Mais lorsqu'il revint le lendemain, la gêne ne l'avait toujours pas quitté. Il avait passé une nuit agitée, à songer aux paroles de William. Cet état d'extase dans lequel il serait…cela l'effrayait et l'attirait en même temps. Il n'eut pas le loisir de réfléchir davantage. Le vampire l'attendait comme prévu et le conduisit directement dans la pièce rouge. Ils s'approchèrent d'un tapis près du feu que William souleva. Une trappe se trouvait en-dessous. L'immortel l'ouvrit sans un mot et saisit une bougie qu'il donna à Harry :

« Prenez ça pour descendre les escaliers.

-Heu…merci. Où est-ce que ça mène ?

-La chambre de Drago.

-Ah… »Le jeune homme prit la bougie et entreprit de descendre l'escalier. William referma derrière lui. Sans la lueur tremblotante de la flamme, Harry aurait été plongé dans le noir total. Il descendit chaque marche avec mille précautions. Ce serait vraiment stupide de passer l'arme à gauche suite à une chute dans les escaliers quand on était voué à combattre le plus grand mage noir de tous les temps. Il finit par arriver devant une porte ornée d'un heurtoir en pierre qui figurait la gueule ouverte d'un serpent. Harry en saisit la langue et frappa plusieurs fois contre le battant. La porte s'ouvrit sur Malefoy. D'un geste de la tête, il l'invita à s'asseoir sur l'immense lit qui trônait au centre de la pièce. Il y avait beaucoup plus de bougies que dans le hall ici, et la chambre était baignée d'une douce lumière. Harry se posa sur le couvre-lit de satin noir et Malefoy s'installa à côté de lui. Il était nerveux et le vampire le remarqua tout de suite. Il eut un sourire rassurant et murmura :

« Voilà ce qu'on va faire. Pour commencer, je vais simplement mordre ton doigt et y prélever une goutte de sang. Ainsi, je saurai si je suis capable ou non de maîtriser mes pulsions si je dois te mordre à la gorge. D'accord ? »Harry hocha la tête et donna sa main au blond. Celui-ci utilisa la pointe de sa canine pour transpercer délicatement l'index du brun. Puis il lécha la goutte qui perlait de la blessure. Son corps fut parcouru d'un frisson et Harry eut un mouvement de recul : ses yeux étaient devenus rouges. Entièrement. Disparus, la pupille, l'iris argenté et même le blanc de l'œil. Il n'y avait plus que du rouge.

« Qu'est-ce qu'il y a ?souffla Malefoy.

-Tu as les yeux rouges.

-Ah ?Ne t'en fais pas, c'est normal. Cela se passe toujours ainsi. »Harry acquiesça. Il ne pouvait pas savoir que Drago mentait. En temps normal, il lui fallait vider un corps de son sang pour que son regard vire au rouge. Mais avec Harry…une goutte suffisait.

« Eh bien, Potter…tu as un sacré goût, reprit Malefoy. Il y a non seulement l'arôme de la puissance, mais en plus…tu es vierge, n'est-ce pas ?

-Hein ?Que…ça ne te regarde pas !

-Potter.

-Peut-être. Et alors ?!

-Alors ton sang est d'autant meilleur qu'il est d'une incroyable pureté.

-Ah…

-Oui. Bon, nous n'allons pas y passer la nuit. Reste tranquille et je ne te ferai pas mal, d'accord ?

-D-D'accord… »Malefoy lui enleva son pull et son T-shirt, et Harry regarda ailleurs, cramoisi. Il savait bien que ce n'était qu'une question de confort, mais ces gestes, cette chambre, cette atmosphère…lui renvoyaient un message bien différent. Et lorsque le vampire s'installa à califourchon sur ses genoux, Harry se mit à bafouiller. Mais Malefoy posa un doigt glacé sur ses lèvres et murmura :

« Je me mets juste à l'aise, tout va bien se passer. Ne t'inquiètes pas. Détends-toi. »Apaisé par cette voix caressante, Harry obéit. Il n'en était pas sûr, mais pensait que le vampire utilisait ses pouvoirs pour le rendre plus calme. Peu importait. Il n'avait pas envie de protester. Malefoy déposa un baiser aérien sur sa gorge, le faisant frissonner. Puis il ouvrit grand la bouche, exhibant ses longues canines, et mordit. La douleur fut minime, et rapidement noyée sous une vague de plaisir. Harry s'accrocha brutalement aux hanches de Malefoy. Il lui fallait un point d'ancrage, quelque chose à laquelle se raccrocher pour ne pas se laisser submerger par toute cette volupté. Il n'avait jamais fait l'amour, il n'avait jamais connu d'orgasme. Ces sensations que le vampire faisaient naître en lui étaient inconnues et terriblement délicieuses. Il entendait distinctement chacun des bruits de succion de Malefoy, tout près de son oreille, et cela ne faisait qu'augmenter l'excitation qui montait en lui. Alors il oublia son point d'ancrage, oublia de garder pied avec la réalité. L'une de ses mains glissa dans les cheveux soyeux du vampire, le poussant à boire davantage, et il se mit à gigoter, se frottant outrageusement contre le corps au-dessus de lui. Plongé dans les brumes de cette allégresse toute nouvelle pour lui, il parvint tout de même à entendre des coups insistants contre la porte de la chambre. Il s'en fichait. Mais il n'en était apparemment pas de même pour Malefoy puisqu'il se décrocha à grand-peine de son cou pour grommeler. Harry s'entendit susurrer d'une voix enfantine :

