Snape : Rogue
Le jour où j'ai traversé le miroir
(POV Draco)
Voilà, Je voulais éviter de le perdre une seconde fois et j'ai échoué. Encore. Sans m'en rendre compte, je sanglotais. Je pleurais et les passants me dévisageaient. Pris de vertige je cherchais à savoir où j'étais. J'avais marché. Aucune idée depuis combien de temps. J'essayais de respirer, de me calmer et étudier un plan de métro. Je pouvais être chez Grizel dans vingt minutes. J'accourus chez elle. Je m'accrochais à cette idée comme à une bouée de sauvetage. Merlin, pourvu qu'elle soit là, qu'elle ait annulé son voyage ou qu'Ewan ait décidé de venir passer le week-end avec elle.
J'aurais pu l'appeler bien sûr mais je n'y pensais pas. Elle n'était pas là. Sur le seuil de sa porte, je l'ai enfin appelée, me calmant pour ne pas l'affoler mais elle était absente. Alors je partis et pénétrai dans le premier pub pour y dépenser une bonne partie de ma prime.
Je rentrais chez moi le dimanche soir, fauché, ivre et ayant baisé jusqu'à l'écroulement. Comment s'appelaient-ils ? Peu importe, je ne les reverrai pas. Je repoussais juste l'échéance de rentrer chez moi.
Mon appartement était vide. Silencieux. Encore plus que lorsque j'avais aménagé. Je n'avais plus voulu de la psyché. Elle m'aurait trop rappelé l'absence d'Harry. Pourtant je redoutais ce vide dans mon salon, il m'aurait trop rappelé celui de mon cœur.
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« Tu en as mis de temps à rentrer chez toi ! »
Draco sursauta. Que faisait Luna sur le seuil de son appartement ? Elle y avait passé le week-end ?
« Non, répondit-elle à la question silencieuse de son ancien camarade. Je suis rentrée dormir chez moi. Je me doutais que tu rentrerais… tard.
- Entre, je t'en prie. »
La jeune femme s'installa sur le canapé-lit refermé et examina la pièce. Lors de sa dernière venue, elle n'avait pas fait trop attention à l'environnement mais elle s'y plaisait bien. Malgré l'austérité des lieux, il y avait une certaine harmonie agréable.
« Il n'est pas parti », dit-elle sans détour.
Draco se figea et se retourna vers son interlocutrice.
« Par mon intermédiaire il a fait ses adieux à ses amis et nous avons simulé un… départ… mais il voulait rester. Pour toi. »
Elle s'arrêta.
Tranquillement, elle but son thé et grignota quelques biscuits accompagnant le breuvage.
« Je ne lui ai pas dit, poursuivit-elle, mais il y a une solution.
- Laquelle ?, s'empressa de demander Malfoy.
- Une solution irréversible. Tu dois y réfléchir sérieusement avant d'accepter, si tu acceptes bien sûr.
- Laquelle ?
- Mourir. »
Le jeune homme la fixa, incrédule. Comment pouvait-elle boire son thé si sereinement.
« Il est mort. Il ne reviendra pas, c'est impossible. C'est au-delà de tout pouvoir. Par contre, il est encore suffisamment puissant pour… t'attraper et t'attirer à lui si tu meurs.
- Quand peut-on le faire ?
- Quand tu auras réfléchi : vous aimez-vous assez ? Est-ce que ça en vaut le coup ? N'est-ce pas… une tocade ? Un transfert ? Si ça ne marche pas, tu vas faire quoi ? Des gens, des endroits ne vont pas te manquer ? On parle d'éternité pas de 60 ou 70 ans, au mieux. »
Draco perdit un peu son enthousiasme. Ici et maintenant, il voulait être avec Harry mais… et après ?
Luna se leva, déposa une bise sur la joue du garçon :
« Réfléchis et ne te prends pas la tête, tu verras, c'est simple. »
Et elle quitta ainsi le petit studio. Son locataire était bien trop chamboulé pour la retenir ou même bouger.
Harry était toujours là. En mourant il le rejoindrait. Pour l'éternité.
