Chapitre 2 : Rencontre
Hannibal ouvrit les paupières, il avait très mal dormit, son cou et son dos étaient ankylosés, son œil unique semblait se consumer dans son orbite. Une très mauvaise nuit. Lentement, il se redressa, et nettoya sa pipe. C'était le seul plaisir qui lui restait, le tabac, cette chaleur qui venait réchauffer jusqu'à l'intérieur même de son corps. Il accepterait n'importe quelle maladie pour ce luxe qui lui était si précieux. Hannibal se mit debout, s'étira quelques secondes, puis il remit deux bûches dans la cheminée. Le feu qu'il avait allumé la veille s'était entièrement consumé, mais en rallumer un était loin d'être une tâche insurmontable. Une fois ceci fait, il s'occupa de son petit déjeuner. Le premier steak qu'il avait mangé la veille ne l'avait pas rassasié, il en avait dévoré cinq autres. La honte dû à l'immoralité de son acte avait désormais quittée son esprit, l'acte avait été plus facile à accepter une fois commis. Il se dirigea vers la cuisine, et ouvrit un grand coffre en métal. C'était dans ce coffre que sa famille conservait sa nourriture la température de ce container était maintenue grâce à des cubes de glace que sa mère achetait à un marchand itinérant qui passait dans tout le royaume. Hannibal se souvenait assez bien de ce grand blondinet et de son drôle de renne, il avait tenté un jour de lui apprendre à jouer aux échecs. Le résultat avait été on ne peut plus pitoyable.
Il éteignit sa pipe et la rangea, puis il se saisit de deux morceaux de chair bien gras, et les transperça d'un coup d'épée. Et retourna dans le salon, où il suspendit la viande au-dessus du feu. Une délicieuse odeur vint lui chatouiller les narines, son estomac gargouillait de plaisir à l'idée de manger. Hannibal balaya la pièce du regarde, les cadavres de Jimmy et de son complice étaient toujours ici, les os à l'air. Ceux de sa mère et de ses sœurs avait été enterrés durant la nuit. Il lui avait fallu de longues heures pour creuser dans le sol gelé de son jardin, mais sa famille pouvait dès à présent reposer en paix. Le laissant seul dans ce monde qui lui avait arraché son bonheur.
Une fois qu'il eut engloutit son repas, il entrepris de faire ce qu'il n'avait pu faire hier : prendre un bon bain.
C'est alors qu'il remarqua quelque chose d'étrange, un liquide inconnu coulait le long de son front. Il en recueilli quelques goûtes du bout de son index, et le porta à ses lèvres.
C'était de la sueur.
Stupéfait, le jeune homme se précipita jusqu'à la fenêtre, et ce qu'il découvrit le laissa sans voix.
Dehors, il n'y avait plus de blizzard, plus nuages, même plus de neige ! Le Soleil avait retrouvé sa place haut dans le ciel, et Hannibal en conclut qu'il devait être aux alentours de midi. Mais cette tempête, le point de départ, l'étincelle qui avait provoqué la chute de son univers, cette tempête avait disparue.
En rage, le jeune homme ouvrit la porte, et se précipita dehors. L'atmosphère estivale l'enveloppa, et une petite brise bien fraîche lui chatouilla le visage. Pas de doute, l'été était revenu. En rage, il serra les poings et poussa un rugissement de colère. Hannibal tomba à genoux, et leva les bras au ciel.
-Alors c'est tout ?! Une semaine en Enfer, et après tout redevient tout beau tout rose ? C'est ça le deal Seigneur ? Hein ?! C'est ça ?!
Il éclata d'un rire nerveux, le genre de rire qui reflète l'amusement qu'on peut avoir pour soi-même.
-J'imagine que tu t'es bien marré de me voir souffrir, vociféra le jeune homme en pointant un doigt accusateur sur le Soleil. Tu t'es dis : « Tiens, et si je faisais vivre le pire cauchemar à un type, et que juste après je lui révèle que c'est une blague » ? C'est ça que tu t'es dis mon Dieu ?! Et bin je dois dire... Bravo ! (il applaudit) Vraiment bien joué, ça a été une horreur. Alors maintenant que la blague est finit, maintenant que le rideau est tombé, dit moi Seigneur, tu peux me la rendre ? Ma famille, ma vie, tu peux me les rendre ?! Enfoiré ! Rends les moi ! Bon sang, rends les moi !
