Bonjour/Bonsoir à tous ceux qui passent par ici, par hasard ou pas ;) Sur ce coup-là, je suis plutôt contente de moi, et j'espère que vous allez apprécier ce chapitre autant que j'ai apprécié l'écrire - mais le plaisir n'empêche par la galère... J'ai eu un peu de mal à trouver des idées pour le contenu, ce qui explique le retard... Mais je tenais à poster ce chapitre avant de partir en vacances, dans un endroit tellement paumé qu'il n'y a même pas le wifi TOT
Je dédie ce chapitre à ma sœur, qui a largement contribué à l'élaboration du scénario de cette fic (voilà ce que ça donne lorsque deux otakus et fans de Hakuouki à s'arracher les cheveux se rencontrent et lâchent délire sur délire) ! En espérant encore bien la faire rire avec les tribulations de ses bishos préférés =^0^=
Suzuka-san : Wouah, je pense que je n'ai jamais eu de review aussi longue depuis le début de mon hasardeux parcours d'auteur de fanfics TOT c'est beau, j'en ai les larmes aux yeux (ah ! Si tout le monde pouvait poster des coms comme ça !...). Merci de ton soutien, et, pour le coup, la jauge de motivation a grimpé d'un coup ! ;) Hijikata ? Ah, oui, je ne sais pas ce que j'ai avec lui en ce moment mais j'aime le faire morfler :3 *Okita attitude* D'ailleurs, ma sœur, qui en est une grande fan (je pense que son futur mari va avoir pas mal de concurrence à vaincre), me reproche de trop le faire souffrir, le pauvre (quand même) alors je lui ai donné un peu de répit dans ce chapitre (il va pouvoir souffler ^^) ! Aah, j'aimerais tellement pouvoir faire tous les couples de Hakuouki SSL ! Mais mon scénario est déjà tellement chargé en lui-même que je ne sais pas si je vais pouvoir le faire... Je me contenterais des principaux, en faisant du sous-entendu pour les autres TOT le monde est cruel ! Justement, pour l'interlude, je m'étais demandé s'il fallait le mettre en prologue, mais ça ne collait pas avec ce que je voulais faire, donc j'en ai fait un chapitre à part, d'où la publication plutôt rapide... Ah, question 'porte nawak, tu vas être servie dans ce chapitre, bien qu'on ait quelques passages un peu plus sentimentales... *sort son mouchoir* Ah oui, je suis passée sur ton blog tout à l'heure et j'ai vu les nouvelles images de SSL que tu avais postées ^^ ça tombe bien, j'en cherchais pour me mettre "dans l'ambiance" #SBAM#
Bref, je parle, je parle, et le chapitre n'est toujours pas commencé ^^' Bonne lecture à tous :)


A perdre la tête

Chapitre 4 : Où les ennuis commencent

Dans la chaleur moite de cette fin d'après-midi, le mugissement de la sonnerie sortit de leur torpeur les élèves dont la tête dodelinait au-dessus de leurs copies. Un regain d'énergie les gagna tous et ils se levèrent d'un bond pour quitter le lycée dans le bourdonnement des conversations, malgré les professeurs qui s'égosillaient à travers les couloirs pour lancer leurs ultimes recommandations aux étudiants oublieux.

La chaleur de cette fin d'été était telle que Chizuru était certaine que le goudron de la route allait se mettre à fondre comme une motte de beurre laissée au soleil. Les arbres aux branches pendantes qui bordaient le chemin guettaient avidement la tombée de la nuit, avides d'air frais, tandis que les oiseaux d'ordinaires si vivaces se laissaient mollement planer entre deux courants d'air. Toute la rue engourdie semblait rougeoyer sous le soleil.

Chizuru, sa veste d'uniforme sous le bras, passa sa main sur son front en prenant une inspiration. Même l'air était chaud.

─ Quelle chaleur ! gémit Sen à côté d'elle. J'ai l'impression que quelqu'un m'a laissée tomber sur la plaque d'un barbecue... Je n'en peux plus, je vais cuir sur place !

La jeune fille laissait ses pieds traîner contre le sol et portait son sac à bout de bras, comme s'il était trop lourd pour elle.

