Chapitre 7 – Le Soleil et l''Acier
Elliot
Acanthe ne s'autorise plus la moindre faiblesse depuis le soir où je l'ai portée à sa chambre. Je devinais déjà, sous son visage humide et tremblant, la volonté stupide qui l'animait jusque dans ses rêves, et qui éveillait dans mon cœur l'écho d'une peur inavouée. Elle me semble si fragile, de nouveau, malgré ses deux Chains, brisée par un secret trop lourd, par ses pouvoirs extraordinaires. Comme si Seven et Hieratus tiraient peu à peu d'elle ses dernières forces vitales, asséchaient ses veines, et qu'elle s'abandonnait à leur étreinte mortelle.
Pourtant, elle paraissait si heureuse, à Sablier. Heureuse de pouvoir me protéger de son sang, de le faire couler pour moi. Quelle idiote. Mais je ne parviens pas à oublier la lueur de quiétude qui avait traversé ses yeux. Et que j'avais, en vain, cherché plusieurs fois sur son visage endormi.
Elle mange davantage sans prendre de poids. Elle suit les cours, mais ne s'intéresse à rien, ne retient rien. Elle dort beaucoup, parfaitement immobile dans son lit, presque diaphane. Même ses empreintes, les traces qu'elle laisse, s'effacent bien trop vite. Parfois, son corps semble hurler qu'elle n'aurait jamais dû naître.
Ce monde la rejette, simplement.
Lundi, il y a deux jours, nous avons croisé Mathieu dans les couloirs. Gilbert l'avait envoyé en sixième année une semaine avant nous, pour qu'il puisse nous surveiller. Elle ne l'avait pas reconnu, ou plutôt : elle s'en fichait. Elle me fixait avec un regard absent, un petit sourire forcé gravé sur ses lèvres.
Mais, tous les soirs, elle m'écoute jouer du piano, assise contre le mur. Là alors, sa peau devient moins pâle et elle m'observe avec attention comme si, de mes doigts, je tissais une mélancolie qui imprègne son âme. Parfois, elle me serre quelques secondes contre elle, puis repart vers le dortoir, les jambes lasses. C'est la seule chose qui la fait réagir, avec les insultes que des imbéciles lancent sur ma famille au détour d'un couloir elle reste immobile, mais ses yeux reflètent une fureur semblable à la mienne. Le jour où elle la laissera s'exprimer…
Des insultes.
Encore des insultes.
Rien n'a changé.
Deux années sont passées, pourtant, deux longues années. Mais les Nightray sont toujours considérés avec ce mépris sournois et indécis, cette suffisance aveugle. Quels imbéciles, vraiment… Qui sont-ils pour cracher sur les cadavres et les souffrances de ma famille, sur ses ruines que nous tentons d'effacer ? Qui sont-ils pour empêcher la mémoire de demeurer mémoire ? Dans mes cauchemars je les imagine parfois, danser sur des flammes noires, et me sourire de lèvres plus obscures que l'Abysse. Et j'entends sans cesse leur voix :
« Sa famille a été décimée, mais le meurtrier a oublié un élément indésirable, apparemment. »
« Ce n'est qu'un lâche. Se cacher pendant deux ans… »
« Peut-être que c'était lui, le chasseur de têtes ? Peut-être qu'il aurait tout fait pour s'emparer de la maison à la place de ses grands frères. »
S'ils sont des imbéciles, si leurs paroles sont vraiment si stupides, pourquoi est-ce que j'éprouve cette envie de tirer mon épée et de presser leur gorge contre la lame ? Pourquoi est-ce que ma fureur incompréhensible semble cacher le charbon toujours et toujours plus épais qui étouffe mes poumons ?
Pourquoi est-ce que je voudrais les tuer ?
Métamorphoser leurs corps, coller sur leur visage ceux de Vanessa, de Fred, de Claude, d'Ernest. En un sens, tout est de ma faute. Et c'est cela qui me ronge, qui brule ma fierté et atrophie peu à peu mes muscles jusqu'au supplice.
