Chapitre 5
« Bones. Bones! »
Quelque chose secouait Temperance. Et pas doucement. Pensant qu'elle rêvait, elle essaya de rouler mais…
« Bones, réveillez-vous. »
Elle ouvrit à demi les yeux pour voir Booth à genoux devant elle, son visage à quelques centimètres du sien. Serrant la couverture contre sa poitrine, elle s'assit et essaya sans succès d'enlever le sommeil de ses yeux.
« Qu'est-ce que vous voulez ? » grogna-t-elle. Le rideau couvrant la fenêtre au-dessus de son lit avait été tiré, mais aucune lumière n'entrait. « Booth, quelle heure il est ? »
Voyant qu'elle était enfin réveillée, Booth se leva et se dirigea vers la cuisine, qui était à seulement 2 pas. « Il est 5h30. » Il mélangea quelque chose sur les plaques. Temperance huma l'air. Des œufs.
Décidant que la colère n'était pas la meilleure manière de faire, elle essaya de calmer sa voix. « Pourquoi pensiez-vous que c'était une bonne idée de me réveiller à cette heure ? » demanda-t-elle avec ce qu'elle espérait être un ton égal.
« C'est le meilleur moment pour attraper les poissons. » Booth versa un verre de jus d'orange et le posa sur la table.
« Quels poissons ? »
« C'est pour vous » dit Booth, indiquant le jus d'orange et les œufs.
Temperance soupira et écarta les couvertures. « Très bien. Mais je vais avoir besoin de café, pas de jus d'orange. Et quels poissons? »
« Les poissons du lac. »
« Booth… »
« On va pêcher ! » proclama Booth.
« Eh bien, apparemment. Mais pourquoi ? »
Booth porta sa propre assiette à table et revint à la cuisine pour faire du café à Temperance. « Parce que c'est drôle. »
« Je ne vois pas comment vous pouvez penser que lancer un fil relié à une canne dans l'eau, puis rester là à attendre qu'un poisson morde, simplement pour lui couper la tête et le manger est drôle. »
« Eh bien, quand vous le dites de cette façon ça semble stupide. Et on ne va pas les manger. On va les relâcher. »
La fourchette de Temperance s'arrêta à mi-chemin de sa bouche. « Alors à quoi ça sert ? »
Ce fut le tour de Booth de soupirer. « Parce que c'est drôle. Et, croyez-moi, vous allez aimer. »
Temperance n'en était pas aussi sûre, mais il semblait que tout ce que Booth disait qu'elle allait aimer s'était révélé assez drôle.
« OK. Mais vous allez devoir m'apprendre. »
Quand Booth sourit Temperance sentit le vacillement habituel dans son estomac. Mais cette fois ça la laissa sans voix. Booth sembla le remarquer et son sourire grandit.
« Je vais… je vais aller me changer » réussit-elle à sortir. Booth hocha la tête.
Dix minutes plus tard tous deux marchaient sur le chemin familier vers le lac. Chacun avait une canne à pêche dans une main ; Booth avait une boîte d'accessoires. Tous deux portaient un chapeau, même si le soleil ne faisait que commencer à éclaircir l'horizon.
Quand l'odeur du lac leur parvint, Temperance prit une grande inspiration. « Ca sent bon, hein ? » demanda Booth.
« Oui, oui c'est vrai » acquiesça Temperance, elle-même surprise.
Booth la poussa, taquin. « Je vais faire de vous une vraie campeuse. »
« Je le croirai quand je le verrai. » Elle le poussa en retour deux fois plus fort, le faisant trébucher.
« Où va-t-on pêcher ? » Ils marchaient maintenant le long de la rive, les chaussures s'enfonçant dans le sable. Le soleil commençait juste à émerger, diffusant un éclat orange sur l'eau.
« Juste là. » Booth indiqua l'autre côté du lac. « Il y a un très bon endroit où j'ai l'habitude de pêcher. Un dénivelé de 2 mètres juste au niveau de la rive et un tapis d'herbe au fond. Les poissons adorent ça. C'est parfait. » Il attrapa le bras de Temperance pour l'aider à enjamber une grosse branche. Sa peau la brûla où ses doigts s'enroulèrent.
Même si c'était une longue marche et qu'il était plus tôt que ce que Temperance aurait voulu, elle ne se plaignait pas. Booth semblait réellement s'amuser et elle se rendit compte qu'elle s'était déjà beaucoup plainte ce week-end.
