Edward était sur une colline verdoyante, elle surplombait une vallée où se trouvaient des champs entiers de coquelicots. Il était seul et pas un souffle de vent ne l'atteignait. Malgré l'immense espace qu'il y'avait ici, il avait l'impression de suffoquer. Etait-ce à cause du ciel ? Il était rempli de nuages épais et gris, presque noirs. Cet endroit, lui était totalement inconnu, et pourtant... Pourtant, ça lui semblait si familier... Au loin, il pouvait apercevoir un village. Il avait l'air de ne pas avoir été touché par la guerre, et habité en vue des cheminées fumantes, et des lumières qui éclairaient les fenêtres. Pourtant, c'était rare de voir un si petit bourg dans cet état avec les envahisseurs Nazis.
Edward se demanda s'il ne devait pas aller y jeter un coup d'œil. Juste pour s'assurer que tout allait bien. Il savait pourtant que c'était imprudent. Mais il se devait d'y aller. Il ne savait pas pourquoi, mais il lui semblait que cet endroit l'appelait. Rapidement, il commença à courir, et il dévala la pente abrupte de la colline. Bientôt, il fut au milieu du champ de ces fleurs rouges. Elles étaient belles, mais lui rappelaient les horreurs de la guerre de par leur couleur. Rouge sang.
Au bout d'un moment qui lui paru interminable, il arriva enfin à la bordure du village. Il enjamba un petit muret de pierre et atterrit dans une flaque de boue. Mais il s'en fichait bien en fait. Il se sentait irrésistiblement attiré vers un endroit en particulier, et par le biais d'un chemin de terre, il arriva finalement devant une maison à l'air plus accueillante que les autres. Elle était en bois, la peinture jaune était abimée et écaillée à certains endroits et il y avait un balcon à l'étage, qui fut certainement blanc à une époque. A côté de la porte d'entrée, un écriteau ou on pouvait voir des traces de peintures rouge. Il y'avait sûrement quelque chose d'écrit ici autrefois, mais les intempéries et le temps avaient rendues tout ça illisible.
Il sembla à Edward entendre quelque chose derrière lui. D'un geste vif et rapide, il se retourna et vit là quelque chose qu'il n'avait pas revu depuis bien longtemps. Quelque chose qui le terrifiait désormais en réalité. Là, devant lui, étaient alignés des dizaines et des dizaines de gens. Parmi eux, il y avait des gens qu'il côtoyait tous les jours, et d'autres qui lui disaient vaguement quelque chose. Seulement, ceux qu'il croyait reconnaître s'avéraient en réalité différents.
Là, il reconnaissait par exemple Tyrus, ou plutôt Jean Havoc, mais il avait l'air plus joyeux et irresponsable que celui qu'il connaissait. Il y'avait également Riza, mais elle semblait plus sérieuse. Roy, qui ici portait un cache-œil et paraissait plus influent que celui qu'il connaissait. Puis, il y'avait aussi d'autres personnes. Mais... Il avait beau chercher, il ne trouvait pas leurs prénoms... Après quelques minutes d'intense réflexion, tous ces inconnus ne le furent plus... Les noms défilaient dans son esprit. Breda, Falman, Sciezka, Fuery, Scar, Paninya, Lust, Envy, Greed, Martel, Wrath, Pride, Sloth, Dante, Rose, Armstrong, Pinako, Hohenheim, Trisha...
Ses parents étaient là... A côté d'eux un autre couple, deux blonds aux yeux bleu, accrochée à leurs jambes, une fillette qui leur ressemblait, et encore à côté deux petits garçons. L'un aux cheveux blonds et aux yeux d'or, l'autre chatains et aux yeux gris. C'étaient... Winry avec ses parents, Al et lui-même avec les siens. Qu'est-ce que ça voulait dire ? Qu'ils étaient tous morts ? Même lui ? Intrigué, Edward commença à avancer vers tous ces gens, d'un pas mal assuré. Il commença à tendre un bras pour toucher sa mère, qui était la personne la plus proche.
Et alors qu'il allait lui prendre la main, l'image se brouilla et sembla se décomposer. Tout autour de lui sembla le faire. Il se retrouva dans un espace blanc, sans rien d'autre qu'une immense porte close. Il appela quelqu'un, n'importe qui, et s'approcha de cette porte. Il tenta de l'ouvrir, mais rien à faire, elle ne bougeait pas d'un millimètre. Il hurla alors, de désespoir et aussi de peur. C'était étrange, puisque la guerre qui faisait rage en réalité lui paraissait bien moins terrifiante que cette gigantesque porte. Il l'avait déjà vue... Mais il ne se souvenait plus.
_'Edward !'
Une voix venait de l'appeler. Un appel lointain. Une voix familière.
