Note d'auteure : Alors voici le nouveau chapitre, comme promis ! Bonne nouvelle : J'ai maintenant une Beta (Moon Plume) pour m'aider dans la correction et la cohérence de mon texte. Je pense pouvoir dire que vous allez bénéficier grandement de cette collaboration. Je n'en dis pas plus sur le chapitre à vous de le découvrir Read & Review
La mort : Perte définitive par une entité vivante des propriétés caractéristiques de la vie, entraînant sa destruction.
J'ai souvent pensé qu'au moment de mourir, je serais en paix avec moi-même et que j'allais ressentir un soulagement juste avant le dernier battement de mon cœur. Qu'au moment où la vie quitterait mon corps, mon âme s'envolerait, libre de toute attache, ou bien que quelqu'un prendrait gentiment ma main afin de m'accompagner de l'autre côté. Quelles désillusions… J'étais morte dans une souffrance aveuglante, et seule. J'avais parcouru mes dernières minutes sur terre à lutter contre la terre entière, cherchant ma place dans ce monde cruel. Les choix des êtres chers à mon cœur m'avaient rendu aigrie et je n'avais pas su faire face aux événements de mes derniers jours. J'avais laissé derrière moi tant de choses inachevées…
Alors que j'observais la scène autour de moi, des sentiments de regret, de colère et de peine me tourmentaient. Je ne pensais pas être encore capable de réfléchir et de ressentir des émotions après ma mort mais le spectacle devant mes yeux me laissait un goût amer. Près de moi gisait mon corps, dans cette même maison où ma mère m'avait donné la vie, il y avait un peu plus de dix-sept ans. Sur mon visage, il n'y avait aucune trace de l'horreur qu'avait été mes dernières secondes, au contraire, mes traits étaient paisibles, je semblais dormir. Il n'y avait personne près de mon cadavre pour pleurer ma perte et au final, ça représentait assez bien comment avait été ma vie ces derniers mois, le grand vide. J'avais envie de pleurer et de crier la douleur de cette ultime trahison. Hélas, cela ne servait plus à rien puisque personne n'était là pour m'entendre.
Je ne pouvais pas m'empêcher d'espérer que Paul soit sain et sauf. Même après que mon cœur eut cessé de battre, je ressentais encore le lien qui nous avait unis brièvement mais intensément. J'aurais aimé avoir la chance et le temps de passer outre le choc et de vivre la passion et l'amour avec une personne qui aurait peut-être partagé la même ferveur. J'aurais pu connaître le bonheur et peut-être réapprendre à faire confiance.
Je restais ainsi agenouillée près de mon corps pendant de longues minutes, peut-être même des heures. Je n'avais aucun moyen de calculer le temps mais j'avais tellement de regrets que l'éternité n'en était pas encore assez longue. Puis une pression sur mon épaule éclata la bulle que j'avais construite autour de moi. Je n'étais plus seule.
J'avais soudain peur de me retourner et de reconnaître une personne qui n'était pas censé être morte. Ma curiosité l'emporta et je me retournais. Le visage que je vis m'était inconnu pourtant, ses traits m'étaient familiers. Elle avait le visage ridé mais son sourire était sage et réconfortant. Dans ses petits yeux noirs en amande, on pouvait y déceler un savoir immense. Ses longs cheveux poivre et sel étaient tressés dans son dos et elle portait une tenue typique des Quileutes, celle que mon peuple portait au début du siècle dernier.
- Bonjour *teka sumanitu tanka.
- Bonjour à toi *Tanika. Répondis-je en baissant la tête en signe de respect.
Elle toucha doucement ma joue afin que je relève la tête.
- Où suis-je?
- Entre la vie et la mort.
- Je ne suis pas encore morte ? Pourtant mon corps…
- Ton corps est mort, mais tu n'as pas rejoint les Grands Esprits, ils m'ont envoyés ici pour te guider. Ton temps n'est pas venu. Ton âme rejoindra ton corps car ta prophétie n'est pas achevée.
- Ma prophétie ? Je ne comprends pas.