Hannibal éclata en sanglot, son œil unique vint se remplir de larmes. C'était beaucoup trop ! Il était en proie à de violentes émotions, tristesse, désespoir, colère. Il ne méritait pas cela, personne ne méritait un tel traitement. La colère prit finalement le dessus sur le reste, et il fut vite remit sur pied. Une idée complètement folle venait de traverser son esprit.
-Et si on finissait le boulot, siffla-t-il entre ses dents, c'est bien ça que tu veux, non ?
Emporté par la colère, il rentra dans la maison, et se dirigea d'un pas précipité vers la cuisine. Il ouvrit un placard, et en sortit un bidon de fer qu'il déboucha.
-Finissons le boulot, rugit le jeune homme en envoyant de longues coulées de pétroles dans le salon. Il ne s'arrêta pas là, il en répandit aussi sur les murs et les rideaux. Avant de vider la moitié qu'il restait sur les cadavres de Jimmy et de la grande asperge. Un sourire fou se dessina sur son visage, il retourna sur le seuil de la porte, et sortit une allumette qu'il craqua.
Il n'hésita pas une seule seconde, il la jeta sur le tapis qui s'embrasa, bientôt suivit par l'intégralité du salon. Hannibal laissa échapper un cri de vengeance en voyant les flammes embraser ce qui avait été son foyer pendant les dix-neuf ans qui composaient son existence. Il se recula pour admirer son œuvre, et remarqua avec une satisfaction non dissimulée que la façade avait prit feu elle aussi. Il souriait de sa victoire, il avait brûler sa maison avant que Dieu ne la lui prenne, de son point de vue, cela lui laissait une friandise au moins à se mettre sous la dent.
C'est alors qu'un frisson étrange lui parcouru le dos, et Hannibal devina immédiatement ce que c'était : il lui manquait quelque chose.
Il réfléchit quelques instants, avant que son œil unique ne se remplisse d'effroi.
-Ma palette..., murmura-t-il en réalisant la perte définitive de son bien le plus précieux.
Il sentit un petit picotement dans la nuque, et en déduit que cela devait être le regard moqueur de Dieu.
-Attends un peu, gronda-t-il en se précipitant dans le brasier, tu vas voir !
Cela faisait maintenant près de trois heures que la Reine d'Arendelle et son escorte, chevauchaient à travers la campagne pour chasser définitivement l'hiver de leur pays. Elsa était épuisée, jamais elle n'aurait cru qu'annuler l'effet de ses pouvoirs aurait été aussi fatiguant. Plusieurs fois, les soldats lui proposèrent de faire une halte afin qu'elle reprenne son souffle. Mais la Reine se refusait à perdre du temps, elle voulait mettre un terme définitif à ce cataclysme dont elle était la principale responsable. Elle ne permettrait pas que son peuple ne souffre davantage par sa faute, c'était absolument hors de question.
Les soldats étaient impressionnés par la force de caractère dont faisait preuve leur souveraine. Partout où elle passait, le blizzard cessait, les nuages se dissipaient, et le Soleil revenait réchauffer le peuple et la terre de ses rayons. Depuis le départ, elle n'avait pas ralenti l'allure, et cela semblait être éprouvant pour son corps. Mais elle s'en moquait. Vaincre définitivement l'hiver était devenu son seul et unique but.
Cependant, un détail vint frapper l'attention du lieutenant en charge de l'escorte. Et celui-ci vint marquer une halte. Elsa était tellement absorbée par son pouvoir qu'elle continua sa route sans avoir remarqué quoique ce soit. Mais les appels de ses sujets la ramena brutalement sur Terre, et elle revint dans le groupe en s'excusant pour avoir été aussi distraite.
-Pourquoi cette halte ? Demanda la souveraine d'une voix qui trahissait sa fatigue.
Les soldats autour d'elle échangèrent des regards amusés, elle fronça les sourcils.
-Qu'y a-t-il de si drôle ?
-Majesté, il n'y a plus de nuage.
La jeune femme leva les yeux au ciel, le Soleil brillait de mille feux dans un ciel bleu azure. Elle eut beau regarder partout, il n'y aucune tâche blanche pour venir gâcher ce beau tableau d'été. Un sourire se dessina sur ses belles lèvres rouges.
-Bon, commença la Reine sans décoller son regard de ce beau paysage, je crois que nous pouvons rentrer.
