Hunting the coyote
Titre : Hunting the coyote.
Chapitre : 03, Real life is a bitch (La réalité est une garce).
Auteur : Katel Belacqua.
Fandom : Gundam Wing.
Persos et Pairing : Heero, Relena. Ouuuf, ça commence à avancer !
Rating : T. Bon retour dans le monde réel, Heero !
Genres : UA, vie quotidienne.
Disclaimer : Gundam Wing manga à Koichi Tokita. Gundam Wing anime à Masashi Ikeda et au studio Sunrise. "Gundam" à Yoshiyuki Tomino et Hajime Yadate.
Nombre de mots : 4 401 mots.
Notes globales sur le texte : - La soundtrack n'est, évidemment, qu'une indication. Ce ne sont pas des chansons qui m'ont inspirée ou que j'ai écoutées en écrivant, plutôt des chansons qui correspondent à l'ambiance du chapitre en question. Pour ceux qui veulent, j'ai les chansons, je peux les envoyer par mail !
- Aucun humain ou animal n'a été maltraité durant l'écriture de ce texte. Sauf l'auteur et Gugus, ordinateur portable de son état.
- Les idées évoquées dans le texte n'impliquent que les personnages, bien évidemment. Ca fait partie de l'histoire, rien de plus. Pas la peine de partir dans un débat pro-chasse, anti-chasse, ce n'est ni le lieu ni mon intention ni ce que j'espère vous faire retenir de cette histoire.
- Texte écrit durant le Nano 2009, sur une ébauche préexistante depuis quelques années.
Chapitre 3 - Real life is a bitch
Soundtrack : La Grande Sophie - Celui qui me suivait dans la rue
Lundi matin. Une nouvelle journée de cours. Une nouvelle journée dans cet enfer qu'était le lycée.
Le Nekoosa High School n'avait strictement rien de différent par rapport aux milliers d'autres lycées américains. Sauf que c'était celui de Heero, et qu'il ne connaissait pas les autres. Il imaginait que tous devaient être relativement identiques. Les mêmes groupes d'amis fermés, passant des asociaux aux pompom-girls, des nerds (1) aux sportifs de haut niveau, sans oublier les « sans catégorie ». Les mêmes professeurs ennuyeux, moralisateurs, qui prenaient chaque année un peu plus la poussière. Les mêmes compétitions sportives stupides, qu'on faisait passer pour l'événement du siècle. Les mêmes devoirs inintéressants et les mêmes examens infaisables.
Bref, un lycée.
Aux yeux de Heero, c'était le pire monde qui existait. Il n'aimait pas y aller, mais il n'avait pas le choix. Cela lui semblait furieusement artificiel quand il comparait à la forêt. Sauf que la forêt avait son utilité, et que les connaissances qu'on en retirait n'étaient jamais perdues. Contrairement à ce qu'on apprenait au lycée. Si jamais on apprenait quelque chose. Les élèves avaient tendance à compter les mouches plutôt qu'à écouter leurs professeurs ânonner les cours d'une voix monocorde.
Evidemment, les leçons étaient le cadet des soucis de Heero lorsqu'il y mit les pieds ce lundi matin. Il n'avait qu'une seule chose en tête, et ce n'était ni de l'algèbre ni de la littérature contemporaine. La sauvageonne. Etait-elle encore là ? Il ne pourrait pas retourner à la tanière avant le soir… Voire le lendemain, s'il rentrait trop tard du lycée. Il avait envie de la retrouver… S'assurer qu'elle était bien réelle. Même s'il était déjà persuadé que ce n'était pas une illusion, il valait mieux se montrer prudent. Il ferait tout ce qui était en son pouvoir pour lui venir en aide et la sortir du monde dans lequel elle était enfermée. Les humains n'étaient pas faits pour vivre à la manière des animaux.
Il n'aurait su dire pourquoi il tourna la tête tandis qu'il transférait les livres de son sac à son casier. Son mouvement était involontaire, inconscient. Il y avait tellement de bruit dans le couloir qu'il dut entendre quelque chose qui l'intriguait et tendre l'oreille. Il tourna donc la tête et… se figea brusquement.
Quatre ou cinq filles remontaient le couloir en groupe, parlant à voix basse entre elles. Il était impossible d'entendre quoi que ce soit venant de ce coin-là, vu la foule qui les entourait. Mais l'une des filles lui semblait familière.
