N.A : Bon pour ceux et celles qui n'ont pas vu mon message, vous pouvez correspondre avec moi par le biais du facebook Kwanita Uley. J'en profite pour m'excuser pour le retard de ce chapitre un déménagement de pays et une surcharge de travail pour ma Beta y ont grandement contribués. Depuis le début de cette fic, j'avais vraiment hâte à ce chapitre parce qu'il apporte tellement de changements et autant de réponses que de nouvelles questions. N'hésitez pas à me dire s'il vous a plus ou pas. Je répète aussi que l'histoire ne suivra pas la même échelle de temps que les livres et que finalement ça ne suivra pas les mêmes événements non plus à quelques exceptions près. Bonne Lecture !

J'entrais dans mon ancienne maison avec un peu d'appréhension. La main rassurante de Paul qui tenait la mienne n'aidait pas à calmer l'ouragan qui sévissait à l'intérieur de moi. La réalité tentait de briser la coquille que j'avais fermement enroulée autour de moi. L'odeur qui m'assaillit me remplit de joie et de colère. D'un côté, l'odeur réconfortante de la maison dans laquelle j'avais grandi me ramenait pleins de souvenirs du temps où mon père était vivant et que nous étions une famille heureuse. De l'autre, celle de mon grand frère qui m'avait laissé tomber et qui me donnait l'impression d'être entrée dans un cauchemar un peu trop réel... Je me forçais à respirer par la bouche tentant de minimiser le duel qui piquait mon cœur, mais le goût de l'amertume restait bien imprégné sur ma langue.

Je levais les yeux afin de vraiment bien observer la pièce. Je devais y faire face, j'allais devoir interagir avec tous ces gens, tous les jours, toute ma vie. Ça me semblait tellement fatal dit ainsi, malheureusement c'était le cas. Mon regard se posa sur Quil et Embry qui se chamaillaient amicalement, de grands sourires arboraient leurs visages enjoués. Jacob sur leur gauche, qui au premier abord donnait l'impression de participer au cirque de ses deux amis était en réalité, comme moi, en train de se batailler avec lui-même. Habituellement joyeux, son visage était fermé et il portait les signes d'une fatigue anormale. Dans un autre coin, Jared et Sam chuchotaient tellement bas que même nos ouïes surnaturelles ne parvenaient pas à suivre. Malgré sa conversation, le regard de Sam ne lâchait pas Emily qui chantonnait en cuisinant de l'autre côté de la pièce. Je tournais ma tête vers la droite et y trouva Leah assise seule sur l'un des bancs qui entouraient la grande table. Elle me fixait d'un regard intense que je n'arrivais pas à déchiffrer. Inquiétude ? Déception ? Colère ? Peine ? Regret ? Dire qu'il y a de cela quelques semaines je pensais la connaître par cœur…

Je finis mon tour en posant mes yeux sur mes doigts qui étaient enlacés avec ceux de Paul et je fronçais les sourcils. Je repris immédiatement possession de ma main et je la frottais nerveusement sur mes jeans. Je m'avançais et décidais de m'asseoir sur l'autre extrémité du banc occupé par Leah et je baissais les yeux sur la table sans saluer personne. Je tentais de contrôler les faibles tremblements qui avaient pris le contrôle de mon corps. Celui-ci guérissait anormalement vite mais mon état psychologique était loin d'être sain. Un raclement de gorge me sortit de ma léthargie et je restais surprise de voir que tout le monde avait pris leur place autour de la table. Je rougis quand je me rendis compte que j'avais tous les regards sur moi.

- Hum désolé, on m'a parlé ? Dis-je en mordillant ma lèvre inférieure.

Quelqu'un tira une petite couette de mes cheveux pour avoir mon attention et je croisais le regard de Paul qui s'était installé sur ma gauche.

- Ça va allez papillon ? Me dit-il. Je grimaçais du fait qu'il utilise ce surnom devant toute la meute.

- Hum, je pense oui,dis-je. Je n'étais pas certaine que mes tremblements allaient cesser mais ce n'était pas encore assez intense pour déclencher une mutation.

- Papillon ! Ah Ah Ah ! Ricana Quil.

Je me contentais de le fusiller du regard et mes tremblements augmentèrent aussitôt.

- Tais-toi Ateara sinon je t'arrache la tête, siffla Paul, le regard assassin. Ce qui n'empêcha pas Quil de continuer de ricaner.