- Écoute moi bien jeune louve, je n'ai pas beaucoup de temps et mes paroles sont précieuses. Tu auras le temps d'y réfléchir plus tard. Quand j'étais jeune fille, mon père était un des esprits gardiens. Après une attaque sauvage qui a ravagé la moitié de notre tribu, il s'est inquiété du sort des prochaines générations et le chaman lui a conseillé d'aller parler avec les Grands Esprits. Une semaine plus tard, il est allé leur demander conseils. Quand il est revenu, nous avons fait un grand feu de camp réunissant toute la tribu où il a raconté une nouvelle légende. Le lendemain matin, il est venu me voir et m'a confié que notre famille était le centre de cette légende et que je devais faire en sorte qu'elle ne soit jamais oubliée. Cette légende était un cadeau des Grands Esprits afin d'aider l'une de nos descendantes.
Elle s'arrêta et me regarda. Au bout de quelques secondes de silence, je compris qu'elle attendait que je parle.
- Cette descendante, c'est moi ? Mais quelle légende…
- Je ne peux pas te donner toutes les réponses, les Grands Esprits souhaitent que tu mûrisses et que tu trouves ton chemin par toi-même. Je suis ici afin de te guider dans la bonne direction, tu devras te rapprocher de tes racines et prendre part dans l'histoire de notre peuple. Les Quileutes sont en voie de disparition face aux visages pâles et vous, le jeune sang de la tribu, devez retourner aux sources afin de sauver toutes les connaissances que nous avons acquises au fil des siècles. Les légendes ne sont pas raconter de père en fils et de mère en fille pour rien, elles sont nos lumières dans les chemins sombres.
- Mais je n'ai plus de parents pour me raconter ces légendes…
Elle prit mon visage entre ses mains m'obligeant à fixer son regard.
- Tu n'es pas encore assez sage pour écouter mes paroles jeune louve, les mots cachent parfois leur véritable sens. La tribu c'est ton sang, ta famille, ton passé, ton présent et ton avenir. Cesse de fuir et montre ce que tu as en toi. Confronte la noirceur au fond de toi, ne la laisse pas te submergé et utilise-la afin de te renforcer. Tu as en toi le pouvoir et il vient parfois avec un lourd fardeau. Si tu arrives à le supporter, tu en sortiras vainqueur. Le sort de tes frères et sœurs reposent entre tes mains alors cesse de te t'apitoyer et montre aux anciens et aux Grands Esprits ce dont Le Bon Esprit est capable. Je dois partir, si je reste, tu ne pourras plus retourner parmi les vivants. Mais sache que tu es une Uley, la fille de mon petit-fils. Mon sang coule en toi, tu n'es jamais seule. Au revoir teka sumanitu tanka. Finit-elle en caressant mon visage plus doucement.
- Merci à toi. Puis-je savoir ton nom grand-mère ?
- Mon nom est Kwanita *Woksape Uley. Dit-elle en souriant à pleines dents. Son corps commençait à disparaitre et les larmes coulaient à flot sur mes joues. Je ne voulais pas qu'elle parte, je n'avais pas eu assez de temps. Je n'étais pas prête pour ce qu'elle m'annonçait et j'avais encore besoin d'elle et de sa présence maternelle.
- Ne part pas, reste avec moi… Je veux te connaître…S'il te plaît !
- Je suis toujours avec toi, ne l'oublie pas. Répéta-t-elle avant de disparaitre complètement.
Je me sentis soudainement aspirée par une lumière aveuglante et je clignais des yeux, tentant de voir devant moi. J'ignore comment je m'étais retrouvé allongé mais la lumière aveuglante avait disparu et je commençais à discerner quelques visages au-dessus de moi. La souffrance était revenue mais elle était supportable.
Je reconnue Leah en premier, elle était à ma gauche et elle caressait mon visage en pleurant, remerciant les Grands Esprits de m'avoir ramené. Je sentais les mains chaudes du vieux Quil parcourant mon corps et j'entendais ces louanges, il tentait de me guérir. J'ignorais comment je parvenais à le comprendre, sachant que je ne connaissais que les bases du langage Quileute, pour autant, j'y comprenais tout, clairement. Sam était à ma droite, les yeux rougis par d'anciennes larmes et il était silencieux mais on pouvait y lire un immense soulagement dans ses yeux.
- Oh Kwa ! T'avais promis de jamais partir sans moi… t'étais morte ! MORTE ! Comment j'aurais pu faire sans toi ? Kwa je m'excuse pour tout, je suis vraiment désolé, reste avec moi je t'en prie. Dit-elle alors que ses pleurs redoublaient.
