NDLR : Désolée de n'avoir pas posté la semaine dernière, ma connexion avait rendu l'âme.
J'espère que ce chapitre de transition vous plaira, même si (et oui) ça fait deux chapitres de transition à la suite. Faut laisser le temps à Harry d'analyser sa première expérience homosexuelle, et de tourner en rond en se demandant qui doit recontacter l'autre le premier ;)
Je vous aime, lectorat.
(on approche de la fin, je deviens sensible voyez-vous, plus que quelques chapitres...)
CHAPITRE 10 :
Harry attendait Remus dans un café. Finalement celui-ci avait annulé leur rendez-vous la semaine dernière et ne l'avait recontacté que le vendredi matin. Le jeune homme lui avait demandé s'ils pouvaient se voir plutôt le dimanche, espérant secrètement que Tom lui donnerait des nouvelles entre le vendredi soir et le samedi après-midi, en vain. Il ne pouvait tout de même pas aller encore à l'orphelinat prétexter un devoir à rendre. Certes il l'avait toujours dans un coin de son appartement et il avait dit à la secrétaire qu'il repasserait plus tard. Il pourrait très bien y aller lundi et peut-être même lui permettrait-on de voir l'adolescent dans sa chambre s'il venait avant le couvre-feu cette fois-ci. Mais il préférait laisser un peu le temps filer. Pourquoi devrait-il toujours faire le premier pas ? Si Tom ne se manifestait pas au bout d'un moment, c'est qu'il ne le désirait pas tant que ça, pas autant que lui désirait le voir en tous cas. Il venait de se heurter à une impasse dans son mariage, il n'avait pas envie de se lancer dans une relation difficile dès le départ. L'adolescent l'attirait énormément et lui donnait envie de mieux le connaître, cependant il lui donnait aussi l'impression de s'échapper, d'être de l'eau qu'il essaierait de retenir entre ses doigts. Et ça lui faisait peur.
«Bonjour Harry, excuse-moi du retard. J'ai eu un mal fou à me garer, voilà pourquoi je déteste les magasins ouverts le dimanche matin, on dirait que tout le monde s'est soudain rappelé qu'il n'avait pas fait les courses de la semaine et le parking est toujours bondé.
-Remus allons, un peu de sociabilité, pouffa Harry en sortant des ses pensées.
-J'ai passé une mauvaise semaine, désolé, répondit-il en s'asseyant.
-Tu as l'air épuisé. Encore une insomnie ?
-Oui, et quatre heures de cours avec la vieille Mme Hepzibah hier après-midi.
-Elle n'a toujours pas abandonné l'idée d'apprendre le piano à son âge ?
-Toujours pas. Je n'ose même pas l'imaginer maltraiter son Bösendorfer.
-Si elle le maltraite. Ce n'est sûrement qu'un de ses objets de collection.
-Sans doute. Bien je prends un petit café et ensuite tu pourras me traîner dans la foule compacte, suante et rugissante, soupira Remus avec un petit air dramatique.»
En fin de matinée Harry avait pratiquement tous ses meubles, excepté l'armoire de sa chambre qui était en commande. Il ne lui manquait plus que les lustres et une lampe de bureau. Remus et lui dénichèrent un petit magasin un peu à l'écart des grandes surfaces. Les prix avaient l'air corrects et le lieu plutôt accueillant. Un petit carillon fait main avec des morceaux de verre polis tinta alors qu'ils entraient. Le regard d'Harry fut immédiatement attiré par une lampe de chevet ancienne qui ressemblait presque à l'identique à celle qu'il avait vu dans le bric-à-brac de l'appartement du deuxième étage. Il releva la tête pour chercher un vendeur mais il n'y avait personne dans le magasin à part lui et Remus. C'était quand même étrange qu'elle soit si similaire à l'autre, peut-être Sirius ou quelqu'un de sa famille avant lui avait-il acheté cette lampe dans ce même magasin ?
«Je ne suis pas sûr qu'elle irait bien sur ton bureau, intervint son ami.
-Non, c'est juste... je crois avoir vu exactement la même dans les appartements de Sirius. Tu crois que c'est simplement une coïncidence ou il aurait pu venir ici ?
-Euh... je n'en sais rien, c'est une lampe ancienne mais ils fabriquent plein d'objets qui ressemblent aux anciens maintenant. C'est la mode. Celle-ci a peut-être été faite sur le même modèle que celles du siècle dernier. Je ne crois pas que Sirius ai beaucoup touché à la décoration intérieure. Il n'a vécu là que deux ans une fois que le dernier membre de sa famille est mort.
-Hum, c'est vrai, soupira pensivement Harry. Si en plus il détestait cet endroit comme tu me l'as dit, il n'a sans doute pas voulu l'entretenir. J'ai eu un mal fou à remettre le troisième étage sur pied, je ne pense pas que les dégradations dataient uniquement de sa mort.
-Oui c'est probable, et puis honnêtement je ne le vois pas prendre la voiture pour aller faire les magasins alors que dans les derniers moments il refusait même d'aller chercher à manger à l'épicerie du coin.
