Titre : Pinkuna Ichigo.

Auteur : Patpat.

Bêta lectrice : Drudrue.

Source : Gravitation.

Pairing : Shindou Shuuichi / Yuki Eiri.

Rating : M.

Genre : UA, Humour, Romance, OOC, Lime et Lemons.

Disclaimer : Je ne possède pas Gravitation, ni ses personnages hélas. Mais l'histoire vient de mon cerveau dérangé et Miri ainsi que la plupart des élèves de élèves du lycée en sont également issus.

Notes : Deuxième chapitre ! Et en avant la musique ! LiLaOh !! Voilà, je poursuis dans ma lancée ! J'adore cette histoire, je me suis jamais autant amusée ! En fait si mais c'était en écrivant "Ze veux un bébé !" et ça remonte à plus de deux ans... En tous cas, voici un pas de plus pour Shuu dans l'abominable univers du lycée. Je sais pas pourquoi je dis que c'est abominable, moi j'ai bien aimé être une emmerdeuse quand j'étais encore au bahut. Quoi qu'il en soit, vous allez vous en payer une tranche alors bonne lecture. Et encore désolée pour l'attente !

PS : Notez que je fais clairement la différence entre Shuuichi et Shuu. En mec, il est brun tandis qu'en fille il a les cheveux roses. Et quand je parle de Shuu, j'utilise toujours le féminin.

ATTENTION ! Encore du lime ! Encore de la vulgarité ! Normal, ce sont des ados ! Euh... En fait moi aussi, j'suis une ado attardée de vingt ans...

Dialogue en gras. Pensées en italique.

Chapitre 2 : Déclaration de guerre.

Alors cette première semaine ? s'enquit Hiro, portant des lunettes de soleil, se cheveux relevés en un chignon ébouriffé, attendant à la sortie du lycée.

En effet, Shuuichi étant pensionnaire, il n'était autorisé à sortir du bahut que le samedi en fin de matinée, lorsque la semaine était enfin finie (1). Comme promis, le guitariste était venu chercher son meilleur ami pour aider "la jeune fille" qu'il était à porter son sac plein d'affaires sales à porter chez maman pour la lessive hébdomadaire. Epuisé par cette première semaine de cours, Shuuichi avait d'ailleurs bien besoin d'un bagagiste. Ensemble, ils commencèrent à se diriger vers le parking où était garée la voiture du brun.

C'était abominable ! s'exclama Shuuichi en français, de peur que quelqu'un surprenne leur conversation (2), sans pour autant perdre sa voix de pucelle. Je me suis fait draguer, harceler, et surtout emmerder. C'était l'horreur ! Mais je suppose que je suis sur la bonne voie...

C'est bien ce que tu voulais, non ? Tu ne voulais pas continuer à étudier avec un prof particulier alors voilà ce qu'on obtient à vouloir être quelqu'un de normal, ricana Hiro, dans la même langue, sur le ton du "J'te l'avais bien dit".

Je ne me plains pas, au contraire ! Je suis très content que ça tourne comme ça. Ca prouve bien que je suis passé inaperçu dans la masse.

Et ça prouve aussi que, quelque soit le costume, tu continues à faire des ravages !

Héhé ! Et oui, tu t'attendais à quoi ? J'ai du sex-appeal et ça, rien ni personne ne pourra me l'enlever ! se vanta Shuuichi avec un large sourire, bombant le torse, mettant ainsi sa fausse poitrine en avant.

J'arrive pas à croire qu'une mocheté comme toi puisse avoir un petit copain ! railla en japonais une voix que le chanteur connaissait bien.

Oh la ferme, Yuki ! Si t'as un problème avec moi, qu'on en finisse et je t'en colle une une bonne fois pour toute ! s'enerva Shuu, oubliant de se remettre dans la peau d'une fille, sous le regard amusé de son meilleur ami.

Sur le coup, étonné par la provocation, Eiri sourit, amusé et satisfait de se voir tenir tête. Au fond, il aurait été déçu de Shimizu si elle ne lui avait pas répondu de la sorte, se contentant de fondre en larmes dans les bras de ce grand type aux cheveux auburn et qui n'avait pour lui que sa belle gueule et sa jolie voiture (Patpat : D'un autre côté, Yuki avec sa Mercédès et sa carrure de dieu grèc, il est un peu mal placé pour la ramener). La ferme, auteur véreux ! C'est ma réplique, j'dis ce que je veux ! D'abord, Shuu est à moi et c'est pas ce crétin et sa Porsch qui vont me piquer ma copine !

Et bien quoi ? C'est une déclaration de guerre que tu veux ? lança-t-il à la jolie fille.(Patpat : Quel Don Juan, y'a pas à dire !) Grrrrr...

Pour toute réponse, le blond reçut un regard noir de la demoiselle avant d'ajouter :

C'est pas avec tes petits poings de gamines que tu risques de me faire mal. En plus, t'es pas bien musclée pour une nana. Tu dois pas faire beaucoup de sport...

Qu'est-ce que t'en sais si j'suis musclée ou non, crétin ! Tu m'as jamais vue à poil que je sache. De toutes façons, on verra bien si tu continueras à me traîter de grosse patate molle lundi au cours de sport ! Quoi que le prof ait prévu de nous faire faire, je te foutrai ta pâtée !

Tsss... Bien sûr ! J'suis prêt à parier que t'arriveras bonne dernière ! D'ailleurs, je ne t'ai pas insultée de "grosse patate molle", c'est trop puérile. J'aurais plutôt dit "thon obèse et flasque" !

On se demande lequel est le plus puérile des deux, dans tout ça, marmona Hiro pour lui-même.

D'accord, je relève le défi. Une semaine de tickets-repas pour le gagnant, fit Shuuichi, bien décidé à démonter ce sale blondinet prétentieux.

J'veux bien mais je t'avertie tout de suite : ce sera la ruine pour toi, Shimizu. Le prof de sport est un fou et si t'as pas suivi au moins un entraînement physique intensif, tu seras incapable de tenir la route avec lui, prévint Yuki.

C'est bien ce qu'on verra, tronche de cake !

Ils se fixèrent avec animosité avant que Hiro ne lance joyeusement :

On va manger avec les potes ?

Cool ! s'exclama la jeune fille, passant de la rage à l'insouciance en un quart de seconde, ce qui eut le mérite de désarçonner Yuki.

Secouant la tête d'un air résigné, le blond monta dans sa voiture sous l'oeil légèrement moqueur de Hiro qui s'apprêtait à entrer dans la sienne.

Qu'est-ce qui te fait rire ? demanda Shuuichi en bouclant sa ceinture après avoir fermé la portière.

Ce mec en pince pour toi, se moqua gentiment le guitariste.

NANI !! Non mais tu délires ! Tu vois pas qu'il me déteste ? T'as bien entendu tout ce qu'il m'a balancé dans la poire ! Il est bien le seul mec à me traîter comme ça. Il a même osé me dire que j'étais un "thon obèse et flasque" ! Quel sale porc ! J'le déteste ! s'emballa aussitôt la "frêle jeune fille".

A mon avis, ce mec est surtout dingue de toi mais comme c'est un boulet de première au caractère aussi renfermé qu'un vieux placard, il ne sait pas comment réagir face à ça. C'est pour ça qu'il agit de façon démesurément agressive, expliqua Hiro en démarrant.

J'comprends rien à ton charabia !

T'as jamais ententu parler de psychologie inversée ?

Non... C'est quoi la psychologie ?

Lamentable... songea Hiro.

Shuuichi était parfois si niais qu'il fallait presque lui faire des dessins et des schémas explicatifs pour qu'il comprenne un truc simple. J'me demande s'il était pas blonde dans son ancienne vie... M'enfin bon, si Shuuichi avait du mal avec les trucs techniques, il n'avait en revenche aucun mal avec ce qui touchait au coeur et à l'âme des gens... Sauf bien sûr quand ça le concernait lui. Comme on dit : on voit toujours la paille dans l'oeil du voisin, mais jamais la poutre qu'on a dans le sien.

Quand un mec gentil tombe amoureux d'une fille, il se montre encore plus gentil avec elle, n'est-ce pas ? approfondit le guitariste pour facilité la compréhension à son ami.

Ouais...

Bah les gars qui savent pas être gentils sont forcéments très méchants avec la fille qui leur plait.

Donc si je suis bien ton raisonnement, Yuki est méchant avec moi parce qu'il m'aime ?

C'est ce que je me tue à t'expliquer depuis cinq minutes, pequenaud sans cervelle ! s'énerva le guitariste, sans pour autant quitter la route des yeux.

Pfff ! N'importe quoi ! Ce mec n'aime personne à part son nombril ! Et puis il est méchant avec tout le monde, fille ou garçon. Vu qu'il est un peu - voir beaucoup, non complètement - sociopathe, ça m'étonnerait même pas qu'il pose une bombe dans le lycée !

Et tu veux rester dans le même bahut que ce type ! s'esclaffa Hiro.

Les deux amis partirent alors dans un fou rire incontrôlable qui manqua de leur coûter la vie. En effet, Hiro avait manquer de finir encastré dans la devanture d'un café en tentant d'esquiver un lézard qui aidait un pigeon aveugle à traverser dans les clous.

Chaque vie à un prix, Shuuchan, avait-il répondu au regard accusateur de son meilleur ami qui était terrorisé, encore cramponné à sa ceinture de sécurité.

Je me demande qui est le plus taré dans l'histoire : toi ? Ou l'auteur de cette fic ?

Patpat : Snif, c'est méchant ce que tu dis-là, Shuu-chan !

XXX XXX XXX

Le lundi était vite arrivé, trop vite aux yeux de Shuuichi qui ne s'était pas vraiment reposé pendant le weekend. En effet, avec un chanteur qui avait caché le rose de ses cheveux grâce à une coloration brune qui part au lavage pour ne pas attirer l'attention, le groupe avait passé leur samedi à enchaîner séances photos et interviews, cloturant la journée par un passage télé dans une émission de variété à grande audience. Il avait même eu le loisir de reconnaitre dans le public cinq filles de sa classe venues acclamer Bad Luck. Parmis elle il y en avait deux qui étaient vraiment sympa avec lui et d'ailleurs elles étaient dans le même dortoire que lui : Kira et Rikku. Il est évident qu'il avait été lui-même les trouver en compagnie de ses trois musiciens pour aller leur signer des autographes. Les trois autres étaient Ayaka et deux copines à elle, une nommée Yoko, l'autre... Ochobo ! Il se souvenait encore du fou rire qu'il avait eu en apprenant son nom. Et comble de tout, cette fille était vraiment laide, autant à l'extérieur qu'à l'intérieur.

Le dimanche avait entièrement été consacré à l'enregistrement du premier single de Bad Luck pour son retour au Japon. Shuuichi, Hiro, Suguru et Yoshiki avaient beaucoup regretté l'absence de leur amie Miri. Elle était une très bonne productrice mais aussi une excellente guitariste. Malgré son caractère de chien - qui rappelait beaucoup à Shuuichi un certain quelqu'un assis pas très loin de lui en classe - la jeune femme était une vraie professionnelle mais aussi une amie géniale.

