Hunting the coyote
Titre : Hunting the coyote.
Chapitre : 05, Snow storm (Tempête de neige).
Auteur : Katel Belacqua.
Fandom : Gundam Wing.
Persos et Pairing : Heero + Relena, à la limite du Heero x Relena. Mentions du grand frère de Relena (Milliardo), ainsi que de Milliardo x Lucrezia.
Rating : T (très très très vague allusion sexuelle).
Genres : UA, vie quotidienne, romance, humour.
Disclaimer : Gundam Wing manga à Koichi Tokita. Gundam Wing anime à Masashi Ikeda et au studio Sunrise. "Gundam" à Yoshiyuki Tomino et Hajime Yadate.
Nombre de mots : 4 688 mots.
Notes globales sur le texte : - La soundtrack n'est, évidemment, qu'une indication. Ce ne sont pas des chansons qui m'ont inspirée ou que j'ai écoutées en écrivant, plutôt des chansons qui correspondent à l'ambiance du chapitre en question. Pour ceux qui veulent, j'ai les chansons, je peux les envoyer par mail !
- Aucun humain ou animal n'a été maltraité durant l'écriture de ce texte. Sauf l'auteur et Gugus, ordinateur portable de son état.
- Les idées évoquées dans le texte n'impliquent que les personnages, bien évidemment. Ca fait partie de l'histoire, rien de plus. Pas la peine de partir dans un débat pro-chasse, anti-chasse, ce n'est ni le lieu ni mon intention ni ce que j'espère vous faire retenir de cette histoire.
- Texte écrit durant le Nano 2009, sur une ébauche préexistante depuis quelques années.
Chapitre 5 - Snow storm
Soundtrack : Jermaine Jackson - When the rain begins to fall (1)
Il lui fallut être enfoncé au cœur de la forêt pour réaliser son erreur. Le temps n'était pas seulement menaçant, il était même dangereux. Quand il était parti, le vent soufflait fort et il ne s'était pas méfié, mais ce même vent, qui avait balayé la cime des arbres et furieusement agité les branches, avait également transporté de lourds nuages gorgées de pluie depuis les montagnes. Et comme la température avait brusquement baissé quelques jours plus tard, la pluie qui se mit à tomber se transforma peu à peu en neige.
Un quart d'heure plus tard, Heero se trouvait au centre d'une sacrée tempête de neige. Rien sans doute comparé au Canada ou en Alaska, mais quelque chose qu'il ne rencontrait pas souvent, et certainement pas sans être équipé contre les désagréments du temps. Il fut rapidement trempé et gelé jusqu'à la moelle. La neige, qui le fouettait de toute part, l'épuisait. Malgré la boussole dont il ne se sépara pas quand il partait à la chasse, il était désorienté et ignorait quelle direction prendre pour regagner au plus vite la ville. Quant à rester sur place et attendre que ça passe, c'était hors de question : le froid aurait vite raison de lui.
Il se força donc à avancer, progressant lentement dans les bourrasques de neige. Une mauvaise journée, assurément. Il avait perdu coup sur coup deux pistes et n'avait vu qu'un lièvre. A croire que toute la nature se liguait contre lui pour l'empêcher de débusquer un coyote. Bah, ça irait mieux demain. S'il arrivait à rentrer. Son père terminait son service très tard et si jamais la tempête ne sévissait pas que dans le coin, il allait mettre un certain temps à rentrer. D'ici là, Heero aurait été tout le temps de tomber dans une crevasse ou de se tordre la cheville. La neige, en lui cinglant le visage, l'empêchait de voir où il mettait les pieds. Les multiples dangers des bois s'occupaient du reste.
La terre, qui était restée sèche depuis plusieurs semaines, se couvrait vite de neige. Heero n'avait pas pris de raquette, puisque le terrain n'était pas propice à les utiliser, et le regrettait amèrement maintenant. Ses bottes glissaient sur la surface humide, rendant sa progression plus difficile encore. Il manqua tomber à terre bien des fois, se rattrapant au dernier moment à un tronc ou à une branche, tandis qu'un juron sortait par automatisme de sa bouche. Toute sa bonne humeur avait disparu. Il n'aspirait plus qu'à rentrer chez lui, prendre une bonne douche, manger une soupe chaude et se coucher. Mettre des kilomètres entre les éléments déchaînés et lui.
