Hunting the coyote

Titre : Hunting the coyote.

Chapitre : 04, Life goes on (La vie continue).

Auteur : Katel Belacqua.

Fandom : Gundam Wing.

Persos et Pairing : Heero + Relena (amitié). Evocation d'un Brian x Relena passé.

Rating : T.

Genres : UA, vie quotidienne, vaguement romance, scène de chasse.

Disclaimer : Gundam Wing manga à Koichi Tokita. Gundam Wing anime à Masashi Ikeda et au studio Sunrise. "Gundam" à Yoshiyuki Tomino et Hajime Yadate.

Nombre de mots : 4 136 mots.

Notes globales sur le texte : - La soundtrack n'est, évidemment, qu'une indication. Ce ne sont pas des chansons qui m'ont inspirée ou que j'ai écoutées en écrivant, plutôt des chansons qui correspondent à l'ambiance du chapitre en question. Pour ceux qui veulent, j'ai les chansons, je peux les envoyer par mail !

- Aucun humain ou animal n'a été maltraité durant l'écriture de ce texte. Sauf l'auteur et Gugus, ordinateur portable de son état.

- Les idées évoquées dans le texte n'impliquent que les personnages, bien évidemment. Ca fait partie de l'histoire, rien de plus. Pas la peine de partir dans un débat pro-chasse, anti-chasse, ce n'est ni le lieu ni mon intention ni ce que j'espère vous faire retenir de cette histoire.

- Texte écrit durant le Nano 2009, sur une ébauche préexistante depuis quelques années.


Chapitre 4 - Life goes on

Soundtrack : Regina Spektor - Hero

La vie poursuivit son cours normal. Mais pour Heero, c'était comme si, après avoir vécu dans un monde tout gris, il découvrait la couleur. Il avait un secret qu'il ne partageait avec personne, pas même Odin, un secret qui n'était pas dangereux, important encore moins, juste quelque chose qui lui faisait plaisir. Relena. Parfois, en se croisant dans le couloir, ils ne pouvaient pas se retenir d'avoir un léger sourire aux lèvres, qui n'arrivait pas toujours à propos. L'adolescente raconta une fois à son ami que ses camarades étaient en train de lui parler d'un film d'horreur, une scène avec du sang, des boyaux et des hurlements à glacer le sang, et elle, elle avait souri parce qu'elle l'avait vu. Ses amies crurent qu'elle s'était moquée d'elles.

Le plus souvent, ils se retrouvaient dans le parc à la fin de journée, une demi-heure après la fin des cours environ, quand tout le monde était soit rentré chez soi, soit encore en classe. Ils allaient à la lisière de la forêt, fuyant le centre-ville et la populace, et bavardaient sans fin. Chaque détail chez l'autre leur paraissait avoir son importance, même quand ce n'était rien, qu'une bagatelle. Ils se racontaient leurs lectures, les films qu'ils avaient vus, les musiques qu'ils écoutaient…

Jamais il ne leur serait venu à l'esprit qu'ils puissent sortir ensemble, s'ils s'entendaient si bien. C'était comme si leur relation était trop pure pour être entachée par autre chose que de l'amitié.

Elle ne lui faisait aucun reproche concernant la chasse, bien qu'elle sache qu'il continuait cette activité. Elle comprenait qu'il en avait besoin pour ses études. Mais parce qu'il ne tenait pas à lui faire de la peine, Heero faisait exprès de ne jamais approcher de la tanière devant laquelle il l'avait aperçue. Il ne voulait tuer par accident les coyotes dont elle s'était occupée.

Il ne proposait pas non plus qu'elle l'accompagne. Il savait qu'elle avait quelques compétences dans la chasse, mais quel était son réel niveau ? Il était sportif, pouvait parcourir bien des lieues à la course s'il était sur une piste. S'il n'utilisait pas de chien, c'était uniquement parce que cela lui reviendrait trop cher en entretien. Cela lui aurait très utile, car les canidés rivalisaient facilement avec les coyotes à la course, surtout sur la neige ferme. En tout cas, il ne tenait pas à mettre Relena en danger en l'amenant avec lui. Il n'était pas maladroit, enfin, pas du genre maladroit avec une arme, plutôt avec les gens, ne sachant pas quoi dire à un moment donné. Néanmoins, il était presque certain que s'ils allaient ensemble chasser, ils finiraient par parler tout du long et faire fuir le gibier. Voilà qui serait loin d'être productif.

