Mon Dieu j'ai cru que ce chapitre ne sortirait jamais. x_x
Mes p'tits macarons, mes chers lecteurs qui m'avaient tant manquée, bien le bonsoir à vous !
Et oui me revoilà avec la suite de Five Nights with SLG, il était grand temps quand même. Certes j'aurais du plus me pencher sur Le Chant du Panda, mais honnêtement… Avec un Scott Cawthon au top de sa forme -Se retient de sauter partout-, des teasers de partout, un p'tit trailer qui me vend du rêve depuis bientôt un mois, signe d'une éventuellement proche sortie du troisième volet de Five Nights at Freddy's…
JE NE TIENS PLUS EN PLACE ET JE GAGATISE COMPLETEMENT EN ATTENDANT DE VOIR LA PREMIERE VIDEO SUR YOUTUBE AVEC LES MOTS CLÉS « FIVE NIGHTS AT FREDDY'S 3 LET'S PLAY » ! Voilà, c'est dit ! *^*
Je crois que j'ai rarement autant attendu un jeu que celui-ci, ça dépasse même ma passion pour Pokémon… Bref, osef. XD
Ce chapitre a mis énormément de temps à s'écrire pour diverses raisons mais… Euh… Je crois que vous allez me pardonner ce magnifique retard en en voyant la longueur ? :'D
Me demandez pas comment j'ai fait pour sortir tout ça, je ne sais pas non plus. O_O J'étais au taquet et d'un coup, j'étais à plus de trente-cinq pages en taille 12… Je m'étonne moi même.
Bon, par contre juste avant de vous laisser dévorer ce chapitre, je tenais à préciser deux trois trucs avec vous :
Écrire une fanfiction incluant l'univers de Five Nights at Freddy's n'a rien de bien difficile, enfin je veux dire par là qu'en soit c'est pas plus dur qu'un autre univers quelconque, pour être honnête je galère bien plus sur la fanfiction dont je vous avais parlé précédemment et dont le prologue devrait vous parvenir d'ici très peu de temps, pour pas dire dans les prochains jours car ce chapitre étant enfin bouclé, je me jette corps et âme dessus entre tout les dossiers que je dois rendre à la fac. XD :3 Mais là où ça devient très complexe, c'est quand on prévoit une « saga » en plusieurs fanfics sur un jeu dont le créateur est un troll professionnel : Paie la séquelle que tu imaginais sur l'ambiance de Five Nights at Freddy's 2 quand tu réalises d'un coup que bah non, en fait c'était une préquelle au premier jeu ! ;D
Vous aurez donc compris qu'il m'est très délicat d'user de tout ce que j'ai sous la main en matière de contenu sur les jeux sachant que j'avais pas du tout prévu que le jeu numéro 2 relate des événements antérieurs au premier… Fuck, ça m'énerve, oui, vous ne savez pas à quel point, mais du coup je suis obligée de le reconnaître, il pourrait y avoir quelques incohérences. Vous m'en voyez la première désolée.
Et bien entendu, comme un malheur n'arrive jamais seul ou presque… Enfin, un malheur, nan, mais c'est un autre point que je souhaite soulever car une d'entre vous m'avait parlé d'un lien qu'elle a vu entre ma fanfiction et les créations de Rebornica, sur Tumblr, ce qui m'a fait prendre conscience d'un truc : Les théories liées à ce jeu.
Five Nights at Freddy's est un jeu dont l'histoire est clairement « à trous », et oui, ça fait jaser dès qu'un nouvel indice fait son apparition. Le synopsis est très complexe et comporte énormément de zones d'ombres : On n'en sait pas tout les détails, que des morceaux disparates, et on pourrait très bien ne jamais connaître toutes les subtilités de l'histoire de la pizzeria, ou en avoir toutes les réponses, puisque Scott avait déclaré un jour « qu'il ne donnait que des éléments de réponse pour s'en faire notre propre avis ». Partant de là, chacun s'en fait son propre point de vue, et c'est ce qui explique pourquoi Five Nights at Freddy's possède une IMMENSE communauté très active dans son sillage. Et ceux qui ne connaissent pas et ne me croiraient pas, attendez juste que le troisième jeu sorte, ou allez regarder quelques commentaires sur des vidéos de FnaF : Vous risquez de voir très vite plus d'une quinzaine de théories pour le moindre petit détail. Et des détails, ou disons des grandes zones d'ombre à éclaircir… Il y en a facilement plus d'une vingtaine, et encore j'ai pas la foi de comptabiliser tout le monde. ^^' Ça fait donc UNE QUASI INFINITÉ de théories entre lesquelles jongler, ce que je ne peux pas me permettre de faire ici, bien entendu.
Donc si jamais l'histoire, ou la raison que je peux trouver à tel ou tel événement ne vous plaît pas, ou vous semble bizarre, je m'en excuse mais ce sera mon propre point de vue sur la chose, ce qui, en soi, sera déjà bien tordu et complexe. Point de vue que vous allez voir apparaître dès ce chapitre.
Petites musiques pour la route, parce que ça me fait du bien au moral que de vous en proposer XD :
Just Gold, de Mandopony.
No More, de Natewantstobattle.
Mangled, de Natewantstobattle.
It's been so long, de The Living Tombstone.
Voilà, sur-ce, je vous souhaite une bonne lecture et à tout à l'heure ! ^^
Chapitre 3 : The Fazbears' Golden Show.
Il n'aurait jamais du lui accorder sa confiance. Pour rien au monde.
Pourtant on lui avait dit de ne jamais suivre un inconnu. Sa mère le le lui avait répété maintes et maintes fois, ce n'était pas faute d'avoir insisté pour que ça rentre dans sa petite tête blonde : Il fallait croire que ça n'avait pas suffit, à l'évidence.
Stupide, Jake. C'était vraiment idiot de ta part. Et toi qui disait à ta mère que tu étais trop grand pour venir à cette pizzeria maintenant... Même un gamin aurait eu plus de jugeote que toi du haut de tes quatorze ans ! Putain, t'as déconné mon gars !
Le garçon essaya de bouger, sans succès, stoppé net dans ses mouvements par une douleur tellement cuisante dans chacun de ses membres qu'il préféra rester là, immobile, les larmes aux yeux, le souffle court. Il valait mieux rester comme ça, à la merci de quiconque passerait par là, plutôt que de bouger. Tout plutôt que de tenter de se mouvoir, et réveiller la douleur. Elle était si forte, si intense… Il devait sûrement avoir un os de cassé quelque part, c'était certain, quoi d'autre sinon.
Et sûrement plus d'un, imbécile…
Oui, mais que pourrait-il y faire, au juste ? C'était pas de sa faute, tout au plus celle à son insouciance. Et puis, comment aurai-il pu prévoir une chose pareille en ces lieux ?
- Ma… Ma mère doit me chercher à l'heure qu'il est… Laissez… Moi…
Il arrivait à peine à parler. Même le simple fait d'ouvrir la bouche pour produire le moindre son ou pour respirer lui donnait l'impression qu'un brasier digne du plus brûlant des Enfers le consumait de l'intérieur. Un véritable supplice. Pouvait-on seulement endurer ce qu'il vivait ?
Mal. Il était brisé en deux par la souffrance.
Dans son dos, il entendit un bruit de pas qu'il reconnut aussitôt, gardant les yeux clos pour ne pas se retrouver de nouveau face à l'homme qui marchait. Car il savait que c'était lui, qui cela pourrait-il bien être d'autre après tout ?
Il était seul dans cet entrepôt qui donnait sur un cul de sac à l'arrière du Freddy Fazbear's Pizza, là où on livrait les ingrédients nécessaires à la préparation des pizzas deux fois par semaine, trois au besoin. Là, à peine caché dans les ténèbres qui régnaient dans l'entrepôt, malgré que l'immense porte en acier fut grande ouverte sur la ruelle, alors qu'il entendait les enfants qui riaient et chantaient à tue-tête à quelques mètres de là, dans son dos, dans le restaurant, auprès des animatroniques. Il en avait la nausée. Comment les gens pouvaient-ils être aussi heureux alors qu'il était ici, dans le noir, si près d'eux, à se noyer dans une douleur qu'il n'aurait jamais pensé pouvoir autant ressentir ?
Les pas s'arrêtèrent devant lui et il déglutit, tant bien que mal. Il était là.
- Le temps qu'elle pense à venir ici, tu seras mort depuis longtemps crois-moi, petit, lui répondit une voix grave et d'une froideur extrême. Aucune émotion, pas une once de compassion, rien. Presque de la joie même : Alors maintenant, tais-toi et joue ton rôle. C'est tout ce que je te demande.
C'était vrai. Le rôle.
Jake prit sur lui-même pour relever la tête, au prix d'un effort surhumain, avant de se décider à ouvrir les yeux. Même si ces derniers n'en ressentaient plus la nécessité, qu'il en avait à peine la force et qu'il avait l'impression qu'on lui fichait des milliers d'aiguilles dans la nuque à chaque mouvement de son cou ou de sa tête, il devait voir. Le voir. Et essayer de comprendre.
Les prunelles chocolatées de l'adolescent daignèrent enfin accepter le peu de lumière à leur disposition pour voir, même si pour le coup, il était pas difficile de remarquer l'étrange chose en face de lui.
Un homme, probablement la vingtaine, vêtu de ce qui semblait être un uniforme du Freddy Fazbear's Pizza teint intégralement en violet, comme ses cheveux, sûrement colorés comme ceux de la mère de Jake, pour cacher les quelques cheveux blancs qu'on pouvait lui trouver parfois. Deux yeux aussi noirs que ce que devait l'être son âme, et surtout un sourire… Indéfinissable. Celui d'un enfant qui voyait un jouet pour la première fois, peut être ?
Dans tout les cas, ce garde terrorisait Jake. Cet homme, qui était caché dans l'ours jaune quand il lui avait parlé.
« Voudrais-tu que je te montre où on nous entrepose, nous et les autres animatroniques, Jake ? Seuls les enfants très spéciaux en ont le droit... »
Spéciaux. Et lui, il avait été assez bête pour l'écouter. Pour se croire spécial. Pour penser que c'était vrai.
En soit, ce n'était pas faux. Les pièces détachées des robots de la pizzeria étaient là, entreposées dans des cartons où le nom de chaque animatronique concerné était marqué au feutre noir. Une multitude de pièces de remplacement, débordant de têtes vides de vie, de bras, de jambes et d'endosquelettes prêts à servir.
Une pièce où tout était mort. Littéralement.
- Pourquoi…
Nouvel élan de douleur qui empêcha l'enfant de finir sa phrase. L'adulte devant lui se mit à rire.
- Ne te démène pas, ça ne fera que rapprocher l'échéance. Pourquoi, donc ?
L'homme en violet se remis à marcher, l'air faussement pensif pendant qu'il faisait tourner un couteau souillé de sang dans sa main. Son sang à lui, Jake. La vue du rouge donna un haut-le-cœur au garçon qui referma les yeux, ne supportant plus la situation. Tout avait échappé à son contrôle. Tout.
Pourquoi avait-il fallu que ça tombe sur lui ?
Il entendit l'inconnu pousser quelque chose sur le sol, avant de grimper dessus, toujours derrière lui. Une échelle ?
Il sentit soudain que la pression sur ses bras et sa nuque se relâchaient, de manière tout à fait perceptible. Puis ses jambes, ce qu'il accueillit avec soulagement. Peut être allait-il le laisser partir, en fin de compte… Qu'il s'était lassé de lui.
Mais ça, c'était avant que l'homme ne tire d'un coup sur les ficelles rattachées à ses bras, les forçant à se lever jusqu'à être les paumes vers le plafond, ces pauvres mains sanguinolentes, dans lesquelles deux hameçons étaient fermement fichées. Jake hurla, la douleur était revenue, encore plus forte qu'avant, et le garde riait, pendant qu'il faisait bouger le corps du garçon, indifférent à ses pleurs et ses supplications, à l'aide de deux croix de bois sombre qu'il tenait dans ses mains.
- Arrête donc de brailler va, et comporte-toi comme je te l'ai demandé, imbécile !
- Mais ça fait mal ! Arrêteeeeeez !
- Non. Tu es mon jouet. Et tu le resteras tant que je le déciderai.
L'homme continuait de s'amuser à faire faire des mouvements à l'adolescent, imitant tantôt une marche étrange dépourvue du sens de la gravité, tantôt un simulacre de danse, arrachant des cris à Jake lorsque les hameçons déchiraient un peu plus sa chair, rendant chaque mouvement imposé plus douloureux encore que le précédent. Le pire était au niveau de la nuque, c'était insupportable, il avait l'impression que sa tête allait se détacher de son corps à chaque fois que l'homme en violet tirait sur le fil tout en fredonnant l'air de la Toreador's March*, l'air de rien, complètement déconnecté de la réalité.
Comment pouvait-on en arriver à ça ? A produire de telles horreurs ? L'enfant n'arrêtait pas de se le demander, alors qu'il voyait que son sang commençait à goutter sur le sol, formant petit à petit de minuscules flaques sur le béton. Lui avait-on fait du mal, privé d'amour pour qu'il devienne à ce point obsédé par la douleur d'autrui ? Comment était-ce donc possible ?
Qu'est-ce qui avait pu manquer à l'Homme Violet, pour qu'il devienne un tel monstre ?
Tout aussi bien rien. Si ça se trouve, il avait deux parents qui s'aimaient, lui. Plus d'argent, une meilleure éducation que toi. Rien qui n'aurait pu rendre prévisible ça…
Ce constat fit rater un battement de cœur à Jake. C'était vrai ça. Peut être avait-il eu une enfance toute aussi belle que lui. Et que pour lui, le meurtre et la torture n'était qu'un jeu, comme certains adultes aiment les jeux de cartes ou les boissons alcoolisées ?
Dans le fond, cette éventualité était encore plus effrayante que le reste. Juste terrifiante.
- Mauvais. Nul même !
Le corps de Jake heurta le sol avec violence, lui arrachant un cri supplémentaire, ne s'y étant pas attendu. L'homme en violet était redescendu de son perchoir, l'air visiblement en colère, alors qu'il balançait son pied dans l'abdomen du garçon, lui faisant cracher un filet de sang sous la puissance du coup. Jake avait mal. Jake était en pleurs, terrifié et désespéré. Il aurait voulu que sa mère arrive là, tout de suite, et ne le sauve. Oui, vraiment, il espérait tout, même un miracle, lui qui s'était cru pendant si longtemps un grand, un jeune adulte autonome ! Voilà qu'il s'en retrouvait à supplier l'intervention de sa chère maman…
Pathétique. Et inutile, il le savait.
- Tu n'es donc pas capable de jouer le jeu ? Tonna la voix grave du gardien en recommençant à faire les cent pas, rappelant étrangement un enfant à qui l'on refusait un jouet. Il s'accroupit près de Jake et le souleva par le col de son T-shirt d'une main, attrapant le fil accroché à son cou de l'autre, approchant son visage du sien : Tout ce que je veux de toi, c'est que tu te tiennes tranquille, et que tu te laisses manipuler comme il se doit, comme une gentille petite marionnette ! Bon sang, tu n'en as jamais vu ou quoi, tu ne sais pas ce que c'est peut être ?
Jake approuva comme il le pouvait, réprimant un sanglot, puis le garde le relâcha avec une sorte de dégoût sur le visage, se relevant d'un mouvement souple avant de partir comme une flèche vers le fond de la remise. Pour revenir aussitôt, un immense corps noir et blanc en équilibre sur son épaule, qu'il posa avec précaution contre l'un des pieds de l'échelle, en position assise. Lorsqu'il regarda de nouveau Jake, son regard était tellement empli de colère que l'enfant sut aussitôt que la partie était terminée.
Et pour la première fois depuis plusieurs années, il se surprit à prier. Qui, peu importait, mais s'il y avait bien quelque chose un tant soit peu bienveillant qui veillait sur eux tous, il était grand temps qu'il intervienne et vite !
- Voilà : Ça, c'est une marionnette. Une véritable merveille, une pièce unique de surcroît, même qu'elle vient de Birmanie, là où on fabrique les meilleures du milieu ! Oui… C'est une marionnette à fils pour être exact, même si là elle n'en a pas pour le moment, on devra lui fixer des câbles en acier une fois installée dans notre nouveau restaurant, à Paris, afin qu'elle puisse se mouvoir sans que quelqu'un soit derrière pour s'en occuper en permanence… Elle part bientôt, elle est belle n'est-ce pas ? Moi je l'adore.
L'adolescent ne parvenait pas à lâcher la chose en bois des yeux. Elle faisait peur. Elle était bizarre, avec sa bouche béante, noire, ses yeux tout aussi vides de vie, et son étrange maquillage blanc. Ça, dans une pizzeria familiale ? Une pièce unique, une merveille ? En contact avec les enfants ? Et puis quoi encore !