Telles étaient les trois données à analyser
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Pour apaiser les âmes, Luna avait cherché une explication. Elle comptait peu puisqu'on ne pouvait pas sortir Harry du miroir, mais parfois, il fallait rassurer les gens, les aider à tourner la page, aller de l'avant.
Selon elle, les responsables de cette situation étaient Voldemort, Draco et Harry lui-même. Le premier avait lancé un avada kedrava, le second un sort puissant de protection et Harry un sort d'attaque. Le sort de Draco avait dû ricocher sur le miroir, dévié par l'un des deux autres. Ni Harry ni Voldemort n'avaient survécu mais l'âme d'Harry, protégée, avait été happée par le miroir sitôt que Harry était mort, foudroyé. Voilà pourquoi Draco avait développé tous ces sens avec le mort. Après… Après Harry avait toujours été un puissant sorcier et même mort, il alimentait le miroir en magie.
Personne n'avait voulu cette situation mais au moins, une partie du héros avait survécu.
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C'était quand il rangeait les marchandises en rayon qu'il mettait son cerveau en pause. C'était une tâche mécanique et terriblement routinière. Il profitait de ce « temps libre » pour s'évader. Ce matin, Draco se demanda s'il avait fait les bons choix. Aurait-il pu suivre un cursus universitaire ou une formation pour aspirer à autre chose ? N'ayant pas eu de scolarité moldue, peut-être les diplômes s'achetaient-ils quelque part, non ? Avant de changer de camp, son avenir était tout tracé. « Moi, quand je serai grand, je serai comme papa. Un riche Mangemort. » Voilà son plan de vie. A 17 ans, il était riche, il était Mangemort mais il n'était « papa Malfoy ». La guerre l'avait terrifié. Ca n'était pas un jeu de gamin capricieux. Il n'avait pas l'âme d'un assassin. Snape l'avait compris et l'avait aidé. Il s'était sali les mains à sa place. Mais il lui avait aussi offert une porte de secours qu'il s'était empressé de franchir non pas par couardise mais pas conviction : agent double. Tout comme le professeur de potions, il ne recevrait aucun laurier mais œuvrerait pour le bon côté. Et là, il était bon, personne ne se méfiait de lui. Mais effectivement, après la guerre, après sa réhabilitation, aucun merci, aucun laurier. Sans baguette, dépossédé de sa fortune, il était parti. Il valait mieux d'ailleurs, certains Mangemorts inconnus des Aurors le recherchaient peut-être mais à Saint Mungo, il jouissait d'une certaine protection. Après, il n'était pas parti loin. Là il avait pris le premier emploi car il avait découvert que vivre coûtait cher. Comme tant d'autres dans son cas, il n'en était pas parti. A présent, il se demandait s'il aurait pu faire un autre choix. Le pouvait-il encore ? Quelle profession lui plairait ? Medicomage euh… docteur ? Il connaissait bien le monde moldu après ces années d'immersion mais rien ne l'attirait vraiment.
Travailler les plantes me plairait peut-être…, songea-t-il en empilant des boîtes de conserves.
Néanmoins, au fond de lui, il savait qu'il resterait dans ce magasin, par peur de l'inconnu. Plus que le révulser, le monde moldu l'avait d'abord effrayé. Du bruit partout, des odeurs épouvantables et une telle agitation mais il s'était adapté.
Mais rester confiné dans une pièce pour l'éternité… fut-ce avec Potter, pour qui il éprouvait des sentiments, était comme passer d'une prison à une autre. Il n'y avait donc aucune chance pour eux deux.
« Luna, se disait-il parfois, cela n'a rien de « simple. » »
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Les jours s'égrenaient tristement et silencieusement. Draco n'avait aucune expérience de l'amour et pourtant ce manque le rongeait. Rien ne le divertissait plus ni ne l'intéressait. Grizel se moquait de lui mais si elle avait su la complexité de sa « relation » elle ne l'aurait pas fait.