Non, c'était faux, il se mentait à lui-même. Il reconnut tout de suite sa silhouette, la couleur de ses cheveux.
La sauvageonne.
Bien sûr, elle ne parlait pas son 'habit de la forêt'. Au contraire, elle était vêtue d'un jean, dont le bas s'évasait sur des bottines noires, d'un sous-pull noir et d'une tunique blanche à manches courtes, qu'elle portait par-dessus. Ses cheveux étaient lâchés sur ses épaules, à l'exception de deux mèches, nattées et attachées derrière la nuque. A l'épaule, elle portait un sac noir, de bonne marque certainement.
Pour une sauvageonne, elle était diablement à la mode. Et avait très bien su s'adapter sans ses « leçons de civilisation ».
Heero eut l'étrange impression d'être devenu en une seconde le dernier des imbéciles. Il avait foncé bille en tête sans réfléchir, sans considérer le fait que, peut-être, cette fille sauvage n'était qu'une amoureuse de la nature qui ressemblait à tout le monde le reste du temps. Il n'avait pas cherché à l'aborder, à savoir son nom, ce qu'elle fabriquait, parce qu'il ne s'était pas attendu à la voir et qu'il était trop choqué pour seulement y penser, mais elle était réellement civilisée. Kipling aurait eu un sacré coup au moral en voyant son Mowgli parier sur un match de baseball…
La jeune fille croisa son regard. Il y avait quelque chose d'étrange dans ses yeux, peut-être de la curiosité et de l'incompréhension. Elle ne saisissait sans doute pas la raison pour laquelle on la dévisageait avec autant d'intensité. Ce n'était pas du flirt, une pulsion due aux hormones adolescentes en vadrouille. Elle avait déjà subi les regards des garçons qui ne cherchaient que leur prochain coup d'un soir. Il n'était pas de ceux-là. D'autre part, elle ne l'avait jamais vu avec une fille, plutôt un groupe de garçons qu'elle préférait éviter. C'était d'ailleurs de cette façon qu'elle l'avait reconnu.
Il traînait avec Brian et sa bande. Elle prenait soin de ne pas rester dans les parages lorsqu'elle le voyait, elle en était venue à le détester de tout son être. Il la dégoûtait. Mais lui… Lui était un solitaire. Il avait dû les rejoindre par ennui, par défaut, sans réellement penser à mal. Elle était quasiment certaine d'avoir vu sa silhouette plus d'une fois dans les bois. Un promeneur ? Non, elle penchait davantage pour le chasseur. Ils étaient nombreux ici. Et à la dévisager de cette manière… elle se demandait s'il ne l'avait pas croisée là-bas. Dans la forêt.
Mais impossible d'en avoir la confirmation maintenant. Ils étaient au lycée, il y avait des centaines d'élèves autour d'eux. Tous deux n'étaient pas dans la même classe, n'avaient aucun cours en commun, ne faisaient partie d'aucune activité culturelle… Pourquoi se parleraient-ils, s'adresseraient-ils la parole ? Il faisait partie d'un cercle qu'elle fuyait comme la peste, elle était presque tout le temps avec ses amies. S'isoler pour éclaircir leurs doutes ne ferait qu'attirer l'attention sur eux.
En passant près de lui, tout en continuant à écouter la conversation de ses amies, elle lui adressa un léger signe de tête. Il tressaillit, comme s'il avait subi une décharge électrique, mais ne posa pas de question. Ses yeux d'un bleu presque noir continuaient à la sonder. En profondeur.
~ * ~
Comment Heero put terminer la journée sans problème dans l'état qu'il était, ce fut un mystère. Il lui sembla ne strictement rien entendre dès l'instant où cette fille avait croisé son chemin, et ce jusqu'à ce qu'il sorte de l'établissement. Il flottait dans une sorte de rêve éveillé, dans un monde parallèle où les autres personnes n'étaient que des ombres et les voix un vague bruit de fond continu. Ironiquement, il compara, après coup, cet état à un ordinateur qui aurait planté, répétant à l'infini le son qu'il produisait au moment du bug. Et ce n'était pas désagréable. Ni même agréable. Même ses émotions s'étaient bloquées. L'apparition et la réapparition l'avaient laissé dans une étrange cataplexie, comme s'il avait été choqué après un accident. Or il n'y avait aucun dommage, et cette fille n'aurait pas dû avoir le moindre impact sur sa vie. Elle n'était qu'une fille, qu'il n'avait jamais remarquée avant cela.
