Ne me dis pas je t'aime 03.

Il me regarde, interloqué.

-Pourquoi tu dis ça ?

-Je sais ce que je dis ! Ne dis plus jamais ces mots là devant moi !

Mon regard est dur et sans appel.

-D'accord…Excuses – moi, je…Je ne le dirais plus…

Je détourne mon regard puis vais jusqu'à mon armoire pour préparer une valise. Nous restons tous les deux silencieux. Je sens son regard posé dans mon dos.

-...pardon de m'être emporté...

-Non, c'est ma faute. J'aurais dû penser que tu n'aimeras pas entendre ces mots. Tu n'as pas dû l'entendre souvent...

-Hn. Bref, tiens, mon sac... Je vais aller en cours, comme ça je vais directement à l'hôpital, je suppose.

-Je viendrais te chercher vers 14 heures. Ca ira plus vite.

-Comme tu voudras.

-Bon...Fait attention à toi.

Il m'embrasse sur la joue et s'en va.

Je reste debout une dizaine de minutes, imprimant ce qui vient de se passer.

Ce mec est vraiment trop bizarre...

Je prends mon sac de cours et me dirige vers mon lycée. Il est bientôt 10 heures, l'heure habituelle du mardi matin.

Je me ferais siffler par deux ou trois mecs et sauter au cou par un troupeau de filles.

Vers 14 heures, Naruto arrive dans sa voiture de service, ce qui provoque les interrogations de tous.

-Merci d'être venu me chercher devant le lycée.

Il rigole avec gêne.

-Désolé. T'auras qu'à dire que j'suis de ta famille.

-Ouais, c'est ça... Mon copain, pendant que t'y es.

-Ca ne me dérangerait pas. Je serai fier d'être désigné comme étant ton petit ami.

Je le regarde du coin de l'œil. Vraiment trop bizarre...

-C'est quoi ces remarques à la con ? T'es amoureux ou quoi ?

-Pourquoi tu dis ça ?

-J'aime pas comment tu agis avec moi. Déjà le baiser de tout à l'heure...Et maintenant des sous – entendus...

-Ah, désolé. Ca te gêne que je sois aussi familier ?

-Oui, beaucoup.

-Pardon, je ne recommencerai plus.

-Hn.

Le trajet se finit dans le silence.

-Près ?

-Non. Mais, si je veux qu'il aille en prison pour le reste de sa misérable vie, je n'ai pas tellement le choix.

-C'est vrai... Mais, je serai avec toi, t'inquiète.

Une femme aux cheveux noirs et aux yeux rouges s'approche de nous.

-Bonjour messieurs, je suis le docteur Yuuhi Kurenaï. Je suis censée recevoir ce jeune homme, si je ne m'abuse ?

-En effet, docteur. Je suis le lieutenant Uzumaki Naruto et aussi le tuteur de Sasuke.

Je tourne vivement ma tête vers lui. Naruto me jette un bref regard avant de me pousser dans le dos.

-C'est parti.

Il me chuchote à l'oreille qu'on en discutera après.

-Bien. Vous avez son livret de famille et son carnet de santé ?

-Oui.

Il tend le tout au docteur qui les feuillette brièvement.

-Bien. Tu peux te déshabiller et t'asseoir ici.

Je soupire bruyamment.

-Ce n'est qu'un mauvais moment à passer.

Naruto sort un appareil photo de son sac et s'approche de la table.

-Tu fais quoi là ?!

-Je dois prendre des photos pour l'enquête.

-L'ordonnance du médecin ne suffit pas ?!

-Non. Je n'en prends pas beaucoup.

Je le regarde méchamment avant de retirer mes vêtements.

Je vois le docteur grimacer et Naruto murmurer un « mon dieu ».

Je garde juste mon boxer. Elle s'approche de moi et touche du bout des doigts les contusions et les bleus qui tatouent l'intégralité de mon corps.

-Effectivement, on remarque beaucoup de plaies. Sur toutes les parties de son corps en fait... Il y a des bleus monstrueux, de la grosseur de la paume d'une main. Avec quoi te frappe t – il ?

-Tout... Il me met des calottes, des coups de pied, un club de golf, des ceintures, des morceaux de bois... Et j'en passe.

-Il t'a déjà forcé à avoir des relations sexuelles avec lui ?

Naruto arrête de prendre des photos et lorgne sur moi. Je le regarde vite fait avant de répondre dans un soupire.

-Oui...

-A quel âge ça a commencé ?

-Un an après mon placement chez lui...Donc, vers 11, 12 ans je dirais.

-Combien de fois ?

-J'en sais rien moi...Vous croyez que je m'amuse à compter le nombre de fois où il me viole ?

-C'est important. Réfléchi.

-...Ca fait longtemps que ça dure, docteur. J'ai 16 ans maintenant... Ca peut bien aller jusqu'aux 300 fois, vous savez... Si ce n'est plus. En quatre ans, il s'en passe des choses...

-Il faisait ça régulièrement ?

-2 fois par semaine, à peu près...

-Est – ce que tu sais pourquoi il lève la main sur toi ?

-Non...

-Il faudrait peut – être le lui demander, non ?

-Hn...

Elle continue son auscultation en silence.

Naruto prend encore quelques photos et observe ensuite ses gestes.

Elle me prescrit de la crème et des médicaments à prendre. Nous sortons après l'avoir remercié.

-Alors raconte, je t'écoute ? T'es mon tuteur ?

-Ouais...J'ai demandé la permission au juge des enfants pour m'occuper de toi jusqu'à la majorité. Et peut – être plus, si tu le souhaites...

-Non, c'est bon. A mes 18 ans, je me tire à l'autre bout de la planète.

Il pose ses yeux sur moi en ne disant rien. Je remarque un vague air triste mais je chasse vite cette image de ma tête.

-Mmh... Tu voudrais vivre où ?

-Aux Etats – Unis. J'en ai ma claque du Japon et de cette ville de merde.

-Tu ne peux pas tout simplement changer de ville au lieu d'aller parcourir le monde ?

-Non. Trop de souvenirs ici.

-Justement. Eloigne – toi juste de quelques kilomètres, non ?

Je m'arrête au milieu de la route et le regarde.

-Mais, qu'est – ce que ça peut te faire de toute façon ?

-Rien, c'est vrai, pardon... Mais, tu peux comprendre que je t'-... Enfin, bref, tu m'as compris.

-Arrête tes salades. De 1, je t'ai dit que l'amour, c'était des conneries et de 2, dire « je t'aime », c'est sacré. On dit pas ça à la légère. Ca à du sens. Et pour moi, « je t'aime », c'est pour un couple. Or, on n'est pas un couple et on en sera jamais un.

-Faut jamais dire jamais.

-...Ca veut dire quoi ça ? Que tu m'as dans ton collimateur ?

-Prends ça comme tu veux, Sasuke... Si ça te plait de croire ça.

Il m'offre un sourire charmeur. Je fronce les sourcils.

Il est trop ambigu. Moi, je sais que notre relation est celle d'un gars avec un autre gars. Des connaissances. Des amis, grand maximum.

Je monte dans la voiture. Sa main frôle la mienne lorsque l'on met nos ceintures de sécurités.

Je ne dis rien.

Il faudra que j'éclaircisse les choses avec lui. Il faudra qu'il se mette dans le crâne que lui et moi, c'est dans ses rêves.