Il allait répondre qu'en effet, elle était magnifique, pour ne pas froisser l'homme en uniforme violet, lorsque Jake entendit des hurlements stridents provenant du restaurant. La panique, par delà la porte close, verrouillée de l'intérieur, accompagnée d'un cri certainement pas humain, un des robots peut être… L'homme sourit, à l'évidence plus renseigné sur la situation que lui.
- Voilà de quoi les occuper un peu tiens…
- De quoi…
- Tais-toi. Tu n'as pas à parler. Une marionnette, ça ne parle pas, ça n'a pas de corde vocale pour le faire. Mais ça, à l'évidence, tu ne l'as pas compris.
A ses mots il prit quelque chose dans la poche de son pantalon, un objet long et brillant, le couteau qu'il avait précédemment dans les mains. Jake déglutit, alors qu'il sentait que ses membres se faisaient de plus en plus engourdis, probablement suite à une perte de sang qui commençait à se faire peut être un poil trop importante ? Il reporta son attention sur le jouet désarticulé, un frisson lui remontant le long de l'échine. Non. Décidément, ce truc n'aurait une place de choix qu'en Enfer.
- De toute façon tu me l'as prouvé. Tu n'as pas réussi le test. Comme les autres. Quelle déception… Cinq gosses, et pas foutu d'en trouver un qui sache incarner le rôle d'un petit pantin bien obéissant à la perfection. Tu me déçois, Jake. Énormément. Golden Freddy est terriblement déçu par ta prestation…
- Est-ce qu'il existe… Au moins…
- Hein ?
L'homme en violet s'était arrêté dans son geste, le couteau sous la gorge de l'enfant, fixant Jake avec surprise. Il ne s'était pas attendu à ce qu'on lui pose une question, ou même qu'on lui réponde. Il était bien le premier à faire ça.
Et pourtant Jake continua. Il devait savoir, à défaut d'espérer gagner là où il savait qu'il n'avait aucune chance.
- Est-ce que… Golden Freddy… Existe vraiment ?
Le gardien considéra l'adolescent avec amusement avant de laisser apparaître un sourire sur son visage. Un sourire doux, presque bienveillant, pour une fois.
- Oui. C'est le costume que je portais tout à l'heure. Seulement c'est un costume de remplacement, il est vide, contrairement aux autres : Bonnie, Chica… Freddy, même la Mangle, le sorte de tas de ferraille que les enfants s'amusent à massacrer chaque jour un peu plus, et qui aurait du être le successeur de ce bon vieux Foxy… Ils ont tous un squelette à l'intérieur, pour les faire bouger. Mais pas lui. Et il n'en aura un que si l'enveloppe de Freddy venait à être inutilisable. En théorie.
La lame s'enfonça dans la carotide de Jake avant que celui-ci ne puisse répliquer, presque avec douceur. L'homme en violet ne l'avait pas lâché des yeux, le fixant toujours avec une sorte d'émotion absolument indéfinissable dans le regard. Il semblait ému.
- Je suis désolé, ce n'est pas de ta faute… Tu n'y étais pour rien. Tu n'étais pas fait pour ce rôle. J'espère juste que ta mère s'en remettra… Oui je l'espère.
Et alors qu'il retirait la lame, laissant l'enfant se vider de son sang sur le sol froid de la pizzeria, il retourna dans les profondeurs de la remise, comme s'il fuyait l'horreur de l'acte qu'il avait accompli. La dernière chose que Jake entendit fut ses mots, ce « Les cacher avec lui… Imparfait, dommage... » à peine murmuré, accompagné des cris provenant du restaurant qui ne désemplissait pas. Ça parlait d'un accident, d'un robot qui avait attaqué un adulte, un garde… Du sang, un carnage…
Mais le carnage n'était-il pas ici aussi, dans cette remise poussiéreuse ?
La vie le quitta alors qu'il fixait la marionnette devant lui, toujours assise, comme s'il espérait qu'elle allait pouvoir répondre à ses questions, en ce jour sombre du vendredi 13 novembre 1987.
Mais comment pouvait-on espérer qu'elle s'en remettrait, au juste ?
Charlie se posait encore cette question, repensant à ce que l'agent de sécurité lui avait dit un peu plus tôt dans la journée, alors qu'elle placardait des affiches sur les lampadaires de la ville, son nouveau rituel du vendredi depuis un peu plus d'un mois. Sa vie ne se résumait plus qu'à ça : Demander aux gens directement, quand ce n'était pas imprimer et coller des avis de disparition. Partout où elle le pouvait, quitte à en remettre là où ils avaient été enlevés On ne savait jamais, quelqu'un pourrait bien finir par l'apercevoir…
Ou le retrouver même. Elle acceptait tout les cas de figure pour le coup.
Oui mais dans quel état dans ce cas-là…
Un vent froid vint faire voler ses longs cheveux bruns, coupant net ses pensées et lui faisant resserrer l'emprise de l'écharpe en cachemire autour de son cou. Les fêtes approchaient, l'hiver aussi d'ailleurs. Un miracle, c'était donc possible, non ?
Pauvre Chacha. Lisy te le dirait : Y en a pas eu avant, partant de ce constat pourquoi il y en aurait un d'un coup ?
Non, ne surtout pas penser ça. Garder l'espoir et continuer de chercher. Sans relâche. Ne pas agir comme les autres, ces lâches qui n'assumaient pas leur rôle ! Elle elle montrerait l'exemple, un point c'est tout.
Pour elle. Et surtout pour lui.
Elle ferait de sa vie cette enquête, au besoin. Et elle serait là pour juger le fautif, le coupable, voir son regard empli de peur à l'annonce d'une éventuelle sentence, si la police venait à le trouver. Rien de plus légitime.
Un flocon de neige vint s'écraser sur ses lunettes, puis un second, pendant qu'elle demeurait de nouveau perdue dans ses pensées, son petit tas de feuilles et son rouleau de scotch dans les mains. Elle finit par reprendre ses esprits et partit un peu plus loin dans l'avenue, placardant une énième affiche à un lampadaire. Encore dix. Ça ne se finissait donc jamais ?
Allez, dis-toi que bientôt tu n'en placarderas plus, bouge-toi ! Se dit-elle pour se donner du courage en poursuivant son ballet de lampadaires en panneaux d'affichage et portes de cafés. Il fallait qu'un maximum de personnes connaissent son visage. Pour le reconnaître. Même si elle était certaine qu'on devait la prendre pour une folle à exécuter la même tache chaque vendredi, sans faillir. Une désespérée qui n'avait plus que ça pour continuer à vivre, mais qu'importe ! Ils devaient le savoir, pour l'aider. Pour avertir le public que ça pouvait arriver à tout le monde.
Pour qu'un maximum sache que le petit Jake, quatorze ans, avait disparu le 13 novembre près du restaurant Freddy Fazbear's Pizza, et que sa mère le cherchait sans relâche. A tout prix.
25 décembre. 18H42. Et pas de Jake à l'horizon.
On ne l'avait pas retrouvé. Personne. Ni lui, ni les autres enfants, comme s'ils s'étaient évanouis dans la nature.
Charlie Desmeer raccrocha le téléphone avant de se traîner jusqu'à son bon vieux fauteuil, s'y installant, vide de toute énergie. Vide de tout espoir, vide de toute joie. Le miracle n'avait toujours pas eu lieu, malheureusement.
«Essaie de te faire une raison ma puce, tu dois avoir une idée de ce qui a pu se passer… Je sais que c'est dur mais arrête d'espérer. Ça te tuera plus qu'autre chose. »
Lisy lui aurait sûrement dit ça, à tout les coups même. Mais sa meilleure amie pouvait bien aller se faire mettre, en ce jour de Noël ! Elle, en attendant, elle était auprès de sa famille, de son petit mari si parfait, et elle était enceinte de deux mois ! Enceinte ! La bonne blague ! Et après elle se permettait de dire à sa bonne vieille copine Charlie de devoir tourner la page et se refaire une vie ? Qu'elles en reparlent ensemble dans six mois !
Si je suis encore là dans six mois…
Non, ne pas avoir des pensées pareilles ! Surtout pas !
… Oui mais comment ne pas les avoir alors qu'on lui avait tout pris ? Sa chair, son sang ?
Son unique enfant, putain ! Un seul enfant pour égayer sa vie, ses journées, et on le lui prenait, comme ça, l'air de rien ? Qu'ils crèvent, tous ! En ce beau jour de Noël, qu'ils s'étouffent tous avec leur part de bûche pour pareille insolence ! Comment avait-on pu le le lui enlever, pour commencer ?! Comment ? Elle était sa mère, une maman comme une autre ! Pourquoi alors ? Pourquoi son Jake, pourquoi ces enfants ?
Les autres familles ne savaient pas non plus qu'en dire. C'était ignoble, monstrueux. Aucune personne un tant soit peu dotée de sentiments ne pourrait faire ça… Et pourtant, c'était arrivé. Pour Charlie, mais aussi pour les autres. Tous, sans exception.
Et tous au même moment, dans le même restaurant bien entendu… Sans parler du massacre qui était arrivé avec le robot. Comment avaient-ils dit qu'il s'appelait déjà… ? Un nom bizarre et distordu, au moins autant que ce que ce tas de ferraille ambulant en avait l'air...
Qu'est-ce que ça peut bien changer, son nom ? Ça ne me rendra pas mon bébé pour autant !
Non, bien sûr, mais il ne fallait pas l'oublier pour autant.
Le sang partout, l'enfant attaquée par un robot, un peu trop brusquement chahutée. Le gardien qui intervenait, indiquant qu'il allait l'emmener dans la remise pour le désactiver, sûrement un problème de faux contact…
Et l'immense robot, qui ne ressemblait plus à rien sinon à un entrelacs de câbles mêlés à de la fourrure rose et blanche, qui se jetait à la tête du gardien pour le mordre avec une force et une vitalité que personne n'aurait pensé possible. Il n'avait jamais bougé. Jamais. Et ce n'était qu'un jouet de construction pour enfants, bon sang ! Il était censé ne pas pouvoir bouger ! Il était cassé ! Depuis longtemps maintenant !
Pourtant le sang avait bien coulé ce jour-là. Les gens s'étaient précipités à l'extérieur, hurlant et se bousculant, fuyant l'horreur de la scène. Les autres gardiens et quelques adultes s'étaient précipités pour faire lâcher prise à la créature de cauchemar, y allant à coup de matraques, de chaises ou même de poings en espérant l'abîmer jusqu'à en toucher le système électrique et elle, elle s'était enfin rendue compte que son fils manquait à l'appel.
Au final, cinq enfants disparus, une gamine de sept ans blessée au bras… Et un homme, presque la trentaine, défiguré à jamais, le lobe frontal tellement mutilé que seule sa suppression semblait la meilleure solution possible. Un véritable carnage, pour le dernier jour d'ouverture de cette pizzeria avant sa fermeture pour ce qui était censé n'être que des travaux. Si elle venait à rouvrir ses portes un jour, ça tiendrait du miracle. Le même que celui qui avait habité Charlie.
Et qui avait habité les autres familles, fut un temps.
Pourtant Charlie avait du se rendre à l'évidence, elle était la seule à encore y croire : Les parents de Natasha, six ans, avaient déménagé dans l'Ohio, espérant redémarrer là-bas une nouvelle vie avec les deux enfants qu'ils leur restaient. Yohan et Andrew, eux qui s'étaient tant battus pour adopter le petit Steve, huit ans, lui avaient confié avec une certaine émotion qu'ils ne pouvaient pas vivre dans ce constant manque de l'enfant qu'ils avaient tant attendu, et qu'ils avaient lancé la démarche de trouver une mère porteuse pour espérer avoir un autre enfant, bientôt. Que le projet était déjà là depuis un moment mais que ce récent drame les avait poussés à accélérer le processus. La famille autrichienne qui était venue ici pour Thanksgiving, celle de la jolie Sofia, dont elle avait vu des photos d'elle pour ses cinq ans, était repartie dans son pays d'origine et ne donnait plus de nouvelle. Et, quand à Jun et Catherina, eux qui avaient été si désemparés par la disparition de Nate, ils continuaient de fréquenter des groupes de soutien, pour espérer s'en sortir, en plus de l'église pour Catherina. Mais ils se concentraient aussi plus sur la sœur jumelle du petit garçon, Anna, qui était encore trop jeune pour comprendre réellement ce qu'il se passait du haut de ses quatre ans et demi. Ils se contentaient de lui dire qu'il allait bien et qu'elle n'avait pas à s'en faire, que Dieu veillait sur lui. C'était le principal, selon eux.
Au final, tous avançaient. Tous essayaient d'oublier. Mais pas Charlie. Elle, elle n'avait plus personne. Pas de mari, celui-ci étant parti depuis bien longtemps, assez longtemps pour qu'elle eusse été la seule à élever Jake, comme elle le pouvait. Elle avait pourtant tout fait pour qu'il ne manque de rien, et qu'il soit heureux. Un pari qui semblait plutôt réussi jusqu'à sa disparition…
Mais pourquoi avait-il fallu qu'on lui prenne son enfant, à elle ? Pourquoi pas celui de n'importe qui d'autre ?! Les autres étaient si jeunes, à peine entre quatre et huit ans… Alors pourquoi diable changer aussi brusquement d'avis comme ça ? Pourquoi s'en prendre à son garçon de quatorze ans ? Ça n'avait aucun sens ! C'était cruel, atroce ! Ça ne collait pas, surtout !
Les autres avaient fini par se dire que le cas Jake était un cas isolé, justement. Un autre ravisseur que celui des enfants, un pervers qui passait par là et c'était faute à pas de chance. Mais pas Charlie, pour elle ils étaient tous liés. Tous enlevés par le même monstre !
Alors pourquoi baisser les bras et abandonner, alors que remettre la main sur les enfants saurait leur rendre la joie de vivre qu'ils avaient tous perdu ?
L'horloge dans son dos sonna les dix-neuf heures. Elle jeta un regard par la fenêtre et soupira. La neige tombait toujours au dehors. Jake adorait la regarder tomber, valse lente et silencieuse des flocons gelés dans l'air de décembre…
Avant même qu'elle ne s'en rende compte, les larmes roulaient déjà sur ses joues pâles, qui commençaient à peine à être marquées par les assauts du temps. Sixième fois de la journée. Ce calvaire n'allait-il donc jamais s'arrêter ?
Rendez-le moi… Je ne demande que ça. Qu'on me rende mon Jake…
Charlie enfouit son visage dans ses mains, en cette soirée de Noël où elle n'avait personne avec qui le fêter, attendant toujours qu'on l'appelle pour lui dire qu'il était encore vivant. Ou pour qu'elle voie son bébé entrer dans la maison, l'air de rien, comme si rien ne s'était jamais passé.
Pourtant, le seize janvier, elle était encore là. A attendre, à espérer. En vain, elle le savait maintenant.
Toujours aucune trace de Jake, ni des autres enfants. Déjà deux mois sans savoir ce qu'on avait fait d'eux, là où un enfant était généralement tué dans les vingt-quatre heures après sa disparition, dans la plupart des affaires judiciaires observées avec infanticide…
Charlie essayait de se persuader que sa patience allait finir par payer, mais à quoi bon quand elle savait qu'elle ne le reverrait plus jamais ? Sa colère face à l'injustice qui la frappait s'était muée en une haine sourde pour l'homme qui l'avait privée de son unique enfant, si bien qu'elle aurait pu le tuer si elle le croisait. Elle, qui était végétarienne et était contre la violence quelque soit sa nature...
Tout le monde autour d'elle lui disait d'aller voir un psy, de ne pas rester seule, comme ça, à ressasser tout les souvenirs qui l'assaillaient. Mais c'était peine perdue. Aller raconter son malheur dans un groupe de soutien, trop peu pour elle. Elle était d'une nature pudique, donc pour ce qui était de l'assistance psychologique, c'était du pareil au même. Elle ne voulait que son enfant, et rien d'autre.
Elle ne savait pas quel temps il faisait, et elle s'en fichait bien. Les rideaux étaient tirés, partout dans la maison qui avait été si chaleureuse et accueillante autrefois. L'horloge avait été arrêtée depuis un moment déjà, Charlie ne supportant plus l'incessant tic tac qu'elle n'entendait que trop maintenant qu'elle n'avait plus les bruits des jeux vidéos de son fils pour les dissimuler. Tout n'était plus que ténèbres et peine dans sa vie. Plus rien n'avait de sens, c'était à peine si elle mangeait, à peine si elle faisait quelque chose de ses journées. Même ses tournées de dépôt d'avis de disparition lui semblaient irréalisables tant l'envie lui manquait. Une vie faite de vide et de regret, voilà ce qu'il lui restait.