- Sam, si tu ne tiens pas tes chiens en laisse, je n'aurais pas assez de contrôle pour assister à ta réunion ! Lançais-je.

Je serrais mes mâchoires plusieurs fois tentant encore une fois de me contrôler.

- Assez ! Ordonna Sam. Prend de grandes respirations, c'est difficile de ne pas muter au début, surtout en compagnie de toute la meute. N'hésite pas à sortir si ça devient trop intense, même de l'extérieur tu pourras entendre ce que l'on a à dire.

J'acquiesçais d'un signe de tête, minimisant mes échanges au maximum. Je sentis une main se poser sur ma cuisse et mon sang se glaça, prise au dépourvu par un geste si intime. J'avais une envie violente de déplacer sa main mais je n'en fis rien, m'avouant seulement à moi-même qu'elle me faisait du bien.

- Bon, maintenant que j'ai l'attention de tout le monde, j'ai plusieurs sujets à aborder. Vu les événements chez les Cullen l'autre soir, j'ai contacté le conseil. Le traité est en suspens et j'avoue que j'adorerais raser leur clan pour avoir attaqué Bella et Kwanita, le problème c'est que Bella s'obstine à les défendre prétextant que c'était un accident.

- Quoi ? J'étais là ! J'ai très bien vu la scène et y'a aucun doute que si je n'étais pas intervenue, elle aurait été vidée à sec ! Et ne me dit pas qu'elle est toujours avec Edward, j'espère ne pas avoir risqué ma vie pour rien ! M'écriais-je un peu trop fort au goût de Jacob.

- Ne parle pas d'elle sur ce ton et risquer ta vie pour la sauver vaudra toujours le coup ! Me lança-t-il à son tour.

- Si tu veux risquer ta vie pour elle, c'est ton affaire mon pote, moi je ne vais pas me battre une deuxième fois pour une fille qui réalise pas dans quel pétrin elle s'embarque ! Répliquais-je.

Un profond grognement s'échappa de Jacob. C'était une menace. Et je lui répondis avec un grognement tout aussi fort en signe de réponse. La tension était montée en flèche et je vis les autres se préparer à intervenir. Paul resserra sa main sur ma cuisse, s'en était presque douloureux.

- Kwanita ! Bella est une imprégnée, elle fait partie de la meute. On protège les nôtres. On fera ce qu'on devra faire et toi pareil,me réprimanda Sam.

Ça ne nous empêcha pas de continuer à grogner l'un sur l'autre.

- Kwanita, Jacob ! Maintenant calmez-vous ! Dit-il, appuyant son regard sur chacun de nous, tour à tour. Si quelqu'un s'énerve chaque fois que je parle, on n'y arrivera pas. Tout le monde se rassoit, bon sang y'a pas moyen d'avoir une discussion sans qu'on se batte ?

- Tu parles ! Et toi Sam, t'es pas obligé d'utiliser ta voix d'Alpha chaque fois qu'on dit ce que l'on pense ! Lui répondais-je.

- Arrête de faire l'enfant Kwanita ! J'ai une meute d'adolescents à diriger et j'utilise les moyens que j'ai. Si je n'étais pas intervenu tu sais très bien que ça aurait fini en bain de sang. Jacob est fort et bien plus habitué à sa forme de loup que toi ! Tu n'as muté qu'une seule fois où, je te le rappel, tu t'es faite charcutée. Si tu me contredis chaque fois que j'ouvre la bouche, ça va mal finir.

- Pas de soucis Ô grand chef, je dois te lécher les pieds avec ça ?

Je savais bien au fond de moi-même que je n'étais pas raisonnable mais c'était comme une piqûre d'insecte qu'on ne pouvait s'empêcher de gratter. Il m'insupporte tellement !

- Ça suffit maintenant, la prochaine fois que tu me manques de respect, il y aura des conséquences.

- Pfff … Me contentais-je de rajouter ne pouvant pas lui laisser le dernier mot.

Il soutenu mon regard pendant quelques secondes de plus avant de reprendre.

- Jacob, tu vas devoir lui dire que tu as imprégné. Je comprends que tu veux lui laisser le choix, mais si on doit la protéger, je préfère qu'elle sache la vérité. Ses choix ont un grand impact sur la meute et si on doit partir en guerre contre un clan entier, autant que ce soit bien fait et qu'il n'y ait pas de dommages collatéraux. Est-ce que je dois te donner un ordre ou je me suis fait bien comprendre ?