─ Tu n'entends pas ce grésillement ? fit-elle soudain.

─ De quoi ?

─ C'est mon cerveau qui est en train de bouillir dans mon crâne...

Chizuru pouffa et Sen releva ses cheveux en arrière.

Elles étaient arrivées au carrefour où leurs chemins distinctifs se séparaient et Sen s'apprêtait à dire au revoir à son amie lorsqu'elle aperçut un jeune homme vêtu de sombre qui les regardait venir, adossé à un muret comme s'il les attendait. La voyant fixer quelque chose derrière elle, Chizuru suivit son regard et aperçut le garçon.

─ Nii-san ? fit-elle, surprise.

Alors que son amie lui tournait le dos, Sen fronça les sourcils. Elle n'aimait pas ce type, pour deux raisons. Premièrement, il faisait partie de ceux qui faisaient souffrir sa petite Chizuru sans même s'en rendre compte alors que la jeune fille s'écorchait le cœur à s'inquiéter pour eux. Et deuxièmement, il ne lui inspirait pas confiance.

Il n'inspirait confiance à personne, d'ailleurs. Au lycée, il avait mauvaise réputation, celle d'un voyou bagarreur qui finit ses journées en heures de colle, d'autant plus qu'il faisait partie de la petite cour personnelle de Kazama, ce gosse de riches qui se croyait tout permis parce qu'il était président du conseil des élèves. Non, décidément, Kaoru n'était pas celui qu'il fallait fréquenter.

Et pourtant... Pourtant, le garçon valait bien mieux que cela, mais il n'y avait qu'une seule personne pour le savoir, et cette personne le rejoignit en trottinant après avoir salué son amie.

Le frère et la sœur se mirent à marcher l'un à côté de l'autre sans rien dire, les cigales meublant le silence entre eux de leurs chants stridulants. La jeune fille, n'osant prendre la parole, jeta un regard discret à son frère. Celui-ci marchait les mains dans les poches, sa veste d'uniforme noire jetée négligemment sur son épaule. Il avançait la tête légèrement penchée en avant et les épaules resserrées comme s'il s'apprêtait à rentrer dans un mur, ses cheveux si semblables à ceux de sa sœur lui tombaient devant les yeux et dissimulaient son regard à ses interlocuteurs – ou, dans le sens inverse, cachaient ses interlocuteurs à la vue du jeune homme... Chizuru eut un petit soupir triste. Elle savait que son frère allait mal et enchaînait bêtise sur bêtise pour prouver au reste du monde qu'il était bien là, qu'il existait, mais ce n'était pas vraiment lui qui faisait cela au cours des dernières années, elle l'avait vu devenir terriblement fragile, puis se retrancher derrière une armure de porc-épic, de plus en plus souvent, jusqu'à ce qu'il finisse par s'y cacher complètement. Elle se faisait du souci pour lui, mais elle savait aussi que les marques d'affection et de tendresse le hérissaient plus qu'autre chose, alors elle attendait patiemment que son frère ressorte de cette armure, quand il le voudrait. Et à ce moment-là, elle serait là pour lui prendre la main. Comme lorsqu'ils étaient petits.

Elle sourit à cette idée.

─ Pourquoi est-ce que tu souris toute seule, idiote ? maugréa Kaoru en lui jetant un coup d'œil malgré tout intrigué.

─ Moi ? Oh, pour rien, fit-elle alors que son sourire s'élargissait.

Son frère leva les yeux au ciel alors qu'elle serrait son sac contre son cœur.

─ Sinon, ça se passe bien pour toi, petite sœur ? demanda-t-il après quelques instants.

─ Pourquoi tu me demandes ça ? Et puis d'abord, je ne suis pas petite !

─ Quoi, je m'inquiète pour toi, ça te dérange ? Et je suis né le premier, donc c'est moi le plus grand !

─ N'importe quoi ! Tu n'as aucune preuve de ce que tu avances !

─ Ecoute, petite sœur, la vérité est dure à admettre, mais un jour, tu finiras par te faire une raison...

─ Mais-euh, n'essaye pas d'éviter le sujet !

