Hey guys! Apparemment, le dernier chapitre n'a pas eu trop de succès (merci à shogoki d'avoir ragé dans les comments :'))... Ouais, je sais que j'abuse trop de me ramener au bout de plusieurs mois avec un chapitre en deux parties. En plus, vu la taille de celui-là, j'ai décidé d'en faire carrément un chapitre à part entière. Donc pas de chapitre 6.2, même si ça sonnait bien 8)

Bon. J'vais rien vous cacher, un petit lemon s'est caché dans ce chapitre (le vilain). C'est du OkiSai en plus. Me demandez pas pourquoi, j'avais juste trop envie de le placer. JE SAIS PAS CE QUE J'AI FAIT A MA VIE. M'enfin, vous verrez bien. Désolée à toutes celles (je crois qu'on peut officiellement utiliser le féminin, non?) qui n'aime pas le bl. D'ailleurs il est temps que j'aille mettre un avertissement sur le premier chap moi.

Merci à shogoki pour sa relecture patiente et douloureuse (désolée pour les virgules, tu les retireras toi-même :')), sa connaissance de la culture nippone et surtout des pains japonais. Tu m'as autant aidé que google-sensei.

Theme songs pour ce chapitre (je sais pas quoi en faire alors je les laisse là) : 'This city is hell' (Plaid), 'Royals' ("Sad clown with the golden voice" version) et 'In a dream/I'm not here' (Julsy).

Shogokii : PUTAIN MAIS TU PARLES DU BAC BLANC CA VEUT DIRE QUE J'AI POSTE CETTE MERDE PENDANT LA PERIODE DU BAC BLANC PUTAIN MAIS CA FAIT SI LONGTEMPS j'm'en rappelais plus quoi ._. (au temps de mon bac blanc yeaaaah. Mais si Ale passe par là. Je meure.). Je suis troooop lente, c'est horrible. Vazy genre ton niveau d'absolution (lmao) il dépasse celui d'Akashi-sama. Dis Akashi-sama. Dis pardon Akashi-sama. Dis-le. Je sais que tu l'as pas dit. Et pour Hijikata, ouiii je vais le faire se rattraper ce cornichon. Et pour Chizuru, noooon tu ne la pousseras pas sous un bus. Je sais que t'aurais bien aimé pouvoir aimé agrandir ta collection de trophées dans le B, maybon. On peut pas tout avoir hein (like Kazama's mother lmao). Et ça y est, t'es contente d'avoir eu ce djfhgsfjdkljfd de lemon en exclusivité internationale ? Ah ouais nan, pas internationale, y'a eu Laeti avant toi. Disons exclusivité du site alors. Ça y est, t'es contente ? /pan/


Chapitre 7 : Ne dis rien

Okita attend.

Il n'a pas vraiment de raison d'attendre, d'ailleurs, et si on lui demandait ce qu'il faisait encore là, il aurait sûrement répondu qu'il ne savait pas. Ce sont des raisons stupides, enfin, stupides, sans intérêt pour la plupart des individus sensés aujourd'hui (selon les définitions courantes du sens et de la raison).

Le vent lui repousse une ou deux mèches sur le visage. Il les laisse lui chatouiller le nez. Il ne se sent pas la force de lever le bras. Pas encore.

De l'autre côté de la chaussée, des enfants en bousculent d'autres et rient fort. Leurs voix ne passent pas la rue, assourdies par les moteurs qui fument au feu du bout de l'avenue. Le spectre d'une odeur d'asphalte et de caoutchouc chauds s'accroche à tout ce qui a de la matière. La poussière et la fumée de gaz salissent lentement la ville. Lorsqu'il lève les yeux vers le sommet des immeubles, une rangée de fenêtres dans l'axe du soleil lui renvoie un clin d'œil éblouissant, lui faisant plisser les yeux. Deux immeubles et un paquet de fils électriques isolent un coin de ciel bleu qui semble rosir sous son regard, comme gêné d'être surpris dans sa mue du jour vers les voiles plus opaques du crépuscule.

Un petit courant d'air frais tombe dans l'avenue, balaye un moment l'odeur de soufflerie poussiéreuse. Quand on s'attarde sans vraiment s'y attendre, à certaines heures, en plein soleil, on peut aussi sentir une forte odeur d'été, mais un été lourd, comme malade, indisposé par les fumées grasses qui pesaient déjà avant sa venue.

Okita les a trouvés sympathiques, ce morceau de trottoir, ce mètre cinquante de grille où il a posé son dos et ses épaules. Sa motivation et son énergie se sont faites la malle sans prévenir, l'ont laissé se casser la gueule par terre sans plus savoir comment se relever. Pour quelqu'un qui a passé sa vie à bondir par-dessus les obstacles pour éviter d'être atteint, le choc est dur à encaisser. Il a eu une journée épuisante, mais ce n'est pas tellement la fatigue qui l'abat, il est déjà revenu de pire, surtout les jours où prenait soudain la fantaisie à Shinpachi d'emmener ses citadins à la campagne pour leur faire avaler vingt kilomètres de dénivelé, avec ses fameuses claques décapitantes dans le dos et trois-quatre bouteilles qui se battent en duel dans le sac à dos pour faire passer le coup. Non, définitivement, c'est pas la fatigue mais plutôt le découragement qui en résulte.

Résultait, résultat, maths, Sano, merde, merde, arrête de penser à ça putain.