« Booth, je suis désolée » dit-elle presque à voix basse. Elle n'était même pas sûre qu'il l'ait entendue.
« Quoi ? »
« J'ai dit que j'étais désolée » murmura-t-elle.
« Pour quoi ? » Booth s'était arrêté et ses yeux étaient plongés dans les siens.
Elle avait du mal à supporter ce regard. Il y avait quelque chose à propos de cette situation qui la rendait nerveuse. Et pour une quelconque raison elle aimait la manière dont son cœur battait, la manière dont ses mains transpiraient, la manière dont il la regardait, la manière dont elle ne savait que dire…
« Bones ? »
Elle en sortit. Quoi que 'ce' soit. « Je suis juste… je n'ai pas été une très… » elle chercha ses mots «… une personne très facile ces derniers jours. »
« Avez-vous déjà été une personne facile ? »
Temperance se renfrogna.
« C'est seulement, quelque chose… s'est passé. Et je ne suis pas encore sûre de ce que c'est, et ça me dérange beaucoup. »
« Dites-moi. » Booth avait posé une main sur son bras et la regardait avec une intensité encore plus grande.
« Je ne pense pas que je… » Elle n'avait jamais autant buté sur les mots avant. Elle pouvait toujours dire ce qu'elle voulait, peu importe à quel point c'était difficile.
Mais elle n'avait jamais été très douée avec les sentiments. Elle sentait que ce qui se passait avait quelque chose à voir avec les émotions, elle n'était simplement pas sûre de…
Tous ces allers-retours la rendaient folle.
« Booth, quand je vous regarde j'ai juste… » elle s'arrêta.
« Oui ? »
Temperance secoua la tête. Comment pouvait-elle parler à Booth si même elle ne savait pas ce que c'était ?
Booth accrocha son regard une seconde de plus, puis laissa tomber le sujet. « OK. C'est encore à une dizaine de mètres par là. » Temperance suivit, oubliant ce qu'elle venait de dire.
Booth s'arrêta à un endroit qui ressemblait à tous ceux autour du lac, mais elle ne voulait pas remettre en cause son jugement. Il n'y avait pas d'arbre ; le soleil, qui s'était finalement levé, leur tapait directement dessus alors que Booth accrochait les appâts à leurs cannes. Temperance fut reconnaissante à son chapeau et à l'écran total qu'elle s'était mise à la dernière seconde.
« Voilà. » Booth lui tendit une canne. Temperance la prit, la regardant avec appréhension. Si elle avait déjà pêché, elle ne s'en souvenait pas.
« Hum, Booth ? »
« Huh ? » Il était occupé avec sa propre canne.
« Je ne sais pas quoi faire. »
« Oh, c'est vrai. » Il posa sa canne et se mit derrière elle. Temperance respira profondément. Il se pressait contre son dos et ses bras étaient autour d'elle, comme une étreinte.
« Booth ? »
« Très bien. » Il prit son bras droit. « Comme ça. » Il tira son bras derrière elle. « Maintenant vous le lancez comme ça. » Il bougea son bras droit devant elle. L'appât tomba dans l'eau environ 3 mètres plus loin. Elle sourit. « C'était super! » Booth s'écarta et prit sa canne, la lançant à son tour.
« Et maintenant ? » demanda Temperance, regardant l'endroit où sa ligne disparaissait dans l'eau.
« Maintenant on attend » répondit Booth. « Vous pouvez vous asseoir si vous voulez. » Il indiqua une grosse pierre plate. Temperance s'assit, laissant assez de place pour Booth. Elle tapota le rocher et Booth s'assit à côté d'elle.
Après 45 minutes d'attente vaine, Temperance décida que la pêche n'était pas si drôle. Puis le bout de sa canne bougea de haut en bas.
« Vous avez quelque chose ! » s'exclama Booth, excité. Temperance se leva, puis se rendit compte qu'elle n'avait aucune idée de ce qu'elle devait faire. « Donnez une secousse à la ligne ! » conseilla Booth. Temperance obéit, sentant le poisson se battre à l'autre bout. « Maintenant moulinez! » Temperance tourna le pommeau sur le côté et la ligne se raccourcit. Le poisson se débattait et la canne était secouée. « Continuez à mouliner ! » Elle se battit contre le poisson jusqu'à ce qu'il sorte de l'eau. Temperance sursauta et moulina de nouveau. Booth attrapa la ligne et tira.