_'Ed !'
Impossible de savoir d'où elle venait. Et d'un coup, il se sentit comme aspiré par il ne savait trop quoi, il ouvrit les yeux et se crispa, et là il le vit.
Alphonse était au dessus de lui, le visage crasseux et fatigué, et il sembla soulagé quand il vit Edward ouvrir ses yeux.
_'Al ? Qu'est-ce que...'
L'ainé essaya de se redresser, mais une douleur au niveau du ventre l'en empêcha.
_'Ne bouge pas trop, tu t'es pris une balle.' Dit une nouvelle voix. Une femme cette fois. Il reconnu Riza quand elle s'approcha de lui, une bassine d'eau chaude à la main.
Dans sa voix, on pouvait discerner un mélange de peur et de soulagement.
_'Aïe ! Oui, je commence à m'en souvenir...' Dit Edward en mettant sa main sur son abdomen, où il sentit un bandage épais sur sa plaie. 'Bordel, il m'a pas loupé ce con !'
_'Essaye de pas trop bouger, et surtout pas de bruit on risquerait d'alerter le voisinage.' Conseilla le cadet en lui adressant un sourire rassurant.
_'Quel voisinage ? Les écureuils de la forêt, ou les cailloux de la mine ?' Ironisa Edward en soupirant.
Ici, ils étaient dans une planque souterraine utilisée par le réseau de Tyrus. Une ancienne mine de charbon, inexploitée depuis des lustres. Un vrai labyrinthe qui était parfait pour s'y cacher. C'était également ici qu'était prévu le rendez-vous d'après mission.
_'Ca fait... Combien de temps que je suis inconscient ?' Questionna Edward en respirant profondément.
_'Presque quinze heures. Et d'après Marcoh, la balle a frôlé ton foie. Tu as eu de la chance de t'en sortir sur ce coup là.' Répondit Riza en tendant la bassine à Alphonse. 'Tu ferai bien d'aller te décrasser un peu, je sais bien qu'on est en guerre, mais il faut bien un minimum d'hygiène.' Déclara-t-elle ensuite avec un grand sourire.
Le jeune homme prit l'objet et leva les yeux au ciel. Riza avait beau être une résistante efficace, elle n'en restait pas moins une femme qui avait l'habitude de tenir un foyer. Et puis, il lui fallait un peu d'entrainement, avec son enfant qui allait arriver bientôt.
_'Et ton frère ?' Questionna Ed' alors qu'il remarquait qu'il n'était pas là.
Au moment où il vit le sourire triste de la jeune femme, il comprit tout de suite.
_'Ils l'ont eu c'est ça ?'
Riza acquiesça silencieusement, retenant à grand peine ses larmes.
_'D'après nos espions, il a... Il a déjà été exécuté.' Confirma-t-elle. Dans sa voix, on pouvait sentir toute la tristesse due à la disparition de frère aîné.
_'Je suis désolé... C'est de ma faute s'ils l'ont attrapé.'
_'Ne dis pas ça. Les nazis étaient au courant de nos intentions. C'était une embuscade.'
_'Et parmi ceux qui participaient à l'opération, combien sont revenus ?'
_'Toi et ton frère êtes les seuls...'
_'Ca veut dire qu'on a quasiment perdu la moitié du réseau ? C'est... Horrible...'
« Mon Dieu... » Pensa Edward en regardant tristement Riza. « D'abord son fiancé qui est presque tué dans une mission, et maintenant son frère et ses amis qui le sont pour de bon... »
_'Et... Comment va Roy ?' Demanda Edward, histoire de voir s'il pouvait apprendre au moins une bonne nouvelle dans la journée.
_'Il se remet tout doucement. Il est en bonne voie de guérison.'
Au moins, elle avait sourit, ce qui réchauffait le cœur d'Edward. En répondant, elle avait touché son ventre déjà bien arrondi d'un air attendri. Roy était en effet le père du bébé, ils sétaient fiancés avant le début de la guerre. Malheureusement, les Nazis n'avaient pas attendus leur mariage pour passer à l'attaque.
_'Et ton bébé se porte bien ?'
_'Oui, Marcoh m'a dit que la grossesse se passait sans problème. Qu'il fallait juste que j'évite d'être surmené.'
_'Et comment tu te sens toi ?'
_'Je tiens le coup. Win' m'aide beaucoup, et le fait de savoir que vous êtes encore là, et que Roy aussi, ça m'aide à tenir.'
_'On ne vous laissera pas tomber. Et en parlant de Winry, elle est où ?'
_'Partie chercher quelques babioles à la maison.'
_'Hein ?' S'étouffa Edward en se relevant d'un coup, mais il du bien vite se recoucher pour cause de douleur aigüe à l'estomac.