Savoir qu'il verrait Relena un peu plus tard aidait Heero à mieux supporter la journée. Il arrivait même à écouter Brian sans s'énerver ou paraître indifférent. Les autres de la bande remarquèrent bien un changement de son attitude, mais n'osèrent pas demander. Ils mirent cela sur le compte d'une bonne nouvelle qu'il avait apprise dans le cercle de sa famille. Heero s'était bien gardé de leur parler de sa candidature dans l'université d'un autre Etat. Tous allaient rester dans le comté pour la suite de leurs études, si suite il y avait. Certains laissaient tomber les études dès la fin du lycée. Mais à part pour quelques individus, il ne regretterait personne et serait même soulagé d'en être débarrassé. Quelques centaines de kilomètres entre eux ne feraient pas de mal.

Même Peter remarqua que Heero était différent. Il observa plus d'une fois son fils d'un air suspicieux, se demandant ce qui avait bien pu se passer pour le voir dans cet état-là. Aussi loin qu'il s'en souvienne, l'adolescent ne s'était jamais montré très heureux ni ouvert. Il restait dans son coin, le visage inexpressif, morne, et ne répondait aux questions que lorsqu'on insistait. Comme tout garçon de son âge, sa chambre était dans un désordre indescriptible.

Mais voilà que du jour au lendemain, les livres commençaient à être alignés dans les étagères, les vêtements à être pliés dans le placard, les brouillons de devoirs à atterrir directement dans la poubelle au lieu de traîner par terre deux semaines, et le lit à être fait tous les matins. Peter n'était pas stupide : il flaira tout de suite quelque chose de louche. Et ce qui était encore plus étrange était que Heero ne montrait pas ostensiblement qu'il changeait. Par conséquent, ce n'était pas dans le but d'amadouer son père. Ce dernier n'avait pas oublié leurs disputes et se demandait bien ce qu'allait décider son fils quant à son avenir. Quand il le vit devenir plus mature, il crut qu'il allait trouver un matin un dossier d'inscription à signer sur la table du petit-déjeuner… Mais rien. Heero n'évoquait plus ce sujet délicat. Il était capable de parler de tout et semblait avoir oublié jusqu'à l'existence même de l'université. Ou il dissimulait sacrément bien.

Comment aurait-il pu imaginer qu'une fille était responsable d'une telle transformation ? Et qu'il n'était pas question de sentiment amoureux, juste d'une franche amitié ? Peter avait plus de trente ans d'écart avec Heero, le gouffre entre leurs générations était trop important pour que Peter puisse comprendre les adolescents d'aujourd'hui. Il les observait comme des bêtes curieuses, incompréhensibles, qui vivaient dans un univers d'illusion et de dématérialisation. Internet, les jeux vidéo, les téléphones portables. On aurait dit que rencontrer un être de chair et de sang n'était plus à la mode.

Tout le monde se demandait donc ce qui avait provoqué un tel changement chez Heero… Pourtant ce dernier ne remarquait rien. Ou s'il constatait les regards incrédules qu'on lui lançait, il faisait comme s'il ne les avait pas vus. Qu'est-ce que les autres pouvaient bien comprendre à ce qui se passait au fond de lui ? Lui-même ne savait pas ce qui lui arrivait. Relena était devenue presque tout de suite sa meilleure amie. Comme s'il avait récupéré une sœur. Non, c'était bien plus qu'une sœur. Une confidente, une complice, une camarade. Plus il lui parlait, plus il avait envie d'en savoir davantage sur sa vie. Il la bombardait de questions, lui faisait répéter certains souvenirs, l'agaçant même parfois. Elle était la première à faire confiance en ses capacités, alors qu'elle ne le connaissait que depuis peu. S'il parvenait au MIT, ce serait bien grâce à elle. Elle l'aidait à réviser, lui avait fait entièrement réécrire sa lettre de motivation, le soumettait à des questionnaires rigoureux auxquels il serait peut-être confronté s'il passait l'écrit. Et Relena savait se montrer très cassante. Heero ne pouvait qu'espérer que ses examinateurs seraient moins sévères qu'elle. Il allait passer haut la main, à ce rythme-là.

