surprise.
Il accepta. Il se sentait d'humeur à tout accepter. Le rendez-vous fut fixé au lendemain dans un restaurant italien non loin de là, sans prétention insista Lucas, et Draco prit congé après une poignée de main qui les fit pouffer bêtement de concert. Mais tous deux se sentaient le besoin de remettre un peu de bonnes manières dans tout ça et ils se quittèrent avec le sourire.
Draco se rendit -une fois n'est pas coutume- d'un pas léger au lycée. Il arriva devant les grilles avec plus d'un quart d'heure d'avance, faisant jaillir le mari de la concierge -c'est à dire le concierge-, une espèce de cachalot souffreteux, de sa cahute surchauffée comme un diable de sa boîte:
-Depuis quand t'arrives si tôt, toi? Interrogea-t-il en dardant un regard suspicieux sur l'adolescent.
-Depuis que j'adore tellement cet endroit que j'y camperais pendant les vacances si je le pouvais, répliqua placidement l'interpellé.
-Arrête de faire ton malin, grogna l'homme en déverrouillant la porte. A ta place j'me ferais pas trop d'illusions, tu s'ras viré avant d'passer ton bac.
-J'ai pourtant pas enfreint le règlement.
Le bibendum eut une espèce de toux grasse qui pouvait passer pour un rire et cracha quelques glaires dans un mouchoir en tissu d'une propreté douteuse. Draco eut toutes les peines du monde à retenir une grimace de dégoût. Et on ne comprenait pas que de nombreux jeunes soient traumatisés par l'école...
-Tu parles! Tu crois qu'ma femme et moi on t'voit pas t'barrer à midi ou même pas v'nir du tout? Puis figure toi que Mr. Jedusor vient d'me dire qu'il n'accepterait plus tes excuses bidons à l'avenir. T'as trop fait le couillon, mon gars. Enfin, moi j'dis ça pour toi...
Tom Jedusor était le proviseur adjoint, un homme austère que les élèves redoutaient autant que détestaient. D'ailleurs, même les enseignants les plus rigoristes évitaient de passer par lui pour régler les questions de discipline lorsqu'ils le pouvaient. Toujours vêtu de noir, il passait le plus clair de ses journées à rôder dans les couloirs de l'établissement, traquant les étudiants fautifs avec autant d'acharnement qu'un faucon sa proie.
Jedusor haïssait cordialement Draco depuis que le conseil de discipline convoqué par ses soins suite à des absences non justifiées à répétition avait finalement décidé de conserver l'adolescent, alors âgé de quatorze ans, au sein de l'école, au motif que le départ de son père avait été assez douloureux pour lui sans qu'on vienne y ajouter une souffrance supplémentaire.
-Nous sommes dans un établissement scolaire, pas dans une centre d'aide aux nécessiteux! Avait-il tonné, aspergeant abondamment ses « chers collègues » de postillons, tandis que Draco se recroquevillait instinctivement sur lui-même.
Mrs DeVito -elle le suivait depuis la sixième, effrayant- s'était soudain levée de sa chaise et avait conseillé au molosse enragé de se calmer d'un ton polaire. Jedusor avait alors esquissé une affreuse grimace sensée passer pour un sourire d'excuse et s'était rassis sur la sienne en soufflant comme un taureau.
-Je me suis emporté, navré...Avait-il sifflé à contrecœur.
A cinq voix contre deux, le conseil avait rejeté sa proposition d'exclusion définitive. Le vote était anonyme et un long silence gêné avait plané dans la pièce après le dépouillement: qui scrutant ses ongles, qui se grattant la tête, qui faisant mine d'épousseter ses vêtements, qui jouant avec son stylo...C'était au proviseur adjoint que revenait le rôle d'entériner la décision, ce qu'il avait mis d'interminables secondes à faire:
-Draco Malefoy n'est pas renvoyé. Vous pouvez partir, mais je vous aurai à l'œil...Et au bon, avait-il susurré plus bas à l'adolescent.
Il avait approuvé vivement de la tête et s'était sauvé sans demander son reste. Les yeux sombres et glacés, le sourire calculateur, les longues mains fines, presque des mains d'artiste, l'avait pourchassé dans ses cauchemars pendant un certain temps. Il en avait l'intime -et sans doute absurde- conviction: Tom Jedusor était le Mal avec un grand M.
-Je tiendrai jusqu'au bac, faites moi confiance, affirma-t-il avec morgue en passant devant le concierge pour pénétrer dans la cour.
L'autre émit un sifflement de vieille locomotive et retourna à son émission matinale en grommelant, tandis que, de l'autre côté de l'océan Atlantique, Harry Potter se réveillait en grognant comme un putois mal léché.
Depuis quelques temps -bon, d'accord, depuis son séjour à Hamburgerland- ses résultats scolaires étaient en chute libre et c'était aujourd'hui que père et mère se fendaient d'une petite visite de courtoisie au professeur Mc Gonagall pour percer à jour les mystérieux démêlés de leur brillantissime progéniture avec...Avec un peu tout, en fait.
-Harry chéri! Veux-tu descendre! Clama la mélodieuse voix maternelle depuis le rez-de-chaussée.
-J'ai demandé à Mrs Chang de passer te prendre en voiture, ça te fait plaisir? L'interrogea-t-elle, ne concevant visiblement pas que ce ne fut pas le cas, une fois qu'il eut obtempéré.
-Oh...C'est...
Lily l'arrêta d'un geste impatient de la main et lui décocha un clin d'oeil complice:
-Ne me remercie pas mon trésor, c'est normal que je m'occupe un peu de toi...Tu as l'air si malheureux en ce moment, poursuivit-elle plus bas en lui caressant doucement la joue.
