Il est sorti, il est sorti~ :D Et quelle BOMBE ce jeu ! * O *
Aaaaah, ça y est on m'a perdue. Je sais pas si je dois être triste ou heureuse d'ailleurs, parce que ça signifierait l'éventuelle fin de Five Nights at Freddy's (Même si Scott Cawthon continue de faire son cachottier en nous laissant sur des questions sans réponse et sur quelques petits easter eggs qui amènent à se poser que plus de questions encore… *^*) d'un côté, mais de l'autre… Bref affaire à suivre~
Mes amours, bien le bonjour ! :3
Et oui l'inspiration a été de mon côté et je me suis dit que c'était carrément salaud de vous laisser sur un tel suspens. XD Alors avant qu'on ait des cas de dépression parmi vos rangs, vite, la suite !
Non avouons-le, c'est juste la sortie de FNaF3 qui me met au taquet, mais chut, faites comme si vous ne le saviez pas~ ;D
Bon allez, je vous laisse en tête à tête avec ce chapitre du coup ? :p
Du coup, avant que je vous voie en train de me sauter dessus pour une éventuelle bourde de ma part, et ceux qui soutiendront que « Ouaaaaais nan, Purple Guy, il est rattaché à Golden Freddy, il aime pas Springtrap on en a jamais eu la preuve, pourquoi tu as tout changé, c'est pas çaaaaaa ! D' : » : Ouaaaais, je sais que le Purple Guy a une réputation de malade parmi les fans des jeux et que limite on l'a sacralisé et marié ou presque avec le nounours en moquette dorée, mais… Non quoi. XD Faut arrêter, il a peut être commis ses crimes à l'aide de Spring Fredbear (Golden Freddy quoi) mais voilà quoi. Et sans parler de ça, un fan avait avancé un semblant de chronologie que je trouve tout à fait correct et probable, aussi je compte m'y référer, et si on s'en tient à ce qu'il avance, Purple Guy a fait le couillon avec pas mal de costumes. x) Je dis ça je dis rien.
Petite ambiance musicale, ce bon vieux classique :
- Salvaged – Natewantstobattle
- Jaws – Aviators
- Roads Untraveled – Linkin Park
Par contre je vous conseille fortement la chanson de Linkin Park pour les passages « calmes » avec le Patron, car je trouve que la chanson colle pile poil à ce que je voulais véhiculer vis à vis de lui, voire à tout passage ne se passant pas au sein de la pizzeria. Voilà. ^^
Bon, et sinon, je le dis d'emblée, histoire que vous l'ayez en tête. Je n'avais pas prévu que l'histoire prenne ce tournant là, et je m'en excuse. Oh putain, ouais, je m'en excuse, moi même je me fais peur quand l'inspiration prend le contrôle... :s Faut réellement qu'un jour j'arrive à lâcher les domaines de l'horreur et de l'Angst, rien qu'une fois, je suis terriblement pessimiste dans mes textes. ^^'
Et sur ce, bonne lecture mes p'tits bouchons ! :D
Chapitre 4 : Le plomb qui souhaitait parler à l'acier.
Clac. Cling. Clac.
Cling. Les mâchoires de la mort venaient de se refermer sur le vide. Et il était de nouveau près à fonctionner par ses propres moyens.
Fascinant. Innovant. Unique. Il était juste passionnant à étudier.
Vincent observait le même mécanisme depuis plus d'une demi-heure déjà, cherchant à en inspecter chaque point clé, chaque détail, chaque loquet. Il connaissait ce costume par cœur mais il ne s'en lassait surtout pas ! C'était son bijou, son bébé, le sacré saint, la plus belle chose qu'il avait pu trouver depuis qu'il travaillait à Freddy Fazbear's Pizza ! Et quelle merveille !
Sa merveille. Enfin, il en avait trois, de merveilles dans sa vie, ironiquement, deux costumes de la même époque plus sa précieuse merveille à rayures, qui était gentiment rangée dans Pirate Cove le temps que le restaurant sur Paris ne soit prêt, celle d'or de la firme Freddy Fazbear Entertainment, mais pas grave c'était quand même lui son préféré. Son âge, ses détails, son mécanisme si complexe, si particulier…
Si dangereux et fourbe. Le contraire de l'autre, placide et incapable de la moindre rébellion. Bref, il avait tout eu pour lui plaire et ça avait été le coup de foudre au premier regard. Lorsqu'il l'avait trouvé d'ailleurs, le jeune homme en était resté stupéfait et en colère, ne comprenant tout bonnement pas pourquoi on l'avait mis au rebut sans raison apparente : Comment avait-on seulement pu oser le laisser pourrir dans cette pièce, nom d'un chien !
- Toujours occupé à essayer de le réparer ? Tu perds ton temps Vince... Je t'ai déjà dit qu'il avait des problèmes et que ses capteurs étaient capricieux. Pas la peine d'essayer, on n'a pas le droit de le remettre en service de toute façon.
Ah. Toujours en vie, celui-là ?
- Comment tu savais que tu me trouverais là alors qu'il n'y a pas de caméras dans cette pièce, Têtard à hublots ?
- Je suis ton manager, n'oublie jamais ça avant de me refiler un sobriquet foireux, Vince. Si on te connaît ça devient tout de suite évident, tu as toujours eu une passion pour les trucs oubliés dont personne ne veut.
Vincent soupira puis posa la manivelle sur le sol avant de se relever pour faire face à l'homme qui était venu l'interrompre. Cheveux noirs en bataille, des traits fins et anguleux, un visage légèrement carré et surtout, ce qui lui valait son surnom : Une grosse paire de lunettes rectangulaires, à monture épaisse, vert émeraude. Autant dire le genre de lunettes qu'on ne ratait pas en temps normal.
- Ça ne change rien au fait que tu donnes l'impression de rien voir avec tes culs de bouteille, je suis sûr qu'on te mettrait un téléphone sur la tête que tu verrais tout aussi bien que lorsque tu les enlèves.
- J'ai… Hn. D'accord j'ai peut être une mauvaise vue mais mon ouïe est bien là, alors calme-toi avant que j'aille en toucher deux mots au responsable tu veux ? La voix du manager restait étonnamment impassible malgré les pics de l'employé, comme s'il en avait l'habitude. Bref, tu sais très bien qu'on n'a pas vraiment le droit de venir ici, ni même de toucher Bonnie.
- Oui mais…
Vincent passa une main dans ses cheveux en jetant un coup d'œil derrière lui, vers l'animatronique allongé par terre. Bien sûr qu'ils n'avaient pas le droit d'être là, il le savait, il avait quand même trouvé trois secondes un jour pour lire le règlement intérieur du restaurant, dans un moment de pur ennui, mais honnêtement, il ne faisait rien de mal aux dernières nouvelles… Si ?
Et puis merde hein, c'était son problème s'il lui arrivait une tuile avec le robot, pas celle de ce gars !
- Y a pas de « mais », Vincent, t'abuses à vouloir toujours tenter de réparer des robots qui sont en fin de course, c'en serait presque agaçant ! C'est pas grave s'ils marchent plus bon sang, Freddy Fazbear Entertainement est là pour nous en fournir de nouveaux, alors à quoi bon ? Toy Foxy dans l'ancienne pizzeria, maintenant Bonnie… C'est bon, laisse-les, ils ont fait leur temps.
- Ne les appelle pas comme ça, Felix. On ne les a jamais nommé de la sorte dans le staff, et tu le sais. Alors les noms officiels, c'est cool, mais tu les laisses sur le papier. Pour moi, Bonnie, il est dehors, désactivé, à côté de ses potes et près des mômes. Et Mangle-
- Y a pas de Mangle qui tienne, c'est Toy Foxy son nom, vous avez tous commencé à l'appeler comme ça parce qu'elle ne ressemblait plus à rien, cette pauvre chose. Bref, ce n'est pas la question, et je te prierai de la laisser dans son carton elle aussi. Surtout elle, si tu vois ce que je veux dire, hein ?
- C'était un mauvais réglage, tu le sais comme moi… Et puis même on se doutait pas que son système électrique était encore un minimum en état de marche…
- Laisse tomber avec cette histoire Vincent, c'était en 1987. Ça commence à dater tu ne penses pas ?
- On est peut être en 1993 mais rien n'a changé ! Il s'est passé ces choses, et tu ne peux les taire, point !
- Ne me parle pas, euh…
- Je te parle comme je parle à tout le monde, et ça serait plutôt à toi d'assumer un peu plus ton rôle de manager, plutôt que de te mettre à hésiter et à bégayer dès qu'on te rentre dedans. C'est pas digne d'un « Monsieur Téléphone » comme toi putain, tu passes ta vie pendu à ton combiné rouge et tu règles n'importe quelle situation en trois mots alors agis un peu plus en homme.
- J'aime pas qu'on m'a-
- T'aimes pas mais à te faire marcher dessus et à prendre ton air de chiot apeuré, tu incites les gens à le faire. A toi de voir.
Vincent s'était rapproché entre temps de son supérieur, un sourire en coin sur le visage. Felix, lui, avait fait un pas en arrière, soudain mal à l'aise. Il n'aimait pas Vincent. Il lui faisait peur et il le mettait mal à l'aise, lui plus que n'importe lequel des employés qu'il avait pu rencontrer ou former, mais le virer serait bien trop dangereux pour l'entreprise C'était peut être un gars un peu tordu si ça se trouvait, mais en attendant il savait faire son job, et plutôt bien d'ailleurs !
Et puis, Freddy Fazbear's Pizza n'avait pas les moyens de se permettre de faire un licenciement de plus. Trop de frais pour une situation financière bien trop instable. Les événements survenus six ans plus tôt leur avait porté un sacré préjudice… C'était vraiment pas le moment de s'enterrer un peu plus dans les problèmes, actuellement. Mais ça n'empêchait pas que Félix avait un problème avec ce gars là, qu'il trouvait vraiment trop courtois, trop poli, en bref tout assez poussé à l'extrême pour que Félix ne puisse pas le trouver totalement honnête, bien qu'il soit aussi le premier à se moquer de lui quand l'occasion se présentait. Trop de droiture pour un caractère qui semblait curieusement ne pas y être assorti, en bref.
- Garde tes distances Vince, ahem… Je… Je suis ton supérieur alors tiens-toi tranquille et à une distance raisonnable de ma personne, je n'aime pas qu'on envahisse mon petit espace vital. Merci.
- Oh ça va, quelle petite nature… Même pas convaincant avec-
- Vincent ?
- Oui c'est bon j'ai compris. J'arrête.
L'homme aux cheveux violets sourit au manager à ces mots, faisant lever les yeux de ce dernier au ciel. Il avait réellement un grain ce type, sans déconner.
Enfin bon, tant qu'il demeurait productif… Rien à dire.
