Buffy se réveilla tôt le lendemain matin. Elle avait trouvé un hôtel en bord de route, ce genre d'hôtel atypique tout en longueur où il suffisait de récupérer des clefs à l'accueil puis reprendre sa voiture pour se garer devant sa chambre.
Elle se prépara, quitta la chambre et rejoignit l'accueil où était servi un petit déjeuner gourmand. Elle se servit une assiette d'œufs brouillés, de bacon, prépara même un bol de céréales qu'elle accompagna d'un verre de jus d'orange avant de s'asseoir à une table. Seules deux personnes étaient assises plus loin, des touristes égarées très certainement. Comment pouvait-on d'ailleurs venir passer des vacances dans cette ville perdue au milieu de nulle part où il ne cessait de neiger et de pleuvoir depuis qu'elle avait franchi le panneau. Certes, elle exagérait quelque peu mais pas tant que ça. Le ciel était déjà gris quand son avion avait atterri à Seattle. Elle avait loué une voiture, avait roulé jusqu'à Forks et la neige avait commencé à tomber à une vingtaine de kilomètres de la ville. Les flocons avaient laissé place à la pluie et, si la neige avait fondu, le sol devait être recouvert de verglas.
Sa nuit avait été agitée malgré le calme des lieux. Elle avait eu le temps de réfléchir à ce qu'elle faisait, aux raisons de sa présence ici, à ce qu'elle attendait et n'attendait pas de ce voyage. Elle devait parler à Charlie Swan pour s'expliquer. La veille, elle avait vite remarqué que l'homme quinquagénaire avait été tendu de parler avec elle devant sa fille. Toujours d'après les recherches de Wesley, Charlie Swan était le Sheriff adjoint de cette ville. Elle n'aurait donc aucun mal à le trouver. Evidemment, Buffy ne savait pas trop ce qu'elle lui dirait dans les détails mais l'idée était simple : Elle voulait connaître Bella avant de partir, quitte à taire qui elle était réellement. Les paroles du chef Swan lui étaient restées en tête et Buffy ne voulait blesser personne par sa seule présence dans cette ville. Elle était l'inconnue, l'étrangère, celle qui venait troubler la vie calme et bien réglée (ou pas) de Bella. Elle ne lui dirait donc rien de son affiliation et, en son sens, le lui dire sonnait maintenant comme une promesse que Buffy serait incapable de tenir : Elle était la Tueuse, avait toujours des responsabilités qui rendaient sa vie impossible à gérer et il en serait mieux ainsi et pour tout le monde.
Elle termina de manger, de boire son verre et son café puis se leva et quitta le petit restaurant. Elle longea l'estrade de bois couverte par les toits et s'arrêta en arrivant devant la porte de sa chambre. Une chevrolet rouge était garée près de sa voiture de location et elle n'eut aucun mal à reconnaître Bella qui était assise derrière le volant, ses ongles entre ses deux. Elle vit celle-ci sortir puis refermer la portière qui laissa tomber quelques débris métalliques sous l'impact.
Bella approcha et demanda :
— Je peux savoir qui vous êtes maintenant ?
Buffy était prise au dépourvue. Elle ne s'était pas attendue à ce que la jeune brune vienne si vite et de si bonne heure. Elle la dévisageait, mesurait une fois de plus qu'elle et Bella ne se ressemblaient en rien. Buffy ne sut quoi répondre mais proposa :
— Tu ne veux pas qu'on rentre au chaud ?
Bella avança, la rejoignit sur l'estrade en bois et à l'abri de la pluie incessante qui tombait. Buffy ouvrit la porte de sa chambre et la laissa entrer avant de la suivre et de refermer derrière elles. Bella évalua rapidement les lieux. Cette chambre était sans doute ce qu'il se faisait de mieux à Forks. Elle était néanmoins étonnée que cette jeune femme eut trouvé un hôtel ouvert en cette saison. Elle fit quelques pas dans la pièce et commenta :
— Je sais très bien que vous n'êtes pas une amie à ma mère et mon père n'a jamais su mentir.