Il marcha, cahin-caha, une vingtaine de minutes, incapable de savoir s'il s'était approché de Nekoosa ou au contraire éloigné. Il tentait de calculer la distance parcourue, mais en pure perte. Dans ses pires prévisions, il se voyait ressortir de l'autre côté de la forêt, près d'une autre ville, loin des gens qu'il connaissait et sans argent pour aller à l'hôtel. Mais il trouverait bien un téléphone ou une âme charitable pour l'aider, là-bas. La situation ne pouvait pas être pire que sous le couvert des arbres. Même si la neige tombait et que le vent soufflait, les gens sortaient quand même de chez eux pour faire leurs courses, aller au travail. Il croiserait quelqu'un. Il voulait y croire.
Enfin il capta une lumière, loin devant lui, une lumière tremblante et qui paraissait vaciller devant ses yeux. Se raccrochant à ce mince espoir, il accéléra l'allure, priant de toutes ses forces que ce ne soit pas une lampe abandonnée allumée. Le chemin lui semblait plus dur encore, tant il avait hâte de se sortir de là. Chaque mètre, chaque centimètre, même, était aussi difficile que s'il effectuait un kilomètre à la course.
La neige s'amoncelait maintenant sur une couche d'une dizaine de centimètres, au moins. Le paysage s'était drapé d'un voile blanc qui mouvait sans cesse, à cause des vents violents. Heero se focalisait tellement sur la lumière qu'il ne remarqua pas quelques piquets de bois qui marquaient les limites d'une propriété. A bout de force, il gravit les trois marches d'un perron et appuya sur la sonnette. Pitié, qu'il y ait quelqu'un. Qu'on n'ait pas oublié d'éteindre une lumière, le condamnant encore à marcher jusqu'à retrouver un chemin familier. Il était prêt à forcer l'entrée pour se mettre à l'abri s'il le fallait.
Alors qu'il n'avait plus aucun espoir, la porte s'ouvrit, illuminant de lumière l'extérieur. La personne eut un sursaut en sentant le vent et la neige balayer ses vêtements, mais elle ne lui claqua pas la porte au nez, c'était déjà ça.
Parler parut brusquement impossible à Heero. Ses poumons lui brûlaient, il sentait chaque sinus comme si on avait versé de la saute piquante dedans, et son cœur battait furieusement dans sa poitrine.
Heureusement, il n'eut pas à parler pour demander l'hospitalité.
- Hee… Heero ?!
Incrédule, il releva la tête pour se retrouver face à face avec nulle autre que Relena. Son soulagement fut immense. Si c'était elle, alors il ne se retrouverait pas dehors dans deux minutes, renvoyé par quelque habitant grincheux.
- Viens, entre, il fait un froid terrible…
Inutile de préciser qu'il ne se fit pas prier.
Il se retrouva dans l'entrée, dégoulinant d'eau sur le parquet ciré, à moitié recouvert de neige, et transi jusqu'à la moelle. Relena disparut derrière une porte, il l'entendit courir quelque part dans la maison, et elle revint armée d'une pile de serviettes. Il en prit une avec reconnaissance et entreprit de se sécher sommairement les cheveux tandis que l'adolescente allait pendre son manteau quelque part où il pourrait sécher.
- Qu'est-ce que tu fais là ? demanda-t-elle, nerveuse, en revenant.
- Je me suis fait piéger par la tempête. J'ai aperçu une lumière… Je ne pensais pas que ce serait chez toi.
- J'habite juste à la lisière de la forêt, je te l'ai dit. C'est davantage la campagne que la ville, par ici. Et plus près des bois que les autres habitations.
- Mais les chances que j'arrive par ici étaient faibles.