Kaoru sourit devant la moue contrariée de sa sœur. Cette dispute ne datait pas d'hier : aussi loin qu'ils puissent se souvenir, les jumeaux s'étaient toujours querellés afin de savoir lequel d'entre eux était né le premier, et lorsqu'ils avaient demandé à leurs parents, ceux-ci avaient souri et s'étaient contentés de répondre qu'ils ne voulaient pas que l'un des deux enfants profite de son statut d'aîné pour influencer le plus jeune. La dispute était donc restée, et aujourd'hui, cela faisait plus sourire les jumeaux en question qu'autre chose.

─ En tout cas, s'il t'arrive quelque chose, tu me le diras, hein, Chizuru ?

─ Hein ? Bien sûr... mais pourquoi tu dis ça ?

─ Pour rien... Pour rien.

Et toi, alors, pourquoi tu ne me dis rien ?...


Saito poussa un long soupir fatigué et retroussa les manches de sa chemise. Il venait d'achever le dernier tour d'inspection du lycée et s'apprêtait à reprendre ses affaires pour rentrer chez lui lorsqu'un mouvement à la périphérie de sa vision attira son regard. Il tourna la tête et aperçut, qui longeaient la grille du lycée, Hijikata et Okita. Le jeune homme semblait poursuivre son aîné avec un sourire moqueur alors que ce dernier paraissait vouloir le repousser avec insistance. De là où il était, Saito avait du mal à bien discerner la scène, mais son ami ne semblait pas le moins du monde gêné d'harceler un de leurs professeurs, il y prenait même un malin plaisir. Hijikata finit par se retourner et cria quelque chose au visage de l'adolescent avant de s'éloigner à grands pas rageurs. Okita, resté sur place, le regarda partir avec un sourire satisfait puis aperçut Saito de loin. Alors qu'il commençait à lui faire de grands signes à travers la cour, le chargé de discipline se détourna et fit comme s'il ne l'avait pas vu.

Il était en colère. Il ne savait pas pourquoi, mais quelque chose dans cette scène le mettait en colère. D'abord, Okita ne lui avait jamais dit qu'il était aussi proche d'un de leurs professeurs et ensuite... Bah, c'était bizarre, quoi !

Saito attrapa sa veste et son sac avant de rentrer chez lui.

Dans le métro du retour, les gens étaient agglutinés autour de lui comme des mouches autour d'un pot de miel, et pourtant il se sentait plus seul que jamais. L'obèse contre lequel il était écrasé, les gens au téléphone, les gens qui riaient trop fort et trop faux, les gens qui ne cédaient pas leur place assise à la petite vieille qui venait de monter, les gens qui, les gens qui, les gens tous ensemble l'énervaient. Il se sentait à part, transparent. Tout l'irritait. Il faisait trop chaud et l'odeur de la transpiration agressait ses narines. Le soleil tapait fort sur la rame de métro : ils étaient tous en train de griller comme des sardines en boîte.

Il referma la porte d'entrée derrière lui avec un certain sentiment de soulagement, puis retira ses chaussures en s'annonçant. Pas de réponse. Sa mère devait être encore au travail.

Il baissa les stores de la pièce à vivre en profitant de la fraîcheur de l'appartement, avant de se jeter sur le canapé pour allumer la télé. Le présentateur commença à débiter son flot de nouvelles fraîches tandis qu'il se laissait aller contre le dossier du fauteuil. Il n'écoutait pas vraiment, mais avoir une présence dans cet appartement était agréable.

« ...et il fait chaud, il fait trop chaud, on étouffe ici à Tokyo ! Aujourd'hui, nous avons franchi les trente degrés, un pic de température rarement atteint à cette période de l'année, mais les résultats sont formels : pas de nuages à l'horizon avant un bon bout de temps ! Qu'en pense la population scientifique ?

Mon cher, nous sommes perplexes : les masses d'air chaudes en suspension au-dessus de la région de Tokyo continuent d'être alimentées et ne semblent pas vouloir se déplacer... Aussi nous sommes en alerte pollution depuis quelques jours, et les citadins sont invités à utiliser les transports en commun ou tout simplement leurs jambes au cours des prochaines semaines ! Nous conseillons également aux personnes âgées et aux jeunes enfants à ne pas sortir sans protection contre le soleil...

