Quelque part, ailleurs…
Faith ouvrit les yeux et sursauta subitement en faisant tinter des chaînes qui lui enserraient les poignets. Elle était attachée au plafond, solidement. Ses pieds ne touchaient pas le sol et ses bras la faisaient souffrir. Elle était retenue prisonnière dans une pièce froide, une cave certainement. Les quatre murs de pierre ne présentaient aucune fenêtre, aucune issue, tel un cachot dont l'isolation était à revoir en voyant les murs transpirer d'eau à certains endroits.
Que s'était-il passé, se demandait Faith. Etait-elle en Enfer ? Diable qu'elle le méritait… Elle se souvenait de ce qu'il s'était passé dans le hall de l'Hypérion. Le sol s'était dérobé, des flammes s'étaient soulevées des bas fonds de l'Enfer, et plus rien… Sa cupidité l'avait entraînée bien loin alors qu'elle aurait pu être tranquillement assise chez Willow à déguster une dinde de noël. Elle rageait… Où était Angel ? Où étaient les autres ? Où était-elle tout court ?
Elle releva ses yeux sur les chaînes qui la maintenaient prisonnière, se hissa légèrement, prit e appui sur ses bras et tira dessus rageusement. Le plafond s'effrita, laissa tomber un peu de poussière sur son visage. Elle le détourna, toussa un peu et releva son regard déterminé sur sa cible. Elle viendrait à bout de ses liens, parviendrait forcément à se dégager en tirant davantage, pensait-elle. Seulement, elle entendit un grincement, baissa son regard sur une porte qui s'ouvrit et cessa tout mouvement : Trois silhouettes pénétrèrent dans la pièce et Faith fronça aussitôt les sourcils en reconnaissant la grande brune :
Cordy ? Qu'est-ce que tu fous là ? Détache-moi !
La concernée (qui ne l'était pas) était vêtue comme ses deux comparses. Toutes les trois habillées d'une combinaison en cuir couleur rouge brique très près du corps. Une unique natte tressait leur chevelure brune ou blonde et Faith n'avait pas besoin d'explications pour deviner que ces filles ressemblaient à des guerrières… Seulement, pourquoi Cordélia était-elle avec elles ? La concernée s'arrêta devant elle et le revers de sa main cogna violemment sa joue :
Je m'appelle Triana. Et tu parleras quand nous l'autoriserons.
Faith redressa son visage, ses lèvres entrouvertes, le goût métallique de son sang sur son palais. Cette garce à l'apparence de Cordy avait de la force. Elle retenait sa colère et son regard révéla une étincelle plus sombre. Cordélia ou non, elle ne se laisserait pas frapper sans réagir. L'autre femme poussa cette soi-disante Triana et interrogea la Tueuse :
Qui es-tu et qui t'envoie ? Réponds !
Faith gardait ses poings fermés, prête à faire rompre les liens qui la maintenaient fermement attachée et suspendue au plafond telle une carcasse de boucherie. Devait-elle attendre que ces femmes soient parties afin de se libérer et filer en douce ? Ou devait-elle s'écouter, suivre ses pulsions et leur rendre la monnaie de leur pièce ? Elles n'étaient que des humaines pensait Faith. Elle prit un air ironique :
Si vous me détachez pas je vais être forcée d'abimer vos jolies tenues.
Celle à la tresse blonde lança un regard complice à ses amies accompagné d'un sourire tout aussi ironique. Faith les vit se positionner de part et d'autre et, d'un mouvement rapide et sec, répéta l'opération précédente : Elle tira violemment sur ses liens et les chaînes rompirent dans un fracas et un nuage de poussières. Ses poings liés, la Tueuse envoya le plat de son pied dans l'abdomen de la première guerrière qui tentait de la maîtriser. Celle-ci s'écrasa contre le mur, s'assomma aussi sec. Triana voulut à son tour stopper Faith et, sans perdre de vue celle qui semblait être la chef, la Tueuse usa cette fois de ses lourdes chaînes comme une arme de fortune. Elle évita l'espèce de bâton rouge que tenait Triana, esquiva son attaque puis, dans un mouvement fluide, pivota dans son dos et ramena ses chaînes autour de sa gorge. Elle sourit d'un petit air fier en regardant la dernière guerrière à la natte blonde qui n'était pas intervenue :
On fait comment ? Je la tue et je te tue après ou tu te décides à me détacher ?
