Hunting the coyote
Titre : Hunting the coyote.
Chapitre : 08, Something happened. Something unexpected and terrible. (Quelque chose s'est passée. Quelque chose d'inattendu et de terrible).
Auteur : Katel Belacqua.
Fandom : Gundam Wing.
Persos et Pairing : Heero x Relena, Dorothy, Brian x Relena (totalement unilatéral).
Rating : M, pour langage cru, usage de violence (verbale, physique), tentative de viol, vague situation à caractère sexuel et le baratin habituel.
Genres : UA, violence, drame, romance.
Disclaimer : Gundam Wing manga à Koichi Tokita. Gundam Wing anime à Masashi Ikeda et au studio Sunrise. "Gundam" à Yoshiyuki Tomino et Hajime Yadate.
Nombre de mots : 6 625 mots.
Notes globales sur le texte : - La soundtrack n'est, évidemment, qu'une indication. Ce ne sont pas des chansons qui m'ont inspirée ou que j'ai écoutées en écrivant, plutôt des chansons qui correspondent à l'ambiance du chapitre en question. Pour ceux qui veulent, j'ai les chansons, je peux les envoyer par mail !
- Aucun humain ou animal n'a été maltraité durant l'écriture de ce texte. Sauf l'auteur et Gugus, ordinateur portable de son état.
- Les idées évoquées dans le texte n'impliquent que les personnages, bien évidemment. Ca fait partie de l'histoire, rien de plus. Pas la peine de partir dans un débat pro-chasse, anti-chasse, ce n'est ni le lieu ni mon intention ni ce que j'espère vous faire retenir de cette histoire.
Chapitre 8 - Something happened. Something unexpected and terrible.
Soundtrack : Rammstein - Feuer frei!
Heero était en train de faire des exercices de physique lorsque son portable sonna depuis le coin du bureau où il était posé. Sans regarder qui était son correspondant ni cesser de rédiger une réponse, il prit l'appel.
- Oui ?
- Heero ? Où es-tu ?
- A la maison. En train de travailler.
Il avait reconnu la voix de Dorothy, ce qui signifiait que ce ne devait pas être très important. Elle l'appelait sans doute pour lui faire part d'une rumeur ou colporter un ragot. Ou elle allait encore lui poser une salve de questions au sujet de Relena. A croire qu'elle ne pouvait pas les poser à la principale concernée durant les intercours. Mais telle qu'il connaissait Dorothy, elle devait se montrer si pressante que Relena l'évitait.
Et comme de juste, la blonde lança :
- Tu n'aurais pas des nouvelles de Relena, par hasard ?
- Pas depuis qu'elle est rentrée chez elle.
Une chose clochait. Dans le ton de la voix de Dorothy, peut-être. Il semblait à Heero qu'elle était trop sérieuse. En temps normal, Dorothy se montrait toujours sarcastique, ironique, cynique, mesquine… Elle tenait tête à tous les garçons du lycée et les ridiculisait en quelques répliques.
Mais jamais encore elle n'avait été sérieuse.
Heero eut aussitôt une mauvaise impression.
- Pourquoi ? Il s'est passé un truc ? demanda-t-il, posant enfin son stylo.
- Je… Je ne sais pas. Je ne sais pas si c'est juste une bêtise ou autre chose. J'aurais préféré qu'elle soit en ville, dans la forêt, ou mieux, avec toi, il ne saurait pas où la trouver.
- « Il » ? De qui parles-tu, Dorothy ?
- Il paraîtrait que Brian a affirmé à un de ses charmants amis qu'elle fera tout ce qu'il lui dit. Qu'elle lui est entièrement soumise. Il a dit que tu te montrais jaloux parce qu'elle ne cessait de te repousser… et que c'était parce qu'elle était toujours secrètement amoureuse de lui.
- Relena ? Amoureuse de Brian ? Il devrait arrêter de rêver et redescendre sur Terre un peu. Elle ne l'aime pas et ne l'a même jamais aimé. C'était juste une passade.
- Je m'en serais doutée. Franchement, qui sortirait avec Brian ? C'est un rustre lourd et pataud qui n'a vraiment rien pour lui. Mais le problème, c'est que la personne qui m'a rapporté ses propos disait qu'il était en train de boire avec ses amis… Et qu'il avait beaucoup bu.
- Il est allé s'effondrer dans un coin pour dessaouler ? proposa Heero.
- Non, ce n'est pas son genre… Il boit beaucoup mais reste conscient… Ca le pousse parfois à faire des choses qu'il ne ferait pas habituellement. Une fois, il a essayé de me violer. Je lui ai donné un coup de genou dans l'entrejambe et je l'ai assommé, il ne m'a plus jamais adressé la parole.
- Je l'ignorais, murmura Heero, la bouche soudain sèche.
Il connaissait Dorothy depuis des années et brusquement, c'était comme s'il ne la connaissait plus du tout. Jusqu'à quel point avait-il pu se tromper sur son compte ?
- Je n'avais pas trouvé de moyen d'amener la chose, dit-elle avec délicatesse. Mais j'ai un peu peur pour Relena… Il connaît sa maison ?
- Je… Je ne sais pas. Je ne crois pas. Enfin, je n'en sais rien.
- Heero, tu pourrais aller vérifier que tout va bien ? Brian est peut-être un idiot, mais il est fort… Et il a son fusil avec lui. Je crois qu'à l'origine, il voulait aller chasser de nuit. Vu l'alcool qu'il a dans le sang, il aurait été capable de plomber un passant.