« Regardez ça ! Une perche ! » Il prit le poisson dans ses mains et sortit l'hameçon de sa bouche. Il allait le relâcher mais Temperance l'arrêta.
« Je peux ? » Le sourire de Booth s'élargit encore si c'était possible. Il lui tendit le poisson. Il essaya de se tortiller hors de ses mains mais elle serra, riant au fait qu'elle tenait un poisson vivant dans ses mains. Elle s'accroupit à côté de l'eau et relâcha sa prise. La pêche s'échappa et retourna parmi les herbes.
Temperance revint sur le rocher à côté de Booth, haletante.
« Plutôt drôle, hein ? » demanda Booth, voyant l'étincelle dans ses yeux.
Elle se surprit de nouveau en hochant la tête.
« Vous voulez continuer à pêcher ? »
Autre hochement de tête. Autre surprise.
Même s'ils pêchèrent encore pendant 3 heures, aucun ne pêcha quelque chose de plus excitant qu'un amas d'herbes. Mais Temperance s'en fichait. Elle savourait en fait tout ce temps qu'elle passait avec son partenaire.
« Prête à rentrer ? » demanda finalement Booth. Temperance hocha la tête. Elle se leva et tendit sa canne à Booth. Pour la première fois elle se rendit compte à quel point il faisait chaud.
« Quelle heure est-il ? » demanda-t-elle alors qu'ils entamaient le trajet de retour autour du lac. La sueur lui coulait dans les yeux. Elle s'essuya.
Booth regarda sa montre. « Presque midi. On sera revenus au camping vers 13h30. » Son estomac gargouilla. « J'ai faim. »
Temperance sourit. « Je sais. »
Aussitôt qu'ils arrivèrent au campign-cat, Temperance se versa un verre d'eau glacée. Après un regard à un Booth transpirant, elle lui en versa un aussi.
« Qu'est-ce qu'on mange ? » Temperance s'assit à la table en face de Booth.
Il haussa les épaules et son estomac gargouilla encore. « Je ne sais pas. Et j'ai faim. »
« Pourquoi êtes-vous si fatigué? » demanda-t-elle, portant le verre ruisselant à ses lèvres.
« A cause de la chaleur dehors. » Booth s'appuya sur le dossier de sa chaise.
Temperance posa son verre et pointa un doigt vers Booth. « Arrêtez de vous plaindre. »
Booth eut l'air de vouloir dire quelque chose, mais en voyant le regard de sa partenaire, il s'arrêta.
« Alors, vous voulez me faire quelque chose à manger ? » demanda-t-il.
Temperance but une autre gorgée d'eau. « Eh bien, si on avait gardé ce poisson que j'avais attrapé… »
« Ouais, ouais. » Booth s'essuya le front avec son bras.
Après un déjeuner de céréales et de lait, ils décidèrent que rester à l'intérieur serait plus intelligent que se risquer dans la chaleur. Booth se retrancha sur son lit et regarda un match de base-ball pendant que Temperance était assise à la table et travaillait sur le rapport de son cas le plus récent. Environ 5 minutes après s'être installée, elle sentit les yeux de Booth sur elle.
« Vous travaillez sur quoi ? » demanda-t-il.
« Un rapport. » Temperance porta le stylo à sa bouche avant d'ajouter ses conclusions quant à la cause de la mort. Elle réussit à écrire 'Coup fatal au' avant que Booth ne saute du lit et ne se glisse sur le siège libre à côté d'elle. Il éloigna les papiers, et les mit en face de lui.
« Comment avez-vous réussi à les amener ici sans que je le remarque ? » Il lut ce qu'elle avait écrit jusque là, ce qui n'était pas long.
« J'ai un grand sac. » Elle lui reprit les papiers des mains.
Booth lui lança un regard déçu alors qu'elle finissait la phrase qu'elle avait commencé.
« Vous ressentez vraiment le besoin d'avoir mon entière attention ? » demanda Temperance sans lever les yeux.
Booth sursauta à côté d'elle. « Oui. »
Temperance s'arrêta d'écrire, sentant qu'elle avait une fois de plus dit quelque chose qu'elle ne comprenait pas. « Vous savez que je n'ai aucune idée de ce que je viens de dire, n'est-ce pas ? »
Le visage de Booth changea. « Très bien. Travaillez sur le rapport. » Il retourna sur son perchoir et laissa Temperance travailler en paix. Elle termina le rapport aux bruits d'une foule en délire et d'un Booth soupirant.