_'Ne t'en fais pas, elle est accompagnée par Falman et Rebecca.'
_'Oui mais... Ca reste dangereux d'aller là-bas ! C'est trop près de la ville !'
_'Elle sait ce qu'elle fait, elle est grande. Tu ferais mieux de te reposer maintenant, t'es blessé je te rappelle.'
Edward restait néanmoins très inquiet, en effet, la famille d'Havoc était juive, et il était mauvais de l'être, à cette époque. Et puis, pour que l'opération ait échoué d'une manière aussi lamentable, il devait certainement y avoir un traître dans leur rang, même s'il était difficile d'accuser les gens ici. Ils étaient des compagnons, des frères d'arme ! Des gens qui avaient autant soufferts que les deux Elric ! Et pourtant, il fallait bien envisager que l'un d'eux était passé du côté de l'ennemi pour une raison ou une autre. Tout en pensant à ces probabilités, Edward termina par s'endormir paisiblement, éreinté à cause de sa blessure.
Leur mission à Nantes avait tourné au vinaigre quand un berger allemand tenu en laisse par les nazis les avait repéré près du hangar d'armement. Des coups de feu avaient alors éclatés, et ils avaient été contraints de prendre la fuite, pour sauver leur peau. Seulement, ils avait pu constater qu'au moins un soldat savait tirer, puisqu'Edward avait été touché un peu avant les portes de la ville. Le jeune homme se souvenait avoir couru encore un moment, avant de tomber. Puis, son réveil dans la cache. Al avait du le porter, tout en faisant attention aux patrouilles qui devait les rechercher.
Ed' fut tiré des bras de Morphée par une sorte d'agitation autour de lui. En ouvrant les yeux, il pouvait voir que les résistants étaient en train de remballer les affaires de manière précipitée. Dans un gémissement, il se redressa doucement, tout en se tenant à l'abdomen. Il attrapa sa couverture et la jeta sur ses épaules. Il alla voir on frère qui s'afférait autour d'une table un peu plus loin, et le trouva lui aussi en train de ranger.
_'Al... Qu'est-ce qu'il se passe ?'
_'Ils ont trouvés l'entrée de la planque !'
_'Quoi ? Mais comment ?'
_'Falman !'
_'Tu veux dire que...'
_'Il nous a trahi Ed ! Et ils seront là bientôt !'
_'Dépêchez vous !' Cria alors Riza, qui les attendait devant une autre galerie, tandis que certains de leurs hommes déplaçaient les blessés.
Soudain, dans les galeries plus éloignées, ils purent entendre des cris d'avertissement en allemand, et même un coup de feu. L'écho rempli alors la salle, comme un coup de tonnerre.
_'A moins qu'il ne soit déjà trop tard pour partir mes chers amis.' Lança une voix glaciale derrière eux. Là, se tenaient de nombreux soldats SS qui braquaient leurs fusils sur les fugitifs. Un homme qui portait un costume blanc, et était coiffé en catogan se frayait un chemin parmi les allemands. Sur son visage, on pouvait distinguer un sourire glacial et narquois.
_'Alors c'est ici que le réseau de Tyrus avait établi son QG ? Un peu archaïque. Si vous comptiez gagner la guerre avec ça.'
Les deux frères Elric eurent le réflexe de se mettre devant Riza pour la protéger. Ils étaient piégés. En voyant le réflexe des deux hommes, le sourire de l'allemand s'élargit.
_'Mais ça ne serait pas les deux frères Elric que nous avons ici ? Et cette charmante demoiselle doit être la dernière Havoc. Je me trompe ?'
_'Comment ça la dernière ? Où est Winry ? Qu'avez vous fait à ma sœur ?' S'emporta Riza, essayant de forcer le passage aux deux Elric. Sa voix était tremblante et mal assurée.
_'Rien... Enfin pour le moment. Capitaine Grand !'
C'est alors qu'ils entendirent des gémissements, puis qu'un homme plus grand que la moyenne fit son apparition, poussant devant lui une Winry plus qu'apeurée et qui était baillonée et ligotée. Dans ses yeux, on pouvait clairement lire la terreur que lui inspirait ces hommes.
_'Win !' Hurla Riza en essayant encore de passer. Alphonse la retenait avec peine, et Edward lança un regard froid à l'homme en blanc.
_'Qui êtes vous ? Et comment savez vous qui nous sommes ?' Demanda-t-il alors, dans le but de gagner du temps.
_'Oh, quel malpoli je fais. Je me présente, colonel Solf Kimblee, et je suis membre de la gestapo. Quand à vous deux, la société de Thulé a promis une belle récompense à qui vous ramènera à eux en vie.'
Edward le regarda, presque choqué. Ainsi, la société de Thulé cherchait encore à atteindre Shambala ? Et ils avaient besoin d'eux.