- Oui… Décidemment, on n'arrête pas de tomber l'un sur l'autre. A croire qu'on est prédestinés, plaisanta-t-elle.
Il acquiesça sans relever. Relena comprit qu'il avait réellement froid. Si elle le laissait dans cet état, il allait attraper la pneumonie, ou au mieux un bon rhume.
- Viens, je vais te montrer où est la salle de bain. Tu ferais mieux de te doucher, ça te réchauffera.
- Mais…
- Ne fais pas de manière. Tu n'es pas en état de retourner chez toi, c'est à quatre ou cinq kilomètres ! Je vais te prêter des vêtements en attendant que les tiens sèchent. Et tu vas te réchauffer sous la douche.
Il n'eut pas le temps de réfléchir qu'elle l'avait conduit dans la salle de bain, et elle le laissa avec les instructions.
Quand il sortit, il remarqua une pile de vêtements pliés qui avaient été posés sur un meuble à côté de la porte. Il se demanda si Relena avait sélectionné le plus grand des joggings qui lui appartenaient. Ce serait sans doute trop petit pour lui. Mais il n'avait pas le choix.
~ * ~
Une quinzaine de minutes plus tard, Heero redescendit dans le salon. Son apparence était si comique, avec les habits trop grands qui tombaient sur ses épaules et ses hanches, que Relena dut se mordre l'intérieur de la joue pour ne pas rire. Il fallait avouer que le visage du brun se prêtait à la situation : il semblait confus et quelque peu contrarié.
- Dois-je me poser des questions sur le fait que tu as des vêtements d'homme alors que tu es censée vivre seule ? demanda-t-il d'un ton brusque, sourcils froncés.
Elle lui avait bien parlé d'un homme qui avait vécu ici, une sorte de parrain, mais il avait déménagé un an plus tôt. Cela n'avait aucun sens qu'il ait laissé des affaires ici. Et vu la taille des vêtements, il devait faire au moins… un mètre quatre-vingt.
- J'ai le malheur d'avoir un grand frère un peu trop inquiet pour mon bien qui vient me voir régulièrement, répliqua Relena, imperturbable. Il a quasiment emménagé à une époque. Heureusement, il a fini par s'installer avec sa petite amie, et ses visites s'espacent.
Il lui envoya un regard surpris. Elle lui avait souvent parlé d'elle-même, de sa famille, de sa vie précédente à Marshfield, mais il était certain qu'elle n'avait jamais évoqué un frère. Ni un quelconque autre membre de sa fratrie.
- Tu en as d'autres, des frères et sœurs ?
- Non, juste lui. Il a cinq ans de plus que moi.
- Et pourquoi n'es-tu pas restée avec tes parents, si ton frère avait si peur de te savoir seule ?
- Parce que je ne supportais pas très bien l'ambiance là-bas. C'était… Disons que c'était radicalement différent d'ici, pour faire simple. Déjà, ils n'étaient jamais à la maison. Toujours à des galas, des repas de charité, chez des amis… Et… c'est un monde tellement artificiel, celui dans lequel ils vivent ! Je ne m'y sentais vraiment pas à ma place. Tout est si… si clinquant, si ostentatoire, et en même temps, on ne dit rien, on ne communique pas… Ce ne sont pas des mensonges mais des dissimulations, des pirouettes de langage.
Il était perdu. De quoi parlait-elle donc ? Ce qu'elle décrivait ressemblait à… ce qu'on lisait des stars dans la presse à scandale. Mais ses parents n'habitaient pas Los Angeles, ils étaient à New York. Et ils étaient dans les affaires. Ou du moins c'était ce qu'il avait compris. Relena ne lui donnait pas l'impression d'être fille de célébrités. Ce n'était pas une écervelée hypocrite et indiscrète, ni une enfant gâtée et choyée comme devaient certainement l'être les progénitures de stars. Il se dégageait d'elle un naturel qui ne pouvait être feint. Ou alors, elle se moquait de lui depuis le tout début.
