Chapitre 7

Temperance se réveilla doucement. Elle ne voulait pas se réveiller et combattait désespérément le fait que, qu'elle le veuille ou non, ses yeux allaient bientôt s'ouvrir.

Pour une quelconque raison elle avait passé la meilleure nuit depuis qu'ils étaient arrivés avec Booth ; elle ne s'était pas tournée et retournée, attendant le matin, comme elle le faisait en général.

Quand finalement les derniers espoirs de rester endormie encore un peu se furent évanouis, elle ouvrit les yeux.

Le visage endormi de Booth fut tout ce qu'elle vit.

Oh.

Au lieu de fuir de son lit elle se blottit plus encore dans sa chaleur, sans réfléchir. Il sentait bon, les arômes du feu de camp et de Irish Spring et son odeur corporelle mélangés. Et la manière dont elle s'ajustait à lui, la manière dont son corps semblait se fondre dans le sien…

Réalisant ce qu'elle faisait, qu'elle pensait des choses qu'elle ne devrait pas penser, Temperance sortit des bras de Booth et sauta à terre. Comme la dernière fois, Booth ne bougea pas.

Elle se versa un verre de jus d'orange et s'assit à la table, face au lit de Booth. Qu'est-ce qui s'était passé cette nuit, exactement ?

Elle but le jus d'orange et revint en arrière, regardant Booth encore endormi. Après le feu elle se souvenait d'être rentrée, de ne pas réussir à dormir, et se souvenait d'être montée dans le lit de Booth.

Ensuite les choses étaient un peu plus floues. Booth lui avait posé une question. Une question personnelle, maintenant qu'elle y pensait. Et elle y avait répondu, mais après ça…

Elle espéra qu'elle s'était endormie. Peut-être qu'elle pourrait aborder le sujet avec lui plus tard.

Buvant son verre, elle regarda Booth dormir. Il avait l'air si paisible, si satisfait. Jusqu'à ce qu'il ouvre les yeux. Puis il sourit.

Temperance rougit furieusement, embarrassée qu'il l'ait surprise en train de le regarder. Elle traça une ligne dans la condensation sur son verre, évitant toute discussion que Booth aurait pu commencer.

« Bonjour, rayon de soleil. »

Avant qu'elle ait pu y penser, les lèvres de Temperance formaient déjà une réponse. « Les petits noms sont simplement une autre manière pour les mâles de contrôler leur femelle. »

« Ah ouais ? » Booth s'assit. « Comment ça? Et leur femelle? Est-ce que ça implique quelque chose? »

« Je ne vois pas ce que vous voulez dire » mentit Temperance. « Et c'est un contrôle parce que ça fait penser à la femme qu'elle signifie quelque chose… Oh, oubliez ça. »

« Et 'Bones' alors ? » demanda Booth, innocemment.

Temperance réfléchit une seconde. « Ce n'est pas un petit nom, c'est un surnom. »

« Il y a une différence ? »

« Oui. »

Booth rejeta ses draps et se glissa hors du lit d'une manière plus légère que Temperance. Elle le regarda dans toute sa gloire torse nu, incapable de détourner le regard mais pas sûre de ce qui la forçait à regarder. Booth se glissa dans le siège en face de Temperance et se pencha sur la table, le visage à quelques centimètres du sien.

« Vous voyez, je pense que ça vous plaît quand je vous appelle Bones. »

« Non » insista-t-elle fermement.

Un petit sourire apparaissait sur les lèvres de Booth. « Je pense que si. »

Temperance croisa les bras sur sa poitrine. « Non. »

« Je pense que ça vous fait vous sentir spéciale. »

« Je pense que c'est avilissant. »

« Comme vous voulez. Bones. » Booth lui fit un clin d'œil et se dirigea vers la salle de bains pour s'habiller.

Temperance resta assise, réfléchissant à ce qu'il venait de dire. Est-ce qu'elle aimait vraiment qu'on l'appelle Bones ? Est-ce qu'elle préfèrerait qu'il l'appelle Dr Brennan ?

Pas vraiment. Alors ce serait Bones.

