Hunting the coyote
Titre : Hunting the coyote.
Chapitre : 06, The coyote who stood out against the hunter (Le coyote qui affrontait le chasseur (1)).
Auteur : Katel Belacqua.
Fandom : Gundam Wing.
Persos et Pairing : Heero+Relena, Brian, coyotes.
Rating : tendance M pour scène de chasse et œuvre de la prodigieuse Dame Nature.
Genres : UA, angst, drame, chasse.
Disclaimer : Gundam Wing manga à Koichi Tokita. Gundam Wing anime à Masashi Ikeda et au studio Sunrise. "Gundam" à Yoshiyuki Tomino et Hajime Yadate.
Nombre de mots : 5 536 mots.
Notes globales sur le texte : - La soundtrack n'est, évidemment, qu'une indication. Ce ne sont pas des chansons qui m'ont inspirée ou que j'ai écoutées en écrivant, plutôt des chansons qui correspondent à l'ambiance du chapitre en question. Pour ceux qui veulent, j'ai les chansons, je peux les envoyer par mail !
- Aucun humain ou animal n'a été maltraité durant l'écriture de ce texte. Sauf l'auteur et Gugus, ordinateur portable de son état.
- Les idées évoquées dans le texte n'impliquent que les personnages, bien évidemment. Ca fait partie de l'histoire, rien de plus. Pas la peine de partir dans un débat pro-chasse, anti-chasse, ce n'est ni le lieu ni mon intention ni ce que j'espère vous faire retenir de cette histoire.
Chapitre 6 : The coyote who stood out against the hunter (2)
Soundtrack : The Fray - How to save a life
Heero suivit toute l'après-midi la piste d'un coyote. L'animal, d'après ce qu'il avait remarqué par terre, était blessé, de petites gouttes de sang perlaient sur la neige à intervalles réguliers, à côté de ses empreintes. Le coyote s'était-il pris la patte dans un piège ? Avait-il combattu un rival, été attaqué par un autre animal ? Ou un autre chasseur était-il également sur ses traces ? Pour le moment, le brun l'ignorait. Mais ses instincts de chasseur étaient à vif. Ce coyote était sa proie, il fallait qu'il le trouve. Surtout après l'avoir pourchassé si loin dans la forêt.
Même s'il était blessé, l'animal lui donnait bien du fil à retordre. Il ne suivait pas un itinéraire fixe, décrivant parfois des cercles, allant en direction de l'Ouest pour bifurquer soudain vers le Nord-Est… Il lui semblait désorienté, perdu. Mais les animaux sont censés avoir un excellent sens de l'orientation. Comment celui-là pouvait-il aller et venir comme s'il fuyait quelque chose ? Il était impossible qu'il ait déjà senti le chasseur qui était à ses trousses, Heero se trouvait trop loin de lui, il n'avait pas encore vu le bout de sa queue. Tout ce qui lui venait à l'esprit était que un véhicule avait peut-être percuté le coyote et que la bête en avait été affectée. Cela expliquerait le sang et la désorientation.
L'adolescent parcourut plusieurs kilomètres à pieds, sur la neige ferme. Par moments, il perdait la trace du coyote et devait fouiller partout aux alentours pour retrouver les empreintes de pattes ou un endroit où la neige était davantage tassée. Par deux fois, il gravit une colline mais il ne réussit pas à voir le coyote, même en scrutant avec attention l'horizon. L'animal était soit rapide soit bien caché derrière un arbre ou un bosquet couvert de neige. Il avait longé une rivière gelée sans la traverser, Heero fit de même, se demandant jusqu'où le mènerait cette saleté de bestiole. Le froid était piquant et rougissait sa peau. De la buée sortait de ses lèvres à chaque respiration. Il devait veiller à garder son souffle pour parcourir les sentiers et gravier les hauteurs, même si ses poumons le brûlaient. Son fusil lui paraissait peser de plus en plus lourd sur l'épaule. Il allait finir par abandonner. Pourtant, d'habitude, c'était lui qui fatiguait les coyotes, non l'inverse !
Au moment où il se décourageait et envisageait sérieusement de rentrer chez lui, même bredouille, il arriva au pied d'une paroi rocheuse, le gris se détachant du blanc de la neige qui couvrait le reste de la forêt. Dos à la paroi, babines déjà retroussés et fermement campé sur ses pattes, le coyote était là.
Ils se regardèrent dans le blanc des yeux, comme si chacun était surpris de tomber sur l'autre alors que cela faisait un moment qu'ils jouaient au chat et à la souris. Tous les deux étaient épuisés, à bout de force. Mais Heero, au moins, n'était pas blessé. Pourtant, il ne savait pas ce qu'il voulait faire, tirer ou bien laisser cet animal s'échapper, lui rendant hommage pour sa ténacité et son si puissant désir de survie.