L'adolescent était déjà debout.
- Oui, je pense que je vais passer la voir. Dorothy… Tu peux appeler certains de tes amis ? Ils pourraient par exemple patrouiller en ville, intercepter Brian avant qu'il ne fasse une bêtise… Quand il se met en colère, il est incontrôlable.
- Je vais faire ça. Mais sois prudent. Brian attaque peut-être Relena… mais c'est toi qu'il vise.
- Je sais, gronda Heero. Il a intérêt à la laisser tranquille. Ou sinon je m'assurerai qu'il comprenne la leçon et ne l'approche plus.
~ * ~
Le soir tombait. Dédaignant le bus, qui mettait toujours un certain temps à arriver et qui faisait des détours, Heero se mit à courir en direction de la maison de Relena. Il n'avait pas de chance, c'était vraiment loin de chez lui. Relena n'avait pas de téléphone portable et il ne connaissait pas son numéro de fixe. Impossible de la contacter sans aller la voir. Cependant, à cœur vaillant rien n'est impossible. Il était si inquiet qu'il ne sentait pas l'effort que lui demandait un tel trajet. Son corps le lui rappellerait plus tard.
Sa cadence ralentit en arrivant à proximité de la maison de Relena. La lumière extérieure était allumée mais la porte d'entrée fermée. En revanche, il entendait des éclats de voix derrière, dans la cour. Ca n'était pas bon signe. Il se précipita.
- Va-t'en ! Dégage d'ici ! criait la voix de Relena.
- Ou sinon quoi ? Tu vas me foutre dehors ? Essaye donc, princesse !
Brian éclata d'un rire gras qui aurait porté sur les nerfs de n'importe qui. Mais Heero n'en avait pas besoin pour avoir envie de s'interposer. Quand Brian commençait à s'imposer chez quelqu'un, cela s'annonçait mal pour la suite.
Relena se tenait sur le perron de la porte de la cuisine, placée entre l'intérieur et la cour. Brian était seulement deux marches plus bas et la dominait quand même. Il empiétait sur son espace vital. D'ailleurs, une de ses mains était appuyée au mur à hauteur de la tête de l'adolescente. Entre flirt et menace réelle.
- Allez, juste un petit coup, tous les deux… Personne en saura rien… Je sais que tu attends que ça…
- Brian, qu'est-ce que tu ne comprends pas dans « Non » ?! Fiche le camp d'ici ! s'énerva Relena.
- Où est ta galanterie ? railla Heero. Tu viens embêter les filles jusqu'à chez elles, maintenant ?
Brian tourna la tête vers lui, le regard mauvais.
- Tiens, le joli cœur. Qui t'a sifflé ? T'as rien de mieux à faire ?
- Rien de mieux qu'à protéger une amie, tu veux dire ? Non, je ne crois pas.
Heero croisa les yeux de Relena et lui adressa un imperceptible hochement de tête. Il venait de lui promettre de ne pas la laisser tomber. Soulagée, elle soupira. Elle se sentait mieux maintenant que Heero était arrivé. Comment il avait senti qu'elle avait besoin d'aide, elle l'ignorait, mais c'était bien le cadet de ses soucis. Le plus important était qu'il se range de son côté et persuade le visiteur impromptu de partir.
Cependant, son apaisement fut de courte durée. Comprenant qu'il était en train de perdre la partie, et voyant qu'elle se montrait bien trop détendue, Brian se jeta sur elle pour la saisir au cou. Relena poussa un cri.
- Mais c'est qu'elle aime ça, cette salope, avoir deux hommes qui se battent contre elle ! Elle aime ça, être en position de dominatrice, faire ce qui lui plaît des autres ! Pourtant, tu es une salope, hein… ? Tu le sais, ça ? T'es une salope parce que t'aimes baiser et être baisée… T'aimes qu'on te prenne par surprise et qu'on te fasse hurler de plaisir… Il y est déjà arrivé, ton Don Juan, ou il faut que je lui donne des leçons ?
Heero l'aurait tué sur place. Sans hésitation. L'envie de lui faire ravaler ses paroles se fit sentir, violente, puissante. Oh, quel plaisir il prendrait à serrer ses mains autour de son cou à lui pour l'empêcher de continuer sur sa lancée. Ecraser sa trachée, ou sa gorge, s'il ne la trouvait pas, ne s'encombrant pas de détail. Lui faire ravaler ses paroles littéralement. Voir la terreur, la panique, envahir son regard comme il devinait que se faisait envahir celui de Relena. Heero ressentait une haine si profonde à ce moment précis, à cette seconde même, qu'il en tremblait littéralement. Ses poings s'ouvraient sans qu'il réfléchisse, de leur propre gré.
Il se précipita, mais Brian tenait Relena, il ne pouvait pas le frapper sans risquer de la blesser. Sa propre impuissance le révoltait.
- Tu avais juste envie de jouer…, souffla Brian à Relena, lui envoyant son haleine nauséabonde au visage. Tu voulais passer du bon temps, tu m'as choisi… Mais c'est donnant-donnant, tu saisis ? Et j'en ai pas encore fini avec toi, beauté… Oh, non… Je vais te faire jouir comme jamais parce que c'est ce que t'attends depuis deux ans…
Heero s'apprêtait à lui sauter dessus par-derrière quand un jappement les surprit tous. Brian accorda un regard en arrière, notant le brun à quelques mètres seulement de lui, gardant toujours ses distances, puis ses yeux remontèrent plus loin.