- Tu crois que ça me fait plaisir tout ça Sam? C'est avec moi qu'elle devrait être, pas avec cette saleté de sangsue ! Mais… elle ne veut rien comprendre, elle leur a déjà pardonné prétextant que ce n'était pas leur faute. Et moi je devrais arriver derrière en lui expliquant qu'elle est mon âme sœur ? Je n'ai pas envie qu'elle me choisisse par pitié ! Cracha Jacob.

- Tu sais très bien qu'elle a des choix dans tout ça, bien plus que toi ! Et puisque tu m'y obliges : Jacob, je te donne jusqu'à demain midi pour que tu expliques à Bella que tu t'es imprégné d'elle et TOUT ce que cela implique.

Je remarquais que je n'étais plus la seule à ne pas contrôler mes tremblements, il n'avait rien rajouté mais des flammes dansaient derrière les yeux de Jacob.

- Ensuite, dit Sam secouant sa tête, j'ai parlé avec le docteur. Il soupira lourdement. On a une rencontre programmé pour minuit, demain soir. Je veux TOUT le monde présent, on se rencontre ici trente minutes avant. Compris ? Nous hochâmes tous la tête silencieusement. Oh et Jacob, j'aimerais que Bella vienne à la rencontre et qu'elle nous rejoigne ici avant. J'ai quelques questions à lui poser et ce ne serait pas une mauvaise chose qu'elle passe un peu de temps parmi nous.

Je pensais que la réunion était terminée alors je me réfugiais dans un coin de mon cerveau tentant de retrouver le calme.

- Kwanita, tu te sens assez en forme pour commencer ton entraînement ? Me lança Sam.

Je tournais la tête vers lui si vite que j'aurais bien pu me casser la nuque.

- Quoi ? Comment ça mon entraînement ? Je ne suis même pas à cent pour cent guérie, laisse-moi du temps. Je dois retourner en cours bientôt, je ne sais même pas si j'ai encore un boulot puisque j'me suis pas pointée depuis plusieurs jours sans donner de nouvelles, et sans parler du fait que je n'ai aucune idée de ce qui va pas chez moi puisque la clé serait dans une légende dont personne ne se souvient. En plus, j'me sens comme une droguée accro à Paul alors que y'a deux jours on s'ignorait parfaitement bien. Et là, qu'est-ce que tu veux me rajouter encore ? J'peux pas souffler un peu ? Répondis-je. Je me sentis essoufflée et vidée d'énergie. Cette journée me paraissait bien longue et j'étais fatiguée de me combattre moi-même.

- Kwanita, je ne veux rien te rajouter mais plus tu vas attendre pire sera ta louve. Je t'offre le moyen d'apprendre à contrôler une des choses qui te pèsent. Me répondit-il calmement. Y'a plusieurs choses qu'on n'a pas pu faire avec toi puisque les événements se sont enchaînés sans qu'on puisse te guider dans tes premiers pas dans cette nouvelle vie. D'ailleurs parlant de ça, je suis désolé mais tu vas devoir couper tes cheveux.

Quoi ?! Ça en était trop, je couru vers l'extérieur. La pression qui appuyait contre mes os et ma peau étaient insupportable, et j'eue du mal à me rendre jusqu'à l'herbe bordant la maison avant d'exploser. Il n'y a aucun mot pour décrire la douleur que je ressentis. Un hululement déchirant s'échappa de ma gorge, et je fermais les yeux et m'effondrais au sol, impuissante. J'entendis la voix de Seth dans ma tête mais j'étais trop fatiguée pour l'écouter. Je n'avais pas assez de force et je me sentais ondulée entre mon corps humain et mon corps animal. J'avais l'impression que je ne pouvais pas en supporter plus, mais la souffrance continuait encore et encore.

- Kwanita, reprend forme humaine maintenant ! Hurla Sam.

Je ne compris pas les mots puisque j'étais enfermée dans ma propre torture mais mon corps comprit par lui-même les ordres que mon Alpha me donnait et j'avoue que reprendre forme humaine me soulagea un peu. Je n'avais pas eu la force de compléter le changement par moi-même et pour une fois, je dis bien une fois, j'avais apprécié qu'il me l'ordonne.

- Tu ne peux pas muter comme ça Kwanita ! Encore hier tu ne pouvais même pas marcher mais à quoi tu penses ! Me cria Paul.

La colère qui s'était évaporé due à la souffrance revenait au grand galop. Mon corps tremblait bien évidemment mais était-ce la colère ou le fait que j'étais proche de m'évanouir ?