Parfois il fixait le vide laissé par le miroir et le silence laissé par Harry. Plus de farces, plus de conseils, plus de jeux érotiques. Rien que cette pensée le faisait bander alors il achevait seul quelque chose qu'il aurait aimé partager avec son ancien ennemi.
La réponse était simple : il voulait tenter le coup avec Harry. Quant à l'évolution de leur relation… la connaissons-nous vraiment lorsque nous nous engageons avec quelqu'un ?
Cette sorcière (sans sens péjoratif) de Lovegood l'attendait le soir-même où il semblait résolu à la contacter. Il ne s'en étonna même pas.
« Si j'avais su, j'aurais pris à dîner pour deux, dit-il en levant son sac du traiteur chinois.
- J'y ai pensé !, rit la jeune femme en montrant un sac du même restaurant.
- Comment tu fais ? C'est flippant.
- Il suffit… d'écouter », répondit-elle en haussant les épaules, amusée.
Draco préféra ne pas demander ce qu'il y avait à écouter, il n'aurait pas compris. Il en était sûr.
« Mmmm… ce thé est vraiment très bon avec le repas chinois. J'aime bien chez toi. C'est tout le contraire de ma maison où il y a des tas de trucs partout, entassés, mais chez toi, c'est bien, c'est épuré, l'énergie circule bien. Pas étonnant qu'Harry se soit réveillé. Une fois je suis allée chez des gens qui avaient des problèmes d'esprits, c'était comme chez toi mais… vide. Le vide résonnait, tu vois ce que je veux dire ? Non, tu ne vois pas mais je m'égare. Tu en as mis du temps à me contacter. On finit le repas et on part à Grimmaud, remarque on pourrait finir le repas là-bas. Harry s'ennuie, viens. »
Draco se leva. Alors ça y est, il allait mourir ? Mais avant il voulait…
« Je ne vais pas te tuer, on va juste discuter. Vous devez discuter Harry et toi à présent. Prends tes plats, tu n'as rien mangé pratiquement. Tu es maigre ! »
Le garçon obéit. Luna était une sacrée jeune fille. D'élève fofolle et marginale, elle avait vite acquis une certaine maturité palpable en dépit de son apparence… fofolle et marginale. Au premier coup d'œil, elle ne payait pas de mine mais après un examen minutieux, ses yeux bleus brillaient d'intelligence.
Elle le regarda et rougit légèrement. Elle avait dû « entendre ».
Grâce à sa magie, ils furent en un claquement de doigt à Grimmaud.
Malfoy était tellement heureux et excité de revoir Harry. Il avait tant de choses à lui raconter. Des petits détails banals mais qui faisaient partie du quotidien que l'on partageait au sein d'un couple. Mais… qu'aurait Harry à lui raconter ? Il était passé d'une pièce à une autre et c'était tout. L'ancien Mangemort se raidit, rempli de doutes.
« Harry ! Nous sommes là !
- Mais où est la psyché ?, demanda Draco en regardant autour de lui.
- Pas besoin, ici », répondit une voix familière dans son dos.
Lentement, le cœur battant à tout rompre dans sa poitrine, Draco se retourna et vit Harry.
« Ici… ici je peux me déplacer dans les miroirs de la maison. Comme les fantômes dans les portraits.
- Harry… je… tu… »
Il posa les boites du traiteur sur le premier meuble à portée de main. Il approcha une main tremblante vers le reflet. Où en étaient leur sens ? Arriverait-il à le sentir ne serait-ce qu'un peu ?
Pas besoin d'être médium pour deviner, Luna se retira discrètement dans la cuisine et puis elle elle avait faim !
Harry aussi frémit et se posait les mêmes questions. Lui aussi avait réfléchi et portait les mêmes doutes.
« J'ai… j'ai couché avec d'autres hommes. Je voulais t'oublier. Nous deux c'est tellement…
- … irréel ?, chuchota Harry, presque triste.
- Non. C'est dingue, au-delà de toute imagination. »
Lentement, les deux sorciers approchèrent leur main, doigts écartés, près de la glace, jusqu'à se toucher.
Les deux frémirent.