- Encore une fois.

- C'était la onzième, Relena. Je crois que je suis capable de me présenter, maintenant.

- Tu es sûr ?

Elle le dévisageait, ne sachant si elle pouvait lui faire confiance ou pas.

- Oui.

- Alors tu es… ?

- Epuisé. On arrête là. Sinon je vais finir par réciter mon parcours dès qu'un professeur me posera une question.

- Tu ferais bien de faire attention. Tes notes comptent pour beaucoup dans ton acceptation. Si tu as une mauvaise appréciation…

- Je sais. Je serai vigilant.

Heero se massa l'arcade du nez. Il n'avait jamais autant étudié. Rattraper toute une vie d'élève moyen était épuisant. Il n'arrivait même plus à regarder la télévision le soir sans avoir un début de migraine. Tout son temps libre, il le passait le nez dans des livres de connaissance ou des questionnaires de concours. Pour se détendre, il lisait des grands classiques de la littérature. Vivement que tout ça soit fini. Il allait devenir fou.

Sans Relena, il n'y serait jamais arrivé. Non seulement elle le faisait réviser et l'interrogeait, mais elle lui apportait des en-cas et des boissons régulièrement. Parfait pour la relaxation. Durant ces rares moments de récréation, elle parlait de tout et de rien avec un petit sourire paisible. Pour une fois qu'il n'avait pas à répondre à ses questions, il se contentait de l'écouter, n'arrivant pas à la quitter des yeux. Son regard ne pouvait pas se détacher de son visage. Un magnétisme étrange qu'il ne tenait pas à s'expliquer. Relena était une amie, rien de plus. Sa meilleure amie.

Mais pourquoi n'avait-elle pas de petit ami ? Cette question n'arrêtait pas de le hanter. Elle était jolie, spirituelle, intelligente… N'importe qui rêverait de sortir avec elle. Du moins, c'était ce qu'il pensait. Il n'était pas dans sa classe, ne savait pas quels étaient ses condisciples, mais les quelques fois où il la croisait dans le couloir, elle était entourée de filles. Son escadron d'amies faisait-il fuir les prétendants ? Quand il avait abordé le sujet, Relena s'était contenté de dire qu'elle ne s'intéressait pas aux garçons. Elle préférait avoir des personnes de confiance à ses côtés. Elle avait encore du temps devant elle pour trouver quelqu'un. Heero ne l'avait pas dit mais il était en quelque sorte soulagé. Si elle avait un petit ami, elle aurait moins de temps à lui consacrer.

~ * ~

Un jour, en ouvrant un de ses livres pour une séance de révision, Heero lâcha un juron. Relena tourna la tête vers lui, un sourire amusé aux lèvres. Mais l'adolescent ne souriait pas. Il était énervé.

- On a arraché la page des réponses.

- Comme c'est spirituel… Bah, ça t'évitera d'avoir la tentation de tricher.

- Je sais qui a fait ça. J'avais laissé mon sac dans la classe à la pause de midi, quand je suis allé à la bibliothèque chercher un truc. Ca ne peut être que Brian.

- Brian (1) ? Et bien, voilà quelque chose qui lui ressemblerait bien.

Il la dévisagea avec surprise.

- Tu le connais ?

- Sa réputation n'est plus à faire. Il est assez connu, dans le lycée.

- Mais pourquoi j'ai l'impression que tu le connais plus que de réputation ? Tu as l'air de savoir de qui tu parles.