Le découragement, donc. Il a l'impression d'avoir passé sa journée à s'agiter sans rien produire. Il a séché les maths ce matin (c'est bien la première fois depuis qu'il a découvert le sex appeal du prof, tiens donc). Il s'est briefé toute la matinée, pour finalement tourner les talons et s'enfuir en courant dès qu'il l'a vu dans le couloir. Tout était plus facile à l'époque où pour lui il n'était qu'un visage parmi tant d'autres. Ensuite, Saito, ayant été ailleurs toute la sainte journée, n'a pas eu des masses de conversation, et, en cours de littérature, Hijikata semblait avoir trop la tête à autre chose pour percuter les trois ou quatre mots qu'il a balancés à travers la salle pendant toute l'heure. Et bien sûr, interdiction de passer voir Kondō-san pendant la journée. Bien sûr.

C'est la première fois que le lycée le fait se sentir comme s'il n'était pas chez lui, comme s'il était devenu un étudiant comme les autres, comme si le pion Inoue ne lui avait jamais appris à jouer au shogi, comme s'il n'était pas le meilleur ennemi du prof de littérature étrangère, comme s'il ne se sentait pas mieux avec le proviseur qu'avec ses propres parents. C'est trop injuste. Il y passerait volontiers le reste de sa vie dans ce lycée, et pourtant aujourd'hui c'est comme si ses sentiments n'avaient jamais atteint personne. Déjà que, chez lui, il ne se sent pas... chez lui. Si on lui enlève le seul pas-chez-lui-où-il-est-comme-chez-lui, il lui reste quoi ? Un amour illégal à jeter à la poubelle, des parents à jeter aussi à la poubelle, un proviseur bien-aimé.

Et un meilleur ami.

C'est ce qu'il s'empresse d'ajouter à sa pensée lorsqu'il avise une masse de cheveux violets tristement hirsute qui grossit vers lui depuis le bout de la rue. Saitō s'arrête à sa hauteur et lui lance un regard de derrière ses mèches. Le brassard du comité de discipline est chiffonné dans le poing qui ne sert pas la sangle de son sac, et ses vêtements sont un peu mal fichus, comme s'il avait couru et ne s'était pas soucié de les remettre en place. Okita ne bouge pas quand il le voit faire un pas de plus et se pencher en avant pour poser son front contre son épaule. Il a un soupir qui le fait trembler et Okita le sent alors qu'il expire brutalement contre lui, comme s'il l'avait retenu trop longtemps et que maintenant il a du mal à sortir. Okita passe un bras autour des épaules de son meilleur ami.

Ils restent un moment comme ça, puis Saitō se dégage de son bras en douceur et se redresse. Sa main va repousser quelques mèches de devant ses yeux. Okita voit qu'il a arrêté d'enfoncer sa tête dans ses épaules et que maintenant il a regagné quelques centimètres. Sans le consulter, Okita reprit son sac à ses pieds, le remet sur son épaule et s'éloigne de quelques pas. La présence silencieuse de Saitō le file aussitôt, comme une ombre. Son épaule vient frotter quelquefois contre la sienne, se rappelant à lui. Okita est au courant depuis le début de la timidité maladive de son ami. Il l'a vu année après année se démener pour s'extraire du cocon avec lequel il est né, et ça a fini par marcher, du moins c'est ce qu'il leur semblait à tous, mais est-ce qu'on pouvait vraiment guérir de ce genre de choses ? La vie lui joue un tour et il perd tous ses moyens, pire encore qu'avant. Dans ces moments-là, s'il vient vers lui, Okita sait que c'est à lui de le reprendre en main. Et là, il va encore s'y coller.

Saitō n'émet aucune objection lorsqu'ils tournent dans la rue qui va jusque chez lui.

─ T'as Assassin's Creed chez toi ?

─ L'avant-dernier.

─ Bon. On devrait s'en sortir avec ça.

\******/

Dix-sept heures trente sonnent et le proviseur du lycée Hakuōki se lève. Il saisit une des fléchettes qui traînent sur son bureau et la pointe vers le panneau de liège accroché sur le mur d'en face, où sont accrochées deux photos, l'une d'Itô, l'autre de sa secrétaire de gestion. Plusieurs impacts ponctuent déjà la première. Il lance son bras en avant et la pointe de la flèche vient éborgner la secrétaire de gestion. Kondō réalise une petite danse de victoire avant de rajuster son costume, de prendre une bonne inspiration puis de saisir les documents qu'il vient de finir de remplir.

Dans le couloir d'administration, les talons de ses trop belles chaussures viennent sonner d'une façon désagréable contre le lino du sol. Quand il approche d'une certaine porte, il ralentit son pas jusqu'à l'étouffer, et lorsqu'il est suffisamment proche pour saisir la poignée, il l'ouvre à la volée et jette le dossier sur le bureau.

─ FINI !

Puis il s'enfuit en courant, hilare. Derrière lui, il entend des talons aiguilles claquer furieusement contre le sol et une secrétaire de gestion essoufflée par l'indignation lui hurler que c'est du harcèlement professionnel, oui monsieur, et que si ça continue comme ça elle va faire appel à son syndicat et que ça va faire mal, parce que son mari il est directeur aux ressources humaines et qu'il a le bras long, oui monsieur. Kondō atteint le bout du couloir d'administration et ralentit l'allure jusqu'au pas quand il entend que les talons aiguilles ne se sont pas jetés à sa poursuite. Une fois remis de son sprint, il s'arrête et pose une main contre le mur du couloir. Le plâtre a pris la chaleur que filtrent toute la journée les grandes et épaisses fenêtres du hall, et à l'heure où l'air devient plus frais, il sent toujours sous sa main un peu de l'énergie bourdonnante du jour. Kondō aime son lycée quand il est rempli d'élèves riants ou criants ou aimants ou pleurants, mais il l'aime autant quand il est vide et tout à lui. Lorsqu'il se prend un peu au jeu, il pourrait se croire revenu à cette époque où Toshi et lui étaient deux petits cons dans le collimateur du conseiller d'orientation et qui ne pensaient qu'à une chose, c'était de ne plus jamais remettre les pieds dans ce lycée une fois qu'ils auraient leur diplôme en main. Vœu qu'ils ont quand même réussi à bien faire capoter, étant donné qu'ils se retrouvent aujourd'hui en CDI dans ce même lycée qu'ils ont donné cent fois au diable pendant toutes ces années. Et le pire, c'est que ça les fait marrer.