Félix remonta ses lunettes le long de son nez puis jeta un regard en biais vers sa montre avant de soupirer puis de tourner les talons et de retourner à la porte, sans accorder plus d'attention que ça à l'autre employé. Il n'avait pas le temps de s'éterniser plus que ça, le ballet des appels n'allait pas tarder à commencer, et la journée promettait d'être bien longue :
- Il vaut mieux. Et puis… S'te plaît Vince, arrête de perdre ton temps à rester ici, ton service commence dans dix minutes et tu n'as pas à t'approcher de Bonnie, je vous l'ai déjà tous dit. Il doit partir à la casse d'ici un mois de toute façon. Il est définitivement trop dangereux. Bon, et sinon, au cas où je ne te reverrai pas de la journée : « N'oublie pas de sourire, tu es-
- Le visage de Freddy Fazbear's Pizza. » Je sais. Bonne journée à toi aussi, Félix.
Et la porte claqua, résonnant dans la pièce presque vide et jusque dans le cœur d'un Vincent consterné par ce qu'il venait d'entendre.
A la casse. Et puis quoi encore ?
Il ne pouvait pas les laisser faire ça, c'était juste inenvisageable. Il était en état de marche ! Il pouvait encore se déplacer par lui-même ! Alors pourquoi ne le laissait-il pas juste errer dans le restaurant, les gamins l'adoreraient, il en était sûr !
Tout ça pour une histoire de loquets à ressorts défaillants, c'était n'importe quoi… On avait qu'à les laisser dans leur position initiale et zou, fini les problème de loquets ! L'endosquelette s'en foutrait bien, lui, qu'un ressort ne saute, tant qu'il pourrait continuer à marcher…
Et puis, c'était quoi cette remarque ? Qu'il fallait oublier le passé… On ne pouvait pas oublier ! C'était odieux ! Immonde ! Horrible !
Enfin… Pour les autres. Lui, en soi…
« Est-ce que... Golden Freddy... Existe vraiment ? »
Il demeura pensif pendant quelques secondes, la voix du gamin résonnant avec une précision presque inquiétante dans son esprit. Il s'en souvenait comme si c'était hier. Les années avaient passé et pourtant, ce môme continuait de l'obséder.
Il l'avait scotché en même temps, le gamin. Il savait qu'il allait y passer, et pourtant, plutôt que de le supplier de l'épargner, ce qu'ils avaient tous fait, lui c'était contenté de lui poser cette question, sans le lâcher des yeux. Et ça, ça l'avait hanté pendant un moment, cette scène… Comment s'appelait-il déjà ?
Jake. Il te l'avait dit.
Vincent s'en était retourné au chevet de l'animatronique doré entre temps, la petite manivelle en main de nouveau, en train de scruter ce qu'il se passait dans l'immense poitrine d'acier du lapin. Bref, le passé était révolu à présent, il avait mieux à faire et à penser dans l'immédiat. Personne n'avait rien trouvé, et personne ne se doutait que le tueur pouvait encore travailler dans la pizzeria. Parfait.
Et maintenant, retour au robot.
Il était sûr qu'il arriverait à le réparer, à force. Et il montrerait à tout ces ignares qu'ils s'étaient trompés, confirmant par la même occasion qu'il les surpassait tous, avec ce qui lui servait de cerveau. Il lui fallait juste un peu de temps.
Et Springtrap serait de nouveau capable d'accueillir un humain dans ses tripes sans en faire de la charpie à la moindre erreur de mouvement un jour, il se le jura. Ça serait fini tout ça, lui aussi allait finir par apprendre ce que c'était que la discipline. Quitte à y passer des nuits entières sur son mécanisme.
Clac.
Il se pencha un peu plus encore jusqu'à avoir la tête dans la cage thoracique du robot, pas plus préoccupé que ça par le fait qu'elle ferait mieux de pas s'y trouver, juste au cas où. Il fallait qu'il trouve où ça clochait. Il ne pourrait jamais le réparer sinon.
En soi, il savait que ça touchait aux loquets de sécurité, le problème. Ils étaient pas assez résistants, ils sautaient, en bref, ils ne faisaient pas leur boulot. Mais tous ? Quand même, ça faisait un peu gros…
Non, il devait n'y en avoir qu'un ou deux à réparer en fin de compte, il en était sûr. Restait à trouver lesquels.
Allez mec, tu t'y connais en bricolage, c'est juste un énorme appareil électronique, dis-toi que c'est un ordinateur ou une tondeuse à gazon, je sais pas, c'que tu veux…
S'il avait réussi à comprendre comment réactiver Mangle avec un circuit aussi endommagé que le sien, il arriverait bien à réparer Springtrap, bon sang !
Puis soudain, il recula d'un coup sa tête, alors qu'il réalisait un mouvement infime au niveau des loquets qui retenaient l'endosquelette. Et son instinct avait eu bon de lui faire pareille chose.
Cling ! L'endosquelette s'était remis aussitôt en place, si vite qu'il aurait probablement broyé la tête de Vincent si elle avait eu le malheur de se trouver sur son chemin. Impressionnant.
Et Vincent souriait, alors qu'il réenclenchait de nouveau le système pour activer les loquets de sécurité, et confirmer ses hypothèses.
C'était bien ça, il l'avait enfin trouvé, cet abruti de loquet défaillant. Celui qui était censé reposer contre la poitrine de celui qui portait le costume. C'était donc lui…
Le cœur de l'employé battait la chamade dans sa poitrine, alors que son sourire se faisait de plus en plus grand et sincère. Puis il commença à rire, malgré lui, incapable de s'en retenir. Un rire à faire froid dans le dos.
Il avait trouvé, il savait comment le réparer. Lui, les autres, enfin ils les maîtrisaient tous…
Ses jouets, ses marionnettes, ses petits pantins si obéissants… Ses chers amis…
- Tu es un génie Vince'. Un putain de génie.
Toute la maison Sommet tournait au ralenti et en silence aujourd'hui. Une première, eux qui avaient l'habitude d'avoir un appartement où le silence ne s'entendait que soit lorsque tout le monde dormait, soit quand ils se décidaient à quitter la maison, pour une convention par exemple. Mais en soit, si ça avait un goût d'inédit, dans le fond, qu'on se le dise, ils s'en seraient bien passés. Tous.
Le Geek était en position fœtale sur son lit, sa peluche de pokémon dans les bras, fixant le vide devant lui. Il n'avait pas envie de sortir de là, si c'était pour croiser la peine et la peur de ses proches, autant rester ici dans son petit coin et attendre que l'heure ne passe. De même, l'envie de jouer à un de ses nombreux jeux vidéo, histoire de se distraire, avait elle aussi foutu le camp, comme si toute sa volonté avait décidé de se mettre en berne suite aux événements de la veille au soir. Hors service, merci mais repassez plus tard !
Ouais, cette nuit plutôt…
Un frisson d'horreur lui remonta le long de la colonne vertébrale et il se replia un peu plus encore sur lui-même, si cela était encore possible. Il ne voulait pas repenser à tout ça, c'était allé beaucoup trop loin cette fois-ci. Il avait voulu jouer les durs, les grands garçons, en assurant à Mathieu que ça allait bien se passer, qu'il n'aurait pas peur, qu'il serait fort, qu'il se tiendrait tranquille, mais au final, tout leur avait échappé, sur toute la ligne. Et de plus, les animatroniques leur avaient bien fait comprendre qui faisait la loi dans le restaurant, et ça n'était pas les deux humains bien entendu, manquerait plus que ça tiens !
Lui et Mathieu avaient failli y rester, à plusieurs reprises, et ils en avaient conscience. Ils avaient vraiment eu de la chance sur ce coup-là, que le Hippie et le Panda aient rappliqué assez vite pour éviter qu'ils n'aient plus rien à récupérer une fois sur place, cependant, à quel prix…
Non, tu n'as pas le droit de dire ça. Pas de conclusion aussi pessimiste !
Une larme roula sur sa joue alors qu'il commençait à trembler, incapable de se contrôler face à la culpabilité qui le submergeait. C'était de sa faute.
Il avait été stupide de vouloir se rendre à Freddy Fazbear's Pizza. Fou de vouloir rester seul dans la cabine de sécurité pendant que Mathieu faisait sa ronde. Et inconscient par dessus le marché ! Et le retour de bâton pour pareille imprudence avait été terrible, si terrible…
Juste horrible, plutôt. Et cruel.
Oh, bien sûr qu'il avait cru Mathieu dès le début, quand celui-ci était revenu en panique après la première nuit tout en prétendant que les robots de la pizzeria s'animaient tout seuls une fois la nuit tombée. Avant tout le monde quasiment. Il savait que son créateur n'aurait pas pu mentir sur un truc aussi gros, ça semblait si peu probable, à quoi bon mentir sur un truc qui aurait semblé impossible à croire ?
Et quand lui et le Hippie étaient rentrés de la seconde nuit là-bas…
Oui ben non, pour faire court, ça avait juste confirmé ses doutes, et son hypothèse selon laquelle Mathieu disait bien la vérité. Mais ça avait quand même été plus fort que lui, il avait fallu qu'il aille à la connerie, qu'il aille proposer au Youtuber de l'accompagner dans la pizzeria pour tenir une nuit de plus, histoire de le rassurer en mode « Courage mec, regarde, t'as déjà fait la moitié du chemin, tu peux y arriver ! ».
Il méritait des gifles pour une idée aussi lumineuse. Et en ce qui concernait son créateur, il était hors de question qu'il y retourne. Pour rien au monde. Il serait le premier à attacher Mathieu à son lit s'il le fallait, tant pis si ça ne collait pas avec son tempérament naturel, mais c'était négatif, il n'allait pas y remettre ne serait-ce qu'un orteil ! Quitte à demander au Patron de l'aide dans ce domaine pour le faire rester là, il pouvait d'emblée prévenir son employeur, il démissionnait. Et s'il refusait de coopérer, tant pis, un d'eux se ferait passer pour Mathieu, rien à foutre. Maître Panda peut être ? Il était celui qui y ressemblait le plus du point de vue du caractère et de la voix, alors autant l'envoyer lui…
Mon Dieu, mais ça n'allait pas, sans déconner.
Allez va, arrête, tu dois dormir… Tu dis que des bêtises…
Non, il avait raison, il le savait. Mathieu ne pouvait pas prendre le risque d'y retourner pour une nuit de plus, c'était du suicide à ce stade. Ils le mettraient en pièces détachées à la première occasion.
Mais bon, ça, le Geek en était certain, personne ne le laisserait partir, ce qui avait de quoi le rassurer. Ils avaient tous vu qu'il y avait un gros problème avec cette place, et ils en avaient assez bien payé les pots cassés, c'était bon là, il était temps d'arrêter de s'acharner. Ils se débrouilleraient pour survivre, pour tenir bon, pas grave…
Il ne devait pas y aller une fois de plus. Plus jamais. Fin de partie, Game Over, chacun récupère ses affaires et retourne gentiment chez lui de préférence.