Deux puissances s'affrontaient. Chasseur et chassé. Chacun voulait remporter la victoire, bien que cela signifie la vie pour le coyote et simplement un billet de vingt dollars pour l'adolescent.
Heero ne s'était pas trompé : l'animal avait une vilaine blessure au flanc. Ses poils étaient collés à cet endroit par un sang noir qui tombait lentement sur le sol. La plaie était récente, mais peut-être pas faite par l'homme. D'ailleurs, il n'entendait rien dans les parages, rien à part les grondements sourds du coyote, qui se sentait menacé. Donc il était en droit de le tuer, il ne volerait la chasse de personne.
Mais voilà, il hésitait. Devait-il réellement le tuer ? Il n'arrivait pas à en être certain. Cette bête, en face de lui, lui ressemblait étrangement. Elle se battait pour son avenir, montrait les crocs quand survenait le danger, semblait prête à défendre chèrement sa vie… Ils étaient identiques. Dans le regard du coyote, c'était comme s'il lisait les mêmes peurs, les mêmes espoirs, les mêmes pensées. Et au fond de ses yeux fauves, il crut comprendre que la bête attendait. Il n'attaquerait pas, ne bougerait pas. Avait-il testé l'humain ? Les animaux pouvaient-ils être à ce point dotés de raison ? Heero ne le savait pas, mais il avait en tout cas l'impression que le coyote lui disait qu'il était résigné face à la mort. Il avait mené son combat, était à bout de force, c'était le moment idéal pour mourir.
S'interdisant de réfléchir, de compatir, ou d'éprouver la moindre chose pour cet amas de fourrure, et se forçant à penser à ce qu'il ferait de la dépouille – la peau, l'argent de la prime, le MIT –, Heero leva le lourd fusil, visa et tira. Le coyote eut un sursaut puis s'écroula. Mort.
~ * ~
Relena était bouleversée.
Plus tôt dans la journée, alors qu'elle se promenait dans la forêt, sans but, profitant simplement d'une accalmie dans son travail scolaire, elle avait fait une rencontre qu'elle aurait préféré éviter. Dans une clairière, Brian soupesait un cadavre de coyote. Dissimulée par un bosquet de sapins, l'adolescente pouvait l'observer sans risquer d'être vue, ce qu'elle ne se priva pas de faire. Brian avait examiné la dépouille et vu qu'il s'agissait d'une femelle. Une jeune mère, même. Elle avait des petits quelque part dans le coin, puisque ses mamelles étaient encore gonflées de lait. Les chiots rapportaient cinq dollars. Il ne devait pas l'ignorer, car il leva la tête et scruta les environs pour tenter d'apercevoir une forme bouger, un petit pleurnichant à la recherche de lait maternel.
Relena espéra qu'il parte à leur recherche, cela lui laisserait la possibilité de voler le corps. Elle n'aimait vraiment pas Brian et était prête à lui jouer un mauvais tour pour lui faire payer tout ce qu'il avait colporté sur son dos. Ce ne serait que le rendu de sa pièce. Savoir qu'un coyote avait été tué la chagrinait, bien qu'elle n'y puisse rien : ces animaux étaient considérés comme nuisibles dans la région, et en promettant une prime à quiconque en tuait, on poussait les gens à la chasse. Tout ce qu'elle pouvait faire, à présent, c'était d'empêcher Brian de toucher cet argent qu'il ne mériterait certainement pas. Ne l'avait-elle pas déjà surpris en train de braconner ?
Malheureusement pour elle, il ne bougea pas. Les petits coyotes pouvaient être partout, cachés dans un trou de neige, dissimulés sous un buisson. Les chercher était une perte de temps. Et il était impatient d'aller toucher son dû. Cette belle bête lui rapporterait un magnifique billet. D'un air passablement satisfait, il chargea le cadavre sur son épaule et s'en alla d'un pas allègre. Relena le suivit des yeux, écoeurée. Il avait l'impression d'avoir fait une bonne action ? Mais réalisait-il que c'était une vie qu'il venait d'arracher ? Non… Il était bien trop stupide pour penser à ça. Tout ce qui n'était pas humain était bon à être tué, pour lui. Pas la peine de se prendre la tête avec les remords et les sentiments.
