07h30 :le son strident que déclencha la sonnerie de son téléphone fini par sortir le blondinet de sa léthargie. Une léthargie, qui d'ailleurs, l'avait pris par surprise. Il ne pouvait pas dire combien de temps il avait roupillé, tout simplement, car il n'avait aucun souvenir de s'être endormi. Ses somnifères avaient dû l'assommer plus qu'il ne l'aurait voulu, or il se sentait beaucoup moins fatigué que la vieille, ce qui était un bon signe. Par contre, le bruit que continuait de provoquer son réveille-matin commençait à lui marteler la tête. D'un geste précipité, il sortit son téléphone de sa poche, ouvrant finalement les yeux, pour désactiver ce bourdonnement agaçant. Il aurait préféré que cette sonnerie fasse défaut, lui évitant une autre journée de torture. Nous étions à peine mardi, le deuxième jour de cours dans ce nouveau lycée, que le blondinet en avait déjà ras le bol d'y aller. Pour lui, c'était pire qu'un cauchemar. Devoir se faufiler entre ses gens, cohabiter avec eux et éventuellement leur parler, le rendait malade. Il aurait pu être frappé par un bus que ça aurait été moins pire. Mais ça, par contre, vous le savez déjà. Alors, le blond avait pris sa décision : il allait manquer son deuxième jour d'école.


08h00 : sa main droite, accotée contre le mur glacial de la cabine, était son point d'ancrage. S'il décidait de la retirer, il allait certainement s'écraser, la face première, contre le mur. Son autre bras, pour sa part, pendait lamentablement le long du corps du jeune adulte et sa tête, un peu penchée vers l'avant, était lourde dû à la fatigue. Tout était de la faute de cette eau brûlante qui s'écrasait contre son dos, l'endormant plus qu'il ne le réveillait. Il avait décidé, après un long moment de réflexion, d'affronter cette journée pour le bien de tout le monde. Il n'avait certainement pas pris le risque de se faire rejeter après s'être inscrit dans cette école pour finalement que ça soit lui qui abandonne. Alors, malgré l'envie irrépressible de rester bien au chaud dans son appartement, le blondinet allait faire face à cet établissement et à tous ses élèves, pour la plus part, bruyants.

Poussant un très long soupire, le blond ouvrit lentement les yeux pour commencer à se laver. S'il n'accélérait pas le pas, il allait être en retard à son seul cours de la journée qui débutait vers 9h15. Vous vous direz qu'il lui restait suffisamment de temps, mais ce n'était pas son seul problème. Le premier étant qu'il devait arriver à l'heure au terminus pour ne pas rater le seul et unique bus qui passait avant dix heures. Le deuxième, et bien, ne pas tarder pour rejoindre sa salle de classe.

Quand il eut fini de se nettoyer, le blond sortit de sa douche, une serviette autour de la taille, pour se diriger vers sa chambre où il se prit des vêtements propres : une paire de jean noire, ainsi qu'un chandail gris clair qui allait bientôt être recouvert par sa veste en cuir qu'il avait laissé sur le dossier de sa chaise. Il ne prit pas le temps d'arranger sa chevelure toujours en désordre et s'engageait ensuite dans le salon, où il avait passé la nuit, pour attraper son portable. À sa grande surprise, on lui avait laissé un message. Il devinait, sans aucune difficulté, que ça devait être l'infirmière.

Bingo, c'était bien elle.

« Bon matin, mon garçon ! J'espère que tu as bien dormi et que tu es prêt à entamer une autre journée de cours ! Je l'espère, car je t'ai préparé une petite surprise. Regarde par la fenêtre. »- De Abbygaelle

Estomaqué par les écrits de la jeune infirmière, le blondinet hésitait un moment avant de se diriger vers la fenêtre, et presque la seule, de son petit logis. À sa plus grande surprise, il repérait rapidement la carriole rouge de son unique amie et celle-ci qui venait tout juste de sortir du côté conducteur, bien évidemment. Elle aussi semblait l'avoir repéré, car elle lui envoyait la main, un large sourire aux lèvres. Ce sourire, qui d'ailleurs, ne disparaissait jamais. Par pure politesse, il finit alors par lever la main en direction de l'infirmière pour la saluer, se demandant pourquoi elle avait fait tout ce chemin juste pour venir le déposer au lycée. Enfin, c'est ce qu'il pensait et il ne devait surement pas se tromper.

