NDLR : La suite légèrement en avance, à partir de demain je n'aurais pas internet jusqu'à vendredi (les joies du déménagement youhou!).

CElise et Stromtrooper2 : Ginny ne sera pas victime d'un lynchage public, du calme rangez les hallebardes aiguisées ^^ Je sais qu'elle est dans la première partie de l'histoire un personnage pénible mais elle a aussi des côtés humains. J'ai l'impression d'avoir créé une piñata x)


CHAPITRE 3 :

Le mardi fut morne. Ginny s'activa jusqu'à une heure avancée de la matinée, avant de partir en courses. Harry, lui, ne fit pas grand-chose. Vers quatre heures il prit enfin sa douche et s'habilla, puis partit se promener un peu dans les bois. Il longea un moment la rivière, et s'aventura hors des sentiers. Il avait son petit coin favori où de grands rochers s'élevaient couverts de mousse. Il s'assit dans la bruyère, laissant sa tête se renverser en arrière contre cet épais tapis de verdure. Quand Ginny et lui n'avaient que dix-huit ans, l'été il venait ici cueillir des fleurs des champs pour lui laisser sous sa fenêtre chaque jour. Quand l'automne approcha et qu'il n'y eût plus de fleurs il lui laissa des lettres. A l'époque elle avait seize ans et elle attirait déjà beaucoup les garçons. Quand Harry lui avoua enfin ses sentiments et qu'ils firent l'amour quelques semaines plus tard, il comprit qu'elle n'était plus vierge. Il n'était pas son premier, et aujourd'hui il commençait doucement à entrevoir qu'il ne serait pas le dernier.

Il n'y avait pas lieu pour le moment de se séparer ou même de divorcer, mais il sentait que leur relation devenait trop platonique pour pouvoir perdurer. Cependant même si rompre le mariage n'était pas au goût du jour, il allait falloir avouer à Ginny qu'il ne tenait pas à adopter. Pour dire vrai il n'avait jamais vraiment voulu avoir un enfant. Il se sentait trop jeune, trop incertain dans ses décisions pour pouvoir l'élever. Sa femme pensait que la venue d'un bébé balayerait leurs problèmes, mais Harry savait qu'au fond ce n'était qu'un leurre. Elle ne voulait pas reconnaître que leur couple n'était pas promis à un avenir, que leur mariage n'avait été qu'un leurre également. Tout ça pour ne pas admettre qu'en effet ils n'auraient pas dû être ensemble. Tout ça parce que Ronald les attendait au tournant et que chacun des trois, dans leurs petits rôles prédéfinis, le savait. Il y avait une partition à jouer, mais c'était à Harry que revenait la tâche pesante d'introduire une première fausse note.

Petit à petit le soleil déclina et l'air printanier se rafraîchit un peu. Pourtant il resta encore une bonne heure, attendant de voir la lune briller entre les branches des arbres. Il pensa à Luna qui les avaient tant fait rire un été alors qu'ils étaient tous réunis autour d'un feu dans le jardin des Weasley. Fred et George, les jumeaux, avaient fait grillé des marshmallows. Mrs Weasley accrochait une guirlande de lampions avec Neville. Mr Weasley essayait de mettre sur pied une tente. Et Ronald riait, la main sur l'épaule d'une jeune homme brun. Sur son épaule.

Harry eut tellement mal ce soir-là, qu'il ne put pas pleurer. Il ressentait une telle amertume que son corps lui-même devenait dur comme de la roche, incapable de laisser éclater sa peine alors même qu'il était dans la plus stricte intimité. Quand il rentra à onze heures du soir passées, Ginny comprit qu'il était inutile de lui demander où il était allé, et ce qu'il avait fait. Elle lui laissa un mot sur la table de séjour pour lui dire qu'elle rendait visite à ses parents et comptait y rester quelques jours.

Il passa la soirée devant les mini autobiographies qu'il avait demandé aux élèves d'écrire dans la dernière demi-heure du cours, un verre de bourbon en guise de compagnie. La feuille sur laquelle il s'arrêta plus longuement fut celle de Tom. Une écriture soignée, légèrement alambiquée. Aucune faute d'orthographe ou de syntaxe. Et il n'avait pas livré un seul mot sur lui-même. Au lieu de l'exercice proposé il avait disserté sur l'inanité des notions de famille et de charité. Cependant sa verve, bien que tranchante, restait courtoise. On aurait dit un jeune aristocratique gonflé par l'importance de ses idéaux. Sauf qu'il était orphelin. Depuis quand au juste ? De plus d'après ce que Harry avait compris il y avaient quelques rares exceptions, des élèves qui résidaient à l'orphelinat pour raison d'asile politique et dont les parents avaient du rester dans le pays d'origine. Peut-être Tom en faisait-il partie ? En même temps pourquoi une telle haine envers les parents adoptifs ? Était-ce de la peur déguisée ? La peur de devoir quitter l'endroit où il avait peut-être toujours vécu ?