Quand elle fut sûre qu'il était loin, elle sortit de sa cachette et descendit dans la clairière. La vue des traces de sang sur la neige la fit serrer les poings de rage. Elle avait comprit que c'était la femelle coyote qu'elle avait soignée l'été dernier qui était morte. Le pelage, vers la patte arrière droite, était plus court, exactement là où une balle de chasseur l'avait blessée. Et si la mère était morte, cela signifiait que les petits allaient la rejoindre bien vite. Ils étaient trop jeunes pour survivre, incapables de mâcher la viande qu'apporterait leur père. Il leur fallait du lait, le lait de leur mère, mais celle-ci était emmenée par l'être le plus cruel de la région.
Oui mais voilà, l'adolescente n'était pas le genre de personne à laisser faire la nature quand elle avait la possibilité d'améliorer les choses. Pour preuve, elle avait soigné et veillé sur tous les animaux ayant survécu aux chasses qu'elle avait pu trouver. Elle les avait nourris, logés, lavés… Tous avaient reconnu la main qui leur apportait leur manger et montraient leur reconnaissance par des coups de langue timides, des caresses du museau. Sans être pour autant domestiqués, ces animaux comprenaient qu'ils avaient trouvé une amie, une alliée. Quelquefois, elle en avait vus revenir. Un couple de hérissons, qui venait chaque année dans le jardin. Une pie, jadis l'aile cassée, qui faisait son nid juste devant la maison. Des lapins de garenne, qui n'étaient jamais réellement partis et qui saccageaient allègrement le terrain de derrière. Il était donc dans la nature de Relena qu'elle intervienne en faveur des animaux. Les faibles et les malades n'avaient pas à être sacrifiés pour permettre aux autres de survivre, elle était là pour les protéger.
Or elle possédait un avantage non négligeable sur Brian : elle savait où se trouvait la tanière de la famille coyote. Au début, elle avait dû laisser des repères sur les arbres et les rochers pour retrouver plus facilement sa route, mais à présent, elle était presque capable de repérer la cachette sans cela. De toute manière, avec cette neige, les arbres ne montraient guère plus de direction et leur tronc nu effaçait toute trace faite au canif sur l'écorce. Si elle se dépêchait, elle pourrait arriver avant Brian. Lui était chargé de sa proie, qu'il devait déposer chez le ranger pour toucher sa prime. Ce n'était qu'après qu'il reviendrait, si tant est qu'il songe à chercher les petits et ne les abandonne pas à leur triste sort. Relena, elle, n'avait qu'un manteau sur les épaules et ses raquettes lui permettaient d'avancer rapidement sur la neige. Elle ne devait en aucun cas perdre son avantage.
Elle courut à travers la forêt, se repérant au soleil puis à différents éléments de la nature. Par exemple, elle savait que ce groupe de sapins se trouvait un peu plus à l'Est. Cette rivière lui indiquait qu'elle n'était plus très loin. Ces gros rochers, qui semblaient être des sentinelles, gardaient la descente d'une colline, et la tanière était en bas.
Les bois étaient mortellement silencieux, ce qui n'était pas un mal. Elle n'avait pas envie d'être prise pour un animal et qu'on lui tire dessus. Aucun chien n'aboyait aux alentours, cela signifiait que les éventuels chasseurs de la journée ne devaient pas tenter leur chance dans ce coin-ci. Tant mieux pour elle. Rien que sa respiration saccadée, due à la course et à l'effort qu'elle exigeait, aurait alerté tous les êtres vivants à deux kilomètres.
Hélas, qu'elle se dépêche n'y changea rien. Une mauvaise surprise l'attendait. La grotte avait déjà été visitée. Et non par un être humain, comme ce fut son premier soupçon, mais par un loup (3), une empreinte de patte très reconnaissable, plus longue que celle des coyotes, marquait son passage près du buisson. La neige était piétinée à en devenir une flaque informe, des branchages étaient répandus partout devant la tanière… Ce n'était pas du tout bon signe.
Déjà glacée de terreur, elle se glissa dans l'étroit passage et accéda à la cachette proprement dite. Le spectacle à l'intérieur lui retourna le cœur et elle dut prendre sur elle pour ne pas vomir son repas. Deux petits avaient été éventrés comme des poupées de chiffon. Du sang, des boyaux, des poils, des bouts d'os se mêlaient à la terre en un mélange immonde. Ce ne fut que parce qu'elle remarqua deux museaux que Relena comprit le nombre de victimes. Les pauvres chiots avaient été piétinés ou mâchonnés sans vergogne jusqu'à les rendre méconnaissables. Il n'y avait rien de vivant de ce côté-ci.