Ils allaient réellement lui faire la peau cette fois, le gamer en était sûr. Et s'ils venaient à perdre Mathieu…
Le garçon à la casquette n'osa pas y penser, enfouissant le visage dans sa peluche alors qu'il commençait à lâcher prise et à pleurer en silence. Il se doutait bien que ça risquait d'entraîner leur propre disparition, un drame pareil, donc tout aussi bien, ils disparaîtraient avant même de le savoir…
Mais il n'était pas question de disparaître pour le moment ! Il n'y retournerait pas, point final.
Le Geek était à bout de nerfs, cette nuit l'avait trop secoué, au-delà de ce qu'il aurait pu imaginer et ce qu'il s'y était passé…
Traumatisé. Voilà ce qu'il était. Complètement sous le choc suite à ce qu'il y avait vu.
Des coups discrets retentirent à la porte, le faisant sursauter d'un coup. C'était quoi ça ? Chica ? Freddy ? Ou pire ?
- Geek… Tu es là ? C'est moi, le Panda…
- Rentre…
Il tombait à pic lui, tiens.
Le Geek se redressa pour s'asseoir, les genoux repliés contre sa poitrine, Pikachu toujours pressé contre ses lèvres et une majeure partie de son visage. Tant pis pour le sauvetage de façade, il n'en avait ni l'envie ni la force. Il savait d'emblée comment allait réagir Maître Panda en le voyant ainsi malheureusement, il en avait l'habitude à force… Et de toute façon, il ne savait pas mentir, encore moins à lui, alors autant ne pas essayer.
Et ça ne rata pas, bien entendu.
Mais à sa grande surprise, ce qu'il remarqua en premier chez son frère, ce fut les traits tirés et les cernes sous les yeux du Panda, avant même que celui-ci n'ait eu le temps de reporter son attention sur son protégé. Il avait l'air épuisé, du genre à dormir debout. Et son sourire était aux abonnés absents, à l'évidence…
Ouais, un peu comme tout le monde ici, de toute façon.
- Tu as l'air mort, Maître, tu devrais te reposer.
- Dis pas des choses comme ça s'il te plaît c'est pas le moment je crois… Et parle pour toi, va ! Qu'est-ce qui s'est passé, tu as les yeux rouges et gonflés… Tout va bien ?
Et voilà Maître Panda dans toute sa splendeur, toujours à se soucier de lui.
Le Geek ne répondit pas et fit une place à l'ursidé sur le lit, qui vint aussitôt le prendre dans ses bras en voulant lui offrir une étreinte qui se voulait rassurante même si pour le coup, ça devait probablement lui faire tout autant de bien à lui aussi. Le plus petit ferma aussitôt les yeux à ce contact, si doux, si bienveillant, ce geste de rien du tout dont il avait pourtant besoin comme jamais en cet instant.
Décidément, qu'est-ce qu'il deviendrait, s'il n'avait pas le Panda pour veiller sur lui ?
Tu aurais déjà fini entre les pattes du Patron, te pose pas cette question, tu en sais déjà la réponse !
Bien sûr qu'il le savait, c'était idiot de se poser pareille question. Quel idiot. S'il raisonnait comme ça lorsqu'il jouait à LoL, il n'aurait pas son grade Platine voyons ! Il n'aurait pas fini Zelda Majora's Mask, ni aucun jeu de la saga Pokémon non plus d'ailleurs !
- J'aurais pas du te poser cette question, n'est-ce pas ?
- Hn ?
Le gamer éloigna sa tête du kigurumi de l'autre homme pour le regarder, perdu. Pourquoi disait-il ça ? A cause de son silence ?
Et puis, pourquoi avait-il si chaud ? Aux joues, de préférence ?
- Bah, c'est évident que n'importe qui irait mieux que toi en ce moment vue ta tête et ce que tu as traversé cette nuit…
- C'est Mathieu qui en a le plus vu, pas moi. Et, non, pas n'importe qui, malheureusement.
- Hn.
Maître Panda ne sut quoi répondre, soudain mal à l'aise et conscient de ne pas avoir dit ce qu'il fallait. Il aurait pas du dire ça, il savait pertinemment que le plus jeune n'allait pas bien, ni lui ni personne d'ailleurs, en ce moment. L'heure était grave, ils avaient besoin de se soutenir mutuellement, et encore plus pour le Geek qui était revenu de Freddy Fazbear's Pizza dans un état de panique à peine explicable. Pour ne pas dire lamentable. Et vu ce que son instinct animal avait pu lui hurler à la figure durant les dix minutes qu'il avait passé dans la salle de réception de la pizzeria, à attendre les autres et à voir le Hippie sonder le décor du regard, il ne pouvait que compatir et la fermer. Il n'avait pas été à sa place, lui ne s'était pas fait courser par une saloperie de trois cents kilos qui voulait faire de lui un énième robot, mais il aurait du être là, il le savait, c'était son rôle après tout ! S'il n'y avait eu que ça, bien entendu…
Et du peu qu'il avait pu en tirer du gamer, ils en avaient vu des vertes et des pas mûres. Bien plus que ce que le plus jeune avait bien voulu lui raconter en tout cas, et bien assez pour que le jeune homme en état de choc et en pleurs le supplie de dormir avec lui pendant les jours à venir, pour avoir moins peur. Ça en disait long sur l'état de son ami.
Ami ? C'était vrai cette bêtise, là aussi ?
Commence pas. Y a infiniment plus important dans l'immédiat.
- Maître, faut pas que Mathieu retourne là-bas-
- On ne lui laissera pas cette joie, crois-moi. Et c'est unanime cette fois.
- Même la Fille ? Le Geek fronça les sourcils, l'air peu convaincu, ce qui amena son interlocuteur à hocher la tête.
- Oui, même elle, cette fois-ci elle a pas cherché à contester quoi que ce soit vu tout ce qu'on a pu lui servir en guise de témoignages. Et puis…
- Et puis ?
- Hn. Non rien. Je me disais juste que franchement, je vois mal Mathieu choisir d'y remettre les pieds. Vous avez eu de la chance. Beaucoup de chance…
- Mais pas le Hippie. Le karma a pas voulu être de son côté…
Ça y est, c'était dit. Le sujet était enfin abordé.
Maître Panda soupira longuement en resserrant son étreinte autour du corps frêle de l'autre homme, cherchant brièvement ses mots. Il était doué pour pousser la chansonnette, oh ça oui ! Des paroles de chansons, il en avait à revendre, à ne plus savoir quoi en faire et à peu près sur tout et n'importe quoi. Mais alors, pour réconforter quelqu'un ou le rassurer, chou blanc…
Pourtant il savait que le Geek avait besoin de ce genre de mots, maintenant, qu'on lui dise que ça allait, qu'ils étaient tous hors de danger et qu'ensemble, ils finiraient par tous oublier cette fichue pizzeria maudite. Mais c'était si faux, tellement faux, rien qu'envisager de dire pareilles calomnies sonnait creux dans l'esprit de l'ursidé et lui nouait la gorge. Il n'avait pas envie de mentir ou de sortir un tel ramassis de conneries, quand bien même il l'aurait souhaité, autant pour rassurer le Geek que pour se persuader que c'était vrai…
Mais les choses étaient ainsi : On ne faisait pas toujours ce qu'on voulait dans la vie, malheureusement. Et surtout pas aujourd'hui.
Le Panda serra la mâchoire à cette pensée. Si jamais il trouvait un responsable à tout ce bordel, quelqu'un d'humain et de chair bien entendu, ça allait de soi, il allait le mettre en pièces et si le Patron venait à vouloir l'accompagner pour se défouler, qu'il vienne ! Ah, pour le coup, il pourrait y retourner, à cette saloperie de restaurant, mais il allait y avoir du sang sur le carrelage, ça, ils pouvaient en être sûrs…
Non. Pas de sang. Plus de sang, il y en avait déjà bien assez, sur ces foutus damiers.
Il entendit le Geek étouffer un sanglot dans ses bras et préféra ne pas bouger, se contentant de retirer avec une extrême délicatesse la casquette du gamer pour venir passer une main douce et rassurante dans ses cheveux bruns. Le voir dans un état pareil lui brisait littéralement le cœur, et il détestait ça au plus haut point.
Personne n'avait le droit de faire pleurer le Geek, personne, tant qu'il respirerait encore. Et ça avait toujours été comme ça depuis son arrivée dans le clan Sommet, même si pour ça, il avait du se heurter au Patron à de très nombreuses reprises dès son apparition. Bon, cette guerre était loin d'être gagnée, le criminel cherchant toujours une occasion pour parvenir à ses fins… Mais il y avait eu du progrès depuis le temps. Comme quoi, même avec un sans cœur comme le Patron, quelques coups de gueulante et une volonté de fer suffisait à accomplir quelque miracle, aussi petit qu'il eusse été.
Mais d'ailleurs, le Patron, il en pensait quoi de tout ça ?
Cette pensée avait brusquement traversé le Panda, l'amenant à sursauter et à effrayer, par la même occasion, l'amateur de jeux vidéo qui se blottit un peu plus contre le vêtement en flanelle bicolore du chanteur, donnant un peu plus chaud encore à son propriétaire en passant. C'était vrai ça !
- Qu'est-ce qui y a…
- Rien, je pensais juste à un truc. Repose-toi, tu en as besoin.
- Dis d'abord.
- Hn, la curiosité est un vilain défaut, tu le sais ?
Le Geek rougit à ses mots mais parvint quand même à se trouver un semblant de contenance pour ne faire que hausser les épaules, le visage toujours bien caché de la vue du Panda, cela dit. Ce dernier ne put retenir un sourire à cette réaction, attendri par cette petite chose inoffensive qui essayait de jouer les braves.
- Ah, tu as trop XP ton niveau de cuteness, c'est pas possible ça ! Le Panda laissa échapper un éclat de rire sincère avant d'aussitôt se renfrogner et de baisser le ton. L'heure n'était pas à la rigolade : Non, en vérité, je me demandais juste comment le Patron encaissait le tout. Il est autant concerné que nous, aux dernières nouvelles…
- Il est au courant au moins ? Et est-ce qu'il est rentré ? C'est jeudi tu sais, et le jeudi, il ne revient que vers la fin de l'après-midi, de ses… Ahem…
- Visites de courtoisie auprès de ses nombreuses courtisanes ? Ouais, je sais. Et oui, il est rentré depuis un moment d'ailleurs, tu ne l'as pas remarqué ? Ou entendu ?
Le Geek fit « non » de la tête aussitôt, ce qui eut pour résultat d'amener le Maître à dévisager le gamer avec une surprise sans nom dans le regard. Ah ouais, l'état de choc, chez lui, ça ne rigolait pas…
« LÂCHE-LE, SALOPERIE DE COYOTE ! »
- Je suis resté ici depuis qu'on est rentré, je vois pas comment j'aurais pu le voir. Pardon.