Sue la prit dans ses bras, afin de la réconforter. J'avoue que je ne comprenais pas son comportement, elle passait du chaud au froid à une telle vitesse. Elle avait été ma sœur, elle m'avait trahie et là elle pleurait ma perte ? Mais j'étais vivante…
- Je ne suis pas morte… Tentais-je de dire. J'avais repris vie comme mon ancêtre venait de me le dire mais tout semblait si irréel. J'avais accepté ma mort et là, je devais accepter ma renaissance mais une seule pensée occupait mon esprit, bien malgré moi.
- Paul… Parvins-je à souffler.
- Il va bien petite sœur, je ne sais pas comment, mais il va bien. Je crois que tu l'as sauvé. C'est toi qui m'inquiète maintenant.
- Quoi ? Moi ? Non non non ! Je m'agitais. Sam ! Moi, je suis morte, je n'ai sauvé personne. Les Grands Esprits ont refusé que je les rejoigne. La légende ! Sam ! Notre ancêtre est venue me voir et… Paul… il est vraiment en vie ? Tout s'embrouillait dans ma tête.
- Du calme Kwanita, repose toi. Tu es épuisée. Ton loup va bien mais tu dois reprendre des forces et tu pourras nous expliquer ensuite.
- Mais, Quil, je…
- Dort mon enfant. Il appuya sa paume contre mon front et je plongeais immédiatement dans un sommeil profond.
Je me réveillai doucement et laissais mes paupières filtré la lumière du soleil. J'étais au chaud et confortable, je n'avais pas envie de bouger. Mon cœur était léger, ma tête se trouvait dans les nuages et mon corps était moins douloureux. Je me rendis compte en tentant de m'étirer, que je ne pouvais guère bouger, quelque chose prenait de la place à mes côtés.
Je tournais la tête et vit que ce quelque chose était un loup. Je savais immédiatement que c'était Paul qui était endormi, collé à moi. Pas étonnant que je ne puisse pas bouger, le matelas installé par terre avait beau être très grand, il ne l'était pas encore assez pour un loup géant. Je n'ai pas pu m'empêcher de laisser ma main parcourir sa fourrure argentée, elle était si douce et si chaude. J'enfouis mon visage dans sa fourrure afin de m'immerger dans son odeur. Le loup se mit à bouger et me sortit de ma torpeur. Je m'écartais en tentant de me lever mais mes muscles et mes os étaient encore douloureux. Le loup feula et se mit à sentir mon corps avec son museau, je restais immobile et je l'observais pendant qu'il m'inspectait. Quand il eut terminé, nos regards se croisèrent, il se leva tranquillement du lit et réussit à se faufiler hors de la pièce par la porte qui paraissait bien trop petite pour lui.
Quelques secondes plus tard, Sue entra dans la pièce avec un maigre sourire et vint s'asseoir près de moi.
- Comment vas-tu Kwanita ? Tu te sens mieux ? Dit-elle de sa voix douce.
- Je vais mieux mais j'ai du mal à bouger, ça me fait encore trop mal.
- Reste au lit, je vais t'apporter à manger, tu dois reprendre des forces.
Elle se leva et se retourna juste avant de passer la porte.
- Tu sais, malgré ce que tu penses, nous avons tous eu peur de te perdre.
- Vous m'avez perdu le jour où vous m'avez abandonné. Ma mort n'y aurait rien changé.
Il n'y avait pas de colère dans mes mots, c'était simplement les faits.
- Tu n'as jamais quitté nos cœ , nombreuses erreurs ont été commises, mais t'avoir avec nous, ici, aujourd'hui, c'est notre chance de te le prouver.
Je ne répondis rien, me contentant de réfléchir à ses mots et elle reprit son chemin vers la cuisine. Etais-je capable de leur pardonner ? Etaient-ils capable de changer ? Forcément, je n'avais pas envie de finir ma vie seule comme je l'avais cru la veille. Et puis, je devais penser aux nouvelles informations que j'avais eues dans les derniers jours : je suis un loup, j'ai une meute, les légendes sont vraies, je devais découvrir ma légende, les Cullen sont des vampires, Paul et moi sommes imprégnés, je suis morte, je suis de nouveau vivante. Tant de choses que je ne connaissais pas et que je ne contrôlais pas. Je ne pouvais pas me la jouer « cavalier seul », trop de choses influaient sur la vie des autres pour que je sois à ce point égoïste. Cela dit, ils m'avaient trahi et je n'allais certainement pas leur pardonner aussi facilement.