- Mais foutez-moi la paix bon sang ! Vous croyez vraiment que j'le fais exprès ? Je ne contrôle plus rien quand je suis entourée de vous, bande d'imbéciles ! Je n'ai jamais été aussi émotive de toute ma vie, j'me sens prise dans un manège interminable ! Chaque fois que j'tourne la tête, c'est pour recevoir une autre claque en pleine tronche ! Hurlais-je hors de moi et à bout de souffle. J'ai jamais été du genre lâche et j'croyais vraiment avoir envie de revenir dans ce monde afin de réparer ce qui avait été brisé mais… Franchement, j'préférais être morte plutôt que de continuer dans cette vie de merde ! Damnés soit les Grands Esprits pour m'offrir une destinée de souffrance, de trahison et de plus de problèmes que j'peux en supporter.

Le silence était inconfortable, chaque personne présente avait le visage horrifié par ce que je venais de dire, choqués par le blasphème et surpris par ma volonté de mourir.

J'étais toujours essoufflée et je tentais en vain de me relever sur mes avants bras. Personne ne fit un pas de plus vers moi, probablement apeuré de se faire mordre ou de subir ma rage.

- Je ne sais pas ce que vous attendez de moi mais une chose est sûre, je ne serais pas votre marionnette. Je te l'ai dit hier Sam, j'essaye d'accepter la meute mais si tu me l'enfonces dans la gorge, tu vas m'étouffer avec au lieu de m'la faire digérer.

Il ne répondit rien et il secoua la tête, découragé. Il se pinça le nez tentant de réfléchir à une solution.

- Bon écoute, j'avais encore pas mal de choses importantes à discuter avec la meute mais tu n'es plus en état d'écouter ou d'y participer. Prends avec toi la personne qui te convient, il ou elle t'aidera à rentrer chez toi et je viendrais discuter avec toi dans les prochains jours sur les infos que tu auras manqué et sur quelques autres trucs… Ah oui aussi, j'ai eu des nouvelles de Quil Sr. et il voulait faire un feu de camp ce soir afin de partager sa découverte, penses-tu être assez en forme pour y assister ce soir ? Me dit-il d'une voix calme, presque réconfortante. C'était sa façon de me tendre la main afin de calmer le jeu.

- Je… hum… J'imagine que c'est important… C'est pour cette raison qu'il organise le feu de camp aussi rapidement ? Bredouillais-je.

Il hocha la tête.

- Bon, je serais là. Par contre, je n'arrive même pas à tenir debout au moment où on se parle alors si quelqu'un cherche l'embrouille…

- Non, je veillerais à ce qu'on te foute la paix, comme tu le dis si bien.

- Ouais Kwa ! J'vais même ne pas faire de blagues pourries si tu veux ! Dit Quil en m'envoyant un grand sourire niais avec un clin d'œil.

Je me contentais de rouler les yeux. J'eue l'envie de demander l'aide de Paul pour rentrer mais mon orgueil m'en empêcha.

- Jared, tu peux m'aider à rentrer chez moi ?

Il sursauta, surpris que je l'aie choisi et arqua son sourcil, s'interrogeant sur les motivations de mon choix.

- S'il te plaît. Ajoutais-je en appuyant sur chaque mot, jouant l'innocente, faisant croire que je ne comprenais pas la raison de son interrogation.

J'évitais soigneusement de croiser le regard de Paul car je savais d'ores et déjà qu'il n'était pas content. Je sentais son regard intense sur ma peau sans même avoir à lever les yeux. Je vis Jared se tourner dans sa direction cherchant l'approbation de Paul avant d'accepter. Je ne voulais pas semer encore la pagaille pour un truc si ridicule alors je me contentais d'attendre que les mâles finissent leur conversation silencieuse.

- Ok, allez, j'te ramène. Je reviens après Sam où je remplace Seth ? Finit par dire Jared en s'avançant vers moi.

- Revient, comme je disais y'a des choses importantes à discuter et autant que tu sois là. Répondit Sam.

- Vaut mieux que j'te porte sinon on se rendra jamais jusque chez toi. Dit-il en passant ses bras sous moi afin de me soulever. Je ne manquais pas le grognement derrière moi et je soupirais bruyamment.

Il ne tarda pas et se mit en route immédiatement voyant que je faiblissais. Je ne sais pas à quel moment je m'endormis dans ses bras mais je me réveillais bien au chaud, affalée sur mon matelas, quelques heures plus tard. Paul m'observait, les bras croisés, adossé au cadre de la porte. Encore une fois, je ne savais pas ce qu'il se passait dans sa tête car son regard était indéchiffrable.