La cage. Les animaux, sentant qu'il se passait quelque chose de grave, s'agitaient dans la cage. Un des coyotes, le museau contre le grillage, grondait en fixant la maison. Son instinct lui soufflait de protéger les siens. Et Relena en faisait partie.
- Tiens, tiens… Mais c'est qu'on a son élevage ! Pourquoi aller les chercher dans la forêt s'ils sont en libre service ici ? Ben alors, on m'a caché ça ? C'est pas très gentil…
- Ne t'avise pas de les toucher, ordure, articula lentement Relena, toujours maintenue par la main de Brian.
- T'es pas en position de me donner des ordres.
Et il la lâcha.
Elle tomba par terre, chutant brutalement sur les marches en pierre. Par miracle, elle ne se cassa rien, mais un gémissement lui échappa : en se rattrapant sur sa main, elle s'était écorchée la paume, du sang se mêlait à la terre et aux traces vertes d'herbe.
Un peu sonnée, elle ne sentit pas tout de suite que Heero la soutenait, à présent à côté d'elle. Brian s'approchait de la cage, un rictus aux lèvres, le fusil tenu d'une main ferme malgré le degré d'alcool qui coulait dans son sang. En un éclair, Relena comprit ce qu'il avait l'intention de faire.
- Empêche-le… Oh mon Dieu…
Le coyote jappait de plus en plus fort, nerveux à mesure que l'être humain s'approchait de lui. C'était la petite femelle, la plus curieuse, la plus espiègle des deux. La première à faire des bêtises, aussi. S'il n'y avait pas eu cette barrière grillagée, elle se serait jetée sur lui pour mordre ses bottes, même si ses petits crocs ne pouvaient pas grand-chose contre le cuir de ses chaussures. L'animal sentait que cet homme-là était mauvais.
Brian se fichait complètement de se montrer injuste ou horrible. Le coyote était réellement sans défense, peut-être, mais ça ne représentait rien de plus qu'un billet à ses yeux. La dépouille serait un trophée merveilleux dans son salon, s'il trouvait moyen de la conserver. Il pourrait la laisser négligemment posée sur un meuble et raconter à qui voulait l'entendre son histoire. Oui, ce serait un récit merveilleux à raconter. Comment une gamine gardait enfermer des animaux sauvages dans sa propriété, au mépris de la loi. Et comment il avait dû abattre cette sale bestiole enragée.
Les yeux brillants de convoitise, il arma le fusil, le braqua dans la direction du coyote, qui aboyait férocement, et tira au jugé.
Par un horrible miracle compte tenu de l'état du tireur, la distance devant être un avantage non négligeable, la balle tua l'animal sur le coup.
Relena cria quelque chose que Heero n'entendit pas, car il venait de se jeter sur Brian. La détonation, le cri de l'adolescente, le grognement de Brian quand il tomba à terre, tout s'embrouilla. Tout ce que savait Heero, c'était qu'il débordait tant de colère qu'il devait la faire sortir, d'une manière ou d'une autre. Il donna deux coups de poing au garçon sous lui, qui ne fit rien pour les éviter.
Il riait, mais son rire s'étouffa quand le poing de Heero s'abattit pour la troisième fois contre son visage. Cette fois, le sang coula de son nez, la douleur lui arrachant un grognement. Il n'avait pas imaginé que le brun puisse être aussi fort. Ni aussi sérieux. Il lisait dans ses yeux une profonde détermination à lui rendre le mal qu'il venait d'infliger. Soudain, il eut peur pour sa vie.
Bien qu'il ait envie de corriger Brian de suite, Heero savait qu'il devait avant tout penser à Relena. Elle était restée à terre, choquée, effondrée, fixait sans le voir l'endroit où ils se battaient.
Le brun se mit donc debout et souleva d'une main un Brian tremblant.
- Va-t'en d'ici. Immédiatement. Avant que je ne change d'avis. Dégage !
Brian acquiesça faiblement. Il se baissa pour ramasser l'arme, qui était tombée à terre lorsque Heero s'était jeté sur lui, mais eut la présence d'esprit de ne pas tenter un acte de bravoure. Heero avait les nerfs à vif, le regard vigilant. Un geste de travers et il mettait Brian K.O. sans hésitation.
Il ne le quitta pas des yeux jusqu'à ce qu'il fasse le tour de la maison pour sortir, et même quand sa silhouette eut disparu dans la rue, son visage restait tourné dans la même direction. Attendant d'être sûr qu'il était bien parti.
Un reniflement le tira de ses pensées. Relena refoulait ses larmes.
- Tu vas bien ? demanda-t-il en revenant vers elle, sourcils froncés.
Elle restait livide et ses mains, pourtant posées sur ses genoux, tremblaient fébrilement.
- Je… Je crois.
- Relena.
Il s'accroupit à côté d'elle et la dévisagea gravement.
- C'est normal d'être sous le choc après une agression pareille. Tu n'as pas à te forcer à être forte pour me cacher tes faiblesses, tu sais. Il a essayé de te tuer.
- Oui… Oui, tu as raison.
Elle essaya de se relever, vacilla, les jambes molles, mais se rattrapa au mur et poursuivit sa progression sans aide. Heero la suit des yeux, inquiet.
- Je vais appeler la police, lança-t-il au moment où elle allait entrer dans la cuisine.