Merci à notre invité spécial pour ces excellents conseils et bonne journée à tous nos téléspectateurs... Et maintenant, les news !... »

Saito ferma les yeux. Il allait fondre. C'est ça, il allait se liquéfier et couler par terre sans aucune consistance. Il n'avait envie de rien et pourtant rester assis là sans rien faire le dérangeait.

Dehors, un bruit de klaxons frénétiques troua la moiteur endormie qui pesait sur la ville, tirant le jeune homme de ses pensées. Il se leva et alla entrouvrir les rideaux pour observer la rue en contrebas. A côté de lui, le poste de télévision crachait toujours son flot d'informations.

« ─ ...retrouvé en bas de l'immeuble où il logeait. Cet homme de trente ans a été poignardé dans le dos à plusieurs reprises alors qu'il était déjà mort, et découvert le matin suivant par la concierge de l'immeuble qui a immédiatement appelé le commissariat. La police pense à fou sanguinaire qui suivrait ses victimes jusque chez elles...

En effet, Tokyo a toujours eu son petit lot de criminels assassins en tous genres, du voisin de palier à la légende urbaine, mais nous conseillons tout de même à nos chers téléspectateurs d'éviter de se promener seuls à l'extérieur après la tombée de la nuit. La police a annoncé qu'elle renforcerait les patrouilles de nuit dès que... »

Saito éteint le poste, coupant brusquement le sifflet au journaliste qui disparut de l'écran dans un bourdonnement outré. Sous un soleil aussi éclatant, face à la monotonie de tous les jours, les choses macabres sonnaient mal, comme si elles se déroulaient dans un autre monde.

Le jeune homme appuya son front contre la vitre brûlante. Il savait ce qu'il voulait faire : du kendo avec Okita. Seulement, à cette époque de l'année, l'activité des clubs n'avait pas encore repris et il devrait encore attendre quelques jours avant d'affronter de nouveau son meilleur ami. Quand ils combattaient l'un contre l'autre, il sentait comme une force grisante l'envahir, l'arracher de son quotidien et tout faire disparaître autour de lui pour qu'il n'y ait plus que lui, Okita et leurs deux armes entre eux, rien qu'eux deux, et le reste de ce monde qui l'embarrassait disparaissait.


De loin, à l'autre bout de la cour, Okita aperçut son ami à la mine sévère l'observer. Il se mit à lui faire de grands signes, ravi d'avoir attiré son attention, avant de le voir se détourner et disparaître dans les locaux du lycée. Le brun baissa les bras, découragé, puis haussa les épaules et se lança à la poursuite d'Hijikata.

─ Allez, Hijikata-san ! le pressa-t-il.

─ Encore toi ? Je t'ai déjà dit que tu n'aurais rien ! gronda le professeur de littérature.

─ S'il vous plaît ! Soyez sympa, quoi !

Hijikata s'éloigna sans se retourner, abandonnant l'étudiant sur place.

─ Je vous jure que si vous ne me le donnez pas, je vais mourir ! cria-t-il de loin, s'attirant les regards des passants.

─ Eh bien meurs donc ! Ça me fera des vacances !...

L'enseignant fit un dernier signe négligent de la main et partit sans un regard derrière lui. Laissé pour compte, Okita gonfla les joues et souffla.

─ Il est têtu, le bougre, grommela-t-il sans savoir qu'à une dizaine de mètres, Hijikata pensait la même chose de lui. Mais je l'aurais, d'une façon ou d'une autre !

Découragé, le jeune homme fit demi-tour vers le lycée, les mains enfoncées dans les poches de son pantalon d'uniforme, puis leva la tête vers le bout de ciel d'un bleu éblouissant qui apparaissait au-dessus de sa tête, clôturé par les immeubles aux environs du lycée. Okita avait beau afficher la plupart du temps une bonne humeur à toute épreuve, il aimait bien se laisser aller lorsqu'il était seul. C'était une sorte de secret qu'il se plaisait à conserver pour lui-même... et pour une unique autre personne qui connaissait le jeune homme presque mieux que lui.