Satisfaite, Elsa ordonna à sa monture de prendre le chemin du retour. C'est alors qu'une étrange odeur vint chatouiller les narines de la souveraine. Elle s'arrêta, et se retourna. Un immense nuage de fumée dépassait la sommets des arbres, et allait se perdre dans le ciel. Elle fronça les sourcils.
-Que se passe-t-il ? Demanda-t-elle à son lieutenant.
Le garde avait lui aussi vu la fumée, mais il ne s'en préoccupait pas plus que cela.
-Peut-être un feu de joie, suggéra-t-il sans vraiment y croire lui-même.
C'est alors un rugissement de douleur se fit entendre, le plus long et le plus horrible que la jeune Reine ait jamais entendue de toute sa vie. Son sang ne fit qu'un tour.
Malgré sa fatigue, elle lança sa monture au galop, sans prêter attention aux appels de son escorte. Peu lui importait ce qu'il l'attendait dans cette forêt, jamais elle ne laisserait des gens souffrir alors qu'elle était dans les parages.
Hannibal criait, hurlait sa peur et sa douleur. Ses mains avaient prit feu. Sans doute avait-il malencontreusement versé quelques giclées de pétroles sur ses doigts, au moment où avait commis son méfait. Aveuglé par sa rage, il n'avait même pas noté ce détail. Il agitait ses bras dans tout les sens, puis finalement, il les coinça sous ses aisselles pour étouffer les flammes.
« Pchhh »
Quelques larmes perlèrent de son œil unique, la souffrance qu'il ressentait était abominable. Mais il ne s'arrêta pas pour autant. Ignorant sa douleur du mieux qu'il le pouvait, il gravit quatre à quatre l'escalier de sa maison, et fit irruption dans sa chambre. Par chance, le feu n'avait pas encore atteint cette partie ci de l'habitation. Mais ce n'était qu'une question de seconde. Il balaya la pièce du regard, et finit par la trouver. Cela faisait une semaine qu'il ne l'avait pas vu, cette boite rectangulaire d'environ cinquante centimètres de long et vingt-cinq de large. Il s'en saisit avidement, la douleur présente dans ses mains l'irradia presque aussitôt, mais il s'en moquait. Il tourna les talons, et poussa un hurlement d'horreur.
La porte de sa chambre s'était embrasée, et bientôt, la commode la suivit. Hannibal recula, terrifié comme jamais. Il était fait comme un rat.
Elsa déboucha sur une jolie petite clairière à l'ouest de la forêt, et ce qu'elle vit la pétrifia. Au pieds d'une haute colline, se dressait une maison trop grande pour des paysans ou des marchands. Et cette maison était en flamme. Un véritable brasier s'élevait sous les yeux de la jeune femme, qui ne put réprimer un petit cri pitoyable. Son escorte arriva en trombe derrière elle, et découvrirent à leur tour l'horrible spectacle.
Le lieutenant se mit à la hauteur de sa Reine, trop déboussolée pour noter sa présence. Il dû la prendre par le bras pour lui parler :
-Majesté, commença-t-il d'une voix triste, j'ai peur qu'il n'y ait plus rien à faire.
Elsa acquiesça doucement, mais la tristesse et l'impuissance se lisaient dans son regard. Elle s'apprêtait à donner l'ordre de repartir, quand un bruit de verre brisée lui fit rouvrir les yeux.
Elle ne sut ce qui avait déclenché son pouvoir à ce moment-là, toujours est-il qu'au moment où elle vit un jeune homme passer à travers la fenêtre du premier étage, elle avait tendu son bras désespérément. Et un gros tas de neige d'environ deux mètres s'était formé juste en dessous du malheureux, qui s'écrasa lourdement dans celui-ci, en état de choc, mais indemne.
Vive comme l'éclair, Elsa mit pied à terre, et se précipita jusqu'à celui qu'elle avait sauvé. Ce dernier ne comprenait plus rien à ce qu'il se passait, et il dû prendre plusieurs poignées de cette matière blanche qui l'avait sauvé pour bel et bien s'assurer que c'était (encore) de la neige. Dieu avait décidément un sens de l'humour plutôt douteux.
-Tout va bien ? Demanda la souveraine en s'agenouillant près de lui.
Hannibal releva la tête, et elle poussa un petit cri de surprise en voyant son orbite dépourvu d'œil, et la chair de ses mains calcinée. Le jeune homme observa celle qui l'avait sauvée pendant quelques instants, avant de répondre :
-On ne peut mieux. Vraiment... C'est le pied.
