Titre : Pinkuna Ichigo.

Auteur : Patpat.

Source : Gravitation.

Pairing : Yuki Eiri x Shindou Shuuichi

Rating : M

Genre : UA, Humour, Romance, OOC, Lime et Lemons.

Disclaimer : Je suis pas propriétaire de Gravitation parce que si je l'étais, je serais au Japon en train de me gaver de pokkii à la fraise ! C'est vrai que c'est bon ces machins là !

Notes : Fiuuh ! Cette fic est un vrai régal à écrire, ça coule tout seul ! J'en suis déjà à mon quatrième chapitre ! Que d'émotions, vraiment. Enfin bon, à l'heure où j'écris ces lignes, je sais qu'il y en a qui attendent pour les chapitres suivants de Surprises, de Quand tout bascule, Lettres à mon Ange ou encore Winter Sakura alors je ferais bien de me bouger le trognon si je ne veux pas me faire tuer. Mais voyez les choses sous un autre angle, chers lecteurs : si je meurs, il n'y aura personne pour vous écrire la suite ! ^_^ Enfin bon, voici la suite de Pinkuna Ichigo, à consommer sans modération !

Dialogues en gras. Pensées en italique.

Chapitre 4 : Comme on se croise.

Ca faisait deux semaines... Deux longues semaines depuis ce matin enneigé durant lequel Shuuichi avait tissé des liens d'amitié - ou du moins ça y ressemblait - avec Yuki Eiri. Les choses s'étaient considérablement adoucies entre eux, même s'ils continuaient à se foutre sur la gueule à la première occasion. Assez étrangement, tous ceux qui assistaient de près ou de loin à leurs disputes n'intervenaient pas, se contentant de murmurer. Shuuichi pouvait jurer avoir un jour entendu une fille murmurer à son amie quelque chose qui ressemblait fortement à "querelle d'amoureux".

D'autres choses tout aussi étranges s'étaient également produites. Par exemple, la grande majorité des garçons ne le harcelait plus, se contentant de la saluer chaque fois qu'il croisait le chanteur dans les couloirs au lieu de lui courir après en quémandant un baiser ou un rendez-vous. Le bon côté c'était qu'au moins il pouvait traverser le bahut sans se taper un sprint comme un dératé comme s'il était poursuivi par une horde de fans déchaînés. Et le pauvre Akira n'avait plus besoin de l'escorter partout.

Autre fait amusant, c'était désormais Maiko, fraichement arrivée au lycée en tant qu'élève de Seconde, qui attirait maintenant beaucoup d'attention : en plus d'être belle et intelligente, elle s'appelait Shindou alors forcément, il n'en fallut pas plus pour que les fans de Bad Luck se jettent sur elle comme la misère sur le monde. Cependant, la tranquillité n'avait pas été de longue durée pour Shuuichi, puisque la notoriété déjà importante de Shuu Shimizu avait encore grimpé lorsque la rumeur avait commencé à courir qu'elle était la cousine de Shindou Shuuichi. Il fallait bien dire aussi qu'après que Maiko lui ait couru après dans la cours du lycée en hurlant "Cousine, attends-moi !", il était bien normal que l'info ait fait le tour du bahut. Franchement, le garçon avait déjà connu sa sœur plus maline que ça. Enfin, le plus important restait qu'elle ne l'avait pas appelé Shuuichi devant tout le monde par inadvertance. Mais pour ça, il y avait peu de risques puisqu'elle faisait partie de ces quelques personnes de son entourage proche à l'appeler Shuu-chan constamment.

Quoi qu'il en soit, depuis l'arrivée de Maiko à Tôhoku, les choses étaient devenues bien plus agréables. Avoir quelqu'un dans la confidence et avec qui il n'avait pas besoin de mentir ouvertement était un soulagement. Et puis la jeune fille était d'un grand soutien en règle générale. Tenez par exemple : quelques jours plutôt, le "groupe de copines" dont lui et Maiko faisaient partie avait abordé le sujet très délicat des strings et culottes, ou quels sous-vêtements choisir pour séduire. Shuuichi s'en rappelait très bien...

Je préfère une fille en tanga c'est plus jolie. Ca affine le bassin et ça en montre assez sans que ce soit vulgaire. Je trouve ça bien plus excitant, avait-il dit.

Evidemment, cette bourde monumentale n'avait échappé à personne et ça avait été difficile de rattraper le coup. A vrai dire, Shuuichi avait tendance à relâcher sa vigilance et son jeu de rôle chaque fois qu'il commençait à se sentir à l'aise avec des personnes. Heureusement, Maiko avait été là pour l'aider en ajoutant :

Enfin ça, c'est si t'étais un garçon, hein ! Héhé ! Je crois que ce que Shuu veut dire c'est que la dernière fois qu'on a été faire les boutiques et qu'on est allées au rayon des sous-vêtements, elle se trouvait plus jolie avec un tanga qu'avec un string.

Les autres filles éclatèrent de rire, mordant à l'hameçon presque aussitôt.

J'ignorais que tu avais des tendances narcissiques, Shuu-chan ! s'était exclamée Umeda Kira en lui donnant un coup de coude complice.

Là encore, c'était un total mystère pour le jeune homme. Pourquoi les filles éprouvaient-elles toujours le besoin de se donner des coups de coude dans les côtes chaque fois qu'elles rient ? Il commençait à en avoir des bleus partout. Enfin, cette conversation avait été moins horrible que celle sur les menstruations... J'ignorais tout des détails et je m'en portais très bien. Ca me suffisait amplement de savoir que les filles avaient leurs règles. J'étais franchement pas obligé d'entendre ces histoires de tampons oubliés "à l'intérieur" pendant deux semaines, de pertes utérines, de muqueuses sèches et j'en passe et des meilleures ! Vous croyez vraiment que j'ai encore envie de coucher avec une fille après ça ?! (Pat : Qui t'a dit que tu coucherais avec une fille après ça ?) O.o !

Vous vous demandez tous où Shuuichi et Maiko pouvaient bien traîner pour se retrouver mêler à ce genre de conversations infernales - du point de vue d'un garçon du moins. La réponse était simple : le club de couture ! Après l'ouverture des clubs, Maiko avait incité son frère à prendre part à l'un d'entre eux, comme la plupart des élèves. Ils avaient jeté ensemble un coup d'œil à la liste et lorsque le chanteur avait proposé le club de musique, sa sœur avait immédiatement rejeté l'idée.

Shuuichi ! Y'a que les fans de Visual et les gothique-lolitas qui participent à ce club ! Or tu n'es censé être ni l'un ni l'autre. Prends-donc un club typiquement féminin comme le club de cuisine ! On apprend à y préparer de super gâteaux ! Regarde l'énoncé du premier semestre : "L'art subtile de la préparation du shortcake et du pudding." Ca met l'eau à la bouche, non ?

Dois-je te rappelé ce qui est arrivé à la cuisine de maman quand j'ai tenté de me faire un œuf au plat ?

Et là, gros silence. Evidemment, Maiko se rappelait très clairement de la façon dont le feu s'était propagé de la gazinière jusqu'au frigo, faisant exploser le système de refroidissement et le réfrigérateur avec. Puis avec quelle rapidité le reste de l'électroménager avait flambé... Ca avait été la fête nationale avant l'heure ; un véritable feu d'artifice. Heureusement, Shuuichi avait de quoi payer les réparations et le resto pour tout le monde jusqu'à ce que la cuisine soit de nouveau opérationnelle. Mais depuis ce jour, le jeune homme avait été banni à vie de la cuisine fraîchement rénovée et désormais vénérée comme un temple par sa prêtresse, j'ai nommé maman Shindou.

Mmmh... C'est vrai qu'il ne faudrait pas que tu foutes le feu au lycée non plus... avait approuvé Maiko. Et le club de couture alors ? C'est super facile et on fabriquera des peluches rigolotes ! Je te montrerais, tu verras !

Shuuichi n'avait pas eu d'autre choix que de céder devant l'enthousiasme de sa frangine. Quel homme faible je suis... s'était-il dit alors. Voilà exactement comment il s'était retrouvé embarqué dans cette histoire de club de couture, puis par la suite dans ces discussions farfelues dignes des réunions Tupperware de ma grand-mère. Ta mamie vend des boîtes en plastique, Patou ? (Pat : Et alors ? C'est un boulot comme les autres ! T'es bien content d'avoir tes petites boîtes pour mettre ton casse-croûte, non !) Calme-toi ! T'es bien nerveuse dis-donc ! (Pat : Grrr !).

En tous cas, pensa Shuuichi en regardant le petit nounours de laine blanche qu'il avait tricoté avec soin, je me suis découvert un don pour la couture, le crochet, le canevas, le macramé et le tricot. Il était assis sur un banc à l'entrée du lycée, avec Maiko à ses côtés, leurs sacs à leurs pieds, attendant patiemment qu'on vienne les chercher. En effet, on était samedi midi et les derniers cours de la semaine venaient de s'achever. Il était prévu que K vienne les récupérer, dépose Maiko chez leurs parents, puis conduise Shuuichi à l'aéroport afin qu'il y prenne le prochain avion pour Kyoto (en première classe évidemment) où le troisième concert d'une mini tournée lançant le nouvel album de Bad Luck devait avoir lieu le soir même. Les deux derniers weekends, le musicien avait subit le même emploi du temps surchargé et calculé à la second près, et il commençait sérieusement à fatiguer. Mais après le spectacle de Kyoto, il lui resterait encore celui de Nagoya la semaine suivante, puis le final au Tokyo Dome dans quinze jours.

Alors que le frère et la sœur - ou plutôt les deux cousines - patientaient sagement, la plupart des élèves partaient seuls vers leurs arrêt de bus, ou accompagnés de leurs parents en voiture. Lentement, le lycée se vidait pour ne laisser dans son enceinte que quelques solitaires qui ne pouvaient ou ne voulaient pas rentrer chez eux. Je me demande si Yuki va encore rester au foyer ce weekend... songea le chanteur sans trop savoir pourquoi. Et comme pour répondre à ses interrogations, le grand blond passa devant lui.

Yuki ?

Se retournant vers Shimizu lorsqu'il entendit le son de sa voix douce, Eiri remarqua la jolie demoiselle assise avec sa cousine. Comment j'ai pu passer devant elle sans la voir ?! se reprocha-t-il en retournant sur ses pas pour s'approcher des deux jeunes filles.

Quoi ? demanda-t-il de but en blanc.

Désormais accoutumée avec ce manque de tact et de douceur chez le garçon, Shuu répondit :

Je ne savais pas que tu quittais les dortoirs ce weekend.

Comme si j'allais perdre mon temps à raconter mes moindres faits et gestes.

Tu vas chez ta sœur ? s'enquit Shimizu, ignorant la réflexion.

Non, cette fois je rentre à Kyoto voir mon vieux. En plus mon frère m'a fait une crise parce que j'étais pas là-bas pour mon anniversaire et qu'il a pas pu m'offrir mon cadeau. Enfin venant de sa part, ça devait être un truc stupide et pervers.

C'était ton anniversaire ? Quand ?

Le 23 février.