Dans sa déambulation, Kondō dépasse une porte derrière laquelle, il ne le sait pas, un professeur de mathématiques se demande s'il doit ou non s'inquiéter de sa boîte mail vierge comme une prépubère, puis une autre porte, un peu plus loin, derrière laquelle un vice-principal se répète que c'est un don qu'il doit avoir de gâcher toutes les bonnes choses qui lui arrivent dans sa vie. Il croise un infirmier assistant à qui ça ferait très plaisir que l'infirmier principal revienne vite de ses trois semaines de congé, et Kondō pense en le regardant galoper que l'on a tort de dire que la jeunesse d'aujourd'hui manque d'énergie. Il croise aussi une Kimigiku qui s'éloigne d'une manière assez suspecte dans les couloirs, son attitude pressée et possiblement coupable, puis affectant un air affable dès qu'elle l'aperçoit. Elle le dépasse de quelques enjambées puis s'empresse de disparaître.

Intrigué, Kondō prend la direction d'où elle est arrivée. Au bout de quelques mètres, il est guidé par une odeur de plastique brûlé qui va s'épaississant, et lorsque qu'il finit par tourner dans une salle de sciences, des filets de fumée claire s'accumulent contre le plafond. Kondō s'avance entre les paillasses. La fumée provient du bureau le plus proche du tableau, où un amas de matériel de chimie semble avoir été jeté avec précipitation dans l'évier. Kondō s'en approche et découvre un tas informe de ce qui a été un jour des béchers, des éprouvettes et des tubes à essai neufs ou tout comme, payés aux frais de la princesse – tout devient plus compliqué lorsque vous avez uniquement le choix entre des lots de cent et de cinq cent, et vous vous retrouvez toujours avec une bonne centaine en plus ou en moins de ce que vous avez prévu à la base. Les instruments en plastique ont tous fondu les uns sur les autres et il peut distinguer des éclats de verre ici et là. Le tout s'est solidifié et a pris une vilaine couleur marron sale, comme du caramel chaud mais en moins appétissant, et baigne dans ce qui semble être un reste de mousse qui a coulé au fond du lavabo. Kondō avise un extincteur abandonné au pied du bureau. Pendant deux bonnes minutes, ses sourcils hésitent entre se froncer et s'égarer plus haut sur son front, puis ses yeux, parcourant la salle, tombent sur un panneau d'instruction placardé avec les autres près du tableau.

Et le panneau lui dit, avec l'impératif inébranlable de tous les panneaux d'instruction du monde, de bien ranger le matériel après utilisation.

Les yeux retournent au désordre dégoûtant sur le bureau.

Dans une salle de sciences d'un lycée déserté, Isami Kondō rit.

\******/

Sur le chemin du retour ce jour-là, Kazama se sent pris d'une inspiration peu habituelle. Quand je dis peu habituelle, dans le cas de Chikage Kazama, je veux dire qui ne rentre pas parfaitement dans sa routine quotidienne, enfin, son emploi du temps. Et l'emploi du temps, chez les Kazama, c'est tout.

Laissez-moi vous expliquer. Kazama père, propriétaire d'une chaîne d'hôtels populaire, la nuit à 5000 yens petit-déjeuner compris, envisage de se lancer dans la restauration rapide. Son entreprise est à la Bourse, bien sûr, et il passe ses journées à recevoir des hommes en complet noir avec des tronches de calculatrices sur pattes. Dans son cas, un coup de fil raté peut faire s'écrouler son empire immobilier.

Kazama mère, maintenant. Femme de millionnaire, a mis au monde quatre successeurs. Sans emploi, femme au foyer évidemment, mais vous savez quelle est la chose la plus importante quand on est de la haute (vraiment haute) ? L'image. Quand elle ne s'occupe pas de sa progéniture, ce qui inclut plusieurs aller-retours aux meilleurs écoles de Tōkyō par jour, elle s'applique à rester en forme, soit au club de gym le plus proche, soit dans l'un des quelques salons de chez eux où elle pédale en regardant des high school drama coréens. Elle ne cuisine pas, ils ont trois chefs privés (un pour l'entrée, un pour le plat principal, un pour le dessert), mais quand elle a du temps libre, elle va se tenir au courant de l'actualité de son quartier avec les autres femmes au foyer de la rue, ou, bassement et vulgairement, cancaner. Ça lui prend de plus en plus souvent depuis que son mari a lancé son projet de restauration. Hélas, malgré ce qu'on en dit, on ne peut pas toujours tout avoir, et l'argent, et les enfants, et l'amour.

Eh bien, pour Kazama fils, ainsi que pour chacun des blonds héritiers, c'est un peu la même chose. Bien sûr, ils n'ont ni enfants dont il faut s'occuper, ni entreprise boursière à l'échelle du pays, mais ils sont préparés à avoir un jour et l'un et l'autre. Ce qui, avec l'âge et les honneurs, a conduit à la lente extinction par suffocation de son libre arbitre et de son temps libre.