- Sam m'a envoyé te chercher, il est 23h00 et tout le monde est prêt pour la légende. Tu te sens capable de marcher ?

Je tentais de lui répondre mais plutôt que des mots se sont des gémissements qui sortirent de ma bouche. J'étais encore fatiguée et embrumée par le sommeil. Je passais une main sur mon visage tentant d'avoir l'esprit clair et je tentais de répondre à nouveau.

- Hum ouais, je pense.

Je poussais les couvertures et tentait le mouvement. J'espérais de toute mes forces d'être capable toute seule, j'en avais marre de me faire porter par tout le monde. Certes, j'avais les muscles encore un peu douloureux mais j'étais capable de supporter mon poids et de me porter toute seule.

- Donne-moi cinq minutes Paul et j'te rejoins au salon.

Je m'habillais confortablement avec un pantalon en coton noir et un t-shirt simple. Je n'avais pas besoin de pull ou autre puisque je ne ressentais plus le froid et je n'allais pas là-bas pour plaire, il n'y avait personne là-bas que j'avais envie d'impressionner, enfin peut-être une… mais je me ravisais, préférant le confort. Malgré le déni que j'essayais de répandre en moi, je n'arrivais pas à gommer les fourmis qui se promenaient dans mon corps, il était dans l'autre pièce et mon corps ne le trouvait pas encore assez proche. Je respirais un bon coup tentant de m'insuffler du courage et allais le rejoindre dans l'autre pièce.

- C'est bon. On y va comment ? Lui dis-je rapidement. Je détestais cette nervosité que j'avais en sa présence.

Il se tournait vers moi et je le vis m'inspecter des yeux avant de me répondre. Je sentis mes joues chauffer et je savais que ça n'était pas passé inaperçu.

- J'suis venu avec mon pick-up, j'me suis dit que ce serait le moyen de transport le moins exigeant pour toi.

- Ok, merci. Dis-je me dirigeant vers la sortie.

Il me suivi et je sentis sa main se poser dans le bas de mon dos, une rafale de frissons me traversa la colonne vertébrale. Je fis mine de rien, du moins autant que possible, je ne voulais pas lui montrer l'effet qu'il me faisait. Il m'aida à grimper dans le camion, non pas que j'en ai vraiment besoin mais je le laissais faire. Durant le trajet, aucun de nous ne tenta la conversation et je l'appréciais un peu plus pour cela. J'en profitais pour me recueillir dans ma forteresse intérieure.

Une main se posa sur mon bras me secouant un peu. Grrr... Encore des frissons, toujours des frissons…

- Kwanita, ça va ? Me dit-il.

Je me retournais vers lui et je vis de l'inquiétude dans ses yeux. Je m'étais peut-être un peu trop immergée dans mes pensées et ne l'avais pas entendu la première fois ?

- Oui oui, désolé, j'étais ailleurs.

Il inspecta mon visage et tenta d'y trouver quelque chose. Une fois satisfait, il hocha la tête et ouvrit sa portière. Il contourna la voiture et vint m'aider à descendre. « Tout un gentleman » me surpris-je moi-même à penser. Puis, je ne pus m'empêcher de pouffer de rire. Paul, un gentleman, la blague du siècle !

Il pencha sa tête sur le côté, m'observant d'une manière très lupine et le coin de sa bouche s'étira en sourire. Pendant que nous marchions vers les autres, je ne pouvais pas m'empêcher de continuer à rire. Vous savez, fatigue, épuisement émotionnel, le cocktail parfait pour rire de rien.

Nous arrivâmes près des autres, et je vis leur regard se poser sur moi. Ils avaient tous un demi-sourire, le même regard que Paul m'avait lancé quelques minutes avant. Je secouais la tête, chassant mon rire, avant d'aller m'assoir sur un tronc d'arbre inoccupé autour du feu. Sans surprise, Paul s'installa à côté de moi.

L'ambiance changea radicalement quand le vieux Quil s'avança vers le feu, apportant un silence confortable sur l'assemblée. Il jeta des herbes dans le feu qui s'embrasa par cette offrande.

- Wakatanka, yuwaka okicize sumanitu tanka, yuwaka Kwanita. Mis eya kici woglake nitawa caje. Winye la, naho niye woglake.