Acanthe et moi. Des esquisses tirées de l'Abysse par les plus anciennes des larmes.
Acanthe
Elliot est adossé à la fontaine, les bras croisés sur sa veste, l'air hautain, les yeux insultant du regard quiconque passe près de lui. Souvent, je le rejoins, m'assois à côté de lui et observe ses cheveux improbables. Aujourd'hui, je contourne le bâtiment mes pas sont légers dans les feuilles mortes qui recouvrent le sol, fastueuses, annonciatrices des premiers vents. Maelys me suit, comme à son habitude, sans se cacher elle ne m'espionne pas, elle veut simplement instaurer une peur insidieuse dans mon corps. J'avance encore quelques mètres pour échapper aux derniers regards, puis me retourne et la plaque contre le mur, les doigts resserrés sur sa gorge.
— Tu veux quoi, à la fin ?
— Juste la vérité sur ta « famille », Acanthe. Après tout, nous avons bien le droit de savoir, non ? Quel genre de traitre se cache parmi nous.
Je me retrouve à terre, les mains pliées autour de mon ventre, la respiration difficile. Elle me frappe une nouvelle fois au visage, sur la pommette. Je reste prostrée un filet de sang coule sur ma joue, là où ses bottines ont écorché ma peau. Hieratus et Seven commencent à murmurer, mais j'étouffe leur voix : pas ici, pas maintenant, pas face à elle. La douleur sectionne mes nerfs. Je n'étais pas si fragile, avant…
— Ne me fais pas rire, Acanthe. Tu te comportes comme si tu étais inatteignable, mais tu n'es qu'une pauvre fille, comme moi. J'ai mes raisons, mais je veux savoir la vérité. Et je la saurai, tôt ou tard. Si je dois te battre à mort pour ça, je n'hésiterai pas.
« Sur ce, on se voit en littérature.
Maelys s'éloigne. Je me traine contre le mur de l'école et reste assise là quelques minutes, attendant de retrouver mon souffle, ignorant même la sonnerie qui aurait dû me faire bondir. J'essuie le sang sur ma joue. Je ne contrôle plus rien. Mes Chains, les autres, Maelys que j'avais réussi à tenir à distance les premiers jours. Et, la fatigue. Qui s'empare un peu plus de mes muscles chaque jour. Comme si Seven et Hieratus aspiraient mon énergie vitale.
Et chaque jour, c'est la Volonté qui se rapproche un peu plus de nous. Quand elle nous trouvera, est-ce que j'aurai encore la force de la combattre ?
Je me relève, attrape mon sac tombé sur le sol, arrange ma tenue et mes cheveux, puis me dirige vers l'entrée avec lenteur. De toute façon, je suis en retard. Je passe sans être interceptée par le surveillant – qui me laisse tranquille depuis le premier regard assassin que je lui ai lancé –, monte au premier étage, retrouve miraculeusement notre salle de classe, frappe à la porte, entre, marmonne quelques mots d'excuse, et m'assois directement au quatrième rang, à la droite d'Elliot. Le professeur, après avoir vu les résultats de mon test, nous avait mis côté à côte dans sa matière, pour essayer « d'endiguer le massacre ».
Je pose ma main sur la joue pour cacher l'égratignure, mais pas assez rapidement. Elliot saisit ma paume et écarte avec douceur mes doigts. Il contient sa fureur, essuie la goutte de sang qui perlait sur ma peau, puis chuchote :
— Tu t'es fourrée dans quoi, encore ?
— Je suis tombée.
Il ne répond rien pendant que j'attrape mes affaires, avant de me désigner le titre de sa feuille, et les trois titres écrits en dessous :
— On fait de la littérature néerlandaise, aujourd'hui.
De spiegel der eenvoudige zielen.
Visionen.
Teksten Bloemart.
Le Miroir des Âmes simples, Les Visions, les textes de Bloemart.