Sauf qu'aujourd'hui, Kazama se sent pris d'une inspiration peu habituelle (donc). Amagiri le raccompagne comme d'habitude et s'apprête à disparaître comme il le fait si bien en le laissant une fois qu'il est sûr que son (ami?) est bien rentré. Il ne lui sourit jamais ou presque jamais, mais Kazama sent son regard qui le suit en permanence et qui lui colle à la peau, pas d'une façon gênante ou irritante, c'est même agréable de se savoir, quoi... protégé ? Mais il s'interroge sur ce regard et ce qu'il signifie. Amagiri n'est pas très porté sur les mots. La communication, réduite à son strict essentiel. Et pourtant, elles sont nombreuses les choses qui défilent dans ses yeux. Mais Kazama ne peut pas toutes les saisir. Et ça l'énerve.

Donc, il a décidé de faire quelque chose de différent aujourd'hui. Comme de ne pas refermer le portail derrière lui ce soir-là et de se décaler pour l'inviter à entrer avec lui. Cette fois, c'est bien de la surprise qui s'affiche sur son visage, mais il n'arrive pas à voir si c'est un changement qui lui plaît ou qui lui déplaît.

─ Ça ne va déranger personne ?

Kazama lève rapidement les yeux au ciel. Amagiri et les bonnes manières.

─ Ma mère est partie chercher mes petits frères à l'école, mon père doit encore être quelque part où personne ne le dérangera. De toute façon, je ne pense pas qu'on croisera quelqu'un, fait-il en haussant les épaules.

Sa demeure a beau être grande (le mot « maison » lui semble ici perdre beaucoup de son sens), se dit Amagiri en haussant un sourcil roux, vu le nombre de domestiques qui y grouillent jour et nuit, il est peu probable qu'ils ne croisent personne. Mais ça dépend aussi de ce que Kazama appelle « quelqu'un ». Plus convaincu par son haussement d'épaule, Amagiri le suit à l'intérieur et le portail se referme derrière eux dans un chuintement soupiré.

L'allée est beaucoup plus longue que vue de la rue, plus large aussi, et tellement bien désherbée qu'on dirait que la pelouse et le gravier ont signé un pacte de fermeture des frontières. Amagiri se demande un instant si c'est légal de marcher sur le gazon puis, dans le doute, reste dans le sillage de Kazama, un peu impressionné malgré son mètre quatre-vingt-sept.

Dès que Kazama appuie sur l'interphone, une bonne vient leur ouvrir. Quand elle avise la présence du roux, elle a une mine surprise mais ne dit rien et le laisse rentrer à la suite de Kazama. Amagiri lui sourit poliment et s'apprête à la saluer quand il se rend compte que Kazama l'a à peine regardée. Son sourire poli s'élargit en sourire compatissant et la bonne semble se détendre un peu, mais ce qu'il ne remarque pas, c'est que devant lui, Kazama a vu son sourire. Lorsque le blond pousse une porte au bout de quinze mètres de couloir, Amagiri s'arrête sur le seuil.

La chambre de Kazama est suffisamment grande pour qu'un individu normalement constitué dont le gabarit est compris dans la moyenne mondiale puisse y réaliser vingt-cinq roulades dans la longueur et dix-neuf roulades et demi dans la largeur, et on aurait pu y garer deux voitures de sport et un 4x4 que ça n'aurait dérangé personne, à part peut-être pour le bruit et les odeurs. Quant à la salle de bain qui jouxte la chambre, Amagiri se dit qu'elle doit bien valoir les dimensions de la pièce principale. Celle-ci est meublée avec goût et homogénéité, un peu comme si quelqu'un avait ouvert un magazine de mobilier et avait décidé d'acheter toute la page. Et les meubles sentent l'argent, d'une façon abominablement outrancière pour des meubles, et ça lui donne envie de claquer la porte derrière lui en espérant que la secousse fasse tomber un cadre. Le pire, c'est que Kazama ne se rend même pas compte que le fait de l'inviter chez lui pourrait être interprété par quelqu'un de plus rancunier que lui comme faire l'étalage de ses possessions à la figure d'une personne née dans un milieu plus modeste.

Mais ce qui, pour lui, condamne définitivement cette pièce voire la maison toute entière, c'est que, à l'intérieur, la présence solaire de Kazama est comme étouffée : alors qu'au lycée, dans la rue, il a toujours ce petit quelque chose en plus que les autres, ici il devient banal, et ça frustre le roux que ce soit à lui que ça arrive.

Amagiri fait quelques pas dans la pièce. Avec sa chemise repassée un peu à la va-vite et dont il se demande soudainement quand était la dernière fois qu'il a vérifié qu'il n'y avait pas de tache, il ne se sent pas à sa place, il est partagé entre son malaise et le ravissement qu'il éprouve malgré tout de se retrouver pour la première fois dans la chambre de Kazama.

Car, oui, Amagiri a un gros, gros crush sur Chikage Kazama, et lorsque celui-ci se laisse tomber sur son lit, une part très inférieure en lui ne peut s'empêcher de se demander comment il réagirait s'il se penchait sur lui pour l'allonger en arrière et poser ses mains de chaque côté de son visage. Et comme à chaque fois qu'il pense quelque chose comme ça, ça lui creuse un peu plus le cœur de savoir que peut-être ça n'arrivera jamais, parce qu'ils viennent d'univers trop différents.

Kazama lui dit de s'approcher et il tire une chaise vers lui pendant que le blond sort ses affaires de son sac. Pendant un moment ils ne font qu'échanger des réponses à voix haute, puis lorsque Kazama ouvre un manuel que le roux n'a pas pensé à prendre, Amagiri vient s'asseoir à côté de lui.

En sentant sa grande présence s'aligner presque contre son flanc et se pencher par-dessus son épaule, Kazama se sent pris d'un sentiment de confort étouffant. Il est chez lui, en territoire connu, qui plus est dans sa chambre, la douceur de ses draps sous ses doigts, et il lui semble que la chaleur de l'autre corps tout près commence à gagner le matelas, à se mélanger avec sa propre chaleur. Ses yeux se mettent à le picoter comme s'il avait sommeil, mais la voix grave d'Amagiri commence à lire à voix presque basse pas loin de son oreille la page qu'il a ouverte sur ses genoux.