Sue revint avec mon petit déjeuner, je n'allais pas faire l'enfant et l'ignorer. J'allais faire les choses comme une adulte à partir de maintenant et affronter mes problèmes.
- Merci Sue, j'imagine que plusieurs m'attendent en bas ?
- Oui toute la meute est là, Sam et le vieux Quil ont beaucoup de questions pour toi. Et puis, tout le monde veut s'assurer que tu vas bien. Je pense que c'est un truc de loup, mais ils ne partiront pas sans t'avoir vu.
- Hum… penses-tu que quelqu'un pourrait m'aider à me déplacer ? Je pourrais prendre mon déjeuner au salon et écouter ce qu'ils ont à me dire. Et j'avoue avoir besoin de réponses moi aussi.
- Certainement, je vais apporter ton déjeuner là-bas et je t'envoie quelqu'un.
- Je suis là Sue, pas besoin de nous prévenir nous avons tous entendu. Je vais l'aider.
- Merci Paul, bon je vous attends au salon.
Il s'avança vers moi avec une expression neutre, je ne savais pas trop comment interpréter ses comportements. Il n'avait jamais été facile à déchiffrer, même quand nous étions enfant, il gardait ses émotions et ses problèmes pour lui.
- Hum… désolé d'avoir besoin d'aide. Dis-je timidement.
Moi timide ? Rohlala, j'en avais les papillons aux ventres. Mes paroles et mes actions ne suivaient pas mes résolutions mais j'allais devoir vivre avec le fait qu'en sa présence, je ne pouvais pas tout contrôler. Ça va aller Kwa, tu peux y arriver ! L'imprégnation n'est pas la pire des choses que tu as à affronter en ce moment me dis-je à moi-même.
- T'inquiète pas. Je crois que c'est plus simple si je te porte, aucune chance de te blesser en chemin.
- Non, non, c'est bon, je vais marcher. Aide-moi simplement à me tenir debout. Ça devrait aller.
Ne m'écoutant pas, il passa l'un de ses bras sous mes genoux et l'autre dans le haut de mon dos. Ma tête se posa contre son épaule lorsqu'il me souleva. Je ne l'avouerai jamais à personne mais ce que je ressenti à ce moment-là me donna envie de couiner de joie. Les papillons avaient déployés leurs ailes.
Nous atteignîmes le salon rapidement, peut-être même trop vite à mon goût. J'avais la ferme conviction qu'il avait partagé les mêmes émotions que moi. Il me serrait contre lui avec une douceur que je ne lui connaissais pas.
Il me posa sur le canapé deux places, releva le bas du canapé afin que mes jambes soient remontées et il s'installa à côté de moi. Nos bras et nos cuisses se touchaient et ce n'était pas par manque de place sur le canapé. Il avait besoin du contact peau à peau autant que moi. Je ne sais pas s'il l'avait fait consciemment ou pas mais cela me donna du courage pour affronter cette discussion. Sue vint poser mon assiette de rôties sur mes genoux et donna mon verre de jus d'orange à Paul pour qu'il le tienne pour moi.
- Merci.
Mes yeux firent le tour de la pièce et je me rendais compte à quel point elle était bondée. Je me sentis immédiatement oppressée et ma respiration s'accéléra. Je n'avais plus l'habitude d'avoir l'attention et encore moins d'être en contact avec autant de gens à la fois. Paul pressa sa cuisse contre la mienne, si discrètement que moi seule pouvait l'avoir remarqué. Je respirais un bon coup et me lançais.
- Alors, par quoi on commence ?
- Par le commencement, Kwa. On n'a pas eu le temps de se parler et de s'expliquer. Je ne pense pas qu'on puisse passer au travers de tous les sujets aujourd'hui mais certains sont vraiment importants. Les événements se sont enchaînés et on est resté sur beaucoup de non-dit. La meute est ici pour toi, t'en fait partie que tu le veuilles ou non.
