Chassez le naturel…
(POV Draco)
Oui.
Oui je le voyais. Comme un flashback, Harry adolescent se tenait devant moi. Pour lui le temps s'était figé.
S'ensuivit un éclat de colère de la part du Gryffindor. Pourquoi moi pouvais-je le voir et l'entendre alors que les gens qu'il aimait, non ?
« C'est pas juste » a-t-il hurlé.
Puis il a disparu.
Il m'a laissé seul, blessé. Je me suis senti soudain à l'étroit dans cet appartement alors j'ai pris mes affaires et suis sorti faire un tour.
Je ne le savais pas encore mais c'était le début d'une vendetta injustifiée dont j'allais être la victime.
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Seul toute la journée, en colère, Harry expérimentait la maîtrise de sa consistance. Quand il avait réussi à apparaitre, il s'était senti gonfler, épaissir. C'était difficile de mettre des mots sur cette sensation inédite aussi ne le chercha-t-il pas. Il cherchait plutôt à la ressentir à nouveau et à contrôler cet état.
Ainsi, quand Draco se regardait dans le miroir, sans s'y attendre, l'image de Harry remplaçait la sienne causant des sursauts et des grognements d'un côté et des rires de l'autre côté du miroir.
Ensuite, Harry apprit à modifier le reflet de Draco : faire apparaitre des choses, le grossir, le rapetisser, etc. mais ça, il le gardait pour lui, présent mais invisible. Il fallait bien s'occuper non ?
Tout commença par une histoire tirée par les cheveux.
Le matin, Draco se préparait dans la salle de bains et jetait un regard rapide dans la psyché. Ainsi, en enfilant la veste, il fronça les sourcils car il semblait décoiffé. Il se rapprocha du miroir et se recoiffa, du moins le croyait-il.
« Très fin, Potter le décoiffage », grogna-t-il le soir en jetant ses clefs sur un petit guéridon proche de l'entrée.
Il ne regarda même pas le miroir, filant à la salle de bains.
« Ca t'allait bien, je trouve, grimaça Harry dans son dos. Un Malfoy décoiffé, depuis le temps que je rêvais de voir ça ! »
Toujours impeccable, les collègues de Draco l'avaient bien charrié sur ses cheveux décoiffés mais ça, il ne le dirait pas.
« Ah ? T'es spécialiste des coupes de cheveux ?
- Si je pouvais, j'te raserais la tête pour voir ce que ça fait ! »
Draco haussa les épaules et prépara du thé.
« Tu dois être mignon comme ça », continua Harry.
L'image de Harry s'effaça. Une de Draco, chauve, apparut à la place.
Draco fixa ce reflet de lui chauve, bouleversé.
« Ne touche pas un seul de mes cheveux, ah mais c'est vrai, j'ai pas à m'inquiéter, t'es coincé là-dedans.
- Reste ! Regarde-toi ! Alors, tu te trouves bien comme ça ? T'économiserais du temps dans la salle de bains ! N'empêche si tu passais pas deux heures à te gominer les cheveux…
- Je ne me gomine pas les cheveux !, rétorqua Draco, de la cuisine.
- Oooh, pardon, t'as les cheveux gras alors ?
- Regarde-toi toi ! T'es minable avec tes cheveux hirsutes, dit Draco, une tasse de thé fumante à la main. Même mort tu sais pas te coiffer. Et pour ta gouverne mes cheveux ne sont ni gras ni gominés.
- Le mort, il t'emmerde, Malfoy... »
Le reflet de Draco se flouta et apparut vieux et ridé.
- Oh, j'ai touché un point sensible ? Et oui, je vais vieillir mais je suis vivant.
- Et tu es seul comme un chien.
- Et je peux voir tes amis et... tes amis peuvent me voir.
- Peut-être... mais ils ne seront jamais tes amis. Personne ne t'aime et tu crèveras seul t'as raison, je t'envie, dit Harry en brouillant encore l'image et reflétant cette fois une pièce vide. Tiens, une jolie vision de ton avenir... Un appart minable et vide avec juste de la poussière pour te tenir compagnie. »
Malfoy marqua une pause, baissant les yeux mais les relevant, féroce :
« J'ai choisi d'être seul. Peut-être que je n'ai pas choisi d'être ici mais ma solitude je la revendique alors fais attention à toi. Tu as envie de finir dans une pauvre cave avec des rats pour seuls amis ? Réfléchis, Potter. Ta seule chance de compagnie, c'est moi. »
Il partit à la fenêtre fumer. Mais l'échange n'était pas fini.