Okita se dépêcha de rejoindre l'ombre bienfaisante du hall qui l'enveloppa en chassant la chaleur à l'extérieur, lui indiquant mieux encore qu'une parole habituée et superficielle qu'il était le bienvenu. Le jeune homme disparut dans un couloir en entendant des bruits de pas venir vers le hall. Il n'était pas censé être ici, mais actuellement, il n'avait aucune envie de rentrer chez lui, et comptait faire selon ses désirs. Il aimait ce lycée, et il espérait que ce lycée l'aimait aussi un peu en retour. Ici, plus besoin de frères et de sœurs envahissants, plus besoin de parents trop curieux et négligents, il avait tout ce qu'il voulait : des amis à n'en plus finir, de pauvres victimes à asticoter, un public à faire rire de ses blagues... et même un père « de substitution » qui l'aimait comme son fils. Alors, pourquoi diable rentrerait-il chez lui ?

Okita poussa la porte du couloir administratif actuellement déserté et toqua sans hésitation à une porte précise dans un mouvement qui trahissait l'habitude. Un faible « entrez » lui parvint et il poussa la poignée.

Assis à un bureau presque trop grand pour lui, pratiquement caché derrière les piles de paperasse qui s'alignaient devant lui, un homme à qui le costume sévère semblait mal aller se passait la main dans les cheveux, l'air hésitant, devant un dossier dont une bonne partie semblait encore incomplète. Il releva la tête et sembla surpris en apercevant le jeune homme.

─ Tiens, Sôji ! Qu'est-ce que tu fais encore là ? Ta mère va s'inquiéter si tu ne rentres pas.

Le brun haussa les épaules.

─ Ah, bon, je comprends, fit le principal en repoussant son dossier.

Il lui fit signe de s'approcher et ébouriffa les mèches en bataille de son élève.

─ Eh bien, qu'est-ce que tu as grandi ! constata-t-il. Bientôt, je ne pourrais plus faire cela à moins d'avoir l'air ridicule...

─ Mais non, Kondô-san, vous n'avez jamais l'air ridicule, affirma Okita en souriant tristement.

Le principal s'immobilisa en remarquant l'expression de son petit élève plus si petit.

─ Eh bien, qu'est-ce que c'est que cet air-là, Sôji ?

Le concerné détourna les yeux.

─ Rien, rien du tout.

Kondô abaissa son bras. Il n'était pas très doué pour réconforter les gens, malgré toute sa bonne volonté, mais s'il y avait quelqu'un qu'il ne voulait pas voir triste, c'était bien Okita. Quand il était petit, préparer son plat préféré ou encore quelques grimaces bien ajustées suffisaient à le faire sourire de nouveau, et l'enfant se confiait à lui sans retenu, mais aujourd'hui, ce n'était plus aussi simple. L'enfant était maintenant un adolescent et les attaches qui le liait à son père de cœur paraissaient s'étirer à tel point qu'ils semblaient se perdre de vue dans le brouillard du monde. Pour la deuxième fois en l'intervalle quelques minutes, le principal du lycée qui avait donné à tant d'enfants les ailes pour s'envoler de leur nid se dit que ce petit-là grandissait vite, trop vite pour lui qui peinait à suivre le rythme. Il aurait voulu tout savoir des tracas de son cœur pour les guérir aussitôt, et se remettre à rire comme un gamin des blagues de son protégé... Déjà, les souvenirs des moments de complicité qu'ils avaient partagés prenaient une teinte sépia. Kondô sourit, résigné. S'il ne voulait pas étouffer le garçon de ses attentions, il allait falloir qu'il apprenne à lâcher du leste.

Le proviseur jeta un regard désolé au dossier qu'il aurait déjà dû finir la veille, mais Okita passait avant.

─ Bon, sourit-il en tapotant l'épaule de son protégé. Ce n'est peut-être ni le lieu, ni le moment pour me dire tout ce que tu as sur le cœur. Ça te dirait d'aller au cinéma ?