Une faible chaleur émanait de ce contact.
« Je t'aime, murmura Harry, droit dans les yeux.
- Je t'aime aussi. A travers ces ersatz, je te cherchais. Je… je suis près à mourir pour toi. Même si… même si l'éternité et la promiscuité m'effraient un peu. Beaucoup en fait. »
Harry retira sa main et invita Draco à continuer la discussion à l'étage. La psyché s'y trouvait et il était plus puissant à l'intérieur de ce miroir.
« Et n'oublie pas ton repas, j'ai beaucoup de choses à te dire. »
Draco obéit et s'installa dans la pièce que son ami lui avait indiquée. Posters des Cannons, photos des Weasleys, Granger et co, couleurs rouge et or. Aucun doute, c'était la chambre d'Harry. Aucune trace de la guerre ici. Uniquement les vestiges d'une vie et d'une innocence fauchées trop vite.
« Mange !, ordonna Harry. Je t'ai menti. Enfin je t'ai caché des choses. Je.. je ne t'en ai pas parlé parce que j'avais peur que tu penses que j'allais te quitter.
- Je comprends rien.
- Je ne suis pas confiné dans la pièce que je reflète. Après que tu m'ais amené au parc, j'ai découvert que… que je pouvais y retourner. C'est un peu flippant parce que je croise des… des gens je suppose. Si je ne leur adresse pas la parole, ils restent flous mais si je leur parle, ils… ils sont nets. J'en ai revus certains. Ce que je veux dire c'est... que si tu viens… si tu veux toujours, hein, on ne sera pas emprisonnés dans la pièce où le miroir sera et… on croisera d'autres personnes. »
Draco termina en silence son plat de légumes chop suey.
« C'est pour ça que tu voulais voir toutes les pièces de la maison. »
Ca n'était pas une question mais une affirmation.
"Et pour l'éternité, reprit Harry, Luna ou... ses descendants pourront nous... nous faire partir pour de bon."
Draco termina son repas tout aussi silencieusement et descendit rejoindre Luna qui remonta avec lui dans la chambre.
« Je suis prêt Harry, si tu veux, je vais essayer de venir, dit Draco.
- Tout ce que tu auras à faire, si je me trompe pas bien sûr, c'est attraper Draco.
- L'attraper ? Mais comment ?, s'affola Harry.
- Draco va... mourir temporairement. Son âme va le quitter, tu devrais la percevoir, et tu l'attrapes et l'attires.
- Mais je sors comment du miroir ?, hurla Harry.
- T'es idiot ? Son reflet !
- Ca se reflète les âmes ?
- Tu y arriveras ! De toutes façons… »
Luna s'interrompit et fixa Draco qui s'était évanoui sur le lit.
« Il est mort ?, hurla Harry.
- Ca ne devrait pas tarder. Prépare-toi. Tu as le temps. Et puis son état est temporaire, c'est un… test », expliqua-t-elle avec une petite moue.
- Il va savoir des séquelles s'il revient ? Et si ça ne marche pas ?
- Il reviendra ici avant que la sous-oxygénation du cerveau soit problématique. »
Impuissant, révolté, effrayé, Harry plaqua ses mains sur la surface glacée. Il voyait Draco mourir, encore, et il en était responsable, involontairement, encore. Le Sectum sempra de sixième année avait été un accident. Il n'en connaissait pas l'issue fatale.
« Par Merlin, qu'est-ce que j'ai fait », murmura-t-il.
Il présuma que ça y est, Draco était mort car comme dans les mauvais films de série B sur les revenants, un corps translucide se découpa de celui qui était couché sur le lit.
« Harry ?, chuchota la voix voilée de l'ancien Mangemort.
- Viens ! Viens vers moi, Draco. Prends ma main. »
La forme opalescente se leva et fit un pas vers le miroir. Lorsqu'il le toucha, sans l'expliquer, Harry le saisit par la main et l'attira vers lui. Happé, il était enfin dans le monde inversé. Un mince cordon reliait toutefois l'aura et le corps matériel.
