A fleur de peau

(POV Draco)

Ce qu'il s'est passé ce matin-là, je ne sais pas.

C'était bien plus que rendre service à un ami. Quand je ferme les yeux, je nous revois nous masturbant tous les deux et… et cela m'excite.

Je le chasse de mon esprit en voyant d'autres hommes, des vrais, des vivants mais le visage de Harry finit toujours par se superposer sur celui des anonymes qui hantent mes nuits.

Je ne ramène plus aucun homme chez moi, ça serait… le trahir ?

Tout ça est tellement flou et bizarre.

Harry est mort, Harry est inaccessible mais mon désir pour lui est tellement physique et croissant.

Qu'allons-nous devenir ?

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Draco et Harry avaient expérimenté quelque chose d'inédit. Aucun des deux n'osa aborder cette soirée particulière avant quelques jours. Chacun faisait comme si cela n'était pas arrivé. Pourtant, une quinzaine de jours plus tard, Harry y fit allusion :

« Euh... Tu sais, le truc de l'autre jour... C'est bizarre, j'ai... hum... réessayé seul... et... hum... enfin... hum hum... ça a pas fait... pareil. Je... je sais pas pourquoi. »

Sans aucune pudeur, ni honte, Draco lui proposa qu'ils n'avaient qu'à ressayer.

« Tu veux dire... Tous les deux ?, demanda Harry, un peu intimidé.

- Moui sauf si tu veux un troisième larron.

- Non ! Enfin... non, c'est pas nécessaire.

- J'ai toujours su que j'avais un sex appeal féroce, se moqua de lui-même l'ancien sorcier.

- Ouais, c'est ça..., soupira Harry en s'asseyant sur le lit. T'as pas changé, Malfoy.

- Toujours aussi... prétentieux ? »

Un petit silence s'abattit dans la pièce. La voix un peu tremblante, Draco se décida à parler :

« Tu sais, je vais te confier quelque chose. L'autre soir... avec Noah… c'était... c'était la première fois depuis que je suis sorti de l'hôpital que… que j'ai réussi à coucher avec quelqu'un. Alors... ma prétention... elle ne me tient même pas chaud en hiver. »

Ça lui avait coûté de reconnaître son impuissance mais Harry et lui avaient tissé des liens étranges entre l'amitié, l'amour et le désir. Aussi, c'est gentiment que Harry répondit :

« C'est vrai ? »

Il se leva pour s'approcher du miroir et posa sa main dessus :

« Excuse-moi, Draco... Je continue à te traiter comme le petit con que tu étais à l'école... alors que les temps ont changé, que nous avons changé. Moi, je suis là, mort et un reflet inutile et bavard, et toi... tu es...

- Rien... je suis rien...

- Non... Tu es toujours aussi canon, ça, ça n'a pas changé en cinq ans.

- Tu te trompes. Tu n'es pas le seul à être un reflet. Je suis maigre, amer et... minable.

- Viens par là, Draco... Viens me voir. »

Un peu malgré lui, Malfoy obéit et s'approcha du miroir :

« C'est mon arrogance et ma confiance illimitées en moi qui faisaient ma superbe. Du paon, je suis passé au vilain petit canard.

- Draco... écoute bien ce que je vais te dire, parce que mon honneur de Potter va en prendre pour son grade. Derrière ton arrogance et ta confiance qui faisaient effectivement ta superbe, j'ai découvert... un être d'une rare beauté. Ta fragilité te rend... encore plus attirant que tu ne l'étais déjà et..., soupira Harry, ça me coûte de le dire, mais je t'ai toujours considéré comme quelqu'un d'exceptionnel, que ça soit du jour où on s'est rencontrés à aujourd'hui. Et même si la plupart du temps, je trouvais ton arrogance insupportable, tu m'as toujours... fasciné et quelque part... attiré. Voila, c'est dit, maintenant, tu peux rigoler. »

Draco se contenta d'effleurer le reflet.

« Pas de moquerie acerbe ou de remarque désagréable ?, demanda le garçon dans le miroir. Je n'aime pas quand tu ne dis rien Draco. Je peux... je peux te poser une question ? Quand... tu as été sûr que c'était moi dans le miroir, pourquoi tu ne t'en es pas débarrassé ?

- Je ne sais pas. Peut-être... parce que tu es mieux que la télévision », répondit Draco avec un petit sourire qui s'évanouit.

Ou peut-être parce que je culpabilise pour ta mort..., songea-t-il amer.