Des souvenirs, encore. Les nuits, je me glissais dans la bibliothèque, mes pieds nus frôlant à peine le plancher, légère comme une ombre. Je ne dormais presque jamais les médicaments me tenaient éveillée, mais je le cachais à mes parents. Mon corps était dépendant. Lorsqu'ils oubliaient de me les donner, je ressentais leur absence dans chacune de mes veines, comme une brulure qui s'intensifiait peu à peu, et mes jambes tremblaient.
Je lisais sous la fenêtre, assise sous une couverture, une bougie allumée à côté de moi. Les livres étaient en ''néerlandais'' j'étais vite devenue bilingue, passant des heures à déchiffrer les caractères, feuilletant un dictionnaire de mes mains avides. Et, si je ne comprenais pas toujours, cette impression mystique, cette croyance étrange qui imprégnait la plupart des pages, s'était peu à peu gravée sous ma peau. J'entretenais un lien de plus en plus malsain avec la littérature. Elle était mon unique contact avec l'Homme, avec le monde extérieur, la nature. Je ne pouvais pas sortir, alors. La seule fois où j'avais essayé, ma mère m'avait enfermée trois jours dans la chambre noire. Il était inutile de discuter avec elle : elle ressemblait à une poupée acide. Quant à mon père, il devenait de plus en plus semblable à un fantôme. Incapable d'oublier sa culpabilité quand il posait ses lèvres sur mon front humide, les soirs de souffrance.
Il y avait 90 années…
Après avoir détourné la vie, auraient-ils trouvé un moyen de braver aussi la mort ?
…
Le professeur nous laisse deux minutes de pause à onze heures. Alors que les voix s'élèvent, Elliot se tourne aussitôt vers moi et me hurle :
— Comment veux-tu apprendre si tu ne te concentres jamais ! Fais des efforts, un peu ! Ça me tue que tu sois aussi paresseuse ! Qu'est-ce que tu crois, que tu peux te dispenser d'étudier à cause de ce qui t'est arrivé ?
Deux rangs derrière nous, Maelys écoute, sans doute avec satisfaction. Sa présence est si malsaine, je sentirais presque ses griffes éperdues taillader mon dos... La vérité n'est pas dans mon sang, imbécile elle est dans mon âme et dans ma naissance. Elliot plante son coude dans mes côtes pour m'obliger à répondre. Le souffle court, je lui saisis instinctivement la main et la retourne sur la table. Il serre les dents. Je le lâche.
— Désolée, réflexe. Je connais les titres des extraits, ils m'ont rappelé des souvenirs. J'ai dû les lire quand j'étais petite. Mais je ne pourrais pas dire de qui ils sont.
— Culture néerlandaise classique, grogne-t-il. Tu étais néerlandaise ?
— Non, mais ma mère sans doute. Je ne sais même pas le nom du pays.
— Liège. Il est à l'est du continent. Les trois textes sont de poétesses mystiques qui vivaient il y a six siècles. Porete, Hadewijch, et Bloemart. Elles ont, en partie, permis d'éteindre la guerre d'Ajal dans les pays de l'Est, en fondant un mouvement religieux interfrontalier.
Il lâche les informations comme il réciterait une leçon, mais ses mains accompagnent ses paroles, et ses yeux s'éclaircissent, comme si l'ombre de l'Abysse qui l'étreint depuis un mois s'est dissipée quelques secondes. Il a foi en un pays qu'il ne connait pas, en une religion différente de la sienne, parce que cette foi est puissante et qu'elle transcende par sa beauté notre monde maladif.
Un instant, j'ai eu envie d'y croire.
Elliot
Acanthe a abandonné son plateau après avoir péniblement avalé une pomme, mais reste assise en face de moi, les yeux alertes comme si elle fouillait la cantine à la recherche du moindre danger, contrôlée par son « instinct de survie ». Elle a remonté ses manches des veines apparaissent sur ses poignets dénudés, semblables à des épines maladives, sous la peau. Je verrais presque la gangrène croitre le long de ses muscles et de ses os…
Elle s'affame. Encore une fois.