« Je te sens, s'exclama Draco.
- Moi aussi, je te sens… pour de vrai. »
Ils se caressèrent le visage, les mains puis Draco se colla violemment contre Harry et l'embrassa avec empressement et passion. Les mains se baladèrent moins timidement. Les deux garçons gémissaient sous leur élan, sans se soucier de la présence de Luna, qui sirotait son thé en regardant par la fenêtre de toute façon.
Draco ouvrit ses yeux, effrayé et regarda son corps inerte sur le lit. Il se sentait attiré vers lui.
Harry comprit.
« Non… Ne pars pas, supplia-t-il en s'accrochant à lui.
- Je peux p… »
Sa voix mourut et malgré la force d'Harry, il réintégra violemment son corps. Il ne bougeait pourtant pas.
« Draco, ça va ? Draco ! », s'affola-t-il.
Malfoy se redressa péniblement et toussa. Il regarda tristement le miroir.
« Tu es un génie, Luna !, s'exclama-t-il à la jeune fille qui était revenue dans la chambre. Ca a marché ! Quand pourrais-je y aller pour de vrai ?
« J'ai beaucoup discuté avec Harry, tu sais. Lui est prêt, il t'attend. Mourir est ta seule option, je le regrette »
Elle le regarda puis quitta la pièce, laissant les deux garçons discuter.
« Maintenant, commença Harry, j'aimerais que nous parlions un peu si tu es d'accord. Draco... Parle-moi de ta vie. On ne l'a jamais vraiment abordée... mais aujourd'hui, ça me semble important. Tu dois peser le pour et le contre, je ne veux pas que tu fasses une bêtise sur un coup de tête. N'oublions pas que tu es un maniaco-dépressif à tendance suicidaire, ajouta Harry avec un sourire.
- Qu'est-ce que tu veux savoir ?
- Eh bien... où tu travailles, les gens que tu fréquentes, si tu as des amis, des collègues, des choses ou des gens ou des lieux auxquels tu tiens... ce genre de choses.
- Je... je travaille dans un supermarché de l'autre côté de Londres. J'aime bien Grizel, ma collègue qui a senti ta présence, elle a toujours le moral, trop parfois, elle me fatigue mais je l'aime beaucoup. On déjeune ensemble souvent mais elle va déménager en Ecosse le mois prochain.
- Tu ne la verras plus, après ?
- Je... je sais pas. On avait parlé que je la suive en Ecosse mais je ne sais pas si je l'aurais vraiment fait. Sinon, euh, j'aime bien aller au cinématographe, c'est une invention géniale.
- Les moldus disent "cinéma", gloussa Harry. Moi aussi, j'aime bien le cinéma. Tu y vas souvent ?
- Parfois quand le résumé me plait. Quand je suis très fatigué je vais me baigner.
- Tu vas à la piscine ?
- Oui et je reste le plus longtemps sous l'eau pour n'être entouré que par le silence.
- Moi aussi j'aime cette sensation. On a l'impression d'être de retour dans le ventre de notre mère, protégé du monde entier.
- C'est ça. Je vais aussi au parc le samedi quand je ne travaille pas, Y a toujours un coin tranquille pour une sieste au frais ou au soleil.
- Et sinon, tu as des amis ? De la famille ? Des gens que tu pourrais... regretter ? Qui pourraient… te regretter.
- Mon père est mort... au combat et... maman est morte il y a deux ans. J'ai dû me battre comme un diable pour assister aux funérailles. Mes anciennes... connaissances m'évitent ou veulent me tuer et... les nouvelles... je ne suis pas assez proche pour être considéré comme un ami, hormis Grizel, Neville et… Luna il faut croire. »
Harry marqua un silence avant de poser la dernière question.
« Et… tu penses que tu serais plus heureux ici ? Avec moi ? »
Draco fixa son ami. Il hocha la tête :
« C'est... c'est tellement bizarre comme sensation. Tu... tu es là et... tu n'es pas là. Tu... Tu me manques. Je... Je n'arrive pas à l'expliquer.