« Si ça te plait tant que ça d'être seul, explique-moi pourquoi tu gardes le reflet de ton pire ennemi chez toi ? Pour le fun ? Ou parce que tu crèves de solitude ?, grommela Harry.
- Je commençais à apprécier ta compagnie tu vois mais... je peux vivre sans toi alors... tu présentes tes excuses ouuuu je te descends à la cave, conclut Draco, un petit sourire sadique aux lèvres.
- Et des excuses pourquoi, s'il te plait ? Avoir décoiffé ta royale tête ? Tu l'as fait tout seul.
- Je suppose que tu choisis la cave ?
- Ca va, je m'excuse, vomit à contre-cœur Harry.
- J'ai pas entendu.
- J'ai dit : je m'excuse ! Et en plus, il est sourd...
- Voilà qui est mieux. »
Draco écrasa sa cigarette et prépara son dîner en sifflotant.
Ce qui était une accalmie d'un côté, était une bouderie de l'autre. Draco profitait du calme (absence totale de Harry) et Harry méditait une revanche. Cracher des excuses pour une petite blague de rien du tout, c'était n'importe quoi !
A ce stade, Harry avait perdu de vue le début de l'histoire : il ne pouvait pas être vu par ses amis mais Draco n'en était pas responsable. Il avait déclenché une vendetta idiote et immature, aveuglé par la colère et la peine. Bien qu'aux yeux de Harry, ses facéties étaient amusantes, elles avaient un côté pervers : Draco était impuissant face à elles et ils étaient retombés dans la configuration de l'école, à se jouer des tours. Cette fois, Harry se sentait supérieur et avait le dessus, il contrôlait pleinement la situation. Les rôles étaient inversés : c'était lui qui rabaissait Draco à une vie minable et pauvre. Voilà, il était grisé par la colère, la peine, l'ennui et le pouvoir. Il était devenu un despote.
Sept jours de répit, sept jours de réflexion.
Harry allait faire ce qu'il savait le mieux : babiller pour ne rien dire. Il commença au retour de Draco du travail, il continua toute la nuit et aux lueurs de l'aube il ne s'était pas lassé. Sept jours de silence suivis d'une nuit d'enfer.
« Hé Draco ! Tu dors ? Tu dors ? Non, Parce que j'avais pas fini de te raconter la fois où on est allé dans la… »
Sans un mot, Draco, l'air hagard, ouvrit la porte de son appartement et saisit le miroir.
« Draco ? Tu vas pas me descendre à la cave, hein ? Tu sais que je plaisantais ?
- Tu m'as saoulé toute la nuit, moi je bosse, je ne glande pas toute la journée comme toi. Là je ne peux plus te supporter. Tu as de la chance que je ne t'ai pas pété en mille morceaux mais je te jure, ça me démange.
- Mais... allez, c'est bon, je rigolais.
- Moi je ne rigole pas. »
Et il ne rigolait pas. Sans un mot, sourd aux suppliques d'Harry, il descendit les escaliers jusqu'à la cave.
« Mais ! Draco ! Attends, je rigolais je te dis ! Je... j'ai rien d'autre à faire pour m'occuper. S'il te plait, je le ferai plus. C'est promis.
- Je ne te supporte plus. Ca ne pouvait pas fonctionner nous deux, je suis navré. Je… je suis malade et tu ne me facilites pas la tâche.
- Me laisse pas là ! Je ne veux pas être seul ! Je ne veux plus être seul !
- Tu me rends dingue. Tu as parlé toute la nuit. Sans interruption. Je suis à bout. Réfléchis à ton comportement. Je ne suis pas responsable de ta mort, je ne suis pas responsable de… de ton état. Ecoute-toi me parler ! L'école et les bagarres d'ado, c'est fini. Je suis un homme moi, un adulte, je bosse, je suis à cran. Arrête !
- De toute façon, tu voulais te débarrasser de moi depuis le début ! T'es qu'un pourri, Malfoy t'étais un pourri et tu l'es toujours ! T'as pas changé, cracha Harry hors de lui.
- Toi aussi, Harry tu n'as pas changé, soupira Draco. Ça marchera pas la cohabitation. »
Le regard baissé, presque honteux, il referma la porte et sortit de la cave non sans avoir entendu la dernière vindicte de Harry :
« J'espère que tu crèveras seul comme un chien ! »
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« A quoi tu penses, beau blond ?
Draco leva ses yeux bleu gris vers son interlocutrice.