- Sam, t'as pas besoin de prendre un ton supérieur avec moi. J'ai décidé d'accepter ma place au sein de la meute autant que cela me sera possible. Je comprends que tu sois sur tes gardes parce que je t'ai dit que je n'en voulais pas de la meute mais ce n'est plus le cas. Par contre, sache-le, d'ailleurs sachez-le tous : Je n'ai pas pardonné. Peut-être le ferais-je un jour, mais pour le moment, honnêtement, ce n'est pas le cas. Je ne connais pas le fonctionnement de tout…cela. J'agitais ma main en cercle pour montrer la meute. Mais j'apprendrai.
- Hum ok. J'apprécie que tu acceptes. Nous portons tous le même fardeau, nous sommes une meute, une famille. Tu dois respecter mes ordres, et celui du Béta, sinon je devrais utiliser ma voix d'Alpha et mes ordres deviennent impossibles à contrer, à une seule exception : si cela vient contrer la sécurité de ton imprégné.
- Comment ça « impossible » ? Tu veux dire physiquement ?
- Oui. Si je te dis que tu ne peux pas quitter la pièce, tu ne pourras pas mettre un pied en dehors.
- Génial grognais-je. Et un éclat de rire agita la pièce, ce qui détendit l'atmosphère.
Sam me fit un sourire en coin avant de continuer.
- Jacob est l'héritier légitime du titre d'Alpha mais ayant muté en premier, j'en ai hérité en attendant qu'il soit prêt. Je suis destiné à être son Beta, comme notre grand-père et tous nos ancêtres qui ont muté ont été les Beta des Blacks. Je comprends que tu n'aies pas encore pardonné mais nous devons tous nous faire confiance sous forme de loup car nos vies en dépendent, c'est donc crucial. Tu as remarqué déjà que nous partageons nos pensées lorsque nous sommes sous forme de loup, cela nous permet de communiquer en combat et en patrouille. Nous essayons tous de garder nos pensées personnelles mais ce n'est pas toujours simple.
Je continuais d'écouter Sam quand je sentis mon assiette être bougée, signe que je devais commencer à manger. Ceci ne passa pas inaperçu.
- Comme tu peux le constater, les loups qui sont imprégnés ont un besoin intense de prendre soin de leur moitié. Je ne sais pas où vous en êtes avec Paul, ni ce que vous avez décidé, cela vous est personnel tant que ça n'entre pas en conflit avec la meute mais tu dois comprendre certaines choses. S'il a besoin que tu manges, dormes ou n'importe quoi affectant ta santé ou ta sécurité, va dans son sens et cela vaut aussi pour Paul quand tu auras ce besoin. Il est primordial pour ton loup et le sien de respecter cela sinon il te rendra folle, il essaiera de te manipuler afin d'obtenir ce dont il a besoin. Or, un loup hors de contrôle c'est extrêmement dangereux.
Il finit sa phrase en glissant ses yeux sur Emily comme pour prouver ce dernier point.
- Wow ! Ça fait beaucoup d'informations. Tu veux dire quoi par « il essaiera de me manipuler » ? Dis-je entre deux bouchées.
- Comment t'expliquer avec les bons mots…
- Laisse-moi lui expliquer Sam. Je crois avoir les bons mots, Intervint Leah.
Je me tournais vers elle. Elle me semblait sure d'elle et j'avais l'impression de voir un peu de l'ancienne Leah. Sam hocha la tête.
- La louve et toi ne faites qu'une. Sauf que toi, tu es humaine et elle, est animale. Elle se laisse guider par toi mais aussi, et surtout, par ses instincts. Toi, tu réfléchis et tu agis en fonction de ce que tu connais. Elle, par contre, agis par instinct et il se peut que, des fois, elle ressente des choses que tu ne perçois pas et inversement. Donc, si son instinct lui dit que son loup a besoin de quelque chose, elle fera tout pour que tu lui donne ce dont il a besoin. Elle n'est pas aussi possessive pour tout mais quand il est question de son mâle, c'est primordial que tu ailles en son sens. Sinon, elle agitera ses griffes de l'intérieur et elle déchira tout : tes pensées, tes émotions, et finalement elle te fera muter. Ça peut arriver n'importe quand et devenir très dangereux. Tu remarqueras aussi que nos loups ont besoin de se toucher et de se sentir assez souvent, c'est l'animal qui en a besoin.
Je hochais la tête pour lui montrer que j'avais bien compris. Même si ça ne me faisait pas plaisir d'entendre tout ça, j'avais bien compris que ça ne me servait à rien de râler.
- Autre chose Sam, pour ce qui est d'être un loup ?