- Ne t'excuse pas. Oh, ben tu sais, c'est pas le plus discret d'entre nous, pour faire court.
« J'VAIS TE FAIRE LA PEAU PUTAIN, TU M'ENTENDS ?! Je vous ferai tous cramer, toi et tes potes ! Tu m'entends ? TOUS, JUSQU'AU DERNIER ! »
- Bref, oui il est là, avec nous. Mais j'arrive pas à savoir ce qu'il pense de tout ça. Autant à la base il ne nous croyait pas, autant maintenant, j'en sais pas plus. Pourtant, là, pas moyen de dire qu'on fabule… Mathieu, à la limite, le Hippie, d'accord, on peut toujours avoir un petit doute avec lui… Mais toi, plus moi ? Ça commence à faire du monde quand même…
- Sans parler de…
- Oui. Ça je t'avoue qu'on s'en serait bien passé, à mon avis.
Un ange passa, à son rythme, pendant que les deux hommes continuaient de s'étreindre, le plus jeune commençant enfin à accepter de se laisser aller au sommeil, somnolant dans les bras de celui qu'il voyait comme son ange gardien, son grand frère, son pilier. Le seul à l'avoir toujours soutenu et protégé, le seul à réellement s'inquiéter de ses états d'âme, à veiller sur lui. Ils ne se connaissaient pas depuis si longtemps que ça, en comparaison, le Panda ne faisait partie de leur vie que depuis un peu plus d'un an, là où les autres, et bien, c'était comme s'il les avait toujours connu. Indissociables et inséparables…
Pourtant, là où l'ironie se décidait enfin à pointer le bout de son nez, c'était dans le fait où s'il avait toujours été en compagnie du Patron, du Hippie, du Prof, puis de la Fille, venue les rejoindre un peu plus tard, il se sentait incapable d'envisager de vivre sans Maître Panda à ses côtés. Ils s'adoraient, ils avaient cette complicité rare et unique qu'ils n'avaient pas avec les autres, ils passaient beaucoup de temps ensemble, et il voyait en l'ursidé une force de caractère qu'il n'avait pas, et n'aurait probablement jamais. Le Panda, lui, devait sûrement apprécier chez lui sa fragilité, le plaçant de lui-même comme un petit chaton égaré à mettre à l'abri, en sûreté, loin des cruautés de ce monde. Un petit frère, à surveiller et protéger. Un proche en situation de faiblesse, à aider comme il le pouvait au quotidien.
Ou peut être comme un être pour qui il portait des sentiments plus qu'amicaux, s'invitant donc de lui-même à agir en permanence pour sa protection et son bien être, faisant passer ses désirs bien avant les siens.
… Ouais non, là, il débloquait méchant, le Geek.
Et pourtant, en soi, est-ce que cela serait si choquant ou répugnant que ça, une situation du genre ?
Non non non, tu n'as pas à dire ou penser des choses comme ça ! Ça craint ! Dors et tais-toi, ça vaudra mieux !
Et pourtant, maintenant qu'il avait osé la formuler, l'idée n'osait plus le lâcher, l'assaillant sans cesse d'une multitude d'images pour illustrer celle-ci : Le Panda en train de le couvrir en le découvrant endormi, le Panda en train de lui faire griller des tartines le matin, dès son réveil. Maître Panda, encore et toujours, en train de jouer avec lui à Mario Kart ou de le serrer dans ses bras pendant qu'ils regardaient ensemble un épisode de The Walking Dead, où il finissait forcément par crier comme une fille parce qu'en fait, il était assez masochiste pour regarder cette série alors que dans le fond il avait une peur bleue des zombies. Lui, en train de le bercer tout contre son kigurumi pour l'aider à s'endormir tout en murmurant la mélodie de la berceuse des Goron dans Zelda, le regardant avec tendresse et bienveillance.
Et le Panda, enfin, retirant doucement sa casquette avant de lui sourire, l'air visiblement gêné, puis de déposer ses lèvres sur les siennes, en un baiser que le Geek pouvait presque ressentir tant il l'imaginait malgré lui. Un baiser inoubliable, à lui en refiler des papillons dans l'estomac.
Tu as atteint le fond, mec mais le pire dans tout ça, c'est que tu creuses encore ! Arrête !Et puis même, t'as pas le droit ! C'est ton… Enfin, ton frère en quelque sorte ! Ton double, ton clone, je sais pas, appelle ça comme tu veux ! Et puis même, vous êtes deux garçons !
Ouais bon, concernant ce dernier point, il suffisait de lire les fanfictions concernant Salut Les Geeks pour savoir que les fangirls s'en moquaient bien, homosexualité ou non. Mais bon, quand même…
Il osa espérer d'un coup que le Maître ne remarquerait pas que son cœur battait la chamade, ni qu'il était au moins aussi rouge que son T-shirt, d'un coup. Le geek étouffa un bâillement tout en essayant de penser à autre chose :
- Et du coup… Euh… Le Hippie…
- Pas de nouvelle, bonne nouvelle.
- C'est vrai ? Il va bien ?
- Je n'en sais strictement rien en vérité. J'ai pas le droit d'entrer et le Prof ne nous a encore rien dit sur le sujet. Mathieu est avec eux. Alors je fais comme toi, j'attends que l'heure tourne en me répétant ce proverbe. Celui qui l'a formulé a intérêt à ne pas s'être planté.
- Ah… Mais…
- Mais quoi ?
- Tu penses que c'est… Grave… ?
Maître Panda resta un moment sans répondre, ne sachant quoi dire au Geek. Bon, fallait dire aussi qu'il n'en savait pas grand-chose lui non plus, il avait vu la même chose que le gosse, et sans les pronostics du Prof, il était impossible de savoir ce qui allait réellement résulter de…
Oh voyons, soit un tout petit peu réaliste, tu as bien entendu le Prof dire à Mathieu lors de sa première nuit là-bas qu'un robot destiné à un restaurant familial ne devrait pas pouvoir faire de mal à une mouche ou même mobiliser assez de puissance pour blesser quelqu'un, même accidentellement. Ce ne sont pas des exosquelettes de combat, bordel, juste de grosses peluches géantes, et pourtant Mathieu arrêtait pas de rabâcher qu'ils étaient dangereux et d'une puissance anormale. Et si l'un d'entre eux a réussi à arracher le lobe frontal d'un gosse, j'ose pas imaginer ce qu'aurait pu faire celui qui a attaqué le Hippie…
«Il faut l'emmener au Prof, de toute urgence ! Hippie, hé gros, reste avec nous hein, tu fais pas le con ! »
Le Panda n'avait pas réellement vu ce qu'il se passait, ni l'attaque en elle-même, mais la seule chose dont il avait gardé le souvenir était les crocs ensanglantés et démesurément grands de l'animatronique, qu'il avait aperçu alors que celui-ci battait en retraire. Une vision suffisante pour ne pas vouloir imaginer les dégâts que ces choses pouvaient causer.
- J'ai envie d'être optimiste, et on doit tous l'être, alors je vais dire que non, mais honnêtement, je ne sais pas. La blessure est mal placée, et l'autre saloperie n'y est pas allée de main morte…
Il n'arrivait pas à lâcher son double des yeux alors qu'il lui parlait, à voix basse, aussi lorsqu'il vit une larme rouler en silence sur sa joue, il l'essuya avec une immense douceur de son pouce, amenant son homologue à rougir, malgré lui à l'évidence. Mais n'était-ce pas une réaction un peu exagérée pour un geste si anodin ?
Qu'importe, tant que l'un et l'autre était bien, c'était le principal.
Il voulait rester dans cette position à tout jamais, ne pas le perdre du regard, pouvoir continuer de le protéger de son corps, de lui prodiguer les attentions et la tendresse dont il avait tant besoin, et tout ça sans réellement savoir pourquoi. C'était là sa mission, son but, son objectif personnel, toujours être là pour le gamer. Ça avait toujours été comme ça.
Tu te voiles la face, idiot.
Oui mais était-ce vraiment le cas, et non juste une élucubration de son esprit ?
Maître Panda ne savait plus quoi penser ou dire, il restait là, comme un imbécile, caressant tendrement la joue de son frère, au bord des larmes, en essayant de l'apaiser. Il était tellement sensible, si fragile…
Et surtout, il se faisait un mauvais sang monstre pour le Hippie. Comme les autres d'ailleurs, mais en pire.
- Si tu veux, j'irai aux nouvelles tout à l'heure, mais je t'en supplie, arrête de pleurer, d'accord ? Ça va aller…
- Non ça n'ira pas, si ça se trouve il va-
- Il ne va pas mourir, j'en suis sûr, la voix du Panda s'était soudainement fait plus grave et sérieuse, presque ferme. Il y croyait, il voulait y croire, ça s'entendait : Il a des ressources, on le sait et crois-moi, je suis sûr qu'on en a pas fini avec lui. Et puis, il est une personne trop gentille pour partir aussi tôt !
- Les meilleurs partent toujours les premiers…
- Crois-y un peu et arrête de t'entourer de mauvaises ondes, gros, ça t'aidera pas tu sais.
Le Geek dévisagea pendant un instant le Panda, surpris par cette imitation plutôt réussie de la voix du camé, puis soudain, ne pouvant se retenir, il partit dans un éclat de rire sans précédent. Oui, il dirait ça le connaissant, c'était même sûr !
Et bizarrement, cette petite phrase lancée pour détendre l'atmosphère, elle lui faisait un bien fou. Ils avaient besoin de ne pas se ronger les sangs en attendant que le Prof ne se décide à sortir de son antre, s'aérer l'esprit, penser à autre chose, en bref, prendre un peu soin d'eux. Et ces quelques mots échangés avec le Panda, ce câlin, tout le rendait si calme, si apaisé d'un coup…
Et soudain, alors qu'il continuait de regarder l'ursidé, un semblant de sourire aux lèvres, il vit les joues de son interlocuteur se colorer, de manière bien visible, ce dernier détournant prudemment le regard, l'air gêné. Mais pourquoi donc ?
Puis son regard de glace se posa sur les lèvres de l'autre homme, malgré lui, et il s'en mordit aussitôt les siennes, autant d'envie que de regret. Hé merde, c'était vraiment grave cette histoire… Il fallait qu'il arrête d'y penser, ça n'était pas possible, et même, qu'est-ce que le Panda pourrait lui trouver, au pauvre gamin pleurnichard qu'il était ? Fallait redescendre sur terre.
Et pourtant… Bordel, qu'il aurait aimé l'embrasser.
Fais-le.
Non, il n'en avait pas le droit ! C'était immoral ! Et que penserait Mathieu ? Les autres ? Et le Panda lui-même ?
Fais-le. Comme ça tu sauras.