Elle avait même fini par poser un arrêt maladie, pour dépression. Elle ne supportait plus de voir des enfants, ou même des familles heureuses, dans cette petite boutique de jouets où elle travaillait pourtant depuis bien dix ans. Une preuve de plus que sa vie lui avait échappé. Littéralement. Elle ne contrôlait plus rien, plus depuis le départ de Jake. Plus depuis ce jour où elle l'avait lâché des yeux, appréciant le spectacle des animatroniques de cette pizzeria qu'on disait maudite maintenant. La famille du gardien blessé et de la petite fille avaient porté plainte, il commençait à se dire dans les bars que si l'on retournait au Freddy Fazbear's Pizza de nuit, on pouvait y trouver les esprits des enfants, errant, cherchant vengeance… Au final, on ne parlait même plus du gardien agressé par le robot d'ailleurs. Plus que des enfants, allant jusqu'à dire que la mascotte qui avait attaqué la fillette, et qui lui aurait arraché le lobe frontal, du coup, était un autre que Charlie avait connu dans son enfance, désormais mis au rebut depuis longtemps. Foxy, le renard pirate, dont elle avait tant aimé voir le spectacle quand elle était petite. Son préféré. Qu'est-ce que les gens pouvaient être stupides et répandre de fausses rumeurs…
Mais tout ça elle ne l'entendrait plus. Plus jamais. Finies, les rumeurs et la souffrance. Finis, les jours d'errance à chercher son fils, alors qu'on le disait mort depuis longtemps. Fini l'espoir.
L'idée lui trottait depuis plusieurs jours maintenant. Une simple pensée au début, à peu près normale et prévisible quand on broie du noir et qu'on perd tout ses repères. Tout le monde a connu cette envie de disparaître au moins une fois dans sa vie.
Sauf que d'une idée, c'était devenu une obsession. Persistante, lancinante, comme un manque à combler, quelque chose qui ne la quittait jamais. Elle y pensait de plus en plus. Tout le temps, maintenant. Et si au début elle l'avait réfutée en bloc, se disant qu'il ne fallait pas baisser les bras, par amour pour Jake, elle ne disait plus ça désormais.
Charlie était assise sur son lit, fixant sans la voir la photo d'elle et de son fils, qui reposait d'ordinaire sur sa table de chevet. Les cheveux en bataille, emmêlés, des cernes sombres sous ses yeux d'un vert pourtant si pur, vêtue seulement d'un sweat de son fils, son si grand fils qui la dépassait jadis de vingt bons centimètres. Elle ne pensait à rien, sinon le vide. La fin. Il n'y avait plus rien pour la faire tenir debout, plus rien pour lui donner envie d'avancer, de se reconstruire. Tout ça n'avait aucun intérêt sans son fils. Elle le savait.
Une larme roula sur sa joue, pendant qu'elle se mit à sourire, un peu bêtement, sa main gauche se plongeant dans le tiroir de la table de chevet pour y attraper quelque chose. Elle ne regardait pas ce qu'elle faisait, elle gardait les yeux rivés sur son fils, sur l'image de sa plus belle création, alors que le verre se recouvrait peu à peu de larmes, et qu'elle ramenait le fruit de sa recherche vers elle avant de sécher ses larmes, son sourire se faisant plus franc. Il était temps.
Elle allait le retrouver. Enfin. Grâce à cet objet, le seul indice probant qu'elle avait su trouver sur la disparition de son fils, le seul que son esprit de mère détruit avait jugé probant et pertinent.
Aujourd'hui, ils seraient réunis. Maintenant elle le savait, elle pouvait le récupérer. D'une source sûre, plusieurs même. Et il serait là. Elle en était certaine, comment cela pourrait-il en être autrement après tout ce temps ?
Ils avaient tous raison, au final. Tous. Il fallait faire quelque chose. Retrouver Jake, donc. En priorité.
Puis tout faire pour que l'horrible monstre qui lui avait arraché son fils paye. Le plus douloureusement possible, de préférence.
Maman arrive, Jake. Et elle ne te laissera plus jamais seule. Je te le promets.
Ce fut donc avec un immense sourire, et l'image du sourire de son fils en tête qu'elle enfonça le canon de l'arme à feu dans sa bouche avant de presser la détente. Brisant le silence qui régnait en maître dans la maison. Et ce fut au même moment que quelque part dans les entrailles du Freddy Fazbear's Pizza, enfermée dans un vieux carton qui prenait la poussière, près de celui où était caché les corps en décomposition des cinq enfants, un grand corps noir et blanc fut agité d'un frisson à peine perceptible.
Et que deux yeux de verre, brillants, d'un noir profond, semblèrent soudain posséder une forme de vie, bien qu'étrange. Elle l'avait retrouvé. Il était là, tout près d'elle.
Non. Ils étaient là.
Ils avaient tous eu raison. Elle les avait trouvé.
Restait maintenant à en prendre soin. A les protéger. Elle était là pour eux.
Elle, elle ne les avait pas abandonnée. Et comme elle avait fait don de la vie à son enfant une première fois, elle se jura de le faire à nouveau. Pour eux tous. Sans même qu'elle sache si cela était possible.
Une voix entrecoupée, robotique, s'éleva soudainement du corps de bois, alors que celle que l'on nommait Charlie autrefois se sentait enfin rassurée, heureuse, prise par l'envie d'enfin rire à nouveau et propriétaire d'une puissance toute particulière. Unique. Puissante, émanant de cette enveloppe qu'elle n'avait jamais vu de sa vie. Oui ça serait possible. Elle le sentait.
Et désormais elle pourrait faire payer celui qui avait tué son fils et les autres, si elle le retrouvait.
- LES… SAUVER… DONNER LA-A-A VIE... LE… TU-U-U-U-ER…
L'Enfer. C'était officiel, voilà ce qui se cachait entre les murs de la pizzeria où travaillait leur créateur.
Dixième joint de la journée après un sommeil bien trop court pour être vraiment réparateur. Le Hippie était allongé sur son lit, la roulée entre ses lèvres, essayant de faire le vide dans son esprit du mieux qu'il le pouvait. Il espérait que les loutres l'aideraient à mieux comprendre ce qu'ils avaient vécu la nuit précédente, avec Mathieu. Vraiment, il y avait cru.
Mais rien, elles étaient d'aucune utilité sur ce coup-là. Bien évidemment… Toujours silencieuses quand il avait besoin de leurs précieux conseils, celles-là…
Peace man, elles ont pas que toi dans leur vie tu sais…
Ça n'empêchait pas qu'il avait besoin d'elles. Maintenant. Enfin, avant minuit quoi mais comme il savait qu'elles étaient parfois longues à la détente, il valait mieux qu'elles commencent à se pencher sur la question dès maintenant. Ça serait toujours ça de gagné, non ?
Mon Dieu, ce qu'il pouvait s'enterrer dans tout un ramassis de conneries pour échapper à la réalité quand même.
Le Hippie se releva, s'asseyant sur sa couette en patchwork, toujours à la recherche d'un échappatoire pour Mathieu. Il ne pouvait pas y retourner. Il ne devait pas y retourner, en aucun cas, quitte à s'attirer des ennuis et à se faire virer, tant pis, ils mangeraient des pâtes jusqu'à la fin du mois, ou même des pissenlits, y avait pire… Et puis c'était bon les salades de pissenlits...
Bref. Tout et n'importe quoi. Mais surtout, ne pas le laisser passer une nuit de plus là bas.
Ce restaurant était mauvais, chacun de ses robots, habité par les ondes les plus perfides qui soient. Cet endroit était d'un malsain sans pareil, et pourtant Bouddha seul savait que le Hippie en avait vu au cours de sa vie, des choses atroces et des lieux ravagés par les pires vices sur cette terre : La famine, la guerre, la pauvreté, la désolation, le sang trop longuement versé…
Il avait tout vu. Et partout où il avait été, il avait essayé d'amener un peu de bien, à sa petite échelle d'être humain. D'apaiser tout ces gens en peine et de leur prouver qu'on pouvait avoir une vie simple mais synonyme de bonheur… Mais rien de ce qu'il avait pu observer ne ressemblait à ce qu'il avait ressenti hier en voyant l'énorme renard qui chantait avec une voix d'outre-tombe. Qu'importe son nom, il avait pas réussi à le retenir et d'ailleurs, quand bien même il l'aurait fait, il n'avait pas envie de le retenir vu comme ce truc avait voulu lui faire la peau. Dans tout les cas, il l'aimait pas. Point.
Non, décidément, le Freddy Fazbear's Pizza était bel et bien hanté. Et pas par Casper le gentil fantôme de surcroît, sinon ça ne serait pas drôle.
Mais à vrai dire, était-ce vraiment des fantômes ?
Et tu voudrais que ce soit quoi d'autre, gros ?
Ouais… Quoi d'autre sinon des fantômes.
Mais pourquoi n'avait-il ressenti une telle agressivité que vis-à-vis de cet animatronique en particulier et pas des autres ? Ils bougeaient aussi, le lapin et l'oiseau, il les avait vu en retournant dans la cabine de sécurité, et eux aussi n'avaient pas l'air du genre à aller offrir des câlins à tout le monde… Mais ce robot là…
Non, c'était pas le renard en lui-même le problème. Il en était sûr. Mais dans ce cas, d'où lui était venue cette impression…
Le camé prit une dernière taffe, finissant son joint avant de chercher des yeux le petit réveil que le Geek lui avait offert à Noël, « car ça sert toujours de savoir l'heure » : Seize heures douze. Plus que huit heures pour trouver, sept et demi si on devait compter le moment où son créateur quitterait la maison pour aller rejoindre la pizzeria.
Non, il ne quitterait pas la maison, hors de question. Même si ça déplaisait au Hippie de faire ça, lui qui était si pacifiste et défenseur de la liberté d'autrui, là ce serait non assistance à personne en danger que de laisser Mathieu remettre un orteil dans cet enfer !
Mais ça, tout le monde ne partageait pas son avis. Enfin, pas totalement du moins.
- Mais Mathieu, tu as bien vu que c'est dangereux là-bas, même le Hippie l'a dit !
- Le Hippie n'est pas une référence non plus, tu sais…
- Oui mais il lui arrive d'avoir raison et il ne sait pas mentir, c'est gros comme une maison quand ça arrive ! Il mentait pas tout à l'heure, quand il parlait ! Le Geek pressait sa peluche de Pikachu tout contre lui en regardant le leader des Sommet avec une sempiternelle lueur d'inquiétude dans le fond des yeux : Alors déjà que de base je te croyais, là, pas question que tu y ailles seul.
Le stéphanois soupira avant de délaisser le script de l'épisode 93 et de planter son regard dans celui du gamer, ne voyant pas vraiment où il voulait en venir. Allons donc, ils allaient donc tous finir par s'y mettre, dans cette maison ?
- Tu peux pas y aller une nuit de plus Mathieu. Tu prends trop de risque pour nous là.
- Non.
- Quoi non ? Son homologue à la casquette fronça les sourcils, perplexe. Comme si on allait te croire ! Là, y a bien plus que le Patron pour penser que tu te fous de nous ! On te croit tous, alors n'ose pas espérer qu'on va te laisser repartir là-bas comme ça, au pire pas grave on trouvera une autre solution pour s'en sortir, mais pas ça…
- Vous ne me croyiez pas hier ! Je vois pas pourquoi ça changerait d'un coup.
Il but une rasade de café avant de reprendre, sans regarder sa personnalité :
- Et puis quand bien même vous vous êtes enfin décidés à me croire, auquel cas à la bonheur !… Ça ne change rien. Je retournerai quand même au Freddy Fazbear 's Pizza ce soir, je me suis engagé pour une semaine, je dois tenir bon…
- Et comment ? En fumant comme le Hippie ?
- Je n'ai pas-
- A d'autres. Pas à moi. Mathieu ! C'est dangereux là-bas mince ! Et oui on te croit Tu as vu la tête du Hippie au moins ? Il était mort de trouille ! On ne l'avait jamais vu comme ça, pourtant Dieu sait qu'on la quasi tout le temps sous le nez, le Hippie !
- Hn. Pas trop tôt, ça m'attriste un peu de voir quand même que vous croyez plus votre frère que votre créateur…
Le Geek allait répondre mais il s'abstint, pris au dépourvu. Il sentait que Mathieu était blessé. Zut, il avait dit une bêtise là…
Il serra encore un peu plus fort Pikachu, comme s'il avait soudain peur que celui-ci ne disparaisse. C'était pas bon ça.
- Moi je t'ai toujours cru, Mathieu.
- Je sais, et je n'en doute pas. Mais les autres…
- La Fille c'est la Fille, tu sais bien qu'elle ne croit pas aux fantômes… Et bon, le Prof, tu ne peux pas lui en vouloir, lui qui a la Science Infuse, ça le perturbe cette histoire, il a passé la journée à se morfondre depuis qu'il vous a vu revenir. Il est inquiet de ne trouver aucune raison logique à tout ce que toi et le Hippie racontez… Sans parler du fait qu'il t'avait assuré qu'ils étaient sans risque…
- Et pour le Patron, quelle excuse vas-tu donc lui trouver ?
Nouveau silence, Mathieu leva les yeux au ciel avant de retourner à son ordinateur. Le Geek ne savait pas quoi lui dire. Il ne savait pas ce qu'en pensait le Patron, à part ses habituels «Mais c'est que des conneries, putain ! ». Qu'en penser, qu'en tirer ? A part, rien…
- Laisse-moi venir ce soir.
- Hein ?
Le Geek n'avait pas bronché, fixant toujours aussi intensément Mathieu, une pointe de rouge sur ses joues. Mathieu, lui, s'était arrêté net dans une phrase, le curseur de son logiciel de traitement de texte clignotant dans le vide. Il était sérieux là ? Lui, le Geek, l'adolescent attardé qui regardait encore sous son lit et dans son placard tout les soirs pour vérifier qu'il n'y avait aucun monstre caché à l'intérieur ou en dessous ? Lui qui était la victime par excellence du Patron, le seul à se faire martyriser de longue tant qu'un de ses frères n'ouvrait pas la bouche pour tenir le criminel en respect ? Même le Hippie, pourtant si calme et placide, avait plus de répondant et savait s'avérer plus impressionnant que lui ! Alors, pour ce qui était de la Fille, du Panda, du Démon ou même du Prof, pas besoin d'en parler !
Lui qui était si frêle, si peureux, aller là-bas, dans une pizzeria hantée par quatre robots qui avaient failli blesser Mathieu à deux reprises déjà ? C'était du suicide ! Déjà que la survie du toxicomane pacifiste la nuit précédente avait tenu du miracle, là non, ça serait infiniment trop dangereux… La simple vue de Foxy pourrait lui refiler une crise cardiaque, Mathieu en était sûr.
Mais le Geek ne lui laissa pas l'occasion de s'y opposer plus que ça. Ni même de formuler quoi que ce soit au sujet de son désaccord, d'ailleurs.
- Ce soir, je viendrai avec toi. C'est non négociable… Le Hippie est venu hier, maintenant c'est mon tour. Si on ne peut pas t'en empêcher, alors laisse-nous t'accompagner, moi et Pikachu. Tu te sentiras moins seul au moins… Fais-moi confiance.
Mathieu ne se sentait même pas le courage de répondre, il avait l'air si sûr de lui… Si…
Dans le rôle d'un grand frère, prêt à protéger son cadet…
- Je suis peut être pas le plus fort ici, mais je suis quand même un as en jeux vidéo : Tuer les monstres, c'est ma spécialité, et ils ne me feront pas peur, ceux-là ! Tu vas voir !
… Et sinon, ouais, en fait, il aurait peut être du y repenser à deux fois avant de se décider à suivre Mathieu dans les locaux du Freddy Fazbear's Pizza.
Assis sur l'une des chaises empruntée à la salle de réception, les genoux ramenés contre la poitrine et sa chère peluche collée tout contre lui, le Geek faisait pâle figure, et surtout n'en menait pas large. Et ça Mathieu avait eu tôt fait de le remarquer, bien entendu.
- T'en fais pas, si tu restes là, techniquement, il ne peut rien t'arriver. Alors détends-toi…
- Et si jamais Pikachu a besoin d'aller au petit coin, on fait comment ? Lui avait-il répondu du tac o tac, soudain inquiet pour le bien être de sa peluche. A ça, son créateur n'avait pas répondu, mais ça voulait tout dire : « Les toilettes, c'est en CAM7, à côté de la salle de réception, soit 1B. C'est un cul de sac aussi, sans porte, et Chica aime bien s'y planquer. Débrouille-toi si tu veux y aller ! Cordialement, Mathieu Sommet de la toile, pour vous servir.»
Hnn… Voilà qui était bien embêtant.
Non, il ne fallait pas penser à ça. Juste attendre, rester là, immobile, regarder les caméras sur la tablette et survivre, voilà.