« Suce-moi encore, Malefoy ! »Phrase qui l'aurait fait rougir de honte – et bien plus encore – en temps normal, mais qu'il était prêt à répéter encore et encore pour l'instant, si cela faisait revenir les canines de Malefoy dans sa gorge. Le vampire frémit tout entier. Il se lécha les lèvres, semblant hésiter, mais les coups reprirent et il se releva. Harry geignit et se laissa tomber en arrière, sur le lit. Les bras en croix, il laissa échapper un profond soupir tandis que Malefoy allait ouvrir la porte.

« Ce n'est pas trop tôt !lança William en pénétrant dans la chambre.

-Il n'était là que depuis quelques minutes, grogna Malefoy. Je me serai arrêté à temps.

-C'est cela !Mais…Drago…tes yeux !

-Et alors ?

-Sois réaliste, bon sang !Tu…

-William, dois-je te rappeler qui est le Maître ici ?coupa Malefoy d'une voix menaçante.

-Il est censé combattre le Mage Noir, Drago !Si tu le vides de son sang, il…» Harry cessa d'écouter, l'esprit embrumé. Il passa une main dans son cou poisseux et la ramena dans ses yeux. Elle était maculée d'un rouge brillant. Il l'agita devant les deux vampires en souriant d'un air niais. William prit une profonde inspiration et sa bouche s'ouvrit inconsciemment. Il allait s'avancer vers le brun quand Drago empoigna durement son bras. Si il avait été vivant, son Maître lui aurait brisé les os. Mais si son bras resta intact, cela ne l'empêcha pas pour autant de ressentir une vive douleur.

« Touche-le et tu es mort, William, murmura Drago. Tu vas le reconduire chez lui et je te conseille de ne pas l'approcher plus que nécessaire. Harry Potter est mien. Fait passer ce message aux autres.

-Sa plaie n'a pas encore cicatrisé, ils vont tous le sentir à des kilomètres à la ronde !

-Il n'y en a aucun qui soit assez fou pour toucher ce qui appartient au Maître. »William maugréa et saisit le T-shirt du Survivant. Il le déchira pour en faire un bandage qu'il enroula autour de la gorge du sorcier, dans l'espoir d'atténuer la délicieuse odeur qui en émanait, et lui passa son pull. Puis il le prit par le coude et l'emmena hors de la chambre. Drago ferma vivement la porte derrière eux et se précipita sur le lit. Il lapa avidement la petite flaque de sang qui s'était formée sur le drap, et finit par poser ses lèvres sur le satin, aspirant fortement comme pour extirper le précieux liquide qui s'était imprégné dans le tissu. Ceci fait, il se lécha les lèvres et le menton et s'enroula dans l'étoffe, reniflant désespérément l'odeur de Harry Potter. William avait raison. Après avoir goûté à ça, comment pourrait-il jamais se satisfaire du sang d'un autre ?Il était devenu dépendant.

Harry se réveilla dans son lit. Un peu sonné, il se redressa et constata qu'il portait son pull et son jean d'hier. Incapable de se souvenir comment il était revenu ici, il passa une main sur sa gorge et ses doigts rencontrèrent son bandage improvisé. Il l'enleva, le jeta à la poubelle et s'approcha du miroir de sa chambre. La morsure de Malefoy était bien visible, maculée de sang séché. Il lui fallait une bonne douche. Et après ça, un col roulé ou une écharpe !

C'est dans l'après-midi que cette pensée saugrenue lui traversa l'esprit : rejoindre Malefoy dans la soirée. Au début, il s'empressa de la repousser. Et pourtant, était-ce si saugrenu ?Tout ce plaisir qu'il avait ressenti quand il avait été mordu, cette sensation d'oubli…parce que oui, il avait tout oublié durant ce bref instant. La guerre trop proche, Voldemort, ses amis qui risquaient leurs vies chaque jour. Tout avait disparu pour ne laisser place qu'à une délicieuse sensation d'extase. Et il mourrait d'envie de recommencer. De s'abandonner à nouveau.