Harry revint sur terre et continua sa lecture. A la fin de la feuille Tom avait écrit une phrase : «Je ne vous comprends pas». Qu'est-ce que cela pouvait bien signifier ? Il décida d'ajouter un mot à l'adresse du jeune homme. «C'est une très bonne rédaction, Tom. Cependant moi non plus je ne vous comprends pas, et je ne comprends pas ce que vous voulez comprendre de moi.» Peut-être cette phrase était-elle un peu cavalière... Tant pis, ce n'était pas comme si le stylo bille rouge pouvait s'effacer.

Le téléphone sonna. C'était sans doute Ginny qui après s'être enfuie, cherchait à rétablir le dialogue en s'évitant un réel face à face. Et bien qu'elle s'en prenne à la boîte vocale, lui avait des autobiographies à finir de lire.

Quelques feuilles plus loin il tomba sur celle d' Hermione Granger. L'archétype de la gamine se faisant traiter d'intello. Un père chercheur scientifique et une mère archéologue, morts tous deux dans un accident d'avion il y a trois ans. Fille unique et pas de membres de la famille vivants excepté une grande-tante internée en maison de retraite. Trois langues vivantes et du latin en option au programme. Une liste de lectures à faire pâlir un lecteur acharné. Elle devait en entendre des vannes... Elle avait l'air intelligente d'après ce qu'il avait vu jusque là, mais peut-être un peu trop scolaire. Harry se souvint de lui-même à son âge. Il était intelligent, agréable, à l'écoute, et avait un bon oral. Du moins c'est ce que tous ses professeurs s'accordaient à dire sur ses bulletins. Mais les notes ne suivaient pas. Bien sûr il se débrouillait toujours pour être dans la moyenne entre douze et treize, mais il n'était pas un bosseur acharné.

Il regarda quelques copies encore avant d'en convenir : le métier de prof était moralement épuisant et tout bonnement rébarbatif. Et encore il ne s'amusait pas à corriger les fautes d'orthographes, sauf si elles étaient vraiment graves. S'il avait du les noter il n'aurait même pas su comment s'y prendre, au lieu de ça il ne donna que des indications et des conseils. Il alluma la télévision pour se détendre, mais il n'y avait rien d'intéressant alors il éteignit. Finalement il se décida à écouter le message que Ginny avait du lui laisser. Il appuya sur le bouton et s'assit dans le fauteuil en cuir, son verre à la main. Le message n'était pas de sa femme.

«Bonjour, Harry. Hum... Je sais que tu traverses une mauvaise passe en ce moment, mais... Enfin, ce ne sont pas mes affaires, mais... si tu venais samedi à la maison ce serait bien. On organise une petite fête... euh pas une bien grande, juste une dizaine de personnes et la famille. Sache que tu es toujours le bienvenu malgré les... circonstances. Nous t'apprécions beaucoup Harry. James et Lily étaient de véritables amis à nos yeux. Des gens vraiment formidables, tu sais. Enfin je veux dire... enfin on a souvent du te le dire je suppose. Bref ce serait vraiment bien si tu venais. Nous t'attendons avec grand plaisir. J'attends ta réponse. Au revoir Harry.»

C'était sa belle-mère.

Harry resta scotché pendant plusieurs secondes. Pourquoi l'invitait-elle ? Pourquoi toutes ces petites cajoleries, ces petits compliments ? Et pourquoi les gens se croyaient-ils toujours obligés de dire qu'ils adoraient ses parents, et que c'étaient des gens formidables ? Quand bien même ce ne serait pas de l'hypocrisie ou de la fausse bienveillance, qu'est-ce que cela pourrait bien lui faire ? Il ne les avait jamais connu et ne les connaîtrait jamais. Parfois Harry avait l'impression que les connaissances de ses parents cherchaient à faire un concours de «à qui aura le plus de détails sur James et Lily Potter à raconter à leur fils pour lui faire de la lèche». En plus il allait devoir répondre à ce message, sinon Mrs Weasley risquait de rappliquer ici en prétextant qu'elle voulait simplement être bien sûre qu'il avait eu l'invitation. Le jeune écrivain remit cela à demain. Il lui téléphonerai en rentrant le soir. Puis pour éviter d'y penser il finit de lire ses feuilles et alla se coucher avec une aspirine car il sentait poindre une migraine.

Il se réveilla en pleine nuit. Le réveil indiquait une heure du matin, quelqu'un toquait à la porte. Ou plutôt frappait. Il enfila rapidement un tee-shirt et des chaussons par dessus son bas de pyjama, histoire d'avoir l'air vaguement présentable, et alla ouvrir.

«Tom!

-Mr Potter ?

-Qu'est-ce que vous faites chez moi ?

-Ah, eh bien je ne savais pas que c'était chez vous. Euh... en fait je cherchais un téléphone, et comme la lumière du salon était allumée...

-Ah d'accord, j'ai du oublier de l'éteindre... et bien entrez.

-Merci.»

Harry remarqua pour la première fois que Tom était grand. Presque autant que lui. Il se demanda soudain si c'était une bonne idée de laisser entrer ce garçon chez lui. C'était tout de même étrange comme coïncidence.