D'ailleurs, ça non plus, ça ne plaisait pas à Mathieu, le coup de la tablette. Où étaient donc partis tous les écrans qui étaient encore là la veille ?! Il aurait pu le prévenir de ça, monsieur Téléphone ! Avec la tablette, il voyait moins bien, et surtout, il ne pouvait voir qu'une caméra à la fois… Autant dire un énorme handicap en sachant que de base, il devait en surveiller deux en permanence ! Et pas question de faire l'impasse sur Pirate Cove cette fois !
La nuit risquait d'être longue. Très longue…
- Mathieu ?
- Quoi ?
- Je ne les imaginais pas comme ça… Pas du tout. Ils… Bon sang, ils font peur !
- Je ne t'ai jamais dit qu'ils étaient mignons, en même temps… Mathieu changea de caméra tout en disant ça, les yeux rivés sur le petit appareil électronique, concentré. Ses sourcils se froncèrent et il leva aussitôt les yeux vers son portable, pour consulter l'heure : Une heure vingt du matin. Soit pas mal tôt encore...
Et Bonnie s'était fait la malle. Normal.
… Hein ? Déjà ?
Mathieu avait déjà perdu des couleurs avant de parvenir à retrouver Bonnie, qui avait décidé de partir en CAM5, la salle où était entreposées les pièces de rechange pour les robots. Une pièce glauque, brièvement visitée par Mathieu de jour et il s'était alors juré de ne plus y remettre les pieds. Les pièces avec des dizaines de tête aux regards vides, et avec des endosquelettes entassés dans une boîte, non merci !
Immonde petite saloperie recouverte de moquette mauve bon marché… T'as pas eu la foi d'attendre gentiment ton heure, hein ?
Bon ça allait en soi, la remise était « loin » du poste de surveillance. Plus exactement, entre la pièce principale et Pirate Cove… Nul besoin de s'inquiéter donc…
- Oh mais il a bougé ! Le Geek venait de voir l'ombre du lapin sur la tablette et semblait de moins en moins rassuré. Il tremblait, le peu de courage qu'il avait déjà parti en fumée face à l'imposante ombre discernable dans la remise. C'était donc ça le but ? Les regarder se rapprocher, et attendre ? Juste ferme les portes au besoin et, à la grâce de Raptor Jésus ? C'était juste horrible !
- Calme-toi, il est loin… Et puis c'est que-
- Mais je m'en fiche, je veux juste qu'il retourne sur la scène ! Il fait peur !
-…
Le Geek avait raison, quand on y pensait. Bonnie fichait vraiment la trouille.
Non, à dire vrai, ce n'était pas que le lapin violet, le problème. Ils faisaient tous peur, sans exception. Mais Foxy et Bonnie…
Surtout Foxy. Si le Diable ou l'incarnation de la peur devait exister sur Terre, aucun doute, elle était là, représentée par un robot en forme de renard miteux et endommagé, pirate dans ses fantasmes les plus fous, ou du moins dans ce qui lui servait d'intelligence artificielle et de « personnalité ». C'était tout.
Mais le lapin se défendait bien aussi. Il devait probablement donner des cauchemars à pas mal d'enfants, et même d'adultes soit dit en passant. Mathieu n'aurait su dire pourquoi, en soi il n'avait rien de bien extraordinaire, contrairement aux autres : Chica avait un regard terrifiant, avec ses grandes cernes noires et sa tête de poulet démoniaque qui prouvait à elle seule que oui, c'était officiel, les poules et autres collègues gallinacés pouvaient avoir des dents Foxy, nul besoin d'en parler, il faisait peur, point. Ses dents, sa taille, sa rapidité de mouvements, sa hargne, le crochet à sa main droite, son état de dégradation déjà bien entamé, tout en lui pouvait inspirer la peur. Freddy, c'était déjà plus subtil, mais Mathieu ne le sentait pas lui non plus : Il n'avait peut être pas encore bougé un seul orteil depuis le début du contrat du stéphanois, néanmoins il devait sûrement être du même trip que les autres, sinon bien pire que ses comparses, comme un « boss final de la pizzeria » qui portait son nom après tout. Non, ça c'était sûr, Freddy allait finir par causer des ennuis à Mathieu. Peut être cette nuit, peut être plus tard, qui sait…
Mais ça, le youtuber n'y échapperait pas, il le savait. Même monsieur Téléphone avait évoqué le fait que Freddy se déplaçait, quand il faisait noir dans le restaurant.
Ouais, il va venir nous chercher des poux lui un jour. Je le sens bien… Reste à savoir quand et surtout comment il va s'en prendre, le nounours.
Mais qu'importe, qu'il vienne. Pour le moment, ce n'était pas lui qui le préoccupait le plus…
Mathieu sortit un paquet de Mikado et en piocha un, qu'il grignota tout en continuant de surveiller le lapin géant sur la tablette. Il ne saurait expliquer ce qui le mettait si mal à l'aise avec Bonnie. Son absence de sourcils ? Non, voyons, aucun intérêt ! Sa taille ? Oui, certes, il était grand, mais bon… Ses grands yeux de verre, aux iris rougeâtres ? Possible, il était le seul à avoir un regard du genre, Freddy en ayant un d'un bleu pur là où Chica avait des yeux violets et Foxy deux énormes prunelles d'un jaune indescriptible, presque fluorescentes dans le noir. Mais bon, ça ne faisait pas tout quoi…
La caméra CAM5 se brouilla d'un coup, avant de laisser apparaître une salle vide. Mathieu retint son souffle quelques secondes, l'air soudain inquiet, passant rapidement en revue les caméras avant de se lever de sa chaise pour aller jeter un œil dans les deux couloirs amenant à la cabine de sécurité, parce qu'on était jamais trop prudent. Le Geek lui, le regardait faire sans bouger, de plus en plus inquiet. Et il entendit son créateur soupirer, bruyamment.
- Ah ça y est, t'as décidé de venir nous voir ? Mathieu se mis soudain à parler à haute voix tout en continuant de regarder dans le couloir amoureusement renommé 2 sur les caméras, un sourire narquois quoi qu'un peu forcé sur le visage : C'est bon on va bien regarde, alors te fais pas de bile et surtout retourne dans ton coin, merci !
- A qui tu parles Mathieu…
- Bonnie.
- Hein ?! Mais ferme la porte, tu attends quoi ?!
Mathieu laissa échapper un éclat de rire avant de retourner à sa place, prenant soin de presser le bouton ordonnant la fermeture de la porte en passant. Le gamer n'y comprenait plus rien. Son créateur était terrifié par ces bestioles, il le le lui avait dit plus tôt dans la journée après tout. Alors pourquoi paraissait-il si détendu d'un coup, alors que l'un d'entre eux était si proche d'eux ? C'était à n'y rien comprendre !
- T'en fais pas il pourra pas rentrer.
- Mathieu, je ne comprends pas…
- Tu ne comprends pas quoi ? Le stéphanois avait pris un autre Mikado avant de tendre le paquet à son homologue, qui hésita avant de céder à la gourmandise. Un peu de chocolat dans ce lieu de malades, ça ne se refusait jamais.
- Tu m'as pas dit que tu avais peur de… D'eux ?
- Si pourquoi ?
- Mais…
Le Geek avait froncé les sourcils, essayant d'assimiler les informations qui étaient à sa disposition. C'était complètement dépourvu de sens, Mathieu en avait peur et voilà qu'il narguait l'un des animatroniques sans aucune forme de pitié ? Rien de plus illogique, quand on avait peur, on se mettait en position fœtale sous son bureau et on attendait que l'heure passe, voilà tout !
Enfin, ça c'est ce que le Geek ferait volontiers s'il n'avait pas eu peur que Mathieu se moque de lui et le traite de bébé. Mais il devait assumer sa décision, il avait voulu venir, il y était, alors qu'il ne se plaigne pas.
La voix du Youtuber le tira de ses réflexions :
- Oui… J'en ai peur. J'ai fait le fier là mais en fait je suis mort de trouille. Mais je veux qu'on s'en sorte. Et je veux surtout pas qu'ils pensent qu'ils mènent la danse. En aucun cas.
Le regard de glace du jeune homme retourna sur la tablette, après avoir jeté un œil à son portable : Une heure quarante-six. La nuit allait être longue partie comme ça…
Mais quelque chose d'autre attira son attention, dans le coin en bas à gauche du petit écran, alors qu'il s'était arrêté sur la vue de Pirate Cove : « Power left : 86 %. »
C'était quoi ce bordel ? Il n'avait jamais remarqué ça sur les écrans des nuits précédentes…
Était-ce en rapport avec les histoires de restriction d'électricité dont on lui avait parlé ?
Dans tout les cas il n'avait jamais remarqué que c'était là. Et il n'en comprenait pas forcément l'utilité non plus. Était-ce parce que la porte était fermée que ce marqueur apparaissait ?
Du con la joie, ça peut très bien être là depuis le début, et tu n'y as juste jamais prêté attention ! Pensa aussitôt Mathieu, sombre, alors qu'il se mordait pensivement la lèvre. Tu n'as quasiment jamais utilisé tes portes jusqu'à présent aussi, ça peut tout expliquer…
Power left : 82 %. Une heure quarante-neuf.
Oh non…
- Bordel.
- Qu'est-ce qui y a Mathieu ?
Le Geek avait lâché des yeux la porte en métal en entendant Mathieu jurer, soudain inquiet d'entendre son créateur s'agiter. Et l'air désemparé que devait avoir ce dernier n'avait rien pour le rassurer.
- On pourra pas garder les portes closes en permanence.
- Et pourquoi donc ? Elle va bien la-
- Il y a une quantité limitée d'énergie pour tenir toute la nuit. Le restaurant doit être branché sur un générateur bon marché…
- Mais… En quoi c'est grave si jamais y a plus d'énergie ?
- C'est pour ça que je ne m'en suis jamais rendu compte… Je ne travaille qu'avec la lampe torche quand je me déplace et je n'ai jamais utilisé les portes à part hier avec le Hippie… Je n'ai quasiment pas utilisé d'énergie, à part un peu pour regarder les caméras…
- Euh… D'accord, mais…
- Ça veut dire que si on vient à ne plus en avoir… Le restaurant sera plongé dans le noir. Je présume du moins…
Les yeux du Geek s'agrandirent d'horreur. Pardon ? Dans le noir complet ?
- Mais on s'en fout, on utilise pas la lumière…
- Ça n'implique pas que la lumière, gamin. Mais tout ce qui est électrique. Donc les portes et les caméras aussi, j'en suis sûr. C'est à dire qu'on aura plus rien pour se protéger ou se renseigner sur les faits et gestes de ces quatre enfoirés d'animatroniques.
Un ange passa. Puis le deuxième eut le temps de faire un aller-retour entre les deux hommes tant le sentiment d'abattement qui s'était emparé d'eux était fort. Mathieu jeta encore un œil au compteur d'énergie restante, puis soupira longuement avant de refaire le ballet des caméras puis de brusquement se lever, allant presser le bouton rouge sur le mur de gauche. La porte d'acier s'ouvrit avec un bruit des plus sinistres, arrachant un frisson d'horreur au Geek qui assistait à la scène, impuissant.
Mais il faisait quoi là ?
- Mathieu, Bonnie…
- Il est retourné dans la remise. On peut pas garder la porte fermée. Donc, à ne fermer qu'en cas d'urgence.
- Ça me plaît pas.
- A moi non plus rassure-toi. Moi le premier, je t'enverrai profiter des bornes d'arcade dans la salle de réception si ça n'était pas dangereux. Mais déjà, ça ne me viendrait pas à l'esprit de le faire maintenant, ni ici et, je crois que quelqu'un me tuerait si j'osais faire une chose aussi inconsciente.
- Ah bon ? Qui ?
Mathieu allait pour lui répondre quand son portable se mit à vibrer d'un coup sur le bureau, leur arrachant un cri de stupeur. Il l'attrapa au vol et regarda de qui ça venait : Maison.
Allons donc, qui ça peut bien être…
- Non Patron, je t'interdis de profiter de mon absence pour essayer de ramener des putes estoniennes à l'appartement, ni même d'aller faire des choses tordues dans la chambre du gamin.
- … Mathieu ? C'est le Panda. Tout va bien ?
… Et bien voilà, suffisait d'y penser.
En même temps, c'était évident. Qui cela aurait-il pu être d'autre ? Le Prof à la limite, et encore pour leur dire quoi, si ce n'est au pire que le Patron aurait mis les voiles Dieu seul savait où et que le Hippie était en train de délirer sur le carrelage de l'appartement ? Allons, un peu de sérieux.
Il fit signe au gamer que ça allait, le voyant aussitôt se détendre et jeter un regard craintif vers le couloir avant de se décider à sortir sa GameBoy Color de son sac, visiblement peu sûr de lui. Le pauvre, il était terrifié…
- Ça va, t'inquiète pas. On est encore en vie.
- Le Geek est avec toi n'est-ce pas ?
- Bien évidemment. Tu t'attendais à quoi, que je le fasse courir dans le restaurant, avec les robots aux trousses pendant que je me ferai une pizza ?
Oui, le Panda allait peut être se vexer de son ton ironique. Mais en même temps, il avait de quoi l'agacer parfois… Et puis, il l'avait vu venir grosse comme une maison sa question. Même son appel quand on y pensait. C'était si évident, quand on le connaissait un peu…
Maître Panda avait toujours agi comme un grand frère pour le Geek, dès le début. C'était son ombre quasiment, il avait constamment peur qu'il lui arrive une tuile à cause du Patron en qui il n'avait pas un gramme de confiance… Ça semblait un peu exagéré, certes, et pourtant, ça restait si touchant…
Il n'empêchait pas que c'était quand même lourd à supporter par moment. Pauvre gamin, il ne pouvait rien faire sans que le Panda ne puisse avoir un œil sur lui. Bon, ça ne déplaisait pas au Geek non plus, ça le rassurait même, et le Hippie aurait bien dit à ce comportement que « Tant qu'il l'importune pas, y a pas de lézard, gros ! »… Mais bon, chacun son avis sur la question après tout.
Ça faisait juste un peu suspect et exagéré. Voire louche. Voilà tout.
- Mathieu, veille bien sur lui s'il te plaît. Si jamais il lui arrivait quelque chose… Enfin, tu le sais quoi, il est pas très débrouillard…
Leur créateur sentit une once d'amertume dans la voix de l'ursidé. Ça aussi, c'était prévisible à souhait.
- Il l'est plus que tu ne le crois, Panda. Et si tu m'en veux parce que je ne t'ai pas averti de sa venue avec moi, engueule ton protégé plutôt : C'est lui qui s'est imposé à moi, et non l'inverse.
- Hnn… Certes. La voix de Maître Panda parut confuse pendant quelques secondes, avant de laisser s'installer un silence, son propriétaire cherchant probablement à trouver quoi rétorquer, sans succès : Mais juste… Fais attention à lui. J'aime pas le savoir là-bas, j'aurais préféré être avec vous, pour veiller sur vous deux. Sinon, pas trop de mouvement pour l'instant ?
- Bonnie en CAM5. Et le Geek fait ce qu'il sait faire de mieux à ma gauche. Rien de plus à signaler.
- Bonnie ?
- Le lapin géant en moquette mauve et au nœud pap' rouge.
- Ah oui, bien sûr.
Mathieu savait rien qu'au ton de sa voix qu'il ne s'en souvenait pas et s'en fichait bien. Tant que le Geek allait bien, c'était le principal. Pas grave.
Le leader des Sommet allait répondre au Panda lorsqu'il entendit du bruit dans l'écran aveugle de la caméra de la cuisine. Un bruit de casserole et de ferraille, et un simple clic sur la caméra 1B suffit à confirmer ses doutes :
Chica avait foutu le camp.
Deux heures cinq. De mieux en mieux. Ça promettait pour la nuit à ce niveau : Manquerait plus que Foxy en train de leur proposer de la pizza, son immense tête orange passant par l'encadrement de la porte, et ce serait parfait !
- Tu préférerais que je raccroche ? Je te sens occupé.
- Perspicace la peluche. Non pour le moment ça va, t'inquiète pas.
- Hnn… Dis, je peux lui parler ?
Le Patron aurait déjà lancé une remarque peu subtile tant ça fait louche. Mon Dieu…
Nan, à dire vrai, y aurait pas eu que lui pour le coup. Genre, le quatuor infernal type Patron-Croc'homo-Pinhead-Richard, installés dans un coin à observer la scène comme les deux vieillards dans les Muppets Show, ça ça aurait été non seulement probable, mais crédible en plus avec ça !
Alors que Mathieu tendait son portable au Geek, dont le sourire s'élargit sensiblement en entendant son frère lui parler, il se fit la réflexion que ça datait, cette époque. Combien de temps depuis leur dernière soirée tous ensemble, lui, ses personnalités, Antoine et la clique démoniaque à rallonge de son ami du Beaujolais, l'autre schizophrène de la bande, ce bon vieux Kriss ? Au moins trois mois ?