Dans un mouvement jumeau, Draco posa sa main en parfaite symétrie à celle de Harry :

« Ça t'a fait quoi de 'voir' que je pouvais communiquer avec toi ? Ça t'a déçu ?

- Non... J'étais tellement heureux de pouvoir parler à quelqu'un et me faire entendre et..., dit-il en caressant la main de Draco, ça m'a fait plaisir de voir que tu étais là.

- Toi aussi tu m'as toujours attiré et fasciné. Tu es quelqu'un d'admirable. »

Pendant que Malfoy parlait, Harry caressait la main, puis la joue de l'autre garçon. Il déposa même un baiser sur le reflet de la joue de ce dernier :

« Tu trouves ? Tu as réussi à rester vivant malgré tout ça... C'est toi qui mérites le statut de héros admirable.

- Je ne suis pas un héros. Je suis entre le paria et le rebelle, étrange statut, non ?

- Tu veux que je t'avoue un secret ?, dit Potter en chuchotant sur le ton de la confidence, les rebelles ça m'a toujours excité. Ce ne sont pas des moutons obéissants, et on sait qu'avec eux, on ne va pas s'ennuyer. »

L'ancien sorcier se décolla de la glace et déboutonna sa chemise, un peu haletant. Il fit de même pour son pantalon. Sans hésiter, son boxer glissa et il se recolla, nu, contre la paroi lisse.

« Par Merlin... Je n'ai jamais eu autant envie de te toucher... », gémit Harry en caressant le miroir, totalement absorbé par la vision de la peau laiteuse.

Dans un mouvement identique, ils collèrent leurs lèvres. Une étrange sensation de chaleur envahit Harry :

« C'est moi... Ou j'ai senti quelque chose ?, s'exclama-t-il.

- La glace était... chaude.

- Tu crois que... que c'est évolutif ? Enfin... qu'on peut... On réessaie ? »

Les deux jeunes hommes se rapprochèrent du miroir et posèrent leurs lèvres contre. Non seulement c'était chaud, mais également humide.

Grisé, Potter se laissa glisser le long de la glace et lécha les morceaux de peau diaphane en contact avec la surface. Il remonta et se colla le plus qu'il put contre l'autre garçon pour sentir sa chaleur.

« J'en étais sûr, dit-il la voix tremblante d'émotion.

- Quoi ?

- Tu as un goût merveilleux... Tu veux... me goûter, moi aussi ? »

Sans attendre, Harry se déshabilla et s'appuya contre la glace.

« Com... Comment on fait ?

- Je ne sais pas... Pense à ma peau, c'est tout... Touche-moi, Draco... s'il te plait... », gémit Potter.

L'ancien sorcier avança les mains vers la glace et se pencha dans le creux du cou de son amant. Il lui effleura les hanches.

« Tu me sens ?, gémit Harry.

- C'est tiède ! Oh ! Ça se réchauffe !

- Caresse-moi... »

L'autre s'exécuta et promena ses mains sur le bas-ventre, à présent dévoilé, en face de lui. Un peu en biais, Potter frottait son érection contre le miroir mais au lieu que ça soit froid, c'était chaud comme de la peau, comme un corps. Les deux étaient surpris par cette sensation étrange.

« Tu ne trouves pas que c'est agréable ? »

Après une minutieuse exploration de la zone chaude, Draco s'agenouilla et lécha là où la texture ressemblait à de la peau. De l'autre côté, les gémissements ne tardèrent pas, d'autant que les pressions de la langue étaient plus appuyées. Le gâté ondula contre en haletant et à mesure qu'il se faisait lécher, sa sensibilité augmenta. Tellement que Harry finit par jouir et, encore plus étonnant, de la semence traversa la frontière en verre.

« Potter !, s'exclama Draco, mécontent. Tu m'as joui dessus !

- Ex... excuse-moi... Tu veux... que je te rende la pareille pour me faire pardonner ? »

Ainsi, les deux jeunes hommes expérimentèrent leur premier rapport presque charnel.

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Harry avait réessayé seul mais son corps était redevenu fantomatique et insaisissable. A son grand désespoir. Les deux autres sens retrouvés s'aiguisaient, eux.

Ainsi, il pouvait apparaître ou disparaître quand il le souhaitait, modifier à sa guise le reflet de Draco. Un de ses jeux préférés d'ailleurs était de le mimer : le miroir reflétait le corps diaphane du blond mais une tête brune et rieuse le taquinait alors que l'autre essayait de se coiffer… En vain, son visage ne se reflétait pas ! Mais cette fois, plus d'éclats de voix.