Il la vit pincer les lèvres, retenant une réponse. Cela lui mit la puce à l'oreille. Il y avait quelque chose de louche dans cette affaire. Quelque chose de bizarre. Elle ne lui disait pas tout. Or, depuis qu'il la connaissait, elle ne lui avait jamais menti. Elle s'était montré vague certaines fois, notamment en ce qui concernait sa famille, mais Heero en avait seulement déduit que c'était un sujet délicat pour elle.

Se pourrait-il qu'elle connaisse Brian mieux que ce qu'elle prétendait ?

Lentement, l'adolescente se leva et lui tourna le dos.

- Je… Je suis sortie avec lui, avoua-t-elle d'une petite voix.

- Tu es… sortie avec lui ?

Relena gardait obstinément le dos tourné. Elle ne tenait pas à voir son visage durant son aveu. Il contrôlait ses émotions la plupart du temps, mais parfois l'une d'entre elles le trahissait. La colère, la surprise… Non, elle ne voulait pas comprendre ce qui se passait dans la tête de Heero. Pas maintenant, en tout cas.

- Brian ? Le Brian du lycée ou… ? interrogea le brun, pris d'un doute.

- Il est le seul dans les environs, à ma connaissance, répondit-elle.

- Mais… Lui et toi… Ensemble ?

- Ca a duré deux semaines environ. Mais oui, on est sortis ensemble.

Heero était sous le choc. Il connaissait Brian depuis cinq ans, fréquentait sa bande depuis près de quatre ans. Il aurait dû le savoir, non ? Relena n'était arrivée à Nekoosa que deux ans auparavant.

- Il ne l'a jamais dit.

- Ce n'est pas le genre de chose que l'on avoue volontiers à ses copains. Je lui ai fait jurer de ne rien dire. A personne. Sinon… je révélais certaines choses qu'il préférait passées sous silence.
- Comme quoi, par exemple ?
Relena lui jeta un regard par-dessus son épaule. Son visage était grave, comme il convenait à la situation, et un peu pâle, mais dans ses yeux, il lisait un soupçon d'amusement.
- Je ne te le dirais pas. Ce ne serait pas juste pour lui. Aussi étonnant que cela puisse paraître, il a respecté sa part du contrat. Je tiens la mienne.

- Si sa part du contrat était de ne pas révéler que vous avez été ensemble…

- Tu l'as compris par toi-même, donc ça ne compte pas. Tu ne m'auras pas, Heero Yuy, pas la peine d'insister.

Il hocha la tête. Elle savait se montrer têtue quand elle le voulait, il n'en tirerait rien de plus. Pour l'instant, du moins. Un jour, elle lui confierait peut-être plus de détails. Il était patient. Pour réussir à faire chanter Brian, ce devait être important. D'habitude, celui-ci aimait se vanter de ses conquêtes, comme si c'était l'événement de la semaine. Heero était pratiquement sûr qu'il exagérait une fois sur deux. Comment pouvait-il affirmer être sorti avec telle fille quand elle ne lui jetait pas un regard dans les couloirs ? Il était facile de prétendre n'importe quoi, personne n'irait vérifier auprès de la fille en question que cela s'était passé comme Brian le prétendait.

- Et pourquoi l'as-tu quitté ?

Elle retourna s'asseoir à côté de lui.

- Pourquoi serais-je restée avec lui, plutôt. Il est… Franchement, tu as vu comment il est ?! Il est insupportable ! Je ne sais même pas comment j'ai fait pour rester avec lui aussi longtemps ! Bon, on n'était pas tout le temps ensemble, ça aidait. Mais maintenant, je le trouve… Je n'arrive même pas à trouver les mots tant il m'horripile ! Je fais tout ce que je peux pour l'éviter au lycée, de peur que sa bêtise soit contagieuse !

- Je suis bien placé pour savoir que ce n'est pas le cas, répliqua Heero d'un ton neutre.

Réalisant qu'il pouvait se montrer offusqué de sa remarque, elle lui jeta un coup d'œil inquiet. Mais Heero ne semblait pas en avoir pris outrage. Il était suffisamment détaché de Brian pour savoir le considérer d'un point de vue objectif.