— Déjà j'aimerais que tu me dises « tu », parce que je ne suis pas si vieille… Et ensuite, je suis quand même assez grande pour dire ce que je veux dire à qui je le veux sans avoir besoin qu'on me dise quoi dire.
Buffy se perdait déjà dans ses paroles, comme à chaque fois qu'une situation la rendant nerveuse l'exigeait. Elle tira une chaise :
— Et si tu veux t'asseoir, tu peux aussi.
— Je préfère rester debout.
Buffy prit une courte pause et se coinça une mèche derrière l'oreille. Par où pouvait-elle commencer sans dire qui elle était ? Cela semblait impossible. Elle se cala contre le montant du bureau qui était installé dans un coin de la chambre et tenta :
— Déjà, je m'appelle Buffy… Disons que je suis de passage et même si on ne se connaît pas, j'ai entendu parler de toi.
Bella plissa les yeux. Les explications et le comportement de cette jeune femme n'étaient pas habituels et Bella y avait réfléchi toute la nuit. Elle la détailla… Cette Buffy n'avait pas le teint pâle, n'avait pas cette assurance et ce regard qui leur étaient si particuliers. Non, elle n'était pas vampire et Bella en était certaine. Elle s'apprêta à répondre mais ses yeux s'arrêtèrent à l'orée du cou de la blonde pour y voir une cicatrice qu'elle aurait reconnue entre mille par sa forme si particulière. Elle releva aussitôt son regard noisette dans le sien :
— C'est Edward qui vous envoie, lança-t-elle avec un soudain enthousiasme.
— Edward ?
Buffy était perplexe :
— Qui est Edward ?
— Ne prétendez pas que vous ne le connaissez pas. Vous venez me trouver sans raison alors que je ne vous ai jamais vu et cette cicatrice dans votre cou n'a pu être faite que par un vampire. Si c'est Edward qui vous envoie, j'ai le droit de le savoir.
Buffy se figea net en entendant ces paroles, ses sourcils levés de stupeur. Avait-elle bien entendu le mot « vampire » dans la bouche de sa « nouvelle » jeune sœur ? Elle se tendit :
— Que sais-tu sur les vampires ?
Bella se perdait parce qu'il était évident que cette fille ne venait pas à Forks sans raison pour la trouver. Cette marque dans son cou en témoignait. Elle releva la manche de son bras et dévoila la sienne, sa cicatrice, seul et dernier souvenir qu'elle gardait d'Edward.
Buffy s'approcha sans attendre en voyant cette marque et prit l'avant-bras de Bella pour s'assurer de ne pas rêver. La cicatrice était nette, comme la sienne et il était proscrit d'accuser de quelconques pics à glace ou brochettes de barbecue. Elle releva son regard dans celui de Bella en se demandant combien de chance pouvait-il y avoir pour que cette jeune femme, sa demi-sœur, ait elle aussi été mordue par un vampire.
— Ca remonte à quand ? demanda-t-elle d'une voix plus inquiète.
— C'était il y a huit mois.
— Il est mort ? Celui qui t'a mordue je veux dire ?
— J'espère que non…
Ces derniers mots ne rassurèrent pas Buffy, bien au contraire. Elle lâcha le bras de Bella alors que tout semblait soudainement s'imbriquer dans sa tête. Charlie lui avait dit que le petit ami de Bella l'avait quittée, Bella arrivait en songeant qu'elle était envoyée par un certain Edward. Conclusion, cet Edward était le petit ami vampire de Bella.
— Alors toi et ce garçon vous…
Bella acquiesça sans que Buffy n'ait terminé sa phrase. Elle demanda encore :
— Et c'est un…
Bella acquiesça à nouveau et s'empressa de demander :
— C'est pas lui qui vous envoie ?
Buffy se retrouva comme désemparée. L'histoire se répétait avec un grand R et elle n'en revenait pas de découvrir que sa demi-sœur vivait ce qu'elle avait connu des années plus tôt avec Angel. Elle s'assit sur le lit, déboussolée.
— Non… Personne ne m'envoie, répondit-elle d'un air absent.
Bella vint s'asseoir près de Buffy.