Ça craint mec. Tu pourrais demander de leurs nouvelles quand même, au moins par téléphone !
Faux, il avait de leurs nouvelles : Antoine continuait de lui envoyer de douces insultes de temps à autres pour lui parler de vidéos sans queue ni tête et des dernières conneries de sa peluche. Et pour ce qui était de Kriss… Après une courte réflexion, heureusement que leurs deux personnalités pacifistes avaient assez d'atomes crochus pour s'appeler souvent. Mais bon, Mathieu savait que pour Kriss les choses n'étaient pas forcément évidentes vu le nombre plutôt conséquent de personnalités qu'il possédait et qu'il devait surveiller, sans parler du caractère promptement insupportable de certaines Il avait plus que le droit de ne pas donner souvent de nouvelles, il avait réellement autre chose à fabriquer.
La sonnerie du téléphone cellulaire le tira net de ses réflexions, faisant sursauter le Geek qui faillit en lâcher le smartphone de son créateur. Mathieu soupira bruyamment en fixant l'appareil sur le bureau, cette fois-ci loin d'hésiter quand à l'identité de l'appelant.
Nan mais sans déconner, il peut pas me foutre un peu la paix lui aussi ?
- Hé Mathieu, décro-
- Vaut mieux pas ou je vais tellement le pourrir qu'il voudra plus jamais sortir de chez lui.
- Ben… Ça ne nous concerne pas ça, si ?
- Ça peut éventuellement nous concerner dans le sens où lui il en sait un peu trop sur ce qui se trame le soir dans le restaurant, je trouve.
La voix de Mathieu avait pris une tournure plus rauque qu'à l'accoutume, proche de celle du Patron, alors qu'il ne lâchait pas des yeux le téléphone qui continuait de sonner dans le vide. Prochaine résolution pour la nuit prochaine : Débrancher ce putain d'appareil de malheur, histoire d'avoir vraiment la paix pour une fois.
Mais c'est vrai quand on y pensait : Qui était ce gars ? Ce fameux gardien qui travaillait encore là ? Mathieu ne savait rien de lui, pas même son nom, et pourtant ce fou semblait en savoir tout un wagon quand aux étranges événements qui survenaient dans l'enceinte du Freddy Fazbear's Pizza une fois la nuit tombée. D'où et comment il l'avait su, ça c'était une autre histoire…
Le téléphone s'arrêta enfin de sonner, ce qui fut grandement accueilli par un soupir général. Manquait plus qu'il fasse rameuter tout le monde à faire sonner cette saleté de téléphone…
Les yeux de Mathieu s'écarquillèrent alors qu'il pensait à ce léger détail, et qu'il attrapait au vol la tablette pour faire un tour des lieux : Freddy était toujours à sa place, à croire qu'il avait purement la flemme d'en descendre, Bonnie errait dans la salle 1B, entre deux rangées de tables décorées de petits chapeaux multicolores. Et Chica, elle, continuait de mettre un boxon incommensurable dans la cuisine, c'en était à se demander ce qu'elle pouvait bien y faire… Ça pouvait avoir faim, un robot ?
Et Foxy ?
C'était vrai ça, les autres on s'en foutait, mais lui il était où ?
Changement de caméra. 1C. Un frisson d'horreur remonta le long de l'échine du vidéaste.
L'immense tête rouge du renard robotisé dépassait d'entre les rideaux, écartés par sa main et son crochet qui reflétait d'une des manières les plus glauques qui soient les reflets de la Lune, que l'on pouvait observer à travers les fenêtres. Merde, s'il y en avait bien un qui devait pas se faire la malle c'était lui. Non pas qu'ils risqueraient de le perdre, loin de là et au pire ça serait un mal pour un bien grand bien ! Mais Mathieu n'avait vraiment pas envie de passer une autre nuit à se faire courser par cette sorte de renard atteint d'une forme particulièrement poussée de trouble dissociatif de l'identité. Pour rien au monde. Et puis, il en allait de la sécurité de son cadet…
Surtout pas lui, pensa aussitôt Mathieu en jetant un regard en biais au gamer qui était toujours en pleine conversation avec le Panda, son Pikachu dans les bras et sa Gameboy dans la main qui demeurait encore libre. En aucun cas. Le gamin saura jamais lui faire face, déjà que le fait qu'on ait encore le Hippie en un morceau, ça tient du miracle, lui je donnerai même pas cher de sa peau !
Non, il ne fallait pas que Foxy se décide à quitter son alcôve de malheur. Mais par quel moyen, ça…
Mathieu se mordait la lèvre inférieure, rassemblant toutes les idées possibles et envisageables dont il disposait, lorsqu'il vit le bouton du répondeur se mettre à clignoter en rouge. Ah ben tiens, il était encore là lui…
Il porta un Mikado à sa bouche sans lâcher la petite LED des yeux, l'air faussement fasciné par celle-ci alors qu'il ne la voyait même pas. C'était vraiment un job de fou qu'on lui avait donné, en douter serait de la folie pure à présent. On aurait pu vouloir sa mort qu'on aurait pas trouvé de meilleur moyen pour espérer s'en débarrasser !
Deux heures trente-huit. Power left : 72 %.
C'est pas bon ça… Pas du tout même. On tiendra jamais à ce rythme.
Mathieu se mit à scruter l'intérieur du bureau du regard, pendant que le Geek raccrochait sur sa gauche, posant le portable sur le bureau avant de s'en retourner à son jeu vidéo, n'ayant pas l'air d'avoir remarqué l'agitation de son créateur. Tant mieux remarque, moins il stresserait et mieux ce serait !
Rien. Aucun appareil électronique en marche, hormis le téléphone, la lumière de la cabine et la tablette. Et le ventilateur.
Minute, un ventilateur ?
L'aîné des Sommet l'éteignit d'un coup sec en fusillant le confrère de Samuel, le cher ventilateur d'Antoine, du regard. Non mais il s'y croyait lui, c'était tout sauf le moment de marcher bon sang ! Il fallait économiser un maximum d'énergie !
D'ailleurs en parlant d'énergie…
- Petit, je peux te laisser seul dix minutes ?
La personnalité leva les yeux de sa console, un air paniqué sur le visage. Hein ?
- Mais… Pourquoi Ma-
- Je vais juste aller vérifier qu'aucun autre appareil électrique ne pompe inutilement de l'énergie. Le niveau d'énergie restant diminue un peu trop vite à mon goût, je préfère aller prendre le risque de faire une ronde.
« - Et s'ils t'attaquent ? Ou si ils…
- Je reviendrai ici en courant ou j'irai me mettre en lieu sûr, t'en fais pas. Et au pire, si tu veux, verrouille les portes si ça peut te rassurer pendant ma ronde. »
Verrouiller les portes s'il le voulait… Pas besoin de le répéter, pour sûr !
Le Geek avait lâché son jeu pour se concentrer sur la tablette de surveillance, allant jusqu'à éteindre la lumière pour donner encore plus l'impression de ne pas être là, on n'était jamais trop prudent. Il était incapable de fixer quoi que ce soit d'autre, juste l'écran du petit appareil, et leurs moindres faits et gestes.
Ils étaient immenses. Juste démesurément grands. Et laids, en passant.
Enfin, pas tous, mais ça il n'avait pas osé l'avouer devant Mathieu. Il savait qu'il se serait fait disputé par le Youtuber pour pareille remarque.
Où êtes-vous donc partis… ?
Ce système de caméras avait quelque chose d'amusant, comme si tout ceci n'était qu'un jeu vidéo. Un clic, une nouvelle caméra, un cache-cache géant avec des robots en forme d'animaux tout mignons : Un petit lapin violet, un ourson au haut de forme, un poussin avec un bavoir autour du cou et un renard tout mignon, avec des accessoires de pirate. Oui, le Geek en était persuadé, on aurait fait un jeu dans le genre, ça se vendrait comme des petits pains auprès des enfants ! Peut être même pouvait-il arriver à en programmer un lui-même, avec ses quelques connaissances en codage…
Mais non, on était dans la vraie vie là et ce n'était plus du tout les jolies mascottes inoffensives qu'il avait imaginé quelques secondes auparavant ! Celles-ci, celles aux allures cauchemardesques qui rôdaient dehors, le mettraient en pièces sans la moindre once de pitié si elles en avaient l'occasion, Mathieu et le Hippie avaient bien assez lourdement insisté sur ce point ce matin. Et même s'ils empestaient le cannabis à ce moment-là, le jeune fanatique de jeux vidéos n'avait même pas eu ne serait-ce que l'idée de penser que ç'aurait pu être faux. Non, tout ceci était trop réel, et les secouait infiniment trop, la preuve, on avait même plus revu le Hippie de la journée, lui qui d'habitude faisait des allées et venues entre son cher Combi et le canapé du salon pour se faire un semblant de vie sociale !
Et pour que le Hippie en vienne à dire que quelque chose n'allait pas ici, c'est que ça devait vraiment être grave. Bien assez pour que son optimisme naturel foute le camp et jette l'éponge en tout cas…
CAM 3. CAM 7. CAM 1C et 1A. Mathieu dans la cuisine.
Non c'était sûr, le Hippie avait du ressentir quelque chose de réellement néfaste dans les entrailles du restaurant, il ne se serait pas mis dans un tel état sinon… Mais quoi, ça…
CAM 2A. CAM 7. CAM 1C et 1A. Mathieu toujours dans la cuisine.
Il devait arrêter d'y penser, ça ne faisait que l'angoisser un peu plus. Mauvaise idée. Il devait se ressaisir et continuer de regarder les caméras, c'était distrayant un minimum au moins, et ça lui rappelait un peu les parties de bataille navale qu'il faisait avec le Panda. Il les gagnait souvent d'ailleurs.
Bref, laisser Mathieu faire son travail et surtout, rester bien tranquille. Ils ne savaient pas qu'il était là, comment pourraient-ils le savoir de toute façon…
Arrête de faire ton bébé, allez ! T'es passé Platine sur LoL et tu as battu chacune des Ligues des jeux Pokémon au moins dix fois ! Tu peux le faire ! CAM 5. CAM 1B. CAM 1C et 1A. Tout va bien…
Non, en vérité ça n'allait pas. Ses mains étaient moites et il agitait nerveusement sa jambe droite tout en scrutant les images des caméras, de bien piètre qualité d'ailleurs, ils auraient pu investir dans une tablette avec qualité HD au moins ! Il jeta un œil à l'heure, avant de soupirer, déçu. Trois heures moins cinq. Power left : 63 %.
C'était long. Si long… Et Mathieu, qui semblait plutôt zen sur les caméras…
Il enviait Mathieu pour le calme dont il faisait preuve. Il avait peur, ça le plus jeune le sentait, et pourtant il essayait à tout prix de le cacher. De ne rien laisser paraître. Ça avait quelque chose de fascinant, vraiment.
Et ça forgeait le respect, surtout.
Le regard de glace du gamer vint se poser sur le téléphone cellulaire et sa LED rouge, qui clignotait toujours dans le vide. Un message vocal.
Mathieu l'aime vraiment pas on dirait, ce monsieur…
A croire qu'il le narguait à chaque appel. Pourtant c'était gentil de sa part d'appeler le nouveau gardien au lieu de dormir ! Il trouvait ça plutôt mignon en soi, comme attention. Alors qu'est-ce qui pouvait bien donner autant à Mathieu l'envie de l'étriper comme ça ?
Le Geek s'étira, manquant presque de perdre l'équilibre, et pressa simultanément le bouton pour lire le message ainsi que celui du haut-parleur. Un grésillement lui parvint aussitôt aux oreilles :
« Salut salut, hé, mais c'est que tu t'en sors bien ! Je suis impressionné, peu de gens tiennent aussi longtemps ici ! Euh, enfin, tu sais, je veux dire par là qu'ils préfèrent généralement s'orienter vers d'autres postes ailleurs… Je ne voulais pas dire qu'ils sont morts hein, rassure-toi ! Hnn, ouais non, ce-ce… Ce n'est vraiment pas ce que je voulais impliquer en en parlant… Ah bref, je préfère me dépêcher et ne pas abuser de ton temps, c'est que les choses commencent sérieusement à se gâter à partir de cette nuit-là. »
Le garçon à la casquette fronça les sourcils alors qu'il écoutait l'étrange voix déformée par le système électronique du téléphone, les yeux de nouveau rivés sur la tablette. Ce type était bizarre, clairement, rien que sa voix l'indiquait ! Et puis ses mots…
Mais bon sang, ça réconfortait personne, une connerie pareille !
« Hnn, écoute ça sinon, j'ai une idée : Si jamais tu venais à être attrapé et que tu veux à tout prix éviter de finir fourré dans un costume de remplacement de Freddy, essaie de faire le mort. Enfin je sais pas comment dire… Détends-toi, fais-toi mou, laisse-toi manipuler quoi, n'oppose pas de résistance ! Uh, si ça se trouve, ils vont penser que tu n'es rien de plus qu'un costume vide… »
Fourré dans un costume ?
Il mit plusieurs secondes à se rappeler de ce détail, dont Mathieu leur avait parlé peu après sa première nuit ici. Une idée à faire froid dans le dos.
CAM 1B. CAM 1A. CAM 1C et 1A. Deux pour le prix d'un sur la même caméra !
« Mais bon, s'ils viennent à penser ça, peut être vont-ils essayer de te rajouter un endosquelette… Enfin, tu vois le truc… A l'intérieur quoi. Je me demande bien comment ils pourraient s'y prendre… Ah, ouais non oublie, au final, te fais pas avoir. C'est le mieux. Bon, aller, hum… Je vais te laisser sur ce conseil. On se retrouve bientôt. »
… Quel troll !
Et il le laissait comme ça, comme une fleur, après sa petite tirade qui n'avait rien pour rassurer et, au contraire, tout pour lui donner que plus envie de prendre les jambes à son cou ? Trop gentil, monsieur Téléphone, c'était bien la peine d'appeler !
Le Geek désactiva le haut parleur du téléphone avant de soupirer et de se lever de sa chaise, soudain mal à l'aise. Faire le mort ? Ne pas se faire prendre ? Fourré dans un costume ? C'était quoi ce délire au juste ? Et puis qui avait été assez demeuré pour donner aux robots un comportement aussi idiot ? Ça servait à quoi bon sang ?!
Il allait pour ouvrir la porte et jeter un œil dans le couloir lorsque le Geek se rappela des lumières de porte, ce qui l'immobilisa net devant la porte de droite, indécis. Quoi faire ? Il savait qu'ici personne ne viendrait l'embêter et que Mathieu devrait vite revenir, mais même, était-ce bien prudent de ne pas vérifier ce qu'il se passait autour de lui dans l'immédiat ? Et puis, cet appel… Non il n'arrivait pas à se l'enlever de l'esprit, même si le gars qui les avait appelé était bien ce qu'on pouvait traiter d'enfoiré de première. Mais il semblait tellement au courant des choses… Et s'il avait raison ?
Mathieu est juste cinglé de continuer à venir là, même si c'est pour son contrat. Il faut qu'il arrête si ce gars a raison, c'est trop dangereux.
Il ne lui fallut pas plus pour que sa conscience lui hurle que bien sûr que tout ceci était vrai, déjà que les robots déambulaient tout seuls dans la pizzeria, savoir qu'ils étaient détraqués et cherchaient à appliquer des règles sans queue ni tête n'avait plus rien d'étonnant. Partant de ça, tout devenait étrangement possible et envisageable, comment le contraire aurait-il pu être possible de toute façon ?
Le Geek était toujours plongé dans ses pensées lorsqu'il pressa le bouton de commande de la lumière de la porte de droite, et ce qu'il vit soudainement apparaître dans la vitre lui arracha un cri tout bonnement stupide et ridicule. Sa main alla aussitôt trouver le talkie walkie sur le bureau, qui n'avait pas servi jusqu'à présent :
- Mathieeeeeu ! Il est dans le couloir !
- Oh, du calme ! Qu'est-ce que tu as, sale gosse ? La voix de Mathieu lui répondit aussitôt, légèrement déformée par l'appareil : De qui tu parles ?
- Le poussin, il est devant la porte de droite ! Je fais quoi ?! Si jamais je tombe en panne d'énergie, et s'il trouve un moyen d'entrer, je-
- Tu risques rien je te l'ai déjà dit.
- Je te crois pas ! Il me regarde avec une sale tête, on dirait qu'il va me manger ! Mathieu, je veux rentrer, il me fait peur !
Un soupir se fit entendre à l'autre bout de la ligne.
- C'est sûr que Chica, qui est une fille aux dernières nouvelles, n'a pas une gueule de porte-bonheur, mais s'il te plaît, tiens toi tranquille, elle peut rien te faire si les portes sont fermées. Allez, respire un coup et détends-toi, je reviens vite de toute façon, j'ai presque fini.