« On est quel jour ? » demanda Temperance quand Booth sortit de la salle de bains. Il avait mis un T-shirt et ce qui ressemblait à un maillot de bain.

« Humm » Booth regarda sa montre. « lundi. Wow on a dormi tard. Il est presque 10h. »

« Alors, Independence day est dans 2 jours? »

Booth hocha la tête, prit son jus d'orange et le termina. « Vous voulez aller vous habiller ? J'ai quelque chose de prévu pour aujourd'hui ? »

Temperance se leva. « Qu'est-ce qu'on va faire? »

« Vous verrez. Mettez un maillot de bain. »

Temperance prit son sac avec une certaine réticence et chercha un maillot. Elle n'en avait pas encore vu, alors elle sortait des tas de chose des différentes poches. Il semblait qu'Angela avait oublié…

« Pas question. »

« Quoi? » demanda Booth. Il fouillait dans son propre sac.

« Il n'est pas question que je porte ça. »

Elle sentit Booth s'approcher d'elle et leva les yeux vers lui. Il leva les sourcils et attrapa un string que Temperance avait jeté sur le lit. Elle le lui reprit des mains.

« Pourquoi diable avez-vous laissé Angela préparer mon sac ? » demanda-t-elle, oubliant ce qu'elle faisait.

« Si je l'avais fait, eh bien… je n'aurais rien mis. » Il haussa les épaules.

Temperance resta silencieuse et jeta le string dans le sac.

« Qu'est-ce qu'il n'est pas question que vous portiez ? » demanda Booth.

Temperance leva ce qu'elle avait à la main. Booth sourit.

Angela avait préparé un maillot 2 pièces. Un minuscule maillot. Il était marron et était orné d'un palmier. Au moins le bas lui couvrirait le derrière, pas comme le string que Booth avait vu.

« Et pourquoi vous ne porteriez pas ça ? » demanda Booth, utilisant de nouveau son sourire charmeur.

« Vous voudriez porter ça ? » Elle secoua le maillot dans son poing serré.

« Eh bien, honnêtement, étant un homme, non je ne porterais pas ça. Mais vous, vous êtes une femme et les femmes portent des bikinis. »

« C'est vraiment un stéréotype, Booth. Et c'est un bikini d'adolescente. »

« Bones, portez-le, c'est tout. »

Elle réfléchit une seconde. Elle voulait en quelque sorte le porter. Et ce n'était pas comme si elle n'avait pas le corps pour.

« Très bien. Et ne m'appelez pas Bones. »

Elle prit le bikini, un T-shirt, un short et sa trousse de toilette dans la salle de bains.

« Vous savez, ce n'est pas parce que vous me dites de ne plus vous appeler Bones que je vais arrêter ! » cria Booth. Elle l'ignora.

Elle ôta le T-shirt que Booth lui avait prêté pour la nuit et mit le bas du bikini. Elle ajusta les ficelles sur ses hanches et prit le haut. Après l'avoir noué derrière sa nuque et dans son dos, elle jeta un œil dans le miroir. Même s'il en dévoilait beaucoup, le maillot lui allait parfaitement. Et sa couleur allait bien sur sa peau. Temperance se rappela une nouvelle fois à quel point les goûts d'Angela en matière de vêtements étaient bons.

Après s'être assurée que le bikini lui allait bien, elle le couvrit de ses vêtements et noua ses cheveux en queue de cheval.

Qu'est-ce que Booth avait dit hier soir ? Quelque chose à propos du fait qu'elle était belle avec les cheveux déliés ?

Elle leva une main pour enlever l'élastique mais s'arrêta. Elle préférait avoir les cheveux relevés, alors ils resteraient comme ça. Pour l'instant, du moins.

Quand elle sortit de la salle de bains, Booth lui sourit. Il avait un sac à dos et la regardait. « Alors, ça vous va ? » la taquina-t-il.

Temperance lui donna un petit coup sur le bras. « Oui, en fait oui. » Elle le suivit hors du camping-car et dans la lumière du soleil. Bien que la nuit précédente eût été fraîche, le jour était chaud. Elle regarda autour d'elle avec un sourire. Elle était vraiment bien ici.