- Mais c'est peut-être vrai, poursuivit le brun après un temps de réflexion. Ses comparses n'ont pas l'air d'être très futés. Peut-être qu'il n'aime pas avoir de l'ombre. S'il se trouvait à proximité de quelqu'un à l'intelligence moyenne, il souffrirait tout de suite de la comparaison.

- C'est exact, répondit Relena avec un petit rire. Parfois, quand je lui posais une question, je me demandais s'il comprenait l'anglais ou si je m'étais mise brusquement à parler en chinois.

- Il a le cerveau un peu lent. Mais il ne faut pas le traiter d'attardé devant lui, étrangement, il connaît la signification de ce mot.

- Un mauvais souvenir, certainement. Il me paraît être le type de personne à avoir passé toute son enfance à subir les moqueries de ses camarades. Et après, c'est lui qui est devenu le tourmenteur.

- Tu es en train de lui trouver des excuses, signala Heero.

Relena tressaillit.

- Non. J'essaye juste de le comprendre. Ce n'est pas parce qu'on a été persécuté qu'il faut reproduire ça sur quelqu'un d'autre. Ce serait injuste et méprisant envers ses camarades. Et c'est une spirale infernale dont personne ne sort. Brian l'a continuée par ennui. S'il avait réfléchi une seconde, il n'aurait pas infligé à un autre une épreuve que lui-même a détestée.

- Je ne suis pas sûr qu'il y ait pensé. Et je ne suis pas sûr non plus qu'il ait maltraité les autres par ennui. Il aime être en position de domination, de pouvoir. Diriger les gens lui plaît. Il ferait un parfait dictateur.

- Il a un bel avenir devant lui, commenta simplement Relena. Espérons seulement qu'il ignore cette option-là. Je ne me sentirai pas à l'aise s'il prenait le pouvoir. Les conséquences seraient dramatiques.

Heero approuva. Puis, sentant qu'elle aimerait arrêter de converser au sujet de Brian pour aujourd'hui, il changea de sujet en se mettant à parler des différentes dictatures du XXe siècle. Heureuse de retrouver un terrain connu, et surtout neutre, elle suivit sans peine son cheminement et soutint ses idées. Ils étaient retournés à leurs révisions.

~ * ~

Un coup de feu éclata dans le silence du samedi après-midi. Relena, en train de faire du rangement dans la cour située derrière sa maison, leva aussitôt la tête. Avant de réaliser ce qu'elle faisait, elle courait en direction des arbres.

C'était dangereux. La chasse rassemblait bien des gens aux comportements différents. Il y avait les responsables, ceux qui agissaient pour réguler les espèces, mais il y avait aussi ceux qui étaient grisés par le pouvoir que produisait une arme entre leurs mains. Parmi eux, certains se montraient vraiment imprudents. Chaque année, des accidents avaient lieu. Fatals, parfois.

Très vite, elle entendit derrière elle un bruit confus de branches cassées et de feuilles écrasées. Dans sa précipitation, elle n'y fit pas attention, jusqu'à ce qu'elle réalise qu'elle était suivie. La panique la gagna rapidement. Son cœur battait à toute vitesse, elle avait du mal à respirer, mais tout ce qu'elle pouvait faire était continuer sa course effrénée. Peut-être l'appelait-on. Elle n'arrivait pas à déterminer ce qui était une voix et ce qui était un sifflement dans ses oreilles. Elle ne voulait pas s'arrêter, de peur de ce qui pourrait arriver.

Soudain, quelque chose se jeta sur elle et la précipita au sol. Une fois le choc passé, elle hurla et se débattit. La frayeur décuplait ses forces, pourtant elle n'arriva pas à se dégager.

- Es-tu totalement stupide ?! Tu cherches à te faire tuer ou quoi ?! cria une voix furieuse.

Elle continua à ruer jusqu'à ce qu'elle sente le corps rouler sur le côté et se dégager d'elle. Mais ses yeux gardaient une lueur affolée. Elle se releva, tremblante, incertaine, épuisée par l'effort. Quand elle voulut faire un pas, une forte pression sur le bras l'en empêcha. Elle n'avait même pas senti qu'on la tenait.