Elle se figea et lui jeta un regard craintif par-dessus son épaule. Il y lut de la peur. Evidemment. Si elle faisait arrêter Brian, tout le monde la montrerait du doigt, parlerait sur son passage, répandrait tout un tas d'histoires à son sujet. On dirait que si elle avait été agressée, c'était de sa faute, parce qu'elle se montrait trop entreprenante avec les garçons, par exemple elle tournait toujours avec ce Heero, ils devaient coucher ensemble…
Mais les gens se trompaient. Brian avait essayé de la tuer, de la violer, et c'était des actes presque involontaires, sous le coup de la fureur. Il ne savait pas ce qu'il faisait. Ou du moins, Heero l'espérait. S'il avait réellement eu l'intention de tuer Relena, alors il avait réellement un problème et méritait d'être enfermé pour le reste de ses jours. Au minimum.
Il allait devoir convaincre Relena de ne pas se montrer conciliante avec Brian juste parce qu'ils avaient eu une aventure jadis.
- Tu ne vas pas le laisser partir comme ça, quand même ? Par ce qu'il a tenté de faire, il est devenu un criminel. Qui sait s'il ne recommencera pas ? S'il n'essayera pas à nouveau de te tuer ? Il est dangereux. On ne peut pas le laisser en liberté comme ça.
- Il…
- Tu crois vraiment qu'il n'était pas sérieux ? Moi, je le connais, et je peux te dire qu'il en est capable. Je suis même étonné de n'avoir pas réalisé plus tôt qu'il en était parfaitement capable. Je l'ai déjà vu tabasser quelqu'un jusqu'au sang juste parce qu'il l'avait regardé de travers. Alors crois-moi, il aurait parfaitement pu te tirer dessus et faire ensuite passer ça pour un accident ou un cambriolage qui a mal tourné. Et qu'est-ce qu'il serait arrivé si je n'étais pas venu, hein ?
L'adolescente refusa de seulement y penser. C'était bien trop effrayant. Réaliser qu'une personne qu'on connaissait, qu'elle côtoyait au lycée, pouvait se montrer si brutal et menaçante était déjà un choc, mais se demander quelle aurait pu être la suite… Il paraît que la cruauté humaine n'a pas de limite. Mais son esprit, heureusement, en avait, lui.
Elle ferma les yeux.
- Appelle-les. Qu'ils viennent et… notent tout ce qu'ils ont à noter. Mais je peux vraiment me passer d'une telle publicité.
- Brian ne te fera plus aucun mal, Relena. Ils seront là pour l'en empêcher.
- Ils vont l'arrêter. Rien de plus. Ne te fais pas d'illusion. Ils n'ont rien qui puisse être utilisé comme charge. A part ça, murmura-t-elle en le regardant.
- Ne sois pas naïve. Il a fait un tas de choses dans sa vie, même s'il a notre âge, et je peux t'assurer que certaines n'étaient pas vraiment du bon côté de la loi. Ca fait un moment que la police l'a à l'œil. Il ne s'en tirera pas sans quelques mois de prison, au minimum.
- J'aimerais y croire… Mais je ne sais pas pourquoi, je n'y arrive pas. C'est comme s'il s'apprêtait déjà à revenir et à… terminer ce qu'il a commencé.
- Je vais rester avec toi en attendant que la police arrive. Tu verras, il ne t'arrivera rien.
~ * ~
Dix minutes après son coup de fil, deux voitures de police se garaient devant la maison, les lumières des gyrophares lançant des éclats bleus et rouges sur les murs. Heero leur fut gré de ne pas avoir actionné la sirène. Il était vrai que la situation ne présentait aucune urgence. Avec un peu de chance, seuls quelques voisins remarqueraient l'étrange remue-ménage au bout de la rue et la nouvelle ne se propagerait pas trop vite.
Heero emmena les agents de police au salon, où les attendait Relena. Pendant une demi-heure, les adultes prirent leurs dépositions, leur posant de nombreuses questions sur des points de détail, cherchant parfois à les contredire, à changer leur version, afin de vérifier qu'ils ne mentaient pas. Heero et Relena répétèrent scrupuleusement la même chose, sans rien omettre. On prit des photos de l'arrière-cour, ainsi que du coyote mort, dont le corps serait emmené pour faire des analyses balistiques. Il fallait s'assurer que c'était bien une balle du fusil de Brian qui avait tué l'animal, et non le fruit d'une mise en scène de deux adolescents désoeuvrés. Relena était soulagée de ne pas avoir à s'occuper de lui. Il lui était déjà arrivé d'enterrer un animal mort, mais pas quand il avait été tué sous ses yeux, à quelques pas d'elle. Rien qu'à regarder sa fourrure, elle en frissonnait. Ce n'était vraiment pas passé loin.
Ses yeux trahirent sa panique quand on lui annonça qu'il fallait examiner ses contusions. Elle échangea un regard avec Heero, qui tenta de se montrer le plus rassurant possible, puis accepta de suivre une policière dans une autre pièce. Quand elle revint, elle serrait nerveusement le col de son pull, mais elle alla s'asseoir à côté du brun d'un pas décidé. Sans réfléchir, il prit sa main, qu'il pressa doucement. C'était pratiquement fini.