- Il te manque quelles pièces à faire ?
- Quelques unes, pas beaucoup.
- Mais si-
- Geek, putain, dis-toi que tu n'as rien à faire mis à part de geeker et de me laisser faire mon job ! Je peux pas te parler en permanence, ils vont m'entendre sinon, alors pitié, prends ton mal en patience ! Je me dépêche.
Ça, c'est ce qu'on appelait « se faire rembarrer en beauté ».
Et en attendant, il en faisait quoi, de Chica ? La regarder et lui faire des grands signes de la main ? L'insulter, se moquer d'elle ? Ouais non, mauvaise idée. Au final, rien, ce n'était pas trop mal non plus…
Le Geek retourna sur sa chaise, déconfit et de moins en moins sûr d'avoir eu une bonne idée en venant dans la pizzeria pour épauler Mathieu. Il était terrorisé maintenant, c'était sûr ça, et ce depuis l'appel de monsieur Téléphone. Il avait été des plus pessimistes, bien assez en tout cas pour atteindre le gamer et le faire douter.
« C'est que les choses commencent sérieusement à se gâter à partir de cette nuit-là. »
Il le savait, cet abruti, que les robots commençaient à devenir de plus en plus actifs à mesure que les jours passaient. Mais en quoi cela pourrait-il plus se gâter, honnêtement ? C'était déjà bien assez le bazar comme ça, pas la peine d'en rajouter.
«Fais très attention à toi, je suis vraiment pas tranquille. J'aurais du vous accompagner. »
Ouais. Finalement il aurait du le prévenir, lui aussi…
Le Geek sentit ses yeux se remplir de larmes et il secoua la tête, excédé. Ce n'était pas le moment de faire le bébé, bon sang ! Il avait vingt-six ans lui aussi ! Il pouvait se défendre au besoin ! Alors pourquoi se montrer aussi faible ? C'était pathétique ! Juste bon à pleurer !
Et pas digne d'un homme, et encore moins d'un Sommet.
Oui c'était décidé, fini le Geek qui se laissait marcher dessus ! Terminé les gérémiades ! Maintenant il se débrouillerait seul, et qu'ils osent venir, ces animatroniques miteux ! Il les attendait de pied ferme.
Et ça rassurera le Maître de savoir que je suis capable de me débrouiller sans lui, se dit le plus jeune en esquissant un sourire pendant qu'il s'était enfin décidé à sécher ses larmes, entourant Pikachu de ses bras en une attitude protectrice. Je suis aussi débrouillard que les autres, après tout !
Oui, il avait raison, pourquoi pas lui ? Le Geek se mit à rire aux éclats en arrivant à ce stade dans son cheminement de pensées. Mathieu ne pouvait pas toujours être à disposition pour l'aider au besoin… Et puis on n'est jamais mieux servi que par soi-même à ce qu'il paraît.
Pourtant, dans sa joie et ses belles résolutions, le gamer n'avait pas prêté attention à ce qu'il avait entraperçu sur les caméras de surveillance, se contentant de toujours vérifier que les quatre animatroniques demeuraient à leur place, comme le faisait Freddy. Ça c'était une belle éducation !
Et pourtant, il fit une erreur, grossière et digne d'un débutant. Quiconque d'un tant soit peu observateur et concentré l'aurait vu, et encore plus en étant accro aux jeux vidéos, surtout ceux d'horreur qui nécessitaient une concentration et une alerte à toute épreuve.
Mais dans tout les cas, défaut d'observation, d'attention, n'importe quoi même, il était passé à côté du poster de Freddy Fazbear en 2B. Enfin non, il l'avait remarqué, il savait qu'il était dans cette pièce même, mais ça s'arrêtait là.
Pourtant il n'avait pas remarqué cette étrange lueur qui émanait du poster, ni même le fait que l'ours robotisé n'avait plus du tout les même couleurs qu'à l'accoutume. Et quiconque travaillait ici le savait, ce poster était assez fidèle pour ne pas avoir de défaut d'impression. La photo sur papier glacé était parfaite, sur tout les points de vue. Alors d'où venait cette étrange lueur dorée et phosphorescente ?
C'est lorsque le Geek rabaissa la tablette, rompant le contact visuel avec les visions des caméras, qu'il se dit que quelque chose n'allait pas. Au début, il crut que ce n'était qu'une impression, que l'air ne lui semblait plus froid et lourd que parce qu'il avait peur et qu'il savait que l'imagination, correctement stimulée, pouvait faire ressentir et imaginer tout et n'importe quoi. Mais non, c'était bien réel, il avait réellement froid, mais ça, c'était le cadet de ses soucis.
Observé. Surveillé. En danger.
Il était toujours là, figé sur le fauteuil à roulettes, faisant face au mur, ayant pivoté dessus jusqu'à être dos au bureau. La tablette dans les mains, le souffle court, en essayant de contrôler les tremblements qui s'emparaient lentement de lui à mesure que le temps passait. Le Geek ne savait plus quoi faire ou penser, ça ne pouvait qu'être une crise d'angoisse comme il en avait déjà fait, rien de plus… Personne ne pouvait entrer dans la cabine, il avait fermé les portes après tout !
Et pourtant, pour la première fois depuis le début de la nuit, il ne s'était jamais senti aussi piégé et vulnérable. Il n'osait même plus bouger.
T'es bête, allez, relax, tu es tout seul ! Tu le sais en plus ! Mathieu et les autres se moqueraient de toi s'ils te voyaient comme ça…
Le gamer se pencha en avant, les yeux clos, réajustant un peu trop nerveusement sa casquette et serrant vigoureusement Pikachu contre son torse, la tablette sur ses genoux. Il ne pouvait plus la regarder, il n'osait plus de peur de voir un des robots tout près de lui. Même s'il savait que c'était impossible…
C'était ridicule. Il avait fini Amnesia, Outlast, des jeux terrifiants comme quelques Silent Hill et autres Project Zero, sans parler des petits jeux indépendants qu'il avait pu tester, comme SCP Containment Breach, Slender Forest et toute une autre flopée de noms qu'il avait oublié depuis le temps, sans parler du dernier jeu d'horreur auquel il avait eu l'occasion de jouer et qui l'avait vraiment mis mal à l'aise, Neverending Nightmare, au point d'avoir fini par passer plusieurs nuits dans la chambre du Panda, trop terrifié par l'idée de dormir seul. Il n'était pas un petit gamin que l'on effrayait facilement, malgré les croyances populaires, hormis le Patron mais pour des raisons totalement différentes… Il était ce Geek plein de remarques acides que les fans avaient connu au début de SLG. Et n'avait changé que par crainte de cet homme en noir…
Alors pourquoi avait-il ces sueurs froides alors qu'il n'était même pas là ?!
Un rire de petite fille lui répondit aussitôt, comme s'il avait formulé sa question à voix haute.
… Minute. Un rire ?
Tu as halluciné, tu as halluciné, tu as halluciné, tu as halluciné,…
Non, ce n'était pas possible, il avait du mal entendre…
Un autre rire résonna dans la cabine, funeste, finissant de glacer le sang du jeune Sommet. Non, il n'avait pas halluciné, une fois peut être que oui, mais une deuxième…
Et le talkie walkie était posé sur le bureau, hors de sa portée.
Se retourner. Il devait se retourner. Mais il était cloué sur place, paralysé, à prier pour que Mathieu revienne à ce moment là. On pouvait y croire non ? Pas même un tout petit peu… ?
Soudain il se prit la tête dans les mains, avec la ferme impression que sa tête allait exploser. Des images défilaient dans son esprit, obscurcissant sa vue. Le visage de cet énorme robot d'ours, infiniment trop près, puis celui dépourvu d'yeux du lapin, Bonnie. Tout se succédait avec une netteté et une vitesse folle, à lui en donner mal au crâne, pendant qu'un bourdonnement accaparait son ouïe, un mélange de tant de voix d'outre-tombe qu'elles lui mettaient la tête en vrac.
Et ces mots, qui lui revenaient inlassablement sur le bout de la langue, sans qu'il sache pourquoi…
IT'S ME.
Le Geek se mit à crier puis se leva d'un bond, titubant, les mains pressées sur les tempes, faisant tomber par terre peluche et tablette sans même qu'il les entende, cherchant à tout prix à s'appuyer contre le mur pour ne pas tomber. Il avait mal, il était à bout. Que tout cesse ! Rien à foutre de la tablette de la pizzeria, qui avait probablement pas du apprécier le vol plané, il espérait juste que les visions repartent, qu'elles le laissent tranquille, qu'elles le laissent respirer !
Puis tout repartit aussi vite que c'était venu, laissant un pauvre homme aux cheveux châtains éreinté moralement, épuisé, la tête lui tournant et le cœur au bord des lèvres, prenant de grandes inspirations pour apaiser son cœur et faire le vide dans sa tête. Le silence qui avait pris place était étrange tant il contrastait avec ce qu'il venait de vivre, mais il s'en foutait, qu'importe la tête qu'avait ce moment de répit, il l'acceptait avec plaisir, et ça faisait du bien à sa pauvre tête qui n'en pouvait plus. Le bourdonnement avait daigné repartir, les visions aussi.
Mais le rire, lui, était toujours là, prêt à se rappeler à la mémoire du plus petit une fois de plus.
Et le Geek osa enfin faire face à ce qu'il entendait depuis plusieurs minutes, cette chose qui lui donnait tant l'impression d'avoir un grave problème sur les bras.
Un ours. Grand, massif, assis à même le sol devant le bureau, les jambes ramenées contre sa carcasse de métal et de poil ras, un petit haut-de-forme posé sur sa tête, un micro dans la patte droite et un énorme nœud papillon suspendu à son cou. Là, dans l'office, en face du Geek, à tout juste deux mètres de lui. Parfaitement immobile.
Le Geek crut d'abord qu'il s'agissait là d'une hallucination de plus, et puis de toute façon, Freddy, puisqu'il était le seul animatronique à être un ours, n'aurait jamais pu rentrer dans la pièce avec les portes closes. Oh oui, il y crut sérieusement, le temps d'une poignée de secondes, avant de poser les yeux sur la tablette à ses pieds. Coup de chance, elle n'avait rien. Mais si elle avait pu décider de se venger, elle avait réussi son coup pour faire regretter au Geek d'avoir eu une pensée aussi con :
L'écran affichait la CAM 1A. Et un Freddy Fazbear toujours tranquillement installé sur la scène principale.
Hein ?
Le coeur du gamer rata un battement. Puis un autre, quelques secondes plus tard.
C'était quoi ce bordel…
Le temps qu'il relève la tête pour fixer l'apparition, il eut la stupeur de constater que le robot s'était relevé, se tenant maintenant parfaitement droit face à lui, quoi que légèrement voûté. Non, non, ce n'était juste pas possible, il devait rêver, ou cauchemarder plutôt, c'était la seule explication possible… Une telle chose n'aurait jamais pu rentrer dans l'office sans se faire remarquer ! Ni même se lever sans faire le moindre bruit, pas avec ses bons trois cents kilos de câbles et d'acier, il fallait pas déconner non plus !
Et s'il était... Réel ?
Les yeux du Geek se posèrent sur la porte à sa droite, toujours close. Le bouton d'ouverture était à portée de main. Pas sûr qu'il ait le temps d'arriver à la porte, quoi que…
Non, il fallait qu'il arrête, il devait juste avoir une putain d'hallucination à la Amnesia ! C'était techniquement impossible, il pouvait pas être là avec lui ! Pas avec Freddy dans la salle 1A ! Il n'y avait pas deux Freddy dans la pizzeria, c'était même évident ! Ça n'aurait servi à rien d'en avoir plusieurs !
A rien, juste du gâchis… N'est-ce pas ?
Puis l'animatronique fit un pas. Un seul. Et les tentatives du Geek pour se convaincre qu'il avait raison et qu'il ne craignait rien volèrent en éclat.
Ce n'était pas Freddy. Mais alors pas du tout. Enfin si, mais pas exactement. Son énorme nœud était d'un beau bleu nuit, en velours, et puis il semblait plutôt endommagé, des câbles sortaient légèrement de sa carcasse par endroits, rien à voir avec l'ours en 1A qui avait quand même une allure générale impeccable… Et puis cette couleur… Doré, et non brun comme l'autre animatronique dessiné sur le poster affiché dans la cabine...
Mais ce qui arracha un frisson d'horreur au Geek, ce fut ses yeux. Noirs. Vides. Le néant, aucune pupille, aucun œil artificiel.
Rien, juste les ténèbres.
Il devait se casser, foutre le camp de suite.
Ou que Mathieu revienne. Immédiatement.
Mais comment avait-il pu rentrer ici, bordel…
Et alors qu'il se posait cette question, tétanisé, incapable de respirer ou même de bouger, dans le silence mortuaire qui régnait dans la pièce, la version alternative de Freddy se mit à rire. Un rire grave, froid, avant de se mettre à hurler, un cri saturé et grave que le Geek pourrait à tout jamais décrire comme le plus terrifiant qu'il n'aurait jamais pu croiser dans le monde pixelisé des jeux vidéo.
Et si Mathieu n'entendit pas l'ours crier, plongé dans son inspection de la remise que Bonnie avait daigné délaisser, il ne put rater les hurlements de panique de sa personnalité, ce qui manqua de lui faire faire une crise cardiaque.
Oh putain, le Geek !
Il fut dehors aussitôt, de retour dans la salle principale, la lampe balayant de son faisceau la pièce, le cœur battant la chamade. Lui qui s'étonnait que les robots se tenaient à peu près tranquille depuis plus d'un quart d'heure, mais qu'est-ce qu'il regrettait de se l'être dit !
- Geek, t'es où ?! Cria-t-il alors qu'il fonçait dans le couloir vers l'office, s'attendant à y croiser le gamer , pour ne rien trouver. Son cœur tomba jusque dans les tréfonds de sa poitrine :
L'office était vide, la chaise du bureau, renversée sur le côté. Le talkie, toujours sur le bureau.
Et la porte de droite grande ouverte.
Merde, merde, merde, MERDE !
Il ne savait pas quoi faire, tout se passait trop vite. Que devait-il faire, comment ? Où aller ?
Et puis, mince, qu'est-ce qui avait bien pu se passer ?!
Retrouve le Geek avant putain, tu réfléchiras après !
Un « Mathieeeeeu ! » déchirant résonna quelque part dans la pizzeria, finissant de renseigner Mathieu sur le peu qu'il avait à savoir de la situation : Quelque chose ne s'était pas déroulé comme prévu.
Et surtout : C'était urgent et très grave.
Il s'élança, courant dans le couloir, de plus en plus inquiet. C'était pas bon ça, tout les robots allaient se rameuter si ce n'était pas déjà fait à ce rythme !
- MATHIEU, AU SECOUUUUURS !
Une sueur froide prit le Youtuber alors qu'il courait de nouveau vers la salle principale, cherchant des yeux le moindre indice quand à la position de son homologue, paniqué pour de bon cette fois. Quelque chose n'allait pas. C'était sûr maintenant.
Il vit Bonnie rentrer dans l'autre couloir menant à la cabine, remerciant un instant la sainte Patate que le lapin ne l'ait pas vu débouler dans la pièce. Manquerait plus qu'il se mette à le courser maintenant…
Un fracas dans la remise le fit faire volte face avant que quelque chose ne le pousse brusquement sur le sol. Un corps.
Le Geek, en pleurs, tremblant comme une feuille. Livide.
- GEEK ! Qu'est-ce qui se passe, ça va ? Mathieu essayait de se relever en amenant le gamer à en faire de même, soudainement rassuré de l'avoir enfin retrouvé. Vite, il fallait se tirer de là et retourner dans l'office maintenant : Allez debout, je sais pas ce qui se passe mais on sera mieux à-
- Non je reste pas, il faut que je parte ! Non ! Toi aussi tu dois partir, on doit dégager de là, Mathieu je t'en supplie, c'est pas normal ce qu'il se passe ici, on doit rentrer à la maison, le Hippie avait raison y a un truc louche avec cette pizzeria, promis on se débrouillera mais c'est fini, on peut pas rester-
- Oh, doucement, et baisse le ton, tu vas faire venir tout le monde, j'ai pas envie d'avoir les robots après nous ! Explique-moi, qu'est-ce qui s'est-
- IL VA VENIR NOUS CHERCHER, ON EST EN SECURITE NULLE PART ! IL ME COURT APRÈS DEPUIS TOUT À L'HEURE, PARTOUT ! ON DOIT PARTIR PUTAIN, TU COMPRENDS PAS QUOI DANS CETTE PHRASE ?!