Juste avant que son œil unique ne se voile, laissant la Reine disparaître dans le néant.
Lorsque Hannibal revint à lui, absolument chaque recoin de son corps le faisait souffrir. Il remarqua que son orbite vide était recouvert d'un bandeau blanc, il mit quelques secondes à découvrir l'endroit où il se trouvait.
La chambre qu'il occupait était un peu trop blanche à son goût, et elle était vide qui plus est. Il n'y avait absolument rien dans cette pièce mis à part le lit qu'il occupait, et une petite table de nuit sur laquelle était posé un verre d'eau. Il tendit le bras pour s'en saisir, mais une violente douleur vint irradier sa main au moment où il s'en saisit.
Et c'est là qu'il se souvint, la maison, sa famille, Jimmy et l'Asperge, le feu.
Hannibal voulut hurler sa frustration et sa colère, mais il était encore bien trop fatigué pour faire quoique ce soit. Il avala son eau en tentant de ne pas prêter attention à la douleur, puis il enfonça sa tête dans son oreiller. Il voulait se rendormir, et fuir tous ses problèmes en partant au pays des songes. Mais il entendit la porte de sa chambre s'ouvrir, agacé, il lâcha un grognement avant de se redresser.
Une jeune fille brune d'environ vingt-deux ans entra avec un bloc-notes sous le bras, elle lui sourit pour le saluer mais il ne lui rendit pas son sourire.
-Et bien, commença-t-elle un peu vexée de sa réaction, on s'est enfin réveillé à ce que je vois.
-Où suis-je ?
Il avait parlé d'un ton froid, glacial même, il semblait faire un effort surhumain pour lui adresser la parole.
-A l'hôpital d'Arendelle, on t'as amené ici hier après-midi. Tu étais dans un drôle d'état.
Hannibal tenta de se redresser, mais l'infirmière (car c'en était une) le repoussa doucement.
-Tut tut, le docteur a dit que tu devais rester au lit.
-J'ai envie d'aller aux toilettes.
La brune farfouilla dans son tablier, et en sortit un flacon de bonne taille. Puis elle releva la couette, et baissa son pantalon.
-Qu'est-ce que vous faites ? S'étrangla le jeune homme en écarquillant son œil unique.
-Tu n'as pas le droit de bouger, et crois moi ça ne m'amuse pas plus que toi.
Hannibal lui lança un regard mauvais, au son de sa voix, il était évident qu'elle ne disait pas la vérité.
Une fois qu'il eut réglé sa petite affaire, l'infirmière se dirigea vers la sortie, avant de s'arrêter sur seuil et de lancer :
-Je ne sais pas ce que tu as fait pour te retrouver dans un état pareil, mais tu as eu de la chance que la Reine t'ai retrouvé.
Hannibal ouvrit un œil exorbité.
-La Reine ?
La jeune femme lui adressa un sourire malicieux avant de sortir, le laissant à ses interrogations.
Assise à son bureau, Elsa avait un mal de chien à ses concentrer sur ses tâches administratives. Elle n'arrivait pas à se défaire de la vision du jeune homme qu'elle avait sauvée hier. Elle n'avait jamais vu un corps aussi mutilé que le sien, et la seule pensée de son orbite vite suscitait des accès de tristesse et de dégoût.
Elle se sentait coupable, c'était ridicule, mais elle se sentait coupable.
Elle ne savait pas encore exactement ce qui la faisait culpabiliser, peut-être l'hiver (SON hiver) avait-il été le point de départ de ses souffrances ? Peut-être que le fait d'avoir prit une nuit de repos avant d'aller dégeler ces contrés aurait empêché (ou limité) ses souffrances. Quoiqu'il en soit, Elsa se sentait en partie responsable de ce qui était arrivé à ce jeune homme. Elle se sentit très lasse tout à coup, et pourtant, elle avait encore du travail. Elsa se saisit d'un parchemin au milieu des autres, et le lu. Il s'agissait d'une invitation à un bal dans le lointain royaume de Medon, dans le but de finaliser les accords commerciaux qui avaient été proposés par l'un de ses conseillers. Après avoir mis un terme à ceux que le royaume tenait avec Weselton, il était nécessaire de trouver d'urgence un nouveau partenaire commercial. Et Medon semblait le mieux placé pour reprendre la main. Mais la souveraine n'avait pas le cœur à quitter son royaume, elle qui l'avait tant négligé ces dernières années. Cependant, elle remarqua que le bal n'aurait pas lieu avant plusieurs mois, ce qui lui laissait un peu de temps pour remettre de l'ordre dans le pays. Aussi, elle décida d'accepter, et demanderait à l'un de ses conseillers de l'accompagner. Elle s'apprêta à passer à un autre parchemin, lorsque quelqu'un entra dans la pièce. Elsa savait de qui il s'agissait avant même d'avoir levé les yeux, après tout, il n'y avait qu'une seule personne au château qui entrait sans frapper.