N'ayant pas eu beaucoup de temps pour faire ses devoirs, Shuuichi les avait fait à l'arrachée en arrivant chez ses parents le soir avant de manger, de se doucher et d'aller au lit. Après tout, ce n'était pas comme s'il courait après les bonnes notes ou son diplôme de fin d'étude ; il allait juste au lycée pour passer le temps entre deux concerts... Le matin suivant, il avait dû se réveiller tôt pour se faire accompagner par son père au lycée. En effet, il lui fallait le temps de déposer sa valise dans sa chambre et de préparer son sac de cours avant d'aller en classe. Dès qu'il avait mit un pied dans l'enceinte du lycée, il était redevenu Shuu.

Elle arriva un peu avant l'arrivée de leur prof d'anglais, Shimaki Hiromu-sensei, ayant ainsi le temps de papoter avec Kira et Rikku et admirer les autographes qu'elles avaient reçus des membres de Bad Luck pendant le weekend. Shuu avait été par ailleurs étonnée de voir que peu de japonais étaient à même de parler anglais. Mais ce qui l'avait davantage surpris avait été que Yuki parlait lui-même très courament cette langue et ce avec une grande fluidité et un excellent accent. Ainsi donc, ils avaient été à peu près les seuls élèves de la classe à pouvoir tenir une conversation avec la prof qui avait fini par leur demander d'aider leurs camarades à faire leurs excercices pour le prochain cours. Evidemment, Shuu s'en était faite une joie mais pas ce râleur de Yuki.

Le cours suivant avait été celui d'histoire et là, Shuu avait moins brillé. Le blond qui, lui était un passionné des matières littéraires, en avait profité pour montrer à la jeune fille sa supériorité. Ayaka s'était déléctée du spectacle mais la jeune fille aux cheveux roses avait fait comme si de rien n'était, jouant discrètement au morpion avec un papier en coin de table avec Akira. De toutes façons, il va se prendre une râclée au cours de sport de cette aprem ! s'était-elle dit.

En finalement, après la pause du déjeuner, le cours de sport était arrivé. Etant rentrée au dortoire pour mettre sa tenue et surtout pour ne pas se retrouver à se changer aux vestiaires où sa couverture serait grillée à coup sûr, Shimizu arriva pil poil au moment où le prof commençait à faire l'appel, et ce grâce au petit sprint qu'elle avait piqué. Au moins comme ça, je suis en condition ! songea-t-elle en lança un petit regard provocateur à Yuki qui était de l'autre côté du groupe que formaient les élèves.

Bien ! Bonjour à tous ! Tsuda-sensei m'a dit qu'il y avait une nouvelle élève cette année. J'ai répéré cette demoiselle en faisant l'appel mais elle ne me connait pas encore, annonça le professeur de sport en se tournant vers Shuu. Je suis Tokugawa Yukiru. J'espère que tu aimes le sport parce qu'avec moi tu vas être servie.

Hai ! J'adore le sport ! s'enthousiasma le chanteur en faisant de son mieux pour imiter les pompom-girls transies de stupidité.

Tant mieux ! Pour le premier exercice, tu peux rester sur le banc histoire de voir ce que je demande à mes élèves et de t'y préparer, proposa-t-il un peu sèchement.

Oh non, pas besoin, Tokugawa-sensei, assura la demoiselle avec un large sourire. On m'a déjà gentiment prévenue du niveau assez élevé de vos cours alors je veux commencer les exercices en même temps que tout le monde.

Bien dans ce cas, la classe sera divisée en deux.

Il désigna une ligne imaginaire qui coupa le groupe en deux partie de douze élèves chacune. Puis il reprit :

Maintenant, vous allez vous mettre en file indienne derrière cette marque - il montra au sol un épais trait marqué à la craie rouge - et enfiler ces brassards.

Il se mit à distribuer des morceaux de tissus verts à un groupe, jaunes à l'autre. Avec les sur-vêtements bleu ciel des élèves de Tôhoku, ces couleurs étaient particulièrement remarquables et c'était le but puisqu'elles servaient à distinguer les deux équipes. Evidemment, Shuu avait vite remarqué qu'elle n'était pas dans le même groupe que Yuki, ce qui n'était pas plus mal puisque de cette façon, la concurence serait relevée d'un cran. Ce fut donc avec un large sourire que la jeune fille attacha le brassard jaune autour de son bras gauche.

Bien maintenant, le premier exercice consiste à faire le parcours suivant dans le lapse de temps le plus court. Le temps de chaque membre de chaque équipe sera chronométré puis additioné avec celui des autres. L'équipe avec le temps le plus court aura droit à un bonus non négligeable de 5 points pour le match de basket qu'on jouera tout à l'heure.

Les murmures enthousiastes se mêlèrent aux bougonnements de tous ceux qui abhorraient l'éducation physique (Patpat : Comme moi par exemple... J'suis fatiguée rien que d'y penser.) mais tout le monde se tut pour écouter la suite des consignes.

Le parcours est composé en plusieurs étapes : vous sprintrez jusqu'au bout du gymnase, puis vous récupérerez un ballon avant de commencer à sauter dans le chemin que j'ai formé avec les pneux, après quoi vous grimperez sur la poutre que vous devrez traverser. Là vous enverrez le ballon dans le panier de basket qui sera alors à 5 mètres en face de vous, puis vous prendrez de l'élan pour passer par-dessus le cheval d'arçons. Evidemment, si vous voulez me faire une petite figure accrobatique à cette étape, vous avez le droit. Ensuite, vous devrez me faire un enchaînement poirier, roue, rondade sur les tatamis qui suivent. Et enfin, vous grimperez à la corde et sonnerez à la cloche. Il n'y a qu'au tintement de la cloche que le temps de l'élève sera retenu et noté.

Les yeux exorbités, la plupart des élèves regardaient avec un air terrorisé le parcours digne d'un entraînement de légionnaire. Il n'y avait que Yuki et Shuu qui se fixaient avec détermination et défi. Et bien sûr le petit dispensé de sport à l'année, asthmatique avec un ou deux problèmes au niveau des articulations, qui n'avait pas à s'en faire puisqu'il resterait sur le banc à noter les temps des éleves (Patpat : Comme moi là aussi... Sauf que moi je laissais le prof se démerder parce que j'étais occupée à écrire mes fics ).

On peut dire qu'il commence sur les chapeaux de roues, cette année, le Tokugawa, murmura Akira à l'attention de Shuu qui se tourna vers lui avec un sourire chaleureux.

C'est sans doute parce qu'on est en Terminale maintenant, répondit-elle simplement.

Tu sais, ça à l'air vraiment dure. Même après deux ans à avoir subi ce genre d'horreurs, beaucoup des élèves de ce lycée ne seront pas capable de réussir ça. Tu devrais lui demander l'autorisation de rester sur le côté le temps de l'exercice.

Puis quoi encore ? J'ai un pari à tenir avec cette face de truite saumonée, répondit Shuu avec un regard sadique en direction de Yuki. Je vais l'écraser comme une mouche, ce blanc-bec !

On dirait que tu prends très à coeur le fait qu'il ait refusé d'être ami avec toi, remarqua le garçon.

Non, ça je m'en contre-fous ! C'est le fait qu'il m'ait traîté de "thon obèse et flasque" que j'ai pas digéré. Mais je vais lui faire ravaler ses paroles par les troues de nez !

Ensemble, ils rirent discrètement avant de s'arrêter pour écouter les derniers avertissements du prof.

Ceux qui trébucheront dans les pneux, tomberont de la poutre, n'enverront pas le ballon dans le panier, rateront leur saut au cheval d'arçons ou manqueront leur enchaînement devront recommencer l'étape du parcours qu'ils auront raté encore et encore jusqu'à ce qu'ils y soient parvenus. Afin d'éviter le couroux de vos coéquipiers, je vous conseille de ne pas vous louper. Au coup de sifflet, les premiers de chaque file partent.

Et trois secondes plus tard, Tokugawa siffla le départ. Parmis les élèves qui passèrent sous les encouragements de leurs camarades, rares étaient ceux qui n'avaient pas eu à recommencer au moins une épreuve. Ce qui étaient très bon en sport traînaient afin de ne pas se rater et les plus nuls (Patpat : Comme moi. Je suis pathétique.) traînaient de toutes façons parce qu'ils se rataient et devaient recommencer. Finalement, au bout d'une trentaine de minutes, le jeu était serré entre les verts et les jaunes : l'équipe de Yuki menait de quelques dizièmes de secondes et déjà l'équipe des jaunes désespérait. Mais s'était sans compter sur Shuu qui, à l'exemple de son adversaire, s'était mise en fin de queue. Ainsi, la tension entre eux était montée encore un peu à mesure que le jeu de piste avançait et leur intervention serait d'autant plus remarquée que de leur parcours dépendrait le sort de leur équipe.

Finalement, tout le monde était passé sauf les deux derniers. Et alors que le prof allait donner le coup de sifflet pour leur départ, un élève de l'équipe de Shuu, Hideyoshi Hisoka s'exclama :

Attendez, s'il vous plait ! C'est pas juste, sensei ! Regardez face à qui Shimizu va passer ! Elle est nouvelle, elle ne s'est pas encore habituée à votre rythme. On ne peut pas la laisser affronter Yuki ! Non seulement c'est une fille mais en plus il est très fort.

D'autres élèves du groupe des jaunes (principalement des garçons) approuvèrent haut et fort.

C'est bon, Hideyoshi-kun, assura Shuu. Je te remercie d'avoir autant de considération mais je ne suis pas en sucre. Les autres filles ont parfois dû faire le parcours face à des garçons et elle n'en sont pas mortes. Pas de raisons que j'ai un traîtement de faveur. Et puis vous êtes tous déjà passé, ce qui serait donc vraiment injuste c'est que je ne fasse pas ma part dans l'équipe.

Voilà un comportement bien fair-play. J'apprécie beaucoup, Shimizu-san, fit le professeur. Yuki-kun ? Pas d'objection ?

Aucune, répondit sèchement le blond, se préparant au départ.

Et donc, quelques instants après, le sifflet retentit et Shuuichi courut. Il ne perdit pas de temps à voir où en était Yuki où ce qu'il faisait, laissant l'adrénaline monter en lui à vitesse grand V et calquant ses mouvements au rythme des acclamations de ses coéquipiers qui l'encourageaient avec force. Il avait l'impression d'être sur scène, galvanisé par les cris de la foule, puisant là toute son énergie. Il pouvait aussi entendre les encouragements des verts pour Yuki qui égalaient au moins ceux qu'il recevait.

Le sprint, il connaissait alors il n'eut pas de mal à traverser le gymnase en un temps record. Il s'empara d'un ballon et courut dans le chemin de pneux, levant bien les genoux en sautant afin d'éviter de se prendre le pied. Enfin, avec le marche-pied à l'extrêmité de la poutre, il monta facilement dessus et la traversa sans encombre ni hésitation. Très vite il se retrouva devant le panier, visa un bref instant avant d'envoyer le ballon qui passa dans le filet aussi facilement qu'une pillule de viagra dans la bouche de Sarkozy (3). Shuuichi prit ensuite son élan et sauta au cheval, éxécutant une pirouette en se rétablissant. Puis vint l'enchaînement de gym au sol : son poirier était bien droit, sa roue bien ronde et sa rondade très artistique. Merci Maiko de m'avoir forcé à faire de la gym avec toi à l'école primaire et au collège ! pensa le garçon aux cheveux roses avant de grimper à la corde aussi vite que possible. En moins de dix secondes, il sonna la cloche et redescendit. C'était pas bien compliqué par rapport aux exercices que nous fait subir K assez régulièrement, songea-t-il ironiquement, n'ayant jamais pensé qu'un jour ce que lui aurait appris cet américain décérébré aurait pu lui servir.