La guerrière réfléchissait, semblait plus calme que Faith aurait pu s'y attendre. Elle songeait que sa sœur d'arme, Triana, faisait barrage entre elle et la prisonnière. Elle fit quelques pas devant elles et demanda à l'inconnue :
Sais-tu qui nous sommes ?
Sincèrement ? Je m'en tape. Tu me libères ou je lui brise la nuque.
Tu peux la tuer, une centaine d'autres attendent derrière cette porte. Tu ne sortiras pas vivante de ce château.
Triana avala difficilement alors que Faith fronçait les sourcils. Le mot « château » la dérangeait davantage que d'apprendre que d'autres femmes l'attendaient.
On est où là ? demanda-t-elle en cherchant désespérément des réponses.
La guerrière blonde demeurait intriguée par ces questions et l'attitude étrange de cette inconnue qui ne les connaissait pas. Tout le monde connaissait les Mord' Sith.
Sur les terres du Seigneur Rahl.
Faith commençait à perdre patience et Angel se faisait désirer. Elle devait sortir, trouver un téléphone, prévenir les autres que le sort ne s'était pas passé comme Wesley l'avait prévu. Elle maudissait l'anglais en cette seconde mais hésitait. Elle se souvenait de l'histoire que lui avait racontée Angel sur une dimension du nom de Piléa. Etait-elle dans cette dimension ? Dans une autre ? A chaque fois qu'il était question de sort entre dimensions, les choses tournaient mal. Faith s'était toujours arrangée pour se tenir loin de la magie et des portails dimensionnels, mais cette fois, elle était en plein dedans ! D'un geste violent, son coude s'écrasa sur la nuque de Triana qui tomba inconsciente. Elle gardait fermement la chaîne dans ses mains et son regard resta sur l'autre guerrière qui se tenait devant la porte, lui barrait la route en tenant deux bâtons rouges. La Tueuse n'appréciait guère son air assuré, insolent, son petit sourire vainqueur qu'elle affichait. Elle n'avait plus envie de discuter et s'avança vers elle avant que la blonde ne la surprenne d'une attaque d'une rare violence : Le bâton l'atteignit au visage, la fit brutalement reculer sous la douleur qu'il venait de provoquer. De la magie pensa Faith. Elle se redressa, enchaîna aussitôt un coup de pied transversal qui percuta violemment les côtes de son adversaire.
T'es quoi au juste ? Une sorcière ?
La guerrière ne répondit pas, lança une nouvelle attaque de ses bâtons ensorcelés. Faith esquiva, passa à l'offensive et s'agaça d'avoir tant de difficulté à atteindre son assaillante. Cette fille était-elle comme elle ? Faith était-elle tombée dans une sorte de secte de Tueuses dont l'essence leur était montée à la tête ? Elle avait de l'imagination et que ses divagations se vérifient ne l'étonnerait en aucun cas. Dans un enchaînement plus rapide, son poing percuta enfin la mâchoire de cette blonde en cuir mais sa réactivité la surprit : Un coup de pied balaya ses mollets violemment et la Tueuse perdit l'équilibre avant de tomber lourdement dos au sol poussiéreux. En une fraction de seconde, la guerrière referma sa main autour de sa gorge, l'empêchant de se relever, et fondit son regard bleu dans le sien :
Je t'ordonne de me dire qui tu es et qui t'envoie…
Faith haletait autant que son adversaire qui, elle le savait, était humaine donc potentiellement « éliminable ».
C'est pas comme ça que ça marche…
La Tueuse saisit son avant bras des deux mains et, dans un mouvement de sa jambe et du bassin, voulut la basculer et inverser les positions. Elle le fit à moitié et ce fut sans compter sur les techniques de combat de la blonde qui glissa son genou sur son ventre, empêchant tout blocage et la repoussa violemment. Faith fit une roulade arrière et se redressa d'un saut, face à la blonde qui la sondait désormais avec plus de vigilance. L'heure n'était pas aux bavardages et Faith savait qu'elle n'obtiendrait aucune réponse pas plus qu'elle n'en donnerait. De plus, la blonde s'arrangeait toujours pour s'imposer entre elle et cette fichue porte où l'attendaient, soi disant, une centaine d'autres guerrières aux cheveux tressés. Faith espérait que cette fille bluffait parce qu'elle ne serait pas de taille face à plusieurs attaquantes de son niveau. Elle lança une énième offensive, toujours plus rapide, toujours plus brutale. Quand ses poings atteignaient leurs cibles, la blonde trouvait une faille dans sa défense et parvenait aussi à l'atteindre de ces bâtons maudits qui, au contact de sa peau, provoquaient une douleur lancinante et terrifiante qui se répandait du point d'impact à tous les membres et organes de son corps. Faith faiblissait parce que Faith n'était ni endurante ni fine stratège. Faith était une guerrière de force et chaque seconde qui passait donnait l'avantage à son adversaire. En une seule seconde d'inattention, la blonde lui saisit le bras, le tordit dans son dos et la plaqua brutalement contre le mur en plaquant son corps contre le sien.