— Acanthe, je te jure que je vais sérieusement…
— Je peux m'assoir avec vous ? J'ai à vous parler.
Elle lève la tête avec un sourire et semble reconnaitre le salaud qui nous dévisage. Un éclair de conscience.
— Mathieu, c'est ça ? Tu peux venir. Tu fais quoi ici ?
— Je vous surveille pour Pandora.
— Et ta couverture ? je demande. Si tu te colles à nous, tu vas difficilement pouvoir feindre de ne pas nous connaitre.
— Une des filles de mon groupe a le béguin pour toi, je me suis gentiment proposé de vous parler pour savoir si vous sortez ensemble.
— QU'EST-CE QUE… NON, MAIS… ENFIN… ASSIED-TOI JUSTE !
— Je sais, soupire Mathieu.
Il s'assoit à côté de moi, et en face d'Acanthe, puis la dévisage. Elle frissonne. Elle doit détester son regard autant que moi, ce regard insidieux qui semble te dépouiller jusqu'aux os. Je n'ai jamais aimé Mathieu. La première fois que je l'ai rencontré, il se tenait près de mon frère, caché dans son ombre, souriant de la même manière que Vince. Vince et ses rictus de pure folie… Et ses gestes, sa candeur feinte, paraissait dissimuler une personnalité plus perverse. Mathieu est insaisissable. Mais immensément dangereux.
— Tu ne manges pas ? demande-t-il soudainement à Acanthe.
— Plus faim. On a vraiment l'air d'un couple, alors ?
— Il faut croire.
Il nous donne ensuite les dernières nouvelles de Pandora, les yeux sans cesse en mouvement entre moi et Acanthe. La Chain qui leur avait posé problème, mais le nombre toujours plus faible de contractants illégaux. Je voudrais enfoncer son sourire à l'intérieur de sa gorge pour qu'il disparaisse. Puis, dix minutes avant la sonnerie, il s'est levé, s'est incliné comme avec ironie vers moi, et est allé poser son plateau.
Acanthe semble presque heureuse.
Je ne me le suis rappelé que le soir : il avait glissé un morceau de papier dans ses mains.
Acanthe
Tout ici me rappelle l'Abysse. Les pierres sont si froides contre mes doigts – je laisse promener mes paumes contre le mur, mes ongles déchiquetés, que j'avais usés sur la roche dans une crise de panique. Je ne voulais pas qu'Elliot m'accompagne, mais que ne donnerais-je pas maintenant pour sentir son souffle, ses mains dans les miennes !
« Hier nuit, il y a une perturbation sous le lycée. Pas la Volonté. Deuxième étage, troisième couloir, griffon de la cinquième tapisserie ».
J'étais partie sur un coup de tête, encore énervée par Maelys qui, lors du « travail de groupe » annuel, nous avait gentiment incorporés à son ''équipe'', composée de trois autres garçons de cinquième année suffisamment psychopathes pour flanquer des frissons au duc Barma et j'avais trouvé le passage secret presque par hasard mon corps semblait presque savoir comment l'activer.
Ma torche s'est éteinte bien trop vite, me laissant dans des ténèbres désossées, claquantes et sifflantes. J'ai cru manquer d'air et je me suis revue, enfant, enfermée dans la chambre noire, mes mains couvertes de sang pour la première fois, Hieratus et le cadavre à mes pieds. Je m'étais souvenue du visage de ma mère, non pas celui que j'aimais, mais celui qui, déformé par la haine, posait à mes pieds une liste de toutes les personnes que je devais tuer. Celui qui m'avait si souvent battue alors que, portée par l'adolescence, j'apprenais toutes les saveurs du « Non. »
Je me suis blottie contre un mur, en attente de la douleur qui ne venait pas, m'écorchant les mains sur la pierre et l'air continuait à se faire plus rare, plus souillé, comme si un monstre le putréfiait de sa présence. Mais j'étais le seul monstre. Il m'a fallu plus d'une heure pour enfin oser me redresser, le corps faible. Mon passé était incrusté dans ma peau comme une émeraude corrompue.