Les acclamations l'assourdirent alors que Shuu reposait le pied au sol. Ce fut l'exact moment où elle entendit l'autre cloche sonner. Elle leva alors les yeux vers Yuki, qui se laissait lentement descendre. Une expression agacée était imprimée sur son visage et il adressa un regard froid à Shuu qui lui répondit par un de ces ravissants sourires qui faisaient battre son coeur.

Une semaine de ticket repas, n'oublie pas Yuki-chan ! rappela-t-elle.

Putain... Fait chier de perdre contre une fille, gronda le blond.

Oh, sois pas mauvais perdant, hein. C'était qu'un petit pari amical.

J'suis pas mauvais perdant. T'auras ce que je t'ai promis, c'est tout, bougonna-t-il.

Oh ? Un mec qui reconnait sa défaite face à une fille, c'est surprenant. J'aime beaucoup ce genre d'attitude. Au fait, où est-ce que tu t'es planté ?

La poutre, comme d'hab... J'ai le vertige et c'est dur de voir où on met les pieds sans regarder en bas, répondit-il, toujours énervé.

C'est vrai que j'ai toujours eu beaucoup de mal avant mais un ami à moi à eu l'idée de me faire marcher sur la rembarde d'une terrasse au 28eme étage d'un immeuble à New York. Depuis, à côté de ça, les poutres c'est du pipi de chat. Mais c'est sûr qu'avec la corde c'est plus simple puisqu'il suffit de regarder vers le haut, encore faut-il savoir monter.

Dis-moi, tu menais quel genre de vie à New York pour marcher sur des rembardes de terrasses ? s'enquit Eiri, complètement troublé par les paroles de cette fille bizarre.

Euh... Bien disons que... Et merde ! J'vais me faire griller ! Vite ! Un mensonge ou quelqu'un pour faire diversion !

Et comme pour répondre à ses prières, le professeur Tokugawa annonça :

Avec un temps record de 1 minutes 48, Shimizu fait gagner les jaunes avec un totale de 33 minutes 57, alors que Yuki, avec 2 minutes 01 n'a pas réussi à sauver son équipe qui a un total de 34 minutes 8 secondes. Préparez-vous à commencer le match de basket. Pour les verts, Yuki sera le capitaine et ce sera Kouga pour les jaunes.

XXX XXX XXX

Après un tel affrontement cet après-midi, Eiri était rentré à sa chambre. Il avait bon dire ce qu'il voulait, il avait détesté perdre devant la jeune fille. Le bon point c'était qu'en refusant de montrer combien il était mauvais perdant - il avait trop de fierté pour trépigner comme un gamin - il avait obtenu d'elle un peu d'admiration. Elle aimait les gens honnêtes qui admettaient sans problème une défaite. Encore un atout qu'elle avait pour elle.

Le blond balança son sac de cours sur son lit, de même que son manteau (bah oui, c'est quand même l'hiver !) et sa veste d'uniforme. Rien qu'en repensant à Shimizu, à la façon trop sexy qu'elle avait eu de courir, il se sentait rougir. C'est sûr, elle était athlétique pour une fille ; il avait vraiment poussé le bouchon loin en la traîtant de thon obèse et flasque le vendredi précédent. Mais la voir au bras de ce mec qui semblait si familier avec elle l'avait tellement énervé qu'il n'avait pas pu s'empêcher de lui faire du mal. Parce qu'au fond, l'hypothèse que la place soit déjà prise lui en avait fait aussi.

Il avait menti avec cette histoire de poutre. Certes, il avait vraiment le vertige mais pas à une si faible hauteur. Ce qui lui avait fait perdre un peu de temps c'était quand il avait ralenti au niveau des pneux pour admirer la petite poitrine de Shimizu qui sautillait au même rythme qu'elle. De même que, quand elle était sur la poutre elle aussi, il avait presque bavé devant le déhanché sexy de son bassin, ses adorables petites miches se balançant de droite à gauche. En revanche, il savait très bien qu'il n'avait pas été le seul à profiter du spéctacle pendant le cours de sport et cette simple perspéctive le rendait fou de jalousie, amplifiant son côté possessive déjà très exacerbé. Enfin, cela ne l'empêcher pas d'attendre avec impatience la venue du printemps... En effet, les élèves troqueraient alors leurs sur-vêtements pour des shorts, même si à force de la voir porter la jupette de son uniforme de lycéenne, Yuki avait déjà tout le loisir de reluquer les jambes de rêve de cette fille qu'il désirait un peu plus chaque jour.

Et elle doit avoir la peau douce en plus... Elle n'a pas un seul bouton, contrairement à la plupart des filles du bahut. Moi j'ai les moyens de me payer ce que je veux comme crème pour éviter l'acnée mais les plus efficaces coûtent cher. Soit elle est riche mais elle s'en cache - sinon elle serait pas dans ce lycée de nuls - soit sa peau est trop parfaite pour avoir des boutons (Patpat : Disons que c'est un mélange des deux.).

Eiri tira une cigarette de son paquet et l'alluma. Il était interdit de fumer dans l'enceinte du lycée mais dans les chambres, le surveillant du dortoire ne disait trop rien, du moment qu'on ouvrait un peu la fenêtre pour aérer et qu'on ne déclenchait pas par inadvertance les détécteurs de fumée. Mais cette interdiction n'empêchait pas le jeune homme de fumer ailleurs dans l'établissement s'il en avait envie. Il connaissait toutes les bonnes cachettes pour ça et ne s'était jamais fait piquer. A dire vrai, si ça ne dépendait que de lui, à choisir entre la cigarette et l'école, il aurait choisit la clope. Mais connaissant sa collante de soeur Mika et son idiot de père, il valait bien mieux qu'il garde ça pour lui et qu'il finisse convenablement ses études. C'était déjà un miracle qu'ils l'aient laissé choisir le lycée de son choix. Si ça n'avait dépendu que sa soeur, il serait allé à Eitoku (4), et avec son père, il aurait fini en séminaire dans un temple au fin fond du Tibet.

Profitant pleinement de sa nicotine, son esprit dériva lentement vers son sujet de comtemplation préféré : Shimizu Shuu-chan... Il s'assit sur le rebord de son lit et ferma les yeux. Il l'avait tellement observée durant les précédents jours qu'il connaissait chaque courbe de sa silhouette et pour lui, c'était bien assez pour imaginer le reste. Une taille étroite, de jolies hanches, des cuisses ravissantes, de longues et fines jambes, un dos légèrement cambré, un ventre plat et son adorable petite poitrine. C'était clair qu'elle n'avait pas beaucoup de seins mais Yuki n'avait jamais vraiment aimé les grosses poitrines : c'était bien pour s'occuper les mains mais chez une fille comme Shimizu, ce n'était qu'un artifice comme un autre. En plus, fluette comme elle l'était, ça n'aurait pas été très joli en fait... Ca l'aurait rendue moins mignonne d'une certaine façon.

Il pouvait aussi s'imaginer une chute de reins à vous faire tomber raide. Un dos lisse, et une peau douce... Il pouvait presque sentir le parfum de fraise et de framboise de Shuu. Il voyait sa main remonter le long de son dos et jusqu'à sa nuque, puis caresser la courbe de ses épaules dans un geste relaxant. Et un gémissement s'échappa presque aussitôt de la bouche du blond : sans s'en rendre compte, il s'était allumé tout seul. Mais cette vision de rêve était bien trop agréable pour l'arrêter là.

La jeune fille était nue sur ses genoux, lui tournant le dos. Et lui, caressait avec douceur le dessous de sa poitrine tandis qu'elle se arquait à son contact. Il y éxécutait un petit massage, tirant de nouveaux gémissements à Shuu qui guidait sensuellement ses mains jusqu'à ses têtons déjà durcis de plaisir. Du bout des lèvres, Yuki effleurait la peau délicate du cou de la jeune fille. Elle glissait sa main droite sur la nuque d'Eiri, puis remonta dans sa chevelure blonde, l'incitant silencieusement à approfondir ses baisers. Bientôt, elle se tournait un peu pour lui offrir ses petites lèvres roses qu'il n'allait pas se faire pas prier pour embrasser. Ses mains glissaient ensuite sur les flancs de la demoiselle qui se mettait alors à califourchon face à lui, passant ses bras menus autour de son cou.

Leur baiser devenait enflamé et avec de petits mouvements du bassin, elle se déhanchait sur lui de façon si excitante... Se frottant litéralement à lui pour attiser son désir.

Yuki... murmurait-elle à son oreille. Yuki... Yuki !

Sa voix lui semblait si réelle... Si présente... Si... Hein ?! Ecarquillant les yeux aussitôt, il se retrouva face à Akira. Ce dernier était entré dans la chambre et tentait depuis cinq bonnes minutes déjà de le tirer de sa rêverie. Le jeune homme arborait une expression visiblement assez inquiète sur le visage. Ils se fixèrent l'un l'autre pendant une dizaine de secondes, Eiri avec un air ahuri et Akira avec des yeux ronds et innocents, puis...

Qu'est-ce que tu fous là ? gronda agressivement le blond, récupérant tout de son mordant afin de ne pas rester dans la position de faiblesse dans laquelle il s'était mis lui-même.

Euh... Tu m'avais dit de passer en début de soirée quand je t'ai demandé si tu pouvais m'aider pour les éxos d'anglais. Tu te souviens ? La prof avait dit que...

Ouais, ouais... C'est bon, j'ai pigé, fit Eiri en se relevant.

C'est bien sûr à ce moment qu'il découvrit son éréction plus qu'évidente. Et merde ! Et forcément, Akira l'avait bien remarquée aussi.

Si tu veux je peux repasser tout à l'heure... proposa son camarade de classe.

Non c'est bon, j'en ai pour deux minutes, répondit froidement Eiri en se dirigeant vers la sortie de la chambre, dans l'intention de faire un petit tour aux toilettes.

Mais sur le pas de la porte il s'arrêta et demanda :

Dis, pourquoi t'as pas demandé à ta grande copine Shimizu de t'aider pour ça ?

Parce que la plupart des filles de son dortoire lui ont déjà demandé de l'aide. Alors elle m'a dit de voir avec toi, qu'elle s'occuperait des filles et toi des garçons, expliqua simplement le brun avec un petit sourire.

Mais sans un mot de plus, Yuki quitta la pièce. Il se hâta d'aller aux toilettes pour finir ce qu'il avait commencé dans ses fantasmes. Mais évidemment, cette fois le temps jouait contre lui alors il ne pouvait pas laisser son esprit vagabonder comme il l'aurait voulu, si bien que ce qui était parti sur un désir sensuel s'acheva sur une simple masturbation rapide. J'aurais aimé faire ça autrement. En fait à choisir, j'aurais aimé faire ça avec Shuu... Ca ça aurait été le pied intégrale ! se dit-il en se lavant les mains consciencieusement, une fois ses petits travaux manuels terminés.