L'adolescente ressortit bien vite de la tanière, tremblant de tous ses membres. Sans réfléchir, elle s'élança à travers les arbres, cherchant à laisser derrière elle cet horrible sentiment d'échec. Elle devait… Elle devait faire quoi, au juste ? La vue de ces petits chiots massacrés avait été si insupportable qu'elle avait pris la fuite sans faire quoi que ce soit pour les dissimuler. C'était stupide. L'odeur du sang attirerait les bêtes sauvages. Les prédateurs. Ils allaient se repaître de ce festin offert sur un plateau d'argent.
Mais elle devait courir, s'enfuir loin de ce spectacle répugnant. Son cœur cognait fort dans sa poitrine, et cette fois, ce n'était pas à cause de l'activité physique. Le loup. C'était le loup, le responsable. Le monstre responsable d'une telle chose. Et pourtant, en même temps qu'elle le haïssait, elle le comprenait. Pendant longtemps, il avait été chassé de ces terres par les coyotes, n'était revenu dans la région que depuis quelques années. Empli d'une rage ancestrale envers l'animal qui le forçait ainsi à se déplacer, il était normal qu'il cherche à se venger, en chassant les usurpateurs. Mais ces pauvres bébés…
Une détonation éclata dans le silence de la forêt et elle sursauta. Encore ?! Pourvu que ce ne soit pas Brian. Pourvu qu'il ne soit pas resté dans les parages et qu'il cherche à lui faire peur. Pourvu surtout qu'il n'ait pas trouvé un survivant…
La peur au ventre, Relena dévala une pente, manquant perdre l'équilibre dans cette neige trop molle, mais se rattrapa et continua à courir aussi vite qu'elle le pouvait. Elle constata au bout de quelques mètres qu'on ne la suivait pas. Au contraire, le coup de feu avait été tiré devant elle.
Elle arriva enfin devant une falaise qui montait à pic, le souffle court. Une silhouette était accroupi près d'un corps animal et le tâtonnait avec précaution. Il lui sembla reconnaître les cheveux.
- Heero… ?
Surpris, il fit volte-face, levant à demi son fusil. Remarquant que ce n'était pas une menace, il le posa à terre et leva un visage étonné vers elle.
- Relena ? Tu m'as fait peur… Que fais-tu par là ?
Sans répondre, d'une part parce qu'elle n'avait pas encore récupéré de sa course et d'autre part parce qu'elle ne tenait pas à perdre du temps en explication, l'adolescente le rejoignit et se mit à genoux à côté de lui. Elle n'hésita pas une seconde à manipuler le cadavre du coyote malgré le sang qui poissait la fourrure couleur sable. Ses doigts, habitués à tâter les blessures, parcouraient la toison à la recherche de traces de combat. Intrigué malgré lui, Heero observait ses gestes.
- Il a été mordu par un loup, murmura la jeune fille en osant plonger ses doigts jusque dans la blessure, au flanc. Il s'est battu contre lui. C'était le père…
- Le père ? répéta Heero, ne comprenant pas ses paroles.
Elle leva vers lui un regard vide d'expression. Une petite larme coulait le long de sa joue sans qu'elle y prête attention. L'adolescent ne put s'empêcher de la suivre des yeux, la regardant se perdre dans le col de son pull, entouré d'une grosse écharpe en laine. Alors seulement il revint à ses yeux.
- La famille coyote que tu as vue avec moi l'autre jour… Tu sais, quand tu m'as vue pour la première fois… Et bien, Brian a tué la mère tout à l'heure. Et là, c'est le père.
- Je ne savais pas, murmura-t-il, sincèrement désolé de lui avoir causé cette peine. Si loin de leur tanière, j'ai cru…
- Leur grotte a été saccagée. Par le loup. Les petits sont morts.
- Mais alors, pourquoi serait-il venu jusqu'ici ? Pourquoi n'a-t-il pas cherché à les protéger ? Il était… Il ne semblait pas avoir peur de mourir. Et puis, lui aussi, il a été blessé par le loup, n'est-ce pas ? Ca n'a pas de sens, il n'aurait pas dû abandonner les siens.
- Il a… voulu sauver sa peau, sans doute.
Elle semblait triste de réaliser que les animaux aussi pouvaient se montrer égoïstes. Heero eut encore plus de peine pour elle et essaya de lui remonter le moral.
- Et… je ne sais pas, moi, il n'aurait pas pu essayer d'entraîner le loup ailleurs ? De l'éloigner de la grotte ? Ca expliquerait la blessure. Et puis, je suis tombé sur la piste tandis que le loup retournait à la grotte… la piller. (Il n'arrivait pas à dire « massacrer les chiots laisser sans défense », ce serait inhumain de sa part.) Donc le coyote n'a pas pu revenir.