— Alors comment savez-vous pour les vampires ? Si ce n'est pas Edward, qui vous envoie ? Alice ? Carlisle ? Esmée ? Dites-moi !
Buffy prit une courte pause à l'écoute de ces prénoms.
— Personne ne m'envoie.
Bella ne pouvait le croire.
— Alors expliquez-moi qui vous a fait la cicatrice dans votre cou.
Buffy y porta sa main. Celle que Bella avait vue avait été transpercée par d'autres après Angel, notamment Dracula et Spike.
— Mon ex, répondit-elle simplement.
Bella se figea. Etait-il possible que cette jeune femme …
— Vous êtes sortie avec Edward ?
Buffy fronça les sourcils.
— Non…
La Tueuse se leva, nerveuse après tous ces constats.
— Mon ex s'appelle Angel. Je ne connais pas d'Edward.
Bella se leva à son tour :
— Alors qui es-tu si ce ne sont pas les Cullens qui t'envoient ?
Buffy la regarda, plus hésitante que jamais en cette seconde. En l'espace de quelques minutes, elle avait pu mesurer combien Bella et elle se ressemblaient malgré leur différence d'âge et leur physique. Cette ressemblance s'imposait dans leur expérience respective et ce que Bella avait vécu ne pouvait être qu'une simple coïncidence.
— Je suis une Tueuse de vampires, annonça-t-elle.
Bella resta immobile mais son expression refléta toute son inquiétude.
— Tu es venue à Forks pour tuer Edward ?
— Non… Pas exactement.
Buffy disait à moitié la vérité et évidemment l'autre moitié n'était que mensonges. Comment pouvait-elle construire une relation de confiance basée sur des non-dits, songeait-elle. Malgré tout le respect qu'elle pouvait avoir pour Charlie Swan, elle ne pouvait se taire plus longtemps au vue de la situation.
— Je suis aussi ta sœur, avoua-t-elle.
Bella fronça les sourcils et un sourire nerveux dessina ses lèvres.
— Quoi ? C'est une plaisanterie ?
Buffy gardait son sérieux, aussi nerveuse que Bella mais sans l'exprimer de la même manière.
— J'aurais aimé te l'annoncer dans de meilleures circonstances.
Mais tout s'expliquait dans l'esprit de Bella dont le sourire nerveux s'effaçait. Elle avait cru que ce qui arrivait était du fait d'Edward Cullen mais elle s'était fourvoyée. Oui, elle avait surpris la conversation entre la blonde et son père la veille : Comment une étrangère aurait-elle su que Charlie n'était pas son géniteur ? Elle devint plus pâle que jamais et détourna son regard dans la pièce avant de se rasseoir sur le lit. Buffy constatait sa mine confuse, en était désolée. Elle vint s'asseoir près d'elle et tenta :
— Je suis venue à Forks pour te rencontrer, apprendre à te connaître, et si tu en as envie, nous pourrions devenir d'abord des amies.
Bella releva son regard sur la blonde. Ses réflexions et ses interrogations se bousculaient à une vitesse incroyable. Cette blonde était si différente d'elle, si jolie et assurée, comment pouvait-elle être sa sœur, même sa demi-sœur ? Sa mère lui avait parlé de Hank Summers et l'idée de le rencontrer ne lui avait jamais traversé l'esprit. Cependant en voyant Buffy, elle songeait qu'il devait ressembler à ce père inconnu puisqu'elle n'avait aucun trait de sa mère.
— Quel âge as-tu ? demanda Bella.
Buffy esquissa un léger sourire sur cette question qui révélait l'intérêt de Bella à son égard. Elle répondit simplement :
— J'ai 26 ans, et je vis en Californie à Los Angeles.
Bella acquiesça alors que les informations sur la blonde ne lui étaient pas venues dans un ordre ordinaire. Elle se rappela aussi d'une chose :
— Et tu es… Tueuse de vampires, c'est ça ?
— Depuis que j'ai 16 ans. Mais je ne suis pas toute seule, il y a d'autres filles comme moi.