XXX XXX XXX

Après des heures entières passées à travailler avec une troupe d'une douzaine de filles bavardes pour leur faire rentrer dans le crâne la différence entre prétérit et present perfect, Shuu était vraiment plus qu'épuisée. Aussi, une petite balade nocturne dans le parc du lycée lui ferait le plus grand bien. En y regardant de plus près, le lycée Tôhoku n'était pas si "bof" que ça. A vrai dire, il y avait beaucoup de gens sympas, de bon profs. Presque l'ensemble des élèves y nourrissaient de grands espoirs pour leur avenir et, en tant que musicien, c'était toujours un plaisir de s'entendre dire "J'aimerais vraiment pouvoir jouer de la musique ; c'est ma passion alors je voudrais en faire mon métier. Je voudrais pouvoir gravir les échelons comme l'ont fait les Bad Luck !".

Avec un petit sourire aux lèvres, Shuu se baladait tranquillement à la lumière des réverbères, chaudement emmitoufflée dans son long manteau bleu ciel, dont la bordure des manches, l'ourlet du bas et le col étaient faits de fourrure blanche - synthétique évidemment. Le temps s'était pas mal rafraîchis en l'espace d'une journée ; elle ne s'étonnerait pas de trouver un paysage décoré d'une neige blanche et duveteuse à son réveil le lendemain matin.

C'était si calme, si agréable. Seul le sifflement du vent dans les branchages des arbres dénudés en cette période de l'année se faisait entendre. Certains pouvaient ne voir dans ce paysage de ténèbres que la désolation la plus totale mais pas Shuu : la nuit était juste un autre univers, un monde différent dont le commun des mortels avait peur. Tout ce qui est méconnu fait peur... songea-t-elle avec sagesse, appréciant la brise fraîche sur ses joues. A cause des concerts qui avaient souvent lieu la nuit, ou des décalages horaires dûs à ses nombreux voyages, le musicien en elle était devenu comme une bête nocturne, se nourrissant de la lumière des étoiles et de la lune, et restant debout à faire la fête toute la nuit en attendant de pouvoir profiter de l'aurore et des ses rayons rougeoyants et dorés.

Bon sang ! Voilà une poussée d'inspiration ! s'exclama intérieurement Shuu en tirant d'une de ses poches son crayon et son bloc-note, deux choses qui ne la quittaient jamais, quelques soient les circonstances. Elle s'assit donc en tailleur au pied du réverbère sous lequel elle se trouvait déjà et commença à griffonner à la hâte les bribes de paroles qui lui venaient en tête, les rimes qu'elle risquerait d'oublier et des notes pour marquer le rythme. Elle était si concentrée sur son travail que Shuuichi remonta lentement à la surface, laissant apparaître sa conscience de professionel. Le chanteur ne plaisantait jamais lorsqu'il s'agissait de musique, surtout lorsqu'un morceau prometteur était en jeu. Oubliant tout de l'endroit où il se trouvait et du rôle qu'il devait continuer à jouer, le jeune homme fredonna les paroles tout en tapant le rythme de l'air qu'il avait en tête avec son crayon sur le bout de son nez.

J'ai la mélodie et le gros des paroles. Faudra que je contacte Hiro pour lui en parler, marmonna-t-il pour lui-même en ajoutant ci et là quelques mots supplémentaires.

Il continuait de chantonner distraitement l'air de son nouveau chef d'oeuvre quand une odeur plus que désagréable vint lui titiller les poils de nez (Patpat : Est-ce que ça a un nom scientifique, ces choses-là ?). Il connaissait cette odeur pour l'avoir supporté de son meilleur ami et de sa productrice déléguée, Miri Johanson. L'infâme odeur... des cigarettes Malboro !

Sans même lever les yeux de sa feuille, se souciant peu de l'identité de l'enquiquineur qui lui fumait dessus, Shuuichi gronda d'une voix autoritaire et masculine :

Va fumer ailleurs ou éteint ta clope.

C'est à qui que tu causes comme ça, le Thon ?

Reconnaissant aussitôt la personne à qui appartenait cette voix froide et teintée de mépris, le jeune homme respira un bon coup. Il est temps de redevenir Shuu... Ou je risque de complètement péter un câble et de lui faire avaler ses dents ! Ainsi, lorsqu'il leva les yeux vers ce mec qui trouvait si amusant de le comparer à un "thon", Shuuichi avait récupéré son attitude de jeune fille.

La parc n'est pas assez vaste pour toi, Yuki ? Pourquoi éprouves-tu le besoin de venir te coller à moi et de fumer juste au-dessus de ma tête ?

Je suis venu parce que de loin, j'ai cru que c'était un clochard qui avait réussi à entrer dans l'enceinte de l'école. Puis quand j'ai vu que ce n'était que toi et que je trouve très divertissant de te faire chier, je suis resté, expliqua le blond avec nonchalance.

Tsss ! Comme si un clodo avait les moyens de se payer un manteau de luxe comme le mien qui vaut l'équivalent de plus de trois mille dollars, s'énerva Shuu en pensant à la honte qu'il s'était payé en achetant ce manteau une quinzaine de jour plus tôt pour rendre sa garde-robe plus "féminine". Evidemment, une pure merveille de chez Chanel, essayée puis achetée par un mec, ça avait de quoi attirer l'attention des vendeuses. Heureusement, il avait pu s'en tirer à bon compte et sans trop de questions embarassantes en dédicaçant des autographes à la vendeuse et à la caissière de la boutique.

Maintenant que tu m'as bien saouler avec tes conneries à deux yens, tu peux te casser. J'te retiens pas, cingla-t-elle en lui lançant un regard au moins aussi supérieur.

Evidemment, ce serait plus facile de le regarder de haut si j'étais pas assis par terre.

Tu t'excites bien vite ce soir... Tu m'as l'air sur la défensive, dis-moi. Tu es stressée ? Tu veux un petit massage ? se moqua Yuki tandis que la demoiselle se levait pour lui faire face.

Mais même debout j'y arrive pas ; il me faudrait encore un escabot pour arriver à la hauteur de ce crétin et de sa stupidité (Patpat : Et c'est lui qui dit ça...). Oh ! Je t'ai entendu saleté de fanfiqueuse !

Si tu poses tes pattes de babouin sur moi, je crie au viol ! Et fais attention, j'ai la voix qui porte ! grogna Shuu.

Mais c'est qu'il mordrait presque, le petit caniche à sa mémère.

Grrr !! Il m'énerves ce connard ! Il a gagné, j'me casse. C'est ça ou je perds mon inspiration et j'ai pas envie de m'arrêter en si bon chemin ! décida Shuuichi en commençant à s'éloigner sans un mot de plus à son "camarade" de classe. Déçu d'avoir remporté le round si facilement, et surtout désireux d'admirer un peu plus longtemps le visage de sa future petite amie qui, même en colère, restait incroyablement sexy, il lança la première chose qui lui vint à l'esprit :

C'est merdique, ce que tu as écrit !

Et bien sûr, il obtint aussitôt l'effet escompté. Shuu stoppa net dans ses pas, comme si les mots de cet espèce de pervers l'avait congelée sur place façon azote liquide. Se retournant, les poings fermement serrés et la mâchoire crispée par la rage, elle lança un regard monstrueux ampli de haine. A côté de ce regard, celui d'Hannibal Lecter ressemblait à celui d'un petit chiot.

Alors là Yuki, t'as passé un point de non-retour. Jusque là je t'avais donné le bénéfice du doute, me montrant la plus patiente possible alors que c'est pas du tout dans mon caractère. Mais je vais te faire payer jusqu'au dernier sou ce que tu viens de dire.

Quoi ? Tu supportes pas l'avis d'autrui ? s'amusa-t-il en haussant un sourcil, visiblement peu impressionné par les menaces de mort que venait de lui balancer Shimizu.

L'avis d'un nul dans ton genre m'importe peu ! J'ai écris des textes qui ont été encensés par les critiques du monde entier alors j'apprécie pas qu'un novice me dise stupidement et méchament qu'il les trouve "merdiques" uniquement parce qu'il a décidé de me harceler et de me tourmenter depuis mon arrivée ici ! s'exclama Shuu, ayant atteint les dernières limites de sa patience et de son self-contrôle.

Bien sûr, ce n'est qu'après sa courte diatribe qu'elle s'aperçut de la bourde monumentale qu'elle avait faite. En effet, dire à ce boulet inculte que ses paroles de chansons étaient aimées de tous à travers la planète était vraiment une connerie à marquer dans son livre de records personnels. C'était encore pire que le coup du titanesque rot qu'il avait laissé échapper lors d'une des premières interviews télé de Bad Luck en Amérique, surtout que c'était du direct live... Certes, il était fier de son travail - surtout qu'il venait d'apprendre que l'une de leur chanson était entrée au programme des cours de musique dans les collèges américains et européens - mais s'il était dans cette école c'était bien pour y échapper. Alors hurler sur les toîts qu'on est parolier professionnel était totalement proscrit ! Autant réveiller tout le bahut en faisant une annonce générale au haut parleur pour révéler à tout le monde qu'il était Shindou Shuuichi, chanteur de Bad Luck, et travesti à ses heures. Quel con, mais quel con ! C'est pas vrai !!

De son côté, Eiri était plus que perplexe. Cette fille était-elle sérieuse en disant qu'elle avait écrit des textes reconnus dans le monde entiers ? Non... C'était forcément une blague... N'est-ce pas ? A vrai dire, il ne pouvait jurer de rien en ce qui la concernait ; comme pour la totalité des personnes dans ce lycée, il n'avait jamais éprouvé le besoin de s'intéresser à sa vie. Pourtant, s'il envisageait vraiment d'en faire sa petite amie, il vaudrait mieux pour lui qu'il commence à chercher un peu. A commencer par exemple par ce mec qui était venu la chercher le samedi matin. Pas intérêt que ce soit son petit ami ou j'le bute direct !

Qu'est-ce que tu racontes comme conneries, encore ? demanda-t-il froidement au bout d'un petit instant de silence.

Betsu ni ! s'empressa de dire Shimizu en lui tournant le dos pour s'empresser de rejoindre ses dortoires.

Mais Eiri la retint par le bras, bien décidé à savoir ce qu'il en était vraiment.

Alors ? insista-t-il avec un regard inquisiteur, tentant de sonder la profondeur des yeux couleur lavande de la jeune femme.

Pendant un long moment elle garda le silence, détournant le regard avec détermination.

J'te lâcherais pas sans avoir de réponse, si c'est ce à quoi tu penses, prévint Yuki.

Je te l'ai déjà dis, je crie très fort, siffla Shuu entre ses dents.

Et si tu cries je t'embrasse, répliqua le blond.

Beuurk !

Quoi "beurk" ? Des centaines de filles tueraient pour s'entendre dire ça.

Et bien je ne suis pas une de ces greluches ! rétorqua Shuu.

Ca, j'avais bien remarqué... songea Eiri, sans pour autant faiblir dans sa détermination à percer Shimizu à jour.

Ils restèrent ainsi pendant une longue minute et jusqu'à ce que - Shuuichi étant réputé pour n'avoir que peu de volonté pour ce genre de bataille de tête de mule - finit par répondre par un gros mensonge. Il ne voulait surtout pas qu'on grille sa couverture. Il tourna vers Eiri son regard le plus sincère et lui dit :

Promet de ne répéter à personne ce que je vais te dire.

