Ce chapitre se passe pendant l'épisode Émancipation.
Une Liberté d'un Genre Différent
Les crépitements du feu détournèrent l'attention de Jack des célébrations du village et il réajusta sa position sur le bout de bois sur lequel il était perché. Il observa Daniel se frayer un chemin à travers la foule, sachant l'archéologue dans son élément. De nouvelles personnes, de nouvelles cultures. Derrière le colonel, Teal'c était assis en silence, attentif à tout ce qui l'entourait.
Un tapotement sur son épaule et Jack reporta son attention sur le petit homme à ses côtés. Affichant un large sourire presque dépourvu de dents, le vieillard lui passa un plat chargé d'encore plus de viande. Jack commença à agiter la main en guise de refus avant de se raviser. Après un hochement de tête destiné à ses compagnons de dîner, il prit la grande assiette et se leva, ses genoux craquant une ou deux fois alors qu'il les étirait.
« Je vais voir si Carter va bien. Gardez un œil sur le petit, voulez-vous ? »
Teal'c acquiesça d'un signe de tête, ses yeux se focalisant immédiatement sur Daniel.
Après une tape distraite sur l'épaule de Teal'c, Jack s'éloigna du feu de camp et se dirigea vers la tente où il avait laissé Carter. Il supposait qu'il la trouverait morte d'ennui à présent.
Sam leva les yeux vers l'entrée lorsqu'elle entendit à nouveau le froissement de la tenture, s'attendant à voir encore une autre femme passer la tête dans l'embrasure. Ce petit manège avait duré toute la nuit. Une petite tête brune apparaissait, la dévisageait de la tête aux pieds, puis disparaissait, suivie de rires à peine dissimulés. Ça devenait lassant. 'Anthropologue' temporaire ou non, et toutes relations culturelles futures mises de côté, la prochaine fois elle enverrait une de ses bottes à travers la porte. Le bruissement s'interrompit, mais cela ne l'empêcha pas d'attraper la dite botte abandonnée au sol pour la garder à portée de main. Il n'y avait pas de mal à être équipée. Elle reporta son attention vers son carnet de note.
«'Revenir avec une équipe uniquement composée d'hommes.' » Elle renifla légèrement. « Plutôt me passer sur le corps. Monsieur. »
« Je vous demande pardon ? »
La ton calme d'O'Neill la fit sursauter et Sam releva vivement la tête, se focalisant sur la porte. Merde, j'espère qu'il n'a pas entendu ça.
« Euh, mon colonel ? »
« Désolé Carter, j'ai cru vous entendre dire quelque chose comme 'plutôt me passer sur le corps' ? »
Se redressant sur les coussins qui formaient son lit, Sam sentit le rouge lui monter aux joues. Elle regarda son officier supérieur entrer et s'installer lui aussi au bord de la pile de coussins, plaçant en équilibre sur son genou un plat de nourriture. Le colonel Jack O'Neill. Il était encore une énigme pour elle. Malgré près de deux mois à servir à ses côtés, elle n'arrivait toujours pas à le cerner.
Ce qu'elle savait de lui, elle le savait de par sa réputation seulement, mais très peu par son expérience personnelle. Il était plus intelligent qu'il ne le laissait paraître et extrêmement loyal envers ceux avec qui il avait servi. Il l'avait gentiment taquinée lors de sa désastreuse rencontre avec le breuvage local de P3X-595 quand il aurait parfaitement pu lui renvoyer le règlement en pleine figure. Et cet épisode avec Kawalsky... Alors que le major la maintenait contre lui, une main sur sa bouche dans la salle d'embarcation, elle se rappelait avoir lu l'espace d'un instant une expression de choc et de peur sur son visage. Elle ne savait pas si cette réaction était due à la vue d'un des membres de son équipe se faisant menacé ou au fait que c'était un ami de longue date qui était source de cette menace. Elle pouvait encore entendre sa voix alors qu'il criait sur les soldats, leur ordonnant de ne pas tirer tandis que Kawalsky la traînait jusqu'à la salle d'embarcation, sachant que son inquiétude était autant pour elle que pour le Major. Sam savait aussi qu'il avait été bien plus dévasté par la mort du Major Kawalsky qu'il ne l'avait laissé paraître. Elle se remémora la scène dans les vestiaires du SGC...
Carter entra dans les vestiaires et s'arrêta, surprise par la vue du colonel O'Neill essuyant ses yeux du revers de sa manche. Elle ne pouvait en aucune façon quitter poliment la pièce sans les rendre tout deux davantage mal à l'aise, aussi s'avança-t-elle lentement, laissant la porte se refermer derrière elle.
« Je suis désolée mon colonel, je, euh, ne savais pas que vous étiez ici. »
O'Neill resta dos à elle alors qu'il replaçait une petite boîte dans son casier. Il se racla la gorge, saisit sa casquette et se retourna pour partir.
Carter fit un bond lorsqu'O'Neill fit claquer la porte de son casier. Elle attendit qu'il soit presque sortit avant de parler.
« Mon colonel ? »
O'Neill s'arrêta net, sa main sur la poignée, dos à la pièce.
« Oui Capitaine ? »
Maintenant qu'elle l'avait arrêté, elle n'était plus sûre de savoir comment formuler ce qu'elle voulait dire. Elle déposa son équipement sur le banc et se retourna vers O'Neill. Elle s'approcha de son officier supérieur et baissa la tête, mal à l'aise.
« Je suis... euh, je suis désolée pour le Major Kawalsky, Monsieur. » Elle l'observa alors que le colonel se raidit à ses mots et elle sut qu'elle n'aurait probablement rien dû dire. Il était trop tard maintenant. « Il, euh, semblait être quelqu'un de bien, et– »
« Carter ? » O'Neill l'interrompit, ouvrant brusquement la porte des vestiaires. « Il l'était, et... merci. »
O'Neill se racla la gorge, observant les yeux de Carter se poser rapidement sur lui alors qu'elle sortait de ses pensées. Il lui tendit le plat qu'il avait apporté.