Heero fut longuement interrogé sur Brian. Où il habitait, quelles étaient ses habitudes, à quel endroit il allait quand il voulait boire, s'amuser, se détendre. Il essaya de répondre le mieux possible. Il savait que les policiers, dès qu'ils partiraient, rechercherait l'agresseur afin de le mettre en garde à vue et l'interroger à son tour. Ils avaient besoin de gagner du temps, sinon ils perdraient quelques heures à ratisser la ville. Bien sûr, Brian pouvait se trouver chez lui, mais Heero ne comptait pas trop sur cette hypothèse-là. Malgré l'alcool qui ralentissait son activité cérébrale, Brian avait dû comprendre qu'il avait fait une grosse connerie. A l'heure actuelle, il devait errer en ville, se demandant ce qu'il convenait de faire maintenant. Peut-être avait-il retrouvé quelques-uns de ses amis et cherchait-il conseil auprès d'eux. Heero donna aux policiers autant de noms qu'il pouvait.
Enfin, les deux voitures de police partirent. La maison redevint étrangement silencieuse. C'était un silence stressant, après autant d'activités et de bruits. Heero vérifia chaque volet, chaque fenêtre, chaque porte, et prit soin de tout verrouiller. Puis il se tourna vers Relena, qui, ressentant la même inexplicable angoisse liée au départ des policiers, restait toujours à quelques mètres de lui.
- Tu ferais mieux d'appeler tes parents, au fait.
Elle leva les yeux vers lui.
- Je pense qu'ils préféreraient apprendre une telle chose de toi, poursuivit Heero. Tu pourras les rassurer tout de suite.
Relena ne voyait pas ce qu'il y avait de rassurant à dire à ses parents qu'elle avait été agressée pour la simple raison qu'elle habitait seule. Ils allaient paniquer, lui ordonner de rentrer, de laisser tomber sa scolarité dans ce coin perdu et dangereux pour venir habiter à New York avec eux. Vivre à New York était pourtant tout aussi risqué. Mais l'adolescente n'était pas une fille ingrate. Heero avait raison quand il lui disait qu'elle devrait rassurer ses parents de vive voix dans l'instant. Il ignorait seulement les conséquences qu'une telle discussion pouvait avoir.
D'un geste tremblant, elle saisit le téléphone et composa un numéro. Heero l'entend parler allemand après quelques tonalités, puis un silence. Et devina une voix quand elle répondit.
- Vatti (1) ?
Ne souhaitant pas se montrer indiscret, il s'éloigna. Il n'avait pas à entendre ce qu'elle disait, même si c'était dans une autre langue que l'anglais. Sa conversation était personnelle. Et bien qu'elle ait visiblement des problèmes avec sa famille, Heero savait qu'un tel événement les rapprocherait. Relena leur prouverait sa confiance en leur rapportant ce qui lui était arrivée, tous allaient la soutenir et lui envoyer leur affection, lui offrant peut-être le réconfort dont elle avait besoin, et au final les liens familiaux seraient resserrés par cette agression.
Relena avait avant toute chose besoin de comprendre qu'elle était victime et non coupable de ce qui s'était passé. Elle avait besoin d'alliés, de confiance. Ce n'était pas en s'isolant loin de sa famille qu'elle y arriverait. Heero ne voulait pas qu'elle devienne comme lui, solitaire et cynique, refusant d'accepter ceux qui tentaient de s'approcher de lui. Lui, il vivait peut-être avec son père, mais il s'entendait si peu avec lui que c'était comme s'ils étaient deux étrangers habitant sous le même toit.
Il entendit le bourdonnement de la conversation depuis l'autre pièce. Relena s'efforçait de garder sa voix basse, il n'y eut que peu d'éclats de voix, sans doute parce que c'était plutôt son interlocuteur qui devait être retourné par sa déclaration. Pour une fois qu'elle appelait son père dans la semaine – elle avait dit à Heero qu'elle lui parlait environ une fois par semaine, le week-end, le plus souvent, quand elle avait une chance de tomber sur lui – et qu'elle avait vraiment quelque chose d'intéressant à lui dire, c'était pour lui annoncer qu'on l'avait agressée.
Puis ce fut le silence. Elle avait raccroché, mais ne vint pas le rejoindre. Heero comprit qu'elle avait besoin de rester seule un moment. Il entreprit donc de ramasser tous les bibelots et petits meubles qui étaient tombés durant la bagarre, laissant Relena dans le salon se remettre de ses émotions. Elle essayait de lui cacher son état, mais il avait vu qu'elle tremblait et que son regard n'arrivait pas à se fixer sur lui. Elle était sous le choc, ce qui était compréhensible. Il ne tenait pas à lui poser trop de question pour l'instant. La police l'avait déjà fait. Alors, pour se donner une contenance et une raison de rester, il rangea.
Dans le salon, Relena tenta en vain de se remettre de ses émotions. Ses jambes tremblaient, de même que ses mains tremblaient devant elle, et elle ne pouvait rien faire pour les en empêcher. Etrangement, elle avait l'impression de ne rien entendre, de ne rien sentir… Tout était figé autour d'elle. Le temps n'avait pas bougé. D'ailleurs, quand elle balaya la pièce du regard, elle fut soulagée de constater que les murs solides étaient toujours là, ainsi que tous les objets dont elle avait l'habitude. Malgré ce qui venait de se produire, quelques minutes plus tôt à peine, certaines choses ne changeaient pas. C'était tant mieux.