Bella détourna les yeux. Quelque part, en parlant à cette jeune femme elle trahissait Edward et chacun des Cullens qu'elle considérait encore comme sa vraie famille. Un soudain malaise l'envahissait à cette idée. Les liens du cœur n'étaient-ils pas plus forts que les liens du sang ? Elle se leva…
— Je ferais mieux de rentrer…
Buffy l'imita mais expliqua :
— Tu n'es pas obligée. Tu dois avoir des questions… J'ai des questions… Je veux dire, j'ai une tonne de choses à te demander et dont j'aimerais parler. On pourrait sortir, tu pourrais me faire visiter Forks et on pourrait déjeuner ensemble à midi.
Bella ne savait plus. Elle aussi avait tant à demander. Cette révélation était si soudaine, si inattendue. Une part d'elle la poussait à se méfier, lui dressait Buffy comme le diable en personne puisqu'elle incarnait celle qui tuerait ses amis, mais d'un autre côté, elle sentait ce besoin irrépressible d'apprendre à la connaître, de savoir qui elle était. Qu'avait-elle à perdre à essayer ? Qu'avait-elle de mieux à faire ? Si elle partait, elle rentrerait chez elle, chez Charlie, retournerait s'enfermer dans sa chambre en attendant que la nuit tombe, que demain soit un autre jour et ainsi de suite… Après tout, l'arrivée de cette jeune femme lui permettait de penser à autre chose qu'Edward depuis la veille.
— Forks est une petite ville… Il n'y a rien à voir ici à part des arbres.
— J'aime beaucoup les arbres, tenta Buffy dans une légère plaisanterie.
Bella pinça un sourire en signe d'accord silencieux, coinça une mèche derrière son oreille et Buffy lui ouvrit la porte avant de la suivre et de refermer. Elle lui tendit les clefs de sa voiture.
— Je te laisse conduire si tu fais la guide.
Bella hésita, lança un coup d'œil sur sa vieille voiture et prit finalement le trousseau. Elle constatait que Buffy lui faisait déjà confiance sans la connaître, chose qui n'était pas réciproque. Elle monta derrière le volant, attendit que la Tueuse soit assise près d'elle et démarra. Où pouvait-elle l'emmener était la question. En cette période de l'année, Forks était désertique, fui par les touristes et par certains habitants qui passaient les fêtes à Seattle. D'ailleurs, elle réalisait que la seule présence de Buffy à Forks en cette période de l'année témoignait qu'elle n'avait pas de famille, pas d'enfant et peut-être pas de petit ami. Bella n'avait vu qu'une valise dans la chambre d'hôtel. Elle lui lança un regard, prenant la route sans suivre de direction.
Buffy la sentait calme, intimidée et réservée. Elle avait appris à percevoir ce genre de choses sur les seules gestes d'un interlocuteur et Bella était particulièrement expressive, surtout en gardant constamment ses ongles entre ses dents. Bella lui lançait aussi de nombreux regards curieux mais n'osait l'interroger. Elle-même admettait ne pas savoir par où commencer mais ouvrit le dialogue :
— Ca fait combien de temps que tu vis à Forks ?
— Depuis l'année dernière, répondit Bella.
— Ta mère est à Phoenix, c'est bien ça ?
— Ouais… Et elle va souvent à Los Angeles avec son copain qui est acteur.
— Et toi, tu es déjà aller à L.A. ? demanda-t-elle.
— Non…
Bella ralentit et désigna un bâtiment sur leur gauche.
— Mon lycée est là.
Buffy y jeta un coup d'œil mais Bella ne s'y arrêta pas. En effet, il n'y avait rien à voir ici hormis le grand toit enneigé et le parking. Ce lycée ressemblait à tous les autres en période de vacances scolaires : il était désert et désespérant. D'ailleurs, Buffy comprenait que Bella avait raison de dire qu'il n'y avait rien à voir à Forks. Heureusement pour elle, elle appréciait ce voyage comme une période de vacances aux frais de Wolfram et Hart. Angel et Wesley avaient eu raison de la pousser à venir, à s'éloigner un peu de Los Angeles et des patrouilles. Il ne devait pas y avoir de vampire ici, et même ceux que Bella avait connus avaient fui. En parlant de vampires, Buffy ramena le sujet :
— J'ai des questions indiscrètes à te poser au sujet de cet Edward.