Mais le blond se contenta de fixer Shuu, dubitatif.

Je suis sérieuse ! Promet !

Bon ok... C'est bon... Promis. Alors c'est quoi ce secret d'état ?

Je suis la cousine de Shindou Shuuichi et --

Mais la jeune femme s'arrêta, voyant que son ennemi juré commençait à pouffer de rire, ne la prenant absolument pas sérieux.

C'est bon... J'ai pas envie d'écouter une menteuse. J'me disais bien aussi que cette histoire de paroles reconnue mondialement c'était du vent, fit Eiri en la lâchant, s'écartant comme pour partir.

Quoi ? Tu me crois pas ?! s'offusqua Shuu, véxée comme un poux.

D'accord, il n'était pas la cousine de Shindou mais Shindou lui-même... Mais quand même, de là à ne pas le croire... D'un autre côté, peu importe comment on prend le problème, un mensonge reste un mensonge.

Pourquoi ? Je devrais ?

Et bien oui ! Pourquoi tu crois que j'ai les yeux violets comme Shuuichi ? Tu ne trouves pas qu'on se ressemble un peu ?

Pas du tout.

Et pourquoi tu crois que Nakano Hiroshi serait venu me chercher à la sortie du lycée avant-hier ?

Ce mec ? Je t'en prie... C'était qu'un flambeur... Essaie pas de faire passer ton mec pour un artiste de talent.

Et puis je... Je connais même Miri Johanson personnellement pour avoir vécu aux Etats-Unis avec mon cousin pendant le temps qu'il y était !

Pfff... Miri Johanson ? Puis quoi encore. Franchement, j'avais un minimum d'estime pour toi. J'étais loin d'imaginer que tu tomberais si bas pour te rendre intéressante.

Enragée à n'en plus pouvoir, Shuu énuméra :

Elle fume, boit, jure sans arrêt, sa secretaire s'appelle Marisa, elle porte des lunettes de soleil pendant les réunions ennuyeuses pour cacher qu'elle s'est endormie, elle gémit en dormant et elle a un chat qu'elle a appelé Buffy parce qu'elle est secrètement fan de cette série !

Ok... Là, je veux bien la croire... se dit Eiri, se remémorant éxactement chaque défaut et chaque qualité de cette idiote de guitariste. Haussant un sourcil, il demanda :

Dis m'en plus. Alors comme ça tu sors avec Nakano ?

Mais non ! T'es mou du bulbe ou quoi ? C'est juste le meilleur ami de mon cousin qui est venu me chercher pour m'emmener chez NG pour travailler avec Shuuichi, dont je suis l'assistante et que j'accompagne partout ! inventa la demoiselle... ce qui au fond n'était tout de même pas vraiment faut non plus.

Sans trop savoir pourquoi, elle avait cru apercevoir le temps d'un bref instant sur le visage du blond un expression de... soulagement ? Bizarre, ce mec...

Bon, mettons que j'y crois, expliques-moi cette histoire de paroles de chanson, fit-il.

J'écris parfois des textes pour Bad Luck. Shuuichi les corrige et comme je ne veux en tirer aucun profit, je lui ai demandé de les mettre à son nom. Tu verras que d'ici quelques semaines, tu retrouveras les paroles que je viens d'écrire dans une des chansons du prochain album du groupe.

Montre, dit Eiri en tendant une main dans laquelle Shuu lui remit son carnet de notes.

Il lut rapidement les paroles et...

Y'a pas à dire c'est toujours de la merde. Soit t'as pas de talent, soit c'est juste cette chanson. Ton cousin n'en voudra jamais, ça ferait un bide.

Ce que tu dis ! cingla-t-elle en lui arrachant le cahier des mains avant de partir dans la nuit.

Pendant un moment, Eiri regarda sa main que les doigts fins de cette demoiselle avaient frôlée un très bref instant. Mais là encore, c'était bien assez pour nourrir ses fantasmes déjà exacerbés concernant Shimizu. L'espace d'une micro-seconde, il eut envie de hurler "Elle m'a touchée ! J'me laverai plus jamais la main !". Elle l'avait vraiment transformé en légume pour qu'il en soit rendu à avoir de telles pulsions. Avec un sourire néanmoins satisfait, il écrasa sa cigarette en la frôtant contre le réverbère avant de la jeter dans la poubelle où elle disparaîtrait parmi les centaines d'autres déchets, pour n'en laisser aucune trace. Si un pion ou le proviseur tombe dessus, il serait bien capable de faire une analyse ADN pour savoir qui l'a fumer et virer le coupable sur le champ. Lycée de malades, j'vous jure... songea Eiri avant de repartir lui aussi pour son dortoir.

XXX XXX XXX

Le lendemain matin, pour son plus grand bonheur, Shuu découvrit un paysage enneigé à sa fenêtre. Mais pour son plus grand malheur, comme tous les jours depuis son arrivée dans cette école, Shuu avait été chaleureusement accueillie par ses camarades et gentiment snobée par Môsieur Yuki Eiri qui avait fait comme si de rien n'était. A l'évidence, il allait garder la silence sur ce qu'elle lui avait appris la nuit précédente et au fond, c'était pas plus mal. En plus, pour une fois il ne lui avait même pas adresser un de ses regards étranges... En effet, elle l'avait surpris à plusieurs reprises à la fixer pendant quelques instant avec un je-ne-sais-quoi de pervers dans le regard. Repoussant immédiatement cette idée absurde, Shuu faisait à chaque fois comme si elle n'avait rien remarqué.

A l'heure du déjeuner, elle avait mangé un bentô acheté à la cantine dans la salle de musique car sa première heure de cours de l'après-midi concernerait justement sa matière de prédilection. Perdue dans ses pensées, Shuu avait ouvert la fenêtre, appréciant l'air frais du dehors, son visage rougi par le froid. Soudain, deux petits doigts vinrent chatouiller ses côtes, lui arrachant le plus strident des cris. A côté de ce hurlement de terreur, celui de Chris Tucker dans "le Cinquième Elément" passait pour un couinement de canard en plastique. Les mains crispées sur son coeur, la lycéenne se retourna, le visage marqué par l'indignation, pour se retrouver face à...

Maiko ? Bordel mais qu'est-ce que tu fous ici ?

Venue rendre visite à mon frangin préféré ! répondit la jeune fille tout sourire en prenant affectueusement son chanteur de frère dans ses bras.

Shuut ! Pas si fort, idiote ! Tu veux qu'on nous entende ? l'intima Shuuichi.

Je trouve que tu te débrouilles bien, ma "petite Shuu" !

Merci. Alors, dis-moi ce que tu fais vraiment là ? La rentrée des plus jeunes ne se fait pas avant un mois que je sache ! Et puis de toutes façons t'es encore au collège !

J'suis véxée, aniki ! Comment peux-tu avoir oublié que je rentre en Seconde cette année ? Espèce de frère indigne !!

Shuut, j'te dis ! Ca va pas la tête ou quoi ?! Tu veux me faire prendre, c'est ça ?

Et toi, tu veux me faire de la peine ?

Mais non, Maiko-chan... Demo --

Pas de "mais", tête de cafard ! Et en plus, tu m'auras dans les pattes toute l'année puisque je viens étudier ici à Tôhoku !

NANI ?! Pourquoi ça !

Espèce d'idiot fini ! Mais parce que c'est le lycée de quartier. Hiro te l'as pourtant dit quand tu as choisi de venir ici ! Ton cerveau périmé n'enregistre donc aucune information ? l'accusa la fillette.

Si mais... Tu seras pensionnaire toi aussi ?

Non, la maison des parents n'est qu'à quatre rues d'ici. Mais comme ça, on se verra plus souvent et je pourrais te filer un coup de main si tu en as besoin, proposa-t-elle avec un large sourire. En plus tout le monde veut que je veille sur toi.

Dis-donc, t'inverserais pas un peu les rôles ? C'est moi l'aîné, ici ! gronda Shuuichi, mécontent.

Ils gardèrent un instant le silence puis le chanteur reprit.

Alors ? Pourquoi tu es ici si tôt dans l'année ?

C'est la journée de visite pour les Secondes et les Premières, expliqua simplement sa soeur avec un grand sourire.

Je vois... Bon bah, quand tu seras ici, fais pas de conneries en balançant par inadvertance qu'on est frère et soeur. On est deux cousines, c'est clair ?!

Maiko haucha énergiquement la tête en signe d'affirmation, déjà toute éxcitée à l'idée de passer plus de temps avec son frère, mais aussi avec sa "cousine Shuu".

Sinon, quoi de neuf ? s'enquit-il.

Pas grand chose. Maman voudrait que tu passes la voir ce weekend, Suguru et moi on sort ensemble et Hiro s'est acheté une nouvelle moto.

Ahh... C'est bien alors que -- VOUS QUOI ?! Tu sors avec ce raté ? Ma précieuse petite soeur avec un mioche de 10 ans?

Vas-y ! Dis que je suis une pédophile ! J'te signale que t'es pas beaucoup plus vieux que Suguru ! Et comment oses-tu le traîter de raté ? RATE ?! Non mais t'as pas honte ! Si lui s'en est un, alors toi t'es quoi ? J'te rappelle que c'est un de tes musiciens, espèce de débile congénital !

Si j'suis un débile congénital, tu l'es au moins autant que moi, alors parle-moi mieux que ça espèce de sale gamine pourrie-gâtée !

Je vois pas ce qui t'énerves là-dedans ! C'est pas comme si t'étais jaloux, hein ! Hiro nous a dit que y'avait un mec qui te courait après ici, au lycée !

Shuuichi se calma aussitôt, fronçant les sourcils, étonné. Mais de quoi elle cause ? Et de qui elle veut parler ? se demanda-t-il, pris au dépourvu.

Oh regarde Shuu ! s'exclama Maiko en pointant quelqu'un à l'extérieur par la fenêtre. Regarde le beau gosse blond là ! Il te dévorait du regard ! J'l'ai vu avec les yeux braqués sur toi. Je suis sûre que c'est de lui dont parlait Hiroshi !

Intrigué, Shuuichi jeta un regard en direction du banc sur lequel était assis Yuki Eiri, vêtu d'un grand manteau noir au col relevé avec une écharpe bleu ciel, un livre aux mains, ses lunettes sur le nez. Et en effet, il le fixait. Et avec ce même regard étrange qui avait le mérite de mettre Shuu mal-à-l'aise qui plus est. Lorsque leurs regards se croisèrent, Yuki baissa aussitôt les yeux, presque timidement, ce qui étonna le musicien au plus haut point.

Oooh ! Kawaii ! Il fait l'amoureux timide... sourit Maiko, attendrie.

C'est bon... Ce mec n'est qu'un con. S'il me fixait comme ça, c'était plutôt pour calculer la taille de mon cercueil si tu veux mon avis. Il a toujours des idées perverses, j'en suis sûre. Sans compter que c'est le mec le plus nerveux et le plus méchant que je connaisse. Un vrai pignouf ! Si tu entends aux nouvelles demain qu'une douzaine de chats on été retrouvés éventrés dans les alentours, ce sera lui le coupable du coup ! Cette espèce de sadique, là ! balança aussitôt Shuu, haut et fort, se moquant pas mal que Yuki l'entende ou pas.