Surprenant le roux, Kazama se laisse tomber en arrière sur le matelas et s'étire en faisant un bruit qui sonne étrangement comme un ronronnement à Amagiri et qui provoque un tremblement à l'intérieur de son ventre. Repoussant le livre, il sourit en le voyant fermer les yeux.

─ Il faut vraiment que je te fasse sortir de là.

\******/

Chizuru boucle la petite valise de cuir noir qu'elle a fini de remplir puis, après un moment d'hésitation, l'emporte dans la pièce principale. Depuis un moment, Kōdō traverse le petit appartement en grandes enjambées, serrant puis desserrant convulsivement la cravate qui est inhabituelle à son cou, ouvrant une valise pour vérifier que ses costumes sont bien là, la refermant, resserrant sa cravate, ouvrant une autre valise pour compter ses chemises. Chizuru l'observe, immobile dans l'encadrement de la porte. Son crâne nu et chauve luit doucement à la lumière de l'après-midi qui tombe par la fenêtre, comme s'il l'avait frotté à la cire. Elle se rappelle du soir où il est revenu, la tête complètement rasée, en leur disant que c'était plus pratique pour son boulot à l'hôpital. C'était quelques mois après la mort de leur mère, et un Kaoru et une Chizuru de cinq ans n'ont pas su comment interpréter l'évènement.

Kōdō s'arrête, se rend compte de sa présence et saisit la valise qu'elle lui tend pour immédiatement la déboucler à plat sur le canapé. Il juge le choix de livres d'un air appréciateur, mais ne peut pas s'empêcher de bouger quelques paires de chaussettes qui selon Chizuru étaient très bien à leur place. Lorsque finalement la disposition du contenu de la valise lui plaît, il la referme, puis desserre un peu sa cravate. Puis, se ravisant, la resserre. Enfin, il se tourne vers sa fille qui observe son manège, les bras levés vers elle comme deux points d'interrogation :

─ De quoi j'ai l'air ?

─ On dirait Gregory House quand il est clean et sobre.

Il la regarde un peu de travers.

─ Je suis censé prendre ça comme un compliment ou... ?

─ Tu es super, papa. Tu portes le costume presque aussi bien que la blouse, je t'assure. Maintenant prends ces valises et va attraper le taxi avant qu'il ne décide qu'il a quelque chose de mieux à faire ailleurs.

─ Ça va, ça va, je sais que je suis un père gâteux et que vous êtes deux fringants adolescents résolument engagés sur la voie de l'indépendance, mais c'est toujours aussi difficile pour moi de vous laisser seul tous les deux. Tu es sûre que tu ne veux pas que j'appelle quelqu'un pour venir de temps en temps vérifier que tout va bien ?

─ Papa ! Cette conférence ne dure qu'une petite semaine. Et puis, c'est pas comme si c'était la première qu'on fait ça, non ?

─ Non, mais... s'obstine Kōdō, bien qu'à court d'arguments. D'ailleurs, il est où ton frère ?

─ Il, euh, se repose. Il disait qu'il était fatigué tout à l'heure.

─ Ouais, fait Kōdō avec l'air de celui qui a tout compris, puis il élève la voix : Kaoru, fais pas de conneries et veille sur ta sœur, compris ?

Il attend une réponse qui ne vient pas avant de jeter un coup d'œil à ses valises et Chizuru devine qu'il résiste à l'envie de tout ouvrir une dernière fois. Pour compenser, il tripote sa cravate puis attrape sa fille dans une étreinte maladroite. Il la serre rapidement contre lui avant de s'écarter.

─ Bon, j'y vais vraiment cette fois. Si vous avez besoin de quoi que ce soit, allez sonner chez le voisin. Je ne l'ai pas beaucoup croisé mais il a l'air d'un jeune homme sympathique. Je vous appellerai tous les soirs si je peux. N'abusez pas des nouilles déshydratées, ne vous couchez pas trop tard, faites bien vos devoirs et-

─ Et essayez de manger des légumes à chaque repas, on sait, termine Chizuru en le poussant presque avec ses valises vers la porte. Maintenant va leur vendre du rêve à cette conférence !

─ Et surtout faites bien attention à vous ! lance Kōdō en dévalant les escaliers, regrettant de n'avoir plus aucune main de libre pour pouvoir desserrer sa cravate.

Le sourire de Chizuru pâlit un peu quand elle tourne la clé dans la serrure et entend le clic caractéristique du verrou. Ils sont seuls maintenant.

─ Il est parti ? demande Kaoru en passant la tête par la porte de leur chambre.

\******/

Ils entrent et Saitō referme la porte derrière eux pendant qu'Okita se déchausse. La mère de son ami est dans le salon. Lorsqu'il entre, il la salue et elle sourit largement en le voyant.

─ Sōji-kun ! Ça faisait longtemps que le sauvage n'avait pas ramené quelqu'un à la grotte familiale, fait-elle, gentiment moqueuse en venant ébouriffer les cheveux de son fils qui marmonne quelque chose en objection. Quoi, tu as tellement honte de ta vieille mère que tu préfères la cacher à toutes tes accointances collégiales ?

Saitō repousse la main de sa mère avec un soupir désabusé et, allant ouvrir la porte de sa chambre, la désigne à Okita :

─ Ne fais pas attention à elle.

Tomone rit.

─ J'imagine que je ne vais pas vous revoir avant l'heure du dîner alors amusez-vous bien les garçons. Il y a du lait au frigo et de l'anpan de ce matin. Tu peux rester dormir si tu veux Sōji-kun.