-Toujours au travail, lança Anna en jetant un regard moqueur à sa grande sœur.
Cette dernière laissa échapper un soupir de fatigue.
-Et je ne suis pas près d'avoir finis, qu'est-ce que je peux faire pour toi ?
-Je me demandais quand est-ce que tu irais voir le jeune homme que tu as sauvé hier.
Anna était bien entendu au courant de cette histoire, Elsa la lui avait conté autour du dîner de la veille. La souveraine jeta à sa sœur un regard consterné.
-Je n'ai pas vraiment le temps comme tu peux le constater, soupira-t-elle en désignant la pile de document. Et quand bien même je le pourrais, pourquoi est-ce que j'irais le voir ?
Anna était un peu étonnée par le ton que prenait sa sœur, ça ne lui ressemblait pas d'être aussi... aussi... aussi froide.
-Et bien, pour lui rendre ça peut-être ?
D'un geste, elle désigna la palette rectangulaire qui était posée contre un meuble. Les gardes avaient eu bien du mal à l'arracher des mains de Hannibal.
Mais Elsa ne se laissa pas faire.
-J'enverrais quelqu'un pour la lui rendre.
Anna prit une mine consternée.
-Oh allez quoi, lança-t-elle gaiement dans l'espoir de motiver sa sœur, tu n'as pas envie de savoir ce qui lui ait arrivé ?
-Pas du tout.
C'était un mensonge, elle brûlait d'envie de savoir si c'était bien ses pouvoirs qui avaient été la cause de tous ces soucis. Mais elle n'avait aucune envie de le revoir.
Anna dû deviner ses pensées, car elle ajouta :
-Il est si laid que ça ?
-Hein ? Elsa ouvrit brusquement de grands yeux. Non, non pas du tout.
-Alors quoi ?
-C'est juste que..., la souveraine réalisa alors qu'elle était à court d'arguments. Mais elle répondit d'un ton agacée :
-Je n'ai pas envie, c'est tout. Et en plus j'ai du travail.
-Bien.
Anna ramassa la palette, et se dirigea vers la sortie.
-Où vas-tu avec ça ? Appela sa sœur depuis son bureau.
Elle se retourna, un sourire malicieux sur le visage.
-Tu ne veux pas le voir ? D'accord, mais moi j'y vais.
Elsa voulut protester, mais elle n'avait aucune raison valable de s'y opposer. En outre, Anna était difficile à arrêter quand elle avait une idée en tête.
Elle se contenta de soupirer, avant de se replonger dans son travail. La rousse laissa échapper un sourire triomphant, avant de sortir.
Hannibal s'ennuyait ferme dans cette chambre trop blanche à son goût. L'infirmière n'avait pas reparut, pas plus qu'un quelconque docteur ou même un aide-soignant. Il n'avait pas réussi à se rendormir, et il lui était impossible de se lever. Il avait jeté un coup d'œil à son ventre, les grossiers points de suture que lui avait fait Maria avaient été remplacé par d'autres effectués d'une main plus professionnel. Mais le mal était déjà fait, et il savait qu'il conserverait ses longues cicatrices blanches toute sa vie. En réalité, chacune des blessures qu'il avait reçu lui laisserait une marque indélébile. « Pour me rappeler mon pire cauchemar », songea-t-il en observant ses mains pansées.
Le souvenir avait beau être encore très proche, Hannibal refusait de penser à son ancienne vie. Il savait que cela ne lui apporterait que plus de souffrances, et il en avait déjà bien assez pour le restant de ses jours. Son seul réconfort était sa fenêtre, même s'il était trop loin pour voir ce qu'il se passait au dehors, il pouvait entendre les marchands, les pêcheurs, les enfants, les chevaux, et bien d'autres choses. Mais entendre ne lui suffisait pas, il voulait voir, il voulait sortir. Jamais de sa vie, il n'était venu à Arendelle. Son père s'était toujours fermement opposé à emmener ses enfants avec lui lorsqu'il était convoqué par l'armée pour des raisons évidentes. Et s'il obtenait une permission, il préférait passez du temps dans sa maison avec sa famille, car l'atmosphère de la ville était selon lui « étouffante ». Mais Hannibal voulait sortir, il voulait voir à quoi ressemblait cette ville dont il avait tant rêvé. Il voulait découvrir se nouveau monde qui s'offrait à lui et qu'il ne pouvait atteindre. Il rageait tellement qu'une vive douleur irradia ses mains, dans sa frustration, il avait serré sa couverture de toutes ses forces. La souffrance le calma un peu, il ne pouvait rien faire de là où il était. Son état le rendait impuissant et pitoyable, il détestait cela.