Voyant que Booth était déjà tourné vers la route, elle le rattrapa en trottant. « Alors, où va-t-on ? »

« Surprise. »

« Je déteste les surprises. »

« Ouais, je sais. »

« Alors dites-moi » insista Temperance.

Booth la regarda une seconde, puis céda. « On va marcher un peu sur un chemin que je connais. Après ça… Eh bien je ne vous le dirai pas. »

Sachant qu'il allait vraiment garder la dernière part de secret, Temperance ne poussa pas plus loin. Ils marchèrent sur la route gravillonneuse pendant quelques minutes avant que Booth n'entre dans le bois.

« Booth ! Où allez-vous ? » Temperance ne voyait pas le moindre chemin.

Booth ne se retourna pas. « Faites-moi confiance. »

Ils marchèrent côte à côte à travers les arbres, Booth s'arrêtant de temps en temps pour regarder autour de lui et les emmener dans une autre direction. Aucun ne parlait, ne voulant pas ruiner le silence paisible qui les avait enveloppés dès qu'ils avaient quitté la route. Chaque que fois l'un d'eux marchait sur une branche ou trébuchait sur une racine, ils sursautaient et le silence était brisé.

« Vous savez où nous sommes ? » murmura enfin Temperance.

« Oui » siffla-t-il en retour.

Temperance leva les yeux au ciel. La route n'était plus visible derrière eux et il n'y avait pas de chemin devant.

Booth passait d'arbre en arbre, puis…

« Là ! » Il indiqua le sol. Un chemin encombré serpentait encore les arbres. Il attrapa le bras de sa partenaire et dit : « Je vous avais dit que je savais où on était. »

Marchant plus vite, Temperance suivit Booth sur le chemin. Elle n'allait pas demander s'ils allaient dans la bonne direction ; il avait passé beaucoup de temps à chercher le chemin.

Quelques parties du chemin étaient assez larges pour eux deux, dans d'autres Temperance devait le suivre. Il faisait frais et assez sombre sous les arbres. Hodgins aurait adoré être là, se dit Temperance. Il y avait plus d'espèces de plantes et de champignons qu'elle n'en avait jamais vues.

Un scarabée irisé se posa sur l'épaule de Booth. Temperance leva la main et le prit. Booth se tourna pour la voir l'examiner avec curiosité.

« Bones, laissez tomber l'insecte et continuons. » Il reprit sa marche.

Sachant que ce type de scarabée aimait le genre de champignon qu'elle avait vu un peu avant, Temperance revint en arrière pour y mettre le scarabée. Elle s'accroupit dans l'herbe et il sauta de sa main. Quelque chose de blanc attira son attention.

« Des os ! » cria-t-elle.

« Non » dit Booth. « Vous êtes Bones. Je suis Booth. »

(NdT: Des os = Bones, évidemment)

« Non, Booth, regardez. Des os ! »

Le grognement de Booth fut à peine audible. Il revint en arrière et regarda ce que Temperance avait trouvé.

Elle fouillait la terre avec ses mains. Elle prit quelques os. « On dirait des os de main humaine. » Booth grogna encore. « Mais attendez. » Elle écarta un tas de feuilles et le reste du squelette émergea. C'était trop gros pour être humain. « Ours » dit Temperance en prenant le crâne.

« OK, super. Allons-y. » Booth attrapa son bras.

« Non. On doit trouver comment il est mort. » Elle faisait déjà ses premières observations sur l'ours.

« Bones, vous êtes anthropologue. Pas vétérinaire. »

« Ca ne veut pas dire que je ne peux pas trouver comment cet animal est mort » protesta-t-elle.

« Pas notre problème. »

Avec un dernier regard aux os, Temperance se leva et s'essuya les mains. « Très bien. Mais est-ce qu'on est bientôt là où on doit aller ? »

Avec un soupir de soulagement, Booth regarda autour. « Ecoutez. »

Temperance le fit, mais elle n'était pas sûre de ce qu'elle entendait. Quelques oiseaux pépiaient, une petite brise faisait bouger les branches des arbres alentour. Puis elle l'entendit, un long son creux venant de pas très loin.

« Qu'est-ce que c'est ? » se demanda-t-elle à voix haute.