Mais, tout en étant intégrée socialement, elle était considérée comme faisant partie de la meute de coyotes. Elle ne les chassait pas, ne leur voulait aucun mal, et ils le lui rendaient bien en se montrant si familiers envers elle. Elle ne ressemblait pas à ces écologistes acharnés qui se jettent devant le canon du fusil pour empêcher les chasseurs de tirer, ou qui saccagent leur matériel au nom de la nature. Elle se montrait discrète, ne demandant de compte à personne. Cela ressemblait presque à une lubie de petite fille, qui avait voulu un coyote pour son anniversaire et avait fini par le remettre dans une semi-liberté.
Heero en était venu à la conclusion qu'il lui fallait absolument lui parler. Sinon il ne comprendrait jamais les raisons la conduisant à agir ainsi. Il ne pouvait pas rester plus longtemps dans l'ignorance, dans le flou. La confronter, ce serait avoir tout de suite les réponses aux questions qui lui viendraient à l'esprit. Elle était civilisée, non ? Donc elle serait en mesure de s'exprimer.
Le problème était de réussir à la prendre à part. Savait-elle qui il était ? Certainement pas. Elle allait prendre peur, s'il l'emmenait de force dans une salle vide. Croire qu'il allait l'agresser, la racketter. Heero n'était pas doué pour mettre les autres à l'aise, particulièrement quand lui-même ne se sentait pas en confiance. Il ne se mêlait pas aux autres, attendant que ce soit eux qui viennent à lui.
Ca avait été le cas avec Brian, un des garçons les plus en vue du lycée, qui avait été attiré par ses talents sportifs. Peut-être avait-il espéré s'en servir pour battre tous ceux qui lui déplaisaient. Manque de chance pour lui, Heero n'avait pas envie de frapper les autres sans raison. Il fallait qu'ils l'énervent réellement ou qu'ils l'attaquent pour qu'il daigne intervenir. Et comme il sortait peu, hors du lycée, Brian ne pouvait pas guère requérir ses talents pour les bagarres en boîte de nuit ou dans les parcs, dans le but de montrer à tous qu'il était le plus fort.
Heero trouvait que Brian était un abruti fini qui ne méritait qu'une bonne correction qui le remettrait dans le droit chemin, et Brian trouvait que Heero était un loup solitaire qui s'ennuyait tout le temps et ne présentait de l'intérêt que lorsqu'il se battait. Leur relation était donc purement intéressée. Mais au lycée comme ailleurs, on ne choisissait pas toujours les personnes qu'on fréquentait. Malheureusement pour lui, Heero s'entendait bien avec quelques autres garçons qui étaient également sous la coupe de Brian. Difficile de lui échapper, donc. Et Heero ne tenait pas à se retrouver tout seul durant les pauses. C'était plus qu'ennuyeux : c'était pathétique et déprimant.
Cependant, tant qu'il restait avec eux, il n'aurait aucune chance de tomber sur l'inconnue. Les filles sont toujours comme ça, elles ont peur quand les garçons sont en bande mais ne se séparent jamais de leur cour. Pas facile de leur parler dans ces conditions ! Il aurait pu essayer de lui glisser un mot dans son casier, lui donner rendez-vous quelque part, à l'écart, mais il n'avait pas son nom. Et hors de question de prendre contact avec une de ses camarades de classe, on regarderait Heero comme une bête curieuse et ça attirerait les ragots. Non, il devait se débrouiller seul pour la trouver, et agir avec circonspection.
Il dut attendre trois jours, trois longs jours, avant de réussir son entreprise. Durant ce laps de temps, il n'alla même pas chasser, preuve s'il en est qu'il était perturbé. Dès qu'il en avait l'occasion, il allait dans les couloirs pour tenter de l'apercevoir. Il n'y arriva que fort peu de fois. Elle était toujours entourée. Ou le moment n'était pas propice. Tout pour le contrarier, en somme. Il ne laissa pas tomber pour autant. A force de la chercher des yeux, il finit par reconnaître son visage chaque fois qu'il l'apercevait. Et même le soir, dans sa chambre, il croyait la voir sur les murs ou le plafond. Elle l'obsédait. Pour calmer cette obsession, il n'y avait qu'une seule solution. La voir et comprendre.