(Grands Esprits, bénissez nos guerriers loup, et bénissez Kwanita. Donnez-moi l'honneur de parler pour vous, je suis prêt à entendre vos paroles.

- Ce soir, une fois de plus, notre peuple peut être fier. Autour de moi se positionne la plus grande meute de protecteurs que notre tribu ait connu. Chacun d'entre vous se sacrifie pour le bien commun de tous. A chaque génération, la magie change et le sang qui coule dans vos veines est puissant. Ce soir, je ne vais pas seulement raconter une légende, mais bien une histoire véridique. Grâce à nos ancêtres qui nous ont laissé des traces, nous pourrons faire la lumière sur un don précieux qui nous a été donné afin d'aider nos protecteurs.

Puis, il se tourna une fois de plus vers le feu et y jeta un liquide rouge.

- Okiye Kwanita, slolye tehi kalu. Kiyuga Kwanita wanji icimani kici nitawa.

(Aider Kwanita, le savoir est difficile à supporter, offrez-lui un voyage parmi vous.)

Le feu jaillit sur deux mètres de haut en réponse à ses paroles et il parut satisfait puisque un sourire apparu sur le visage du vieux chaman.

Il se tourna vers son assemblée et fit le tour du feu regardant chaque personne présente une à une. Il s'arrêta devant moi un peu plus longtemps que devant les autres.

- Soit fière et courageuse belle Kwanita. Tu es unique malgré que tu ne sois pas la première à posséder le Bon Esprit. Ton parcours sera difficile mais héroïque. Je sens le pouvoir qui émane de toi, je peux le voir avec mes yeux tellement il est immense. Ecoute bien cette histoire, les Grands Esprits ont été favorable à ma requête. Tu auras droit à un voyage parmi eux afin d'obtenir les réponses que je ne pourrais pas t'apporter avec ce récit.

Je pris chaque mot avec sérieux et hochait la tête dans sa direction. Difficile mais héroïque et puis quoi encore ? N'y a-t-il rien de bon dans cette vie pour moi ? Pour l'instant je ne comprenais rien, mais je savais que je finirais bien par avoir des réponses. Il continua son tour puis commença son récit.

- Ceci n'est pas la légende de Taha Aki et des guerriers loups mais le début est le même puisque cette histoire prend racine à l'époque même où les guerriers de notre tribu étaient des esprits-guerriers. A l'époque du grand Kaheleha.

Il prit le temps de souffler et de recueillir ses pensées avant de reprendre. Sa voix avait pris une intonation magique.

- Les Quileutes sont un petit peuple depuis le début. Nous n'avons jamais disparu puisque nous avons la magie dans notre sang. Nous puisons cette magie de nos ancêtres, qui en mourant devienne de Grands Esprits. Leurs connaissances ne cesse de croître puisque leur savoir ne s'oublie jamais et leur puissance est infinie ne se nourrissant plus de sources physiques. Chaque fois que notre peuple a été menacé notre magie a évolué. De guerriers esprits, à esprits-guerriers-loups, de guérisseur à chamans, ainsi de suite.

L'une des premières fois où notre tribu a failli disparaître fût par l'invasion d'une tribu plus grande. Le jeune homme qu'était Kaheleha avait alors créé la lignée des Grands Guerriers Esprits des Quileutes, rassemblant tous les hommes ayant le don de l'esprit pour combattre à ses côtés. Les hommes partaient au combat en laissant leur corps gardés par les femmes. Mais comment les femmes pouvaient-elle garder les corps en sécurité alors qu'elles étaient vulnérables? La magie avait toujours été transférée seulement de père en fils, et ce pendant des générations.

Kaheleha avait réussi à transformer leur don afin de combattre, était-il possible que la magie dans leur sang change elle aussi leur permettant de mieux se protéger ? Il en fût témoin lorsque sa femme, mit au monde une jolie petite fille. Il avait assisté lui-même au dernier instant de sa femme, qui donnait sa vie pour celle de sa progéniture. Son don de l'esprit lui permit de voir celui de sa femme se décoller lentement de son corps mais son cœur déchiré par la tristesse menaça de s'arrêter quand il la vit s'approcher du bébé.

J'étais fasciné, ce n'était pas la première fois que j'entendais des légendes, mais chaque fois j'avais l'impression de revivre l'histoire et d'en faire partie en chair et en os. La puissance de cette voix magique résonnait en moi et je n'avais pas besoin de fermer les yeux pour voir en image ces légendes. Celle-ci j'en avais la certitude faisait partie de moi, je la sentais vibrer dans mes os.