Shuu ! Ca te ressemble pas de dire des trucs aussi méchant ! Calme-toi ! lui répondit sa soeur.

Evidemment, Eiri qui avait tout entendu à partir du cri hystérique de cette fille hurlant au "beau gosse blond", se leva simplement et partit. Shuu l'énervait tellement ! Comment pouvait-elle le traiter de sadique de cette façon ? D'accord, il devait admettre qu'il l'était bien un peu sur les bords mais de là à le soupçonner de transformer des chats en chich-kebab, elle allait trop loin. C'était dans des moments comme ça qu'il pourrait bien lui tordre le cou sur le champ à cette emmerdeuse. Hélas pour lui, il fallait qu'elle soit l'objet de ses désirs. Désirs... Un jour j'vais la violer sur place, ça lui fera les pieds ! Comment elle peut penser ça de moi ?! Quelle chieuse, c'est pas vrai ! s'enerva intérieurement Yuki. Mais en marchant vers les escaliers pour lui aussi rejoindre la salle de musique, il sentit... Oh non ! Pas encore ! Si j'ai des éréctions même en me foutant en rogne à cause d'elle, alors je peux même plus vivre ! Evidemment, il était hors de questions qu'il se présente en classe dans de telles conditions. Un petit passage aux toilettes s'imposait donc.

Quelques minutes plus tard, Eiri arriva dans la salle de musique où Shuu et cette autre fille qui lui ressemblait comme deux gouttes d'eau se trouvaient. Elles papotaient tranquillement, assises côte à côte sur le rebord d'une table, ne l'ayant visiblement pas remarqué.

Et qu'est-ce que vous allez faire le reste de l'après-midi ? s'enquit Shuu d'une voix étrangement grave.

Et bien, les élèves de Premières sont rentrés chez eux et les Secondes sont restés. Les profs qui nous ont fait visiter ce matin nous ont dit qu'on pouvait soit rester dans le parc jusqu'à 15h, l'heure pour nous de partir, soit voir dans les salles de cours et observer comment vous travailliez. Alors j'ai jeté un coup d'oeil à l'emploi du temps de ta classe et j'ai vu que vous aviez musique ! D'ailleurs, comment tu vas faire ? Tu vas pas chanter quand même ?

Non, évidemment. Faudrait pas qu'on entende ma voix... Je dirais à la prof que je sais pas chanter, et si elle me fait pousser la note, je lui montrerais bien, répondit Shuu.

Comment tu feras alors pour avoir une note en cours de musique ? C'est pourtant ta matière de prédilection !

Je jouerai de la guitare ou du piano et ça ira bien ! assura Shuu avec un sourire confiant.

Je suis impatient d'entendre cette cacophonie ! se moqua Eiri en posant son sac contre un des murs de cette vaste salle dépourvue de pupitres.

J'me doutais bien que je ne tarderais pas à voir ta tête de termite... marmona Shuu, retrouvant sa voix douce, en passant élégament une main dans ses cheveux rose fuchsia (Parce qu'il le vaut bien !).

C'est qui ça ? demanda le blond en désignant d'un signe de tête évasif la jeune fille aux côtés de Shimizu, avec une pointe de mépris dans la voix. Ta soeur jumelle ?

Dis-donc, t'es qui toi pour parler des gens de cette façon ? gronda la petite brunette aux yeux indigo. Si tu as une question à poser et qui me concerne, adresse-toi donc à moi au lieu de faire comme si j'étais pas là.

Le même caractère de merde, à ce que je vois... constata Eiri.

Très bien, sale mioche. T'es qui, toi ? fit-il avec un large sourire hypocrite aux lèvres.

Shindou Maiko, la cousine de Shuu. Et toi, t'as un nom ou je peux me contenter de t'appeler tête-de-noeuds ?

Pourquoi je te le donnerais ? Après tout, y'a aucune raison pour qu'on se voit de nouveau.

Après cette réplique cinglante, Eiri fit comme si de rien n'était et alla s'installer sur le bureau professoral, le temps de finir son bouquin. Bien sûr, du coin de l'oeil, il persistait à envoyer subréptissement de petits regards à la fille de ses rêves. Celle-ci descendit de la table sur laquelle elle était installée pour aller s'asseoir derrière le piano et lança innocemment, tout en sachant pertinament que Yuki l'entendrait :

Je me demande comment ce rustre chante... Je suis sûre qu'il doit avoir une voix de vieux pépé. Ou alors une voix de petite fille. Moi, je ne sais pas chanter mais au moins je ne m'en cache pas.

A ces mots, la prénommée Maiko ricana, sans doutes pour se moquer de lui, se dit le blond. En réalité, la jeune Shindou rigolait simplement à cause de l'ironie de la situation : imaginez le grand Shindou Shuuichi, dont la voix d'ange touchait le coeur des gens à travers la Terre entière, raconter un mensonge aussi énorme que "Je ne sais pas chanter". Vraiment, son frère n'avait pas honte de dire des choses pareilles. Vraiment aucune retenue.

Là-dessus, Shuuichi commença à jouer deux trois notes, de façon aléatoire afin de tester l'accordement du piano.

Dis-moi, Maiko-chan, l'interpella alors Yuki. Ton frère, si c'est bien "le" Shuuichi de Bad Luck, pourquoi il te laisserait venir dans un lycée aussi banal que Tôhoku ? Après tout, en tant que grand frère, il devrait vouloir ce qu'il y a de mieux pour sa soeurette non ?

Shuuichi fut tellement énervé par les insinuations du blond dont l'incroyable manque de subtilité lui fit monter la moutarde au nez, qu'il manqua un accord et fit un horrible fausse note. Alors qu'il allait répondre, sa soeur lui coupa l'herbe sous le pied, bien déterminée à torcher une bonne fois pour toutes ce connard qui insultait si tranquillement son frère. Il n'allait quand même pas s'en tirer à si bon compte !

Tu ne connais pas mon frère sinon tu ne dirais pas de lui qu'il est égoïste au point de ne pas se soucier de sa famille. C'est vrai que je pourrais aller dans un bien meilleur lycée si je le voulais, et ce grâce à lui. Mais je ne veux pas d'un traîtement de faveur. C'est aussi m'insulter que de penser que je suis le genre de fille à avoir recours au piston pour obtenir une bonne position sociale. Mon rêve, c'est d'entrer à Tôdai. Mais je veux obtenir ce dont je rêve par mes propres moyens, en méritant mes notes. Et cette intégrité, ce sont mes parents, et surtout mon frère qui me l'ont enseignée. Alors je te déconseille de critiquer de nouveau Shuuichi en ma présence si tu ne veux pas de retrouver avec mon poing dans la figure !

En écoutant ce petit monologue qui s'était terminé sur une menace très explicite, Eiri eut un petit sourire en coin.

Cette violence chez toi et ta cousine, ça vous vient aussi de ton frangin ? se moqua-t-il.

Aussitôt, Maiko perdit patience et marcha d'un pas déterminé vers le blond, prête à frapper sans aucune hésitation. Mais un Objet Volant Non-Identifié traversa les airs à la vitesse de la lumière pour aller s'écraser avec force sur le crâne d'un certain blondinet trop provocateur pour son bien. Sous la force du tire et le poids de l'objet, Eiri bascula en arrière, atterrissant tête la première derrière le bureau du prof sur lequel il s'était installé un peu plus tôt. Résultat, on ne voyait plus que ses jambes qui gesticulaient l'air, lui donnant alors une apparence de fucus décoratif en uniforme scolaire.

T'as l'intention de mourir, Yuki Eiri ? Dire du mal de Shuuichi devant sa soeur, c'est une déclaration de guerre ! Y'a que les suicidaires qui osent s'aventurer sur ce terrain-là ! demanda acidement Shuu en s'approchant du bureau.

Yuki se releva alors, sentant déjà une énorme bosse se former au sommet de son crâne, une expression de rage innommable sur son visage habituellement si séduisant, un trombonne à la main (L'instrument de musique, pas le petit machin pour attacher les feuilles ensemble ! ). Il s'apprêtait à exploser d'un instant à l'autre :

Espèce de tarée ! Ca te prends souvent d'envoyer des trucs comme ça sur la tête des gens ?! Tu veux que je meurs ou quoi ?!

Honnêtement, ça ne me ferait ni chaud ni froid ! répliqua la fille aux cheveux roses. D'ailleurs, je suis convaincue que ta mort ne serait pas une si grande perte pour l'humanité, espèce de fausse blonde !

Là, c'en était vraiment trop...

Fausse blonde ? J'te signale que c'est ma couleur naturelle, Polly Pocket !

J'suis pas petite, d'abord ! C'est toi qu'est grand ! Et à qui tu veux faire croire que t'es vraiment blond ?! Ca n'existe pas les japonais blonds !

Préférant éviter de lever la main sur cette fille, Eiri préféra passer ses nerfs sur autre chose. Alors il frappa du poing sur la table de toutes ses forces, si bien qu'il fit un énorme pète sur le coin du bureau professoral. Le bruit retentit avec tant de force qu'il fit sursauter Shuu et Maiko.

Tu crois que tu vaux mieux que moi, c'est ça ?

Hein ? demanda Shuu, perdue et encore choquée.

Parce que je suis blond et que je ressemble à un occidental, tu trouves amusant de te moquer ? siffla Eiri avec haine, lui adressant un regard assassin à vous glacer le sang. T'es vraiment la fille la plus stupide, hautaine et superficielle que j'ai jamais rencontrée. A côté de toi, Usami passerait presque pour la sainte vierge.

Et là-dessus, il partit sans même récuppérer son livre, son manteau ou son sac. Pendant un instant, ni Shuuichi ni sa soeur n'osèrent prononcer un moindre mot, laissant un silence lourd et hostile s'installer. Puis, sans qu'il le veuille, une larme échappa au chanteur. Il ne l'avait même pas sentie venir. Et honnêtement, il n'avait pas envie de faire quoi que soit pour arrêter cette perle d'eau salée dans sa route le long de sa joue. Bientôt, cette larme solitaire fut rejoint par d'autres, ses petites soeurs suivant le même chemin sur son visage.

Shuu-chan ? s'enquit Maiko, inquiète, qui avait remarqué le chagrin de son frère.

J'y suis allé trop fort, je crois... répondit piteusement le musicien en commençant à essuyer les larmes d'un revers de manche (Patpat : C'est dans ces moments qu'on est contentes d'utiliser du maquillage waterproof).

Distraitement, il alla ramasser le livre du blond - "Le Petit Prince" de Saint-Exupéry - et alla le ranger dans le sac de celui-ci. J'irai lui rendre ses affaires et j'en profiterai pour m'éxcuser, songea-t-il. De son côté, Maiko qui l'avait vu faire, remarquant ses gestes attentionnés et hésitants tandis que son frère rassemblait les affaires du garçon qui venait de partir, ne pouvait s'empêcher d'être touchée par cette espèce de tendresse qui transparaissait dans ce changement d'attitude. Shuuichi était plus affecté par ce qui venait de ce passer qu'il ne voulait bien le laisser entrevoir.