— Tu n'es pas une Mord' Sith, lui souffla la blonde à l'oreille. Tu te bats comme nous mais tu n'es pas des nôtres. Dis-moi qui tu es ou je te torture jusqu'à ce que mort s'en suive.
Du coin de l'œil, Faith vit le bâton rouge menacer de toucher son visage. Elle était loin d'avoir dit son dernier mot et, d'un mouvement vif de la tête, percuta le visage de la blonde qui se recula. Elle se tourna sans attendre, écrasa le revers de sa main sur la joue de son adversaire qui s'écarta. Seulement, Faith ne voyait pas que le médaillon d'Anara s'était remis à scintiller autour de son cou, avait même oublié qu'elle le portait. Elle se jeta sur la blonde, décidée à la désarmer de ces bâtons magiques, mais, sans comprendre ce qui se passait, toutes les deux s'écrasèrent sur un sol en asphalte.
A plat ventre sur la route, Faith fut d'abord sonnée par sa chute en comprenant qu'il se passait quelque chose de totalement anormal. Le seul parfum désagréable du goudron froid sous ses mains le lui rappela. Elle se redressa difficilement, les poignets toujours enserrés par les chaînes. Tout cela était loin d'être terminé puisque la blonde était à quelques mètres d'elle et se relevait elle aussi. Tout se passa alors très vite : Faith entendit le klaxon d'un camion résonner, vit ses phares arriver à toute allure et droit sur la guerrière. Dans un réflexe qu'elle ne comprit pas, Faith se jeta sur la blonde et toutes les deux chutèrent à nouveau sur le sol en évitant le 35 tonnes. Elles roulèrent sur une pente enherbée et stoppèrent leur chute à flanc de forêt, Faith contre un arbre et la blonde près d'un buisson de fougères.
Il faisait nuit mais la lune suffisait à éclairer les abords du bois. Faith était à bout de force et, cette fois sur le dos, elle n'eut pas le temps de reprendre son souffle qu'elle sentit le pied de la blonde se poser sur son abdomen pour l'empêcher de se redresser. Cette fois, la guerrière ne tenait plus un bâton mais un couteau aiguisé pointé sur sa gorge.
Quelle magie as-tu fait pour nous conduire ici ?
Faith fronça les sourcils mais resta immobile.
Je fais pas de magie et si y'a de la magie, ça vient certainement pas de moi.
Alors dis-moi où nous sommes.
J'en sais rien…
La Mord' Sith ne savait quoi penser. D'un instant à l'autre, elle avait quitté les geôles du château du Seigneur Rhal pour se retrouver à l'extérieur sans savoir où elle était. Le temps qu'elle se relève, un molosse imposant avait manqué de la tuer, un animal qu'elle n'avait jamais vu jusqu'alors dont le regard éblouissant l'avait aveuglée. L'étrangère s'était ensuite risquée à ne pas la laisser mourir. Les Mord' Siths, femmes d'honneur, n'oubliaient pas leur dette quand elles en avaient une et la blonde en avait désormais une envers l'étrangère. Elle ôta son pied de son buste et lui tendit la main :
Tu m'as sauvé la vie, je te dois la tienne. Je m'appelle Cara.
Faith hésita d'abord mais finit par saisir cette main tendue pour voir que la blonde la libérait enfin de ses chaînes. Cara ? Elle entendait ce prénom pour la première fois. Elle se releva aidée par la guerrière aux allures d'Amazones mais resta prudente et sur ses gardes.
Moi c'est Faith. Et on va dire qu'on est quitte même si je comptais pas te laisser me buter, précisa-t-elle.
Quelle était cette créature aux hurlements bourdonnants ?