Booth sourit. « Vous verrez. » Et il continua sur le chemin.

Temperance grimaça dans son dos et suivit. Le bruit devint plus fort mais pas plus clair. Enfin elle en vit l'origine.

« Une rivière ? »

« Ouais! » Booth laissa tomber son sac à dos et l'ouvrit.

« On va nager ? » demanda Temperance. Le courant n'avait pas l'air trop fort mais l'eau était sûrement très froide.

« Eh bien, on pourrait si on n'est pas prudents. »

« Quoi ? »

Booth sortit quelque chose de son sac à dos. C'était petit, rose et gondolé.

« Booth, qu'est-ce que c'est ? »

Il le leva. « C'est une chambre à air ! » Il la porta à ses lèvres et soufflé. La chambre à air se gonfla un peu.

« Comment on va se mettre à 2 là-dessus ? » demanda-t-elle, le scepticisme présent dans la voix.

Booth sortit une autre boule gondolée de son sac. Celui-là était vert. « Je dois juste les gonfler » expliqua-t-il.

« Donnez m'en un. Je vais le faire. » Elle tendit la main.

« Non, ça va. Je m'en occupe. » Le visage de Booth rougit alors qu'il soufflait de nouveau dans la chambre à air rose.

« Booth, vraiment. Ce n'est pas le bon moment pour jouer les mâles alpha. » Temperance s'assit, prit l'objet vert, le porta à ses lèvres et souffla dedans. Booth la regardait. « Quoi ? »

« Rien. »

Les chambres à air furent bientôt gonflées et posées à leurs pieds. Booth lui lança une barre de céréales et en mangea une, puis enleva son T-shirt et leva un sourcil dans sa direction.

« Oh, très bien. » Elle lui tourna le dos et enleva son T-shirt et son short. Puis elle se retourna et leva une jambe. Elle savait qu'il essayait désespérément de ne pas regarder son corps, de garder les yeux sur son visage, mais étant un homme, et étant Booth, ses yeux glissèrent.

Levant les yeux au ciel, elle se pencha et prit la chambre à air verte. Elle l'emmena au bord et la mit à l'eau, enleva ses chaussures, puis entra dans l'eau. Elle avait les jambes gelées ; heureusement c'était seulement jusqu'aux genoux.

« Vous venez ? » appela-t-elle, s'installant.

« Uh, ouais. » Booth mit sa chambre à air dans l'eau et grimpa.

« Alors, comment va-t-on revenir ici ? » demanda Temperance. Le courant les emmenait déjà loin de leurs affaires sur le bord.

Booth réfléchit une seconde. « En marchant, je suppose. »

Temperance haussa les épaules. Ca lui allait. Elle ferma les yeux et s'appuya en arrière, sentant ses cheveux tomber dans l'eau. Les yeux de Booth étaient sur elle, elle en était sûre. Elle ne dit rien cependant. C'était mieux comme ça. Moins gênant.

La voix de Booth la sortit de ses pensées. « Prenez ma main, Bones. »

« Quoi ? » Elle ouvrit les yeux pour voir que le courant avait forci et qu'il y avait des rochers qui sortaient de l'eau directement devant eux. Elle tendit la main et attrapa celle de Booth. Il avait l'air si drôle dans cette chambre à air rose. Temperance chassa cette pensée. Elle baissa les yeux vers leurs mains enlacées.

Alors qu'ils arrivaient aux petites chutes, la main de Booth était son port d'attache. Aussi longtemps qu'il la tiendrait elle serait en sécurité.

Booth serra sa main alors que les rochers approchaient. L'eau froide les éclaboussait. Temperance leva les pieds quand un rocher passa dangereusement près. Sa chambre à air se balança et, effrayée qu'elle ne bascule, elle laissa retomber ses pieds. Ils frappèrent le rocher et Temperance sentit sa peau se déchirer.

On ne sait comment, ils réussirent à se tenir hors de l'eau agitée. Quand ils revinrent à des eaux plus calmes, Booth lâcha sa main et se tourna vers elle. « Ca va ? » demanda-t-il, l'inquiétude visible sur son visage.

Temperance sourit.

« Quoi ? » Booth était perplexe.