Son regard avisa soudain la porte du placard sous l'escalier. Elle était ouverte. Une peur futile, ancestrale, remonta – quelque chose s'était glissé dedans, quelque chose de mauvais, de malsain, de terrifiant, c'était la porte ouverte vers un autre monde, un monstre s'y cachait, attendant la nuit pour surgir dans le noir de la maison… Un grand effort lui fut nécessaire pour se convaincre que ce n'était rien. Elle n'avait pas fermé tout à l'heure, un courant d'air avait dû ouvrir davantage la porte, rien de plus. Déterminée à se convaincre qu'elle n'avait pas à avoir peur, elle alla refermer le placard. Mais elle ne put s'empêcher de jeter un œil à l'intérieur.
Une ombre bougea dans le fond. Elle tressaillit et appuya sur l'interrupteur. Une lumière vive illumina la pièce remplie d'objets les plus divers. Les étagères, contre les murs, étaient recouvertes de livres, de boîtes en carton contenant vêtements et vieilleries. Le sol disparaissait sous les tapis roulés, les piles de journaux et les cartons. Quant au plafond, en biais car l'escalier passait au-dessus, il était le repère des araignées qui y avaient tissé leurs toiles.
A quatre pattes, Relena commença à bouger des objets pour vérifier que la chose qu'elle avait vue bouger n'était pas l'effet de son imagination. Son cœur battait très fort. Même si elle essayait de se répéter que ce n'était rien, peut-être une araignée suspendue près de l'ouverture de la porte qui avait renvoyée son ombre dans la pièce, elle ne pouvait s'empêcher de craindre ce qu'elle trouverait.
Un étrange feulement retentit. Elle soupira, l'angoisse diminuant d'un seul coup.
- Baron ? Qu'est-ce que tu fais là, petit coquin…
~ * ~
Heero fut surpris de ne pas trouver Relena dans le salon comme il l'avait laissée. Il jeta un coup d'œil en direction de la cuisine. Etait-elle en train de préparer un café ? Ou alors elle était montée s'allonger un moment dans sa chambre… Si jamais elle se reposait, il ne la dérangerait pas. Il irait attendre dehors qu'elle se réveille, puisqu'il n'arrivait pas à se convaincre de la laisser seule.
En entendant un cri, il se précipita dans le couloir, affolé. Sa première pensée fut que Brian était revenu à l'improviste, ayant surmonté sa défaite, et qu'il était décidé à en finir avec Relena. Et avec lui, aussi, s'il intervenait. Mais il aperçut presque aussitôt le dos de l'adolescente dans le placard. Elle était assise sur ses talons et sa main couvrait la joue. S'était-elle cognée ?
- Relena ? Qu'est-ce qui ne va pas ?
Il s'agenouilla près d'elle et la fit se tourner, sursautant en voyant du sang sur ses mains. Elle tremblait et ses yeux débordaient de larmes.
- C'est… C'est Baron, j'ai voulu le prendre et il a… Il a…
- Il a pris peur ?
- Oui…
- Il a dû paniquer. Avec ce qui s'est passé tout à l'heure… Tu aurais dû le laisser, il sera revenu vers toi quand il aura faim, comme si rien ne s'était passé.
- Mais j'ai cru… J'ai pensé que je pouvais le rassurer… Il me crachait dessus, je lui ai parlé mais…
- Viens, on va désinfecter ça. La blessure ne doit pas être très profonde.
Dans le couloir, elle ne fit pas trois pas qu'elle éclata en sanglots. Heero la regarda avec surprise, ne sachant que faire. Il ne s'attendait pas à une telle réaction.
- Je… Je sais que c'est stupide mais… Je n'arrive pas à m'empêcher de… de… de…
Ses nerfs avaient craqué. Heero le comprit quelques secondes plus tard. Elle avait réussi à se montrer forte quand Brian l'avait menacée, quand il avait pointé une arme vers elle, quand Heero s'était battu avec lui, quand les mots avaient fusé de partout… La simple agression du chat, qui ressemblait plus à un avertissement qu'une réelle correction, avait été la goutte de trop.
Il s'avança vers elle et la prit dans ses bras.
- Ca va aller. Tu n'as rien à craindre. Tu as le droit de pleurer si tu veux, c'est normal.
- Non, ce n'est pas… normal ! Je ne veux pas… pleurer ! répliqua-t-elle entre deux sanglots, essayant de le repousser.
Comprenant qu'elle était en proie à une crise de panique, il tint bon. Elle ne voulait peut-être pas pleurer, mais son corps avait besoin de relâcher la pression, d'évacuer l'adrénaline qui avait couru dans ses veines durant ces longues et terribles dix minutes. Il fallait qu'elle réalise qu'elle ne craignait plus rien, qu'il était là, que tout était passé. Relena finit par cesser de se débattre, se laissant aller contre lui.
Les pleurs durèrent un long moment. Mais même quand ils s'arrêtèrent, l'adolescente ne bougea pas. Le visage enfoui dans la veste de son ami, elle respirait son odeur tout en calmant les battements de son cœur. Il sentait bon. C'était rassurant. Elle était en sécurité tant qu'elle était entourée par cette fragrance. Parce qu'elle faisait confiance à Heero, parce qu'elle l'appréciait, lui confiait sa vie, ses secrets… Parce qu'il veillait sur elle mieux que son frère ne l'aurait fait. Il était présent chaque fois qu'elle avait besoin d'aide, l'épaulait sans poser la moindre question, et elle se sentait vraiment bien à ses côtés. Jamais il ne la pressait ni n'imposait sa présence. Si elle ne voulait pas l'embrasser ou se laisser caresser, il la relâchait et parlait d'autre chose, comme si rien ne s'était passé. Comme si, deux secondes auparavant, il n'avait pas eu envie d'elle comme un fou.