- Mais pourquoi se serait-il éloigné autant, alors ? Il aurait dû y retourner… Son instinct le pousse à revenir aux lieux familiers.
- Il a peut-être été chassé par le loup ?
- Ou alors… Je sais ! s'exclama Relena. Il s'est battu contre le loup pour permettre à sa compagne de mettre les petits à l'abri ! Il voulait entraîner le loup le plus loin possible, sans savoir qu'il tomberait sur des chasseurs entre temps !
- Mais…
- Il faut tout de suite retourner là-bas et chercher autour de la tanière !
Elle se leva d'un bond et fit quelques pas en courant, avant de remarquer que Heero ne la suivait pas. Son corps se figea et elle tourna un visage angoissé vers lui. Il s'était relevé, lui aussi, mais, incertain, regardait le cadavre du coyote. Vingt dollars. Il en avait besoin. Il avait perdu une journée pour atteindre ce satané animal, négligeant d'autres pistes parce qu'il préférait continuer sur sa lancée. Se focaliser sur un seul objectif, voilà ce qu'il avait toujours fait. Mais c'était sans savoir qu'il croiserait Relena, et surtout, qu'il tomberait sur l'unique coyote qu'il voulait protéger.
Il était face à un dilemme. Suivre Relena, ce serait abandonner le corps aux carnivores de la forêt, perdre vingt dollars, voir son rêve s'éloigner un peu plus. Mais ne pas la suivre, ce serait la blesser, perdre peut-être son amitié, se montrer égoïste et cruel, et porter le poids de la culpabilité pour longtemps. Son avenir méritait-il vraiment une telle chose ? Relena le soutenait, après tout. Elle était pratiquement la seule au courant, et jamais elle n'avait dit qu'il n'était pas capable d'entrer au MIT. Tout le contraire, elle croyait en ses capacités et affirmait qu'il deviendrait un brillant informaticien.
Des yeux, la jeune fille le suppliait de laisser le cadavre et de la suivre. Elle ignorait pour quelles raisons, mais elle ne voulait pas être seule pour rechercher des survivants, si jamais il y en avait. La grotte avait été profanée, le lieu puait la mort et la désolation. Sans compter que Brian pouvait revenir sur ses pas, pris de remords…
Enfin, Heero prit sa décision et la rejoignit en quelques enjambées souples, son fusil déjà à l'épaule. Il avait envie de le jeter au loin rien que parce qu'il était coupable d'avoir infligé la mort à un animal qu'il s'était promis d'épargner. Cependant, être en forêt sans arme pour se défendre était imprudent. On ne savait jamais sur quoi on allait tomber. Parfois, des bêtes prises de panique chargeaient droit devant elles sur plusieurs kilomètres, ne se détournant même pas quand elles se trouvaient nez à nez avec un être humain.
Et Relena n'était pas à l'abri du danger. Elle se promenait peut-être désarmée la plupart du temps, mais c'était une attitude stupide. Elle craignait moins des animaux que des hommes. En effet, elle ne semblait pas se rendre compte que sa présence presque ingénue dans les bois attirait la curiosité. C'était un miracle si elle n'avait jamais croisé la route d'un autre chasseur et qu'il ne lui avait pas cherché des noises. Donc, puisqu'il était présent et qu'il en avait la possibilité, Heero allait lui servir de protecteur pour cette fois-là (4).
Il ne prononça pas un mot en découvrant la neige souillée et l'antre violé, mais si Relena avait tourné la tête vers lui, elle aurait lu la tristesse dans ses yeux. Silencieusement, il l'aida à enterrer les petits cadavres dans la terre dure et gelée, se gardant bien de protester que c'était des billets de cinq dollars qu'ils enfouissaient là.
Ils trouvèrent trois autres cadavres à demi recouverts de neige, quelques mètres plus loin. L'adolescente était la seule à palper et manipuler les corps ensanglantés et mutilés, parfois en lambeaux, Heero se contentait de les poser dans le trou qu'il avait réussi à creuser avec ses mains. Ils ne purent que constater qu'il n'y avait pas de chiot indemne caché dans un recoin du terrier. S'ils n'avaient pas été tués sur-le-champ, ils étaient morts de leurs blessures.
Le dernier corps enterré, Relena resta immobile face à l'amas de neige. Elle n'arrivait pas à y croire. Tous ces petits bébés qui n'avaient pas eu le temps de vivre… Le nombre s'approchait de son estimation de la portée. Elle n'avait pas pu voir avec précision combien il y avait de bébés, la seule fois où elle était entrée dans la tanière : dans le noir, les chiots formaient un tas de fourrure où le corps de l'un semblait se prolonger sur un autre, tant ils étaient serrés contre leur mère.