Enfin, jeudi, en fin de journée, il tomba nez à nez avec elle au détour d'un couloir. Lui s'apprêtait à partir, elle alla à son casier chercher ses affaires. Elle parut surprise de le voir, mais bien vite, un large sourire fendit son visage.
- Mon stalker (2) !
Heero fronça les sourcils.
- Quoi ?
- Tu me suis partout, je me trompe ? Ou tu préfères que je t'appelle « le pervers » ?
- Je suis pas un pervers !
- Mais tu me suis.
- … J'avais mes raisons.
- Je m'en doute.
Un silence s'installa. Aucun ne se décidait à faire le premier pas, ni à se déplacer pour laisser l'autre passer. Chacun sentait que son interlocuteur avait encore quelque chose à dire. Mais, bizarrement, rien ne venait. Comme s'ils se complaisaient dans le silence, alors qu'ils ne se connaissaient même pas.
- Je suis Relena, finit par dire la fille avec un sourire charmant. Relena Darlian.
- Heero. Heero Yuy.
Elle le dévisagea. Habitué à cette réaction quant aux sonorités étrangères de son nom, il soupira.
- D'origine japonaise.
- Ma famille est originaire d'Allemagne. Je sais ce que c'est, d'avoir droit à des questions. Mais…
- Mais j'ai un prénom étranger sans paraître étranger. Je sais. Si je devais compter le nombre de fois où on l'a dit…
Elle eut un léger mouvement de tête, comme si elle comprenait. Puis, intriguée, elle demanda :
- Euh… Tu me voulais quoi, au fait ?
Heero se rappela soudain qu'il ne la cherchait pas pour faire sa connaissance et lui taper un brin de causette. Il l'avait vue avec des coyotes, et tenait à lui poser des questions à ce sujet.
- Te parler. On peut… aller ailleurs ? J'ai pas trop envie qu'on soit interrompu ou que tout le monde sorte quand… Enfin, pendant qu'on parle, quoi.
- Me parler ? Me parler de quoi ?
- D'un truc privé. Je doute que tu veuilles que d'autres entendent.
C'était comme s'il avait évoqué verbalement les coyotes. Relena fit une moue gênée, et esquissa un geste en direction des casiers. Elle avait encore ses affaires à prendre si elle voulait pouvoir faire ses devoirs pour le lendemain et réviser ses cours.
- Attends-moi dehors, d'accord ? J'en ai pour deux minutes.
Il hocha la tête, sortit sans un regard en arrière, le pas peut-être un peu trop mécanique pour ne pas être forcé. Relena le suivit des yeux, songeuse. Il semblait être un sacré numéro. Mais le courant passait déjà entre eux, alors qu'ils ne se connaissaient même pas, c'était bon signe. Il ne lui faisait pas du rentre-dedans, il ne la déshabillait pas du regard, il la regardait tranquillement dans les yeux et la considérait comme une personne. Cette attitude était plaisante. Elle devinait qu'il n'avait pas l'habitude de draguer. Il en était encore plus charmant.
Comme prévu, elle le retrouva dehors. Il était appuyé nonchalamment à une des colonnes en pierre qui marquaient les limites de l'établissement scolaire et leva les yeux à son approche. A nouveau, elle fut saisie par la profondeur qu'elle lisait dans ses yeux. Les siens étaient magnifiques et retenaient l'attention.
- On va au parc ? On sera plus tranquille.
- D'accord.
Assis sur un banc, ils se mirent à discuter. Ils racontèrent leur vie, parlèrent de leurs passions, de leurs passe-temps. Exprès, ils évitaient le sujet qui terminerait déjà leur rencontre. Heero apprit ainsi que Relena venait de Marshfield, la grande ville au Nord du comté, à cheval entre le comté de Wood et le comté de Marathon. Ses parents avaient fini par déménager à New York pour leur travail. Heero en déduisit qu'ils étaient dans les affaires ou quelque chose comme ça. Elle était restée dans la maison que ses parents lui avaient achetée dans une autre ville, plus au Sud, Nekoosa. Quelque temps, elle y avait vécu avec un ami de ses parents, qui lui servait de gardien, de parrain. Puis lui aussi partit ailleurs. Elle resta seule, avec un vieux chat et deux canaris.