Pourquoi tu ne me l'as pas dit ? J'aurais pu --

C'est bon, balise pas. Tu ne me dois rien. De toute façon, depuis le jour où mon frangin m'a offert un tablier avec une paire de nichons en plastique pour mes 15 ans, je préfère éviter les cadeaux.

Shuuichi s'en voulut de ne pas avoir quelque chose sous la main à offrir au blond, n'importe quoi. Le nounours ! s'exclama-t-il intérieurement en regardant une nouvelle fois la peluche miniature nichée au creux de ses mains gantées. Et sans y réfléchir à deux fois, il se leva et tendit l'objet à Yuki, son bras raide comme un manche à ballet et la tête baissée, trop gêné pour oser le regarder droit dans les yeux.

Haussant un sourcil dubitatif, Eiri décida de prendre le petit bidule de laine avant que sa camarade n'ait une crampe au bras.

Joyeux anniversaire, marmonna-t-elle en levant un petit regard vers lui pour le voir scruter avec curiosité la mini peluche.

Euh... C'est... Une souris ?

Non, espèce d'andouille ! C'est un ours blanc ! Ca ne se voit pas ? s'emballa aussitôt Shimizu, passant du mode "adorable petit cœur" au mode "horrible Pokémon rose ultra-agressif".

Pas vraiment non, répondit simplement Eiri, amusé de la voir prendre la mouche.

T'es bigleux ou quoi ?! Il te faut des lunettes ?!

J'en porte déjà, merci.

Alors tu devrais peut-être les porter plus souvent ! Ca te donnerait sûrement l'air plus gentil.

Et toi tu devrais peut-être te faire greffer quelques neurones, tu paraîtrais moins conne.

Et c'est Monsieur Tête-de-Nœuds qui parle ?!

Maiko, qui n'avait pas dit un mot en se contentant d'observer les interactions entre son frère et ce garçon plus qu'énervant, commençait à sérieusement se demander pourquoi Shuuichi s'encombrer de cet abruti congénital qui le traitait comme le dernier des idiots. D'accord, le musicien était loin d'être une lumière, mais ce n'était pas une raison pour moins le respecter. D'un autre côté, ce Yuki Eiri ne semblait pas respecter beaucoup de monde. D'après ce que Maiko avait pu entendre d'Akira, Shuu devait se sentir heureuse que Yuki l'estime, parce qu'elle était bien la première fille avec qui il semblait avoir un rapport autre que "Je te prends et je te laisse" ou "Dégage tu me saoules". A vrai dire, elle paraissait être la première "amie" que Yuki ait jamais eue.

Puis Maiko percuta. Jusqu'à lors, bien qu'elle ait profité du déguisement de Shuuichi pour faire des trucs de filles avec lui, elle avait continué à le percevoir comme un mec. Comme son frère qui plus est. Mais du point de vue de tous, il était une fille ; il était Shimizu Shuu, l'une des filles les plus admirées du lycée. La fille que tous les garçons se disputaient... Yuki Eiri lui-même devait le percevoir comme une fille, car Shuuichi tenait son rôle à la perfection. Et c'était sûrement pour ça qu'il se montrait plus... agréable avec Shuu - Si on peut le qualifier d'agréable. D'une certaine façon, le charme de sa "cousine" avait aussi dût faire effet sur ce gars froid comme la glace. Je ne vois pas d'autres explications au comportement de cet idiot, se dit-elle. Mais ce qui restait un mystère c'était pourquoi Shuuichi se montrait gentil avec lui ?

Elle connaissait son frère et le savait adorable avec tout le monde et aussi très serviable, parfois même au point d'en être une bonne poire. Mais il était aussi quelqu'un de lucide et de franc, et il n'aimait pas qu'on lui lèche les bottes. Et dans l'autre sens aussi, il détestait qu'on le prenne pour plus imbécile qu'il ne l'était déjà. Pourtant ce mec le traitait comme un moins que rien parfois et Shuuichi ne répondait pas. Peut-être aussi qu'il a décidé de prendre sur lui pour éviter les conflits et devenir plus ou moins ami avec Yuki...

Interrompant ses pensées et la joute verbale qui avait continuée entre les deux élèves de la Terminale C, un grand homme blond avec une longue queue de chevale, des lunettes noires et un blouson en cuir qui dissimulait difficilement ses deux magnums, avança vers eux en lançant :

Oy ! Shuu-chan ! Maiko-chan ! Let's go !

Hai ! s'exclama aussitôt la plus jeune du lot en bondissant sur ses pieds pour partir en direction de la voiture, son sac de cours sur l'épaule.

L'adolescente était toujours extrêmement nerveuse en présence de ce malade à la gâchette facile alors elle ne tournait jamais autour du pot et se contentait d'obéir. Elle ne pouvait s'empêcher de se demander à chaque fois comment son frère pouvait supporter d'avoir ce fou furieux constamment sur le dos.

Voyant que son chanteur traînait un peu, il approcha encore, d'un pas lourd et menaçant, laissant clairement entendre au musicien que s'il ne se pressait pas le citron, il finirait avec une balle profondément enfoncée dans sa mignonne petite bouille de rock star. Mais il s'arrêta en cours de route en arrivant à la hauteur de Yuki.

Hey you ! Je te connais, non ?

Pour toute réponse, Eiri lui lança un regard ennuyé.

Mais oui, that's it ! Tu es Mika's little brother !

Entendant cela, Shuuichi se redressa aussitôt, son sac à dos à l'épaule. Mika ? Attends deux secondes... La seule Mika que K connais c'est... Non, aucune chance. Quoi que, c'est vrai qu'il y a un air de ressemblance entre eux... Non, non, non ! Impossible ! Mika-san est bien trop gentille pour être liée de près ou de loin à cette andouille de Yuki ! En plus, ils n'ont même pas le même nom de famille ! Bon, c'est vrai, j'ignore le nom de jeune fille de Mika-san puisque je ne la connais que parce qu'elle est l'épouse de Tohma. Mmmh... Non, K doit parler de quelqu'un d'autre. Ca ne peut pas être cette Mika !

Devant l'air penseur de sa camarade de classe, Eiri tourna les talons en direction du parking du lycée où l'attendait sa Mercédès, partant sans lui accorder un regard. Fronçant les sourcils d'un air outré et énervé, le chanteur lança sur le ton le plus hypocrite dont il était capable :

Bon weekend à toi aussi, Eiri-chan !

En entendant cela, certains élèves encore présents devant le lycée se mirent à murmurer et pour une fois, Shuuichi les ignora simplement. Le blond ne s'était pas trop dérangé pour lui répondre, se contentant de lui adresser un signe de la main par-dessus son épaule tandis qu'il disparaissait au coin de la rue pour rejoindre le parking. Je me demande encore par quel moyen cette nouille a réussi à avoir un permis de conduire en étant encore mineur. Après tout, il conduisait déjà quand il avait encore dix-sept ans, puisqu'il vient tout juste d'avoir dix-huit ans. M'enfin je devrais pas la ramener, moi aussi j'ai eu mon permis à l'âge de 16 ans grâce au piston de Seguchi qui a toujours eu le bras long ! remarqua Shuuichi en rejoignant son propre véhicule, escorté par son manager K qui commençait déjà à lui résumer en anglais l'emploi du temps de la journée.

De son côté, une fois dans sa splendide voiture, Eiri prit un moment pour regarder de plus près le cadeau de dernière minute de Shuu. Un ourson en peluche de la taille d'un porteclé. Ca ressemble vraiment à une souris... songea-t-il. Mais bon, c'est mignon et du moment que ça vient d'elle, je suppose que je peux faire un effort. Et là-dessus, il accrocha la chibi peluche à son porteclé en passant l'anneau de métal entre les mailles de laine. Et maintenant, la petite souris-nounours le suivrait partout. Avec un petit sourire au coin des lèvres, il alluma le contact et démarra. Après tout, il avait un avion à prendre et Tatsuha serait bien capable de le maudire sur 20 générations s'il ne ramenait pas son royal popotin à Kyoto !

XXX XXX XXX

Après une petite heure de vol (1), Yuki était enfin arrivé à destination. Il détestait prendre l'avion pour plusieurs raisons. D'abord parce qu'il y avait toujours des gens, plein de gens, trop de gens, et il détestait les gens en général. Et puis les hôtesses de l'air passaient leur temps à le draguer, mettant de côté qu'il n'était encore qu'un ado... Auparavant, ça ne le dérangeait pas plus que ça mais depuis qu'il avait Shimizu en tête, ça lui prenait le chou plus qu'autre chose. Puis il y avait aussi le fait que la simple idée d'être à plusieurs centaines de mètres d'altitude le paralysait de terreur, bien qu'il ne l'admettrait jamais à qui que ce soit. On peut donc comprendre qu'il avait attendu l'atterrissage avec impatience... Si ça n'était pas pour gagner du temps, il préfèrerait encore se taper les 6 heures d'autoroute et venir à Kyoto en voiture.

Comme à chaque fois qu'il revenait dans sa ville natale, le lycéen se faisait accueillir par son petit frère qui venait en taxi. Certes il pouvait très bien prendre le taxi tout seul jusqu'au temple familiale mais, aussi stupide et gamin cela puisse paraître, il trouvait agréable que quelqu'un tienne suffisamment à lui pour se déplacer, venir lui souhaiter la bienvenue et l'accompagner jusqu'à "la maison". C'était la raison pour laquelle il n'avait jamais vraiment protesté ou tenté d'empêcher son idiot de benjamin de se ramener avec son sourire crétin à l'aéroport. Donc comme à chaque fois, Uesugi Tatsuha était à l'heure au rendez-vous. Et m'est avis que c'est bien le seul rendez-vous auquel il fasse l'effort d'arriver à l'heure...

Yo ! Aniki ! l'interpella le brun, en lui faisant de larges signes de la main pour attirer son attention, ressemblant ainsi à une étrange créature croisée entre la bécasse et le moulin à vent.

Arrête de brasser de l'air, triple buse, lui répondit Yuki en le rejoignant.

Ton naturel amical me fait chaud au cœur, aniki. Moi aussi tu m'as beaucoup manqué.

Si tu le dis, bougonna le blond en balançant son sac à dos sur son épaule (Pat : Yuki voyage léger, c'est son seul bagage).

Au fait, joyeux anniversaire !

C'est passé y'a une semaine. Et puis t'as déjà envahi mon répondeur, ma boite email et ma mémoire texto de stupides messages vocaux me chantant "C'est un joyeux camarade". J'crois ça ira pour cette année.

T'es sûr ?

Oui.

Alors tu ne voudras pas de ton shortcake à la fraise et de mon super cadeau d'anniversaire pour lequel j'ai été obligé de vendre mon âme au Diable ? tenta de le convaincre Tatsuha avec un sourire.

Shortcake, tu dis ?

Oui, oui ! A la fraise.

Tandis que son aîné faisait mine de réfléchir, pesant le pour et le contre, l'expression amusée et satisfaite du plus jeune Uesugi vira au blanc. Interloqué par ce changement d'attitude, Eiri fronça légèrement les sourcils.

Qu'est-ce que t'as ? On dirait que t'as vu un fantôme...

Non... Je... Je viens de voir Dieu !

Hein ? fit Yuki, une petite goutte sur la tempe.