Et soudain, le temps qu'il recommence à se demander si c'était bien ou mal, il s'était déjà relevé légèrement et avait posé sa main sur le cou de son homologue qui, surpris, avait reporté son attention sur lui, toujours aussi rouge, le jaugeant du regard en se demandant ce qu'il pouvait bien lui arriver. Ils étaient bien trop proches, beaucoup trop proches.
Il ne fallait pas qu'il fasse ça, il devait le repousser, et vite ! Il n'arrivait plus à se contrôler, il voulait essayer, il en rêvait… Oh oui, si fort…
- Maître… Je suis désolé… Repousse-moi, pitié…
- Pourquoi je ferai ça ? Et… Qu'est-ce que tu-
- S'il te plaît avant qu'il ne soit trop tard et que je te perde ! Dis-moi non, ordonne-moi de m'arrêter… Je… Je… J'en ai trop envie, pardonne-moi, ne me juge-
Puis soudain, la Terre s'arrêta de tourner. Et le cœur du petit Geek implosa de bonheur et de bien être.
Ses petites mains s'agrippèrent à ce corps qu'il désirait tant, depuis si longtemps, une sur la nuque et l'autre serrant l'onesie en flanelle de Maître Panda, ne voulant surtout pas le lâcher pendant que son univers tout entier était en train de voler en éclats, ses rêves passés, ses croyances, tout, sous la vague d'émotions qui prenait possession de son être. C'était juste dingue, ça ne pouvait se passer, il était en train d'halluciner, quoi d'autre sinon !
Pourtant, ses lèvres étaient bien là où il les imaginait : Scellées à celles de son si cher frère, le Panda, en un baiser d'une maladresse extrême mais aussi d'une immense douceur. Un baiser long, unique et intemporel, qu'ils ne pourraient jamais oublier.
Et le plus fou dans tout ça, c'était que loin de l'avoir repoussé, le Maître l'avait encore plus attiré à lui, dans ses bras, contre son corps recouvert du vêtement noir et blanc qui le caractérisait tant, lui rendant son baiser avec une fougue et une tendresse telle qu'il donnait l'impression d'avoir attendu cet instant, ce geste, depuis sa venue au monde.
Et pendant que le Geek et Maître Panda découvraient les lèvres de l'autre en une multitude de petits baisers empreints de timidité et de maladresse, le Patron continuait de camper devant la porte du laboratoire du Prof, sa dixième cigarette de la journée à la main.
L'heure ? Neuf heures moins vingt, et alors ? Il n'avait de compte à rendre à personne concernant sa consommation de tabac aux dernières nouvelles ! S'il voulait fumer un paquet entier dans la journée, après tout, c'était son problème…
Faux, il y avait bien une personne dans le clan Sommet qui savait précisément quelles étaient ses habitudes concernant la cigarette en fait, au point de lui faire une remarque si jamais il venait à en fumer plus que d'habitude ou, au contraire, s'il ratait l'heure d'une «pause », comme il le disait si bien… La saleté, dans le fond, on ne le soupçonnait pas mais il avait les yeux et les oreilles partout ! Pas étonnant qu'après il soit d'une pertinence aussi insolente lors de ses précieux conseils, il passait son temps à observer le monde autour de lui, comme ça, l'air de rien, à sa façon, si bien que personne ne le remarquait, ou n'observait qu'il avait pareil comportement.
Mais lui, il l'avait vu. Dès le début de leur cohabitation, pour être exact.
Le criminel ferma les yeux à cette pensée tout en tirant une taffe, lentement, inspirant bien l'air chargé de fumée dans ses poumons avant de l'expulser, implacable. C'était vrai ça, lui était peut être un connard fini, mais en attendant, il avait été le seul à voir comment agissait le pacifiste !
Et s'il avait fini par en tirer une conclusion, c'était celle que le Hippie faisait partie des personnes qui passaient leur temps à s'occuper des autres ou à les écouter, mais que dans le fond, on oubliait toujours quand eux avaient besoin qu'on leur prête une oreille attentive. Celles qui sourient le plus pour enterrer en eux une souffrance bien plus grande que celle connue des gens lambda, si grande et lourde à porter qu'il fallait à tout prix trouver un moyen de la contenir, de la gérer, de l'expulser de soi ou au contraire, de la laisser s'exprimer.
Mais bon, dans le fond, on s'en branlait de tout ça, pas vrai ?
Putain, la journée aurait pu se dérouler tranquillement, et non, fallait qu'il arrive une tuile.
Le criminel savait qu'il n'avait pas le droit de dire ça, surtout pas dans la situation actuelle, mais rien à foutre, personne ne pouvait encore entendre ce qu'il pensait, aux dernières nouvelles ! Alors autant penser joyeusement à tout ce dont il avait envie, peut être que cela finirait par faire passer le temps un peu plus vite, non ?
Une nouvelle bouffée, et la fumée lui dansa devant les yeux durant une poignée de secondes. Et pour la première fois depuis bien longtemps, il se sentit désespérément seul.
- C'est moi ou tu fais le pied de grue ? T'inquièterais-tu enfin pour quelqu'un d'autre que ton nombril ?
- Zen la grognasse, si t'as tes règles c'est pas mon problème, même si je doute que tu aies l'équipement pour ça. Et occupe-toi de tes affaires !
- Pas besoin de monter sur tes grands chevaux comme ça ! La Fille croisa les bras sous son opulente poitrine en fixant le Criminel, préférant ne pas réellement relever des remarques qu'il lui avait été faites : Je suis juste étonnée de te voir là, c'est tout…
- Je sais être humain aussi quand je veux hein. Bon, qu'est-ce que tu veux ?
La Fille leva brièvement les yeux au ciel puis soupira avant de lui répondre, comme si c'était évident :
- Bah, logique, je fais comme toi, j'attends des nouvelles du Hippie. Il fait partie de la famille quand même, c'est normal…
Le Patron continuait de fumer en détaillant son homologue du regard, à travers ses lunettes de soleil. Et il remarqua aussitôt que ses yeux étaient légèrement gonflés, ses lèvres gercées d'avoir trop été mordues d'anxiété, ses gestes nerveux, jusqu'à sa façon de ramener sans cesse en arrière ses longs cheveux blonds. Trop expressive, trop démonstrative, même un mioche de trois ans le remarquerait, ça en suscitait presque la pitié.
Mais non, il n'y avait pas de pitié à avoir, pour personne. Et encore moins pour les esprits faibles qui n'étaient pas fichus de maîtriser leur corps pour qu'il ne montre aucun signe de leur état mental.
En gros, tu te considères comme une référence, c'est ça ?
Ouais, et il l'assumait parfaitement. Il n'était pas connu pour avoir un ego surdimensionné sans raison après tout !
« Il fait partie de la famille quand même, c'est normal... »
Non ce n'était pas normal. Pas pour lui.
- Tu en fais peut être partie mais pas moi.
Il crut que la Fille allait s'étouffer tant elle se mit à le fixer d'un coup avec des yeux exorbités, alors qu'elle était certainement déjà en train de chercher ce qui allait lui permettre de l'assassiner verbalement et d'écorcher un peu sa fierté mal placée. Pas de cette famille, et puis quoi encore ? Il était un Sommet, comme tout le monde !
«C'est marrant, à t'écouter, on dirait que je suis une pièce rapportée et que je n'ai pas le même corps que vous. C'en serait vexant si je ne savais pas que ça vient de toi, gamin.
- Gros, arrête, toi et moi on sait très bien que tu ne te considères pas comme faisant partie de la famille, ils ne partagent pas ton point de vue et n'essaient pas forcément de te comprendre non plus et tu le leur fais bien savoir par ton pseudo je-m'en-foutisme. C'est triste d'ailleurs, si tu veux mon avis.
- Ils ?
- Je ne me vois pas comme quelqu'un qui crache sur les gens ou les repousse parce qu'il ne connaît pas leur monde et ne peut le comprendre. Tu as tes goûts, tes habitudes de vie, ton monde, j'ai le mien et c'est comme ça.
- Oui mais les autres ne sont pas forcément tendres avec toi non plus, tu aurais de quoi te mettre en boule crois-moi. Moi à ta place, à force de me faire autant ignorer et tourner en dérision, j'aurais déjà massacré deux-trois-
- Je ne suis pas pour la violence, gros, et les moineaux sont violets sinon. C'est étonnant n'est-ce pas ?
- Hippie…
- Plus sérieusement. Oui, je suis mis à l'écart moi aussi, sauf qu'à ton indifférence, moi je préfère l'altruisme, et aller quand même vers eux et me montrer présent là où toi, tu les esquives et les délaisses. Nous sommes les mêmes, gros… Mais on a juste pas choisi le même chemin. C'est comme ça, le karma a décidé pour nous. »
Oui, il avait eu raison ce jour-là. Il ne faisait pas partie de cette famille, pas vraiment, du moins. Il était un être solitaire et violent qui évoluait en son sein, telle une créature cauchemardesque semant la débauche et les obscénités sur son passage, un homme aux désirs plus noirs que la nuit, incapable de faire preuve d'attachement ou d'amour envers qui que ce soit. La colère, la perversion et la haine, voilà ce qu'il était. Il ne représentait pas une partie précise de Mathieu sinon peut être son acharnement et sa force de caractère, et au final, il pouvait bien arriver ce qu'il voulait à son créateur ou aux autres personnalités qu'il s'en fichait complètement.
L'ombre des Sommet, voilà quelle était sa véritable identité.
Et pourtant… S'ils pouvaient voir au plus profond de lui…
«Nous sommes les mêmes. »
Oh non, au pire les deux hommes étaient les parfaits opposés l'un de l'autre, mais en aucun cas il ne pouvait être comparable au Hippie, c'était officiel et un secret pour personne. De toute façon, comment aurait-il pu ne serait-ce que se permettre d'espérer pouvoir se tenir sur le même piédestal que le pacifiste ? Il n'était pas de son monde, tout comme le camé ne faisait pas partie du sien si ce n'était peut être pour les stupéfiants, et encore. Ils évoluaient dans deux univers aux antipodes l'un de l'autre, les deux faces d'une même pièce.
Le sadisme et l'égoïsme face à l'altruisme dans sa plus pure des formes. Ils n'auraient même pas du pouvoir se parler ou se regarder, et encore moins porter le même nom vu comme ils ne se ressemblaient pas et n'avaient pas les mêmes valeurs. Et si lui était surnommé le Second du Diable, le Hippie aurait pu facilement porter le sobriquet du Porte-Parole de la Paix, à défaut d'être considérable comme un ange à cause de son amitié un peu trop prononcé pour la petite Mary Jane.
Ouais, un ange qui écoutait du reggae, voyait des licornes en tapioca quand il faisait beau et dont les ailes étaient faites de feuilles de cannabis, en bref. Ça, ça aurait pas mal bousculé les fossiles qui avaient rédigé la Bible, un être de la sorte, aussi bienveillant qu'il puisse l'être !