Derrière elle, Heero ne bougeait plus. Il comprenait sa douleur comme si elle avait été sienne, alors qu'il avait pourtant l'habitude de tuer des animaux. Mais elle lui avait montré une autre conception de la nature, lui avait prouvé qu'on pouvait se faire des amis même quand l'autre ignorait ce terme… Ces coyotes-là, c'était en quelque sorte sa famille. Elle avait connu leur mère, l'avait soignée, choyée, lui avait apporté des proies pour qu'elle ne meure pas de faim… En remerciement, la femelle coyote lui avait montré les siens, lui démontrant qu'elle s'en sortait toute seule et qu'elle était parvenue à fonder un foyer. Le foyer était anéanti, à présent. Tout comme la joie dans le cœur de Relena, qui se demanda vaguement si elle retrouvait le goût d'aider un animal un jour, tant la douleur du décès était amère.
Refusant de céder aux larmes qui menaçaient de couler, et ce parce qu'elle n'était pas seule, l'adolescente se releva et, sans le regarder, commença à inspecter alentour des buissons. Elle se rattachait au maigre espoir qu'elle trouverait un petit sain et sauf à proximité. Une mère n'aurait pas abandonné sa portée, elle le savait.
- C'est inutile, murmura Heero.
- Tant qu'il y a de la vie, il y a de l'espoir, répliqua-t-elle sans le regarder ni arrêter ce qu'elle faisait.
Pendant trente minutes, elle scruta avec soin le sol autour de la tanière. A quatre pattes dans la neige, elle tâtait la terre, cherchant les trous, les cachettes dans lesquelles pourraient être dissimulés de petits animaux. Puis elle élargit le périmètre et fouilla avec tout autant d'attention. Heero ne bougea pas et la regardait faire, sceptique. Il savait que son entreprise était vouée à l'échec. Tous les petits avaient été décimés, les deux parents étaient morts durant leur fuite, tués par les chasseurs, la mère par Brian et le père par lui… Le loup devait faire un festin avec un oiseau ou un faon un peu plus loin, ne songeant même pas à ceux qu'il avait ainsi corrigés. L'Homme n'aimait pas tuer le loup, on le prenait pour un animal plus sacré, intouchable, alors que le coyote était relégué au rang de charognard, de nuisible… En effet, bien des lois protégeaient le loup dans plusieurs parties du monde, tandis que le coyote était unanimement vu comme un profiteur et un pilleur de poubelles.
Mais comment dire à Relena qu'il fallait abandonner tout espoir ?
Il finit pourtant par se lancer, comprenant que sa peine serait proportionnelle au temps qu'elle aurait passé à chercher les prétendus miraculés.
- Je crois que…
- Ecoute !
Il prêta l'oreille. Avait-elle entendu Brian qui… ? S'il revenait ici, la rencontre n'allait pas être plaisante.
Puis il crut entendre vaguement quelque chose, comme un éternuement ou une faible plainte…
- Par là !
Relena se précipita vers l'origine du bruit. Il la suivit, plus calmement, jetant des regards autour d'eux pour vérifier qu'ils étaient bien seuls. Un chasseur pourrait profiter de leur inattention pour fouiller les tombes fraîchement creusées et emmener les corps.
Quand il vint s'accroupir à côté d'elle, il remarqua également les deux petits museaux qui sortaient de sous un amas de neige.
- Ils sont vivants ! murmura la jeune fille, émue jusqu'aux larmes.
Elle posa la main sur l'un d'eux. De minuscules dents saisirent son doigt et le chiot se mit à téter le gant.
- Ils sont surtout affamés, répliqua Heero d'un ton sec. Laisse-les mourir. C'est leur destin.
- Non ! Non, je refuse de les laisser seuls et sans défense. Ce serait… injuste.
En réalité, il s'attendait à cette réponse. Elle n'était pas le genre de fille à abandonner dès que survenait la première difficulté. Pire, elle ne l'écouterait pas, quoi qu'il dise. Et pourtant, ce n'était que pour son bien qu'il lui conseillait de laisser la nature faire son affaire.
Pour être sincère, il n'avait pas non plus envie d'abandonner les bébés à leur triste sort. Il était en partie responsable du fait qu'ils étaient désormais orphelins. S'il n'avait pas tiré sur leur père, celui-ci aurait pu les mettre à l'abri ailleurs et s'en occuper.
Heero dégagea doucement les deux petits coyotes de la neige dont ils étaient couverts. Impossible de savoir si on les avait cachés dessous ou si une branche d'arbre avait laissé tomber sur eux la neige qui la surchargeait. Il se saisit d'un des bébés, le sentit se tortiller sous ses doigts, essayer de le mordre. Il le tenait fermement. Au bout de quelques instants, le coyote cessa de trembler et commença à se réchauffer au contact de la chaleur humaine et des gants qui couvraient ses mains.