Néanmoins, Relena ne le regardait pas et donc ne comprit pas qu'il avait besoin d'éclaircissement, sans oser les formuler à voix haute. Elle continua son monologue :
- J'étouffais. Littéralement. Je jouais le rôle d'une fille qui n'était pas moi… Ici, je suis près de la nature, des animaux. C'est une petite ville, calme, paisible… Un autre univers. Univers où je suis bien, à ma place. Je peux agir concrètement, pas simplement me contenter de faire une permanence à la WWF locale tous les six mois.
Cela, il pouvait aisément le concevoir. Il alla s'asseoir en face d'elle, le regard compréhensif.
- Ta famille ne te manque pas ?
- Je me suis habituée. C'était dur, au début, mais… je m'y suis faite. C'est la façon dont j'ai choisi de vivre, après tout.
Du coin de l'œil, elle l'étudia avec attention. Il parlait rarement de lui. Enfin, il lui parlait de son avenir, de ses études, des gens qu'il connaissait, de l'actualité… Mais il n'évoquait pas ce qu'il avait en tête, ses sentiments, ses émotions vis-à-vis de tel ou tel événement. Lui, souffrait-il de la solitude ? Aimait-il tuer durant la chasse ? Restait-il des heures avec elle parce qu'il n'avait pas envie de rentrer chez lui, ou au contraire, appréciait-il leurs longues discussions ? Il gardait une part de lui mystérieuse comme s'il n'avait pas envie qu'elle l'approche de trop près…
En y réfléchissant bien, elle avait compris quelque chose à son sujet. Sa manière de réagir, d'agir même, laissait peu de place au doute.
- Tu es… fils unique, n'est-ce pas ?
- Ca se voit tant que ça ? rétorqua-t-il avec un mince sourire.
- Tu n'as pas l'air de savoir ce que c'est, d'avoir un grand frère envahissant. Donc… toi aussi, tu es seul. Sauf que toi, c'est comme ça que tu as grandi. Pas par choix.
- Quand mes parents ont divorcé, j'étais très jeune. Ma mère est partie. Je suis resté avec mon père. Ce n'est pas idyllique tous les jours, mais ça me va comme ça. Il me fiche la paix.
- Deux êtres qui ont souffert de la solitude et qui s'entendent bien… Quel drôle de hasard, tout de même.
- Peut-être qu'effectivement, on était destinés à se rencontrer.
Elle médita un moment ses paroles puis eut un sourire chaleureux.
- Peut-être bien, en effet.
Heero tourna la tête en voyant la porte s'ouvrir. Il s'attendait presque à voir arriver quelqu'un, alors que Relena lui avait dit qu'elle était seule dans cette maison, d'où sa surprise quand il ne vit personne. Cependant il aperçut bientôt, par-delà une chaise, une tête velue aux oreilles dressées.
- Et voilà Baron ! s'exclama Relena en tendant la main vers son chat.
L'animal ne se fit pas prier. Il alla vers elle et se laissa gratter le dos, ronronnant de plaisir. Mais ses yeux ne quittaient pas Heero. C'était sa manière d'afficher sa curiosité.
- Au fait, je me demandais : pourquoi ce nom ? interrogea le brun.
- En réalité, son vrai nom est Baron Humbert Von Gikkingen. Oui, je sais, c'est trop long, dit Relena en riant, voyant son visage s'allonger. C'est mon frère qui le lui a choisi. Ca vient d'un dessin animé. Il disait que j'avais sauvé ce chat, comme l'héroïne, alors ça lui correspondait bien…
Heero réfléchit un instant.
- Le dessin animé, ce ne serait pas Le Royaume des chats (2) ? demanda-t-il.
- Je crois, oui, il me semble que c'était ce nom-là.
- Il aurait dû s'appeler Muta. C'est le nom du gros ch… Du chat un peu rond. Ton chat lui ressemble. Sauf qu'il est blanc, pas gris. Et ce n'est pas celui qui a été sauvé. J'ai oublié son nom (3).