Si même elle l'avait remarqué, Harry ne voulait pas savoir ce qu'il en était du reste de ses fréquentations.
-Qu'est-ce qui se passe? Continuait la rouquine. Tu sais que tu peux tout me dire, absolument tout mon ange...
Ses mains impeccablement manucurées avaient quitté les joues pour se poser sur les épaules, où elles entreprenaient de dénouer des nœuds invisibles. Harry soupira mais ne se sentait pas suffisamment en forme pour la repousser gentiment.
-Maman, arrête, protesta-t-il cependant sans grande conviction.
Lily s'écarta soudain de lui, l'air profondément blessé:
-Alors toi aussi tu ne m'aimes plus?!
L'adolescent fronça les sourcils:
-Qui ne t'aime plus, Maman?
Elle renifla et lui prit la main, écartant et rapprochant ses doigts sans sembler y prêter attention:
-Ton père est bizarre en ce moment. Il...Enfin, il y a des signes qui...Je me demande s'il n'a pas...S'il n'a pas une aventure, acheva-t-elle d'un air de conspiratrice.
Harry sursauta violemment:
-PAPA??!!
Lily acquiesça et se mordit les lèvres:
-Ce ne serait pas la première fois, tu sais, chuchota-t-elle sur le ton de la confidence. Il a toujours aimé les jolies femmes, c'est comme ça.
Le petit brun se rapprocha instinctivement de sa mère et lui murmura gentiment:
-Mais tu es une jolie femme, Maman.
Elle eut un petit rire triste:
-Merci mon coeur, tu es adorable. Si seulement ton père pouvait te ressembler un peu...
Harry se força à sourire et Lily le serra contre elle en reniflant de nouveau dans son cou:
-Je t'aime, chuchota-t-elle doucement. La première fois que je t'ai tenu dans mes bras, quand tu es venu au monde...Tu ne peux pas savoir à quel point c'était indescriptible. Et plus tu grandis, plus je suis fière d'avoir eu un fils aussi beau, à l'intérieur...et à l'extérieur.
-Je t'aime aussi, Maman, souffla l'adolescent.
Lily leva alors les yeux vers le visage de son fils et lui adressa un sourire radieux. La mère de James avait un jour osé sous entendre qu'elle et Harry entretenaient une relation déséquilibrée. Ils avaient bien fait de la mettre en maison de retraite, elle perdait la tête...
De son côté, inhalant profondément les effluves capiteuses émanant de l'épaisse chevelure auburn de sa mère, Harry songeait qu'il comprenait à présent le véritable sens de cette drôle de petite phrase, pêchée un jour au hasard d'un roman et qui l'avait tant intrigué:
« Il y a des caresses plus assassines que des coups. »
Lily exerçait sur lui un chantage affectif permanent. Il l'avait déjà vue se comporter de la sorte avec son père. Elle lui faisait l'impression d'être une espèce de Cerbère qui mordrait férocement quiconque oserait s'approcher de lui et ses regrets lorsqu'il lui avait confié avoir été rejeté par Cho avaient été un peu trop appuyés pour être entièrement sincères...
Mais elle était avant tout sa mère, celle qui lui avait donné la vie, et elle l'aimait. Les manifestations de cet amour étaient ambiguës, certes, mais c'était bel et bien de l'amour, et James ne pouvait pas se targuer d'être particulièrement compétent dans ce domaine.
S'il s'avérait qu'il avait effectivement une liaison, Harry prendrait fait et cause pour Lily sans se poser de questions. Il l'aimait malgré tout. Malgré ses attentions étouffantes et ses maladresses. Malgré qu'elle n'ait rien compris et ne comprenne sans doute jamais rien à ce qui se passait à l'intérieur de lui. Malgré qu'il ne puisse jamais lui avouer son penchant pour la gent masculine.
Il l'aimait mais savait tout comme elle où était située la ligne jaune.
Pendant que mère et fils s'étreignaient donc, Draco s'installait tranquillement sur son banc préféré, tout au fond près du mur d'enceinte, et extirpait une feuille et un crayon de son sac à dos.
Il se sentait d'humeur à répondre à Potter et s'apprêtait à coucher les premiers mots sur le papier lorsque une ombre tomba soudain sur lui comme une chape de plomb:
-Tiens, tiens, Mr Malefoy...
Tom Jedusor se tenait très droit dans un de ses habituels costumes noirs impeccables. Les quelques timides rayons de soleil allumaient des reflets bleutés dans sa chevelure corbeau soigneusement peignée et ses yeux, tout aussi sombres que le reste de sa personne, luisaient d'une sorte de plaisir malsain:
-Je suis surpris de vous voir, siffla-t-il sans lui laisser le temps de reprendre ses esprits. Apparemment, vous avez décidé d'assister à vos cours de la matinée... Seriez-vous par hasard atteint d'une maladie rare et incurable?
-Désolé de vous décevoir, mais ce n'est pas le cas, fit précipitamment Draco.
L'homme haussa un sourcil narquois et avisa la feuille que l'adolescent tentait à présent de dissimuler sous son trieur. La lettre de Potter, pensa aussitôt le blond avec angoisse.
-Qu'est-ce que c'est que ce papier que vous essayez de cacher? S'enquit-il froidement. Une groupie en délire?
-Une lettre de mon correspondant anglais, Monsieur, répondit Draco tandis que son ventre se nouait.
-Donnez-la moi, commanda lentement Jedusor en tendant ses longs doigts blanchâtres dans sa direction.
-Et pourquoi?! S'insurgea le plus jeune.
L'adulte eut un de ses affreux sourires:
-Elle n'a pas sa place dans cet établissement. Vous êtes ici pour travailler, pas pour retarder la mise en liquidation des services postaux.
Et, vif comme un serpent, il s'empara de la feuille.