Mais elle ne souffrait pas de la solitude. Elle s'était fait beaucoup d'amies ici et recevait fréquemment de la visite. Et elle s'occupait d'animaux, aussi. Heero apprit qu'elle recueillait régulièrement des animaux blessés, affaiblis ou trop petits pour survivre seuls, qu'ils soient sauvages ou domestiques, et s'efforçait de les requinquer. C'était d'ailleurs de cette façon qu'elle avait récupéré son chat, appelé Baron. D'après ce qu'elle en dit, il se plut tellement chez elle qu'il engraissa et ressemblait maintenant à un des gros coussins gris du canapé. Heero sourit à la comparaison.
Lui, il lui raconta son enfance sans histoire, sa vie sans importance. Il parla longtemps de Odin, ce type qui vivait au bout de sa rue, ancien militaire, avec qui il était devenu ami. Il passa rapidement sur la chasse, sentant qu'elle n'aimerait pas entendre parler de ça, de tous les bêtes qu'il avait pu tuer, et enchaîna sur les coyotes. Il précisa qu'il les tuait pour la prime, pour ses études, et parce que l'animal était considéré comme nuisible dans cet Etat. Il ne tuait pas les petits, sauf quand ils étaient un peu plus grands, plus autonomes. Il préférait abattre les jeunes, ceux qui restaient avec la famille, qu'il appelait « les baby-sitters ». Mais Relena le contredit en lui affirmant que les coyotes adultes ne vivaient pas en meute.
- Les coyotes vivent en couple, Heero. Toujours.
- Mais j'ai déjà vu des groupes de coyotes, répliqua le brun. Ils chassaient ensemble et se partageaient la proie.
- C'est parce que c'était des jeunes qui n'avaient pas encore quitté leurs parents. Ils ont dû se séparer quelques mois plus tard, car les meutes de coyotes sont moins stables que celles des loups, cela porterait atteinte à l'autorité des parents et créerait des tensions. Les jeunes partent ensuite fonder un foyer plus loin. Parfois très très loin. Tout dépend du gibier et de l'environnement.
Il la dévisagea du coin de l'œil.
- Tu as l'air de t'y connaître.
- Comme toi, je me renseigne, j'apprends sur le tas. Il n'y a pas beaucoup de livres qui parlent des coyotes en particulier, mais Internet est une mine d'informations. On y trouve tout ce qu'on veut.
Il ne put que convenir qu'elle avait raison. Il n'avait pas pour habitude de chercher des informations sur la chasse sur Internet, préférant l'expérience d'autres amateurs, tels que Odin, mais il était vrai que faire des recherches sur Internet facilitait grandement les choses. Nekoosa n'était pas une ville assez importante pour avoir une immense bibliothèque. Et même si ça avait été le cas, lire tous les ouvrages qui s'y trouvaient aurait pris plus d'une vie. Il n'avait vraiment pas le temps pour le faire.
- Le coyote est un animal fabuleux, enchaîna Relena. Sais-tu qu'il s'est parfaitement adapté à la présence de l'homme ? C'est presque à cause de lui qu'il prolifère autant ! Contrairement au loup qui, lui, fuit l'homme le plus loin qu'il le peut… laissant parfois le champ libre au coyote. Les deux espèces se détestent mutuellement. Et pourtant, l'homme craint davantage le loup ! C'est à n'y rien comprendre. Tous deux peuvent être dangereux, mais il y a bien plus de morts à cause des chiens qu'à cause des loups ou des coyotes. Ne devrait-on pas tuer les chiens, si on suivait cette logique ?
- Je ne sais pas. Je suppose qu'on estime que le chien peut être domestiqué, donc les morts qu'il cause ne sont que des accidents… Alors que le loup, on le cloître dans un espace défini, on le parque, on l'apprivoise vaguement, mais il n'est jamais domestiqué. Il reste sauvage.
- Parce que le loup n'a pas besoin de l'homme. Regarde le chien : il faut le sortir pour qu'il fasse ses besoins, il a l'habitude de ses croquettes… Dehors, il ne vivra pas un jour !