- On dirait des bébés chiens, constata-t-il.
L'adolescente, qui le dévisageait, ne pouvait s'empêcher d'épier ses gestes, craignant un peu pour la vie du petit. Elle parut un instant décontenancée mais finit par lui sourire.
- On pourrait aller chez moi.
- Chez toi ? Ce n'est pas trop loin ?
- Non, pas tellement. Et je connais un raccourci.
- Ok.
- Prends ce bébé, je me charge de l'autre.
Elle serra le chiot contre sa poitrine et se releva. Réchauffé par la chaleur de son corps, il commençait à reprendre conscience. Relena le mit dans son pull et plaça un bras en dessous, le soutenant. Ca faisait une drôle de rondeur au niveau de son ventre, que Heero fixa avec stupéfaction. On aurait dit une femme enceinte, sauf que le fœtus était trop haut. Mais l'adolescente ne s'inquiéta pas des détails esthétiques. Il fallait nourrir les bébés au plus vite.
Relena ouvrit la marche, courant presque dans la neige. Heero la suivait comme une ombre, silencieux et concentré, prêt à utiliser son fusil si le moindre danger se présentait. Dans la poche de sa veste était niché le petit coyote, qui geignait, affamé. Arriver en vue de la maison ne leur demanda pas plus de dix minutes. Sans perdre de temps, l'adolescente dévala la pente, passa la clôture, traversa la cour et ouvrit la porte de derrière. Elle donnait sur la cuisine.
- Tu n'as pas fermé la porte à clef ? s'étonna le brun en la rejoignant.
- J'oublie la moitié du temps, au moins. Personne ne passe par là.
- Les cambrioleurs…, commença Heero.
- Qu'est-ce qu'ils pourraient bien me voler ? Je n'ai aucun objet de valeur ici. Et je suis la dernière maison du quartier, trop éloignée de la ville.
Heero se garda de répondre que c'était précisément pour cette raison qu'elle risquait d'être cambriolée. Plus elle était loin du centre-ville, plus la police mettrait de temps à intervenir. Sans compter que les voisins ne verraient peut-être rien si les maisons étaient trop espacées les unes des autres.
Un mouvement dans sa poche le ramena au présent. D'abord s'occuper de ceux qui mouraient littéralement de faim, puis sermonner Relena.
L'adolescente frappa ses bottes couvertes de neige contre le mur, faisant tomber le plus gros de la neige. Elle franchit la porte, fit signe à Heero de la suivre. Il entra pour la première fois dans la cuisine en étant suffisamment lucide pour saisir son environnement – quand il avait passé la nuit chez Relena, il avait eu autre chose en tête au réveil et découvrait toutes les parties de la maison, il n'avait donc pas pris la peine de détailler la cuisine. Une pièce aux murs immaculés et au sol carrelé de blanc et noir. Relena sortit le coyote de son pull et le posa sur la table recouverte d'une nappe en plastique. Ensuite, elle alla fouiller dans un placard, sortit une pile de tissus et en tendit à Heero. Il l'examina en le prenant. C'était un vieux drap en flanelle.
- Enroule-les dedans, il faut les garder au chaud.
- Tu sembles avoir l'habitude de ce genre de chose, commenta-t-il en le faisant.
- Ce n'est pas la première fois que je recueille des bébés, encore moins des animaux affaiblis. J'ai appris sur le tas, ne crois pas que je suis une experte. Je suis loin d'être digne d'un vétérinaire.
Sans plus d'explication, elle mit une casserole sur le feu et fit tiédir un mélange de lait, de sucre et d'eau (5) tandis que Heero frictionnait tour à tour les deux bébés. Se réveillant progressivement, ces derniers se mirent à gémir et à pleurnicher, réclamant la nourriture dont leur petit estomac avait besoin.
Quand le mélange fut suffisamment chaud, Relena le versa dans deux petites coupelles et en tendit une au brun. Il la regarda sans comprendre.
- Ils ne sont pas capables de se nourrir eux-mêmes. Il faut… les pousser à le faire. Forcer la nature, en quelque sorte.
- Mais je croyais qu'ils étaient nourris par leur mère… avec…
- Il n'y a pas de biberon ici et il est hors de question de les nourrir au sein, Heero ! protesta-t-elle, les joues soudain rougies. C'est la seule solution !
Il acquiesça mais attendit de voir comment elle faisait afin de suivre son exemple. Il ne savait pas ce qu'il fallait faire. Il aurait pensé que laisser les animaux devant les soucoupes suffisait.