- Tu sais ce que tu devrais faire ? murmura-t-il à son oreille au bout d'un moment, quand sa présence devint trop pour lui et qu'il commença à être mal à l'aise. Appeler une amie et lui demander de rester avec toi, cette nuit. Ou même plusieurs amies. Tu seras en sécurité.
- Je doute pouvoir fermer les yeux ce soir…
- C'est le mieux à faire. Dormir te fera du bien. Tu as besoin d'oublier ce qui s'est passé tout à l'heure.
- Oublier ? Tu crois vraiment qu'on peut oublier une telle chose ? Même si j'avais devant moi un millier de vies, je n'oublierai pas. Tout s'est gravé dans ma mémoire… et oh mon Dieu, c'est horrible.
Elle revoyait tout. Le sourire victorieux de Brian quand il la vit ouvrir la porte, ses mains sur elle, ses gestes si obscènes qu'ils lui donnaient envie de vomir, son éclat de rire lorsqu'elle le gifla en une vaine tentative de défense…
- Hey. Tu vas bien ? s'inquiéta Heero en la voyant se raidir.
Il encadra son visage de ses mains pour la forcer à le regarder, notant que son regard redevenait flou. Mais bien vite Relena se focalisa sur lui. Elle parvint même à lui sourire.
- Ca… Ca va. Je t'assure.
Il avait de sérieux doutes, mais ne voulait pas la vexer en insistant. Si elle disait ne pas avoir besoin de son aide, il ne pouvait pas la contraindre à l'accepter. Il avait soumis l'idée d'inviter des amies pour qu'elle ne reste pas seule, parce qu'il ne se faisait pas confiance. Lui aussi avait eu peur. Peur pour elle, peur de ce qui pourrait lui arriver. Il n'aspirait qu'à la réconforter… mais elle était bien trop secouée pour ça.
- Si ça va, alors je vais te laisser. Préviens vite quelqu'un et fais attention à toi. Passe une… bonne nuit.
Mais elle le suppliait des yeux de rester, sans parvenir à formuler sa demande à voix haute tant elle était submergée par les émotions. Heero fut réellement déchiré, cependant il s'était promis de la laisser pour ce soir. Il voulait passer au poste de police, s'assurer que Brian était bien derrière les barreaux, incapable de faire le moindre mal à Relena. Si ce n'était pas le cas… Brian ferait mieux de prier pour que les policiers le trouvent rapidement, car Heero n'allait certainement pas le laisser s'en sortir à si bon compte.
Lorsqu'il se détourna pour partir, Relena attrapa sa manche. Il la regarda, surpris, et comprit en voyant son visage.
- Peut-être que tu… veux que je reste avec toi ?
- S'il te plaît…
Sa voix n'était qu'un murmure, une faible supplique. Et pourtant, elle avait plus de puissance qu'un hurlement. Il céda.
- Laisse-moi juste appeler chez moi. Je ne voudrais pas que mon père appelle la police et qu'ils lui racontent tout par inadvertance.
~ * ~
Heero n'arrivait pas à cacher sa nervosité. La maison était plongée dans le silence et l'obscurité, on se serait cru dans un film d'horreur. Trois fois, il retourna dans l'entrée et la cuisine vérifier que les portes donnant sur l'extérieur étaient soigneusement verrouillées. Il tenait à ne courir aucun risque. La police l'avait informé qu'ils allaient faire des rondes dans le quartier, en voiture, mais il ne leur faisait qu'à moitié confiance. Ce ne serait pas la première fois qu'ils auraient autre chose à faire, et ailleurs.
Relena était déjà à l'étage, dans sa chambre. Il n'y avait qu'eux deux dans toute la maison. De jour, ça pouvait encore aller, Heero ne trouvait pas ça dérangeant. L'adolescente était une amie, il était normal d'aller chez les uns les autres faire ses devoirs, boire un verre ou simplement pour discuter. Heero ne le faisait pas très souvent, mais c'était uniquement parce qu'il avait peu d'amis. Il préférait le confort de sa maison. Cependant Relena n'était pas qu'une amie, elle était également une fille. Et Heero n'était qu'un adolescent… Il ressentait du désir, des pulsions. Il n'était pas certain de savoir se contrôler. C'était compliqué. Relena était bien partie pour détester tous les hommes, vu ce qui était arrivé avec Brian… Et lui était un homme, aussi. Elle était susceptible de prendre une avance pour une attaque.
Comment lui faire comprendre qu'il n'avait aucune mauvaise intention ? En tant que petit ami, et même en tant qu'ami, il s'inquiétait à son sujet. Depuis qu'il la connaissait, elle n'avait que des ennuis. Il en était en partie responsable. S'il n'avait pas tué le père coyote… Voilà une erreur qui lui pèserait sur la conscience toute sa vie. Il aurait dû se fier à son instinct, qui lui criait de ne pas tirer. Un animal qui le faisait autant courir, qui l'entraînait à des lieues de l'endroit où il avait remarqué ses traces, qui luttait avec tant d'acharnement pour sa survie, il ne fallait pas le tuer. C'était une perte trop grande pour le règne animal.