Le Patron entendait que la Fille lui parlait, mais il n'y prêta pas attention, de nouveau pensif pendant qu'il terminait sa cigarette. Les souvenirs le hantaient de nouveau, amers, et la colère était revenue pulser dans son corps, son être tout entier, demandant à s'exprimer une fois de plus. Il commençait à s'y habituer maintenant, depuis le temps, et c'était même devenu une habitude que de laisser sortir tout ce qu'il emmagasinait en lui, et encore plus ses pulsions les plus animales, dont cette dernière faisait partie.
Mais là il encaissait tout en silence depuis cette nuit, même s'il savait que ça le rendrait rapidement invivable pour son entourage. Il ne voulait pas s'éloigner pour aller gueuler un coup pourtant, il préférait, non, il devait rester planté là, devant la porte du laboratoire de Quatre Yeux, ce qu'il faisait depuis environ son retour, soit sur le coup des six heures du matin. Juste le temps d'avaler un café bien noir, histoire de se donner un bon coup de fouet et de quoi rester éveillé et il s'était installé là, comme ça, dans l'attente de nouvelles du scientifique. La situation était grave là, ce n'était pas juste une histoire d'ego froissé ou de mug préféré du Geek que l'un de ses frères avait malencontreusement laissé tomber alors à situation exceptionnelle…
Attendre, voilà ce qu'il avait à faire. Attendre qu'il lui soit possible d'évacuer tout ce qu'il ressassait. Bientôt. Les heures passeraient bien assez vite après tout.
Et puis, de toute façon, à quoi bon taper dans un mur ici, puisque la raison de sa rage était à environ une dizaine de kilomètres de là ?
Puis soudain, la porte en face de lui s'ouvrit sans qu'il ne s'y attende, le ramenant brusquement à la réalité et interrompant net la Fille qui commençait à se douter que le Patron ne l'écoutait plus depuis un moment par la même occasion. Laissant apparaître un Mathieu blême et un Prof guère plus rassurant à regarder.
- Tout le monde dans le salon. De suite.
… Non. Ça ce n'était définitivement pas ce qu'il avait souhaité entendre, le Patron. Et s'il avait pris son temps pour se relever et aller tranquillement, ou presque, en se disant qu'avec un peu de chance ils n'avaient des têtes d'enterrement que parce qu'ils étaient épuisés, vers le lieu de réunion désigné, lorsqu'il vit Mathieu attraper au vol le téléphone fixe puis sortir de l'appartement, alors que le Prof tournait en rond dans la pièce tout en lissant nerveusement le devant de sa blouse, il fut pris d'un très mauvais pressentiment. Probablement le pire qui ait pu l'habiter depuis son apparition d'ailleurs.
L'horloge du salon daigna enfin sonner les treize heures d'une journée qui n'aurait décidément jamais de fin.
Maître Panda était assis sur le canapé du salon, gardant dans ses bras le Geek qui s'était assoupi tout contre lui d'épuisement, à bout de force et de nerfs, jetant de temps en temps un regard au Prof qui avait les yeux rivés sur ses livres de médecine et de chirurgie vasculaire, à la recherche de quelque chose que les deux jeunes hommes installés sur le canapé ne comprendraient probablement jamais de toute façon. Lui semblait tout mettre entre parenthèses en ce qui concernait ses émotions, se jetant corps et âme dans ce qu'il aimait le plus, la science, pour s'en détacher et respirer un peu, mais qu'en était-il du petit ? Il n'en avait pas la force mentale, ni l'envie en l'état actuel des choses, et quand bien même, il ne savait pas prendre du recul sur les choses pour se protéger. Il souffrait, ça se sentait dans son regard, sa voix qui se faisait hésitante et jusqu'à cette façon qu'il avait de serrer le kigurumi du Panda entre ses mains alors qu'il était bel et bien endormi, comme s'il avait besoin d'être sûr qu'il n'allait pas perdre quelqu'un de plus dans son sommeil ou qu'il n'allait pas finir seul. C'en était atroce à voir, lui qui était si fragile, il en avait trop vu et vécu en matière d'émotions fortes en un temps bien plus proche de l'adjectif court que ce qu'il pouvait l'être du terme long, à croire que le destin avait décrété qu'en vingt-quatre heures, il ferait tout pour lui pourrir la vie un maximum. Et le pire dans tout ça, c'est que cette garce de malchance avait eu l'air de vouloir participer, elle aussi. Non, décidément, il en avait trop pris dans la gueule aujourd'hui.
Infiniment trop, même pour lui, le Panda, pourtant réputé comme l'une des personnalités fortes de Mathieu, qui était déjà plus fort moralement que son frère, et maître de ses émotions.
C'était trop pour quiconque posséderait un cœur, tout simplement. Trop de peine, de douleur et de peur. Trop de sentiments négatifs en une journée. Et ça, les Sommet n'étaient pas préparés à ça.
Et encore moins à ce que ça ne frappe l'un de ceux qu'ils voyaient comme quasiment intouchable. Merde, il avait tout pour lui le Hippie, il était gentil, pas méchant ou violent quoi qu'il arrive, ou alors si ça avait pu arriver un jour, le Panda ne l'avait jamais vu ou su et ça ne serait arrivé que suite à un bon bad trip et rien d'autre, toujours disponible pour écouter les autres et les aider ou les rassurer à sa façon. Cet être étrange, avec son chapeau et ses lunettes mauves, un joint et un sourire toujours collés aux lèvres, qui prônait la liberté de chacun, l'écologie, le rejet de cette société qu'il jugeait corrompue jusqu'à l'os, l'amour de la nature et son respect, ainsi que celui pour tout être vivant. Le Hippie était quelqu'un de bon, même s'il se droguait et au pire c'était son seul défaut, puisque forcément, défoncé, il était quand même d'une moins grande aide d'un coup. Mais pas grave, il répandait le bien autour de lui, il n'avait pas d'histoire, pas d'ennemis, juste un instinct très aiguisé et une capacité à lire dans l'esprit des gens hors du commun. C'était tout.
Alors comment pouvait-on s'en prendre à une personne aussi douce, avec si peu de mauvaises intentions, et lui faire autant de mal ? Sincèrement ?
Et pourtant, c'était arrivé. Et tout ça à cause d'un robot dont le Hippie avait eu une peur bleue la nuit où il avait accompagné Mathieu dans cette pizzeria maudite, juste parce qu'il avait voulu vérifier un truc sur place, revenant du coup dans le restaurant au lieu d'attendre tout le monde dans son Combi comme cela avait été prévu.
Il n'avait pas pu simplement se dire que c'était l'endroit qui véhiculait de mauvaises ondes, non, ça avait été plus fort que lui ça, il avait fallu qu'il aille chercher la petite bête et ce qui provoquait réellement tant de torts à l'intérieur du Freddy Fazbear's Pizza. Et voilà le résultat à présent…
Le Geek gémit dans son sommeil, tirant le Maître de ses pensées et venant passer tout doucement une main dans ses cheveux, comme si ce geste pourrait le rassurer dans ses songes. Et ça, le Prof le remarqua aussitôt :
- Tu sais, je doute fort qu'il sente ce que tu fais, s'il dort vraiment.
- Pas grave, ça me donne l'impression de faire quelque chose pour lui et de ne pas être impuissant face à sa tristesse, l'ursidé avait relevé la tête pour planter son regard de glace dans celui si similaire au sien du scientifique. Tu cherches quoi sinon ? Je te vois le nez dans tes bouquins depuis ce matin, mais tu n'as pas l'air de trouver ce que tu veux…
- Oh rien de bien extraordinaire, je lisais juste certaines informations concernant-
- Ce qu'on doit faire au Hippie pour qu'il s'en remette, c'est bien ça ? Prof, tu l'as dit toi-même, c'est-
- Oui, mais j'aime bien me renseigner et tout savoir, ça me permet de mieux appréhender les choses.
- Si c'est ta façon de ménager tes nerfs, vas-y donc. Je ne te juge pas.
Le Prof détailla du regard son interlocuteur pendant quelques secondes avant de finalement soupirer puis de fermer le gros livre qui reposait sur ses genoux, le posant par la même occasion sur la table du salon. Il eut soudainement l'air de revenir de loin, avec son teint encore plutôt pâle par rapport à d'habitude et ses gestes visiblement nerveux.
- Tu as l'air de moins en souffrir que nous en tout cas, c'est une bonne chose, le Geek a vraiment besoin de quelqu'un à qui se rattacher pour garder la tête hors de l'eau.
- Il s'accroche à moi parce que je suis celui qui reste le plus disponible pour lui, la voix du Panda était douce mais cela ne l'empêchait pas d'être sur ses gardes. Il avait peur du Prof qu'il trouvait très voire trop observateur, s'ils venaient à parler trop longtemps du gamer, il pourrait finir par savoir ce qu'il se passait entre les deux frères : Et non, je ne souffre pas moins que vous, je reste juste fort. On ne doit pas s'écrouler parce qu'il est là-bas… Au contraire, on devrait se serrer les coudes, tu ne penses pas ?
- Je trouve que c'est un bon-
- Un ramassis de conneries, voilà ce que c'est.
Maître Panda fronça les sourcils, reconnaissant aussitôt la voix du criminel qu'il vit installé dans l'encadrement de la cuisine, sur une chaise, une cigarette à la main. Depuis combien de temps était-il là ? Il ne l'avait même pas vu passer, ni même posé là, alors que la Sainte Pelle seule savait à quel point il était aisé de le repérer avec ses vêtements sombres.
Et surtout. Comment osait-il dire ça avec autant d'assurance ?
- Non, ça n'en est pas un, Patron. On doit se soutenir mutuellement, ce n'est pas facile à vivre, et on est tous concernés par ce qui est arrivé au Hippie. Alors t'es gentil mais si tu veux faire ton crevard, retourne voir tes putes parce que nous, on a autre chose à faire que de t'entendre dire n'importe quoi au sujet de quelqu'un dont tu ne t'es jamais préoccupé !
- Ferme ta gueule toi, je suis pas venu critiquer ton comportement vis à vis du Geek qu'on dirait que t'as envie de te le faire, alors soit fair play et viens pas me chercher des poux sur ma façon de vivre et de voir les choses. Ton avis, d'ailleurs, j'en ai rien à foutre si tu veux savoir !
- Tu n'en aurais rien à faire, tu n'aurais pas relevé.
- Je n'ai pas répondu à cause de ta piètre tentative de me cracher au visage, rassure-toi : Je n'ai que faire des médisances d'une petite japonaise coincée du fondement.
Le Patron tira une taffe sur sa cigarette puis reprit, d'un ton beaucoup plus grave et menaçant cette fois, tout en fixant le Panda, ou du moins l'ursidé eut l'impression que ce fut le cas tant il se sentit foudroyé sur place par le regard du criminel, pourtant caché par ses lunettes noires :
- Par contre y a un truc que je digère pas, c'est qu'on me fasse passer pour un crevard sans motif valable, la chinoise. Je le suis peut être mais y a des limites. Alors avant que je vienne te faire avaler le petit pompon qui te sert de queue, je te conseille de la mettre en veilleuse et ne plus jamais dire que je ne fais pas attention au Hippie, de quelque façon que ce soit, c'est clair ?