_'Très bien. On vient avec vous sans faire d'histoire si vous laissez partir les gens qui sont ici.' Tenta de négocier le jeune homme d'un air pas tout à fait certain.
_'Haha. Non. On a eu assez de mal à trouver cette planque, c'est pas pour laisser partir les membres du réseau qui nous aura causé le plus de problèmes dans ce secteurs, je regrette. Mais vous allez venir avec nous de toute manière, que ça vous plaise ou non.'
_'Alors laissez partir Riza et Winry au moins.' Insista le jeune homme.
_'Pour qu'elles montent un nouveau réseau ? Hors de question !'
_'Mais une est enceinte, et l'autre n'a même pas encore atteint la majorité !' S'emporta Edward en serrant les poings.
_'Écoute, tu m'agace. Je vais régler le problème et on en parle plus.'
_'Qu...'
Le dénommé Kimblee empoigna alors la jeune fille que tenait toujours son subordonné d'une main, et de l'autre, il prit le couteau à crans d'un soldat près de lui pour venir le mettre sous la gorge de sa captive.
_'Ne faites pas ça !' Hurla Alphonse, sachant ce qu'il comptait faire.
Edward commença à courir vers le groupe ignorant les fusils braqués sur lui, mais il ne fut pas assez rapide. Il avait à peine fait trois pas, que le hurlement étouffé de la jeune fille fut tranché net, tout comme sa gorge d'ailleurs. Du sang avait giclé en avant et une partie était venue éclabousser Edward qui fut figé sur l'instant. L'allemand lâcha le corps inerte de Winry qui s'écroula sur le sol dur et froid de la mine. Une marre de sang commença à couler depuis le cou de la jeune victime.
_'Bien. On arrête de discuter maintenant. Vous venez avec nous, point barre.'
_'NOOOON !'
Riza étouffa un sanglot, les larmes commencèrent à couler abondamment sur son visage, alors qu'elle se débattait de plus belle. Sa petite sœur venait de se faire assassiner sous ses yeux et elle n'avait absolument rien fait. Finalement, elle réussi à se dégager de la prise d'Alphonse, et elle courut vers l'endroit où reposait le cadavre de sa cadette. Elle dépassa Edward qui était immobile, complètement hébété par ce qu'il venait de se passer. Quatre soldats se détachèrent du groupe, et se dirigèrent vers les deux frères. Deux pour chacun. Ils furent ligotés, et désormais incapables de faire quoi que ce soit, puis emmenés contre leur grès.
Riza s'agenouilla près du corps sans vie, le visage baigné de larme. Elle la prit dans ses bras, se fichant du sang qui commençait à imbiber ses vêtements, ou qui faisait glisser ses mains. D'un geste doux et maternel, elle enleva le bâillon de sa jeune soeur, tout en la berçant lentement, et en fredonnant une chanson. Celle qu'elle lui chantait quand elles étaient petites. Elle lui caressait les joues, et les cheveux, lui étalant involontairement du sang dessus, tout en sanglottant.
Un léger toussotement se fit entendre. Winry n'était pas encore morte, Kimblee n'avait pas tranché correctement la jugulaire. Peut-être l'avait-il fait exprès d'ailleurs. Elle cracha du sang et prit la main de sa soeur.
_'Pa... rdon... J'ai... été impr... udente.' Dit alors la plus jeune.
_'Ne parle pas, garde tes forces je t'en pries. Ne pars pas.' Répondit alors Riza, la serrant un peu plus, et en lui prenant la main pour la rassurer.
_'... vais voir... grand fr... ère... t'aime gr...ande soeur.' Continua Winry, alors que la pression qu'elle exerçait sur la main de sa soeur s'estompait, pour finalement disparaitre.
_'W... inry... Non ! Non !'
_'Comme c'est triste. Bon, c'est pas le tout, mais on a un train pour Paris à prendre nous.' Déclara Kimblee en faisant demi tour. 'Ah ! J'oubliais !' Il se retourna d'un coup, pointant son Luger sur la tête de la dernière Havoc encore en vie. Cette dernière regardait son bourreau droit dans les yeux, une expression haineuse sur son visage pourtant si tendre d'habitude. 'Profitez bien de votre mort tous ensemble juifs ! Et dit à ton dieu qu'il vous garde de la place là-haut, il en aura besoin.'
Au loin, dans les galeries, Edward et Alphonse entendirent le coup de feu. Encore une mort de plus à déplorer, dans cette horrible guerre. En plus, ils étaient aux mains des nazis, et allaient sûrement retrouver les gens de la société de Thulé, être torturés pour savoir comment aller dans leur monde natal, et qui sait quoi d'autre encore...