Inconsciemment, le regard du brun se porta sur la fenêtre. Dans le jardin, à l'abri dans son enclos, le coyote survivant tournait en rond. Qu'allait en faire Relena ? Le placer ailleurs ? Le relâcher ? Les animaux sauvages ne pouvaient pas rester avec l'être humain. L'appel de la nature était le plus fort. Un jour, le coyote voudrait retourner à la forêt, son domaine, et retrouver la trace de ses comparses. Relena pouvait lui apporter de la nourriture en abondance tous les jours, lui parlait, passait du temps avec lui, il n'aspirerait qu'à la liberté. La nuit, il tendrait l'oreille en entendant les coyotes hurler à la lune. Il chercherait à ronger le grillage, à creuser un passage en dessous, à démolir les palissades pour se réfugier dans les bois.
Mais en attendant, il devait s'occuper de Relena. Elle aurait bien le temps de voir ce qu'elle voulait faire de lui le matin venu. Garder le petit coyote lui rappellerait peut-être de mauvais souvenirs, ainsi que le souvenir de celui qu'elle n'avait pas pu sauver. Si Heero avait dû prendre une décision, il l'aurait certainement libéré. Mais il n'était pas Relena. Elle ferait son choix.
Craignant un peu les réactions qu'il pouvait avoir en retrouvant Relena, Heero monta néanmoins à l'étage. Il la trouva dans sa chambre, allongée sur le lit, au-dessus de la couverture. Il ne voyait que son dos.
- Tu dors ? murmura-t-il, essayant de ne pas la réveiller si c'était le cas.
Elle se tourna vers lui, le visage fatigué.
- Non, dit-elle, s'asseyant sur le lit.
- Tu devrais. Tu as besoin de repos. Surtout après cette soirée.
- Je n'y arrive pas. J'ai l'impression qu'il est encore là…
- Ce n'est pas possible. J'ai vérifié les accès. Il doit être au centre-ville ou chez lui. La police va vite l'attraper. Ils vont certainement le garder en garde à vue pour la nuit. Tu n'as rien à craindre.
- Je sais bien, mais…
- Mais tu ne peux pas t'en empêcher, c'est ça ?
L'adolescente acquiesça. Impossible de gommer les images qui se jouaient dans sa tête. Des frissons la parcouraient même par moments. Elle aurait aimé, pourtant. Faire le vide, oublier, faire comme si rien ne s'était passé. Reprendra sa vie tranquille de tous les jours sans se faire plus de souci.
Sans un mot, Heero alla s'asseoir sur le lit à ses côtés. Il étudiait avec attention son regard.
- Est-ce que tu as peur de moi ?
Sa question parut le décontenancer.
- Non. Pourquoi ? Je devrais ?
- Brian a essayé de te tuer, rappela-t-il d'une voix ferme.
- Tu n'es pas Brian. Et il n'a pas « essayé » de me tuer. Il a…
- Il est venu s'énerver sur toi. Avec une arme. Je ne crois pas qu'il soit venu pour prendre le thé.
Elle se sentit sourire malgré elle.
- Je sais que tu ne me feras rien, Heero. Je n'ai pas peur de toi. Tu étais là… et tu es venu à mon secours. C'est donc que tu es du bon côté.
Il secoua la tête.
- Bon côté, mauvais côté, je ne sais pas. Ce que je sais, en revanche, c'est que tu as eu raison de t'opposer à lui. Tu n'avais pas à le laisser faire.
Elle se garda bien de répondre qu'elle n'aurait pas pu tenir longtemps. Les maisons voisines n'étaient pas très proches de la sienne, personne n'aurait entendu ses cris. Si Heero n'était pas venu, elle se serait retrouvée réellement seule, livrée à elle-même. Brian était fort et avait un fusil avec lui. On est capable de faire des choses bien stupides juste pour rester en vie.
Relena se mit à bâiller. Comprenant que les événements l'avaient épuisée, bien qu'elle ne veuille pas l'admettre, il lui proposa de se rallonger.
- Et… toi ? murmura-t-elle en réprimant avec difficulté un nouveau bâillement.
- Moi, je vais veiller à ce que tu dormes bien, que tu te détendes. Après, j'irai à côté pour me reposer aussi un peu.
- Ne pars pas…
Sa main attrapa son bras, tira doucement. Elle fermait déjà les yeux.
- Tu dormiras mieux si je ne suis pas là, protesta-t-il.
- Mais j'ai peur… J'ai peur de faire des cauchemars, de voir des choses que je préfèrerais éviter.
- Il ne t'arrivera rien, répéta-t-il.
Il attendit qu'elle se glisse sous la couverture pour s'allonger à ses côtés, contre son dos. Un bras était passé autour de la forme recroquevillée dans le lit. Il crut percevoir un léger tremblement de sa part.
- Tu as froid ? demanda-t-il, inquiet.
- Non. J'ai juste… Tu ne me rejoins pas ?
- Tu dois dormir, Relena. Vraiment.
Il céda pourtant. Ses chaussures avaient été laissées en bas, il se contenta d'enlever son pull et de soulever la couverture pour s'allonger dans le lit. Le corps de Relena lui parut étrangement chaud. Avec un soupir d'aise, elle se blottit contre lui.
- Bonne nuit…, marmonna-t-elle.
Il eut un sourire et posa ses lèvres sur son front.
- Bonne nuit.
A suivre dans le chapitre 9
(publication le lundi 01 mars)
Notes de lecture :
(1) : 'Vatti', diminutif de 'Vater', 'père' en allemand (que Relena est allemande n'est qu'une hypothèse, elle vient "d'Europe du Nord" et sa famille et elle sont blonds aux yeux bleus, les concepteurs de la série ne s'encombrent pas tellement de subtilités).