- Je comprends parfaitement ce que tu ressens... parce c'est pareil pour moi.
- Veux-tu vraiment que... que je vienne au moins ? »
Autre silence.
« Tout ce que je sais... c'est que j'ai envie d'être avec toi. Je ne veux plus sentir cette barrière entre nous. »
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Fixer le jour J ne fut pas compliqué. Du moins le crurent-ils.
Luna et lui avaient convenu de faire passer sa mort pour un accident. Cela ne l'empêcha pas de rédiger un testament : Grizel héritait de ses maigres possessions et Luna, du miroir et de quelques livres provenant de l'ancienne collection de Lucius et que Draco avait volé avant son départ du Manoir.
Ce jour-là, il faisait beau, ironiquement beau. Il prit un dernier café avec Neville, rencontrant ainsi sa petite amie, et affichait une mine joviale. Il ne voulait pas laisser de traces mélancoliques.
Il sortit un dernier soir avec Grizel. Simuler avec elle fut plus difficile. Elle lui manquerait terriblement. Ce soir-là elle lui avait montré sa robe de mariée.
« C'est ce qu'on appelle la ligne Queen Anne avec… »
Draco n'écoutait pas. Taffetas, satin, perle, soierie, tout ça lui passait carrément au-dessus mais elle semblait tellement heureuse et ça, il y était sensible. Ewan était un gentil garçon, pas le genre à faire des infidélités et mépriser sa femme. Elle allait vivre une belle vie, il le lui souhaitait de tout son cœur.
« Tu vas être superbe, dit-il simplement mais sincèrement.
- Attends, ne bouge pas. »
Draco soupira et fuma une cigarette, puis une seconde. Enfin la porte de la chambre s'ouvrit et Grizel apparut, dans sa robe.
« Par Merlin… »
Les mots lui manquaient.
La jeune fille virevolta en riant.
« Et encore je ne suis ni maquillée ni coiffée ! »
Bien sûr la robe était très belle mais son amie resplendissait à l'idée de l'heureux événement à venir. Il se leva et la serra fort contre lui. Il ne pouvait pas mourir avant son mariage. Il allait ternir l'éclat de ces deux grands yeux.
Le lendemain, il expliqua la situation à Harry et ils convinrent du jour J une semaine après le mariage.
Ces deux mois furent longs.
D'abord, Draco emménagea à Grimmaud : il pouvait ainsi résilier son bail et les choses seraient plus simples ici.
Il aida aussi Grizel à préparer son déménagement.
« Viens avec moi ! Tu retrouveras du boulot, je te le promets !, disait-elle.
- Mais je viens de déménager.
- Parlons-en. Comment peux-tu te payer une telle maison ? Tu deales ? Tu fais des passes ?
- Tu lis trop de romans, rit Draco. C'est la maison de Harry. Je… je peux l'habiter gracieusement on va dire.
- Viens avec moi, répéta-t-elle sérieusement.
- Laisse-moi quelques temps ici et… et je viendrai, rien ne me retient par ici après tout. »
Mais la jeune fille n'était pas dupe alors elle changea de sujet.
« Tu te rappelles ma copine Joan ? »
Et la voilà qui babillait, guillerette sur les péripéties de son amie.
« Elle n'imagine toujours pas que je vais coucher avec elle au mariage ?
- Noooon, elle a des vues sur le frère d'Ewan. Mais tu sais le cousin de Blaine et bien… »
Elle s'arrêta devant le regard sceptique de son ami et rit.
« C'est bon, c'est bon, je te laisse tranquille. J'ai juste envie que tu sois heureux.
- Je le suis, ne t'inquiète pas. »
Puis elle quitta Londres.
Les journées de travail étaient devenues beaucoup plus longues en dépit des SMS qu'ils échangeaient.
« Tu n'es pas obligé de continuer à travailler, lui dit Harry un soir.
- Mon… départ doit paraître normal. Harry, on va faire quoi quand je serai là ? Baiser toute la journée me tente carrément mais… au bout d'un moment… Tu fais quoi, toi de tes journées ?