- Ce n'est pas moi qui ai choisi. Mais j'aime bien « Baron ». Ca lui donne de l'importance… A croire qu'il mérite d'occuper son siège de noble.
Comme s'il les avait entendus discuter, le chat venait de sauter sur un fauteuil et de s'y poser. Sa position semblait un étrange compromis entre être allongé et roulé en boule… Sa graisse le faisait, en effet, ressembler à un coussin rebondi.
Cependant, même s'il avait pris une douche brûlante et qu'il avait revêtu des vêtements chauds, Heero restait frigorifié. Il était bien trop poli pour le signaler, mais Relena le remarqua rapidement. Elle alla dans la cuisine, revint avec deux tasses fumantes et lui en mit une entre les mains. L'adolescent haussa un sourcil.
- Qu'est-ce que c'est ?
- Chocolat chaud.
Il considéra un moment l'idée de lui dire qu'il avait passé l'âge. Depuis une dizaine d'années, au moins. Quand il avait froid, Odin lui donnait plutôt du whisky, ou un autre alcool fort. Voilà quelque chose qui réchauffait instantanément et désinfectait de l'intérieur, comme disait l'ancien militaire.
Toutefois, pour ne pas vexer Relena, il but sagement son chocolat chaud et le trouva même très bon. Il avait fini par en oublier le goût. Dans ses souvenirs, ce n'était pas une boisson aussi agréable. Mais peut-être la compagnie y était-elle pour quelque chose.
- Tu ferais mieux de rester là pour la nuit, murmura l'adolescente l'air de rien.
Heero jeta un regard à la fenêtre. Les rideaux étaient tirés, pourtant on continuait d'entendre le vent siffler et la neige tomber avec force. C'était réellement une sacrée tempête de neige. Rentrer de nuit par ce temps-là serait suicidaire. Il se perdrait en route, gèlerait sur place.
- D'accord.
Il se tendit brusquement en réalisant ce que ça signifiait. Il allait rester dormir dans la maison de Relena, et ils seraient complètement seuls jusqu'au lendemain matin. Il eut la soudaine envie de sortir, malgré le temps exécrable qui sévissait dehors. Et pourtant, Relena ne lui faisait pas peur, physiquement parlant. Il avait plutôt peur de lui-même et de ce qu'il pourrait faire s'il ne se contrôlait pas. Il n'avait jamais dormi chez quelqu'un auparavant, n'ayant pas d'ami à proprement parler. Il avait bien fréquenté plusieurs filles, sans rester bien longtemps avec elles, pas assez pour que ce soit sérieux. Il lui était même arrivé de coucher avec quelques-unes d'entre elles, plus par curiosité que par réel désir.
Mais Relena ? Relena, il avait appris à l'apprécier en tant qu'amie. Néanmoins, il ne pouvait nier qu'elle était jolie. Il se dégageait d'elle une candeur, une simplicité tout à fait charmante. Et elle était intelligente et futée, ce qui n'était pas pour lui déplaire. Pour une fille, elle avait un sacré caractère. A son âge, elle avait déjà les idées bien trempées. Ses yeux brillaient souvent de détermination quand ils parlaient ensemble. Voilà une fille qui n'avait pas froid aux yeux et qui savait ce qu'elle voulait. Tandis que lui, il se montrait gauche et maladroit et n'était pas très sûr de mériter ce qu'il désirait. Par exemple, l'informatique. Etait-ce réellement sa voie ? Y arriverait-il ? C'était diablement compliqué et il n'était pas le seul à vouloir travailler dans ce domaine, loin de là. Il était capable de mettre toutes ses forces dans ses études afin d'atteindre le but qu'il s'était fixé, mais ne pouvait être certain du résultat.
- J'ai une chambre d'amis, précisa Relena, inconsciente du malaise qui s'était installé en lui. Tu peux l'utiliser sans problème, elle est propre et le lit est déjà fait.
- Mer… ci.
Elle lui sourit doucement.