Bella se crispa même si l'intérêt de Buffy au sujet d'Edward importait. Seulement, comment devait-elle définir cet intérêt ?
— Pourquoi veux-tu que je te parle de lui ?
— Parce qu'il semble important dans ta vie.
Bella le concédait avec évidence, mais cela ne lui disait pas pourquoi Buffy voulait l'interroger sur Edward. Très consciemment, elle roulait désormais en direction de l'ancienne maison des Cullens. Elle n'y était pas retournée depuis le départ d'Edward, depuis qu'elle avait su que les Cullens quittaient Forks. Quel meilleur endroit pouvait-elle montrer à Buffy si celle-ci voulait parler de son ancien amour. Elle répondit :
— Tu peux les poser.
— J'ai cru comprendre qu'il était parti… Tu veux bien me dire pourquoi ?
— Pour me protéger.
Une réponse concise et évasive dont Buffy ne pouvait tirer aucune conclusion si elle comparait l'histoire de Bella à la sienne. Angel aussi était parti pour la « protéger » et Buffy avait mis des années avant de s'en remettre. Encore une coïncidence que Buffy notait dans un coin de sa tête. Elle n'eut pas besoin de demander à Bella de poursuivre que celle-ci le fit :
— Le soir de mon anniversaire, je me suis blessée. Jasper, le frère d'Edward a perdu le contrôle en sentant l'odeur de mon sang. Edward a du le repousser, Alice et Emmett l'ont retenu et j'ai du partir. Edward a jugé que je ne serai jamais en sécurité dans leur famille. Ils sont tous partis et je ne sais pas où ils sont allés.
Bella ponctua son récit en se garant devant la maison des Cullens. Buffy l'avait détaillée, avait senti la voix de Bella vaciller au cours de son récit. Elle compatissait mais ne comprenait pas tout de ce que Bella venait de dire. Elle regarda la maison… Moderne, très grande en surface et sur deux étages, toutes ces baies vitrées donnant sur l'intérieur de la maison ne coïncidaient pas avec une demeure de vampire qui se voulait sombre et protégée des rayons du soleil. Pourtant, la marque sur le poignet de Bella révélait que cet Edward Cullen était bien un mort vivant. Buffy s'y perdait… Elle regarda Bella et demanda :
— Quel âge avait Edward ?
— 109 ans, répondit Bella sans hésiter.
— Et les autres, insista Buffy.
— Alice a 190 ans, Jasper 147 ans, Emmett a 175 ans, Rosalie a 177 ans, Carlisle a 347 ans et Esmée, 189 ans.
Tous étaient relativement jeunes, songeait Buffy, hormis ce Carlisle. Elle comparait leur âge à celui d'Angel et, chose sûre, Bella ne pouvait inventer ce qu'elle disait. La question était donc : Comment avaient-ils fait pour vivre dans cette maison si éclairée ?
— Les vitres sont nécro-trempées ? demanda-t-elle.
Bella dut prendre une pause.
— J'en sais rien.
Elle ouvrit la porte et quitta la voiture. Elle devait vérifier pour en avoir le cœur net. Bella était peut-être sa demi sœur, était sortie avec un vampire, mais n'avait pas eu d'observateur pour lui expliquer ce qu'était la vie des vampires. Bella derrière elle, elle s'approcha de la porte d'entrée qu'elle trouva fermée. Cependant, d'un coup sec de son poignet, elle rompit la serrure et poussa la porte. Bella fronça les sourcils :
— La porte était verrouillée.
Buffy fit quelques pas dans l'entrée qui donnait sur un escalier menant à un étage.
— Faut croire qu'elle l'était pas assez, répondit-elle en montant les marches.