Faith fronça les sourcils et dut prendre une pause avant de comprendre que la Mord' Sith parlait du camion. Elle ne put s'empêcher un sourire, à la fois moqueur et amusé. Oui, elle était déjà de retour chez elle et oui, désormais, les règles n'étaient plus les mêmes pour cette blonde arrogante. Elle ne put s'empêcher :
C'était un démon. Le genre massif et super méchant qui bouffe les humains.
Cette fois, l'expression de Cara révéla toute son inquiétude.
Un démon mangeur d'Hommes ?
Faith préférait effrayer la Mord' Sith et abonder dans ce sens afin de garder le contrôle sur elle. Elle fouilla ses poches en quête de son téléphone portable qu'elle ne trouva pas et répondit :
Ouais, y'en a pas mal dans le coin alors autant que tu fasses gaffe tu vois ?
Renvoie-moi chez moi, je dois retourner près du Seigneur Rhal.
La Tueuse ne pouvait pas appeler Angel et n'avait d'autre choix que de marcher le long de cette route pour arrêter une voiture et trouver un téléphone.
Je peux pas faire ça mais j'ai un ami qui pourra le faire…
Un ami sorcier ? questionna la blonde.
Il est pas sorcier mais connaît des sorciers.
Cara plissa les yeux, consciente qu'elle n'avait d'autre choix que de suivre l'étrangère. Elle remonta la pente qui bordait ce chemin noir sur lequel elle avait atterri et, ses sens en éveil, guettait les alentours en espérant que ces démons mangeurs d'hommes ne reviendraient pas. L'étrangère semblait vaillante, courageuse malgré un comportement et une tenue très inhabituelle. Quoi qu'il en fut, la Mord' Sith était loin du Palais du peuple et de d'Hara. Jamais personne ne lui avait parlé d'une forêt traversée par un chemin de terre noire aux senteurs si désagréables et ces contrées lui étaient totalement inconnues.
Nous devrions rester dans la forêt, loin du chemin noir, conseilla la Mord' Sith.
La route me va très bien.
Ne crains-tu pas que nous croisions d'autres de ces créatures ?
Faith lança un coup d'œil à la blonde, reprit son sourire en songeant à son petit mensonge destiné à se moquer d'elle.
Je crains rien moi… Alors reste derrière moi et les démons te feront rien.
Cara était persuadée que l'étrangère était une sorcière et n'avait d'autre choix que d'obéir à ses ordres. Elle resta donc derrière elle et continua d'avancer sans se plaindre du froid vif et saisissant qu'elle constatait sur ces terres certainement lointaines.
Aéroport de Seattle
Bella était assise dans l'avion. Un sentiment d'excitation était né dès qu'elle avait quitté Forks avec la Tueuse. Elle gardait l'espoir de revoir Edward, mais percevait aussi un certain soulagement depuis sa rencontre avec Buffy Summers. Jamais, depuis qu'elle connaissait les Cullens, elle ne s'était confiée à qui que ce soit comme elle l'avait fait avec elle, pas même à Jacob qu'elle avait prévenu de son voyage en Californie.
Buffy songeait qu'elle n'irait pas chez Cordélia ce soir et qu'elle serait chez elle pour le réveillon de noël. Elle ne pouvait s'empêcher de penser que le « cadeau » qu'elle ramenait avec elle n'avait pas de prix. Elle avait encore tant de choses à dire à Bella tant de questions à poser. Buffy avait volontairement omis de parler de Dawn à Bella puisque son autre sœur était à l'autre bout du pays et pensait davantage à faire la fête avec les copains qu'à se soucier de ses projets pour noël. Cette excuse n'était qu'une façon de justifier sa démarche égoïste parce que Buffy préférait, pour l'instant, garder l'exclusivité de la « nouvelle petite-sœur ».
L'avion était sur la piste de décollage, attendait certainement l'ordre de décoller. Il roula à nouveau et accéléra enfin pour prendre son envol. Si Bella avait les yeux fermés, Buffy la regardait et la constatait tendue. Elle ramena sa main sur la sienne accrochée à l'accoudoir.
— Ca va aller, t'en fais pas, ça dure à peine quelques secondes.
Bella ne bougea pas, ne répondit pas, jusqu'à ce que l'avion se stabilise. Elle rouvrit les yeux, prit une légère inspiration, soupira en silence et les baissa sur la main de la blonde toujours sur la sienne. Un peu malgré elle, ce contact la troubla et elle regarda Buffy qui lui souriait d'un air rassurant.