- Je n'allais pas te mettre dehors avec un temps pareil. Je suis même étonnée que tu sois sorti. Ca a menacé de tomber toute l'après-midi.
- Je voulais…
Il s'interrompit. « Chasser » était le mot qu'il avait eu l'intention d'utiliser, mais elle n'allait pas aimer. Parler de chasse devant elle revenait à parler de pâtisserie à un diabétique. Pas que ça lui fasse envie, loin de là. Il avait l'impression d'être ridicule et barbare à tuer des animaux qu'elle protégeait et aimait.
- Je voulais aller relever quelques pièges à oiseaux, finit-il par dire. Avant qu'ils ne soient détruits par le vent.
- Et tu en as trouvé ?
- Hein ?
- Des oiseaux.
- … Non.
- Alors ce n'est pas de chance.
- Non. Pas de chance. Enfin, si : je suis tombé sur toi, c'est déjà pas mal. Surtout que je ne savais même pas ton adresse.
- Je te l'aurais donnée, si tu m'avais demandé.
- C'est plus drôle de tomber sur toi par hasard.
- Si tu le dis…
L'heure tournait. Relena le découvrit en jetant un œil à l'horloge mural. Et elle commençait à ressentir la fatigue de la journée. Heero aussi, sans doute, mais il ne le montrait pas. Il devait même être épuisé, puisqu'il avait dû marcher un sacré moment dehors par un temps pareil.
- Je vais te montrer la chambre d'amis. Il se fait tard.
Sans un mot mais soulagé de prendre du repos, il la suivit.
~ * ~
Heero se réveilla en sentant quelque chose de chaud contre lui. Encore à moitié endormi, il entrouvrit les yeux, mais la pièce lui était inconnue et il faisait trop noir pour voir quoi que ce soit. Il réfléchit, essayant de comprendre pourquoi il ne se trouvait pas dans sa chambre à lui. Etait-il chez Odin ? Non… Il y avait dormi une fois ou deux, notamment en raison de sa première cuite – « Ne jamais donner trop d'alcool à un novice », avait sobrement conclu l'adulte le lendemain matin en lui donnant du café noir – et il ne se rappelait pas une telle tapisserie. C'était donc ailleurs. Où… ?
La soirée de la veille lui revint soudain en mémoire. La tempête de neige, la maison… Relena. Il était chez Relena. C'était la chambre d'ami.
Mais alors, s'il était chez elle, ce qu'il sentait de chaud était… ?
Un étrange de bruit de moteur rompit le silence de la pièce quand il bougea la main. Perplexe, il fixa la chose à poils qui s'était roulé en boule au bord du lit, à côté de sa tête. Puis, brusquement, il réalisa que non, ce ne pouvait pas être Relena, ni un objet mécanique.
- … Baron… ?
Le chat s'étira et quémanda quelques caresses, que Heero lui accorda un peu gauchement. Il n'avait pas vu que la porte était restée entrouverte et que, par conséquent, l'animal pouvait vagabonder dans l'ensemble de la maison. Un instant, un court instant, il avait cru que c'était un coyote et s'était dit qu'il lui fallait prendre son fusil. Jusqu'à présent, il n'avait pas réalisé qu'il rêvait régulièrement de chasse. Mais c'était compréhensible, après tout : cette idée le hantait toute la journée, pourquoi ne le ferait-elle pas également la nuit ?
Fatigué, il se laissa retomber sur l'oreiller. Le gros chat commença à grimper dessus.
- Eh, bas les pattes, c'est le mien.
Autant parler à un mur. Heero finit par lui laisser cet oreiller-là et prendre l'autre. Ronronnant de plaisir, Gros Baron se posa sur la place laissée vacante, encore chaude, et commença à malaxer la texture à l'aide de ses pattes, cherchant la position la plus confortable pour s'installer pour la nuit. Heero le regarda faire avec un brin d'agacement. Il avait hâte de pouvoir se rendormir, il devait être au moins trois heures du matin. Enfin l'animal s'allongea, ses yeux, entre le vert et le jaune, se fermèrent, et une dizaine de minutes plus tard, le ronronnement cessa. Heero soupira et se laissa également gagner par le sommeil.