-Quand est-ce qu'il a commencé à ne plus vouloir voir personne déjà ?
-Deux semaines avant, lâcha Remus tout bas.»
Un silence se fit pendant quelque secondes. Harry allait reposer la lampe sur le petit meuble où elle était initialement posée quand une voix féminine se fit entendre.
«Bonjour, est-ce que je peux vous aider ?»
Harry se retourna et ne put retenir un haussement de sourcils surpris. La vendeuse avait de longs cheveux roses remontés en un vague chignon par une grande baguette chinoise en argent et ses oreilles étaient recouvertes de clous en tout genre. Elle portait une courte robe noire, des collants prunes tricotés et des bottes de pluie. La seule personne qu'il avait vu vêtue d'un accoutrement plus excentrique que celui-ci était Luna.
«Et bien nous cherchions une lampe de bureau et quelques lustres pour mon ami, répondit Remus voyant que Harry ne répondait pas.
-Vous avez déjà commencé à faire un tour ? questionna-t-elle.
-Euh pas vraiment... nous regardions cette lampe, dit-il en montrant l'objet que Harry tenait toujours les mains.
-Ah oui, c'est une de mes préférées ! Très originale pour un bureau. Lampe à pétrole en cristal à trois couches, travail français, probablement chez un artisan de Vierzon au début du XXe Siècle.
-C'est donc un original ? Demanda Remus semblant soudain s'y intéresser.
-Oui, ça fait un moment qu'elle est dans le magasin, c'est ma patronne qui en avait ramené de beaux spécimens d'une brocante il y a dix ans. C'était juste avant son départ en retraite, quand j'étais encore apprentie.
-Oh, vous avez commencé à travailler très jeune alors, s'exclama naïvement Remus.
-Je ne suis pas si jeune que ça voyons ! répondit-elle en riant de bon cœur. Tenez ce lustre a exactement le même âge que moi, il vous fallait bien un lustre aussi non?
-En effet, j'en cherche même trois à vrai dire, mais un peu plus modernes par contre, la chambre et la cuisine ont été refaites à neuf, intervint enfin Harry.»
Depuis qu'elle était apparue la conversation s'était établie entre elle et Remus, et il commençait à avoir l'impression d'être un simple spectateur. La jeune femme avait l'air très sympathique, mais tout de même un peu trop accueillante pour une vendeuse envers un client.
«Nous en avons de ce côté-ci, répondit-elle en se tournant enfin vers lui.»
Harry fit donc le tour des lustres en remarquant du coin de l'œil que leur conversation reprenait. Il revint finalement vers eux au bout de trois minutes.
«Alors quelque chose a attiré votre regard ?
-Hum non pas vraiment... je vais réfléchir à propos de la lampe.
-Vous voulez que je vous la réserve ?
-D'accord, je repasserais sûrement dans la semaine.
-Entendu je vais la mettre à l'arrière du magasin.»
Harry se dirigea vers la sortie après l'avoir brièvement saluée.
«Et quel âge a-t-il... le lustre ? demanda Remus alors qu'ils étaient arrivés à la sortie.
-A vous de le découvrir, répondit-elle avec un sourire entendu.»
Harry en fut soufflé. Il venait d'assister en direct à un flirt entre son ami et cette vendeuse. Dire qu'une semaine plus tôt il avait essayé d'arranger un déjeuner entre lui et Luna... Après tout il n'aurait peut-être pas du être si optimiste. Il n'avait encore jamais vu Remus avec quelqu'un et s'était bêtement imaginé que c'était parce que son cœur était irrémédiablement pris, mais rien n'est jamais aussi simple. Son ami n'allait pas rester seul encore des années s'il ne se décidait pas à sortir avec son ancienne élève. Peut-être qu'il n'aurait jamais pu passer outre leur différence d'âge et leur passé un peu difficile.
Sans qu'il s'en rende compte ils étaient arrivés à la voiture d'Harry.
«Je suis garé de l'autre côté du parking... est-ce que ça va ? Tu as l'air perdu dans tes pensées, fit remarquer Remus.
-ça va, je pensais toujours à cette lampe. C'est intrigant quand même. Je vais vérifier la ressemblance quand je serais rentré. Tu veux venir déjeuner ?
-Non, je te remercie mais j'ai un cours particulier dans un heure et demie.
-Ok. Remus ?
-Oui ?
-Tu vas la revoir ?
-Qui ? demanda-t-il un peu brutalement.
-La vendeuse.
-Je... et bien...
-Parce qu'elle est plutôt pas mal, sourit Harry.»
Remus ne répondit rien et pris un air légèrement gêné. Lorsque Harry le regarda s'en aller il se dit que même s'il avait voulu faire au mieux, finalement le hasard lui avait coupé l'herbe sous le pied. Après tout ce n'était pas tellement ses affaires. Si la vendeuse lui plaisait autant qu'il tente le coup.
En prenant la route du retour Harry prit soudain la direction opposée à son appartement et appuya sur le champignon. Il était bientôt midi et il savait que le réfectoire de l'orphelinat se trouvait excentré du reste des bâtiments. Peut-être aurait-il la chance d'apercevoir Tom.