Mathieu plaqua sa main sur la bouche du Geek en voulant le faire taire, ce dernier s'étant mis à hurler au lieu de se taire comme il l'avait espéré. Que lui avait-on donc fait, qu'avait-il vu ? Qui avait pu lui flanquer une frousse pareille ? Il ne l'avait jamais vu dans un état aussi critique, même lorsque le Patron lui faisait des misères pas possibles, il n'avait jamais fini aussi paniqué. Le plus jeune ne tenait pas en place, il tremblait de la tête au pied en jetant des regards dans tout les sens, incapable de reprendre un semblant de sang-froid, si blême à présent que le Youtuber crut sérieusement qu'il allait lui faire un malaise.
Qu'est-ce qui avait bien pu autant l'effrayer, bon sang…
Il allait enlever la main de sur les lèvres du gamer lorsqu'il vit ses yeux s'agrandir d'horreur, fixant quelque chose dans leur dos. Il avait un très mauvais pressentiment, à présent.
Il s'efforça de murmurer, malgré qu'il eusse été encore essoufflé :
- Geek… Calme-toi, par pitié… Dis-moi ce qu'il y a…
Le plus petit secoua légèrement la tête, muet, incapable d'aligner deux mots. Mathieu soupira, peu sûr sur ce qu'il convenait le mieux de faire. Il vit Chica sortir lentement de la cuisine, puis s'arrêter pour les fixer, au loin, de ses immenses yeux violets. Merde, il avait failli oublier qu'elle était là elle.
- Il faut qu'on s'en aille… Il va nous tuer… La voix du Geek était à peine un simulacre de murmure, à moitié étouffé par un sanglot qu'il retenait à grand peine.
- Qui ça, il ?
- L'ours doré.
- Il n'y a pas d'ours doré, Geek-
- Tu te trompes, je le vois là…
Mathieu allait lui répondre lorsqu'il entendit un mouvement dans son dos, une masse puissante et mécanique. Il sentit son cadet se raidir dans ses bras.
- Mathieu… Pitié, on part… Maintenant.
Le stéphanois ne savait pas quoi répondre, et ses yeux se posèrent sur la scène alors qu'il cherchait quelque chose à dire pour « rassurer » le Geek. Un frisson lui remonta instantanément le long de la colonne vertébrale. Oh putain.
Sa langue se fit soudain lourde et pâteuse dans sa bouche, ses mains, moites contre le t-shirt de l'accro aux jeux vidéo et la lampe torche. Comment avait-il pu ne pas le remarquer plus tôt…
- Geek… Ne me dis pas que c'est Freddy qui est derrière nous.
- Non. Pas le même. Lui, il est bizarre… Il fait peur…
- Mais de quoi-
- BIENVENUE AU FREDDY-Y-Y-Y-Y-Y FAZBEAR'S PIZZA ! UN LIEU MAGIQUE POUR LES ENFA-A-A-A-ANTS ET LES PLUS GRANDS, OÙ JOI-I-I-I-E ET FANTAISIE PRENNENT VIE !
… Oh bordel, par Samuel et la Sainte Pelle.
Il n'avait jamais entendu cette voix, mais il savait déjà de qui il s'agissait. Y avait qu'un robot sur le site de Freddy Fazbear's Pizza pour pouvoir parler de cette grosse voix ronde et claire.
Son regard se porta aussitôt sur le Geek qui n'avait toujours pas bougé, une larme solitaire roulant sur sa joue. Puis alla jusqu'à Chica qui s'était rapprochée entre temps, se tenant à guère plus de dix mètres d'eux à présent. Derrière elle, les toilettes et la cuisine.
Il pensa brièvement à se mettre à courir avec le Geek jusqu'à l'office lorsqu'il abandonna aussi sec l'idée, se souvenant que la saloperie en moquette mauve devait encore s'y trouver. Casse-couilles jusqu'au bout celui-là !
Quelle option leur restait-il à présent… ?
Un rire de petite fille lui parvint aux oreilles. Il fronça les sourcils et sentit soudain le Geek faire un pas en arrière. Qu'est-ce qui se passait ?
Soudain quelque chose lui vint à l'esprit. Un truc fou, mais qui pourrait les aider. Le petit avait raison, il fallait qu'ils s'en aillent maintenant. Mais pour ça…
- Geek. Fonce aux toilettes. De suite.
- Non, ils vont nous foncer dessus…
- Fais-moi confiance, je te laisse pas le choix de toute façon.
- VOUS NE RESPECTEZ PAS LES RE-E-E-E-E-GLES VOUS SAVEZ ? C'EST MAL, IL FAUT AGIR…
Mathieu n'attendit pas plus longtemps. C'était trop tard. Mettre le Geek en sécurité et courir.
Il entendit un cri rauque dans leur dos mais ne voulut pas se retourner, s'élançant en tirant par le bras le Geek qui ne comprenait plus rien et criait avant de finalement se mettre à courir avec lui, les larmes coulant sur ses joues en continu, synonyme d'un trop plein d'émotions. Puis il entendit un bruit de pas mécaniques dans leur dos et une musique retentir sans qu'il en sache quoi que ce soit quand à son origine. Mais pourquoi entendait-il donc la Toreador's March maintenant alors que la sono de la pizzeria était éteinte ?! Était-ce un truc du à Freddy ?
Si c'est le cas, je te maudis ! Enculé d'ours, putain, moi qui me disait que t'allais nous attirer des ennuis un jour, voilà, il suffisait que j'en parle ?!
Le gallinacé robotisé s'élança aussi tôt que les deux Sommet lui passèrent sous le nez, à bout de souffle et pourtant continuant leur course jusque dans les toilettes du bâtiment, se ruant dans celles qui leur étaient les plus proches, celles des femmes d'ailleurs, et au diable les commodités ! Ils devaient se mettre à l'abri, et immédiatement !
Non, lui d'abord. En priorité.
La première cabine apparut sur sa droite et Mathieu poussa de toutes ses forces le Geek dedans, qui tomba au sol, la tête manquant taper l'émail glacé du toilette. Pas grave, il ne lui en voudrait pas !
Maintenant il fallait agir vite, et prier.
- Verrouille-la porte et ne fait plus un bruit, je te promets que je reviens ! Lui dit-il, essoufflé, alors qu'il refermait la porte à la va vite, entendant un des robots s'approcher dangereusement de l'entrée des toilettes. Allez bouge !
Et sans attendre la moindre réponse d'un Geek qui essayait désespérément de se relever, il repartit comme une balle, poussé par l'adrénaline et l'espoir fou que son plan allait marcher. Il fallait prier ! Comme jamais !
Il passa à côté de Chica qui entrait tout juste dans le vestibule des toilettes, se frayant in extremis un chemin entre son corps d'acier et le mur, sans même prendre conscience de la situation tant il était orienté sur son objectif. Pour ensuite se retrouver face à une salle vide.
Une goutte de sueur ruissela le long de la ligne de sa mâchoire. Il s'était attendu à tout sauf à ça.
Ils sont où ?
Des robots de plus de deux mètres, et pas moyen de les garder à l'œil trois secondes. Respect Gros, à ce niveau là, tu n'es juste pas doué, cherche pas.
Il reprit un peu son souffle en reprenant sa marche, allumant en passant sa lampe pour scruter les ténèbres. La pizzeria était vraiment sombre une fois la nuit tombée. D'ailleurs, quelle heure était-il ?
Il entendit un vacarme assourdissant dans la cuisine, accompagné de la chanson qu'il avait entendu précédemment. Son sang ne fit qu'un tour et son regard alla aussitôt se perdre sur la scène vide.
Freddy.
Il avait finalement décidé de foutre le camp de là. Enfin. Était-ce lui qui avait tant traumatisé le Geek ? Mais comment ? Le Geek avait fermé les portes derrière lui après qu'il soit parti faire sa ronde pourtant…
Le stéphanois longea le mur de la cuisine puis jeta un bref coup d'œil à l'intérieur, étouffant la lumière de la lampe avec la paume de sa main.
Il avait eu raison, c'était bel et bien Freddy qui produisait cette musique de l'opéra Carmen. Pourquoi, comment, telle était la question mais ça il s'en moquait. Le principal était que l'ours bougeait, lui aussi, et qu'il était là, dans la cuisine, en train de bousculer casseroles et poêles, tout ce qui se trouvait sur son chemin, sous l'œil attentif d'un autre ours.
… Un autre ours ?
« Pas le même. Lui, il est bizarre… Il fait peur… »
Et le Geek avait raison. Oh que oui, il avait raison, et pas qu'un peu sur ce coup là…
Mathieu ne savait pas comment s'appelait ce robot, il n'en avait jamais entendu parler. Et pour le coup il se demanda même si monsieur Téléphone était au courant de son existence : Il ne lui en avait pas parlé, et il n'avait jamais remarqué cet animatronique jusqu'à présent lors des précédentes nuits…
Qu'importe. L'ours doré existait en tout cas, et qu'importe qui il était, Mathieu était persuadé que c'était sûrement lui qui avait du surprendre le Geek, d'une façon où d'une autre. Il se jura qu'il essayerait de trouver sa cachette le lendemain avant de prendre son service. Un robot aussi abîmé et facile à repérer, ça devait pas passer inaperçu !
Prendre ton service ? Mais t'es idiot mon pauvre ! Tu ne reviendras pas, ça je te le garantis !
L'ours doré tourna brusquement la tête dans sa direction et Mathieu se plaqua de justesse contre le mur, heureusement pour lui celui de l'autre côté de l'entrebâillement de la porte. Il ne fallait pas traîner. Le Geek l'attendait. Et moins il resterait à la vue de tout le monde, mieux ce serait.
Retourner à la cabine s'était avéré plus simple que prévu mais ça, Mathieu se doutait déjà du fait que le retour le serait nettement moins.
Il avait aussitôt fermé la porte restée ouverte d'un coup de poing avant d'attraper à la volée son téléphone portable et de se cacher sous le bureau, dans un bête réflexe pour sa survie. Il tremblait malgré lui. Et il avait du mal à respirer. Encore un accès de stress de plus.
Cet endroit voulait leur mort. C'était sûr.
L'écran bleuté du téléphone l'éblouit quelques secondes, et un juron lui échappa en voyant l'heure s'afficher : Quatre heures quarante-deux. Putain.
Ils auraient eu le temps de mourir dix fois d'ici la fin de la nuit à ce rythme.
Le Youtuber attrapa rapidement la tablette abandonnée par terre puis jeta un œil aux caméras tout en notant un numéro qu'il ne connaissait que trop bien de l'autre main. Il réalisait à peine ce qu'il faisait. Tout lui semblait trop surréaliste pour être vrai, personne ne pourrait jamais le croire.
Et puis, zut à la fin, il venait d'où cet ours doré ?!
Bonnie, 3. Freddy, 6. Chica… 7. Mince.
Heureusement pour eux, ce n'était pas dans les toilettes des femmes qu'elle se promenait. Tant mieux, il imaginait mal le Geek rester calme face à ça vu l'état dans lequel il se trouvait. Pour le coup, il n'était pas sûr qu'il serait parvenu à rester discret… C'était pas forcément le fort du jeune homme, alors dans une telle situation…
Ça, ça sentait le squat de sa personnalité dans la chambre de Maître Panda pour les prochaines semaines, c'était sûr.
Première sonnerie.
Décroche.
Deuxième sonnerie.
Décroche, pitié. N'importe qui, mais que quelqu'un décroche.
Troisième sonnerie.
Allez, je vous en-
- Gros, t'as vu l'heure ?
… Patate, Pelle, Raptor Jésus, Bouddha, Shiva et qui vous voulez. Je vous aime.
- Hippie, c'est bien toi ?
- Ben oui, gros, tu veux que ce soit qui ? Je reposais juste mes yeux promis…
- Désolé de te réveiller, mais j'ai besoin de toi de suite.
Silence à l'autre bout de la ligne. Mathieu pesta. C'était pas le moment que le Hippie ait une absence, mais alors pas du tout. Chaque seconde comptait. Si ça se trouvait, le Geek était déjà…
Non. Ne pas penser à ça. Il l'aurait vu sur la caméra si c'était le cas.
Il allait répéter sa dernière phrase lorsqu'il entendit de nouveau la voix du Hippie à l'autre bout de la ligne, déjà un peu plus réveillée :
- Quoi, les œufs brouillés se sont encore disputés, gros ?
- Ouais s'tu veux.
- Hn, c'est embêtant ça.
- Hippie, dis-moi tu penses que tu pourrais conduire jusqu'à la pizzeria si on te donne les coordonnées ? Réponds-moi vite s'il te plaît, c'est urgent.
- Je sens des mauvaises ondes dans ta voix, y a un problème ?
- Un gros oui.
Le stéphanois entendit le Hippie répondre à quelqu'un dont il n'entendit pas la voix, mais il se douta qu'il devait s'agir soit de la Fille qui était venue pourrir le toxicomane pour avoir répondu au téléphone si tard, soit du Panda qui ne devait toujours pas dormir le connaissant. Le Patron aurait bien pu être encore levé lui aussi, mais il doutait qu'il ne soit à la maison à l'heure actuelle…
- Pardon, les loutres et moi on se demandait si les tournesols avaient une bonne vue et le Panda est venu participer aussi.
- Hippie, réponds. Maintenant. Est-ce que tu te sens de conduire ?
- Mathieu, il se passe quoi ?
Maître Panda. Voilà qui allait simplifier les choses.
- On a un problème avec les animatroniques, faut que vous veniez nous chercher.
- Mais… Vous avez la voiture non ? Vous ne pouvez pas juste monter dedans et rentrer ?
- Dis-le au Patron, dois-je te rappeler ce qu'il fait le mercredi soir ?
- … Oh bordel c'est vrai.
- Oui c'est le cas de le dire.
- Hnn… Oui, on pourrait venir. Mais qui va-
- Le Hippie sait conduire putain, il a un Combi, tu crois qu'il l'aurait s'il savait pas s'en servir !
Un ange passa, et Mathieu se dit qu'il y était allé un peu trop fort. Il soupira, puis soudain, il sentit l'air changer, se rafraîchissant brusquement. Il fronça les sourcils en attrapant sa veste sur la chaise.
- C'est pas faux, pardon. Mais la question est : Est-ce qu'il peut conduire ? Je t'avoue que je suis pas sûr d'arriver entier avec lui au volant, sans vouloir le vexer.
- Peace gros, j't'en veux pas. Mais faut aller aider Mathieu et le gamin, on peut pas les laisser là-bas, y a quelque chose de mauvais dans ces murs…
- Qu'il passe sur les ronds points s'il veut ou qu'il grille les feux rouges, je m'en contrefiche, il peut même rouler à gauche mais qu'il vienne. Tout de suite.
- Je devrai pouvoir y arriver, gros… Les licornes sont avec moi et je sais aussi que les têtards pensent une chose : Qu'il était tôt alors qu'en fait… Il était tard !
… Mon Dieu, je crois qu'on a touché le fond là.
-… Putain Hippie, t'en refais une comme ça, je te bâillonne.
- Mais pourquoi ?
- Mathieu, je vais aller chercher l'adresse et on arrive, t'en fais pas. On t'appellera dès qu'on est là !
- Merci les gars, soyez prudents. Merci !
Il entendit le Panda dire « Bonne chance » avant de raccrocher mais il ne répondit pas car soudain, il vit quelque chose se mouvoir près de la porte de droite, alors que le froid se faisait plus intense encore. A l'intérieur de l'office, dans l'ombre. Quelque chose d'énorme.
Mathieu n'en croyait pas ses yeux, il crut même qu'il avait eu la berlue. C'était tout bonnement impossible. Rien ni personne ne pouvait encore passer à travers des portes blindées !
Et pourtant, en entendant les notes de la Toreador's March, il sut qu'il ne pouvait pas se tromper : Freddy était dans la cabine, avec lui.
Les minutes lui paraissaient des heures.
Mathieu ne bougeait pas, immobilisé sous le bureau de peur que l'animatronique phare de la pizzeria ne le remarque, tout en se demandant par quel miracle il avait réussi à rentrer. Ça défiait toutes les lois de la physique à ce niveau, il n'aurait jamais du pouvoir entrer en temps normal ! Alors qu'est-ce qu'il faisait là ?
Il voyait les jambes de métal aller et venir sous son nez, inlassablement, pendant que l'heure défilait et qu'il s'inquiétait de plus en plus pour le Geek. Il n'osait même plus toucher à la tablette depuis que Freddy avait décidé de venir le rejoindre, et il osait sérieusement espérer que s'il ne l'avait pas entendu jusqu'à présent, c'était parce que tout allait bien.
Dans tout les cas, il fallait qu'il le rejoigne, et vite. Les autres n'allaient plus tarder maintenant.
Il était en train de se demander comment il allait bien faire pour parvenir jusqu'au gamer, toujours prisonnier de la cabine des toilettes, lorsqu'il réalisa que cela faisait bien plusieurs minutes qu'il n'avait plus entendu le moindre bruit dans la cabine. C'était bizarre, Freddy ne restait pas silencieux aussi longtemps, et puis même, il le verrait.