Sans rien répondre, Tatsuha leva lentement le bras, désignant du doigt quelque chose - ou plutôt quelqu'un - derrière son frère. Suivant la direction indiquée, Eiri remarqua deux hommes sortir de la même porte de débarquement que lui. Un grand blond avec une queue de cheval, celui-là même qu'il avait croisé quelques heures plus tôt devant le lycée Tôhoku et qui était venu chercher Shimizu, et un plus petit avec des cheveux noirs tombant dans sa nuque, portant chapeau gris ainsi qu'une paire de lunettes noires hors de prix. A vrai dire, il ne portait qu'un simple jeans noir, un pull à col roulé blanc et un manteau en tweed noir lui tombant au niveau des genoux, mais ce gars avait de la classe et du charisme, donnant l'impression que quoi qu'il porte, il resterait super sexy.

Eh là, hé là, eh là ! ... Je viens de qualifier ce gars de "super sexy" ? Ca va pas ça ! JE suis super sexy. Lui c'est juste... Attends une minute, je l'ai déjà vu quelque part... se dit Eiri en voyant le grand occidental et son protégé marcher tranquillement en direction de la sortie parking.

Oh mon Dieu ! Oh mon Dieu ! Eiri ! C'est Shuuichi Shindou ! murmura Tatsuha, le souffle coupé.

C'est vrai que y'a un petit air mais...

Pas de "mais" ok ? Lui et Sakuma sont mes idoles ! Je sais quand même reconnaître une rock star quand j'en vois une. Et j'peux te dire que lui, c'est Shindou, le chanteur et leader de Bad Luck, classé deuxième mec le plus sexy du monde après Brad Pitt et devant Tom Cruise !

Arrête, regarde-le. Il a une carrure de fillette.

Mais puisque je te dis que c'est Shindou Shuuichi ! s'exclama le brun, énervé.

Aussitôt, tout le monde se figea, comme si le temps s'était simplement stoppé autour d'eux. Même Shindou s'était arrêté, soit en espérant pouvoir passer inaperçu dans la masse de personnes en suspend, soit parce qu'il était saisi par l'effroi. Puis dans un mouvement de frénésie générale, toutes les têtes se tournèrent, à droite et à gauche, à la recherche de...

KYAAAAAH !!! Regardez là-bas ! C'est lui ! C'est Shuuichi ! Oh Kami-sama ! s'exclama une jeune femme d'environ 25 ans en pointant du doigt le jeune homme au manteau noir et au chapeau.

Immédiatement, tout le monde le fixa du regard, tentant de déterminer s'il était bien le vrai et unique Shindou. Et lorsque de nouveaux hurlements de fan girls hystériques (étrangement, il y avait aussi des mecs dans le lot) se firent entendre, le garçon à la tignasse noire se hérissa, se retournant pour foudroyer du regard, au travers de ses lunettes, le pauvre Tatsuha. Puis il lança son sac à son manager blond avant de prendre ses jambes à son coup à une vitesse surprenante. Et aussitôt, une horde de furies se mit à sa poursuite, le poussant à accélérer l'allure en direction de la sortie la plus proche.

Une bonne partie du hall d'accueil s'était vidée, tous ayant suivi le pauvre chanteur. Ca doit pas être drôle tous les jours, songea Eiri, le plaignant presque. Puis, il haussa simplement les épaules et se tourna vers Tatsuha pour lui proposer d'aller se chercher un taxi. Mais son regard se posa sur une masse informe, vautrée au sol, noyée dans une flaque de ce qui semblait être un mélange de larmes, de bave, et peut-être aussi de morve.

Oy ! Kuso gaki ! Hayaku tachiagatte !

Mais son petit frère ne fit que relever la tête, une expression désespérée au visage, traduisant une détresse émotionnelle intense, voir une dépression nerveuse avancée. Reniflant bruyamment, son visage couvert de larmes, le benjamin de la fratrie geignit :

Il me déteeeeste ! Mon idole me hait !

Mais non, baka. C'est juste qu'à cause de toi, il doit courir pour sauver sa vie, répondit Yuki d'un ton badin.

Justement, je l'ai trahi ! C'est de ma faute ! J'ai vu son regard sous ses lunettes ! C'était un regard de rage ! Il me déteste !

Tsss... Allez, lève-toi ou je rentre à Tokyo par le prochain avion.

Et comme s'il avait prononcé la formule magique, son cadet de releva d'un bon, son expression sérieuse et assurée - et propre. Ensemble, ils partirent vers la sortie, arrêtèrent le premier taxi qui passa, et montèrent dedans : destination le Nord Est de Kyoto, le temple de Hiei (2).

XXX XXX XXX

C'était ça mon cadeau d'anniversaire ? gronda le blond.

Oui ! s'exclama joyeusement son petit frère. Ca te plait, hein ?! J'en étais sûr. Tu les as toujours beaucoup appréciés avant. Peut-être pas autant que moi, c'est sûr, mais au moins tu passeras un bon moment, non ?

Non.

Le ton était tranchant et catégorique. La réponse avait été si froide qu'elle en avait glacé le sang de Tatsuha.

Oy, Eiri ! Me dis pas ça maintenant ! Alors que j'ai véritablement vendu mon âme au diable pour pouvoir t'offrir ce cadeau et tous les bonus qui vont avec !

C'est pas mon problème, fais-toi rembourser. J'ai pas envie d'y aller.

Se jetant à genoux devant son ainé, le jeune moine se mit à pigner une fois de plus. On dirait une seconde nature chez lui... se lamenta Yuki en grognant, se demandant à qui son frère lui faisait penser en agissant comme ça.

Eiri ! Pitié ! Ca représente tellement pour moi !

Alors c'était plus un cadeau pour toi que pour moi ? Alors que c'est mon anniversaire ? Quel frère indigne tu fais, se moqua le blond d'un air supérieur et méprisant, se délectant de l'expression de panique sur le visage de son cadet.

Non, je t'assure ! Je pensais vraiment que ça te ferait plaisir ! Mais puisque c'est pas le cas, je t'offrirais autre chose pour me faire pardonner ! Mais en attendant, allons-y ! Ca ne te coûtera rien, promis !

Vas-y tout seul.

Pitié ! Pitié ! Pitié, pitié, pitié, pitié, pitié, pitié, pitié, pitié...

A présent, le séduisant jeune bonze rampait au sol, aux pieds de son frangin, comme un ver de terre. Puis il s'agrippa à sa jambe, visiblement bien décidé de ne pas la lâcher jusqu'à ce qu'il ait obtenu gain de cause. Il était têtu et savait ce qu'il voulait ; tant qu'il ne l'aurait pas obtenu, il continuerait de jouer la sangsue. Yuki, plus agacé, commença à secouer sa jambe avec force, tentant désespérément de se débarrasser de ce crétin qui lui servait de frère. Peu à peu, cette scène grotesque - ou touchante du point de vue de certains idiots - commença à attirer le regard des centaines de personnes qui faisaient la queue, ainsi que des passants qui allaient et venaient.

Urusei ! s'écria Eiri.

... pitié, pitié, pitié, pitié, pitié, pitié, pitié, pitié...

C'EST BON ! J'Y VAIS ! LA FERME, MAINTENANT ! hurla-t-il.

L'effet fut immédiat : Tatsuha venait d'entendre les mots qu'il attendait et il n'y avait plus lieu de faire la comédie. Aussi se releva-t-il, un sourire satisfait aux lèvres et un petit quelque chose de diabolique dans le regard qui fit regretter au blond d'avoir cédé si facilement. Tatsu prit son frère par le poignet et le tira en direction de l'entrée réservée aux VIP.

C'est parti, aniki !

Et avant même qu'Eiri n'ait pu dire ou faire quoi que ce soit, un homme de taille massive examina les entrées sur papier argenté que brandissait fièrement le brun. Après avoir vérifié superficiellement que les deux garçons n'avaient ni appareil photo, ni caméra, ni objet dangereux, l'homme de la sécurité les laissa passer sous les regards ahuris des centaines de fans qui avaient fait la queue depuis la veille au soir pour espérer être parmi les premiers à entrer dans la salle.

Se laissant toujours plus ou moins volontairement traîner par son frère, Eiri tentait de calmer ses tendances assassines en se consolant avec l'idée que peut-être, il apprécierait vraiment la soirée.

On y est ! s'enthousiasma Tatsuha, tandis que les deux frères pénétrèrent dans la large salle, quasiment vide.

Une fois arrivés, ils allèrent trouver leur places - parmi les meilleures - dans le carré VIP au plus près de la scène et s'assirent (3). Pendant un instant, aucun des deux ne parla, Eiri se contentant de croiser les bras sur son torse d'un air agacé et Tatsuha trépignant d'impatience comme un gamin. Le brun tentait de le cacher parce qu'il savait que ça énervait son ainé encore davantage, mais c'était plutôt difficile pour lui : imaginez ! Il s'apprêtait à voir Bad Luck en concert ! Il avait attendu ce moment depuis tellement longtemps... Il était un fan inconditionnel et absolu du groupe mais surtout il vouait un véritable culte à Shindou Shuuichi, au grand dam de leur père. Shindou était son héros, son roi, son dieu.

Héhéhéhé... marmonna Tatsuha pour lui-même. Avec les passes pour les coulisses que Tohma a bien voulu me donner, je verrais Shuuichi ! Je devrais jouer le tout pour le tout afin qu'on devienne amis ! Si je réussis mon coup, j'obtiendrais même son numéro de portable personnel. Et bientôt, il sera à moi !!! MWAHAHAHAHAHAHA !!!

Arrête tes délires. T'as vraiment la folie des grandeurs, toi, le réprimanda Eiri, qui avait tout entendu de son petit monologue. Et de nous deux, je suis sans aucun doute celui qui aura le plus de chance d'avoir son numéro.

NANI ?!! s'exclama son frère en le prenant par le col de sa chemise noire. T'en pinces pour Shuuichi toi aussi ?! C'est ça ? Oui, c'est ça ! J'en suis sûr ! Mais tu ne l'auras pas ! JAMAIS !!! J'étais là en premier !

A proprement parler, c'est moi qui était là en premier puisque je suis celui qui t'a fait découvrir Bad Luck, lui rappela Yuki.

En effet, Eiri avait 14 ans le jour où, ennuyé à en mourir, il avait décidé d'écouter un peu la radio et qu'il était tombé sur "No Style", le premier single de Bad Luck, à l'époque où il n'y avait que Shindou et Nakano dans le groupe. Il avait acheté le CD, non pas pour la qualité des paroles qui laissait franchement à désirer mais parce que la voix du chanteur dégageait beaucoup de charisme et qu'à chaque fois qu'il écouté cette chanson, il se sentait bien, tout simplement. Après le grand succès de ce premier titre, Seguchi avait personnellement pris en main le groupe et y avait ajouté Fujisaki, et quelque semaines plus tard sortait le premier album... Premier album qu'il avait également acheté.