~ * ~
Une odeur de café le poussa à se lever. C'était le matin. Les oiseaux chantaient dans les arbres tout proches et Heero, peu habitué à autant de bruits de la part de la nature, s'était réveillé plus d'une fois, pestant mentalement contre toute la faune alentour. Mais à présent, il se sentait parfaitement réveillé et en pleine forme. Quand il ouvrit les volets, il jeta un regard dehors : le sol était encore humide, mais il ne pleuvait plus, et quelques timides rayons de soleil traversaient même les nuages bas. Tant mieux. Il pourrait rentrer chez lui.
Lorsqu'il se retourna, il constata que le lit était vide. L'animal sans gêne qui l'avait réveillé cette nuit s'en était allé silencieusement. Heero secoua la tête et s'habilla, retrouvant avec plaisir ses vêtements de la veille. Enfin quelque chose de familier, dont il avait l'habitude.
Relena était dans la cuisine quand il descendit. Elle lui adressa un sourire et lui désigna de la tête la table, où se trouvaient déjà des toasts, de la marmelade, du beurre, du bacon, du jus d'orange et du café.
- Je ne savais pas trop ce que tu mangeais, alors…
- Juste du café, d'habitude. Mais je crois que je vais faire une exception.
Même s'il n'avait pas vraiment faim, il fut conforté dans son choix par le sourire chaleureux qu'elle fit. Un peu rougissante – « J'ai l'impression de jouer la femme au foyer, moi qui d'habitude saute le petit-déjeuner… », lui expliqua-t-elle – mais agissant avec naturel, elle s'assit en face de lui et se servit.
- Au fait, ton chat a dormi avec moi, signala-t-il.
- Ah… ? Il me semblait bien avoir passé une bonne nuit. Ne t'inquiète pas, il aime juste prendre ses aises dans le lit. Tu pouvais le faire sortir, si tu voulais rester tranquille.
- Il ne m'a pas laissé le choix. Je suis presque sûr que si j'avais essayé, il aurait planté ses griffes dans l'oreiller.
Elle éclata de rire.
- Ce serait bien son style ! Il est descendu avec moi quand je me suis levée, je l'ai déjà nourri. Il doit être… (Elle jeta un regard au salon) Oui, il est déjà sur le canapé.
- Il passe son temps à dormir.
- C'est un chat, Heero. Les chats dorment beaucoup. Ou alors… tu l'as dérangé durant la nuit et il n'a pas bien pu se reposer, ajouta-t-elle d'un air taquin.
Il grommela, bougon. Lui, l'avoir dérangé ? C'était la bestiole qui l'avait dérangé, oui ! Et ce n'était pas de sa faute, Heero n'avait pas l'habitude d'avoir un animal à la maison. Il n'y avait jamais eu que son père, ainsi que sa mère, mais ça, c'était avant le divorce.
- Je ne vais pas tarder, signala le brun en jetant un regard à l'horloge. Je n'ai pas de raison de rester, la tempête est passée.
Relena acquiesça en silence. Ils terminèrent rapidement de manger, Heero l'aida à ranger et laver la vaisselle, puis il retourna chercher ses affaires. Elle l'attendait dans le salon lorsqu'il revint.
- Merci pour l'hospitalité, dit-il, essayant de ne pas se montrer malpoli.
- Il n'y a pas de quoi. Ca fait plaisir d'avoir quelqu'un à la maison de temps en temps. Il paraît que je deviendrais un ours si je ne vois pas plus de gens.
- Je n'ai encore jamais vu d'ours habitant dans une maison.
- Je parie que tu n'as jamais vu d'ours tout court.
Elle avait raison. Les ours ne venaient pas souvent dans cette partie des Etats-Unis. Ils préféraient les montages, les espaces verts qui regorgeaient de grottes et de cachettes. Le Wisconsin était bien trop humide.