Bella ne se posa pas davantage de question. Se retrouver ici, chez les Cullens, était profondément perturbant et ses réflexions s'en retrouvaient parasitées. Elle arriva avec Buffy au salon, une pièce habitée par de nombreux souvenirs… une pièce totalement vide. Elle avala difficilement, troublée, percevant une douleur se former au niveau de sa gorge et au creux de son ventre. Il n'y avait plus rien à part les parfums des Cullens incrustés dans les murs. Des senteurs significatives qui faisaient naître d'autres souvenirs : Esmée préparant ses petits plats si délicieux, Edward jouant au piano, Carlisle en train de lire dans le fauteuil, Emmett et Jasper s'envoyant le ballon de foot ou Alice venant l'enlacer à chaque fois qu'elle venait leur rendre visite.
De son côté, Buffy avait bien vérifié les vitres qui n'avaient rien de nécro-trempées. Elle cherchait à comprendre, cherchait une faille et dans tous les cas, soit ces gens étaient des vampires, soit ils étaient des menteurs. Et s'ils étaient vampires, soit ils avaient un don, un secret ou soit ils avaient fait un sort qu'il lui faudrait découvrir. En dix ans de service pour les Forces Supérieures, Buffy n'avait jamais rencontré un vampire capable de vivre en plein jour, même dans un Etat où la pluie tombait 364 jours sur 365. Seul Angel avait utilisé la bague d'Amara (n'ayant rien à voir avec l'amulette d'Anara) qui rendait les vampires invincibles.
Elle poursuivit sa visite, longea un couloir et ouvrit une première porte. Cette pièce vide était probablement une chambre mais une nouvelle fois, les grandes vitres laissaient totalement pénétrer la lumière du jour. Elle referma, ouvrit une seconde porte, puis une troisième et une quatrième. Cette maison était grande, spacieuse, mais cette éclairage ne pouvait être du fait d'un vampire « normal ».
— C'est pas possible, commenta-t-elle à elle-même.
Près d'elle, Bella se contenait, contenait sa peine et ses larmes. Cette chambre était celle d'Edward Cullen, une pièce empreinte de souvenirs, une pièce où elle avait contenu tant de fois son désir pour le vampire. Elle ne disait rien mais Buffy remarqua rapidement son expression fermée. Elle s'approcha :
— Bella, ça va ?
La jeune brune acquiesça d'un signe de tête mais ne fut pas assez convaincante pour Buffy qui comprit que le temps était venu de quitter cette demeure. Elle l'entraîna avec elle vers les escaliers qu'elles descendirent pour rejoindre le rez-de-chaussée et elles quittèrent la maison pour rester dehors. Bella avait besoin de prendre l'air, de s'aérer tant sa peine semblait l'asphyxier, vive et douloureuse. Buffy ramena gentiment sa main sur son épaule.
— Tu veux bien m'en parler ?
— Non… Je vais bien.
Bella faisait des efforts pour ne rien laisser transparaître. Elle gardait ses mains moites enfermées dans ses poches, son regard sur la maison des Cullens comparable à un regard posé sur une tombe. Buffy comprenait ce que signifiait ce reflet dans les prunelles noisette de Bella, même si elle ne la connaissait pas. Etrangement, Bella lui faisait penser à Faith de longues années plus tôt, même si toutes les deux n'avaient rien à voir au niveau de leur caractère. Elle chassa cette comparaison de son esprit et lui tendit la main :
— Donne-moi les clefs de voiture, je vais conduire.
Bella s'exécuta et rejoignit la portière passager avant de l'ouvrir et de s'asseoir près de Buffy qui réglait le rétroviseur latéral. Elle ne sut ce qui la poussa à parler mais le fit :
— Edward m'a dit qu'il m'aimait…
Buffy prit une courte pause mais ne démarra pas. Elle regarda Bella qui gardait ses prunelles noisette sur la maison des Cullens.
— Et le lendemain, il m'a dit l'inverse. Mais je savais qu'il mentait… Je l'ai lu dans son regard. Je sais qu'il est parti pour me protéger des autres, mais s'il m'avait transformée, il serait encore là… Tous seraient encore là.
Buffy fronça les sourcils.
— Ne crois pas qu'une transformation aurait été la solution à tous tes problèmes.
Bella la regarda à son tour.
— C'est pourtant la vérité. J'étais prête à ce qu'il me morde même si je sais combien une morsure peut faire mal et que j'ai eu un aperçu des souffrances qu'elle provoque avant de mourir. J'étais prête à faire ça pour lui.