- Il ne voulait pas les perdre toutes les deux, mais il était impuissant. Il ne pouvait s'empêcher d'espérer que c'était seulement la volonté de voir sa fille avant de partir qui la poussait à s'approcher et non parce que le bébé était condamné aussi. Incapable de fermer les yeux, il vit la mère tendre doucement la main vers le visage de sa fille. Puis le bébé leva la main vers le visage de sa mère, imitant à perfection le geste de la maman. Comment était-ce possible ? Les femmes ne possédaient pas le don de l'esprit. Comment pouvait-elle voir sa mère ? Sa femme souriait et cela réchauffa un peu son cœur. Avant de partir rejoindre les autres esprits, elle releva son regard vers son âme-sœur lui offrant le même sourire et lui murmura un prénom, Kwanita.

Il réalisa quelques secondes plus tard que sa fille était bel et bien vivante. Tant de questions et peu de réponse mais il était tellement soulagé qu'elle ne soit pas partie elle aussi qu'il laissa cela de côté. Puis les années passèrent et la jeune fille grandit et devint guérisseuse pour la tribu. Elle semblait avoir un don avec les malades et les blessés, et devint l'une des plus grandes guérisseuses connues à ce jour. Les Quileutes la pensait bénit des Grands Esprits, un cadeau fait pour son père le Chef des premiers combattants et pour le sacrifice de sa mère.

Puis quelques générations plus tard, l'histoire se répéta, une femme de la tribu mis au monde une petite fille et y laissa sa vie elle aussi. Elle fut nommée Kwanita en l'honneur des derniers mots que sa mère avait prononcé. Encore une fois la jeune femme qu'elle devint fut empreinte de magie et dédia sa vie à la guérison des guerriers de sa tribu ainsi qu'à leur femme et enfants.

Ce ne fut qu'à la naissance de la troisième Kwanita, qu'un chaman décida d'aller chercher des réponses auprès des Grands Esprits. La tribu avait été ravagée par des sangs froids et la troisième femme de Taha Aki venait de commettre l'ultime sacrifice pour protéger les siens. Il était inquiet de l'avenir et voulait savoir si cette naissance serait salvatrice pour les siens.

La réponse qu'il obtint dans son voyage céleste fut que chaque fois que les guerriers et leur famille auraient un destin difficile, une femme au sein de la tribu donnerait sa vie pour mettre au monde le Bon Esprit. C'était le don qu'ils leur offraient en signe de protection. La tribu savait bien que chaque don qui leur avait été offert avait toujours eu un prix fort. La nature avait une balance qui devait être respectée et chaque guerrier ou chaman portait chacun leur fardeau fièrement au profit de leur tribu.

Il en conclu que la mort de la mère au moment de l'accouchement était le prix à payer pour obtenir une guérisseuse magique. En guise de remerciement pour ce cadeau, il jura de veiller sur la petite Kwanita et de l'épauler jusqu'à son dernier souffle. Il passait de longues heures en compagnie de la petite fille qui grandissait normalement. Il en vint un jour à se demander si elle possédait vraiment le don de l'Esprit puisqu'elle venait d'atteindre ses 16 ans et il n'avait pas encore été témoin de sa magie. Mais il avait juré aux Grands Esprits qu'il la protégerait alors il continua de prendre soin d'elle chaque fois qu'elle en avait besoin. Puis vint un jour où les guerriers revinrent d'un combat particulièrement violent et plusieurs revint en lambeaux et gravement blessés, le grand frère de Kwanita en faisait partie. C'est ce soir-là qu'il vit la puissance que possédait le Bon Esprit.

La jeune Kwanita accourut auprès des siens, les combattants étaient allongés en cercle autour d'un grand feu et les femmes de la tribu tentaient tant bien que mal de panser les blessures. Le chaman l'observait et ne manqua pas une minute du miracle dont il fut témoin.

Des larmes silencieuses coulaient sur les joues de la jeune femme et elle s'effondra par terre comme si un poids sur ses épaules était trop lourd à porter. Agenouillée dans la terre battue au centre des corps lacérés des combattants, la jeune Kwanita puisait sa force dans la nature afin de miraculeusement guérir son peuple.