Aussitôt, Okita releva la tête et esquissa un sourire encore un peu pâlichon.

─ Avec du pop-corn ! s'écria-t-il avec enthousiasme.

─ Oh, ça, ça dépendra de ce que j'aurais sur moi, dit-il, tout en sachant pertinemment qu'il finirait inévitablement par lui payer le pop-corn, et même plus.


Il y avait un personnage dont il n'avait pas encore été question. Et pourtant, selon lui, sa place aurait dû être parmi les premiers... Oui, je vois que vous savez de qui je veux parler.

Un tyran à l'aura froide et méprisante qui n'a de cesse de regarder de haut ses cadets comme ses aînés... Un jeune homme au noble front fièrement élevé comme pour supporter une couronne qui n'existe que pour lui... Oui, c'était bien Kazama, celui dont le fin museau de renard se retrousse légèrement lorsqu'il se joue de vous – à votre insu, bien sûr. Fils d'une noble et ancienne famille nippone qui n'avait eu de cesse de prouver sa puissance en des temps où la vie était encore rythmée par le fer des épées, il avait été élevé selon les principes dus à son rang, et tout dans son attitude ne cessait de rappeler à son entourage qu'un sang bien plus fier coulait dans ses veines. Adulé par la plupart des lycéennes qui étaient littéralement soufflées par ses airs de rebelle sombre et froid, jalousé par la population mâle de l'établissement à qui il faisait trop d'ombre, haï par ses professeurs qu'il ne considérait guère plus que son petit personnel (et se comportant en conséquence), Kazama s'était empressé à son arrivée au lycée de s'octroyer le rôle le plus important de l'établissement pour un étudiant, soit président du conseil des élèves. Depuis, il administrait avec détachement son petit royaume... et ceux qui y trouvaient à redire se heurtaient à l'ombre gigantesque qui s'étendait toujours derrière lui sans jamais le lâcher : Amagiri, l'un des seuls amis qu'on lui connaissait – et encore... Les doutes subsistaient quant à cette relation. Certains affirmaient que le géant roux n'était qu'un garde du corps que Kazama utilisait comme parasol les jours de grand soleil d'autres maintenaient que c'était Amagiri qui avait juré fidélité au blond, pouvant ainsi être considéré comme son ami d'autres encore, épris de mangas aux scénarios douteux, assuraient que ces deux-là étaient en couple depuis bien longtemps – mais ceux-là, on ne les écoutait que d'une oreille, et même d'une oreille assez distraite.

Kazama aimait être entouré d'une petite cour qui l'accompagnait partout où il allait : il y avait Amagiri, bien sûr, mais aussi Shiranui, un élève à l'allure rebelle dont le goûts pour les armes à feu (ou du moins en plastique bien imité) lui avait déjà valu quelques remarques de la part de ses professeurs, ou encore Kaoru, le jeune homme à l'air renfrogné qui faisait le désespoir de son père. Ce n'étaient pas les amis de Kazama, tout juste des « utilités » qui le distrayaient par leur simplicité, et ils étaient plutôt mal vus par les autres élèves.

Mais Kazama accordait peu d'importance à ces bruits de couloirs. Les humains « normaux » l'amusaient. Il lui suffisait d'écouter une de leur conversation, et il avait l'impression de se retrouver plongé dans une de ces séries débiles qui passaient à la chaîne à la télévision – ça aussi, c'était une chose qui lui était inconnue, mais puisqu'il trouvait cela superficiel et idiot... Il avait l'impression de vivre en parallèle d'un autre monde.

Cet après-midi-là, Kazama rentrait chez lui après le lycée. Shiranui était déjà parti pour buter quelques zombies sur son écran soixante-dix pouces et Kaoru avait filé sans un mot. Il n'y avait plus qu'Amagiri, dont Kazama sentait la présence silencieuse dans son dos. Le géant avait l'habitude de le coller comme ça depuis leurs premières années de collège, sans jamais rien dire. Au fil du temps passé ensemble, il avait fini par s'y habituer, et maintenant, une dérogation à leur petite routine l'aurait plutôt mis mal à l'aise, car, même s'il ne l'aurait avoué pour rien au monde, cette présence était tout de même bien rassurante. Comme tous les soirs, Amagiri le raccompagnait chez lui puis repartait il ne savait où pour revenir le chercher devant le portail le lendemain matin. Seulement, cet après-midi, il faisait particulièrement chaud.