L'odorat aussi s'améliorait. Un matin, ce fut même l'odeur du café chaud qui éveilla le brun de son pseudo sommeil. Harry gardait espoir. C'était l'ouïe qui avait fait renaître l'ancien Gryffindor et les premières sensations physiques étaient réapparues. Bientôt, il maîtriserait le toucher, qui sait !

Ce n'était pas tout.

Draco l'avait donc amené à Hyde Park et le miroir avait conservé, comme imprimé, la mémoire des lieux qu'il avait reflété. Aussi Harry s'aperçut qu'il pouvait quitter sa chambre et visiter les lieux où avait été le miroir. Il s'aperçut qu'il n'était plus seul. Il n'était entré en contact avec personne croisée dans ses errances mais il lui apparut évident qu'elles étaient mortes, comme lui. Le miroir magique avait dû attirer les âmes perdues. Il n'en parlerait pas à Draco pas tout de suite.

Car son but, son envie, était de quitter sa geôle.

Il secoua la tête… non, il ne valait mieux pas penser à cela, la déception n'en serait que plus grande en cas d'échec. Trop tard… Il pensait à son ancienne vie, celle où il riait, celle où il avait des courbatures, celle… où il restait des heures sous le jet d'eau chaude… A présent sa vie était vide. Sa vie ? Quelle « vie » ? Il regarda le dormeur sans se matérialiser. Malfoy avait une vie, lui. Il avait froid, chaud, il pouvait jouir ou sentir la faim lui tirailler l'estomac. Harry le héros, Harry « Celui qui a vaincu » errait comme une âme en peine, prisonnier d'un fichu miroir !

L'ancien Gryffindor accusa avec difficulté cette vague d'amertume. Pendant ces cinq années de « sommeil » il n'avait pas souffert. Là, il ne supportait pas d'être spectateur. Que quelqu'un soit réceptif avait été sa bénédiction et sa croix. Si l'aura de Draco ne l'avait pas tiré de sa torpeur, il serait toujours « endormi ». Il voulut revenir à des pensées plus agréables mais au fur et à mesure que les minutes s'égrenaient, il sombrait dans un puits insondable de mélancolie. Sans qu'il s'en aperçoive, ou même le ressente, il pleurait.

Flic… Floc…

Draco remua un peu.

Flic… Floc…

Il rêvait qu'il était chez Honeydukes et le comptoir suintait… du sirop d'érable. Il mit le doigt pour empêcher le liquide de couler mais ce « Flic… Floc… » persistait. Lentement il s'extirpa de son rêve sucré et se tourna vers la psyché. La contenance de son singulier compagnon recroquevillé au pied du lit était translucide et la surface, humide comme s'il y avait de la condensation :

« Harry ? Pourquoi c'est mouillé ? », bailla-t-il.

Silence total. Plus de reniflement, plus de sanglot. Juste une goutte de larme qui tomba au sol.

« Harryyyy, miaula Draco en s'asseyant sur le lit. Qu'est-ce qui va pas ?

- Rendors-toi, c'est... rien. »

Le sorcier déchu se pencha. Au pied du miroir, une petite flaque brillait. Sans broncher, il se leva et alla chercher une serpillière. Il essuya et se recoucha. Après un furtif coup d'oeil au réveil – dont le cadran indiquait 3h14, soit moins de trois heures avant son lever – et redemanda à son ami pourquoi il pleurait.

« Je ne pleure pas... Et... même si je pleurais... qu'est-ce que ça changerait... hein ?

- Tu as fait un mauvais rêve ?

- Je ne suis qu'un mauvais rêve...

- Ne dis pas ça... Tes amis te manquent, c'est ça ?

- Je... je ne sais pas... Je me sens tellement... vide. Je ne sais même pas ce qui me manque..., sanglota Harry.

- Tu sais, tu as plus de chance que moi en un sens. Si les gens ne te voient pas c'est à cause d'un charme. Moi, je suis en chair et os et on ne me voit pas pour autant.

- Rien ne t'empêche de te réintégrer au monde... Moi je ne suis ni vivant ni mort. Je ne sais même pas combien de siècles va durer mon calvaire. Toi, tu peux au moins te tuer... tu sais que la mort te délivrera. Moi... je suis coincé là pour l'éternité... et quand tu ne seras plus là ou que tu en auras marre de moi... je serais de nouveau totalement seul au monde. Seul... et complètement inutile.