— Tu vois ? C'était pas si terrible.
Bella avala difficilement.
— Je sais, mais je ne suis pas à l'aise pendant les décollages.
Buffy ôta sa main dans un geste qui demeurait naturel. Elle lança un coup d'œil sur sa montre en songeant que l'avion avait décollé en retard. Résultat, elles n'arriveraient pas à l'heure à L.A. et Angel devrait les attendre puisque le vampire venait les chercher. Pendant le trajet de Forks à Seattle, Buffy avait pu discuter davantage avec Bella. Elle avait ainsi appris que la sœur d'Edward s'appelait Alice et qu'elle était devenue la meilleure amie de Bella depuis l'année dernière. Jasper était son compagnon, un vampire calme mais peu assuré pour contrôler ses pulsions animales. Emmett était le vampire cool, sortait avec Rosalie que Buffy assimilait à une sorte de Cordélia blonde. Quant au couple de « parents », Carlisle et Esmée, Buffy pensait qu'ils souffraient d'un profond complexe de « parentalité » puisqu'ils adoptaient tous ces vampires. Bella lui avait dépeint un tableau original d'une famille de vampires qu'on pouvait éventuellement croiser... dans les dessins animés. Quant à cette histoire de « vampires végétariens » ? A quoi cela rimait-il, se demandait Buffy. Les vampires buvaient du sang et même Angel qui en restait au sang de porc n'était pas à considérer comme un végétarien. La Première Tueuse n'avait jamais rien entendu de similaire auparavant et elle était certaine qu'Angel ne connaissait rien de semblable, pas même Giles qu'elle contacterait à Londres une fois rentrée.
Quelque part…
Faith était trempée et marchait d'un pas soutenu malgré le froid qui commençait à la fatiguer. La neige ne cessait de tomber, le sol était glissant et en ce soir de réveillon, elles auraient bien de la veine de croiser un véhicule. Cette route pouvait être n'importe où… Etait-elle seulement aux Etats-Unis d'ailleurs ?
— Nous devrions nous arrêter pour la nuit, commenta Cara.
— Et puis quoi encore ?
— Nous marchons depuis des heures sans croiser âme qui vive. Il fait nuit, il n'y a ni ville, ni village. Sais-tu seulement où nous allons ?
Faith s'arrêta, passa sa main dans ses cheveux et se tourna face à la Mord Sith qui affichait, semble-t-il naturellement, ce même air insolent. Elle répondit :
— Je me gèle, j'ai faim et je tiens pas à dormir dans cette forêt, ok ? Alors on avance.
Elle se remit en route mais Cara reprit :
— Nous pourrions faire un feu et je trouverai de quoi nous nourrir.
Faith perdait patience. D'une, cette Mord Sith semblait tout droit sortie du moyen-âge, de deux elle avait raison : elles n'avaient croisé personne alors qu'elles marchaient depuis des heures. Faith était mieux couverte que Cara ne l'était, surtout en songeant au décolleté plongeant et peu discret que la Tueuse avait remarqué.
— On fait pas de feu, j'ai même pas de cigarettes et de briquet sur moi.
D'autres mots que Cara ne comprenait pas. Elle préféra pourtant ne rien dire, attentive aux bruits environnants. Elle ne voulait pas contredire l'étrangère et lui laissait croire qu'elle avait froid ou qu'elle se sentait fatiguée. En tant que Mord' Sith, elle avait connu situation bien pire et des souffrances que nul ne pouvait imaginer hormis une Mord' Sith. Elle demanda, curieuse :
— Tu ne m'as pas dit d'où tu venais.
— Boston, répondit Faith qui économisait son souffle.
— Est-ce ton village ?
— C'est là que je suis née, ouais.
Mais la Mord' Sith avait besoin de se situer géographiquement pour pouvoir rentrer chez elle.
— Dans quel Comté se trouve-t-il ?
— Sur la côte Est.
Cara réfléchit un instant : d'Hara était la contrée la plus à l'Est du Royaume. Protégée par une grande chaîne de montagne, elle abritait le Palais du peuple mais aussi les plaines d'Azrith qui, autrefois, étaient si jolies. Il n'en restait que des cendres et des arbres calcinés. Si la plupart des Terres appartenaient à son seigneur, Lord Rahl, quelques villages éloignés dans les prairies restaient autonomes malgré l'oppression. Cara espérait croiser un marchand ou colporteur qui leur indiquerait leur chemin vers d'Hara.