« Hein ! Tu penses à quoi ? A qui ? Depuis que je te connais je ne t'ai jamais vu comme ça.
- A Harry. »
Draco se mordit la lèvre. Il s'était fait berner comme un débutant.
« Harry !, s'exclama la jeune fille au bord de l'hystérie. Et c'est qui, Harry ? Un ami ? Un amant ? Il est comment Harry ?
- Il est mort, lâcha Draco, blasé par tant de frénésie.
- Oh… je suis navrée, excuse-moi, dit Grizel.
- Il… il est mort il y a cinq ans mais je pense beaucoup à lui en ce moment. On avait 17 ans, je… je n'ai pas pu empêcher sa mort. Je n'en suis pas responsable mais… j'aurais dû mourir à sa place.
- T'es dingue, dis pas ça !
- Harry était… parfait. Populaire, super sportif, généreux, marrant, un héros en fait. Tout le monde l'aimait. Il… Il était orphelin mais il a toujours fait contre mauvaise fortune bon cœur. Toujours heureux de ce qu'il avait. Moi j'étais jaloux. Avant leur déroute, mes parents étaient… blindés, on va dire. J'ai toujours eu ce que j'ai voulu. Des superbes vêtements, tous les objets dernier cri, tout. Je ne manquais de rien. J'abusais à outrance de ces privilèges. Tout allait bien. J'étais le petit prince, continua Draco, sur un ton moqueur. Puis Harry était arrivé. Il était moche, orphelin, pauvre. J'ai fait de sa vie un enfer. »
Draco marqua une pause. Jamais il ne s'était autant confié. En face, sa jeune collègue Grizel était stupéfaite. Elle le connaissait depuis deux ans et jamais il n'avait parlé de lui. Ce gosse de riche qu'il décrivait semblait une invention. Elle l'avait toujours connu humble, taciturne et gentil.
« Tu n'as jamais été aussi loquace, ça me trouble », dit Grizel.
Son ami finit sa cigarette.
« On avait 11 ans quand on s'est connus Harry et moi. J'ai été un sale con toutes ces années… Il est mort à 17 ans. 17 ans… Il y a eu tant de morts… »
Grizel fronça les sourcils.
« Tant de morts ? Mais de quoi tu parles ?, demanda-t-elle.
- Une… une espèce de guerre des gangs. »
A quoi bon avouer à sa collègue la vérité ? Ca n'était qu'un décor sanglant mais avec de vrais gens, de vraies morts, un décor auquel Grizel n'aurait pas cru.
« Oui, une espèce de guerre des gangs et Harry était chez les gentils. Il est mort pour sauver les autres. Et moi, je suis encore là. Je ne manque à personne, moi.
- Tu me manquerais, tu sais. On ne se connait que depuis deux ans mais je suis très attachée à toi et quand je partirais, tu me manqueras ! Ca ne compte pas ce qu'on a fait avant. »
Draco regarda la jeune fille, plein de tendresse.
Quand il était arrivé à Londres, il avait pris le premier emploi venu et Grizel, une jeune collègue arrivée en même temps que lui, l'avait aussitôt accaparé. Il l'avait d'abord repoussée mais force était de reconnaître qu'elle était sympathique et ils étaient devenus très proches. Savoir qu'elle allait bientôt partir pour Newburg lui brisait le cœur. Il avait même pensé quitter Londres et partir avec elle là-bas, en Ecosse, mais Ewan, son petit ami, l'aurait peut-être mal pris.
« Je t'aime beaucoup, tu le sais, dit Draco en jouant avec une mèche rousse de Grizel. C'est gentil ce que tu dis mais… j'étais vraiment un connard. Et Harry est vraiment mort. Et je ne peux rien faire, encore. Je l'ai vu mourir sous mes yeux, impuissant et là… »
Là quoi ? Il n'allait quand même pas parler du miroir. Neville, sorcier ne le croyait pas alors une moldue…
« J'ai gardé un contact avec un ami que nous avions en commun et je l'ai vu il y a plusieurs jours. Pour nous la vie a continué. Cet ami, Neville, a une copine mais lui aussi est encore très malheureux de la mort de Harry. Il était avec moi quand c'est arrivé et reparler de tout ça… Ca me rappelle Harry. Il aurait comme nous, 23 ans, il serait sans doute Aur… Je sais pas, sportif pro ou policier qui sait. J'aimerais faire… euh… avoir fait quelque chose pour lui mais… »
A ce stade de la conversation, Draco s'enlisait. Il en disait trop ou trop peu, ça devenait confus même pour lui. Il pouvait agir. Il pouvait sortir Harry de la cave car il lui manquait. Il s'était très vite habitué à lui. Pour qui s'était-il pris à l'enfermer ainsi ? Il avait reproché à son ancien ennemi son immaturité mais lui ne valait guère mieux. Ils ne résoudraient pas le problème ainsi.
