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Tellement en retard… Impardonnable… Trop de trucs à faire!

Hermione :

Ce qui me réveille n'est ni le bruit de la ville, ni l'heure avancée de la nuit. Non ; c'est l'odeur sucrée qui flotte dans l'air de l'appartement. Seul et unique moyen de me réveiller quand je suis à bout : la nourriture. J'ouvre mes yeux, force mon corps à se lever par lui-même.

La silhouette pâle de Rita, enveloppée d'une robe de chambre blanche et satinée, me tourne le dos et s'affaire à la cuisine. Elle se retourne, tient contre sa ventre un grand saladier rempli d'un liquide épais et onctueux. La femme me sourit doucement, dépose son plat sur la table ronde.

- Crème de légumes. Tu as faim?

Je fais signe que oui, trop figée pour parler. Mais ce n'est pas son potage qui me donne faim. C'est sa robe de chambre, échancrée sur sa poitrine parfaite. Le décolleté est en V, et le cordon du vêtement n'est pas assez serré, car j'aperçois beaucoup trop de peau. Mais je ne m'en plains pas. Je suis par contre très gênée, et mal à l'aise, parce que mes yeux ne peuvent se concentrer sur autre chose. Rita doit bien voir que je la fixe, car elle ramène les pans de la robe contre ses seins, ressert le cordon.

- Comme je suis idiote…, elle murmure en enroulant ses bras autour de son corps. Je devrais faire plus attention… Pardonne-moi, je suis habituée à vivre seule.

- Ah…, j'arrive à dire en m'asseyant à la table, tremblante.

Cette femme me trouble, et je ne sais pas pourquoi. Elle est, en général, assez dure, ses propos sont crus, ses manières brusques. Pourtant… Avec moi, j'ai l'impression qu'elle pourrait être différente. Sauf que je ne la connais pas, alors je me contente d'être troublée.

Le souper est silencieux, la soupe délicieuse. Elle me pose parfois des questions sur ma vie à l'école, je réponds sans trop comprendre. Pourquoi elle s'intéresse à moi, tout à coup? La nuit approche… Peut-être que son métier est plus fort qu'elle, peut-être qu'elle ne peut s'empêcher de coucher avec tout ce qui bouge. Avant d'être… ce qu'elle est, Rita était journaliste, je m'en rappelle trop bien.

- Ça vous manque, d'écrire?, je lui demande innocemment en regardant le fond de mon bol de potage.

Elle se lève brusquement de table, ne me répond même pas. La femme impulsive est revenue…

- Bien sûr, qu'est-ce que tu crois! Ce n'est pas comme si j'avais décidée volontairement d'arrêter d'écrire! La faute à qui, hein?, grogne-t-elle tout haut.

- Je sais, je…

- Non, tu ne sais pas! Tu n'as aucune idée! Au-cune!

Elle soupire, revient vers la table pour ramasser la vaisselle sale en évitant consciencieusement mon regard. Je pose ma main sur son poignet frissonnant, arrête son geste.

- Je vais m'en occuper.

Ses yeux rencontrent les miens, elle n'insiste pas et s'en va sans un seul autre regard.

Pendant que je lave les vestiges de notre repas, je songe à Rita. Comment une femme peut être si attentionnée… et si cruelle à la fois? Mystère.

Je finis la vaisselle en rinçant l'évier, et je me retourne vers l'appartement. Il est environ 10h, et pourtant je croule de fatigue. L'ex journaliste est assise sur un fauteuil près du lit, et elle dévore un livre, les lunettes sur le bout du nez.

- Bonne nuit, j'ose à peine murmurer en prenant finalement le divan, et non son lit.

Elle lève les yeux de son livre, me fixe un moment, un long moment.

- Dort bien, Miss Parfaite.

Je bouille intérieurement, mais je ne dis rien. Si elle est en mesure de m'agacer comme ça, c'est qu'elle va mieux. Pas question de la faire se fâcher. Je m'endors rapidement, toute habillée, sur le divan moelleux et accueillant…

BANG BANG BANG!, mes oreilles entendent pendant que mon corps se réveille en sursaut.

- RITA SKEETER LAISSE-MOI ENTRER!

- Merde, l'interpellée grommelle en se levant du lit.

- Qu'est-ce qu'il y a?, je questionne en frottant mes yeux fatigués.

- Un imbécile. Rendors-toi.

Mais les coups sur la porte continuent, les cris aussi.

Apparemment, c'est un homme en manque d'elle, ou un je ne sais quoi du genre. La voix est grave, mais loin d'être chaude. Il lui hurle toutes sortes de choses qui me dégoûtent, qui hanterons peut-être mes nuits un moment. Comment peut-on traiter une femme de la sorte?

Encore une heure, et il s'est tanné. Parti, tout simplement. Rita soupir et s'effondre dans le fauteuil, la tête entre les mains.

- Hermione? Viens ici stp…

Je m'approche sans trop comprendre en m'agenouillant devant elle. Rita retire ses mains de devant ses yeux pour me parler.

- Jure-moi qu'aucun homme ne te traitera jamais comme ça.

Je reste bouche-bée devant ces propos. Pourquoi elle pense à moi comme ça, et pourquoi elle précise un homme?

- Promis, Madame Skeeter.

Ma main se glisse sous sa robe de chambre satinée, caresse son genou maladroitement en remontant sur sa cuisse. Je touche du bout de mes doigts une fine ligne, je fronce les sourcils en regardant de plus près. Une cicatrice de 10cm de long, très mince, d'où une goutte de sang s'échappe pour aller choir contre le tissu pâle de son vêtement. Je hoquète de surprise, j'ai mal pour elle.

- Les risques du métier, ma belle, Rita me chuchote en touchant ma joue, la main tremblante.

Encore un chapitre court, mais au moins chapitre il y a eu…

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AB xxx