C'est en furetant dans les affaires de son frère que Tatsuha avait trouvé les CD. Pris dans la frénésie Bad Luck, il avait acheté tous les magazines, les goodies, les CD et DVD collectors... Il avait assisté à chacun de leurs concerts dans le Kansai (4), vu et enregistré chacune de leurs interviews télé, obtenu une douzaine d'autographe et de dédicaces après des heures et des heures d'attentes passées dans des conditions toutes plus surréalistes les unes que les autres... Et lorsque Bad Luck était parti pour les Etats-Unis juste après la sortie de leur second album, l'état de Tatsuha avait encore empiré : il avait harcelé leur père pour obtenir une télévision personnelle avec satellite et un ordinateur avec connexion internet ultra haut débit afin de pouvoir voir en direct tous les show auxquels participait Bad Luck et connaître en temps réel leur actu. Il passait son temps entre la télé, les vidéos et les forums de fans. Alors admettre que Tatsuha était un fan inconditionnel et absolu, c'est la moindre des choses à faire pour rendre hommage à sa ténacité et à son idiotie.

Je crois que c'est aussi un peu pour éviter que la débilité de cette andouille ne m'atteigne que j'ai fini par partir de chez le vieux, se dit Eiri.

C'est pas juste, toi t'es pas fan ! Moi, je suis le fan numéro de Shuuichi ! Je lui ai écrit tellement de lettres qu'il a fini par me répondre et maintenant, il répond à chacune de mes lettres. On a un véritable échange !

Tssss... Sans aucun doute ses secrétaires qui te répondent à sa place.

Chigau ! Tu verras bien ! Je vais te prouver par A plus B que je connais personnellement Shindou Shuuichi ! déclara fièrement Tatsuha tandis que la salle commençait à se remplir. Enfin... Même si je ne l'ai jamais rencontré en vrai... ajouta-t-il tout bas d'un air un peu déçu. Mais ça va changer ! Lui et moi on va devenir les meilleurs amis du monde, puis j'en ferais mon petit ami !!! MWAHAHAHAHAHA !!!

Allez, allez... Il est reparti... marmonna Yuki d'un air exaspéré.

Une vingtaine de minutes plus tard, la salle était pleine à craquer. Et encore dix minutes après, la première partie commença le show. La chanteuse Nana Kitade était célèbre pour ses génériques d'anime et ses chansons pop très acidulées. Le moins que l'on puisse dire, c'est qu'elle avait remporté un grand succès auprès de tous, notamment auprès des mecs. Mais c'était du pipi de chat comparé à la standing ovation que reçu Bad Luck lorsque ses membres montèrent sur scène. Le rideau noir arborant le logo de Nana Kitade qui avait masqué une grande partie de la scène avait été tiré, révélant le décor High-tech et les instruments customisés et personnalisés du groupe.

Des écrans géants permettaient aux 8000 et quelques personnes de profiter autant du spectacle que si elles étaient au bord de la scène, voir même mieux. Dans ce cas, quel est le point de se mettre si près quand on sait qu'on ne verra qu'un tiers des décors, contrairement à ceux du fond qui verront tout en ultra haute résolution ? se demanda Yuki qui ne se sentait vraiment pas à sa place en plein cœur de la foule. Le fond de la salle m'aurait amplement suffi. Des néons ambi-light, suspendu à environ quatre mètres au-dessus de la scène ou posés ça et là à la verticale comme des plantes d'appartement, agrémentaient le décor déjà habillé de rideaux argenté sur lesquels se reflétait les couleurs des projecteurs.

Konban wa, minna !!! s'exclama Shindou, un large sourire au visage, se délectant des acclamations et autres hurlements de joie que son entré en scène venait de provoquer.

Sur le coup, Yuki pensa : Je n'arrive pas à croire que ce type ait le même âge que moi et qu'il se fasse plus de fric en un mois que ce que rapporte le PIB brut de la République Centre-Africaine en un an. Puis : C'est fou ce qu'il ressemble à sa sœur et à sa cousine. Et enfin : Mais qu'est-ce que c'est que ces fringues ! Et tandis qu'il détaillait de plus près le costume que portait le chanteur, il se sentit rougir. Heureusement pour lui, il était dans la pénombre du public, personne ne pouvait donc remarquer cette réaction plus que suspicieuse.

Et puis, quelle idée aussi de s'habiller comme ça ! Shindou portait un pantalon de cuir si moulant qu'on aurait dit une seconde peau, s'arrêtant aux hanches où une épaisse ceinture sertie de chaînes entourant sa silhouette. En guise de haut, il avait mis un tee-shirt filet noir à manches courtes, laissant voir en transparence son torse nu et imberbe. Et il portait des bottes type rangers en cuir noir qui lui arrivait juste au-dessous des genoux, avec cinq grosses boucles argentées. Il portait des mitaines de cuir argenté et autour des poignets et du cou, des lanières de cuir noir. Son maquillage également sombre, combiné à sa chevelure couleur corbeau, parachevait le style limite gothique qu'il arborait ce soir. Et vêtu comme il était, on pouvait tout voir de sa fine carrure semblable à celle... d'une fille...

Haussant un sourcil, Yuki repoussa cette idée. Shindou était tout sauf une fille, pour sûr. Il avait beau avoir un corps fluet et un visage fin, il était sur scène comme dans la vie un garçon tout ce qu'il y a de plus masculin - comme il avait eu le loisir de le découvrir à force d'entendre Tatsuha parler de lui sans arrêt. On lui prêtait d'ailleurs une aventure avec la personne la plus improbable qui soit : Miri Johanson. Tsss, vraiment n'importe quoi, songea Eiri en lançant un regard vers les autres membres du groupe.

Nakano portait un jeans noir coupe baggy, des Converse All Stars également noires et une chemise de soie rouge écarlate dont la couleur était assortie à sa guitare du jour. Il avait relevé ses longs cheveux auburn en une queue de cheval. Fujisaki portait un ensemble pantalon à pinces et veste, taillé dans un satin noir dont la fibre réfléchissait de manière nuancée les lumières de la scène, et sous lequel il ne portait pas de chemise. Ses cheveux méchés de vert avait été stylisés au gel et aux paillettes. Enfin, Kitazawa était habillée d'une jupe façon gothique lolita à volants et à froufrous en tulle violet et noir, et d'un corset couleur prune qui mettait en valeur sa généreuse poitrine. Elle avait coiffé sa tignasse blond platine avec de jolies boucles anglaises.

Les quatre musiciens se tenaient côte à côte et saluèrent le public en s'inclinant brièvement. N'importe qui entrant dans la salle à ce moment-là aurait pu croire que c'était là le salut final et que le concert était terminé. Mais Shindou parla :

Ca faisait tellement longtemps ! On est vraiment désolés pour cette longue absence, gomen nasai !

Mais les exclamations plus que positives montraient bien que les fans étaient bien trop content de pouvoir assister à ce concert pour lui tenir rancune de quoi que ce soit.

Mais on va se faire pardonner avec le show de ce soir ! Je vous promets que vous sortirez d'ici avec le sourire aux lèvres et assez de bonheur pour les dix prochains jours !

Un "Shuuichi, épouse-moi !" retentit derrière les deux frères. Tatsuha, énervé au plus haut point, fit volte-face et jeta un regard furieux et méprisant à la pauvre fille qui avait eu le malheur de prononcer ces paroles profanes.

Et puis, il y aura une petite surprise d'ici à la fin du concert pour un ami à moi qui est dans le public ce soir !

Ne laissant pas le temps à son public de pousser la curiosité trop loin et de lancer des questions au sujet de ladite surprise, Shindou enchaîna, tandis que ses musiciens allaient trouver leur place derrière leur instrument :

Mais commençons tout de suite avec Skid Mark, notre dernier single !

Et le son de la guitare de Hiroshi retentit, très vite accompagné par la batterie de Yoshiki et le synthé de Suguru. Une fois l'intro finie, la voix toujours aussi charismatique de Shuuichi se fit entendre. Douce, chaude, claire et sensuelle. Même maintenant, Yuki devait admettre qu'il ne se lasserait jamais d'entendre la musique de Bad Luck.

Les musiques s'enchaînèrent, toutes rythmée par des sons rock, pop et électro, mêlant les chansons récentes et les plus anciennes. Nana Kitade, qui avait fait l'ouverture du concert, avait été invitée à remonter sur scène pour un duo avec Shindou. Une chanson sous le thème de la romance et pendant laquelle ils avaient chanté en se tenant la main, sans se quitter du regard, comme un couple d'amoureux. Un spectacle adorable à voir, même d'un point de vue aussi critique que celui de Yuki. Mais ce qui avait davantage chiffonné le blond, c'était bien que les paroles de cette chanson dégoulinante d'amour avaient été écrites par Shimizu. En effet, il s'agissait précisément de celles qu'elle avait écrites avant la St Valentin. Celles-là même qu'il avait critiquées.

Magnifique ! s'exclama Tatsuha à la fin de chanson, par-dessus le brouhaha ambiant, tandis que Shindou remerciait la chanteuse pour sa participation. Une des plus belles chansons qu'il ait jamais chantées !

C'est même pas lui qui l'a écrite, marmonna Eiri pour lui-même, bien trop bas pour qui que ce soit entende.

Le groupe enchaîna ensuite sur Smashing Blue et Glaring Dream. Puis Shindou s'arrêta pour faire une annonce.

Le concert touche à sa fin les amis. Encore deux chansons, seulement ! déclara-t-il, encore essoufflé.

Des cris hystériques semblables à la complainte d'un banc de baleines retentit. Sans doute la façon qu'ont les fans de transmettre leur tristesse... supposa Eiri, peu habitué qu'il était à ce genre d'évènements. Shuuichi fit un large sourire et reprit :

La dernière chanson sera l'une de nos premières : The Rage Beat ! Après tout, quoi de mieux que la chanson qui nous a révélé au Japon tout entier et qui ramène de si bons souvenirs ?!!!

Des hourras et des hurlements de joie, accompagnés de quelques sifflements appréciateurs se firent entendre avant que le chanteur n'ajoute :

Mais avant, je vais chanter une chanson bien particulière.

Devant les murmures curieux de la foule, le jeune homme rit de bon cœur, de même que ses musiciens. Finalement, il se décida à donner une petite explication.

Voyez-vous, Bad Luck a des centaines de fans. Et parmi eux il y en a un qui, depuis des années - depuis nos débuts à vrai-dire - nous écrit très régulièrement et nous envoie des cadeaux pour nos anniversaires... Ce garçon est très courageux et surtout il est adorable ! Je dois admettre que j'étais comme lui quand il s'agissait des Nittle Graspers dont j'ai toujours été un grand fan. Quoi qu'il en soit, il y a quelques semaines, nous avons reçu une nouvelle lettre de sa part, nous annonçant que l'anniversaire de son frère arriverait sous peu et qu'il ferait de son mieux pour l'amener au concert de ce soir. Son grand frère n'est pas particulièrement fan de notre musique mais il semblerait que, je cite : "Bad Luck est l'un des rares groupes qui trouve grâce à ses yeux".

Les murmures s'accentuèrent. Une partie du public applaudissait tandis que l'autre semblait choquée qu'il existe des gens au monde qui ne puissent pas être fans de Bad Luck. Eiri, quant à lui, s'était tourné vers Tatsuha avec un regard meurtrier. Le pauvre garçon déglutit difficilement avant de lui sortir un sourire de vendeur de superette.

C'est bien, on dirait que tu t'es reconnu, aniki, balbutia-t-il. J'espère que ton cadeau te plait. Joyeux anniversaire !