- Chaque jour, je planifie les loups pour les patrouilles. Nous avons un périmètre bien défini autour de la réserve pour s'assurer qu'il n'y a pas de menace pour la tribu. Pour l'instant, tu n'en feras pas partie, l'important est que tu guérisses. Ça va moins vite que prévu mais c'est probablement à cause des événements d'hier. Quand on jugera ensemble que tu en es capable, j'assignerais un loup qui t'accompagnera en patrouille et te montrera tout ce que tu dois savoir et qui n'a pas été dit aujourd'hui.
Il poussa un long soupire avant de rajouter :
- Kwa, tu dois savoir que j'avais les mains liées après avoir blessé Emily, je ne pouvais pas prendre le risque de te blesser aussi.
Ses mots me firent l'effet d'une douche froide, les autres avaient été tellement silencieux pendant son explication que j'en avais oublié leur présence.
- Sam, cette discussion se fera en privé, quand je serais prête. Je pense qu'on a déjà assez de choses à discuter aujourd'hui, et puis les autres n'ont pas besoin de faire partie d'un sujet qui m'est aussi personnel.
- Je comprends. Il marqua une pause en soupirant puis continua. Pour ce qui est des événements d'hier, je ne sais pas trop par où commencer. Y'a tellement d'éléments que l'on ne comprend pas.
Je me tournais vers Paul. J'avais besoin de savoir ce qui lui était arrivé avant d'expliquer ce qui m'était arrivé à moi.
- Paul ?
J'attendis que son regard croise le mien avant de lui poser ma question. J'avais besoin de pouvoir lire dans ses yeux.
- Qu'est ce qui t'est arrivé ? Quelqu'un t'a… attaqué ?
Ma voix tremblait, mes émotions étaient chaotiques juste à la pensée que quelqu'un lui ait fait du mal. Je commençais à comprendre vraiment les mots de Leah. Ma louve était agitée, juste avec des pensées, alors je n'imaginais même pas avec des actes. Il baissa la tête, était-il honteux ?
- Quand je suis parti, j'étais distrait… Je n'ai pas fait attention et je suis arrivée face à face avec un vampire nomade. Il m'a pris par surprise.
Il releva la tête et me fixa intensément.
- Sam a oublié de te parler du plus important : les sangsues. S'ils mordent un loup, leur salive nous est mortelle. S'ils mordent un humain, et qu'il n'est pas vidé de son sang, il se transforme en vampire. S'il te griffe, il te déchire. Ils sont forts et rapides. Nous pouvons les combattre mais comme je disais, j'étais distrait… Et il m'a mordu. J'ai su tout de suite que j'étais fichu.
Mes yeux était grands et humides des larmes menaçant de s'en échapper.
- Mais tu es ici ! Vivant ! M'exclamais-je. Mes yeux parcouraient chaque parcelle de son corps, cherchant une blessure. J'allais perdre le contrôle, je sentais les tremblements de mon corps augmenté de seconde en seconde.
Ce qu'il fit me surprit encore une fois mais il eut le don de me calmer. Il me prit dans ses bras et me berça, tout en me répétant qu'il était sain et sauf, jusqu'à ce que mes tremblements cessent complètement. Je ne me sentais pas capable d'affronter le regard des autres, ni le sien. Je ne savais pas quels mots pouvaient mettre fin aux sentiments que je ressentais.
- Tu l'as sauvé Kwanita. J'étais en loup quand il s'est fait attaquer, j'ai tout vu dans sa tête.
- Jared, tais-toi, je ne pense pas qu'elle est besoin de tous les détails.
- Non Sam, elle a besoin de comprendre et nous aussi. Si je peux lui expliquer ce que j'ai vu, ça la calmera et on pourra peut-être avoir le fin mot de l'histoire.
- Kwanita tu es d'accord pour reprendre ? Me chuchota Paul.
Je hochai la tête, encore incapable de parler. J'étais curieuse de savoir pourquoi il me disait que je l'avais sauvé alors qu'au même moment j'étais en train de mourir.
- C'est bon vas-y Jared, elle t'écoute.