Buffy se perdait. Tout ça n'avait pas de sens. Un vampire ne refusait pas de mordre un humain à moins que cet Edward ait une âme. Mais en avait-il seulement une, et qu'en était-il pour ceux de sa « famille » ? Buffy n'avait jamais rencontré un seul vampire ayant des valeurs humaines et Spike était l'exemple parfait du « méchant vampire sans âme amoureux ». Elle démarra et demanda :
— Est-ce que par hasard, tes amis vampires portaient une jolie bague ornée d'une pierre rouge ?
— Non, répondit Bella. Ils avaient des bijoux, mais rien de rouge.
— Et est-ce qu'ils t'ont parlé d'âme ?
Bella fronça les sourcils sur cette question qui lui rappelait l'une de ses premières discussions partagée avec Edward peu de temps après leur rencontre. Elle regarda Buffy qui conduisait, qui semblait attentive à ce qu'elle allait dire et répondit :
— Edward a une âme… même s'il pense que la sienne est noire et qu'il est condamné à l'enfer.
Enfin, une parole sensée, songeait Buffy. Bella ne semblait pas adhérer à cette vérité et Buffy n'était pas là pour la convaincre. Ce qui lui posait davantage problème était de songer au fait qu'ils ne craignaient pas la lumière du jour. Elle prit la route du centre ville où elle trouverait bien un petit restaurant pour déjeuner et expliqua :
— J'avais ton âge quand Angel m'a quittée. Notre histoire a duré environ trois ans et elle n'avait rien de simple. Il était vampire, j'étais la Tueuse et il avait une âme.
Buffy lança un coup d'œil à Bella qui restait attentive. Elle poursuivit :
— J'étais persuadée qu'Angel était l'homme de ma vie et malgré la peine que j'ai eue quand il m'a quittée, j'ai compris par la suite qu'il avait eu raison. Pas seulement parce qu'il était un vampire et parce que je devais le tuer, mais parce qu'il ne pourrait jamais rien m'apporter. Les vampires vivent la nuit Bella, ils sont éternels, ils ne peuvent pas donner la vie…
— Je sais déjà tout ça, l'interrompit Bella d'une voix tendue et mal à l'aise.
— Je sais que tu sais, tu m'as l'air bien plus mature que je l'étais à ton âge. Je sais aussi qu'on ne se connaît pas mais le hasard a voulu qu'on vive la même chose toutes les deux. Je suis sans doute la mieux placée pour comprendre ce que tu ressens, pour savoir ce que tu penses et pour t'écouter. Ce que tu vis, je l'ai vécu. Ne plus vouloir manger, sortir, voir ses amis… Vouloir mourir, je suis passée par là et quand je regarde derrière moi, je ne regrette pas ce qu'il s'est passé, parce que ça m'a rendue plus forte. J'éprouve une grande affection pour Angel, je continue de le voir, je travaille avec lui et…
— Tu continues de le voir ?
Buffy prit une courte pause :
— C'est purement professionnel, répondit-elle.
Les réflexions de Bella allaient bon train et une foule d'analogies s'opérait dans son esprit. Elle demanda :
— Crois-tu qu'il saurait où est Edward ? Les vampires ne sont pas si nombreux, ils doivent se connaître !
Buffy esquissa un léger sourire sur l'enthousiasme de Bella si empreint d'espoir. Pourtant, Bella avait beaucoup à apprendre sur les vampires et Buffy devrait lui donner quelques leçons rudimentaires. Elle s'arrêta devant un petit restaurant et coupa le moteur avant de la regarder :
— Je ne sais pas s'ils se connaissent mais je demanderai à Angel.
Le sourire de Bella illumina son visage et Buffy trouva son idée excellente en songeant qu'avec les moyens de Wolfram et Hart, elle retrouverait cet Edward Cullen et saurait comment lui et sa famille faisaient pour vivre dans une maison sans vitre nécro-trempée. Elle descendit de la voiture avec Bella et toutes les deux rejoignirent le restaurant pour déjeuner.