Kazama repoussa en arrière une mèche de ses cheveux blonds si particuliers en maudissant la transpiration qui poissait son dos, sous sa chemise. Il avait l'impression de se mouvoir avec autant de grâce de dans du marshmallow fondu. Heureusement qu'Amagiri, placé dos au soleil, le protégeait de ses rayons assassins. Il s'arrêta un instant et se retourna vers le rouquin posté à contre-jour.

─ Tu devrais faire attention, lui conseilla ce dernier.

─ Pardon ?

─ Tu es albinos, c'est ça ? Tu pourrais facilement attraper un coup de soleil.

─ Tsssk...

Kazama savait que sa peau si claire par rapport aux autres, ses cheveux blonds et par-dessus tout ses yeux rouges le différenciaient du reste de la population, mais il s'était toujours dit qu'ils étaient là pour témoigner de sa supériorité : jamais il n'avait pensé que cela aurait pu être un signe de faiblesse physique.

─ Que dirais-tu d'une glace ? proposa Amagiri. Tu as l'air d'avoir chaud.

─ Je...

Kazama jeta un regard à la terrasse du café que son compagnon lui avait désigné là-bas, des étudiants encore en uniformes riaient en mangeant des glaces.

─ Non merci, trancha-t-il. Ça, c'est pour les autres.

Amagiri haussa les épaules et se remit à suivre Kazama. Dos au soleil, il arpentait la rue tandis que le jeune homme blond était préservé dans l'ombre de ses larges épaules. Discrètement, mais sûrement, il veillait à toujours marcher au même rythme que lui, afin qu'il ne se retrouve pas au soleil. Il sourit en pensant que Kazama ne l'avait toujours pas remarqué. Kazama ne remarquait pas ce qui était plus loin de le bout de son nez.

Au coin du mur qui bordait la grande propriété du blond, Kazama s'arrêta et son compagnon le prit par l'épaule.

─ Et fais très attention à toi, Kazama : j'ai entendu dire qu'un fou s'était mis à tuer des gens dans le quartier. Ne sors pas tout seul, d'accord ?

Le blond fronça les sourcils.

Il me prend pour un gosse ou quoi ?

─ Mais oui, ne t'inquiète pas... fit-il en repoussant légèrement sa main.

Amagiri sourit puis lui tourna le dos avant de s'en aller. Kazama resta encore un peu immobile pour le regarder s'éloigner. Sa carrure impressionnait les passants qui levaient la tête pour le regarder passer.

Il me demande de prendre soin de moi alors que c'est lui qui vient me chercher tous les matins... Bon sang, allez chercher la logique... Enfin, ce n'est pas mon problème.

Kazama secoua la tête comme pour chasser une mouche agaçante et se glissa derrière le portail de sa propriété.


─ Dites, dites, monsieur le commissaire, c'est un vrai fou qui a tué cet homme ?

─ Puisque je vous dis qu'il n'y a qu'un fou pour continuer de transpercer sa victime de coups de couteaux alors qu'elle est déjà morte ! Tenez-vous un peu tranquille, inspecteur, vous allez faire mauvaise impression devant la presse.

─ Oh ! La presse est déjà là, monsieur le commissaire ? Ils vont nous prendre en photo ?

─ Pas nécessairement vous, inspecteur ! Vous ne pouvez pas tenir en place deux minutes ?

Le tout jeune inspecteur cessa de se trémousser dans tous les sens sur la banquette de la voiture de police et le conducteur jeta un regard étrange au reflet des deux hommes assis à l'arrière dans son rétroviseur.

─ Navré, monsieur le commissaire, mais c'est mon premier homicide, alors forcément, je suis un peu à cran...

Regardez-moi ce jeune roquet fraîchement sorti des théories de la police scientifique qui remue la queue devant son « premier homicide »... Il n'a pas encore été confronté à la réalité de la ville, la vraie la seule l'unique, la jungle de bitume et de verre.