C'est alors qu'un raclement de gorge le fit sortir de ses pensées, il tourna la tête. Une jolie jeune fille avec des tresses rousses et une robe vert claire se tenait à l'entrée de sa chambre. Cette visite impromptu vint apaiser l'esprit du jeune homme, il était content d'avoir enfin un peu de compagnie.
-Bonjour, lança maladroitement la jeune fille.
-Bonjour.
Hannibal remarqua alors ce qu'elle tenait sous son bras, et sa visiteuse lut avec satisfaction une lueur de joie dans son regard.
Elle s'avança vers lui, et lui tendit sa palette. Il mit un peu de temps pour la saisir, comme si il avait du mal à réalisé ce qui lui arrivait.
-Merci beaucoup, répondit-il poliment en souriant sa reconnaissance.
-Je vous en pris.
Il posa son bien sur sa table de nuit.
-A qui ai-je l'honneur ?
-Je suis Anna, dit la jeune fille en effectuant une petite révérence, princesse d'Arendelle.
Hannibal ne put masquer sa surprise, et surtout son embrassement. Il devait avoir l'air bien pitoyable dans son lit d'hôpital en présence d'une altesse royale.
-Hannibal Holmes, dit-il en inclinant la tête. Navré de ne pas être en mesure d'effectuer une révérence plus convaincante votre Altesse.
-Oh ne te dérange pas, ça ira très bien.
Le jeune homme haussa un sourcil.
-Vous me tutoyez ?
-Et bien, oui. Répondit-elle après une demi-seconde de réflexion. Est-ce que ça te dérange.
-Non, mais c'est vraiment bizarre de se faire tutoyer par une princesse.
Anna éclata de rire, un rire enfantin et doux. Hannibal commençait à l'apprécier.
-Je ne suis pas ce genre de princesse.
-J'avais cru comprendre, sourit-il. Puis-je vous poser une question votre Altesse ?
-Ah non.
Hannibal parut étonné, puis il inclina à nouveau la tête en signe d'excuse.
-Je veux dire : ne me vouvoie pas, précisa-t-elle en souriant. Ça me gêne un peu.
-Est-ce que je peux te poser une question ? Reprit-il en riant un peu.
-Bien sûr.
-Pourquoi est-ce que tu t'ai donné la peine de me rapporter ma palette ? Je veux dire, tu aurais pu demander à un valet de le faire pour toi.
Anna se balança d'un pied à l'autre, Hannibal trouvait sa façon de faire aussi adorable qu'enfantine. Elle mit quelques secondes avant de répondre :
-Je voulais faire ta connaissance, quand ma sœur m'a parlé de toi hier soir, j'ai eu très envie de te connaître.
Le jeune homme fronça les sourcils.
-Votre sœur, la Reine ?
-Oui.
-Alors, elle m'a vraiment... ?
-Et oui, elle t'a sauvé la vie.
Hannibal se passa une main dans les cheveux, il n'arrivait pas à s'en souvenir. Il n'arrivait pas à le visualiser, le visage de la Reine. Il ne s'en souvenait pas.
Anna fut un peu inquiète de voir le regard profond qui luisait dans l'œil unique du jeune homme. Elle se demandait s'il pensait à sa sœur.
Prit d'une pulsion soudaine, il souleva sa couverture. Il avait un peu honte du pyjama blanc ridicule qu'il portait, mais il ne supportait plus cet endroit. Il voulait en sortir.
-Votre Majes... Pardon, Anna ? J'aurais un service à te demander.
-Lequel ?
Hannibal jeta un regard méprisant à la tenue dont il était affublé, puis son œil se posa à nouveau sur la jeune fille.
-Est-ce que tu pourrais me trouver des vêtements ?
A suivre, Chapitre 3 : D'un coup de pinceau.