- Fais attention, gloussa légèrement Draco. Tu parles à un suicidaire maniaco-dépressif alors me dire que la mort me délivrera... c'est tirer le diable par la queue. »

Nouveau petit silence. Puis Harry prit une profonde inspiration et demanda timidement :

« Tu te débarrasseras pas de moi, hein ?

- Je me débarrasserai de toi quand je serai trop vieux pour être sexy, rit le blond. Et toi, tu seras toujours jeune et beau. »

Effet réussi. La silhouette translucide reprit enfin de sa substance et le ton était plus assuré :

« Mouais, c'est vrai que j'avais pas pensé à ça... Je vais finir par être plus canon que Draco Malfoy... »

Un petit rire le secoua.

« Non, Harry, tu l'es déjà, murmura Malfoy. Tu as toujours été mieux que moi.

- Pfff... Je sais que tu essaies de me remonter le moral, mais quand même... »

Un sourire bienveillant s'étira sur les lèvres de l'ancien Slytherin :

« Le vase, je n'aurai jamais pu le figer.

- Si tu avais encore tes pouvoirs... tu pourrais le faire. »

- Je... je vais t'aider. Mieux je veux dire.

- A faire quoi ? A me tuer ?, plaisanta Harry. Ou à faire passer le temps plus agréablement... ?, ronronna-t-il.

- A... à sortir. On pourrait peut-être échanger nos... places. »

Potter était bien solide à présent. Il se leva et s'approcha du bord du miroir. Lui non plus ne badinait plus :

« Tu es sérieux ? Tu vas m'aider ?

- O... oui...

- Merci ! Tu sais... je ne sais pas ce que je ferais, sans toi !

- Tu es si beau quand tu souris comme ça. Je ne l'avais jamais remarqué. »

Emu, Harry frémit et sourit davantage.

« Faut dire que je t'ai rarement fait sourire par le passé, poursuivit l'autre en gloussant.

- C'est vrai... Il faut croire qu'on a changé. On était deux gamins sans cervelle et maintenant on est deux boulets asociaux.

- Toi tu n'as pas trop le choix. Tu as toujours été solaire et populaire.

- Je t'arrête de suite parce que je sens que tu vas dire une grosse connerie. Si tu me dis que toi, tu avais le choix, je sors de ce miroir pour t'en coller une, Malfoy !, le réprimanda Potter, à la fois doux et autoritaire.

- Je t'attends Potter, de pied ferme.

- Crétin, va... J'en meurs d'envie et je peux pas...

- Alors, ça va mieux, beau brun ?

- Oui, merci... grâce à toi. Dors, maintenant... tu en as bien besoin.

- Je suis désolé, Harry, je me lève tôt.

- C'est pas un problème... Je te réveillerai, si tu veux... J'essaierai d'être moins strident que ton réveil et... excuse-moi de t'avoir réveillé.

- Harry... ne t'excuse pas. »

Le blond ne le vit pas mais l'autre détourna les yeux puis sourit:

« Dors, sinon tu seras tout fripé demain.

- Je suis 'a'aaaais Fripééééé..., bailla le dormeur.

- Allez, endors-toi, belle au bois dormant. »

Malfoy gloussa et sombra doucement dans le sommeil, enveloppé dans la couette. Harry retourna sur le lit, s'assit, apaisé, et veilla sur son ami.

Quelques heures plus tard, le réveil fut difficile et une fois de plus, Draco prétexta un pseudo-retard pour esquiver le petit déjeuner.

« Hé, Draco... tu sais, tu devrais manger le matin. Le petit déjeuner, c'est le repas le plus important de la journée.

- Pas le temps.

-Si tu passais un peu moins de temps à te pomponner dans la salle de bain, tu aurais le temps !»

L'autre enfila son pantalon et chercha frénétiquement un t-shirt.

« Je ne me pomponne pas. On appelle ça se laver.

- Tu n'es pas assez gros pour passer vingt-cinq minutes sous la douche juste pour te laver. Tu n'es pas Crabbe. »

Malfoy s'arrêta devant le miroir :

« Harry, je suis claqué faut que je me motive. Et... je ne fais peut-être pas que me laver sous la douche », ronronna-t-il avec un clin d'oeil.