- Evidemment, il n'ya pas d'argent ici, pas de travail mais… je lis beaucoup et... je vois des gens. On se divertit.
- Tu… tu as eu des… enfin tu as couché avec des gens ?
- Non, répondit aussitôt Harry. Tu me manques trop. »
Des journées longues qui se terminaient par de longues nuits remplies de désir frustré mais qu'ils alimentaient de leurs soupirs.
Un autre mois s'écoula et Draco partit à Newburgh pour le mariage. Il y passa quatre jours et fut très heureux de retrouver Grizel. Elle n'avait pas menti : coiffée, maquillée et vêtue de sa robe Queen Anne, elle ressemblait à une princesse échappée d'un conte de fée. Il fut content de la voir porter la bague de sa mère. Elle avait été heureuse en ménage en dépit des activités illégales de son mari. Le cousin de Blaine, Callum, lui fit ouvertement du rentre-dedans et il y répondit. C'était un peu un enterrement de vie de garçon, non ?
Avant que les nouveaux mariés ne s'éclipsent, Draco serra très fort Grizel. Cette fois, c'était la dernière. Son cœur battait à tout rompre. Il avait réfléchi aux dernières paroles qu'il allait lui dire mais les mots mourraient dans sa gorge.
« Fais attention et sois heureuse, réussit-il à articuler, pleurant légèrement.
- Hé, ne pleure pas, toi aussi tu te marieras avec une jolie robe mais ne rêve pas : je serai la plus belle. »
Draco rit :
« Je suis l'actif, je ne mets pas de robe, gloussa-t-il. Et… Callum suce très bien, lui chuchota-t-il. Je suis sûr qu'il aurait des choses à t'apprendre.
- Rhooo ! Je le savais ! »
Puis les jeunes mariés partirent, dans une calèche, vers leur lune de miel et Draco, vers sa mort.
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« Bail ? Check. Testament ?
- Check, répondit Draco.
- Au revoir à tes amis ?, demanda Luna.
- Check.
- Tu ne m'as pas dit au revoir à moi… »
La jeune fille regarda étrangement son interlocuteur. Si elle pouvait lire dans les pensées des gens, eux ne le pouvaient pas et ses pensées étaient indéchiffrables.
« Quoi ?, dit-il.
- Je regrette de t'avoir retrouvé trop tard. Moi qui pensais tout anticiper, », gémit-elle en lui caressant la courbe de la mâchoire du bout des doigts.
Poussé par une main invisible, Draco franchit l'espace qui les séparait. Il serra son amie contre lui et l'embrassa. Elle l'enlaça et lui déboutonna sa chemise.
La silhouette d'Harry quitta le miroir. Il comprenait ce qu'il allait se passer, il l'acceptait même mais ne pouvait pas y assister. Pas une seconde il ne doutait de l'amour de Draco pour lui mais c'était douloureux de voir d'autres profiter d'un plaisir qui lui était encore interdit. C'était un au-revoir et un merci que Draco formulait à Luna. Bien sûr, pas tout le monde ne l'exprimait ainsi, heureusement, mais Luna s'était beaucoup investie dans leur relation et les aidait.
Dans le salon, ils commencèrent les préliminaires mais se rendirent dans la première chambre pour plus de confort. Les deux corps ne formaient plus qu'un. Enfin, ils se séparèrent. Loin d'être gênés, ils restèrent blottis sous les couvertures. Ils avaient tous les deux manqué de chaleur et savaient qu'ils ne se retrouveraient jamais ainsi. Ils savaient qu'ils allaient se quitter à jamais.
Puis Malfoy soupira et remit ses vêtements, accompagnée par Luna qui descendit faire du thé à la cuisine. Il tira les draps du lit plus honteux d'avoir couché avec elle dans la chambre d'Harry plutôt que d'avoir eu cette relation. C'était pourtant arrivé. Dans cette chambre. Il sortit une cigarette de la poche de son pantalon et la fuma à la fenêtre.