─ Merci madame ! a le temps de lancer Okita par l'entrebâillement de la porte alors que Saitō le pousse à l'intérieur.

Okita n'a pas oublié le pouf molletonné qu'il prenait toujours pendant leurs soirées d'asociaux avec Saitō, et le pouf ne l'a pas oublié non plus. Il reste même des miettes de leur dernière bataille de Monster Munch, et une grosse tache que Saitō n'a visiblement pas réussi à ravoir là où il a reçu un verre de ramune dans la figure. Okita se laisse tomber sur le pouf pendant que Saitō fait de la place sur son lit. Le rembourrage du fauteuil craque un peu sous lui. Saitō tire deux paquets de chips de dessous son lit, lui en envoie un puis allume son ordinateur.

La très grande majorité des gens qui connaissent Saitō Hajime ne connaissent pas cette facette de Saitō Hajime. Sous ses airs de premier de la classe pur et dur, c'est, et Okita reconnaît de bon cœur sa responsabilité là-dedans, un fan tempéré de jeux vidéos – tempéré, car Okita n'est pas encore parvenu à le faire aller plus loin. Mais il lui reste encore deux belles années avant la fin du lycée, et le brun ne désespère pas encore d'en faire un disciple abouti.

Ils ont établi leur QG dans la chambre de Saitō car sa mère ne voyait pas d'inconvénient à ce que l'ami de son fils reste chez elle tant que sa propre famille sait qu'il est toujours en vie, et, pour Okita, c'est déjà ça de temps en moins passé avec eux. Et donc, Assassin's Creed, c'était leur bébé à tous les deux, le fruit de longues et très patientes économies tout au long de la série. C'est un single-player évidemment, mais ils ont élaboré une règle très simple : celui qui a la main n'a pas le droit de toucher à la bouffe le temps qu'il joue. Ce qui peut devenir problématique lorsque vous vous êtes descendu un paquet entier de chips avant de prendre votre tour, sans penser à boire un coup entre-temps. Aller aux toilettes est aussi considéré comme un acte d'abandon, et celui qui triche passe son prochain tour. Bien sûr, il y a toujours Okita pour faire un génocide de Kit Kat lorsqu'il sent que Saitō est proche de sa limite, mais il finit par se calmer quand au bout de deux-trois fois son estomac finit par réclamer justice.

Vers vingt heures, ils sont pelotonnés dans des couvertures et ont un peu freiné sur les trucs kipik. Okita n'a même pas la volonté de sortir son portable pour prévenir sa mère et préfère avec un rien d'ironie parier sur le nombre d'appels en absence. Il est en train de se faire défoncer par des mecs avec des grosses épées lorsque la tête de Saitō roule sur son épaule. Il a une seconde de surprise qui lui vaut 5% de sa barre de vie. La chambre, qui a irradié la chaleur du soleil toute l'après-midi et puis encore quelques heures après le crépuscule, exhale maintenant une forte odeur de nuit et de frais, d'humidité tombante et de verdure endormie. De temps en temps, une veine de vent s'engouffre dans le feuillage d'un arbre tout près et par la fenêtre ouverte qu'ils n'ont tous les deux pas la force d'aller refermer. Okita sent sa peau frissonner là où elle n'est pas couverte. Il n'est pas étonné que Saitō ait réussi à s'endormir comme ça. Il s'autorise à prendre un quart de seconde pour lui jeter un coup d'œil : il est enroulé dans sa couverture, les coins dans ses poings serrés sur sa poitrine. Ses traits sont détendus, lavés de cette espèce de désespoir qui y était imprimé lorsqu'il l'avait vu dans la rue tout à l'heure et qui l'avait terrifié parce qu'il se disait qu'il devait ressembler un peu à ça lui aussi. Si Okita ne sourit pas car trop crispé sur son jeu pour réclamer quoi que ce soit d'autre de la part des muscles de son visage, le sourire est dans sa tête, sur son front. C'est déjà ça de réussi.

La chaleur qui se dégage du corps qui dort contre son flanc est incroyable. Ça lui donne envie de se rouler en boule très fort, de rabattre la couverture sur eux deux et de ne plus jamais en sortir. Ça endort sa méfiance, et pendant qu'il le regarde dormir, hop ! Il franchit la ligne d'un bond. Beaucoup plus vite qu'il ne l'aurait cru.

Il se penche vers lui, tout doucement, et soudain son visage est tout près du sien, ses paupières qui semblent trembler sous ses pensées, ses mèches qui tombent sur son front et qui lui chatouillent le nez quand il pose sa bouche sur la sienne. Il sent Saitō se réveiller, peut-être ouvrir les yeux mais il ne le sait pas car il a les siens bien fermés et tient à les garder. Il a peur de voir sa réaction. Mais Saitō ne bouge pas, il ne le repousse pas ni ne se recule. Peut-être qu'au fond il est aussi perdu que lui. Aussi désespéré. Dix-sept ans c'est un peu jeune pour connaître le désespoir, pourtant c'est ce qu'il a vu dans ses yeux tout à l'heure. Eux, si expressifs, ils étaient vides et fermés, comme si on avait aspiré toute émotion hors de lui. Réaction d'auto-défense. Il s'était replié sur lui-même si profondément que ça lui faisait mal de voir ça.