Je vais te buter aussitôt qu'on sera rentré à la maison, sale morveux.

Oh, allez, fais pas comme si t'aimais vraiment pas ce cadeau ! J'veux dire, regarde ! Shindou Shuuichi en personne va te chanter une chanson. Pour toi ! Si tu préférais un autre groupe, j'aurais fait mon possible pour que ces gars te chantent une chanson aussi. Mais puisque Bad Luck est vraiment le seul groupe que tu apprécies vraiment...

La ferme ! J'ai toujours eu horreur d'être le centre d'attention et tu le sais ! répliqua Eiri en grinçant des dents, faisant de son mieux pour se retenir d'arracher la tête de Tatsu en direct live devant plus de 8000 personnes.

Finalement, Shindou reprit :

Donc, je vais chanter In The Moonlight puisque c'est la chanson que préfère son frère ! Alors joyeux anniversaire au grand frère de Tatsuha !

Et sous les applaudissements du public, il commença à chanter de sa plus belle voix. Les briquets et les écrans de téléphones portables commencèrent à s'allumer dans la salle, bougeant au rythme de la douce mélodie. La performance de Shindou était parfaite. Tout le monde était comme hypnotisé par la beauté de sa voix et les dizaines de sensations qu'il transmettait au travers de chaque note. Ce n'était peut-être pas exactement ce à quoi Eiri s'était attendu pour son anniversaire mais ce n'était pas si horrible que ça en fin de compte. Bien au contraire. Il y avait en effet de quoi se sentir flatter qu'une star internationale chante une chanson pour son anniversaire. Il avait presque l'impression d'être Kennedy et qu'en face de lui, c'était Marylin Monroe qui chantonnait pour son plaisir.

Aussitôt la chanson terminée, chacun sortit peu à peu de sa transe et il fallut les premiers riffes de guitare de Nakano, annonçant le début de The Rage Beat, pour tirer le blond de sa contemplation. Il ne se souvenait pas l'avoir vu enfiler son légendaire manteau jaune et orange, mais lorsque Yuki était revenu à lui, Shindou l'avait sur lui, dansant et chantant sur scène avec une énergie incroyable, même en cette fin de concert.

Aussitôt la chanson finie, chaque membre de Bad Luck se mit au devant de la scène pour saluer et remercier le public. Puis finalement, les lumières s'éteignirent. Le show était terminé.

Lève-toi, aniki ! On va dans les coulisses ! s'exclama le brun en tendant à son ainé un badge de laissez-passer.

Nani ?!

Oui, oui ! Pour une fois que j'ai des back-stage, on va en profiter à fond ! Je dois rencontrer Shindou-sama et lui dire combien je l'adore !

Je crois qu'il avait compris avec les centaines de lettres que tu as dû lui envoyer... fit remarquer Eiri d'un air dédaigneux en attrapant le badge avant de se lever.

Alors, tu me crois ? Tu me crois maintenant quand je te dis qu'il répond personnellement à mes lettres ?

Pas trop le choix que d'admettre que tu as réussi à l'oppresser et à le harceler suffisamment pour qu'il se sente obliger de te répondre, effectivement.

Il passa devant Tatsuha pour se diriger vers les coulisses et aussitôt qu'il eut le dos tourné, le plus jeune lui tira la langue avant de l'imiter avec exagération.

Arrête tes conneries tout de suite ou je me casse dans la seconde, le menaça Yuki d'un ton froid et cassant.

Je ne vois pas de quoi tu veux parler, aniki, répondit son cadet, feignant l'innocence.

Lorsqu'ils arrivèrent à l'entrée des coulisses, chacun montra son badge à l'agent de sécurité et ils furent autorisés à entrer. Ils suivirent le long couloir qui menait aux loges et ils arrivèrent enfin devant une porte indiquée "Loge de Shindou Shuuichi - Bad Luck". Et ajouté d'une écriture manuscrite : "N'entrez qu'à vos risques et périls ! Mwahahaha-ha!". Haussant un sourcil devant tant de débilité, Eiri se demanda s'il faisait bien d'entrer. S'il voulait de la débilité, il lui suffisait de demander à Tatsuha d'imiter Kylie Minogue, ou provoquer Shimizu en mettant en cause ses petits seins. Mais avant qu'il n'ait eu l'occasion de faire demi-tour, Tatsuha frappa à la porte.

Hai, douzo ! s'exclama joyeusement une voix de l'autre côté de la porte.

Une voix que Eiri était sûr d'avoir déjà entendu quelque part...

Sans se faire prier, son petit frère ouvrit la porte à la volée et entra. Shindou s'était débarrassé de son manteau jaune et de son débardeur filet, complètement torse nu, une serviette autour du cou, son visage nettoyé de tout maquillage et ses cheveux noir corbeau relevés devant ses yeux par deux espèces de mini couettes. Il avait une dégaine débraillée qui fit fondre Tatsuha.

Oh, Kami-sama ! s'exclama le garçon en tombant à genoux devant son idole, ses yeux brillant des petites étoiles et ses mains en position de prière.

Euh... non, moi c'est Shuuichi, répondit le chanteur d'un air amusé, pas plus surpris que ça que quelqu'un se jette à ses pieds de cette façon.

La honte... songea Eiri. Ce gars n'est pas mon frère, j'le connais pas.

Hé mais ! Je te reconnais toi ! T'es le mec d'hier qui a crié mon nom à l'aéroport ! l'accusa Shindou.

Le blond ne put s'empêcher de sourire, un brin moqueur ; son frère allait se faire jeter dehors à grands coups de pied dans le cul !

Argh ! Gomen ! Gomen ! Gomen ! supplia Tatsuha en se mettant à quatre pattes, mains au sol, front plaqué contre la moquette. J'suis désolé ! C'est de la faute de mon frère !

Ton frère ?

Oui mon frère ! J'étais allé le chercher à l'aéroport et quand on t'a vu, il ne voulait pas croire que c'était vraiment toi alors...

Oy, arrête de ramper par terre comme un cafard, intervint Eiri, qui était resté à l'entrée, en pénétrant dans la pièce. Si Shindou a dû courir, c'est de ta faute. T'as une trop grande gueule !

En entendant cette voix qu'il reconnaitrait partout, Shuuichi tourna la tête en direction du nouvel arrivant. Un flot de panique innommable l'envahit. Oh non ! Pas lui ! Et s'il me reconnaissait ! Non, c'est sûr qu'il va me reconnaître ! Entre mille ! Il passe son temps à me harceler au bahut, il connait ma tête par cœur. C'est obligé, il va me reconnaître !

Ca va ? s'enquit Eiri en remarquant le teint pale du chanteur.

L'absence de réaction intrigua le blond qui fit un pas vers le musicien. Instinctivement, celui-ci recula d'un pas. Ce fut au tour de Tatsuha de froncer les sourcils, surpris par l'attitude étrange du leader de Bad Luck. Eiri fit un autre pas, et Shuuichi recula d'un second. Un sourire sadique apparut sur les lèvres du blond et le garçon aux yeux violets frémit, son cœur battant la chamade. Il m'a reconnu, ça y est ! C'est fini ! Horreur et damnation ! Yuki fit un pas sur la gauche et par automatisme, Shuuichi fit un pas sur la droite, comme s'il était son reflet dans un miroir, imitant chacun de ses gestes. Un autre pas sur le gauche et la réaction de Shuuichi fut la même. Devant cet étrange spectacle, Tatsuha ne savait plus quoi penser. On dirait une parade nuptiale. Mais à quoi joue Eiri ? Il n'a pas intérêt à draguer MON Shuuichi ou je lui rase le crâne ! se dit-il alors que son frère esquissa un pas sur la droite et que Shindou l'imita encore. Ce qui semblait être un jeu aux yeux des deux frères n'en était pas un, loin de là : Shuuichi était terrifié. Non seulement Yuki était là mais en plus son corps agissait contre sa volonté, comme mû par des réflexes psychomoteurs sortis de nulle part.

Tu vas danser encore longtemps comme ça ? se moqua Yuki.

Shuuichi fronça les sourcils, agacé que cet idiot se soit encore foutu de sa gueule. Tatsuha se redressa aussitôt, décidé à intervenir pour éviter que son idole ne les prenne en grippe lui son frère.

Euh... Shuuichi, c'est moi Tatsuha, ton fan qui t'écris super régulièrement. Et lui c'est mon grand frère, Eiri.

Ta-Tatsuha ? C'est toi ?! s'exclama le chanteur, son expression vira de la colère à la joie en quart de seconde. Kyah ! Ca me fait trop plaisir de te rencontrer enfin ! ajouta-t-il en sauta au cou du grand brun, qui eut un sourire lubrique l'espace d'un instant, ce qui ne fut pas pour rassurer son frère au sujet des intentions concernant le musicien.

Mais ce qui troublait davantage Eiri, bien plus en tout cas que les tendances sexuelles discutables de son cadet, c'était les réactions de Shindou. Ce gars ressemblait tellement à Shuu et Maiko que ça en était presque terrifiant. Des clones... songea-t-il en observant les deux garçons qui commençaient à papoter activement.

... Oui, oui, je me rappelle maintenant ! Tu étais au premier rang de notre dernier concert au Japon avant qu'on parte pour les Etats-Unis !

Puis tu m'avais aussi donné ton autographe le jour de la dédicace de ton deuxième album ! C'était juste avant votre concert pour l'ouverte de votre Limitless Tour !

Tu m'avais même demandé de mettre du rouge à lèvre pour faire une marque de baiser sur ton tee-shirt !

Et tu l'as fait ! Mais tu sais, ce tee-shirt, je l'ai jamais lavé depuis ! Je l'ai encadré et maintenant il orne les murs de ma chambre !

Les deux idiots rirent de bon cœur, comme les joyeux crétins qu'ils étaient. Eiri s'ennuyait déjà. Honnêtement, il s'attendait à un peu plus de maturité de la part d'un homme comme Shindou Shuuichi. C'est vrai qu'il a mon âge... Vu le niveau intellectuel des gars de ma classe, on peut pas lui demander de faire beaucoup mieux non plus, se rappela-t-il.

De son côté, Shuuichi avait beau sincèrement apprécier la compagnie de son nouvel ami, il ne pouvait s'empêcher de se demander comment quelqu'un d'aussi adorable que Tatsuha pouvait avoir un quelconque lien de parenté avec un connard de première comme Yuki Eiri. Mais leur ressemblance physique évidente en était pourtant la preuve. Le problème c'était que, si Tatsu était un garçon sympa et amusant, Yuki lui était si mesquin et moqueur que, même en ne voyant en lui que Shindou Shuuichi et non pas Shimizu Shuu, il n'avait pas hésité à le ridiculiser. Le point positif, c'est qu'au moins il ne m'a pas reconnu, enfin on dirait pas en tous cas, pensa-t-il.