«Le téléphone, Mr Potter... ?

-Oui, euh... là. Je vais dans la cuisine.

-D'accord, merci.»

Harry n'osa pas écouter à la porte, bien qu'il en eut très envie. Tom l'intriguait vraiment. Mais qui était donc ce jeune homme ? Perdu dans ses pensées il ne le vit pas entrer dans la cuisine.

«Est-ce que ça vous dérange si j'attends ici le temps qu'on vienne me chercher ?

-Non, non. Mais vous n'êtes pas censé rester à l'orphelinat le soir, Tom ?

-Si.

-Ah.

-Disons qu'il m'arrive de faire le mur. Ne vous inquiétez pas Dumbledore en personne vient me chercher. D'habitude je me débrouille pour me faire ramener par quelqu'un mais mon taxi m'a planté ce soir.

-Oh, d'accord. Il sait que vous avez l'habitude de sortir ?

-Bien sûr, de toute manière je ne suis pas le seul. A partir de quinze ans tout le monde fait le mur.

-Ah, si c'est une coutume alors. Euh... vous voulez boire un thé ?

-Oui pourquoi pas.

-Ceylan avec du lait ?

-Avec plaisir.»

Tom le regardait avec insistance et Harry se sentait un peu mal à l'aise. Ce regard posé sur lui, était-ce ce que Ginny pensait ? Du désir ? Ou bien peut-être un simple intérêt.

«Désolé de vous déranger à cette heure.

-Oh ce n'est rien, en fait je venais juste de finir de regarder les copies que vous aviez écrites lundi.

-Vous vous êtes amusé à lire ça jusqu'à une heure du matin?

-Oh non. Jusqu'à minuit et demie seulement, plaisanta Harry.»

Il lui tendit une tasse fumante, et s'assit. Tom resta debout, appuyé contre le plan de travail. On aurait dit qu'il restait en retrait, ne voulant pas s'imposer dans la maison.

«J'espère ne pas avoir réveillé votre femme ?

-A moins que vous ne soyez aller frapper à la porte d'une maison dans les environs de Wimbledon avant de venir ici, je ne pense pas.

-Tant mieux.»

Harry ne savait pas pourquoi il avait dit ça. Il aurait pu dire : «non non ne vous inquiétez pas», ou «elle s'est rendormie». Et pourquoi Tom répondait-il donc «tant mieux» ? Tant mieux je ne l'ai pas réveillée ou tant mieux je suis seul avec vous ? A cause de Ginny il cogitait comme un fou sur les moindres faits et gestes de Tom.

«Dites-moi Tom, ça fait combien de temps que vous êtes à l'orphelinat ?

-Pourquoi cette question ?

-Comme ça... vous n'avez pas noté grand-chose de très autobiographique sur votre feuille, mais si ça vous dérange vous n'êtes pas obligé de me répondre.

-Depuis mes onze ans.

-Ah.

-Et oui.

-Je n'ai rien dit.

-Je vous entends penser avant même que vous ne parliez.

-Vraiment ? Qu'est-ce que je pense en ce moment ?

-Pourquoi je suis là, pourquoi cette coïncidence, pourquoi précisément ce soir, pourquoi j'ai écrit ça au lieu de répondre au sujet, pourquoi je vois souvent certains de mes professeurs en dehors des cours, depuis quand je suis à l'orphelinat, pourquoi, que m'ont fait mes parents, sont-ils morts, suis-je fils unique ?

-... Atterrant. Et vous savez tout ça rien qu'en... me regardant ?

-Oui. Vous êtes assez prévisible en fait, à chacun de mes actes j'ai supposé une réaction x en réponse à celui-ci, et je ne me suis pas trompé.

-Eh bien, moi qui croyait être un tant soit peu mystérieux.

-Histoire de vous achever je suis sûr que vous donnez des noms originaux à vos personnages, noms que bien sûr vous puisez dans la réalité. Comme... Dumbledore par exemple.»

Cette fois Harry éclata de rire. Tom était vraiment beaucoup trop imprévisible. Mais il le savait sans doute déjà.

«J'avoue tout.

-Et encore je pourrais vous dire d'autres choses.

-Non ? Arrêtez là où je vais définitivement me voir comme inintéressant. Même si c'est le cas, je préfère ne pas le savoir et pouvoir me regarder dans la glace demain matin.

-Mais vous n'êtes pas inintéressant. Bien au contraire.

-Ce n'est pas très logique. Vous écrivez d'abord que vous ne me comprenez pas. Et puis vous venez de dire que...»

Harry se tut, tendant l'oreille quand un bruit de moteur se fit entendre dans l'allée. Apparemment Dumbledore venait d'arriver. Tom posa sa tasse encore à moitié pleine sur le plan de travail, et en quelques pas fut près de lui. Harry n'eut pas le temps de bouger, presque tétanisé de surprise sur sa chaise. Quand les lèvres de Tom se détachèrent des siennes, il ne réalisa pas bien encore. Mais déjà le jeune homme passait la porte de la cuisine.

«Bonne nuit monsieur Potter»