- Où est-ce que tu vas ?

- Je vais… Lâche-moi, Heero. S'il te plaît. Il faut que je…

- Que tu te fasses tuer ? lâcha rudement le brun. Tu es folle ? Ils vont te tirer dessus ! Tu crois franchement que tu aurais été capable de les en empêcher ?! Ils détestent qu'on se mette en travers de leur chemin ! Ils se feront une joie de te tirer dessus sous prétexte d'un accident, que ce soit pour te faire peur ou te blesser. Ne leur donne pas ce plaisir !

- Tu en sais quelque chose, hein ?

Le ton était acerbe, la pique fit mouche. Oui, il était chasseur. Comme eux. Du moins, il l'avait été. Voilà pourquoi il savait précisément ce qui se passait dans leur tête. Relena était l'obstacle. Celle qui s'opposait à « ces boucheries ignobles qui n'avaient d'autre but qu'un désir égoïste ».

- Lâche-moi, répéta-t-elle.

- Non.

Ses yeux la sondaient à présent, fouillaient son regard. Il s'était inquiété, réalisa-t-elle. Il avait compris le besoin qu'elle éprouvait à protéger les coyotes qu'elle avait élevés et avait tout de suite essayé de l'en empêcher. Au mépris des risques. Il devait tenir à elle.

- Si je te lâche, tu vas retourner faire des bêtises, continua-t-il. Je ne peux pas te laisser faire ça.

- Oh si, tu peux. Tu enlèves ta main de là où elle est, tu fermes les yeux, et dans trois secondes, je ne serai plus là. Tu n'as qu'à oublier que tu m'as vue, répliqua-t-elle sèchement.

- Impossible.

- Heero, ils tiraient trop près de chez moi ! Ils n'ont pas le droit !

- Envoie la police, les rangers. Tu n'as pas à faire le sale boulot toi-même. Si tu envoies les autorités compétentes…

- Ils vont les ignorer ou sympathiser avec eux. Merci, j'ai déjà donné. Je vais leur dire deux mots et…

- Et ils vont te tirer deux fois dessus. Oui, c'est une idée. J'appelle l'ambulance maintenant ou je te laisse cinq minutes d'avance ? ironisa-t-il.

- C'est un problème personnel. Entre eux et moi. Ne t'en mêle pas.

- Ils allaient te tuer de manière très personnelle si je n'étais pas intervenu.

Elle lui lança un regard furieux. Mais elle devait reconnaître qu'il n'avait pas tort. Il essayait juste de la maintenir en vie. Elle avait tendance à se montrer imprudente quand elle n'avait qu'une seule chose à l'esprit et qu'elle tenait avant tout à la préserver.

- C'est bon, tu peux me lâcher. Je n'irai pas les voir, souffla-t-elle.

Il obéit à contrecoeur, vigilant, prêt à la rattraper si elle tentait une bêtise. Lorsqu'il vit qu'en effet, elle n'avait pas l'intention de s'échapper, il se baissa pour ramasser son fusil, qu'il avait laissé tomber quelques mètres plus tôt.

Le regard de Relena ne le quittait pas.

- Toi aussi, tu chassais ? demanda-t-elle d'un ton acerbe.

- Non. J'étais juste venu comme ça, sur un coup de tête. Ce n'est pas moi qui ai tiré, ajouta-t-il. Je t'ai vue courir alors je me suis lancé à ta poursuite. Je ne savais pas que tu habitais dans le coin.

- Un peu plus bas, par là, dit-elle en désignant la direction de la tête. C'est un peu à l'écart de la ville, mais mon jardin donne sur la lisière de la forêt. Ca me va comme ça.

- Ah bon.

Heero mit son fusil à l'épaule et la rejoignit. Ils se mirent à marcher ensemble d'un commun accord, sans avoir eu à se consulter. Ils faisaient trop de bruits pour se faire surprendre par les chasseurs.