Etait-il parti ? Connaissant la fourberie du nounours il avait de quoi se méfier.
Ça, y a qu'un moyen de le savoir…
Oui, mais s'il était encore là ?
L'attention du stéphanois se porta sur la tablette devant lui. Ça valait le coup d'essayer. Et au pire il courrait jusqu'aux toilettes en priant pour que personne d'autre que Freddy ne se trouve sur son chemin. Autant dire mission impossible, mais ça c'était monnaie courante, les trucs irréalisables dans la famille.
Sa main tremblait comme une feuille lorsqu'il pressa l'écran jusqu'à valider le changement de caméra sur la caméra 4B. Il retint son souffle d'un coup : Freddy apparaissait dessus.
Mathieu tourna la tête jusqu'à voir la porte de droite. Fermée.
C'était à n'y rien comprendre. Il se téléportait ou quoi ?
Rien à foutre. Va chercher le gosse.
Il sortit à quatre pattes de dessous le bureau, veillant en passant à avoir tout bien récupéré, le portable comme ses clés et sa veste ainsi que la peluche du Geek, ce bon vieux Pikachu qu'il prit dans ses bras. Puis il prit une inspiration et rédigea mentalement son testament avant de se lever et de presser le bouton d'ouverture de la porte de gauche. Un bruit strident d'acier rouillé lui répondit et il fit grincer ses dents à force de serrer les mâchoires. Plus discret, tu meurs.
Personne dans le couloir. Ça sentait l'arnaque ça.
Mathieu déglutit puis se mit à marcher, discrètement, à pas de loup, espérant de tout cœur que personne ne l'entendrait, regardant parfois par dessus son épaule. C'était juste dingue, cette histoire, comment avait-il pu s'embarquer dans une telle galère ?
Et surtout, comment avait-il pu passer trois nuits avant de réaliser que ça craignait vraiment pour sa vie ?!
Il quitta enfin le couloir, retrouvant les longues rangées de tables alignées avec appréhension. 1B. La salle la plus difficile à traverser sans se faire remarquer.
Mec, c'est bon, tu l'as déjà fait, tu peux y croire, et puis y a l'air d'y avoir personne. Zen ! T'as quoi, une trentaine de mètres à faire ? Allez, c'est faisable ! Ce sera-
Pourtant, il n'eut pas le temps de faire plus de deux mètres tout en se rassurant avant qu'il ne réalise que la moindre traversée en toute discrétion était inenvisageable ici. Un son parvint à ses oreilles, un grondement sourd et métallique dans son dos, et il était sûr qu'il n'était pas là auparavant. Il s'immobilisa net, reconnaissant derechef ce bruit et sachant très bien de qui il s'agissait. Merde, il avait osé l'oublier ! Comment avait-il pu, alors qu'il en avait un si mauvais souvenir ? Comment bon sang ? L'erreur de débutant par excellence !
Si les autres venaient à arriver, il ne faudrait pas qu'ils entrent. Pas avec lui dans les parages.
Le meilleur pour la fin voyons, soit logique…
- TU AS ETE DESOBEISSANT ENVERS TON CA-A-A-A-A-A-PITAINE…
Courir. Maintenant.
Il s'élança sans jeter le moindre regard derrière lui, entendant que Foxy s'était aussitôt lancé à sa poursuite, ses jambes faisant un bruit infernal dans son dos qui lui faisait malheureusement savoir aussi qu'il le talonnait quasiment. C'était pas possible, ce robot était vraiment trop rapide pour qu'un humain puisse le semer sur le long terme !
Une douleur cuisante vint irradier entre ses côtes alors qu'il poursuivait sa course, le renard hurlant dans son dos. Ignorer la douleur, probablement la même que celle qui lui avait coupé le souffle la veille lorsqu'il était tombé, ça attendrait. Plus qu'une poignée de mètres ! Il pouvait le faire !
Oui, mais si jamais Foxy fonce après toi dans les toilettes, vous êtes morts. On ne pourra jamais l'éviter dans un espace aussi restreint, pensa-t-il sombrement en poussant à la volée la porte battante des sanitaires, à bout de souffle, titubant sous l'effet de la fatigue qui commençait à peser sur ses épaules. Ce n'était pas le moment, ils y étaient presque !
Puis d'un coup sans qu'il sache pourquoi, il ne capta plus les mouvements de Foxy dans son dos. S'était-il lassé ? Lui, l'animatronique le plus hargneux de la pizzeria ? Non, pas lui le connaissant. Il devait y avoir autre chose… Mais quoi ? Ou qui ?
Avait-il peur d'un animatronique précis ? L'ours doré peut être ? Ça semblait fort peu probable pour Mathieu mais tout semblait possible ici, alors pourquoi pas...
- Geek, on dégage ! Lança-t-il à haute voix en déboulant dans les toilettes des femmes, entendant aussitôt un bruit de verrou pour ensuite voir la moue terrifiée et larmoyante d'un Geek qui faisait pâle figure en le regardant. Il avait l'air d'avoir pleuré. Beaucoup. Le pauvre.
- C'est vrai… ?
- Oui, allez bouge-toi, les autres devraient être là d'une seconde à-
- Mathieu ! Geek ! Vous êtes où ?
Mathieu crut qu'il allait mourir sur place en entendant la voix de Maître Panda, chantante et pourtant pleine d'inquiétude. Oh non.
Ils étaient rentrés à l'intérieur de la pizzeria. Les fous !
Il attrapa la main du Geek qui l'avait rejoint, surpris et confus par cet appel en jaugeant son créateur du regard, et ils retournèrent dans la salle de réception d'un pas pressé, autant soulagés de ne plus se savoir seuls que mal à l'aise.
Soulagés car le Panda et le Hippie, qui devait probablement roder dehors en les attendant vu comme il avait attrapé le lieu en grippe, étaient là pour les emmener loin de cet Enfer, en cette heure où les transports en commun ne marchaient plus. Mais mal car s'ils étaient là, Mathieu était persuadé que les robots les avaient remarqué eux aussi.
Et ce ne serait pas une bonne chose ça, son instinct le le lui criait. Le mauvais pressentiment était toujours bel et bien là, le prenant à la gorge…
- Math' ! Dieu soit loué vous n'avez rien !
Le Panda les rejoignit d'un pas vif, les étreignant comme si ça faisait une bonne éternité qu'ils ne s'étaient pas vus, berçant le Geek contre lui alors que ce dernier fondait en larmes en répétant son prénom et alignant avec moult mots sans réelle signification. L'ursidé jeta un regard en biais à Mathieu qui acquiesça d'un signe de tête. Ça se passait de mots et oui, il lui expliquerait plus tard.
Et Mathieu ne rata pas non plus les rougeurs naissantes sur les joues de sa personnalité, ce qui lui arracha un sourire. Curieux…
M'enfin, ils étaient réunis. Et ça c'était sacrément réconfortant. Le calvaire était enfin derrière eux.
- J'aime définitivement pas cet endroit, gros. Y a vraiment un truc malsain ici.
Mathieu écarquilla les yeux en reconnaissant le Hippie qu'il vit aussitôt, émergeant des ténèbres près de la remise. Qu'est-ce qu'il foutait là lui aussi ? Il lui avait répété au moins cent fois la veille qu'il ne remettrait plus les pieds dans le restaurant pourtant !
Peu importe, il était vraiment heureux de le voir. Et reconnaissant.
- Mec, t'as été génial, je sais pas comment te remercier…
- C'est normal gros, on est une famille non ?
- Oui, mais je sais que cet endroit ne t'inspire pas du tout, donc bon, tu aurais pu refuser. Et puis tu as réussi à vous amener sains et saufs, ça aussi c'est cool !
Le Panda éclata soudainement de rire en entendant Mathieu avant d'ajouter un « Ouais bon, on a eu chaud quelques fois hein ! » pendant que le camé souriait tendrement au schizophrène avant de jeter un regard circulaire autour de lui pour soudainement se focaliser sur un truc dans la pénombre, que le Youtuber ne voyait pas depuis sa position. Cela dura un bon moment, puisque Mathieu et les autres s'étaient déjà dirigés vers la sortie entre temps, et pourtant il n'avait toujours pas bougé. Ça en était à se poser des questions pour le coup. Pendant un instant il crut à un bug de plus de sa chère personnalité pacifiste mais il n'en était rien, et ça il le vit lorsqu'il se tourna vers eux de nouveau pour les rejoindre, de sa démarche lente et nonchalante, le sourire toujours aux lèvres et son sempiternel joint dans la bouche. Ça non plus, ça ne changerait jamais.
- Oui certes gros, mais vous êtes ma famille, et on ne laisse jamais sa famille. Jamais. Même que les coccinelles elles me le rappellent souvent au cas où j'oublierais !
Il s'arrêta de marcher de nouveau, jetant un regard derrière lui avant d'ajouter, d'une voix plus grave :
- De toute façon ici… C'est pas l'endroit le problème.
Mathieu allait ouvrir la porte en verre lorsqu'il s'immobilisa, la main sur la poignée. Ah bon ? D'où il sortait ça encore ?
- On a eu cinq robots à nos trousses toute la soirée et pour toi c'est « pas l'endroit le problème » ? Hippie, je ne te suis pas là.
- Je te promets que ça n'a rien à voir avec le lieux, même si ça fait peur. Non, le problème, c'est la boîte.
Une boîte ?
- De quelle boîte tu parles ? Dans la remise ? Y a rien, juste des pièces de rechange pour les robots. Allez dépêche-toi, avant qu'ils ne reviennent ! Mathieu espérait que le Hippie se décide un peu à se bouger, les choses étaient trop tranquille depuis leur arrivée. C'était pas bon : Je suis étonné qu'on ne les ait pas encore vu et je n'aime pas ça du tout.
- Hippie, s'il te plaît, on parlera de ça dehors…
- Peace, c'est bon on est tranquille. Ils ne sont pas là. Et non, pas dans la remise. A côté, là où y a les rideaux violets avec les étoiles. Ils sont beaux d'ailleurs… Faudra demander où ils les ont acheté gros !
Les rideaux violets ? Il est sérieux là ?
Comprenant que le Hippie prendrait tout son temps pour sortir, Mathieu fit signe au Geek et au Panda d'aller rejoindre le van du camé, stationné un peu plus loin d'une façon peu conventionnelle mais ça, c'était pas important. Cette histoire l'intriguait, surtout en sachant que le Hippie avait un instinct assez impressionnant à voir. S'il disait quelque chose, il y avait de fortes chances pour que ça soit vrai, ça s'était produit plusieurs fois par le passé, et il avait pris l'habitude de demander son avis au Hippie lorsqu'il avait affaire à un dilemme. Il était vraiment de bon conseil, quand il était un minimum lucide.
- Y a une boîte dans Pirate Cove ?
- Appelle ça comme tu veux, mais oui si on parle du même endroit. Même qu'elle ressemble à un cadeau géant ! Mais faut pas s'en approcher, gros, elle corrompt cet endroit… Elle est mauvaise.
- Mauvaise en quoi ?
- Je ne sais pas. Elle dégage de mauvaises ondes.
Et d'un seul coup tout bascula.
Le Hippie prit quelques secondes pour réfléchir avant de poursuivre, mais Mathieu ne l'entendit pas. Son cœur rata brusquement un battement, alors qu'il discernait du mouvement derrière sa personnalité au chapeau, et un frisson glacial lui remonta le long de l'échine, lui donnant la chair de poule tant ce qu'il vit le cloua sur place d'horreur. Il voulut l'avertir, hurler, crier avant qu'il ne soit trop tard, mais il ne put que tendre le bras et ouvrir sa bouche en un hurlement dépourvu de son, ce que le camé ne comprit pas, bien entendu. Et pourtant d'un coup, il sentit une douleur déchirante dans tout son corps, sa tête, son buste, ses jambes, pulsante, lancinante, au point où chaque fibre de son être appartenait à la souffrance la plus pure qu'il soit. Il ne ressentait plus la douleur, il l'était tout simplement ! Il avait l'impression qu'on le déchiquetait, qu'on l'autopsiait à vif, à en crier de surprise et de souffrance, c'était tout bonnement trop de mal pour une personne.
Puis quelque chose de chaud ruissela sur son corps qui tombait au sol, déséquilibré dans ses appuis et foudroyé par la douleur, le faisant perdre connaissance.
Et face à lui, un Mathieu impuissant se mis à hurler son prénom, alors qu'il venait de voir Foxy jaillir des ténèbres pour mordre le Hippie de son immense mâchoire d'acier, probable instrument de mort utilisé en 1987 sur une enfant par le même monstre.
* Oui je sais que cette chanson possède un équivalent bien français pour le titre, en l'occurrence «Votre toast, je peux vous le rendre »… Mais qu'on se mette bien d'accord là-dessus, ce nom est d'une douce laideur et puisque les fans de Five Nights at Freddy's sont assez unanimes sur le fait de garder le nom anglais… On va faire comme s'il n'y avait que celui-là, voilà ! ^^
...
Ah… Je crois que vous allez me détester ? XD
Et oui, autant à la base je ne prévoyais pas du tout ça, faut savoir ménager les lecteurs de temps en temps mais… Finalement je trouvais ça plutôt bien placé. Et avouez, mes petits suspens vous avez manqué ! :p -Suicidaire parce que j'ai conscience que je vais recevoir des menaces pour écrire vite ? Haaaan, peut être-
… Je suis masochiste, je vais me prendre des cailloux alors que je reviens tout juste parmi vous, ça craint. XD Pardon mes chéries promis je ferai tout pour vous faire attendre le moins de temps possible.
Bon j'espère que ce chapitre vous a plu malgré sa longueur et ses différences par rapport aux chapitres précédents, mais bon il m'était impossible de ne pas mettre en scène ce bon vieux Golden Freddy, que j'ai été terriblement frustrée de pas pouvoir l'appeler par son nom durant tout le chapitre puisque Mathieu ne connaît pas son nom T^T, alors que sa nuit de gloire est la troisième. *^* Je me suis rappelée d'un coup qu'il était actif cette nuit là et je me suis dit que si je ne le plaçais pas maintenant, je ne pourrais jamais en parler… Voilà donc le nounours servi sur un plateau doré rien que pour vous, nah ! D
Bref, maintenant on passe la seconde et je pars vite continuer le prologue de ma nouvelle fanfiction, qui devrait sortir d'ici la fin de la semaine ! ^w^ J'ai vraiment hâte de vous la présenter, elle représente beaucoup de travail pour moi~ Et pour les quelques demoiselles qui s'enquirent sur une éventuelle surenchère de gore, je m'excuse d'avance mais il y en aura, du gore et du trash, et même beaucoup puisque je travaille à partir d'un corpus de chansons, comment dire…
Ouais allons-y gaiement et disons-le, hautement malsaines et dégueulasses si on regarde de près les paroles. X'D Masa-sama dans sa toute beauté~ Donc honnêtement si certaines d'entre vous ne lirons pas, je ne m'en offusquerai pas, loin de là. Je prévois vraiment du lourd sur cette histoire, et je peux pas dire qu'elle sera soft car ça me vient à l'inspiration et je sais que je ne suis pas du genre à m'imposer des limites, n'aimant pas ça du tout. C'est contre productif, alors si je pouvais j'agiterai déjà le rating MA pour ce futur bébé, mais comme sur FF, ils ont estimé que ce genre ne doit pas exister… -o- Bref, vous verrez bien. :3
Et sinon, un petit mot pour vous dire un immense MERCI pour toutes vos reviews, les ajouts en favoris et les follows, c'est juste dingue ! Vous êtes géniales ! Si vous saviez à quel point vos mots me touchent et me rassurent, je me mets une pression de dingue à chaque chapitre quand je les poste, et c'est juste une libération lorsque je reçois les premiers avis… Et quels avis ! Je ne pensais pas du tout qu'un tel CrossOver vous séduise, et pour le coup ça me donne une patate monstre pour aller de l'avant et vite m'empresser de continuer FNWSLG tant je prends du plaisir à l'écrire et à constater que vous aimez tout autant la lire. Non, Lavi', on se concentre, tes autres fics avant, résiiiiiste. D' : XD
Bon allez sur-ce je vous laisse, dans l'impatience de vite vous retrouver avec le prologue de la fameuse fan fiction et avec un OS qui devrait sortir incessamment sous peu… Et que normalement j'aurais du sortir pour Halloween ! Et Le Chant du Panda aussi, qui est à continuer ! XD Le retard mes enfants, ce fléau.
Guimauves, chocolats et clémentines, j'vous aime tous et portez-vous bien jusqu'à nos prochaines retrouvailles surtout ! ^w^
Votre dévouée Lavi'.