Rebaissant son regard vers son cellulaire quand il sentit celui-ci se remettre à vibrer, il fut, cette fois-ci, par surpris de la suite du message :

« Tu viens ? Je te dépose à ton lycée. J'ai congé ce matin, ça me ferait plaisir de t'y reconduire. Ne prends même pas la peine de déjeuner, j'ai déjà pensé à tous ! Surtout, ne refuse pas. Je commence à te connaître Newtie, je sais ce qui se trame dans ta tête en ce moment. Allez ! »

Ne pouvant s'empêcher d'être touché par la bienveillance de l'infirmière, le blondinet s'éloignait de la fenêtre en glissant son téléphone dans sa poche. Il n'allait surtout pas la faire attendre alors qu'elle avait dû traverser d'une ville à l'autre seulement pour lui rendre un petit service. Il se traînait rapidement en dehors de son appartement, n'oubliant pas de verrouiller la porte, avant de descendre hâtivement, du mieux qu'il le pouvait avec sa jambe, les escaliers de l'immeuble. Il aurait mieux fait de prendre l'ascenseur, mais ça lui avait complètement sortit de la tête.

Au final, il réussit quand même à se rendre jusqu'à la voiture de la jeune femme, qui était remonté côté conducteur, pour prendre place près d'elle. Elle n'avait pas perdu son sourire, lui qui parfois se surprenait à admirer sa détermination et sa joie de vivre. Il ne l'avait encore jamais vu pleurer, même devant des situations difficiles. Elle avait à faire à des cas désespérés chaque jour : des enfants qui mourraient trop jeune, des personnes âgées qui souffraient trop avant leur décès, ainsi que des accidents stupides qui menaient à la mort. Pourtant, elle n'abandonnait jamais, comme elle l'avait fait avec lui. Malgré que les docteurs avaient affirmé qu'il était trop tard pour le garçon, elle n'avait pas délaissé l'option qu'il pouvait s'en sortir. Elle avait eu raison, car il était encore bien vivant aujourd'hui. Grâce à elle, selon lui.

« Alors Newtie, tu vas bien depuis ? »

La voix de l'infirmière fit comprendre au blondinet qu'il n'avait pas arrêté de la fixer depuis qu'il était embarqué dans la voiture. Se détournant, presque gêné de son manque de discrétion, il se raclait la gorge pour répondre :

« Très bien. » Répondit-il un peu trop abruptement, avant qu'il ne repose son regard sur la jeune femme « Et toi ? »

Sa voix avait totalement changé entre sa première interaction et la deuxième. Cette fois-ci, elle était plus douce, presque mélodieuse. La femme sourit tendrement, avant de démarrer sa voiture.

« Très bien aussi, mon garçon. Je suis contente de te voir. Alors, je dois prendre quel chemin ? »

Le blond lui indiquait alors le chemin à prendre après que sa conductrice est décampée de devant son appartement, prenant la direction de son lycée.


08h50 : la voiture venait tout juste de se stationner dans le parking de l'établissement que déjà, un long silence s'installait dans l'habitacle. Pourtant, durant le trajet, les deux amis avaient parlé longuement de tout et de rien, comme ils le faisaient auparavant à l'hôpital ou chez la jeune femme. Ça avait paru si simple pour le blondinet, qu'il en avait oublié le lycée. Malheureusement pour lui, ce fut de courte durée, car maintenant, il se trouvait devant le cadet de ses soucis.

Ne pouvant empêcher un soupir de franchir ses lèvres, l'infirmière, qui était toujours installée à ses côtés, posait son regard sur lui. Elle semblait alors prendre conscience - où c'est ce qu'il croyait - de ce qui tourmentait le garçon.

