Clarke promena ses yeux sur ce qui restait du camp.
Les tentes démontées, il n'en restait que les traces imprimées à l'herbe jaunie à chaque emplacement, ainsi que quelques cercles de pierre ou de bois remplis de cendres où avaient été allumés les feux de camp. L'agitation s'était concentrée à la sortie de la petite clairière qui les avait abrité pendant ces quelques jours d'attente, là où tous les soldats finissaient d'empaqueter les toiles et les restes de construction qu'ils emportaient, les ayant démontés en une heure seulement. La rapidité avec laquelle tout avait été dressé puis enlevé était impressionnante, mais Clarke avait l'esprit ailleurs.
Il était encore tôt, le lieu était baigné dans une douce atmosphère grise qui disparaîtrait dès les premiers rayons du soleil, et une légère brise fraîche caressait son visage et soulevait quelques mèches de ses cheveux. Elle savoura cette sensation en inspirant profondément, le visage tourné à présent vers ce flanc de montagne qu'elle avait gravi seule et qu'ils allaient quitter définitivement, cherchant vainement à apercevoir une fois encore la roche pointue qui se dressait au sommet. Si on faisait abstraction du brouhaha indistinct qui s'élevait de la foule mouvante des hommes à une vingtaine de mètres à sa droite, tout était calme, et on n'entendait que quelques cris de corbeaux au loin. Clarke posa de nouveau des yeux absents sur le mouvement qui annonçait un départ imminent en y cherchant distraitement des figures qu'elle reconnaîtrait.
Elle n'avait pas encore vu Octavia ni Bellamy depuis qu'elle avait quitté la tente de Lexa au petit matin et avait tout juste eu le temps de passer quelques couches protectrices supplémentaires et de récupérer son sac avant de participer au démontage du camp. Elle se doutait qu'il lui serait peut-être impossible de saluer Bellamy avant qu'il ne parte en éclaireur avec ses hommes, étant donné qu'il menait le premier groupe à donner l'assaut sur Mount Weather, et regrettait quelque peu de n'avoir pu le faire vraiment. Ils avaient évité jusqu'au dernier instant de penser à ce qui approchait à grands pas et s'étaient refusé des adieux solennels. Mais Clarke ressentit un léger pincement au cœur à l'idée de ne pouvoir le voir une dernière fois.
Elle s'approcha de quelques pas des hommes qui s'agitaient en cherchant son ami du regard, mais ce fut en vain. En entendant son nom, elle se retourna.
« Clarke !
- Octavia ! Tu sais où est Bellamy ?
- S'il n'est pas déjà parti, il ne devrait plus tarder. » répondit-elle en lui jetant un regard d'excuse.
Elle était essoufflée à force de courir dans tous les sens pour vérifier que tout était fin prêt.
« On va bientôt partir, je pense qu'il y a très peu de chances pour qu'on le revoie avant.
- Je sais, répondit Clarke, non sans jeter un œil derrière elle au cas où.
- Tu es prête ? s'enquit Octavia.
- Oui.
- Non, je veux dire... prête ? »
Elle s'était placée face à elle le temps d'obtenir la réponse désirée. Clarke comprit ce qu'elle voulut dire et hocha la tête.
« Je suis contente de te connaître » ajouta-t-elle.
Cette fois, ce fut à Octavia d'acquiescer. Quelqu'un l'appela à quelques mètres mais elle ne prit pas la peine de se retourner, ne quittant pas Clarke des yeux. Elle sembla hésiter sur ce qu'elle allait dire :
« Je... A bientôt, lui lança-t-elle finalement en serrant sa main dans la sienne gantée de cuir, avant d'esquisser un mouvement pour partir.
- Puissions-nous nous revoir. » répondit Clarke tout bas, presque plus pour elle-même que pour elle.
Mais Octavia lui fit un nouveau signe de tête pour lui signaler qu'elle avait compris, tout en s'éloignant à grands pas en direction de celui qui l'avait hélée.
Après quelques secondes, Clarke se retourna, cette fois-ci à la recherche de la silhouette de Lexa, qu'elle avait vue monter à cheval quelques instants auparavant. Elle la vit, ainsi que celle de quelques uns de ses chefs, à cheval eux aussi, à une petite distance du groupe à présent compact des soldats fin prêts. A l'arrivée d'un autre au petit trot qui leur faisait signe, ils tournèrent tous la tête en direction de l'autre côté du relief montagneux et Clarke les imita.
Quelques hommes et femmes s'étaient détachés de ceux du camp et progressaient lentement en direction de l'ombre que formait la forêt, et, en les suivant la ligne disparate qu'ils formaient, elle remarqua une haute silhouette qui marchait plus lentement derrière eux. C'était Bellamy, et en plissant les yeux elle croisa son regard. Il leva alors un bras, le visage grave, et elle fit de même, auquel il répondit par ce que Clarke perçut comme un sourire. Son cœur se serra alors qu'il se retournait et remontait au petit trot la file de ses hommes pour en prendre la tête, mais déjà le commandant avait donné l'ordre de signaler l'imminence du départ.
Clarke attrapa les rênes du cheval roux qu'on lui avait apporté et monta en selle. Elle pressa ses talons contre sa monture qui avança au pas en direction de Lexa, qui s'était tournée vers elle, et se plaça à ses côtés. Elle la scruta quelques secondes, s'arrachant à la surveillance des troupes qui se mettaient en branle, profitant que ses généraux se soient écartés de quelques mètres pour prendre la direction de leurs hommes.
Le temps qu'ils se mettent tous en place sembla s'étirer à Clarke alors qu'elle répondait au regard attentif du commandant sans qu'elles échangent un mot. Puis Lexa arrangea son écharpe écarlate d'un mouvement de la main, tira son épée de son fourreau, et ses yeux revinrent à elle. Clarke tourna la tête une dernière fois, balayant du regard la place à présent déserte qu'ils laissaient derrière eux, et les montagnes aux sommets à présent nimbés d'une lueur orangée.
Elle revint ensuite à Lexa et lui fit un léger sourire en signe d'assentiment.
« Allons-y » dit le commandant.
Et elle répéta ces mots dans sa langue en hurlant d'une voix puissante en guise de signal, signal qui fut amplifié par le son des tambours de guerre qui s'étaient mis en marche.
Alors les hommes répondirent par un puissant cri de guerre à l'unisson, Lexa lança son cheval au galop tandis qu'ils se mettaient en marche, et Clarke la suivit, sans un dernier regard en arrière sur tout ce qu'elle laissait derrière elle.
FIN