Faith s'arrêta quand son regard aperçut une lumière au loin.
— Doit y avoir un téléphone là-bas !
Cara passa à sa hauteur et commenta :
— Quoi qu'il y ait, nous devons trouver de quoi manger et des chevaux pour demain.
Faith accéléra le pas, impatiente d'être à l'abri mais reprit à l'attention de la Mord' Sith :
— Y'aura pas de chevaux et je te conseille de me laisser parler, ok ?
— Tu n'as pas d'ordre à me donner.
Faith l'arrêta aussi sec devant la station service d'où émanaient des odeurs fortes d'essence.
— T'as tout intérêt à faire ce que je te dis, t'es pas chez toi là. T'as pas encore pigé ?
Cara pencha à peine la tête, son regard sur la brune puis sur sa main fermée sur son bras. Elle se dégagea, voulut se diriger vers l'entrée de la demeure aux murs de glace mais s'arrêta quand les portes automatiques s'ouvrirent devant elle. Elle dut prendre une courte pause, releva les yeux sur le contour des portes et Faith entra en lançant :
— Tu me suis, tu dis rien et tu touches à rien.
Mais Cara demeurait perplexe. Elle recula d'un pas et les portes se fermèrent d'elles-mêmes elle avança d'un pas et les portes s'ouvrirent d'elles-mêmes. Cara était troublée. Elle se décida finalement à entrer, se tourna pour vérifier que les portes se fermaient à nouveau. Elle rejoignit Faith dans cet endroit étrange.
— Quelle magie est-ce donc ?
Faith glissa quelques pièces dans la fente de la cabine téléphonique alors qu'elle voyait le gardien de la station du coin de l'œil les regarder d'un air inquiet :
— C'est pas de la magie, mais je t'expliquerai.
Elle ramena le combiné à son oreille et entendit la voix de Cordélia :
# Faith ? Où es-tu, ça fait des heures qu'on essaye de te joindre.
— Je suis sur la 39, une station qui s'appelle Wayside Filling.
# Wesley va venir te chercher avec Gunn.
— Où est Angel ? demanda la Tueuse en réalisant que le vampire aurait aussi pu disparaître.
# Angel est à l'aéroport, il est allé chercher Buffy et sa nouvelle petite sœur.
Faith fronça les sourcils. Elle avait disparu et Angel songeait à faire le chauffeur pour Madame la Première comme elle se plaisait à l'appeler pour l'énerver. Pourtant, ce terme de « nouvelle petite sœur » lui rappelait totalement autre chose à Faith quelques années plus tôt lors de son arrivée à Sunnydale. Elle chassa ces analogies de son esprit et répondit :
— Je les attends, mais qu'ils y passent pas la nuit, je suis trempée.
# Ils sont en route. A tout de suite Faith.
La Tueuse raccrocha sans préciser à Cordélia qu'elle n'était pas seule. Il serait temps de leur dire à tous que le sort n'avait pas du tout fonctionné et qu'il avait même abouti à de nombreuses complications.
— Vous allez payer ?
— Payer quoi ? demanda Faith à l'employé qui l'interpellait derrière son comptoir.
— Votre ami… ce qu'elle mange, vous allez payer ?
Faith chercha la Mord' Sith du regard et la vit debout dans le rayon fruits. Elle s'approcha d'un pas pressé et lui ôta une pomme des mains.
— Je t'avais dit de rien toucher.
— Nous devons manger. Ces fruits n'ont pas beaucoup de goût, mais ils sont nourrissants.
Elle en prit une autre et la lui tendit :
— Nous devons reprendre des forces pour lutter contre le froid. Mange toi aussi.
Faith prit la pomme, lui rendit la sienne et l'entraîna :
— On y va, mes amis vont venir me chercher.
Faith fouilla dans la poche de son cuir abimé et sortit son dernier dollar pour payer les fruits avant d'entraîner Cara vers la sortie. La Tueuse pensait que le pire restait à venir en constatant le comportement de la Mord' Sith. Angel et Wesley s'en arrangeraient de toute façon puisque cette guerrière était arrivée dans ce monde par sa faute.
N/A : rien à dire ?