- J'habite en centre-ville, précisa le brun. J'ignorais qu'on pouvait habiter si près des bois.

- L'Homme n'a cessé d'empiéter sur la forêt. C'est normal d'avoir des terrains habitables qui la longent. Avant, toute la ville n'était qu'une immense forêt. Elle occupait la majeure partie du comté.

- Je ne savais pas.

- Ce sont les colons qui ont commencé à défricher et à couper du bois pour se construire des habitations. Tu imagines que bientôt, il n'y aura plus rien ? Quelle perte…

- S'il n'y a plus de forêt, il n'y aura plus les animaux qui y vivent, fit remarquer Heero.

- Oui, mais il y aura de plus en plus d'êtres humains, alors il leur faudra des immeubles et des habitations. Sans compter les commerces et les zones industrielles, pour travailler et transformer les matières premières. Qui se souciera des sangliers, des daims, des lapins ? On en met quelques-uns dans les élevages, dans des zoos, et ça va très bien comme ça, l'espèce est préservée.

- Tu seras contente de voir apparaître une telle époque, je suppose. S'il n'y a plus d'animaux sauvages en liberté, il n'y aura plus de chasseur, répliqua-t-il, non sans malice.
Elle lui envoya un regard furieux.

- Je ne suis pas contre la chasse. Je suis contre la chasse trop près de chez moi. Une fois, j'avais un lapin blessé dans la cour, à l'abri dans une caisse, il est presque mort de peur en entendant un coup de fusil. Les pétarades affolent les animaux. Baron devient fou en les entendant, même quand c'est juste le pot d'échappement d'une voiture dans la rue. Je crois qu'il a eu une expérience traumatisante dans le passé et qu'il ne s'en remet toujours pas.

- Tu n'as qu'à signaler aux bêtes qu'il ne faut pas sortir d'un certain secteur, alors. Si elles se laissaient gentiment abattre, on n'aurait pas à leur courir après et à se déplacer, encore moins à s'approcher des zones habitées.

Comprenant qu'il se moquait d'elle, Relena envoya son coude dans les côtes de Heero, qui se contenta de rire en l'évitant.

- Vous vous ennuieriez, si vous deviez tirer sur des animaux immobiles, répliqua l'adolescente. Puisque vous ne pouvez visiblement pas vous contenter de cibles en carton dans une salle de tir…

- Eh, ce sont des choses radicalement différentes. On ne tire pas sur une cible pour l'atteindre, on tente de… de duper la nature. De comprendre ses règles. De fonctionner comme elle.

- Pour enlever ensuite en douce une côte ou une vertèbre.

- Relena, il y a trop d'animaux en liberté. Ils perturbent l'écosystème et mettent en danger toute la flore de la région. En les tuant… et bien, on aide la nature à survivre. Les animaux qui n'ont pas rencontré les chasseurs peuvent prospérer, étendre leur territoire, nourrir leur progéniture.

- Jusqu'à l'année suivante, où vous les tuerez pour le simple plaisir de les tuer.

- Jusqu'à ce que quelqu'un s'interpose et nous dise que c'est mal, répliqua Heero.

A nouveau, Relena essaya de donner un coup de coude à son compagnon. Cette fois, elle fit mouche, mais elle riait tellement qu'elle ne le remarqua pas.

La chasse aurait dû ressembler à ça : une partie de franche camaraderie et d'entente cordiale, durant laquelle les petits soucis du quotidien étaient oubliés.

A suivre dans le chapitre 5

(publication le lundi 01 février)


Notes de lecture :

(1) : Petite précision quant à ce "Brian" : il est inspiré du soupirant de Relena qui se trouvait à Saint-Gabriel, vous savez, le blond qui se fait laminer par Heero en escrime… Son vrai nom est Kai. Comme il es bien plus américain dans ce texte, et comme son caractère ne s'accordait pas avec le personnage de la série (du moins, pour le peu qu'on le voit !), j'ai choisi de créer un autre personnage : Brian. Blâmez Gad Elmaleh pour le nom, c'est inspiré d'un de ses sketchs…