L'adolescente s'assit, mit la coupelle près du bord de la table, saisit un chiot, qui geignit en sentant le froid, le plaça sur ses genoux et plongea son petit museau dans le liquide tiède. L'animal poussa un gémissement et protesta en éternuant, répandant des gouttelettes de lait sur la table. Relena dut s'y prendre à plusieurs reprises pour qu'il comprenne ce qu'on attendait de lui : il se mit à laper le mélange.
Heero imita fidèlement ses gestes. Bientôt, les deux petits chiots affamés étaient repus, leur estomac gonflé de bon lait. Relena les prit tous les deux dans ses bras et les porta jusqu'à une caisse, qui traînait par terre. Le fond était tapissé d'un chiffon. Elle rajouta quelques tissus, dans lesquels ils se blottirent pour s'endormir aussitôt.
L'adolescente revint lentement s'asseoir en face de lui, appréhendant un peu le tête-à-tête.
- Tu veux quelque chose à boire ? Du café ? murmura-t-elle, embarrassée.
- Non merci.
Dommage, cela lui aurait permis de s'occuper, au lieu d'éviter avec soin de croiser son regard.
Ils ne dirent rien pendant le quart d'heure qui suivit, cherchant en vain un sujet de conversation banal. L'horloge égrenait méthodiquement les secondes. Parfois, on entendait la respiration profonde d'un des petits chiots.
Enfin, Heero se décida à rompre le silence :
- Qu'est-ce qu'on fait ? Pour les coyotes, je veux dire.
Elle poussa un soupir.
- Je ne sais pas vraiment. Les remettre dans la forêt, c'est les condamner, puisqu'ils ne pourront pas se défendre avant quelques mois. Et puis, un chasseur pourrait les trouver et chercher à les tuer…
- Oui, ce serait idiot de les laisser mourir après leur avoir prêté secours.
Son ton était neutre. Relena comprit qu'il ne prendrait pas parti. Il était peut-être un chasseur, mais il avait également compris les motivations qui la poussaient à sauver ces boules de fourrure.
- Je pense… Je pense que je vais les garder ici, le temps qu'ils reprennent des forces. Ensuite, je verrai avec un refuge s'ils ne peuvent pas les prendre.
- C'est une sage décision.
Sur ces mots, il se releva, s'apprêtant à partir.
- Il faut que je fasse quelque chose pour le coyote que j'ai tué. Je ne peux pas le laisser comme ça, à l'air libre. Ca va attirer les charognards et les chiens. Je pense que je vais… l'enterrer. J'ai ma part de responsabilité dans tout ça, dit-il d'une voix hésitante. J'ai pas envie que Brian le trouve. Mais si tu penses que…
- Tu as fait un beau geste, Heero, malgré tout, et je sais ce qu'il t'en coûte. Merci.
Pourtant, il refusa ses remerciements, se dirigeant vers la porte avec un visage sombre.
- C'est à cause de moi qu'ils sont orphelins.
- C'est la vie. On n'y peut rien.
- Je ne crois pas, non. J'aurais pu éviter ça, je le sais.
- Moi, je sais que tu es quelqu'un de bien au fond. Au revoir.
Sur un dernier signe de tête, il sortit et sa silhouette disparut rapidement dans le bois enneigé.
Relena soupira et commença à préparer à manger. Il allait bientôt être six heures du soir.
A suivre dans le chapitre 7
(publication le lundi 15 février)
Notes de lecture :
(1) : Dans le sens 's'opposer fermement à', comme lorsqu'on défend son point de vue. Peut aussi se prendre comme 'tenir bon contre'.
(2) : Chapitre très très fortement inspiré du roman jeunesse qui m'a servi de base, Le Chant triste du coyote, de Mel Ellis (Le Père Castor/Castor Poche).
(3) : Eeeet oui. On a beau protéger le loup, dire que c'est un magnifique animal méconnu, très intelligent, et que c'est horrible qu'il ait été autant chassé les siècles précédents, surtout à cause de superstitions (la Bête du Gévaudan, notamment), mais il n'empêche que c'est lui aussi un prédateur. Ennemi héréditaire du coyote, même, car le coyote, plus petit, plus agile, lui pique son territoire…
(4) : Ben voyons. A croire qu'il ne réalise pas que c'est lui qui la met en danger la plupart du temps… (dans la série ET dans ce texte).
(5) : Je ne suis pas biologiste ni vétérinaire, loin de là, je me suis contentée de suivre 'la recette' indiquée dans le roman. C'est un substitut de lait maternel.