- Il y a des chats qui sont redevenus sauvages. Et qui vivent très bien comme ça.
- Je sais. Mais la vie est dure pour eux. J'en ai déjà vu un, il était couvert de blessures et avait une oreille arrachée. Il n'était pas joli à voir ! Et il ne s'est pas fait prier pour manger la pâtée que je lui ai donnée.
- Tu nourris souvent les animaux qui ne sont pas à toi ? enchaîna Heero, sautant sur l'occasion pour dévier subtilement la conversation.
- Ca m'arrive. Ils viennent chez moi… et ça a fait effet boule de neige. J'en ai nourri un, un chat errant, un autre est venu pour profiter des croquettes… et ainsi de suite.
- Et… les coyotes ?
Elle le regarda sans ciller. Quelles que soient ses intentions, elle n'avait pas peur de ses questions.
- Les coyotes ne s'approchent pas des habitations. Ils savent les dangers qui vont de paire avec la proximité des humains.
- Je dis ça parce que je t'ai vue avec des coyotes, avoua-il. Dans la forêt. Enfin, je crois que c'était toi.
- Ah, ça.
Elle sourit et tourna la tête en direction des bois, un sourire nostalgique aux lèvres.
- L'été dernier, j'ai soigné un coyote qui avait la patte abîmée. C'était une femelle. Je l'avais laissée dans une caisse près de la forêt, impossible de l'emmener trop près des maisons, et je lui apportais à manger. Même quand je l'ai laissée repartir, elle continuait à revenir. Un jour, elle est venue avec son compagnon. On a gardé contact, en quelque sorte. Elle a eu des petits la semaine dernière.
- Et… t'as pu les voir ? Les approcher ?
D'ordinaire, une femelle venant de mettre bas était extrêmement craintive. Certaines grondaient même sur le mâle s'il l'approchait de trop près. L'instinct était le plus fort : il lui fallait protéger les petits de toutes les agressions, qu'elles soient extérieures ou intérieures. Mais cela s'était déjà vu, qu'un mâle s'en prenne à ses propres petits. Quand il paniquait ou qu'ils présentaient une tare. L'être humain était le seul à considérer qu'un tel comportement était anormal, car on observait de tels cas chez pratiquement toutes les espèces animales.
- Oui. Je ne les ai pas touchés, j'aurais laissé mon odeur… Mais ils étaient mignons. Encore aveugles, recroquevillés en boules. On aurait dit des peluches.
- Il y a quand même quelque chose que je ne comprends pas.
Heero la détailla d'un œil critique.
- Tu protèges les coyotes et pourtant tu portes des vêtements de peaux. Et ce n'est pas de l'imitation.
- Oh, ça…
Elle se leva et fit quelques pas, consciente qu'il ne la quittait pas des yeux, attendant sa réponse.
- Ne crois pas que je suis opposée à la chasse, Heero. Je n'ai rien contre la chasse intelligente. Celle qui n'implique pas forcément de rentrer avec du gibier. On peut chasser sans tirer sur tout ce qui bouge. Je chassais avec mon père et mon frère, alors je m'y connais. Et il fallait bien nourrir les carnivores blessés dont je m'occupais. Ca aurait revenu à une fortune si j'achetais tout chez le boucher. Déjà, les croquettes, ça fait un sacré budget… Alors je tuais des lapins, des petites proies… Je gardais leurs peaux et je m'en suis fait des habits. Ils dissimulent mon odeur, leur évitent de me craindre.
- Tu te transformes en eux. Tu mets ta peau de bête et tu deviens comme eux.
- Oui, un peu comme Peau d'âne.
Il la regardait avec surprise à présent.
- Qui… ?
De toute évidence, il n'était pas très familier avec la culture européenne. Mais qui pouvait l'en blâmer ? Il y avait tant de livres à lire de par le monde qu'il était impossible d'avoir une connaissance complète de leur contenu !
- Un conte de Perrault. Charles Perrault. Une princesse se cache son identité sous la peau d'un âne.
- Mais tu n'es pas princesse.
Elle partit d'un rire cristallin.
- Non, je ne suis pas princesse. Et je ne fréquente pas les ânes non plus. Quoique, au lycée…
Heero la rejoignit et éclata à son tour de rire.