Il essayait encore les larmes qui avaient silencieusement continué de rouler sur ses joues quand Maiko pensa : Ca ne lui ressemble pas d'avoir un comportement comme ça. D'accord, Shuuichi est très sensible comme garçon mais jamais il en vient à pleurer après une engueulade avec quelqu'un qu'il ne peut pas supporter, bien au contraire il a plutôt tendance à s'en réjouir. Il n'est vraiment touché que lorsqu'il se dispute avec un proche, mais même dans ces cas-là, il ne pleure pas. La dernière fois que je l'ai vu dans cet état c'était quand il avait rompu avec cette salope avec qui il sortait y'a encore quelques semaines. Peut-être bien que Shuuichi ne déteste pas autant ce garçon qu'il veut bien le faire croire...

Quelques minutes plus tard, alors que la salle s'était remplie des autres élèves de la Terminale C - excépté Yuki - et d'autres futurs élèves de Seconde comme Maiko, le cours de musique commença. L'obsence du blond fut très vite remarquée mais personne n'y prêta davantage d'attention : il ne semblait pas si extraordinaire que cette créature bizarre qu'était Yuki Eiri sèche quelques cours. Shuuichi, quant à lui, avait repris son rôle de jeune fille sage. Il avait séché ses larmes si bien qu'il ne restait aucune trace de son chagrin.

Bonjour à tous ! Etant donné qu'il y a une nouvelle élève et de futurs lycéens de Seconde, je vais me présenter. Je suis Shinjo Kaori, professeur de musique et de chant. Puisque je sais déjà quelles sont vos capacités vocales et vos talents musicaux, dit la jeune femme en s'adressant cette fois-ci tout spécialement à ses élèves de la Terminale C qui était bien au centre de la pièce tandis que les visiteurs étaient tous appuyés contre les murs de la salle, observant silencieusement.

La professeur se tourna vers Shuu et lui demanda :

Pourriez-vous vous présenter s'il vous plait ?

Euh... Et bien je m'appelle Shimizu Shuu, je suis née à Kamakura mais j'ai grandi à Tokyo. Puis j'ai vécu deux ans à New York avec mon cousin où je suivais des cours par correspondance.

Très bien, la remercia Shinjo-sensei. Maintenant, chantez moi le début de "Furusato" s'il vous plait.

Hn ? Euh... Pou-pourquoi ?

Pour que je puisse vite fait apprécier la téciture de votre voix et éventuellement corriger les fautes.

Alors dans ce cas, pas la peine que je chante. Je peux vous dire moi-même que je suis une vraie gamelle. Pire casserole, on fait pas.

Allons, ne soyez pas timide... Ne dites de choses comme ça dans l'intention d'éviter de chanter devant tout le monde, l'incita la prof. Allez ! Chantez !

Très bien... C'est à vos risques et périls ! prévint Shuu.

Puis elle se tut, faisant appel à ses talents d'imiteur de crissement de pneux. Elle inspira profondément puis commença :

Ces montagnes...

Où je poursuivais les lapins...

Seigneur... Le coup du crissement de pneux parut la plus douce des symphonies aux oreilles de toutes les personnes présentes. Kami-sama ! J'aurais jamais cru entendre mon frère chanter aussi faux ! C'est abominable ! gémit intérieurement Maiko en se bouchant les oreilles. En effet, même si contrairement à ses habitudes, les notes que poussait Shuuichi étaient les plus horribles qu'il ait été donné d'entendre à l'oreille humaine, il avait comme toujours usé de tout son coffre pour bien faire entendre sa voix et faire comprendre à la prof qu'il était tout sauf timide.

Mais faites-la taire ! s'exclama quelqu'un.

Shuu n'en attendit pas moins pour la mettre en sourdine, regardant d'un air innocent son professeur, attendant son verdict.

Et bien... Euh... Shimizu-san... Tu as une voix... qui porte très haut et loin, c'est sûr.

Vous fatiguez pas et dites-le franchement : "Tu chantes faux ma pauvre Shuu", lui proposa la jeune fille.

Oui, en effet. Tu chantes faux ma pauvre Shuu. As-tu un quelconque talent musical ? s'enquit le professeur Shinjo.

Je sais jouer du piano ! s'enthousiasma la demoiselle en se précipitant derrière l'instrument.

Une fois assise, elle ferma un instant les yeux, laissant ses doigts frôler les touches d'ivoire puis enchaîna avec un peu de Mozart, sous les yeux mais surtout les oreilles ahuries de toutes les personnes présentes.

XXX XXX XXX

Le cours de musique avait duré deux longues heures et une fois fini, Shuuichi avait dit au revoir à Maiko qui devait rentrer chez leurs parents puis récupéra ses affaires, celles de Yuki, et partit. Il était bien déterminé à retrouver le blond et lui rendre ses affaires... Puis éventuellement à glisser quelque part là dedans quelques minuscules excuses qui pourraient passer inaperçues dans la dispute... Mais des excuses quand même, hein ! Attention ! Ne pas renier la vraie valeur des choses !

Le chanteur entreprit donc de parcourir en long, en large et en travers le bahut, visitant chaque classe de chaque étage de chaque batiment de chaque lycée... euh... non juste du lycée Tôhoku. Il était déjà presque 20h lorsqu'il eut fini de chercher dans le parc et toujours aucune trace de Yuki. Je suis sûr que ce batard est quelque part planqué dans le coin et qu'il se fend la poire en me regardant le chercher partout, son manteau au bras ! Grrr ! Fait chier ! Ou est-ce que je peux bien le trouver. Et alors, quelqu'un l'interpella au-dessus de sa tête :

Eh ! Shimizu !

Oh non, pas lui... marmona Shuu en levant lentement la tête. Je cherche un crétin et au lieu de ça j'en trouve un autre... Je me demande lequel de Yuki et lui est le plus débile. A vérifier ! Kouga-kun ? Je peux te rendre un service ?

Ce serait plutôt à moi de te poser la question... Ca va faire quatre fois que tu passes devant le même arbre, tu sais.

Euh... Héhé... fit Shuu, en se grattant le derrière de la tête, se sentant stupide d'avoir été observée tandis qu'elle errait comme une âme en peine à la recherche de ce stupide animal qu'était Yuki Eiri.

Tu es vraiment mignone quand tu rougies comme ça, Shimizu-chan, fit remarquer Kouga Jun, descendant de la branche sur laquelle il était perché, tel un chimpanzée contaminé tout droit sorti du film "28 jours plus tard".

Bah merci, c'est gentil... fit Shuu, ne sachant si elle devait rougir davantage à l'idée qu'on la trouvait jolie ou pouffer de rire à l'idée de se faire draguer aussi lamentablement. Ca fait combien de temps que tu es là haut, Kouga-kun ?

Depuis la pause de midi. J'ai séché le cours de musique. Comme ça j'ai pu finir mes devoirs pour le cours de physique-chimie de demain tranquillou, tout en observant et écoutant les gens qui passaient.

C'est vrai que maintenant que tu m'y fais penser, je ne me souviens pas t'y avoir vu.

Oui, d'ailleurs je le regrette bien. D'après ce que j'ai entendu dire, tu es vraiment très doué au piano et tu as même joué un extrait de Bethoveen ou un truc comme ça...

Mozart, le corrigea Shuu. Plouc inculte. Oh mais dis-moi ! Si tu es là depuis tout ce temps, tu as dû voir passer beaucoup de monde, non ?

Oui, pas mal, c'est sûr. Pourquoi ?

Et bien, je cherche Yuki Eiri. J'ai ses affaires à lui rendre, expliqua simplement la jeune fille.

A l'évidence, l'idée que cet abruti prétencieux de Yuki se retrouve seul avec une telle beauté, incarnée en la merveilleuse Shuu-chan énerva au plus haut point le jeune homme. Finalement, Kouga dit :

T'as qu'à me donner ses affaires, je les lui rendrais. Il est au dortoir et le surveillant ne te laissera jamais entrer.

Euh, c'est que... il a aussi quelque chose qui m'appartient et je voudrais le récupérer... inventa Shuu, évasivement.

Je le récupérerais pour toi et je viendrais le déposer à ta chambre.

Comme si t'avais plus de chance d'entrer au dortoire des filles que moi dans celui des mecs, se moqua intérieurement la jeune fille.

Ecoute, c'est gentil à toi de te proposer mais je préfère aller lui rendre moi-même. Je verrai avec le surveillant du dortoire pour qu'il aille prévenir Yuki et qu'il descende dans le hall pour me voir. Salut et merci de ton aide !

Là-dessus, Shuu s'empressa de partir sans laisser le temps à Kouga de répliquer quoi que ce soit. Quel idiot je fais ! Pourquoi j'ai pas pensé plus tôt à aller vérifier aux dortoires des garçons ? C'était évident qu'il ne serait pas dehors toute la journée jusqu'à la tombée de la nuit ! se réprimanda le chanteur en entrant dans le bâtiment qu'il cherchait. Une fois dans le hall d'entrée, il chercha le surveillant mais celui-ci le trouva en premier :

Hé ! C'est pas le dortoir des filles ici ! Qu'est-ce que tu fais là ?

Je viens voir Yuki Eiri. J'ai ses affaires à lui rendre et quelque chose d'important à lui dire. Est-ce que vous pourriez lui demander de descendre, onegai shimasu ?

Mais le visage de son interlocuteur devint livide, ses yeux exorbités de terreur. Qu'est-ce qu'il a ? J'ai un énorme bouton sur le nez ? Y'a un mononoke juste derrière moi ? Un alien ? s'enquit la jeune fille, en haussant un sourcil interrogateur.

Euh... Tu es sûre de vouloir parler à Yuki ? Tu sais... Il est de très très TRES mauvaise humeur et dans ces cas-là, crois-moi, vaut mieux l'éviter.

Oh, c'est pas la mort ! Il n'est quand même pas si monstrueux que ça quand il est en colère...

Oh que si ! Crois-moi, laisses ses affaires ici et vas-t-en. Quelle que soit la chose que tu ais à lui dire, je suis sûr que ça peut attendre demain qu'il soit de meilleure humeur !

Non ! Ca ne peut pas attendre. Je veux voir Yuki, alors dites-lui de descendre, imposa Shuu de son ton le plus autoritaire.

Euh... Héhé... Puisque... Tu sembles tant insister, je te propose de monter et d'aller toi-même le retrouver, ok ? T'inquiètes, c'est moi qui te le permets. Troisième étage, porte au fond du couloir à droite.

Et sur ces paroles d'un courage exemplaire, le surveillant détala comme un renard pris en chasse. Fronçant égèrement les sourcils, intriguée, Shuu finit par hausser les épaules et commença à gravir les escaliers, suivant l'itinéraire que lui avait donné le brave gardien de dortoire. D'abord, les garçons qu'elle croisa furent étonnés de la trouver dans ce bâtiments. Ceux qui la reconnurent chuchotaient sur son passage, se demandant qui elle pouvait bien venir voir. Et lorsque, enfin arrivée au troisième étage, elle prit la direction de la chambre du "monstre enragé" comme elle l'avait entendu murmuré sur le chemin, la frayeur et l'appréhention put se lire sur tous les visages. Quand elle leva la main pour frapper à la porte indiquée, marquée du nom de "Yuki Eiri" par une affichette, un garçon quelconque lui retint le poignet.