Déconcerté et rougissant, Potter ne trouva rien à dire. Mais il se reprit :

« N'empêche... t'es trop maigre... Tu devrais manger un peu plus. Prends... un en-cas pour 10 heures si t'as pas faim en te levant ou que tu n'as pas le temps. C'est ce que je faisais quand on se levait tôt pour les entraînements de quidditch.

- Je fume dans la matinée.

- Parlons-en du tabac puisqu'on y est ! Mange une pomme ou un gâteau au lieu de fumer. C'est mauvais pour la santé de fumer. Tu veux que tes dents jaunissent ? Que ta peau vieillisse prématurément ? Sans parler des risques de cancer, et de l'odeur... Comment t'arrive à draguer dans ces conditions ?

- Une vraie campagne contre le tabac, gloussa Draco avant de se rembrunir légèrement. Et... je ne drague pas.

- Ben tu devrais, tu gagnerais du temps le matin... Hum... euh pardon... Excuse-moi... Je m'emballe, là. Ça... ça me regarde pas.

- Comment ça draguer me ferait gagner du temps ?

- Ben... par rapport à ce que tu fais... sous la douche... si tu... enfin... T'aurais pas besoin de... »

Enfin habillé, Draco éclata de rire :

« T'es chou, Potter !

- Rigole pas ! J'essaie de t'aider, c'est tout ! Alors te moque pas de moi !

- Peut-être même qu'il habiterait plus près du travail. Et qu'il aurait une voiture et peut-être même qu'il aurait un miroir possédé par un joli garçon ; tu sais, pour te tenir compagnie. »

Harry bouda et son reflet s'évanouit de la psyché.

« Harry, je suis désolé. Excuse-moi. Tu es gentil et je dis des choses désagréables.

- Non... Je comprends que je te saoule. J'aurais jamais supporté qu'un mec me prenne la tête alors que je suis pas réveillé et y'a que depuis que je suis mort que je suis du matin. Avant, il valait mieux m'éviter jusqu'à au moins 10h, quand j'étais moins fripé du cerveau.

- Par contre t'as toujours eu la langue bien pendue.

- Ouais, c'est vrai.

- Harry... Réapparais avant que je parte... s'il te plait, j'aime pas quand tu boudes... »

La silhouette de Potter se rematérialisa. Draco sourit et enfila son manteau. Il tâta ses poches pour vérifier qu'il avait tout et, bizarrement, déposa pour la première fois depuis qu'ils « cohabitaient » un baiser sur la glace.

« A ce soir !, lança t-il joyeux.

- A ce soir... Passe une bonne journée, » répondit l'ancien gryffy en caressant rêveusement le miroir là où Draco l'avait embrassé.

Malfoy allait refermer la porte quand il la rouvrit :

« Télé ?

- Non, c'est bon...

- Musique ?

-Non, merci. Je vais réfléchir au moyen de te faire manger le matin et file ! Tu vas être en retard sinon !

- Ok, ok. Bonne journée », sourit le blond en partant pour de bon.

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Petit à petit, les deux hommes formèrent un couple étrange mais un couple, néanmoins. Draco arrêta de rencontrer d'autres hommes. Un soir même, Draco annonça qu'il avait suivi les conseils de Harry :

« J'ai ramené des biscuits pour le matin et des pancakes.

- Pour déjeuner ? C'est bien ! Tu devrais aussi boire un jus de fruit, ça te ferait des vitamines. Tu es palot.

- Je suis palot en plus ?

- Alors, je sais que tu as une peau ivoirine au teint laiteux... Mais oui, tu es un peu palot. Faut dire que... »

Mais Potter-la-langue-bien-pendue laissa sa phrase en suspens. De toutes manières, Draco allait encore s'énerver...

« Dis-moi !, s'impatienta l'ancien Slytherin. Tu es conseiller matrimonial, nutritionniste, conseiller vestimentaire à tes heures... artistiques. Et tu mâches rarement tes mots d'habitude, alors vas-y !

- Disons que tu ne manges pas très équilibré, effectivement. Je sais que tu roules pas sur l'or, mais bien manger, ça coûte pas cher. Si tu veux... je t'ai préparé une liste de courses pour faire quelques plats sympas et faciles ! Tu sais on en avait parlé... Même toi tu pourras les faire et puis, si tu étais bon en Potions, tu dois savoir cuisiner. »

Le blond bloqua et le fixa :

« Tu m'as quoi ?

- Je... j'ai préparé une liste de courses. Mouais... Oublie, c'est pas grave.