- Tu dois savoir que Paul était plus que distrait. Je n'arrivais même pas à comprendre ses pensées et crois-moi, je suis habitué de le déchiffrer. Il n'a même pas remarqué que j'avais muté, ça m'a inquiété alors j'ai tenté de le rejoindre. Sur sa piste, j'ai senti l'odeur d'une sangsue, j'ai tout de suite su que Paul était près d'elle et ce n'était pas un Cullen. J'ai hurlé pour prévenir les autres et poussé mes pattes le plus fort que j'ai pu. J'ai vu l'attaque dans la tête de Paul. Il est arrivé derrière lui et l'a mordu dans la gorge avant même que Paul n'est pu se retourné. Paul s'est affalé par terre et j'entendais le vampire rire près de son corps. J'étais encore trop loin mais j'étais en direct dans sa tête et j'assistais au dernier instant de mon frère.
Il fit une pause et on sentait l'émotion dans sa voix. Si Paul était mort, ça l'aurait ravagé. Il devait être très proche et je m'en sentais tout de suite plus proche de Jared.
- Sa souffrance due au venin était immense mais tu étais le centre de ses pensées. Il savait que s'il mourrait, il y avait de fortes chances que tu le suives. Je pouvais presque sentir moi-même votre lien tirer sur son cœur, j'ai même cru qu'il allait jaillir de sa poitrine tellement la force était intense. Je vais essayer de te décrire le mieux possible ce que j'ai vu dans sa tête mais il pourra peut-être rajouter lui-même ce qu'il a ressenti. La lave qui parcourait son sang l'avait presque consumé quand votre lien s'est transformé. Au lieu de le tirer vers toi, le lien poussait vers lui. Je crois que tu lui envoyais ton énergie. Mais… pas seulement ton énergie, c'était comme un tsunami qui recouvrait la lave. Une vague magique qui a traversé son corps pour remplacer le venin. Je ne sais pas comment l'expliquer mais c'est ça. Je suis arrivé sur place et j'ai combattu la sangsue. En un contre un, nous ne sommes pas avantagé mais Sam est vite arrivé pour m'aider. Au bout d'une heure, Paul était sur pied, aucune trace de morsure et en pleine santé. Tandis que toi, tu semblais être morte de la morsure d'un vampire… Paul ?
- C'est exactement ce que Jared a dit, je t'ai senti me guérir avec notre lien. Je pense que tu as pris mon mal pour me guérir.
Il caressait mes cheveux et mon visage était toujours collés à son torse, je ne pensais même pas au fait que je l'avais guéri mais plutôt au fait qu'il aurait pu mourir. Puis un détail me dérangea et je m'obligeais à me relever pour poser ma question.
- Et si tout ça est vrai, comment tu peux savoir que j'avais l'air d'être morte de la morsure d'un vampire et pas d'autres choses ?
Leah reprit la parole.
- Quand tu t'es effondrée et que t'a crié que Paul avait besoin d'aide, moi et Sam on est tout de suite sortie pour muter. Dès qu'on a compris, Sam est parti aider Jared et moi je suis revenue près de toi. T'étais déjà inconsciente, même si j'étais partie moins de deux minutes, ton corps était… Chaque veine de ton corps était gonflée, il paraissait évident que tu avais été empoisonnée avec du venin. J'ai tout tenté pour te réanimer, j'ai pratiqué un massage cardiaque pendant près d'une heure… Je ne voulais pas accepter que t'étais partie… Quand Paul est arrivé au bout d'à peu près une heure, j'ai compris que c'était fini. Il s'est effondré dans l'entrée et n'a plus bougé. Je refusais de te quitter, j'ai imploré tout le monde de faire venir le vieux Quil pour te ramener. Il est venu mais rien ne marchait, ton esprit n'était plus dans ton corps et les Grands Esprits ne répondaient pas à nos prières. Sous mes pleurs et supplices, il a continué, encore et encore, de chanter pour toi. Puis au bout de plus de six heures, tu es revenue…
J'étais choqué par ses révélations, les trous noirs se remplissaient et je prenais conscience de ce que je n'avais pas pu voir. Je tentais de digérer ses informations et les autres respectaient mon silence. Tout ça était encore plus complexe que je le croyais. Ce que mon ancêtre avait tenté de me faire comprendre devait être la clé de cette énigme. Et je n'étais pas morte seule, Leah ma sœur avait été avec moi.
- Leah…
Je ne pus dire plus, j'avais une boule dans la gorge et elle comprit de suite que je ne pouvais pas me lever alors elle s'approcha de moi et je tendis les bras pour l'enlacer. Aucun mot n'était nécessaire, malgré sa trahison, elle venait de me prouver qu'elle était toujours là.