Fais pas ça ? T'es suicidaire ou quoi ? Tout le monde ici sait que quand Yuki est super vénère et qu'il a ce regard de meurtrier échappé du pénitencier, faut surtout pas le déranger.

C'est bon, oui ? C'est quelqu'un comme tout le monde. Arrêtez un peu de vous pisser dessus à l'idée qu'il vous tue. Qu'est-ce que ça peut bien faire qu'il soit en colère ? Vous ne craignez rien puisqu'il n'en a pas après vous, alors ça suffit ! Cessez un peu de gémir comme des fillettes ! Puisque c'est moi qui l'ai mis dans cette état, c'est à moi de réparer mes conneries et d'assumer ce que j'ai fait, rétorqua la belle et douce Shimizu sur un ton sec qui ne souffrait aucune réplique.

Elle dégagea son poignet avec fermeté et lança un regard assuré à ce mec qui était venu lui taper sur le système, comme pour le mettre au défi de s'interposer encore une fois. Il ne broncha et s'écarta, comme effrayé par le caractère assez impulsif que cachait le visage d'ange de cette fille. Avec toujours autant d'assurance, elle tapa à la porte et patienta. Du coin de l'oeil, elle perçut que tous les yeux étaient rivés vers elle. Finalement, la porte s'ouvrit à la volée, la faisant sursauter, ainsi que toutes les personnes présentes dans le couloir. En moins d'un quart de seconde, tout le monde avait disparu dans sa chambre, refusant de souffrir mille tourments à cause de l'éfronterie de cette idiote aux cheveux roses qui avait osé déranger "le monstre enragé".

En effet, sur le coup, Shuuichi lui-même se dit qu'il aurait mieux fait de laisser Yuki tranquille lorsque son regard froid, dure et mauvais se posa sur lui, le faisant déglutir bruyamment. Mais il repoussa aussitôt cette idée plus que tentante de balancer ses affaires à la tête du blond et de prendre ses jambes à sous cou pour s'enfuir à 300 km/h, se disant que cette réaction lâche et puérile ne ferait qu'aggraver l'humeur de Yuki et surtout l'état de la situation entre eux. Rassemblant son courage, il dit de sa voix la plus douce et la plus assurée :

Je suis venue te ramener tes affaires. Tu les as laissées dans la salle et -

Mais Yuki ne lui laissa pas le temps d'en dire davantage ; il reprit brusquement des mains de la jeune fille le manteau et le sac dans lequel Shuu avait remis le livre du "Petit Prince" puis claqua la porte au nez de la demoiselle. D'abord trop stupéfaite pour faire quoi que ce soit, elle reprit ses idées, grogna en serrant les poings, et tambourina avec ardeur sur le battant de bois qui lui faisait face.

Yuki ! Yuki, ouvre cette porte ! J'ai fait l'effort de venir alors tu pourrais éviter de me claquer cette putain de porte au nez ! Tu m'entends, p'tit merdeux !

Le moins qu'on puisse dire, c'était bien que Shuuichi manquait totalement de patience. Certes il agissait lui-même souvent comme un gamin capricieux mais il ne tolérait pas ça de la part des autres. Peut-être parce qu'il était trop habitué aux traitements de faveurs que son entourage et son staff lui accordaient à chacune de ses petites crises de nerfs. Quoi qu'il en soit, Yuki allait lui ouvrir et ils allaient s'expliquer. Et puis, il tenait à lui présenter des excuses à peu près correct et par conséquent, il refusait de les faire à une porte en pin vernis. C'était bien trop dégradant !

De son côté, Eiri entendait les tambourinements incessants des petits poings de Shuu contre sa porte mais malgré tout, il refusait de la voir. C'est quoi son problème ? Elle m'a balancé ses saloperies à la gueule et maintenant elle se pointe la tronche enfarinée en exigeant que je lui ouvre la porte, le sourire jusqu'aux oreilles ? Elle veut pas que je lui serve le thé et les petits gâteaux non plus ? Cependant, au fond de lui, il était plutôt content et satisfait de générer en Shimizu un tel acharnement. Etait-il possible que d'une certaine façon, elle s'en soit sincérement voulu de lui avoir dit toutes ces choses ? Y'avait-il une chance pour qu'elle éprouve un quelconque attachement pour lui ? Je préfère qu'elle me déteste plutôt qu'elle reste indifférente...

Shuuichi continuait de taper, encore et encore, les yeux fermement clos pour retenir des larmes qu'il n'avait même pas senties venir lorsque soudain, une poigne ferme retint sa main dans les airs. Surpris, il ouvrit les yeux pour se retrouver face à Yuki qui le fixait avec un regard dure et froid.

Arrête de faire chier ton monde, gronda-t-il en l'attirant dans la chambre avant que la jeune fille devant lui n'ait eu le temps de rétorquer quoi que ce soit. Pourquoi tu continues à me prendre la tête ? T'es venue pour me rendre mes affaires et c'est ce que t'as fait non ? Pourquoi tu retournes pas à ta chambre et que tu continues à foutre ton bordel ici ? demanda-t-il après avoir refermé la porte derrière lui.

Je... Je voulais...

Quoi ? s'impatienta le blond.

Aaargh ! Arrêtes de me brusquer comme ça, espèce de bourrin ! Tu vois pas que j'essaye lamentablement de m'excuser ?! Tu pourrais faire un effort et arrêter de m'interrompre !

Le silence s'installa entre eux et finalement, Shuu reprit :

Je suis désolée de mon comportement de tout à l'heure. Je me rends bien compte que j'ai été trop loin et que je t'ai boulversé.

Faut peut-être pas éxagérer. J'suis pas une lavette non plus, hein !

J'ai pas dit ça ! Mais c'est vrai que je t'ai touché, non ? A un endroit où tu es sensible apparament. C'est bas et mesquin de faire des remarquer à une personne sur son apparence physique, surtout si c'est fait dans le but de blesser. Ca ne me ressemble pas d'habitude mais... Je ne veux pas me trouver d'excuses. C'était nul ce que j'ai fait.

Eiri ne répondit rien. Que pouvait-il bien répondre à ça, à vrai dire ? Il ne s'attendait pas à ce que la jeune fille se sente aussi coupable. D'accord elle s'était excusée mais là, elle semblait particulièrement vulnérable. Kami-sama, j'ai envie de lui sauter dessus ! Réprimant ses ardeurs masculines, Eiri regarda plus attentivement le visage de sa camarade qui, à la lumière de son plafonier, paraissait plus pale que la normale. Il me semble même avoir vu ses yeux trempés de larmes quand j'ai ré-ouvert la porte... Elle ne pleurait quand même pas. Pas pour si peu... Pas pour moi... Si ?

Puis soudain, Shuu changea du tout au tout et s'exclama :

De toutes façons c'est de ta faute ! Personne ne m'a jamais autant mis hors de moi que toi ! Pourquoi faut toujours que tu t'acharnes sur moi ? D'accord, t'es froid avec tout le monde mais j'ai bien remarqué que tu sembles prendre un malin plaisir à t'exciter sur moi ! Espèce de pervers sadique !

Tu ne t'imagines pas à quel point je m'excite sur toi, ma pauvre Shimizu, eut-il envie de répondre. Mais il s'abstint et avança vers la jeune fille, l'acculant contre la porte. Leurs regards déterminés se croisèrent et se toisèrent un moment avant que, poussé par une impulsion soudaine, Eiri se penche davantage sur elle. Il ne tremblait pas et pourtant son coeur battait la chamade. Le fait qu'elle ne fasse rien pour le repousser l'encouragea à continuer lentement mais surement son chemin vers ses lèvres roses légèrement maquillées de gloss. Mais alors que seulement quelques centimètres les séparaient encore, le ventre de Shuu se mit à gargouiller. Evidemment, elle rougit jusqu'aux oreilles ce qui la rendit encore plus craquante.

Hara hetta !

Normal, t'es tellement rachitique ! Tu te laisses crever de faim pour ressembler à ces mannequins dans les magazines ? Typiquement féminin, cette attitude irresponsable ! répliqua-t-il.

Vas-y ! Dis que je suis anoréxique tant que tu y es ! Je croyais pourtant que j'étais un thon flasque et obèse, selon tes dires ! Et puis ça aussi c'est de ta faute si j'ai faim !

Bah voyons ! Et le trou dans la couche d'ozone, c'est moi aussi ? De même que la déforestation, le SIDA, les tsunami et Mireille Mathieu... Tout ça c'est de ma faute tu vas dire ?!

C'était à force de te chercher partout depuis 15h cet après-midi ! J'ai courru à droite à gauche et j'ai même pas mangé ce soir !

En plus il est 20h30, la cafétériat est fermée depuis une demi-heure, renchérit Yuki en jetant un coup d'oeil à sa montre.

NANI ?! Non !! Mais comment je vais survivre moi, sans nourriture ? commença à chouiner la demoiselle. J'ai trouvé ! Ma reserve d'urgence de pokkii !

Et sans donner davantage d'explication, sans même un "salut" lancé par-dessus son épaule, elle repoussa Yuki, ouvrit la porte et disparut dans la couloir. Pour sûr, elle n'aimait pas se laisser mourir de faim celle-là. D'ailleurs, en y repensant, Eiri non plus n'avait pas mangé depuis midi et c'était pas le peu qu'il avait mangé à la cantine qui l'avait sustenté, lui donnant assez de réserve pour tenir jusqu'au petit déjeuner du lendemain matin. J'aurais dû lui demander des pokkii... songea-t-il en refermant la porte de sa chambre.

XXX XXX XXX

Ndla : (1) Au Japon, toutes les écoles donnent cours le samedi matin... Et oui, les nippons n'ont pas la même notion de weekend que nous ! (2) Souvenez-vous que j'ai dit dans le chapitre 1 que Shuu avait appris l'anglais, l'espagnol et le français. Surprenant, hein ! (3) Désolée pour la comparaison foireuse, je cherchais un jeu de mot débile et y'a vraiment que ça qui me venait à l'esprit. Et puis bon, on sait tous que Sarko triche sur tout : les talonnettes pour la taille, Fillion pour le pouvoir... pourquoi pas le viagra ?! lol ! (4) Eitoku, référence au lycée pour riches dans Hana Yori Dango, je vous recommande le drama aussi bien que le manga (mais faut avoir le courage de lire les 38 tomes).

Notes : Alors dans la série "Je pique des noms à tout le monde" sachez que Hideyoshi était un grand dirigeant du Japon médiéval et que Tokugawa était le nom de la dynastie qui régna sur l'archipelle nippone durant toute la période Edo. Comme quoi, ça sert à quelque chose de réviser pour les partielles . Pour la prof d'anglais, Shimaki vient de la mangaka de "Sous un rayon de Lune", Hiromu de la mangaka de "FullMetal Alchemist". Pour la prof de musique, Shinjo vient de la mangaka de "Love Celeb" et "Kaikan Phrase" et Kaori, de Kaori Yuki, qu'on ne présente plus désormais . Merci de supporter ma stupidité et ma paresse ! A très vite pour de prochaines aventures ! lol.

Lexique :

Betsu ni : Rien du tout. (Il me semble qu'on peut utiliser "nandemo nai" ("nandemo arimasen" en version polie) qui pourrait se traduire de la même façon, mais "betsu ni" correspond plus au contexte.)