─ Vous pensez qu'il restera des traces de sang par terre ?

─ Et qu'est-ce que ça pourrait vous faire, inspecteur ?

─ Bah... Le côté macabre, épouvante, tout ça...

Ce type est devenu flic en bouffant Conan Doyle et Agatha Christie ou quoi ?

─ De toute façon, vous pourrez constater par vous-même, nous arrivons.

Les portières se refermèrent dans un claquement de mécanique huilée et les deux policiers franchirent le cordon de sécurité qui tenaient les badauds à distance. Ils s'arrêtèrent devant la grossière silhouette d'un homme saisis dans les derniers tressaillements de la vie, tracée à la craie sur le bitume du trottoir. Le fantôme de quelques taches plus sombres se profilaient encore sur le sol, mais la ville avait déjà fait son œuvre et la pierre avait absorbé le sang comme s'il s'eût été agi de jus de groseille. Autour d'eux, les gyrophares des véhicules de police illuminaient la scène par intermittence, saisissant à peine les ombres des hommes qui vaquaient aux alentours pour aussitôt les relâcher, refaire un tour puis les saisir de nouveau contre le mur, tels des fantômes... Le commissaire secoua la tête. A chaque fois, c'était la même chose : il avait du mal à se rendre compte que la scène était réelle et que quelqu'un avait bien été tué là où il se tenait, et il avait d'autant plus de mal à se sentir désolé pour la victime.

─ Où est le corps ? demanda-t-il à l'un des légistes qui rôdaient autour de la scène comme des vautours.

─ Hein ? Sais pas, répondit-il laconiquement. Ça doit être le SAMU, ou alors la morgue...

Le vieux flic fronça les sourcils.

Ils prennent de plus en plus de libertés ! Ils osent venir nous prendre nos corps avant même qu'on les étudie ? De qui ils se foutent ?

Il s'approcha d'un des policiers qui gardaient le cordon.

─ Hé, mon gars, je n'avais précisé qu'il fallait garder le corps sur la scène du crime en attendant l'arrivée du commissaire ?

L'autre le dévisagea avec un air éberlué.

─ Mais, monsieur le commissaire, le cadavre n'a pas quitté le périmètre...

─ Ah oui ? Viens donc m'expliquer ça, fit-il en le tournant vers le tracé à la craie.

Le policier se mit à balbutier.

─ Mais... Mais, je ne comprends pas... Le corps a disparu...


Ouh là là mais quel suspense !... #SBAM#
Un chapitre un peu plus estival pour se mettre dans l'ambiance des vacances qui commencent (et qui arrivent, pour les autres, ne vous découragez pas ;) )... J'ai beau détester Chizuru du plus profond de mon cœur de fujoshi, j'adore cette relation qu'elle a avec son frère... Et du coup je lui donne le beau rôle - -'' (honte à moi !)
Bon, maintenant que le chapitre quatre est terminé et posté, je vais pouvoir me mettre au cinquième... Inspiration, inspiration... #SBAM, le retour# (je devrais changer d'onomatopée pour varier un peu x) )
Bref, j'espère que vous avez aimé :) n'hésitez pas à laisser votre ressenti, ça me ferait très plaisir et de plus j'adore discuter avec les lecteurs (ne soyez pas timides, voyons, je ne mange personne... enfin... presque personne ;) )

Réédition du 17 mai 2014 : en raison des TRES nombreux contrôles qui sont en train de me tomber dessus les uns après les autres en espérant m'avoir avant la fin de l'année (mes profs, tous en choeur : "QUOI ! Il ne reste plus que TROIS semaines avant le conseil de classe, et je n'ai toujours PAS fait de contrôle !"), ainsi que d'un TRES conséquent projet d'art plastique qui m'a pris toutes mes vacances, je n'ai malheureusement pas pu avancer dans l'écriture du chapitre 5... Mais ne vous en faites pas, dès que les vacances d'été commencent, je m'y mets, promis ! En attendant, tout est dans la tête... *se fait huer par des hordes de lecteurs pas dupes du tout* C'est bon c'est bon je sors ! ^^'''