- Même si c'est le cas, je doute qu'un ours possède une maison. Ca ne lui serait pas très utile.
- Mais il pourrait faire croire à tous que c'est un être humain, répliqua Relena, les yeux pétillants.
- Oui. Il pourrait porter une jupe, coiffer ses poils, faire une natte, mettre un chemisier… Je pense même qu'il serait capable de porter un sac sur son épaule et aller au lycée comme tout le monde, se fondant dans la foule d'élèves.
- Seigneur, me voilà démasquée.
Ils échangèrent un sourire de connivence, heureux d'être sur la même longueur d'onde.
- Bon, je vais y aller. Mon père va bientôt revenir, je ne voudrais pas qu'il se pose de questions.
- Pourquoi, ça te dérange d'avoir dormi chez moi ? rétorqua-t-elle, le regard malicieux.
- Tu es une fille. Ca ne me dérange pas, mais lui n'aimera peut-être pas.
- Ca ne te dérange… pas ?
Les yeux clairs de la jeune fille le fixaient avec attention. Leur couleur oscillait entre le bleu et le violet, si bien que cela semblait être un savant mélange créé intentionnellement. Et pour l'instant, le bleu prédominait. Un bleu pur, innocent… et attirant.
- Pas… plus que ça, s'entendit-il répondre, la voix incertaine.
Il déglutit quand elle s'approcha de lui, conscient pour la première fois peut-être qu'ils n'étaient pas du même sexe. Sa proximité était troublante, intoxicante, pourtant, en même temps qu'il était mal à l'aise, il la voulait plus près, bien plus près, tout contre sa peau, et les vêtements lui semblaient trop chauds, il avait envie de les enlever, sentir la fraîcheur sur son épiderme, mais surtout sa peau nue contre la sienne…
- Tu ferais mieux de partir.
Il lui fallut un moment pour enregistrer les mots, tant il était hypnotisé par ces lèvres qui remuaient devant lui. Quand il comprit ce qu'elle venait de dire, il releva les yeux, rencontra son regard grave… et triste ?
- Hein ?
- Ton père va s'inquiéter. Tu ferais mieux de partir, Heero. Ca vaudra mieux. Crois-moi.
Un grand nombre de pensées contradictoires l'envahissait en même temps, mais il secoua la tête pour les chasser. Amie. Elle était son amie. Ce n'était pas le moment de se disperser. Il n'avait pas envie de coucher avec elle, non. Enfin, si, il en avait envie, son corps en avait envie, mais son esprit refusait d'accéder à une telle demande.
Oubliant même de lui dire au revoir, il fit demi-tour et s'éloigna sur le chemin détrempé. Amusée, Relena s'adossa à la porte pour mieux le suivre des yeux. Une seconde, elle avait cru qu'il allait l'embrasser… Une seconde, si brève seconde. Puis il était revenu égal à lui-même. Elle trouvait dommage d'avoir manqué une telle occasion, tout en se disant qu'il valait mieux ne pas trop se lier avec lui. La séparation serait plus difficile quand elle serait obligée de partir. Poussant un soupir résigné, elle rentra dans la maison, verrouilla avec soin la porte derrière elle et téléphona à son frère pour se changer les idées.
A suivre dans le chapitre 6
(publication le lundi 08 février)
Notes de lecture :
(1) : La faute au film Cyprien, qui a réussi à me la mettre dans la tête…
(2) : Il faudrait que j'arrête de faire autre chose en écrivant… Ca a donné ce drôle de résultat en combinant le énième visionnage de ce film avec le Nano !
(3) : Le prince Loon. Pour ceux qui ignorent l'histoire, voici un très bref résumé : l'humaine Haku sauve un jour un chat qui allait se faire écraser, Loon. Or le père de celui-ci, roi des chats, veut lui montrer sa gratitude en l'entraînant de force au royaume des chats. Haku se fait aider par les deux membres du mystérieux ministère des chats, le chat Baron et le chat Muta. Allergiques aux chats s'abstenir, bien sûr !