Okita penche un peu plus la tête sur le côté pour que leurs bouches se touchent mieux et, malaisément, il ouvre un peu les lèvres, et il sent Saitō qui lui répond pour la première fois. Ça lui fait un drôle de sentiment à l'intérieur de la poitrine. Timidement, il pousse sur ses lèvres et lui demande l'autorisation de pénétrer l'intimité de sa bouche, puis s'arrête lorsque Saitō semble pris de panique et réessaye, encore plus doucement, quand il s'est calmé. Il pousse l'aventure un peu plus loin et – oh. Ça c'est étrange. Tout est plus humide et plus lent et plus chaud que ce qu'ils montrent dans les films. Et pourtant, tout est plus beau que ce qu'ils montrent dans les films. Ça se mélange, Okita n'est plus très sûr de ce qu'il devrait faire, il sait qu'il doit bouger mais ne sait pas comment le faire. Alors, comme si Saitō l'a senti, il fait glisser sa langue contre la sienne, doucement, et leurs souffles s'accélèrent. Bientôt ils s'autorisent à être un peu plus rapides, et Okita se rend compte qu'il commence à avoir chaud. Il est en train de perdre son souffle aussi, alors il se retire, mais reste à portée de la chaleur de Saitō, Saitō au souffle rapide et irrégulier. Okita ouvre les yeux. Son embarras se voit bien sur les joues blanches de son ami et il détourne les yeux comme s'il l'avait surpris dans un état où il n'aurait pas dû le surprendre. Il est beau. Pas aussi beau que Sano-san, mais il est beau.

Saitō incline un peu la tête vers lui comme s'il attendait qu'on l'embrasse et Okita, comblant la distance entre eux, l'exauce. Ni l'un ni l'autre n'ont une idée précise de ce qui les attend maintenant mais ils y vont tranquillement, sans se presser. Cependant, lorsque Saitō sent un problème gênant émerger dans son pantalon, il se dit que c'est trop tôt. Il panique et se bloque. La chaleur du moment se mue en une chaleur mauvaise. Honteuse. Il a peur que son état dégoûte Okita, qu'il le laisse avancer jusqu'au point où il découvrira tel qu'il est vraiment, sans plus aucun artifice pour le déguiser. Il va le repousser pour lui demander de s'arrêter quand il découvre le malaise dans ses yeux verts. Il s'arrête un moment, puis comprend. Ils sont dans le même état. Saitō prend une inspiration un peu tremblante : il ne sera pas le seul à se découvrir. Il va y aller avec lui, parce que c'est une personne en qui il a confiance. Saitō prend sa tête entre ses mains, de manière à ce que ses yeux soient dans les siens, et lui sourit. Okita lui sourit en retour, enfin, c'est plus une grimace, mais tout est là. Il l'embrasse de nouveau, plus lentement, et Saitō s'efforce de contenir un sursaut de recul lorsqu'une main vient timidement chercher du côté de son entrejambe. Ses lèvres quittent les siennes et il proteste sourdement quand il vient le soulever sous les cuisses pour le reposer à califourchon sur ses genoux. Il enfouit son visage dans son cou et son souffle vient chatouiller les petits cheveux qui frisent dans sa nuque. Saitō se sent trembler comme s'il avait froid lorsque son corps lui n'est plus que chaleur. Ses mains vont s'agripper au dos de son uniforme tandis que les siennes reviennent entre ses cuisses en partant du creux de ses genoux, et malgré l'apparente fluidité de ses gestes, Saitō peut y déceler un peu d'hésitation qu'il tente d'apaiser en l'embrassant dans l'oreille. Okita a un mouvement de surprise, puis ses doigts viennent défaire la braguette de son pantalon. Saitō lui attrape soudain les mains.

─ Attends !

Okita s'arrête. Lorsqu'il commence à se retirer, Saitō prend une inspiration profonde et le lâche.

─ Non, continue.

Il détourne le regard.

─ Je veux dire, s'il te plaît.

Il le sent le fixer pendant quelques instants, ne veut pas savoir ce qu'il peut bien penser, puis il pousse un soupir de plaisir lorsque les mains d'Okita reviennent, encore plus lentement, le frotter à travers le tissu de son pantalon. Saitō s'accroche à ses épaules, le souffle coupé. La pression s'intensifie et il lâche un gémissement plaintif et ridicule. Contre lui, il entend qu'Okita aussi a du mal à trouver son souffle, et le sentir ainsi, réel et vivant, pressé contre son corps... l'excite ? Saitō a peur d'employer ce mot car il a toujours eu beaucoup trop de sens, mais ce doit être le bon mot maintenant. Il commence à être humide à l'intérieur de son pantalon et il est sûr qu'Okita le sent aussi, et ça lui demande toute sa volonté pour ne pas arrêter là. Lorsqu'Okita se met à utiliser toute sa main et que Saitō se demande s'il ne va pas se mettre à fondre là, contre son torse, instinctivement, il commence à bouger son bassin contre sa main pour augmenter la friction. Il sent son cœur cogner comme un sourd à l'intérieur de sa poitrine pour garder le rythme et il se demande si à cette vitesse-là on ne risque pas quelque chose, mais il a la tête bien trop ailleurs pour compter ses battements par seconde. Et surtout, il voudrait que ça ne s'arrête jamais. Il tient Okita serré contre lui comme s'il n'allait plus le lâcher.

En entendant son souffle sec et rauque dans son cou, Saitō le relâche, s'arrache à son étreinte et, prenant ses mains, les met derrière son cou. Il esquisse un sourire à son visage surpris puis, avec un aplomb qu'il n'a jamais eu, se décale un peu plus vers lui et se met à frotter son bassin contre le sien. Okita se renverse au fond de son siège et se met à haleter comme si l'air ne lui venait plus. Plus très sûr de lui, Saitō ralentit mais Okita pose ses mains sur ses hanches et se met à bouger en réponse, et soudain c'est encore mieux. Saitō pousse un soupir d'extase. Il reprend de l'assurance et lentement ils montent un rythme ensemble, Saitō au-dessus, mains posées sur ses épaules, ongles plantés dans sa chemise. Il le sent dur aussi contre lui, et même si chaque poussée n'est pas forcément bien à sa place, il semble aussi perdu que lui. Saitō a l'impression que des étincelles explosent dans son ventre, et–

─ Oooh.