« C'était… drôle ! » Elle rit.

« Mais… mais vous… »

Elle lui sourit. « Vous ne pensez pas que c'était drôle ? »

« Vous êtes dingue. » Mais il souriait aussi. Puis il remarqua l'entaille à son pied et son sourire disparut.

« Ce n'est rien » mentit-elle rapidement. « Ca a l'air pire que ça ne l'est à cause de l'eau. » En réalité, ça faisait vraiment mal et ça pulsait en cadence avec les battements de son cœur. Et elle savait que ça saignait très fort.

« Eh bien, si vous le dites. » Booth avait toujours l'air sceptique. « Vous devriez probablement le garder hors de l'eau, on n'a aucune idée de si elle est propre ou pas. »

Temperance hocha la tête et se mordit la lèvre. La douleur empirait avec chaque seconde qui passait, même si elle ne voulait rien en dire à Booth.

Il avait dû remarquer sa grimace. « Vous voulez sortir ? »

Elle acquiscça. Booth attrapa la poignée de sa chambre à air et les emmena vers le bord. Puis il lui tendit la main pour la sortir de l'eau.

« Bon sang ! » s'écria-t-il alors qu'il la reposait.

« Quoi ? »

« Nous n'avons pas de chaussures. » Il indiqua son pied. Une flaque de sang se formait déjà dans les feuilles autour de son pied. « Et ça va faire un mal de chien. » Elle ne voulait pas admettre que c'était déjà le cas. « Je pourrais vous porter. » Booth réfléchissait tout haut.

« Booth, non. Je vais bien. Je peux marcher. On ne s'est pas éloignés tant que ça. » En vérité, elle ne voulait rien d'autre que se blottir dans les bras forts de Booth et le laisser la ramener. Mais elle n'allait pas le lui dire.

Booth ne sembla pas croire qu'elle allait bien. « OK, voilà ce qu'on va faire. Je vais prendre les chambres à air et vous allez vous appuyer sur moi et sauter. Comme ça vous ne salirez pas votre pied, d'accord ? »

Temperance acquiesça et l'aida à dégonfler les chambres à air, prenant garde à ne pas poser son pied. Quand les deux chambres à air furent coincées sous le bras de Booth, il passa son autre bras sur les épaules de Temperance. Elle s'appuya sur lui et sautilla alors qu'il marchait.

C'était bizarre, ce qu'elle ressentait. Elle n'aimait pas avoir à ce que Booth l'aide, mais elle aimait la manière dont ils étaient proches l'un de l'autre. Elle n'aimait pas montrer sa faiblesse en étant blessée, mais elle aimait que Booth soit là pour prendre soin d'elle.

Fou.

Quand enfin ils atteignirent l'endroit où ils étaient entrés dans l'eau, Temperance lui tourna le dos et enfila ses chaussettes et chaussures. Elle ne voulait pas que Booth voit sa chaussette blanche devenir écarlate tandis qu'elle la mettait. Elle ne voulait pas qu'il voit qu'elle se mordait la lèvre en nouant ses lacets.

Elle ne voulait pas qu'il voit qu'elle avait mal.

Booth l'aida à revenir au camping, les mains sur ses hanches ou ses bras. Il n'était jamais à plus de 30 cm d'elle. Elle ne s'arrêta même pas pour regarder les os d'ours alors qu'ils passaient devant.

Le trajet sembla durer 2 fois plus longtemps que plus tôt. Elle resta en arrière alors que Booth ouvrait la porte du camping-car. Quand il fut ouvert, il lui prit la main et l'aida à entrer.

« Asseyez-vous. » Sa voix ne laissait pas de place à une réponse éventuelle, alors elle s'assit sur la table qu'il indiquait.

Il s'agenouilla à ses pieds, qui étaient juste au-dessus du sol, et enleva sa chaussure gauche et sa chaussette. Elle savait que ce n'était pas le bon pied, mais ne dit rien. Elle voulait prolonger cela autant que possible.

Il leva la tête vers elle, les yeux pleins de compréhension. Elle sentit les larmes emplir ses yeux alors qu'il délaçait doucement la chaussure droite et l'enlevait. Booth haleta alors que sa chaussure tombait.