- J'aurais pu te tirer dessus, fit-il remarquer quand il eut repris son sérieux. Surtout dans cet accoutrement. Tu devrais être plus prudente.
- Je le serai, à l'avenir.
Elle alla récupérer son sac près du banc, signalant qu'il commençait à se faire tard et qu'ils feraient mieux de rentrer chez eux. Heero fit de même. Puis, après lui avoir souhaité une bonne soirée, il commença à s'éloigner.
- Heero, tu sais…
Il se tourna vers elle, intrigué. Une moue incertaine déformait le visage de l'adolescente et ses sourcils étaient froncés.
- Au lycée, il vaudrait mieux qu'on fasse comme si on ne se connaissait pas.
Sa demande l'intrigua.
- Pourquoi ?
- J'ai mes raisons, répondit-elle en haussant les épaules. Disons que… on risque de se poser des questions si jamais on nous voit ensemble. Après tout, on ne se connaissait pas, avant.
- Mais ils savent ce que tu fais ? Ils savent que tu soignes les animaux blessés de la forêt ?
- Non. Quel intérêt ? Ils me prendraient pour une folle, une illuminée, une écologiste. Ils n'ont pas à savoir une telle chose. Ne dis rien, s'il te plaît.
- Je ne vois pas pourquoi je leur raconterai ça. Ils ne feraient que se moquer de toi.
- Vrai. On voit que tu les connais bien.
- Ils se moquent de presque tout. C'est pas bien compliqué de les connaître.
- C'est parce qu'ils ne comprennent pas. Qu'ils ne voient pas qu'on ne fait pas tout dans un intérêt particulier, et que c'est une expérience intéressante que d'approcher de si près les animaux et de les regarder vivre. Sans les tuer, sans penser à eux comme de la chair à saucisse.
Il hocha gravement la tête.
- J'y penserai, la prochaine fois que j'aurais l'un d'eux dans mon viseur.
Elle fut tout de suite mal à l'aise.
- Je ne parlais pas de toi… Tu fais ça pour tes études, parce que tu as besoin d'argent. Et puis, tu as un bon fond, je l'ai bien vu. Je sais que tu es quelqu'un de bien. N'importe qui en aurait profité pour raconter des histoires sur mon compte ou me faire chanter et tu n'en as rien fait.
Il haussa les épaules, trouvant ridicules de telles hypothèses. Pourquoi ferait-on une telle chose ? A part pour se montrer méchant ou blesser quelqu'un. Il fallait vraiment être idiot pour faire ça.
- Mais tu ne me connais pas, Relena, signala-t-il.
- Je pense que si, répliqua-t-elle avec des yeux pétillants. Parce que tu n'es pas aussi difficile à décrypter que tu crois.
Il en doutait fort. Mais lui non plus ne la connaissait pas, après tout. Et maintenant qu'il y réfléchissait bien, elle lui avait dit qu'il leur fallait prétendre ne pas se connaître, non pas arrêter de se voir. Il y avait un espoir. Heero aimerait bien discuter à nouveau avec elle, l'interroger sur son expérience. La manière dont elle lui parlait, dont elle le regardait, tout indiquait qu'elle non plus n'avait pas envie de couper le contact avec lui après seulement une fois à se parler. Ils trouveraient bien un moyen de se rencontrer à l'abri des regards indiscrets.
- Bon, et bien… Salut. Passe une bonne soirée.
- Sois prudente, lança Heero, sans savoir réellement d'où lui venait un tel avertissement.
Elle lui décocha un sourire par-dessus son épaule.
- Je suis une grande fille, répliqua-t-elle.
Et ils partirent chacun de leur côté.
A suivre dans le chapitre 4
(publication le lundi 25 janvier)
Notes de lecture :
(1) : « Nerd », terme horriblement péjoratif et dévalorisant signifiant… 'binoclard(e) boutonneux (-euse)'. Une légende urbaine soutient que les mordus d'informatique sont, je cite un site de traduction en ligne, 'tous de tristes informaticiens boutonneux'.
(2) : « Stalker », admirateur (-trice) monomaniaque, qui espionne une personne bien plus que nécessaire, essayant d'en savoir le plus possible sur elle, sa vie, ses fréquentations, ses goûts, etc. Poussée à l'extrême, cette tendance peut s'apparenter à de l'obsession.