« Excuse-moi, je t'ennuie avec ça alors que c'est une vieille histoire.
- Tu m'ennuies jamais Danny ! Sauf quand tu refuses de sortir avec moi ! Alors ce soir on va boire un coup après le boulot et je te présente Joan, elle est trop canon et comme ça fait un bail qu'elle est seule, tu devrais la mettre dans ton lit rapidement.
- Tu t'entends parler de tes copines ! Tu lui as raconté quoi à Joan ? Que moi aussi j'avais faim et que je serai facile ?
- C'est pas mon style, bouda Grizel. Je lui ai dit que tu étais trèès mignon, trèèèès gentil et trèèès malheureux. Au moins une chose est vraie, rit-elle avant de se lever et retourner travailler, suivie de Draco désabusé. Peut-être ce soir irait-il avec Grizel rencontrer cette Joan mais il rentrerait tôt et irait à la cave.
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Même la cave de Draco était déprimante. Il n'y avait rien en fait. Pas de cartons, pas de vélo, pas de meubles, pas de bagages, pas de souvenirs. Rien. Toutes ses possessions étaient donc dans le petit studio dépouillé ? S'il n'avait pas été enfermé, Harry aurait presque eu pitié.
Combien de temps s'était écoulé jusqu'à ce que la clef se fasse enfin entendre ?
Derrière la porte, Draco marqua une pause. Il avait laissé passer une nuit après sa discussion avec Grizel. De toutes façons, il était rentré tard et ivre. Tellement ivre qu'il avait failli monter chez Joan quand il l'avait raccompagnée. Il s'était caché derrière son ivresse, il ne fallait pas faire ça comme ça. La jeune femme, séduisante par ailleurs, avait ri puis elle l'avait embrassé passionnément mais rien n'y fit et il était reparti dans son appartement vide.
Le lendemain, la journée avait été difficile et il avait cherché plein d'excuses pour ne pas descendre. Il ne savait pas s'il devait s'excuser alors il préféra adopter un ton agressif !
« Alors, t'as fini ta crise ?
- Oui, s'excusa Harry ? Tu… tu me ramènes chez toi ?
- Je ne sais pas. Je… C'était idiot de ma part mais… mais tu as été vraiment pénible. Il faut qu'on trouve un compromis.
- Ne me laisse pas là, y'a que des rats et des araignées s'il te plait. Je... je serais gentil s'il te plait.
- C'est bon, je te ramène. »
Il chargea donc le miroir contre lui et le remonta.
« Merci !, s'éxclama Harry. J'aime bien ton nouveau parfum.
- Pas la peine de me flatter, tu es sorti. Mais… tu sens ? »
Draco s'arrêta en plein milieu des escaliers.
« Tu sens ?, répéta-t-il.
- Euh…, apparemment, oui, répondit Harry, un peu perturbé. Je peux sentir ? Je peux sentir ! Approche-toi !
- Patiente deux minutes, si je croise quelqu'un j'aurai l'air bizarre. »
Il reprit l'ascension avec le miroir. Chez lui, il le posa à sa place initiale et s'approcha. Harry se colla au miroir et huma, les yeux clos.
« Mmmmhhh… Mandarine, Menthe… mmmh, ça sent très bon ! C'est…, il s'écarta en souriant, c'est bizarre, non ?
- Bof, avec la magie, rien ne surprend non ?
- T'as autre chose à me faire sentir ?
- Mon linge sale ? Je sais pas, je vais voir. »
Il revient avec son gel douche, de la mousse au chocolat, du thé.
Excité, il sentit tout avec délectation. Emballé, son reflet et son environnement était très nets.
« Oh, c'est plus joli chez toi que chez moi, remarqua Draco.
- J'aime bien chez toi. Tu sais, je m'excuse pour… pour ses derniers temps j'ai été… J'ai été…
- On est tous les deux tendus et c'était normal que ça arrive. Ne sois pas triste, quand tu es triste tu t'effaces. »
Harry posa sa main sur la surface froide :
« Amis ?
- Amis ! », répondit Draco en posant la sienne contre.
Chapitre suivant : Plus si affinités ?