« Je suis revenu…, dit une voix familière derrière lui. Je ne t'en veux pas pour ce qu'il s'est passé. J'aurais fait pareil… je crois. Tu as peur ?
- Un peu.
- Moi aussi. »
On toqua puis Luna entra et posa son plateau sur le bureau.
« Ton… ton thé est… agrémenté… si tu es prêt, bois-le, dit-elle. Médicalement, ça passera pour une mort naturelle, il n'y aura aucune trace dans ton organisme et je ne serai pas impliquée. Dans trois ou quatre jours, j'irai voir Grizel et je lui dirai que tu as eu un accident.
- Trois ou quatre jours ? C'est tôt !
- Je pense qu'elle aura besoin de… de venir à ton enterrement. Et j'aimerais la connaître.
- D'accord. Luna, je suis nul pour trouver les mots, je ne les ai jamais trouvés, mais… je voulais te dire…
- Chut !, murmura-t-elle. Je sais. Je sais, tu n'as pas besoin de parler avec moi, dit-elle la voix étranglée par les sanglots. Venez me voir de temps en temps. D'accord ? »
Draco la serra contre lui et s'enivra de son parfum une dernière fois.
« Ne t'inquiète pas pour moi, je vais trouver quelqu'un de bien avec qui je vivrai de longues décennies dans trois ans et cinquante deux jours, gloussa-t-elle. Peut-être cinquante trois ou quatre.
- Je t'aime Luna, merci. »
Il déposa un léger baiser sur ses lèvres et vida sa tasse. Il réussit à s'allonger sur le lit et son cœur qui battait à tout rompre quelques instants auparavant commençait à ralentir.
Il entendait au loin la voix de Harry :
« Je suis le meilleur Attrapeur de tous les temps. Je t'attraperai et… je ne te lâcherai plus. »
Puis il n'entendit plus rien.
Pas de spasme, pas de râles d'agonie, juste un corps qui ne bougeait plus. Pas d'aura ou de corps astral, peu importe le mot.
« Luna ! Luna ! Où est-il ?, s'affola Harry.
- Là… »
Elle pointait un Draco translucide complètement debout face au miroir sans s'y refléter.
« Si… si vous souhaitez vous élever, faites-le moi savoir. Moi… ou mes descendants… vous aiderons. Venez me voir de temps en temps aussi. Je crois que nous allons rester proches.
Harry se concentra et poussa sa main contre la vitre. Le miroir gondola.
« Viens mon amour, viens… »
Draco n'eut aucune peine à saisir la main tendue et sans un regard en arrière il traversa le miroir pour de bon.
Luna sourit et quitta la pièce avec son plateau à thé. Oui, Draco allait lui manquer mais elle n'était plus seule, elle en était sûre, songea-t-elle en caressant son ventre de sa main libre.
Draco tomba sur Harry. Comme la précédente fois, il était dans la pièce inversée. Ses nerfs lâchèrent et il pleura. Harry le serra contre lui, content de sentir l'humidité des larmes. Ensemble, ils ne perdraient pas leurs sens peut-être. Il le cajola le temps qu'il se calme.
« Chut, tout va bien. Tu es avec moi maintenant, on sera toujours ensemble. »
Il prit le visage de Draco entre ses mains et essuya ses larmes avec ses pouces, tendrement.
« Tu sembles rester pour de bon..., » dit-il.
Draco regarda autour de lui. Son corps physique gisait sur le lit. Il semblait dormir. Aucun cordon ne l'y reliait. Il toucha la glace mais se heurta à un mur. Il ne savait pas ce qu'il ressentait. Grizel, Luna, Neville, le cinéma, tout était fini.
« Tu n'as aucun regret ?, demanda Harry.
- Je te le dirai dans cent cinquante ans.
- Veux-tu explorer notre monde ? »
Draco se retourna et se serra contre Harry :
« Il y a autre chose que je voudrais explorer avant », murmura-t-il chaudement en lui caressant les fesses.
Harry frémit et l'attira vers son lit. Le monde pouvait attendre. Lui, beaucoup moins.
Prochain (et dernier) chapitre : Epilogue