Il jeta un regard au blond qui le fixait avec curiosité. Peut-être bien qu'il m'a reconnu après tout ! S'il me reconnait, c'est fichu ! Mon plan tombe à l'eau. Enfin, d'un autre côté, Yuki n'est pas SI méchant que ça alors il gardera peut-être mon secret. Mais le problème avec lui c'est qu'on ne peut pas toujours lui faire confiance : il serait bien capable crier sur les toits à qui veut l'entendre que Shindou Shuuichi s'est travesti pour s'inscrire incognito dans un lycée de quartier de la proche banlieue de Tokyo ! Et tout ça, rien que pour me faire chier ! Et de toute façon, je veux pouvoir rester là-bas sans que personne ne sache rien. Si Yuki et moi sommes presque amis, mais en même temps complètement ennemis, c'est parce qu'il ne sait pas qui je suis vraiment. Il découvre ma personnalité pour ce qu'elle et vraiment sans se laisser impressionner par le fait que je sois une star mondiale...

L'esprit de Shuuichi tournait à cent à l'heure. Puis finalement, Yuki coupa le blabla de Tatsuha pour dire :

C'est hallucinant à quel point tu ressembles à ta cousine et à ta sœur.

Ah ? Vraiment ?

Oui, vraiment.

Eiri ? Tu connais... sa sœur ? Et sa cousine ?

Sa cousine est dans ma classe. Et sa sœur est aussi dans le même bahut mais seulement en seconde, répondit simplement le blond.

NANI ???!!! Tu ne pouvais pas me le dire ?! Si j'avais su, je serais venu à Tokyo moi aussi !

Si je suis là-bas, c'est bien pour avoir la paix ! Y'a bien assez de Mika et Tohma qui sont toujours sur mon dos, répliqua Yuki, agacé.

Pourtant, c'était vrai qu'il aurait aimé avoir son frère avec lui à Tokyo. Lui au moins était de bonne compagnie ; comparé à sa sœur et son beau-frère y'avait pas photo.

Tatsuha s'apprêta à répondre quand Shuuichi le devança :

Tu parles bien de Tohma et Mika Seguchi, non ? Alors, t'es vraiment de leur famille ?

Vraiment ? Comment ça vraiment ? A l'entendre, il me connaissait déjà, remarqua Yuki avant de répondre d'un air suspicieux :

Vraisemblablement.

Alors je suis condamné à supporter ta sale tête, c'est ça ? marmonna Shuuichi pour lui-même en allant jusqu'à un fauteuil sur lequel il se laissa tomber avec lassitude.

Qu'est-ce que tu connais de la sale tête de mon frère, Shuuichi ? demanda Tatsuha, surpris par de tels mots. Je te l'accorde, il est vraiment chiant quand il s'y met, mais il est pas si horrible que ça...

Oh ! Qu'est-ce que tu raconte comme conneries, toi ?! gronda Eiri.

Euh... C'est que... balbutia Shuuichi, s'auto-flagellant mentalement pour avoir laissé échapper une telle bourde.

Encore une fois, son cerveau se mit à tourner à cent à l'heure dans l'espoir de trouver une réponse correcte pour expliquer le fait qu'il connaisse déjà Eiri. Et il avait besoin de cette réponse TRES vite !

Ce... C'est vrai qu'il me taperait moins sur les nerfs s'il ne passait pas son temps à harceler ma cousine. C'est elle qui m'a parlé de lui, expliqua Shuuichi à Tatsuha.

Et même moment, Nakano, Fujisaki, Kitazawa, le blond qui était venu chercher Shimizu au lycée la veille et un brun en costume cravate, avec des lunettes et un air fatigué - que Eiri était sûr d'avoir déjà vu dans le bureau de Tohma - firent irruption dans la loge.

Que de beau monde ! s'enthousiasma Yoshiki avec un large sourire. Shuu-chan, qui sont ces deux merveilleux garçons ?

Shuu-chan ? se répéta Eiri.

Putain, Yosh ! La connerie ! s'exclama intérieurement Shuuichi.

En effet, Shuu-chan était le petit nom que presque tout le monde lui donnait au lycée. Et à en juger par le petit froncement de sourcils de Yuki, lui aussi avait dû faire le rapprochement. Mais Hiro se mit à rire sans aucune raison apparente. D'abord un petit rire discret, ses épaules légèrement secouées, puis un hoquet bizarre. Et finalement, il se plia en deux avant de se laisser tomber au sol, à quatre pattes, mort de rire.

Ano... Nakano-san... nani wo shiteirundesuka ? fit Sakano, inquiet de l'état de son guitariste.

Suguru poussa un soupir exaspéré avant de se tourner vers K pour dire :

Bon, j'en ai marre, j'suis crevé. J'vous attends dans le van.

Et en se tournant vers son leader pour lui dire quelqu'un chose, son regard croisa celui de Tatsuha et d'Eiri.

Argh ! Tatsuha-san ! Eiri-san !

Tu les connais ?! s'étonna Shuuichi.

Evidemment qu'il nous connaît puisqu'il est le petit cousin de Seguchi, répondit Yuki, véritablement agacé pour le coup.

Et Seguchi étant notre beau-frère... ajouta Tatsuha.

Quelle adorable réunion de famille ! So cute !ricana joyeusement K.

Waw ! Un beau garçon, grand et blond, comme je les aime ! s'extasia Yoshiki en allant s'accrocher au bras du pauvre Eiri qui sentait venir la migraine. Tu es célibataire ?

Plus pour longtemps, répondit-il, sans réfléchir.

Aaah ?! T'as trouvé une fille qui te plait, aniki ? Ou peut-être un garçon ?

Non mais ça va bien la tête ?! répliqua le blond en se dégageant de l'étreinte de la batteuse.

Hiro n'en pouvait plus de rire : il se tordait au sol comme un ver, au bord de l'asphyxie.

Oy ! Hiro ! Relève-toi ! ordonna Shuuichi.

K prit le guitariste par le col et lui pointa un revolver sortit de nulle part sous le nez. L'effet fut immédiat : le jeune homme cessa de rire dans la seconde et afficha un air sérieux.

Désolé, dit-il simplement.

On peut savoir pourquoi tu te marais ? l'interrogea le chanteur.

Juste parce que j'avais raison depuis le début au sujet de la psychologie inverse !

Hein ?! s'exclama tout le monde.

Bon, j'en ai assez de cette bande de joyeux débiles. Tatsu, on y va. Shindou, merci pour la chansonnette. Passe le bonjour à ta cousine pour moi.

Et là-dessus, Eiri quitta la pièce. Le silence régna un instant, puis Tatsuha s'affola :

Ahh ! Matte, aniki !

Et il disparut à sa suite dans le couloir, courant après lui.

Mmmh... N'était-ce pas les petits frères de Mika-san ? finit par demander Sakano.

Je suis maudit... se lamenta Shuuichi.

Hahahaha ! Miri sera contente de savoir ça ! s'exclama K en quittant la pièce à son tour, son téléphone portable à la main, prêt à passer un coup de téléphone à l'international.

Quel rapport avec Miri ? demandèrent Yoshiki, Hiro et Shuuichi en chœur.

Vous ne voulez pas savoir, répondit Suguru en partant pour le parking.

XXX XXX XXX

Le lundi suivant, non seulement Shuuichi était au bord de l'épuisement à cause de son concert du weekend, de la série d'interviews qu'il avait dû donner à Kyoto mais en plus ses poignets lui faisaient atrocement mal à cause des centaines d'autographes donnés. Etant ambidextre, on pourrait penser qu'il pouvait utiliser la main gauche pour soulager la droite, mais le fait qu'il soit le chanteur et leader de Bad Luck faisait qu'on lui demandait presque deux fois plus d'autographes qu'aux autres membres du groupe. Ajoutons à cela le stress qu'il s'était mis tout seul après sa rencontre avec Yuki et le pauvre Shuuichi était bon pour la maison de repos. En effet, l'angoisse de se retrouver face à face avec le blond après leur rencontre chaotique de samedi soir avait fini de l'achever.

Même si son camarade de classe ne l'avait pas reconnu sur le coup, il y avait encore des chances pour que ce garçon habituellement très perspicace se rende compte que la frappante ressemblance entre Shindou Shuuichi et Shimizu Shuu n'était pas simplement due à un lien de parenté. C'est donc avec sa chevelure de nouveau fuchsia, d'importants cernes sous les yeux et le teint maladif que le chanteur fit son entrée. Ses amies, Umeda Kira et Mizushiro Rikku l'accueillirent à bras ouverts et commencèrent aussitôt à lui raconter leur weekend de folie dans le monde fabuleux des boutiques en soldes. Elles lui décrivirent en détails à quoi ressemblaient les vêtements et accessoires qu'elles avaient achetés à l'occasion du prochain concert de Bad Luck à Tokyo.

Deux semaines ! J'y crois pas ! Ca va être terrible ! s'exclama Rikku.

A qui le dis-tu, approuva Kira, un sourire rêveur aux lèvres. J'ai hâte de voir Shuuichi-sama sur scène !

Dis, dis ! Shuu-chan ! Est-ce que tu as vu ton cousin ce weekend ? s'enquit la première.

En effet, depuis que Maiko - qui était déjà connue pour être la sœur de Shuuichi - avait lâché le morceau sur le fait qu'elles étaient cousines, tout le monde venait vers elle pour obtenir des informations sur Bad Luck. Mais étrangement, Kira et Rikku n'en profitant pas plus que ça, demandant poliment des nouvelles de leur idole sans pour autant chercher à connaître tous les détails, même les plus morbides, de la vie du célèbre chanteur. Et des questions morbides, on m'en a posé pas mal, songea le garçon en jupe. Y'a même une idiote qui a demandé si "Shuuichi" faisait aussi caca. "Tu te rends pas conte, c'est pas possible ! C'est tellement... terre-à-terre !" Non mais quelle quiche, j'vous jure ! Moi aussi je suis humain jusqu'à preuve du contraire ! J'ai le droit d'aller aux toilettes comme tout le monde !

Euh... Oui, je suis allée avec lui à Kyoto pour son concert mais j'ai passé la soirée dans ma chambre d'hôtel, répondit l'interrogée.

Oh, non ! Trop dommage ! T'as raté son concert ! fit Kira d'un air désolé.

Bah, ce n'est pas bien grave. J'en ai tellement vu de toute façon...

T'as l'air un peu malade, Shuu. Ca va ? s'enquit la jeune fille.

C'est vrai, affirma Rikku. Si tu ne te sentais pas bien, tu aurais dû rester chez toi, que tes parents prennent soin de toi.

Ca va, c'est juste un peu de fatigue, les rassura Shuu avant de les laisser pour rejoindre sa place.

En passant devant Yuki, elle évita consciencieusement son regard. Elle savait pourtant qu'il lui avait adressé cette espèce de mini sourire en guise de bonjour, comme tous les jours depuis la St Valentin. Mais la simple idée qu'il puisse la reconnaître rien qu'en la regardant de trop près l'effrayait au plus haut point. Elle commençait sérieusement à se plaire ici, elle n'avait pas envie de partir.

Shuu se laissa tomber sur sa chaise sous le regard intrigué de Serizawa Akira.

Oyaho, Shuu-chan.

Ohayo, Aki-kun.

Ca va ?

Oui, pourquoi ? demanda-t-elle en sortant ses affaires de son sac de cours.

T'as l'air un peu... trop pâle à mon goût. Si tu ne te sens pas bien, je peux t'emmener à l'infirmerie, proposa son ami.