- Ah ? Et tu as des preuves de ce que tu avances ? Non parce que là-
- Ouais, j'aurais pu rentrer tranquillement à la maison ce matin et me coucher, au lieu de venir voir ce qu'il se passait à la pizzeria parce que j'ai été surpris de voir le van de l'autre camé là. Ça te suffit ?
- Non.
- Maître, tu sais, tu ferais mieux de-
- Quatre Yeux, laisse, c'est entre lui et moi cette fois.
- Baisse d'un ton, tu vas réveiller le Geek et il n'a pas besoin de ça, il en a bien assez subi pour avoir le droit de se reposer ! Il a vécu l'Enfer là-bas, alors ne le brusque pas d'avantage, il n'est pas aussi fort que nous, la voix du Panda avait pris un ton beaucoup plus agressif et froid qu'à l'accoutume, de plus en plus agacé par les propos de l'autre personnalité. Et s'il venait à réveiller son… Son quoi, au fait ?
Mon… Amant ?
- Oh Peluche, je sais que je te fais de l'effet mais pas besoin de rougir comme ça avec moi hein, tu peux y aller franc jeu !
- T'es usant, mec.
- Je le sais, et je l'assume complètement.
- Les gars, y a peut être plus grave dans l'immédiat, non… ?
- Oui, en effet. Mais c'est pas en restant là qu'on fera quelque chose.
Le Patron s'était levé pour se rapprocher de ses homologues d'une démarche nonchalante, visiblement remonté. Le Prof ne put s'empêcher de le trouver étrange en cet instant, ses remarques, ce besoin de se justifier sur le fait que finalement il lui arrivait d'avoir un peu d'humanité envers un des leurs, ça ne ressemblait pas au Patron qu'il connaissait.
Ni ça, ni même…
- Et tu proposes quoi ? Qu'on retourne à la pizzeria ? Vas-y tout seul, moi je n'y remettrai pas les pieds, ni le Geek et Mathieu d'ailleurs !
- Ça c'est toi qui le dit, Math' va y retourner tu le sais très bien.
- Tu me sembles bien sûr de toi dis-moi…
- Honnêtement, tu vois le gamin abandonner son job alors qu'il sait que dans deux jours, il va toucher de quoi nous aider à s'en sortir un peu mieux financièrement ? Le Patron haussa les épaules en s'appuyant contre le mur, non loin du Prof : Même si c'est dangereux il est encore là, et il sait qu'il peut tenir bon encore deux jours.
- Foxy a blessé le Hippie, tu veux quoi de plus comme argument ! Qu'un de nous se fasse-
- Pas besoin de ça, ça va arriver bien assez tôt.
- Non, ce n'est pas le cas, il va bien, on s'occupe de lui, il est entouré de médecins et on doit sûrement l'opérer à l'heure qu'il est, alors dis pas ça, putain ! Et même, tu n'as pas à souhaiter ça au Hippie, toi qui te défendait y a même pas trois minutes de-
- J'ai jamais souhaité la mort à personne alors avant de me sauter à la gorge, écoute-moi un peu plus. Et sinon Mathieu essaie d'en savoir plus sur la pizzeria, il nous l'avait dit, et je suis certain qu'il va y retourner dans ce but ce soir, attend qu'il revienne de l'hôpital pour voir.
Le Panda allait pour répondre lorsqu'il se tut, ne sachant quoi dire au criminel pour le coup. En effet Mathieu pourrait faire ça, mais ce n'était pas prudent. Ils ne pouvaient pas le laisser y retourner de toute façon, c'était beaucoup trop dangereux pour lui.
Dans ses bras, le gamer endormi murmura son nom, ce qui n'échappa pas à l'ouïe du Maître, lui tirant un léger sourire alors qu'il resserrait son étreinte autour de son petit ami. Parce que c'était ça, la vérité : Lui et l'accro aux jeux vidéo étaient ensemble. Ça y est, bam, c'était enfin dit ! Ce n'était pas prévu mais au final, il ne regrettait pas cette décision, pas le moins du monde, et leurs premiers baisers n'avaient fait que le conforter dans son choix. Il était parfait. Gentil, drôle, touchant, attentif à tout, maladroit, bref, il avait tout pour plaire au Panda et en même temps lui donner que plus encore l'occasion de pouvoir le protéger et veiller sur lui. Et ça, cette petite décision si lourde de conséquences, le Panda avait su l'apprécier, et pas qu'un peu. Il avait eu besoin d'une bonne nouvelle aujourd'hui, rien qu'une petite, et contre toute attente, le Geek s'était lancé et lui avait déclaré sa flamme. La joie des coïncidences !
Mais bon, il fallait garder les pieds sur terre et rester discret, pour le moment. Et ça ça risquait d'être compliqué…
- Et même… Je suis navré de dire ça, peluche, mais j'ai raison. Y a de fortes chances pour que le gamin passe l'arme à gauche, enfin dans son cas ce serait plutôt le joint d'ailleurs mais qu'importe. Il faut se rendre à l'évidence, ce que le Prof nous a sorti, ça n'a rien de bien encourageant…
- Il y a quand même des chances pour qu'il-
- Tu es un monstre, Patron.
Le Maître avait dit cette phrase avec une haine sans nom dans la voix, son regard d'un bleu pur braqué sur le criminel sexuel en espérant le foudroyer sur place. Il n'en revenait pas de son pessimisme, il n'avait pas le droit de dire une chose aussi aberrante !
L'homme en costume sourit, en simple réponse à sa remarque.
- Peut être bien. Mais en attendant, si je suis réellement un monstre, alors je ne devrais pas parler de ça car normalement je serai censé m'en branler complètement. Hors ce n'est pas le cas.
- Si c'était vrai tu ne dirais pas-
- Le Hippie pleure souvent, quand il est seul dans son Combi, mais ça je suis sûr que aucun d'entre vous ne l'a jamais remarqué. Après tout, selon vous, la vie lui sourit et il a tout pour être heureux, enfermé comme il est dans la drogue et son insouciance... Alors à quoi bon perdre cinq minutes à descendre le voir et lui parler, ou bien juste fermer sa gueule et écouter ce qui lui pèse sur la conscience comme moi je le fais, puisque tout va bien si on écoute vos conneries ?
Un ange passa, durant des secondes qui semblèrent des heures pendant lesquelles le Prof et l'ursidé échangèrent un regard abasourdi. Comment ça ? C'était quoi cette histoire ?
- Et les regards suffisent à me prouver que j'ai raison, bordel, vous me faites pitié sérieux. Même Capsule s'occupe plus de son Maître que vous, au final… Putain, même un chien s'intéresse plus au Hippie que vous deux, qui avez le même corps, le même sang… Vous, qui vous targuez d'être ses « frères ». Alors, qui est le monstre qui ne se préoccupe de personne ?
Le Patron affichait un air satisfait à présent, même si dans le fond, il n'en était pas plus heureux du tout. Ça ne changeait rien ça. Ça servait juste à montrer la vérité à des ignares, voilà tout.
« Tu sais gros, parfois, non… Tout le temps en fait. Bref. Les mots, ça fait encore plus mal que les poings. On peut tout avoir avec les mots, mais aussi tout perdre en une phrase, c'est bête non ? Mais en tout cas, ce que tu dis, ça peut faire mal, vraiment très mal si tu choisis bien tes mots et le message à faire passer. Parce qu'en vérité, on peut tuer quelqu'un, rien qu'avec un mot, un verbe, une phrase. »
Il en avait assez vu, il pouvait partir et les laisser là, comme des cons, alors qu'ils méditeraient ses paroles. Le message était passé. Et les chances changeraient peut être, s'ils n'étaient pas trop idiots.
Non… Rien ne changerait cette fois-ci, c'était trop tard pour ça.
Le Patron sentit soudain sa gorge se serrer alors qu'il faisait volte face pour quitter la pièce, pris par un sentiment viscéral qu'il n'avait pas éprouvé depuis un moment et qu'il avait décidé d'ignorer s'il venait à revenir. Mais il était si fort, si brusque…
Il eut soudain l'impression qu'il nageait dans une étendue d'eau dont il ne pouvait atteindre le fond et que quelque chose l'entraînait sous la surface, loin de la lumière du jour et de la chaleur de l'air, de la douce brise, et de la vie. Un sentiment si puissant, si dévastateur, qu'il balayait tout sur son passage.
Non, il devait garder la façade, le masque de l'homme sans cœur, cruel, du crevard qui ne pensait qu'au cul et à sa personne, il en allait de sa réputation ! Il ne devait pas se montrer faible, il n'en avait pas le droit ! Il savait que c'était inévitable, ce qui se passait, il était réaliste ! Il avait les pieds sur terre lui ! L'espoir, rien à foutre, il ne voulait pas en entendre parler ! Le Hippie, le le lui avait dit, c'était un beau sentiment, l'espoir, mais c'était souvent mal employé par l'homme, au point que ça s'apparente au fait de donner à manger à quelqu'un qui cherche à boire : Ça ne servait à rien dans ce cas et au pire ça aggravait le tout.
Et pourtant.
«Fais attention, il faut aussi espérer dans la vie, gros. L'espoir, c'est la preuve qu'on a pas encore tout perdu et qu'on peut encore se raccrocher à quelque chose pour se battre. Mais méfie-toi, si la situation est vraiment trop délicate ou perdue d'avance, n'espère pas, ne le fais pas corps et âme du moins… Espère à juste dose, assez pour te réjouir d'un éventuel miracle, mais pas trop pour t'éviter de chuter de trop haut ou ça finira par causer ta perte. »
Et il essayait d'appliquer ce conseil, ô oui, tout les jours même… Mais en vain. Et encore plus en cette horrible journée sans fin.