Je me pique plusieurs fois le haut de l'épaule gauche et la main, pour que Seven puisse m'éclairer, et je termine en vitesse l'inspection des souterrains, avant de repartir vers l'entrée du tunnel, ignorant le silence qui s'épaissit autour de moi. Tout est trop calme, ici. Mort. Bientôt, j'aperçois enfin le dernier corridor.
« Quelque chose cloche, ma petite capucine. »
Je sais.
« Là-haut ! »
Gravé à côté du mur du fond, un symbole bleu, qui n'était pas là lorsque j'y étais passée. Quelqu'un est ici… Impossible de le chercher dans mon état de fatigue. Je tire une feuille de mon sac et le recopie : il ressemble à un poignard veiné de sang, la garde composée de cercles entrelacés. Je range la feuille, recule, et le contemple encore, incapable de -
Soudain, je tombe à genoux et vomis un mélange de bile et de sang, secouée de tremblements insidieux et rapides, incapable de bouger, comme contrôlée par une peur ancestrale. Hieratus se matérialise et s'enroule autour de mon corps, comme pour me réchauffer je suffoque.
« Acanthe ! »
Ce symbole… A quelque chose… Qui…
Un hurlement, peut-être le mien, puis leurs voix se brouillent je plaque les mains sur mes oreilles et je ferme les yeux.
…
À peine consciente, dans l'obscurité j'ai réussi, je ne sais comment, à regagner notre chambre. Mes Chains ne me répondent plus. Je parviens à sortir la clé contre mon sac, déverrouille la porte et la pousse d'une épaule. Aussitôt, Elliot me bondit dessus, me bouscule, ferme la chambre comme pour insonoriser la pièce, puis commence à hurler :
— JE PEUX SAVOIR OU TU ÉTAIS PASSÉE ? IL EST PRESQUE MINUIT, ON DEVAIT REVISER ! ET PUIS, QU'EST-CE QUI T'A PRIS DE PARTIR APRES…
—Il faut… que tu me fasses… un bandage, Elliot. Hieratus ne me répond pas.
J'avais, par automatisme, tailladé ma main gauche pour me tenir éveillée. Il baisse les yeux sur le sang qui coule entre mes doigts repliés, grogne, se dirige vers la salle de bain pour récupérer le désinfectant et les bandages. Je fais quelques pas, puis me laisse glisser contre son lit, et pose la tête contre le matelas. Il revient et s'agenouille près de moi, saisit ma paume, presse, presque avec violence, un coton imprégné de produit, et commence à serrer le tissus sur ma peau.
— Comment tu t'es fait ça, encore ?
— Je ne veux pas…
— J'en ai assez de m'inquiéter pour toi, et pour ton horrible sens de l'autosacrifice, dès que tu disparais ! Alors maintenant tu vas me répondre, et arrêter de me tenir à l'écart pour soi-disant me protéger ! Je mérite plus que ça, après ce que nous avons vécu !
— Si tu veux, je te dirais demain, Elliot, mais…
— Tais-toi. Tais-toi juste, siffle-t-il en m'envoyant une baffe. Tu as vu dans quel état tu es ? Tu ne peux pas survivre à tout, tu comprends, tu ne peux pas survivre à tout !
Perdre quelque chose, encore. Mes nerfs lâchent, et je commence à pleurer, comme je ne l'ai pas fait depuis longtemps, incapable de m'arrêter, redevenue cette chose à peine humaine qui sanglotait face à son père, face à son bourreau.
Elliot s'assoit contre moi et me prend dans ses bras. Je pose la tête contre son torse. Il murmure :
— Je suis heureux que tu ressentes enfin quelque chose…
Mes larmes qui se perdent contre sa chemise.
Malgré tout cela, je suis forte.
Ou, tout du moins, je dois l'être.