« Pourquoi vous ne m'avez pas dit que c'était à ce point ? » demanda-t-il.

Temperance haussa les épaules. Elle savait qu'il n'avait pas encore vu l'entaille. Elle ouvrit les yeux. « Je ne me suis pas rendu compte que c'était à ce point. »

Booth regarda son pied par au-dessus. Il ne fallait pas être médecin pour comprendre d'où venait le sang : une immense entaille sous son pied.

« A ce point ? Bon sang, Bones, vous aurez sûrement besoin de points. »

« Non ! » cria-t-elle.

Booth sembla surpris. « Non? Mais, Bones, c'est… »

Elle secoua la tête.

« Très bien. Restez là. » Il alla dans la salle de bains et revint avec une trousse de secours.

« Je ne suis pas médecin, mais je ferai de mon mieux. » Il n'avait pas à le lui dire pour qu'elle le sache. Booth prit une compresse et la pressa sur la plaie. Temperance voulut retirer son pied, mais Booth le maintint en place, tapotant sa jambe et lui murmurant des mots rassurants. Quand il pensa que le saignement avait ralenti, il humidifia un peu de gaze avec de l'alcool. « Ca va piquer. » Temperance ne pensait pas que ça puisse faire plus de mal que ça n'en faisait déjà. Elle avait tort et laissa échapper un gémissement alors que la gaze touchait son pied. Booth leva les yeux, tenant toujours son pied. Il sembla ne rien trouver à dire; il lui prit la main. Elle la serra de toutes ses forces.

Quand enfin il enleva la gaze, Temperance lâcha sa main. Il mit un peu de crème antiseptique sur un bandage et le pressa sur son pied. Il lui sourit et elle combattit les larmes.

Pleurer, ce n'était pas son truc. Et elle n'allait sûrement pas pleurer devant Booth, pas maintenant.

Il avait dû voir l'humidité dans ses yeux et il prit de nouveau son pied blessé. Avant qu'elle ait pu demander ce qu'il faisait, il pressait doucement ses lèvres sur le bandage, les laissant un moment. Puis il lâcha de nouveau son pied.

« Ce… c'était pour quoi ? » demanda-t-elle, peu sûre de pourquoi il avait embrassé le dessous de son pied.

« Vos parents ne l'ont jamais fait quand vous étiez petite ? » Ses mots étaient pleins d'assurance, qu'ils perdirent à mesure qu'il réalisait ce qu'il lui demandait.

Temperance secoua la tête et glissa de la table vers un des sièges. Booth la rejoignit. « Ils ont dû le faire. Je ne m'en souviens pas vraiment. Quelquefois on dirait que toutes les bonnes choses qu'ils ont faites ont été remplacées par toutes les mauvaises choses. C'est dur de se souvenir de comment ils étaient quand j'étais petite. » Elle essaya de croiser le regard de Booth, mais en fut incapable. Il couvrit une de ses mains des siennes. « Alors, pourquoi vous avez embrassé mon pied? »

Elle pouvait entendre le sourire dans la voix de Booth. « Est-ce que ça va mieux? »

« Un peu » admit-elle.

« Alors voilà pourquoi. »

Ce soir-là, Booth leur fit le meilleur dîner jusque là : des spaghettis. Alors qu'ils mangeaient, ils partageaient des souvenirs d'enfance. Temperance en racontait de plus en plus à mesure qu'elle y pensait. Sa première balançoire à pneu. La fois où son père les avait emmenés à la plage. La fois désastreuse où sa mère avait essayé de lui apprendre à cuisiner.

Après avoir regardé la télé avec Booth, elle était prête à se coucher.

Le mardi même Booth était fatigué. Temperance travailla sur son dernier romain alors que Booth regardait par-dessus son épaule, essayant de lire ce qu'elle écrivait. Enfin elle lui écrivit une histoire courte pas du tout liée à son roman pour qu'il la lise et la laisse tranquille.

Cette fois elle avait une raison pour qu'il ne voie pas ce qu'elle écrivait. Elle ne voulait pas qu'il voit comment le bel agent du FBI avait de nouveau sauvé l'anthropologue.