- Harry, c'est... adorable !

- Tu trouves ? C'est pas grand-chose, tu sais. Allez, prends un papier et note ! », ordonna-t-il enjoué.

Touché que Harry se donne du mal pour lui, Malfoy obéit. Il sortit un carnet et nota de quoi faire un crumble aux pommes, du tzatsiki, du poulet au citron et à la crème, un pavé de saumon mi-cuit au court-bouillon, de la salade composée, du chocolat chaud et des cocktails de jus de fruits pour le matin.

« Euh... tu as un four au moins ?

- Oui.

- Super ! Tu verras, c'est que des trucs faciles et très bons.

- Tu me diras comment faire.

- Bien sûr ! Tu feras le cuisinier et moi, l'apprenti. Ou plutôt l'inverse », gloussa Potter.

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Cette situation idyllique ne dura pas. Si Draco faisait l'autruche, occupé par son travail, Harry remuait le problème dans sa tête à longueur de journée et lui était conscient de la relation sans issue dans laquelle l'autre garçon se fourvoyait. Ils devaient en discuter. Prenant son courage à deux mains, Harry aborda le sujet un dimanche soir, quand Malfoy était reposé mais prêt à des calins :

« Ecoute, Draco... J'ai quelque chose à te dire alors... ne m'interromps pas. Si on continue comme ça, c'est pas bon pour toi. Tu es vivant, j'ai pas envie que tu te perdes dans une relation sans retour... ou sans presque rien en retour. Tu mérites mieux qu'un reflet... alors, le mieux pour toi, c'est que tu me gardes en bibelot amical et tu te trouves un gentil copain pour s'occuper de toi... ou alors, on trouve un moyen de me sortir de là.

- Qui te dit que j'ai envie de te sortir de là ?, essaya de plaisanter l'autre.

- Je n'ai pas dit que tu en avais envie. Je te prévenais juste qu'une relation avec une barrière invisible entre nous... même si on sent certaines choses… c'est hors de question. Draco... tu mérites quand même mieux que... que te branler ou sucer un miroir.

- J'ai peut-être un côté exhibitionniste.

- Je te savais narcissique, mais à ce point là, quand même.. Draco, je ne plaisante pas.

- Je… J'ai eu un message de Neville. Il ne trouve rien. Hermione est sur le coup aussi mais… rien pour le moment.

- C'est pas grave, on a le temps, hein ? On n'est pas à quelques jours près. Ce qu'il faudrait, c'est réfléchir au type de recherches qu'on voudra faire, les affiner tu vois, pour aider Nev et Herm. Il faut qu'on essaie de comprendre comment j'ai pu rentrer là, établir des hypothèses. Qu'est-ce que tu en penses ? »

Harry avait aussi longuement réfléchi à cette question. Forcément, elle le concernait directement. Draco aussi, mais il avait envisagé les choses différement. Souvent il s'était dit qu'il faudrait qu'il recherche de quoi aider Harry mais il avait peur. Il s'était longtemps réfugié dans son asociabilité mais l'autre sorcier avait abattu ses frontières une par une. De plus, Draco commençait à tomber amoureux. Aider Harry à quitter le miroir revenait à être abandonné, seul. Harry le supportait par défaut. Une fois libre il le quitterait pour retrouver son ancienne vie. Le monde sorcier l'accueillerait à bras ouverts, et Draco n'y était pas du tout le bienvenu, dans ce monde.

« Draco...? Tu ne dois pas t'en faire... Si ça ne marche pas, c'est pas grave. Je ne t'en voudrais pas... et même si on n'arrive pas à faire ses recherches, je ne t'en voudrai jamais. »

Ces mots tendres éloignèrent les obscures pensées de Malfoy. S'il l'aimait comme il le prétendait, il l'aiderait, dut-il le perdre et affronter à nouveau sa solitude.

« Tu... tu as raison. Etablissons une liste. Je crois qu'on cherche du mauvais côté. Il faut… il faut chercher du côté des Mangemorts. Harry, je t'ai vu mourir et si je peux faire quelque chose pour toi, je le ferai ! »

Harry frémit. Draco n'était pas bien accueilli par les anciens sorciers mais il avait plus à craindre des anciens Mangemorts. Comment comptait-il procéder discrètement ? Et autant d'engouement ne cachait-il pas un attachement trop important ?

Chapitre suivant : Un pas avant, deux pas en arrière