Dans un souffle étranglé, Saitō vient dans son pantalon en enfouissant son visage dans son cou, là où la peau fait un creux contre l'os de la clavicule. Ses lèvres tombent dans ce creux et l'embrassent. Il sent Okita frissonner puis venir à son tour. Ils sont maintenant un désordre chaud et humide de vêtements fripés et de cheveux ébouriffés. Saitō s'autorise à recouvrer son souffle et ses esprits dans le cou d'Okita. Lorsqu'il réalise ce qu'ils viennent de faire. Il hésite d'abord entre rester paralysé là où il est ou le repousser brutalement et disparaître quelque part. La panique le prend, c'est son meilleur ami. C'était son meilleur ami ? Peut-être qu'il va reconsidérer, maintenant qu'il sait que celui avec lequel il traîne 24/7 est une pédale. Et qu'est-ce que lui sera encore capable de faire quand il l'aura laissé ? Est-ce qu'il osera ne serait-ce que sortir de chez lui après ça ?

Et il reste là, agrippé à la chemise d'Okita, sans se douter que son propriétaire se tient à peu près le même genre de délires. A la différence que les siens sont un peu plus paranoïaques. Après tout, c'est lui qui a initié le... la chose. Avec force de débats intérieurs, il pose une main sur son épaule qui se raidit immédiatement.

─ Saitō...

─ Je suis désolé, je suis désolé ! il s'exclame en se redressant précipitamment avec un air désespéré qui lui fait mal au cœur. Je m'excuse, écoute, c'est vraiment pas ce que tu imagines...

─ Saitō, j'aime Sano-san.

Son ami détourne le regard.

─ Oui...

─ Toi aussi, tu aimes quelqu'un.

─ Je, je pense.

Ils restent un moment silencieux, puis Saitō demande d'une voix nerveuse :

─ Du coup, ça, c'était... ?

─ Je ne sais pas, fait Okita en baissant les yeux. Qu'est-ce que tu as envie que ce soit ?

Saitō s'empourpre.

─ Je ne sais pas.

─ Ça n'a qu'à le rester. Ok ?

Il acquiesce, et descend précipitamment de ses genoux quand il l'y invite.

─ A-attends, je vais te donner des vêtements de rechange. Tu, euh, tu n'auras qu'à me les rendre demain.

Il va fouiller dans sa penderie et en sort un jean encore un peu large pour lui et un boxer propre, puis se retourne avec malaise pour le laisser se changer. Il fait de même pour lui, avant que sa mère ne les appelle pour venir manger. Il est pétrifié à l'idée qu'elle ait pu entendre ou remarquer quoi que ce soit, mais elle se comporte comme d'habitude avec eux.

Le repas se déroule dans une ambiance morne. Tomone se charge dans un premier temps de la conversation mais finit par abandonner en voyant qu'elle ne peut rien tirer des deux garçons. Le temps qu'ils viennent à bout du flan raté signé mère de famille débordée malgré les encouragements de la cuisinière, qu'ils débarrassent la table et qu'ils fassent la vaisselle, les onze heures ne sont plus très loin. Tomone, en hôte exemplaire, propose à leur invité de rester dormir, mais Okita voit le regard de Saitō s'égarer.

─ Non, merci madame, c'est très gentil à vous mais je ne peux pas, je n'ai rien prévu pour...

─ Hajime te prêtera tout ce qu'il faut, n'est-ce pas Hajime ?

─ Non, vraiment, je dois rentrer chez moi...

─ Tu es sûr que tu ne peux pas rester ? Il suffirait que j'appelle ta mère, en plus, il commence à se faire vraiment tard, et avec tout ce qui se passe en ce moment à Tōkyō, je m'en voudrais terriblement s'il t'arrivait quelque chose sur le chemin du retour...

─ Ça ira, je vous jure, je ferais attention. Merci pour tout.

Après avoir remis ses chaussures et s'être redressé, il voit Saitō qui, s'étant avancé vers lui comme pour lui faire la bise, s'arrête et lève finalement la main avec un sourire hésitant. Okita lui répond, puis ouvre la porte et la referme derrière lui. La mère et le fils entendent son pas descendre dans les escaliers de l'immeuble, puis plus rien.

Le lendemain, Okita a disparu.


C'EST FAUX. CECI N'EST PAS UN CLIFFHANGER. ET MÊME SI C'EN ETAIT UN, C'EST PAS CONTRE VOUS. J'VOUS JURE.

La partie avec Kondou est useless, mais je me tape des barres toute seule.

Et puis ohlàlàààà le OkiSai, je sais plus quoi faire.

Je préviens, le prochain chap sera essentiellement centré autour du AmaKaza (encore désolée pour les non-yaoistes). Avec présence très très possible de lemon. Maintenant que je suis lancée, c'est impossible de m'arrêter. Niark.

Aussi : je me suis rendue compte que depuis le début je parle au passé simple alors que dans ce chapitre je suis passée brusquement au présent sans même me poser la question. Je garde le présent, et j'espère que ça ne fait pas trop de rupture avec les précédents chapitres. Si un jour j'ai le courage, j'éditerais pour tout mettre au présent.

Bon, ce chapitre est quand même pas mal long et je me suis quand même bien cassé la tête contre les murs avec certains passages. J'espère qu'il vous aura au moins plu, et même si je sais que le site est pas mal désert en ce moment, que le fandom est ENCORE PLUS désert, je serais tellement heureuse si je recevais une review. Ou même plusieurs. C'est fou de rêver nan ?