Chaque blessure qui se refermait sur l'un des corps, s'ouvrait sur le corps de Kwanita. Elle semblait prier les Grands Esprit, le visage vers le ciel, les yeux fermés mais la souffrance qui masquait son beau visage ne laissait aucun doute sur ce qu'elle était en train de faire. Ses doigts grattaient le sol avec force, chacun de ses muscles était tendus comme des arcs avant de se déchirer et de faire jaillir le liquide vital que contenait son corps.

Le chaman eut le souffle coupé quand il prit conscience que la jeune femme absorbait la souffrance et les blessures des combattants, il comprit alors le vrai fardeau qu'accompagnait ce don. Leur esprit était tellement pur et doté d'une compassion sans limite qu'elle pouvait guérir leurs maux en choisissant de se les infliger à elle-même. Comment avait-il pu ne pas le voir dans les générations précédentes ? Une blessure ou une maladie pouvait peut-être passer inaperçu si elle pouvait se guérir par la suite mais en absorber autant d'un coup ? Il était impossible qu'elle y parvienne sans y laisser sa vie.

Il fit la seule chose qui lui vint à l'esprit et qu'il crut possible. Il s'agenouilla près de Kwanita et forçait les doigts de cette dernière à s'enlacer aux siens lui permettant ainsi de se nourrir de son énergie. Il sentit les plaies s'ouvrir une à une sur son corps et fut soulagé que sa solution marchait mais quand il ouvrit les yeux, il se rendit compte que cela avait seulement permit à Kwanita de terminer la guérison des combattants. Les blessures qu'il portait n'étaient pas comparables à celle de la jeune femme. Cette nuit-là, il vit s'éteindre la vie de la jeune fille qu'il avait juré de protéger.

Avant de mourir à son tour quelques jours plus tard, il rédigea une légende à son nom pour aider les générations futures à comprendre. Il savait que la jeune femme elle-même n'avait eu aucun contrôle ou savoir sur son pouvoir avant qu'il ne fut trop tard. Sa seule manière de l'aider fut de transmettre ce qu'il avait appris pour ainsi tenter de sauver la prochaine Kwanita.

La suite de cette légende fut rajoutée par un certain Jonathan Longtree. Informa Quil Sr. avant de reprendre.

- Plusieurs générations après Taha Aki, cette légende était tombée dans l'oubli. Une autre légende avait cependant reprit vie. Cinq grandes familles Quileute comptait à nouveau dans leur rang des Esprits Guerriers Loup. Lors d'un combat particulièrement sanglant seul quatre revinrent en vie : Thomas Uley, Jacob Black, Quil Ateara 1er et Jonathan Longtree. Les jours précédents ce combat, plusieurs femmes et enfants de la tribu avaient été assassinés par les sangs froids et Jonathan fut inquiet pour l'avenir, surtout qu'il élevait seul sa fille Kwanita. Il décida de partir en quête spirituelle et de tenter de trouver un moyen de protéger ce qu'il restait de sa tribu. Il n'obtint pas autant de réponses qu'il en aurait voulues et quelques-unes étaient des énigmes qu'il n'arrivait pas à déchiffrer. Il devait faire revivre une vieille légende de son peuple pour qu'elle ne sombre pas dans l'oubli et cela aiderait sa propre fille. L'union de sa fille et du fils de l'un de ses frères-loups, ferait de la prochaine jeune fille naissant avec le Bon Esprit la plus puissante de toutes car elle porterait en elle le Don de l'Esprit ainsi que l'esprit loup d'un guerrier, une mutation jusque-là inexistante. Ce pouvoir immense sauvera la tribu la prochaine fois que le mal tentera de l'exterminer. Il ne comprenait pas la moitié de ce que les Esprits lui avaient raconté mais son devoir était clair : continuer de protéger les Quileutes, retrouver cette légende et la communiquer à sa tribu et sa fille.

Quand il prononça ses derniers mots, l'aura magique qui m'avait transporté dans le passé se dissipa et le contre coup me percuta de plein fouet. J'étais destiné à vivre ou mourir avec la souffrance des autres, n'avais-je pas encore assez donné ?

Je me concentrais sur le feu en face de moi afin d'oublier. J'avais envie que les flammes d'un rouge orangée si intense m'engloutissent. Le seul son qui parvenait à mes oreilles était le crépitement des braises qui explosent en son centre. L'odeur portée par ses pans de fumées emplissait mes narines et sa chaleur m'enveloppait douillettement. Hypnotisée, je me repliais comme une tortue qui rentre dans sa coquille. Ce feu était comme moi, une fois sa puissance complètement consumée, il s'éteindra.