Si Shimizu doit aller à l'infirmerie, c'est au délégué de l'y emmener, intervint Kouga Jun, en s'approchant de leurs pupitres. Donc à moi.

Sans façon, répondit froidement Shuu.

Kouga fronça les sourcils, surpris d'entendre un ton aussi dur sortir de la si jolie bouche d'une si charmante demoiselle. Même Akira ne comprit pas. Eiri en revanche, assis au rang de derrière, savait exactement pourquoi ledit délégué s'était fait proprement remballer.

Allons, Shuu-chan... Ce n'est pas bon de se forcer, tu sais, insista-t-il. Tu devrais te ménager.

C'est Shimizu, pour toi. Et je sais où sont mes limites, je n'ai pas besoin qu'un idiot vienne me dire ce que j'ai à faire, répliqua-t-elle avec un regard d'acier.

Tu ne devrais pas me parler sur ce ton, la prévint Kouga.

Sinon quoi ? Tu vas le dire à ton "papa" et il me renverra du lycée ? Essaye donc qu'on rigole un peu et tu verras de quoi je suis capable. Je déteste les gens qui se servent de leur relation pour se donner de l'influence.

Le garçon ne broncha pas, se contentant de lui adresser un regard supérieur et presque menaçant, mais la fille aux cheveux roses soutint son regard sans grande difficulté.

Des nuls comme toi, j'en bouffe une douzaine au p'tit dèj ! Si tu veux m'impressionner, il faudra faire mieux que ça. Prends donc exemple sur Yuki-kun, lui il sait s'y prendre.

En entendant cela, Eiri ne put s'empêcher d'esquisser un sourire amusé et Serizawa haussa un sourcil appréciateur ; décidemment, Shimizu ne cesserait jamais de les étonner. Alors que Kouga allait répondre, le professeur entra.

Le cours va commencer, que chacun regagne sa place s'il vous plait.

Kouga fit un pas pour s'éloigner mais se ravisa et se pencha par-dessus la table de Shuu et lui murmura à l'oreille, juste assez fort pour qu'elle soit la seul à l'entendre :

Tu ne sais pas ce que tu fais en restant avec lui.

Et avant qu'elle ait pu répondre quoi que ce soit, le jeune homme était retourné à sa place. Que voulait-il dire par là ? Etait-ce une autre menace ? Shuuichi en avait plus qu'assez de se prendre la tête avec des choses qui n'en valait pas la peine. Peu importait ce que signifiait vraiment les mots de Kouga. Il allait se contenter de suivre les cours de la journée et ensuite d'aller à sa chambre pour prendre une bonne nuit de repos bien mérité. Eiri, lui, aurait donné cher pour savoir ce que ce fumier avait murmuré à l'oreille de sa douce.

Cependant, lorsque la pause du déjeuner était arrivée, clôturant la matinée de cours, Shuuichi se sentit encore plus fatigué. Il n'avait même pas la force de manger, ce qui avait beaucoup inquiété Serizawa, Umeda et Mizushiro. Le chanteur était partie se changer rapidement pour le cours de sport et, pendant les quelques instants passés dans sa chambre, il aurait souhaité pouvoir se laisser tomber sur le lit et dormir comme une masse pendant les dix prochains jours. Lorsque finalement il redescendit, il eut la surprise de trouver Yuki qui l'attendait.

Pourquoi tu ne te changes pas avec les autres filles, dans les vestiaires ? demanda-t-il.

Parce que... je suis pudique.

Y'a pourtant pas de quoi, fit remarquer le blond. T'es tellement jolie que t'as pas à en avoir honte.

Ok, c'est bon, je sais que j'ai des si petits seins qu'il y a rien à cacher... Tu me l'as assez sorti la semaine dernière, répondit Shuu d'un ton las, ayant visiblement compris de travers le pseudo-compliment de Yuki.

Quel manque de conviction... Je t'ai connue plus combative.

Je ne suis pas d'humeur, s'il te plait.

Elle commença à marcher en direction du gymnase, suivie de près par le jeune homme.

Je sais qu'on te l'as assez répété aujourd'hui mais, t'as vraiment pas l'air bien. Rentre au dortoir, je dirais à Tokugawa que --

Ca suffit ! Je n'ai pas besoin que tu t'occupes de moi ! s'exclama-t-elle, agacée, en s'arrêtant net.

Elle se tourna vers lui, lui adressant un regard dur qui le surprit quelque peu. En effet, habituellement, quand ils n'étaient que tous les deux, ils ne se disputaient plus autant. Plus depuis la St Valentin en tout cas. Ils en étaient même à avoir des dialogues presque amicaux. Alors pourquoi réagissait-elle de la sorte.

Du côté de Shuuichi, en voyant le regard étonné de Yuki, il se dit qu'il y avait peut-être été trop fort. Puis, la possibilité que ce dernier face le rapprochement et découvre sa véritable identité planant au-dessus de lui comme une ombre l'encouragea : C'est ça ! Repousse Yuki, mets de la distance entre vous. Il finira par perdre patience et ne plus pouvoir te supporter ! S'il voyait de moins en moins Yuki, alors les chances qu'il découvre quoi que ce soit diminueraient considérablement.

N'ajoutant rien, et sans laisser le temps au blond de dire quoi que ce soit, il s'éloigna, reprenant sa route vers le gymnase. Eiri commençait à sérieusement s'inquiéter. Ok, Shimizu et lui n'avaient jamais été les meilleurs amis du monde mais il lui avait semblait qu'elle était heureuse de partager cette espèce d'amitié ambigüe avec lui. Quelque chose ne tournait pas rond avec elle... Une chose était sûre, il avait déjà eu beaucoup de mal à acquérir cette relation bancale mais positive alors quoi qu'il arrive, il n'y renoncerait pas. Il voulait Shimizu et il l'aurait. Il se contenta donc de suivre la jeune fille.

Lorsqu'ils eurent rejoint les autres élèves de leur classe, Shuu alla s'asseoir en tailleur près d'Akira, Rikku et Kira. Eiri, lui, resta debout, adossé à un mur, attendant que le prof donne les consignes du premier exercice. Il y eu d'abord un petit échauffement puis l'activité du jour, handball, put commencer. Les élèves furent divisés en trois équipes et cette fois, le blond se débrouilla pour être dans la même équipe que Shimizu. Il avait un mauvais pressentiment et préférait être près d'elle si jamais elle avait besoin d'aide.

Le premier match se déroula sans problème, même si la jeune fille sembla aux yeux de tous bien moins enthousiaste et assidue que d'habitude. Mais lors du deuxième match, opposant les vainqueurs du premier à la troisième équipe jusqu'à lors restée sur le banc, Shuu paraissait encore plus mal. A quelques reprises déjà, elle avait trébuché, manquant de tomber. Une fois même, elle n'avait pas vu arriver la balle et avait manqué de se la prendre en pleine poire. Heureusement pour elle, son "ange gardien" avait été là pour intercepter la passe. Et bien sûr, elle n'avait pas pris la peine de remercier Eiri. Soit elle m'en veut vraiment, soit elle n'a même pas capté que je lui avais évité un rendez-vous chez le plasticien, se dit le jeune homme en driblant jusqu'aux cages pour marquer un point.

Mais alors qu'il s'apprêtait à tirer - sous les yeux terrorisés du gardien de buts qui redoutait plus que tous les tirs surpuissants du blond - une exclamation de panique attira son attention. Il se retourna et remarqua les élèves qui commençaient à s'attrouper autour de... Shuu ! Ni une ni deux, Eiri lâcha la balle et se précipita vers la fille qu'il aimait. Alors qu'un garçon commençait à vouloir la gigoter, sans doute pour la réveiller, il le repoussa avec force.

Qui tu crois que tu tripotes, comme ça ? gronda-t-il en lui adressant un regard mauvais avant de délicatement palper le cou de Shimizu pour s'assurer qu'elle ne s'était pas brisée la nuque en tombant.

Ca semblait aller. Tokugawa arriva, écartant les élèves de son passage avec une expression sévère sur le visage.

Qu'est-ce qu'il s'est passé ? demanda-t-il.

Shimizu s'est évanouie, répondit une fille de la classe.

J'espère qu'elle n'a rien de grave, ajouta une autre.

Puis ce fut au tour de Kouga d'arriver, comme en territoire conquis. Il s'agenouilla près de la belle endormie et dit à l'attention du professeur :

Je me charge de l'emmener à l'infirmerie.

Crève, marmonna Yuki en le prenant de court.

Il passa un bras dans le dos de la demoiselle et le second derrière ses genoux, et sans trop d'effort, il se releva avec le précieux paquet dans les bras. Au passage, il croisa le regard meurtrier du fils du proviseur et lui décocha un sourire méprisant. Comme si ce nul allait l'intimider...

Serizawa, appela Tokugawa. Accompagne Yuki et Shimizu à l'infirmerie.

Wakarimashita, fit Akira en partant à la suite de ses deux camarades.

Les autres, on reprend le match, ordonna-t-il.

Les deux garçons quittèrent le gymnase sous les regards inquiets de la plupart des élèves et du professeur. Sauf Kouga qui avait un regard noir et haineux à l'attention de Yuki, qui lui avait ôté sous le nez une occasion d'être seul quelques instants avec la jolie Shimizu. Usami Ayaka aussi avait une expression mauvaise destinée à la malheureuse élève inconsciente. La brune était rongée par la jalousie : comment cette guenon aux cheveux roses, fraîchement arrivée dans leur lycée, avait-elle réussi à capter l'attention de Yuki aussi facilement. Et maintenant, ils sortaient ensemble ! Cette fille ne payait rien pour attendre. Après tout, comme on le dit si souvent, la vengeance est un plat qui se mange froid.

Les deux garçons qui escortaient Shimizu gardèrent le silence pendant une partie du trajet jusqu'à ce qu'Akira parle.

Si elle est trop lourde, je peux la porter si tu veux.

Pas la peine, elle est aussi légère qu'un chaton.

Après quelques instants de nouveau silence, le premier reprit :

Tu sais, j'ai entendu cette rumeur à propos de Shuu et toi...

Quelle rumeur ? demanda Yuki. Y'en a tellement...

Celle selon laquelle tu aurais dit qu'elle est ta petite amie. Je ne crois pas qu'elle soit au courant mais si tu ne veux pas qu'elle se mette en colère, et surtout si tu veux vraiment sortir avec elle, je te conseille de prendre les devants avant qu'elle n'entende cette rumeur.

Intrigué, le blond fronça légèrement les sourcils.

Pourquoi tu me dis tout ça ? T'as pas envie de sortir avec elle ?

Honnêtement, si. J'en ai très envie mais je sais qu'elle ne voit en moins qu'un bon ami.

Et moi elle ne me considère même pas comme un ami. D'un point de vue purement technique, t'as bien plus de chances avec elle que moi, répliqua Yuki.

Non mais pourquoi je lui dis ça ? J'suis débile ou quoi ? Comme si j'avais pas assez de Kouga et de tous ces idiots qui tournent autour de Shuu, faut que je me fasse un rival de plus ?! se dit-il.

Je pense simplement que dans ton cas, ce n'est pas par tes qualités qu'elle est attirée, mais pour ce que tu es vraiment. C'est pour ça qu'elle ignore tes défauts, expliqua Serizawa en ouvrant la porte de l'infirmerie pour permettre à son camarade d'entrer.