« J'ai pensé que vous pourriez avoir faim. »
« Merci. » Elle prit le plat et commença à piocher dedans. « Je suppose que les femmes ne mangent qu'après les hommes, donc... oui, j'ai faim. Je vous remercie, mon colonel. »
« Vous allez bien ? »
Carter haussa les épaules, se focalisant sur la nourriture. A côté d'elle, O'Neill se décala, essayant de ne pas tomber des coussins glissants.
« Écoutez », d'un geste il désigna la tente dans laquelle elle était confinée. « Je suis vraiment désolé à propos de tout ça. »
« Vous l'êtes ? Monsieur ? » Elle savait que le titre honorifique avait été ajouté un peu trop tard pour être courtois, mais elle espérait qu'il ne le remarquerait pas.
« Bien sûr que je le suis, pourquoi ? »
« C'est juste que... vous savez... peut-être que la prochaine fois, l'équipe 'exclusivement masculine'... »
« Hoo, voyons, Capitaine. Je plaisantais. Vous le savez. »
Carter mis de côté l'assiette à présent vide et pencha la tête, ses grands yeux bleus étudiant son officier supérieur.
« Eh bien, non Monsieur. Je ne savais pas. Je veux dire, je pensais que c'était le cas, mais... » Elle soupira. « Excusez-moi. C'est peut-être juste la robe, ou les comportements ici, mais je me sens un peu... » Sam laissa sa phrase en suspens, fuyant le regard de son commandant.
« Laissée de côté ? »
« Vulnérable, je suppose. »
« Eh bien, ce n'est certainement pas la robe. »
Carter releva brusquement la tête et étudia le visage d'O'Neill, incertaine d'avoir correctement entendu sa dernière phrase. Pour sa part, le colonel sembla porté un intérêt soudain au pompon accroché à un des oreillers à proximité. Elle jeta un regard à sa tenue, réalisant pour la première ce dont il s'agissait vraiment, une magnifique robe qui mettait en valeur son teint, et pas seulement un symbole de sa place dans la société dans laquelle ils campaient ce soir.
O'Neill se racla la gorge et lui jeta un coup d'oeil. « Excusez-moi, Capitaine, c'était déplacé. »
Carter nia d'un léger mouvement de tête et sentit un tendre sourire naître sur ses lèvres. « Non, monsieur, ça ne l'était pas. » Elle baissa la tête, son regard évitant le sien. « Et... je vous remercie. »
« Vous savez que lorsque j'ai fait cette plaisanterie, je ne doutais pas de vous, n'est-ce pas ? Je veux dire, en dépit de ce que vous dites. »
« Vraiment ? »
« Capitaine... » O'Neill marqua une pause avant de reprendre. « Carter... après notre expérience avec Apophis, comme pourrais-je douter de vos capacités en tant que membre de mon équipe ? Est-ce vraiment ce que vous croyez ? »
« Je... Non, je suppose que non. Désolée mon colonel. »
« Ne vous inquiétez pas pour ça. »
O'Neill l'étudia un moment, puis s'enfonça dans les coussins et étendit ses jambes devant lui. Il poussa une de ses bottes de côté et croisa ses chevilles, dans une parfaite représentation de la relaxation. Devant lui se tenait l'un des officiers les plus intelligents et capables avec qui il lui avait été donné de servir et elle se tournait vers lui pour la rassurer. Il secoua la tête, légèrement dégoûté de lui-même. Il n'aurait pas dû faire cette blague machiste ; il ne la connaissait pas encore assez pour faire ce genre de plaisanteries. Ils étaient en bon chemin, mais c'était encore trop tôt. Les yeux plissés, il observa Carter suivre son exemple et s'étendre davantage, ajustant les multiples pans de sa robe autour de ses jambes. A l'extérieur, les tambours continuaient de résonner tandis que la fête continuait, rappelant à la mémoire d'O'Neill celle que les natifs de P3X-595 avait organisé en leur honneur. Au moins Carter avait été autorisée à participer à celle-là. O'Neill étouffa rapidement un sourire au souvenir des effets de la boisson locale sur son second.
« Qu'y a-t-il de si drôle, Monsieur ? »
« Rien, Capitaine. Rien du tout. »
« Vous n'avez pas à rester ici, mon colonel. Vous savez, à me tenir compagnie. Je vais bien, vraiment. Je peux rester seule ici. »
« Vous me mettez dehors, Capitaine ? »
« Euh, non Monsieur. Je voulais seulement dire– »
« Je sais ce que vous vouliez dire, Carter. Pour l'instant, je suis exactement là où je veux être. »
Carter observa son supérieur tandis qu'il fermait à nouveau les yeux. Ses cils étaient incroyablement longs et attrapaient la lumière lorsqu'il bougeait la tête. Elle n'avait pas souvent la chance de rester ainsi assise à l'étudier, et elle profita de cette occasion.
« Mon colonel ? »
« Carter ? »
Carter s'enfonça complètement dans les coussins, imitant la position du colonel. Son pied couvert d'une fourrure frôla celui d'O'Neill alors qu'elle s'étirait et elle ne bougea pas, appréciant le brève connexion avec quelqu'un de familier, quelqu'un qui savait qui elle était et ce dont elle était capable.
« Merci pour le dîner. »
« C'est toujours un plaisir. »
Note de la Traductrice : Merci à vous qui avez lu ce chapitre. L'auteur et moi-même attendons vos reviews avec impatience :)