Je ne pensais pas être prête pour autant d'intimité avec elle mais les émotions avaient été nombreuses et nous avions tous failli perdre quelqu'un, moi inclus. Ce qui ne m'avait pas échappé, c'était la main de Paul qui n'avait pas bougé du bas mon dos en signe de réconfort et de présence.
Une fois l'accolade passée, elle reprit sa place. Je compris alors qu'ils attendaient toujours quelque chose. Ma version. Ils avaient besoin de remplir leurs trous noirs comme ils avaient remplis les miens.
Je n'arrivais pas à briser la glace et c'était le cas d'un peu tout le monde. Puis, un regard et un hochement de tête s'échangèrent entre Sam et Quil Sr.
- Kwanita je peux me permettre de te poser quelques questions ?
- Oui, je vais tenter d'y répondre du mieux que je peux.
- J'ai tenté pendant des heures de contacter les Grands Esprits pour te faire revenir, sans avoir de réponses. Comment es-tu revenue ?
- Je pense qu'ils ont répondu mais pas à vous. Pour m'expliquer ,je dois partir du début. Quand je suis morte, j'étais seule.
Je marquai une pause, repensant à ce que j'avais vécu et le souvenir était encore trop frais dans ma mémoire. Paul grogna à côté de moi, contrarié par mes mots. Cela ne m'empêcha pas de continuer, ils devaient tous savoir. Grand-mère m'avait bien fait comprendre l'importance de cette légende.
- Le temps s'était figé à la seconde où la vie avait quitté mon corps et je n'ai pas vu Leah revenir, ou qui que ce soit d'autre, pendant un long moment. La vue de mon cadavre n'avait rien à voir avec ce que Leah m'a décris, je semblais juste endormie. J'ai veillé mon corps et fait le deuil de ma vie, toute seule. Je ne sais pas combien de temps je suis resté ainsi, puis j'ai senti une main sur mon épaule. J'ai cru que c'était ma mère ou mon père venu me chercher pour les rejoindre mais quand je me suis retourné, c'était une vieille femme Quileute. C'était évident que c'était une de mes ancêtres, j'avais l'impression de voir une version de moi-même à soixante-dix ans. Sam, c'était notre arrière-grand-mère.
- Notre arrière-grand-mère ?
- Oui, Kwanita Woksape Uley. Elle m'a expliqué plusieurs choses mais sans jamais vraiment être claire. Elle m'a dit que les Grands Esprits venaient de refuser ma mort parce que ma destinée n'était pas accomplie. Qu'une légende avait été créée par eux du temps où son père était un esprit guerrier. Cette légende, j'en suis le personnage principal. Mais je ne sais pas du tout de laquelle elle parlait. Tout était crypté dans ses mots et elle n'avait pas le droit de tout me dire... Elle a fini en me disant que mon pouvoir était aussi mon fardeau. Bref, je pense que tes prières ont été entendues Quil, ils m'ont envoyé quelqu'un pour me guider vers la vie.
- Du temps de son père? Je vais faire des recherches pour que nous ayons nos réponses. Nous allons peut-être devoir éplucher tous les anciens journaux des meutes précédentes. Je vais demander l'aide de Billy mais, Kwanita, tu pourrais peut-être m'être d'une grande aide avec les informations que ton ancêtre t'a donné. Quand nous aurons trouvé, nous organiserons un feu de camp pour l'a communiqué avec toute la meute. En attendant, rien ne sert de s'inquiéter, tu guéris et tout le monde est sain et sauf. Répondit le Vieux Quil.
Comme si le signal de fin de réunion avait été donné, les gens se sont mis à parler entre eux. Je me contentais d'observer, j'avais assez parlé et cela me donnait l'occasion de noter quelques comportements sur ceux que je connaissais le moins dans la meute. Puis, je sentis Paul se rapprocher jusqu'à ce que je sente ses lèvres effleurer mon oreille.
- Toi et moi aussi, on va devoir parler. Me chuchota-t-il.
*** N.A. J'ai utilisé la langue des lakotas pour le Quileute, c'est le seule dictionnaire complet français/amérindien que j'ai trouvé.
Teka Jeune
Tanika Ancienne
Sumanitu tanka loup/louve
Woksape sagesse