Sa voix le trahit lorsqu'il osa ouvrir enfin la bouche, en traîtresse qu'elle était. Tant pis, il n'était plus à ça près, mais pour le coup elle eut aussi le don de faire définitivement taire le Panda et le Prof, qui surent en cet instant que l'impossible se produisait devant eux :
- Alors putain, arrêtez avec votre espoir à gerber. Vous avez toujours tout vu sous un mauvais angle, vous n'avez même pas été foutus de voir qu'il souffrait bien plus que nous tous ici, le Geek était un putain d'insensible à côté de lui, alors pourquoi faudrait-il que je croie, non que j'écoute, vos inepties et vos débats stériles sur ses chances de survie parce que « si chaque souci est pris à temps et indépendamment des autres, tout est rattrapable » ? LE HIPPIE VA Y RESTER, MERDE ! OUVREZ LES YEUX ! Allez le voir à l'hosto tant que vous en avez l'occasion et surtout demandez-lui pardon de n'avoir rien vu, car parti comme c'est, il passera pas la nuit, bougez-vous ! Moi je n'ai pas envie de me mettre des œillères avec des théories et des pourcentages à deux balles, et je vous jure que même si Mathieu ne vient pas au travail ce soir, j'irai à cette putain de pizzeria pour y foutre le feu et je mettrai chacun de ces robots à la con en pièces détachées après me les être faits un par un parce qu'un de ces machins recouverts de moquette m'a pris ce qui était peut être la SEULE personne qui ne me voyait pas comme le pire des salopards ! Alors faites comme bon vous semble, croyez qu'il a encore une chance de s'en sortir malgré tout ce que le Prof nous a balancé dans la gueule tout à l'heure, mais pour moi, la partie est déjà terminée, aussi je m'attaquerai au restaurant pour que justice soit rendue, et quoi qu'il advienne, je ne tomberai pas d'aussi haut que ce que vous vous allez le faire. On va perdre le Hippie, et cette chose m'arrache encore plus la gueule à dire que tout le reste, mais au moins sa mort ne servira pas à rien : Ces merdes mécaniques ont été assez demeurées pour me provoquer, elles vont le payer, et très cher, quitte à ce que moi aussi j'y reste !
Et le Patron quitta le salon sur ses mots, sous les regards stupéfaits des deux hommes et du Geek, réveillé par ses cris, partant s'enfermer dans sa chambre où il balança son poing avec tellement de force dans le mur le plus proche qu'il entendit ses articulations craquer sous la violence du choc, bien qu'il ne sentit pas la douleur. Il avait très bien pu se casser la main, il en avait plus rien à foutre à présent.
Tout ce qui importait à présent, c'était l'assouvissement de sa vengeance. On avait osé toucher à son petit monde, son univers, et ça, quelqu'un allait devoir payer pour ça… Et le plus tôt serait le mieux, de préférence.
Et l'état du Hippie, ensuite. Sa priorité absolue.
Non, arrête, c'est déjà joué d'avance du con !
Il ne pouvait pas s'y résoudre complètement, il voulait croire que ça irait, que ce n'était rien, que ça allait bien se passer, qu'ils pourraient le sauver ! Mais comment y croire ? Tout semblait si grave, son état, ses blessures ! C'était un carnage, une boucherie sans nom, même Mathieu ne semblait pas très confiant quand aux chances de l'autre écolo, il l'avait vu, il le sentait !
Mais putain, pourquoi avait-il fallu que ça tombe sur lui !
Les images se rappelèrent à sa mémoire, telles un film au ralenti, ce qui était maintenant la matérialisation d'un de ses pires cauchemars, mais aussi la cause de sa rage aveugle :Lui qui arrivait devant la pizzeria, en voiture, intrigué de voir celle du Hippie garée là alors qu'il ne devait pas y retourner aux dernières nouvelles, puis le Geek et le Panda qu'il vit près du Combi, le plus frêle des deux visiblement en état de choc.
Puis soudain, les hurlements pour troubler le silence de la nuit, et lui qui courrait jusque dans le bâtiment pour voir ce qui se passait.
Il va s'en sortir, il peut le faire, il est fort merde, il en a la force !
Son regard qui sonda l'obscurité pour trouver Mathieu à terre, à peu près aussi traumatisé que le gamin dehors, incapable de bouger. Et là l'horreur, tout simplement.
« LÂCHE-LE ! »
Le Patron se laissa tomber au sol, incapable de tenir sur ses jambes tant il tremblait, l'estomac noué par les émotions qui le submergeaient. Quel idiot, mais qu'il se relève, ce n'était pas lui ça ! Il était un homme lui, un vrai, il n'avait pas le droit de réagir comme ça, on aurait dit une de ces fillettes lorsqu'elles voient son membre pour la première fois !
«Putain, Mathieu, mais aide-moi, qu'est-ce que tu fous ! »
Et pourtant, alors qu'il se rappelait du moment où il tirait son revolver de l'intérieur de sa veste pour tirer sur l'énorme renard qui avait mordu le Hippie, le masque tomba et les larmes commencèrent à couler. Et les mots du Prof se posèrent là, entre les bruits de détonation qu'il entendait encore dans sa tête et celui de ses larmes qui s'écrasaient sur le carrelage.
«C'est… Beaucoup plus grave que je ne le pensais. Nous n'avons pas le choix, il faut l'emmener à l'hôpital de toute urgence, Mathieu a déjà appelé une ambulance, elle est en route… »
Premier tir. Le coyote s'en ficha bien et continua de déchiqueter un peu plus la peau meurtrie du Hippie.
«… Traumatisme pénétrant et fermé, comprenez par là des blessures autant visibles qu'internes. Plusieurs grosses veines ont été touchées, mais ça encore ça passe. Son épaule gauche et sa clavicule ont été cassées net, et c'est à se demander si elles vont réellement pouvoir être réparables… Je dirai bien que oui mais tout ça encore ce n'est rien...»
Second tir, plus proche cette fois, mais sans que rien n'eut changé. Le Patron réalisa soudain que le camé était inconscient et malgré lui, son cœur s'emballa. Est-ce déjà trop tard ? Non, pas possible !
«… Je suis désolé mais je vais dire les choses telles qu'elles sont, au diable les commodités ! Les côtes sur la partie gauche de son corps ont été complètement broyées, ce qui a provoqué une perforation au niveau du poumon… Et c'est là que réside tout le problème... »
Le troisième tir fut plus efficace, lui, faisant lâcher le robot en le percutant droit dans l'une des articulations de sa mâchoire. Le Hippie restait allongé sur le sol, immobile, ce qui commençait à inquiéter le criminel qui criait pour attirer l'attention de la créature sur lui et en profiter pour lui balancer tout ce qu'il avait sur le cœur en travers de la figure, pendant qu'il entendait la porte s'ouvrir dans son dos et le cri d'effroi de ce qu'il devina être Maître Panda.
Puis enfin, le quatrième tir. Celui qui fit battre en retraite Foxy, le forçant à quitter le bain de sang qu'il avait causé.
Celui qui donna le sentiment au Patron qu'on l'avait brisé en mille morceaux, alors qu'il y repensait si fort que l'odeur du sang le prenait encore à la gorge.
«S'ils n'arrivent pas à poser un drain pour évacuer l'air qui a fini dans l'espace pleural, ou le sang dans le poumon et à réparer ce dernier, ils risquent de devoir pratiquer une résection dessus… D'enlever le poumon quoi. Et c'est grave. Vraiment très grave. Et vu l'état de ceux du Hippie, ça risque de rendre difficile une quelconque guérison ou même un retour à une vie normale… Et enfin, l'œsophage à été touché. Déchiré sur quelques centimètres. C'est peut être le pire dans l'histoire ça. Et ce truc, s'ils ne le réparent pas… On va droit dans le mur. Si jamais ça vient à s'infecter, et vous vous doutez bien que vu l'état de notre frère ça risque d'aller vite… Et bien, ça sera généralisé. D'emblée. »
Une éventuelle infection généralisée, bordel. Un poumon quasiment inutilisable ou irrécupérable. Un système veineux lourdement endommagé si près du cœur... C'était vraiment trop, infiniment trop. Même Chuck Norris en personne aurait baissé les bras et rendu son chapeau de ranger à ce stade...
- Putain, pourquoi il a fallu que tu retournes là bas, toi aussi...
Les poings du criminel se serrèrent alors qu'il se sentait plus faible que ce qu'il ne l'avait jamais été dans sa vie, là, à genoux sur le sol, en larmes bien qu'il ne supportait pas ça. Il ne savait pas vraiment pourquoi il réagissait aussi violemment à tout ce qui arrivait au camé, mais une chose était sûre, c'est qu'on avait su trouver son talon d'Achille, son point faible, une putain de fêlure dont lui même n'avait pas connaissance. Et ce n'était même pas à un de ses ennemis que résultait cet exploit, des saloperies de gars armés jusqu'aux dents !
Non... Juste un con de renard robotisé qui avait frappé au hasard.
- Regarde où ça t'as mené... Tu aurais du t'écouter et rester ici, ou dehors. Tu aurais du putain, tu l'avais dit toi même qu'il fallait pas que tu y rentres à nouveau, que ça craignait ce coin là ! Alors pourquoi, merde ! Pourquoi ! Regarde dans quelle merde tu t'es mis ! Regarde dans quel état tu nous mets tous, alors qu'on espère encore en un miracle !
«Et s'ils ne soignent pas ça à temps ou qu'il n'a pas un système immunitaire assez coriace pour faire face... Le Hippie va en mourir, ce sera inévitable.»
- Et puis mince à la fin : Regarde dans quel état je me trouve, par ta faute...
Ouais. Comment pouvaient-ils tous croire que ça allait s'arranger, alors que la Science Infuse elle même avait formulé le pire ?
Et voilà. Un chapitre qui n'a pas de nuit pour une fois. XD
... Et ouais, je vais réitérer mes excuses de tout à l'heure. Vous voyez mieux pourquoi maintenant ? ^^'
Ça aussi, j'arriverai jamais à me comprendre, merde j'adore le Hippie, c'est mon personnage préféré dans SLG et voilà comment je le ménage quoi... Mon pauvre bébé quoi... T_T Pardon petit Hippie, promis, j'aime pas autant te maltraiter mais c'est plus fort que moi, tu finis toujours par morfler dans mes fics, c'est inévitable je crois...
J'en culpabiliserai presque bordel, ça craint. Me jetez pas un caillou pitié, je suis autant en peine que vous en fait... é_è Lavi', tu déconnes grave là...
Et sinon quoi, encore un cliffhanger ? Comment ça c'est pas juste, et que j'abuse parce que c'est encore pire qu'au précédent chapitre ? Je comptais pas m'arrêter là au début, je l'avoue, mais bon on arrive déjà à 22 pages… J'aurais rajoute la nuit à venir à tout ça, on finissait à 50 pages au moins, je pense. Donc bon moins d'actions sur ce chapitre mais j'espère qu'il aura quand même su vous plaire et vous émouvoir, peut être ? :$
Bon sinon je le dis haut et fort, j'aime pas manipuler le Patron, j'ai beaucoup de mal avec lui c'est fou ! O_O T_T Enfin j'adore d'un côté, mais je déteste aussi, assez paradoxalement. XD
Boooon, allez, je suis gentille, je vais me dépêcher d'écrire mais pas facile, mes partiels approchent et j'ai du boulot… J'essaie de vous sortir ça dans le mois, d'accord ? Je vous promets de faire mon maximum ! D'abord la suite de Kaidan, puis je m'y attelle, allez go Lavinia !
Bref, sur ce, plein de bisous mes amours et d'avance un grand merci à tout ceux qui posteront une review ou autre ! ^^ Vous êtes cool !
Chocolats, pompons et nougatine à tous~
Votre dévouée Lavi'.