Elle n'est même pas attirée par moi, répondit Eiri, un brin d'amertume dans la voix.

Elle l'est, affirma le brun. C'est juste qu'elle ne s'en est pas encore rendue compte.

Yuki s'arrêta un instant pour le fixer dans les yeux, cherchant peut-être à s'assurer que Serizawa ne se foutait pas de sa gueule en lui racontant n'importe quoi. Il avait beau être déterminé à obtenir le cœur de la belle, il n'en était pas pour autant idiot au point de s'accrocher à de faux espoirs. Mais il lui sembla que le garçon face à lui était sincère.

Avec un sourire avenant, Akira dit :

Allonge Shuu sur un lit, je vais chercher l'infirmière.

Là-dessus, il quitta la pièce, laissant Eiri seul avec la ravissante demoiselle encore dans les pommes. Il fit quelques pas de plus jusqu'à un lit et étendit la jeune fille dessus avant de s'asseoir sur le rebord. Il prit une profonde inspiration pour se remettre les idées en place. Serizawa avait raison : il devait prendre les devants et vite s'il ne voulait pas se mettre Shimizu à dos pour de bon. Si elle entendait cette rumeur à son tour, tout était fichu. En effet, cela voudrait dire qu'elle aurait découvert l'origine de cette rumeur... Il ne fallait pas qu'elle sache qu'il avait fait circuler le bruit qu'ils sortaient ensemble. A aucun prix. Elle ne lui pardonnerait jamais, pour sûr.

Cette rumeur qu'il avait trouvée si pratique pour éloigner une bonne partie des prétendants de Shuu commençait à se retourner contre lui... Il faut que je trouve l'occasion, mais surtout le courage de lui dire, pensa-t-il. Non pas que je ne sois pas courageux mais... J'ai peur qu'elle me rejette. Je sais qu'elle va me rejeter. En fait je crois que j'essaye juste de repousser l'échéance. Puis il se rappela des mots de Serizawa quelques instants plus tôt. Attirée par moi, hein ? Il est son ami, alors je suppose qu'il est mieux placé que moi pour savoir si elle l'est ou pas. D'un autre côté, il est aussi mon rival... Ce p'tit con serait capable de me dire ça pour me pousser à lui dire mes sentiments. Il aurait plus qu'à attendre alors qu'elle me jette. Son cerveau calculait à toute vitesse, réfléchissant à toutes les possibilités. Mais s'il voulait vraiment qu'elle me jette, pourquoi m'aurait-il dit tout ça ? Il pourrait simplement attendre qu'elle entende parler de la rumeur...

Finalement, Eiri décida de faire confiance à Serizawa ; de tous les mecs de la classe, il était sans doute le plus réglo. Mais d'autres pourrait délibérément lui parler de la rumeur pour me mettre hors-jeu. Il faut que je lui dise tout, que je lui demande de sortir avec moi... Et de préférence avant qu'elle ne sache quoi que ce soit. Une idée germa alors dans son esprit et un minuscule sourire satisfait naquit sur son visage si séduisant. Un plan commençait déjà à se développer dans sa tête : tout serait plus facile que prévu...

Il se tourna finalement vers la jeune fille, toujours inconsciente.

Mais quand est-ce qu'elle arrive, cette putain d'infirmière ? bougonna-t-il en écartant doucement quelques unes des mèches roses qui tombaient sur les yeux de Shuu.

Un nouveau sourire s'étira sur ses traits. Un sourire tendre, comme il n'en avait jamais fait à qui que ce soit. Cette fille était vraiment quelque chose... Jolie et douce, avec du caractère et beaucoup de charme. Sa peau délicate. Son sourire. Et ses yeux... Ses grands et jolis yeux violets. La même couleur que ceux de son cousin, remarqua-t-il. A cette pensée, il grogna. Il avait déjà remarqué que le musicien et sa cousine avaient ce point en commun mais étrangement, cette fois, ça le troublait beaucoup. Etaient-ils vraiment cousins ? Ils se ressemblaient bien trop pour n'être que ça...

Shuu gémit doucement, faisant légèrement sursauter Eiri qui en perdit le fil de ses pensées. Trop belle... songea-t-il en se penchant sur elle jusqu'à ce qu'il puisse sentir son souffle chaud et moite sur son visage. Elle était adorable... si mignonne qu'il pourrait bien la dévorer toute crue. Instinctivement, il humidifia ses lèvres du bout de la langue, comme s'il se léchait les babines à la simple idée de goûter la peau de la jeune fille.

Juste un baiser. Un seul. Il n'y a personne dans la pièce et elle est endormie. Personne n'en saura jamais rien... Et avec cette idée en tête, il s'approcha encore un peu, jusqu'à qu'il n'y ait plus qu'un ou deux centimètres de séparation entre leurs bouches. Et l'instant d'après...

Bon alors où est la malade ?! s'exclama l'infirmière, une femme d'une bonne trentaine d'année avec de longs cheveux noirs et les yeux gris, en entrant dans la pièce.

Yuki n'avait jamais eu aussi peur de toute sa vie, il en avait même fait un bond ! Cette foutue bonne femme venait de lui faire manquer son premier baiser avec la future mère de ses enfants ! Agacé au plus haut point, il dut serrer les poings et se mordre la lèvre inférieure pour se retenir de hurler sa frustration au monde entier. Il avait été si près ! Si près ! Et maintenant il était si loin... Il s'était levé, laissant la place à l'infirmière d'agir. Elle prit le pouls de Shimizu, et vérifia son rythme respiratoire avec un stéthoscope qu'elle glissa discrètement sous le tee-shirt de sa patiente. Puis elle prit sa température et sa tension.

Alors, s'enquit Akira. Comment va-t-elle ?

Elle est épuisée. Je crois qu'elle est simplement tombée de fatigue. Je vais prévenir le proviseur afin qu'elle puisse rester dans sa chambre et se reposer.

Elle ne rentre pas chez elle ? demanda le brun.

Non, pas besoin. Un peu de repos suffira, fit la femme. Elle n'a pas de fièvre et hormis sa tension plutôt basse, elle va bien. Bon, maintenant, tout le monde dehors.

Toujours silencieux, Eiri sortit, suivi de près par Akira. Mais avant qu'il n'ait franchi la porte, l'infirmière l'appela :

Yuki-kun ? Serait-il possible que vous repassiez tout à l'heure ? J'aimerais que vous veniez chercher Shimizu-san et que vous l'accompagniez à sa chambre lorsqu'elle sera réveillée.

Ok, fut sa seule réponse.

L'infirmière attendit patiemment quelques instants après le départ des deux adolescents avant de sortir de sa poche son téléphone portable. Elle sélectionna un numéro dans sa liste de contact et attendit quelques tonalités avant qu'on ne décroche :

Moshi moshi ? Seguchi Tohma à l'appareil.

Ici Murakami Kumiko.

Oh ? Que me vaut le loisir de votre appel ?

Juste pour vous avertir que votre petit protégé a fait un malaise. Vous devriez ralentir la cadence, il est surmené, expliqua-t-elle.

Mmh, je vois. Très bien, merci de votre appel. Je ferais part de vos recommandations à son manager afin qu'il allège son emploi du temps.

De rien, je vous recontacterai pour vous tenir au courant de son état de santé à son réveil.

J'espère qu'il n'a rien de trop grave, fit Tohma, vaguement inquiet.

Une importante baisse de tension, mais après un ou deux jours de repos il ira mieux.

Très bien, merci encore.

Au revoir, fit-elle en raccrochant.

Elle remit son téléphone dans sa poche et jeta un petit coup d'œil au chanteur encore étendu sur le lit, toujours endormi.

Quelle imprudence, Shindou-san. Si je ne travaillais pas pour Seguchi-san, vous auriez pu vous faire découvrir... souffla-t-elle. Heureusement pour vous qu'il avait anticipé la possibilité que vous ayez besoin de mon aide... Et puis vous devriez faire davantage attention à votre santé. Ces enfants alors ! Ils ne sauront donc jamais où sont leurs limites !

Et avec ça, elle alla s'asseoir à son bureau.

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Ndla : (1) Je présume que la distance Tokyo / Kyoto équivaut à peu près à celle entre Paris et Toulouse, ce qui revient à plus ou moins 55 minutes en avion. (2) Pour information, le temple de Hiei existe bel et bien. Il s'agit d'un temple dans les montagnes au Nord Est de l'ancienne capitale, bâti à l'époque Heian si je me souviens bien, et dont les moines avaient pour mission de protéger la ville des Yoni (démons) venant de Yama (l'extérieur). Merci Mr Dufourmont pour vos cours d'Anthropologie si intéressants ^_^ (3) Je précise qu'au Japon, ils sont fainéants. En effet, dans les plus grandes salles désormais il y a des sièges partout et pas de fosse ! Ce qui veut dire que tout le monde est assis, donc pas de pogot, lol. (4) Le Kansai est le nom de la région regroupant Kyoto, Osaka et Nara, anciennement appelée le Yamato.

Notes : Pour ce chapitre, je me suis pas mal inspirée de la musique japonaise que j'écoute. Pour Nana Kitade, sachez qu'il s'agit réellement d'une chanteuse pop et qu'elle est l'interprète de Kasenai Tsumi, le premier ending de FMA. Pour info, sachez aussi que Skid Mark est une chanson interprétée par Kotani Kinya, le chanteur qui prête sa voix pour les chansons de Shuuichi de l'anime (cf. The Rage Beat, Glaring Dream, Spicy Marmelade, Smashing Blue, Seven Days, Anti-Nostaligic et In the Moonlight). Il a également chanté les opening de Tsubasa RC. Je vous invite sincèrement à découvrir ou redécouvrir ces artistes. Pour ce qui est du chapitre en lui-même, j'en suis un peu déçue en fait. Il ne ressort pas aussi bien que je l'aurais voulu. Mais j'espère que vous avez tout de même apprécié.

Lexique :

Aniki : Grand frère (terme familier à consonances affectives - mon prof m'a dit que ce mot était principalement réservé à l'usage des familles de Yakuza, lol)

Kuso : Merde (le plus souvent utilisé en tant qu'exclamation)

Gaki : Gamin (ajouté à "kuso", on obtient quelque chose comme "sale gamin" ou "morveux")

Hayaku : Vite ! Dépêche ! (tiré de l'adjectif "hayai" qui signifie "rapide", à ne pas confondre avec l'homonyme "hayai", qui s'écrit avec un autre kanji et qui signifie "tôt")

Tachiagatte : Lève-toi ! Débout ! (imperatif du verbe "tachiagaru")

Chigau : Tu te trompes ! (du verbe "chigau" qui signifit littéralement "différer" ou "être différent").

Hai douzo : Entrez ! Je vous en prie !

Nani : Quoi ?

"Nani wo shiteirundesuka ?" : Qu'est-ce vous faites ? (formé avec "nani" et le verbe "suru" qui signifie "faire")

Matte (kudasai / kure) : Attends ! (du verbe "matsu" qui signifie "attendre" ou "patienter")

Wakarimashita : C'est compris. (du verbe "wakaru" qui signifie "comprendre", "wakatta" en est la forme neutre)