« Ne t'en fais pas, Newtie. Je n'ai pas oublié »

Sous le regard interrogateur du jeune adulte, la femme fouillait dans son sac à main avant d'en sortir un petit bout de papier. En fait, le blond ne comprenait pas du tout ce que la brunette avait pu oublier et cette note, dont il ne voyait pas encore ce qui se cachait dessus, ne lui en disait pas plus. Pourtant, pour la femme devant lui, ça semblait évident. Elle lui tandis finalement le papier, toujours ce fameux sourire aux lèvres.

« Tu n'auras pas à faire ton éducation physique avec ça. »

Prenant le papier au même moment que l'infirmière achevait son explication, le blond comprit enfin ce que cette note signifiait. C'était un papier médical pour l'interdiction de faire de l'exercice physique au risque d'être blessé. Ainsi, le professeur ne pouvait pas le forcer à participer et il allait rester sur le banc de touche. Finalement, c'était plutôt une bonne nouvelle, lui qui se souvenait même plus d'avoir ce cours ce matin. Il comprenait un peu mieux la raison de la présence de son amie.

« Merci ... »Souffla-t-il à voix basse, alors qu'il mit le papier dans sa poche de jean pour éviter de le perdre. Puis, au même moment, il agrippa son sac à dos pour sortir de la voiture. Il avait cours dans moins de quelques minutes, alors il n'avait pas le temps de s'attarder plus longtemps à une discussion avec sa sauveuse. De plus, il devait se changer, même s'il n'avait pas à faire le cours d'éducation physique.

« Bonne journée, mon garçon ! N'oublie pas de passer chez moi ce weekend ! »

« Je passerai. Bonne journée à toi aussi »

Puis sur ses paroles, il refermait la porte de la voiture avant de se diriger, d'un pas mal assuré, vers les portes du lycée.


09h10 : maintenant changé, le blond franchit les portes du gymnase où la plupart des élèves - si ce n'étaient pas tous - étaient déjà installés dans les gradins. Par chance, aucun regard se tournait vers lui. La plupart des élèves étaient trop concentrés sur le professeur qui nommait des étudiants, un à un, pour que ceux-ci descendent des banquettes pour se diriger au milieu du terrain de jeux où une partie de basket semblait être sur le point de s'amorcer. Ce n'était pas difficile à deviner, un ballon du sport choisi était sous le bras du coach, qui ne semblait pas du tout aimable à première vue. Il avait des cheveux coupés court, une barbe de quelques jours et un regard aussi sombre que les ténèbres. Presque aussi pire que celui du blond.

Prenant son courage à deux mains, il s'approchait de l'homme en question, se positionnant devant lui, alors qu'il semblait avoir fini de faire les équipes. Automatiquement, le regard sombre du professeur se posait sur lui. Il aurait pu croire, s'il n'avait pas affaire à un enseignant, que le coach voulait sa mort juste pour avoir osé se mettre devant lui. On devait peut-être songer à lui montrer les bonnes manières à cette tête de nœud.

Soupirant discrètement, il tendit son papier à l'homme hostile qui continuait de le fusiller du regard. D'un geste presque rageur, on lui arracha son billet médical des mains pour l'examiner. Ne voulant pas rester une seule seconde de plus prêt de ce professeur qui ne disait pas un mot, le blondinet se détournait pour pouvoir aller s'installer dans les gradins, mais on l'en empêchait.

« Gamin, tu crois vraiment que ce papier va changer quelque chose à mon cours ? Pauvre rescapé, tu fais fausse route ! Embarque immédiatement sur le terrain. Tu vas jouer contre l'équipe de Gally. »

La main puissante du coach l'avait empêché de faire un pas de plus pour déguerpir, le poussant au milieu du terrain avec énergie, passant proche de renverser le blond au passage. Réussissant tout de même à garder l'équilibre sur ses deux jambes, le blondinet tournait son regard en direction de son professeur d'éducation physique, sans comprendre les intentions du plus vieux.

« Mais - »

« Il n'y a pas de "mais" qui tienne la route avec moi, monsieur Isaac. Alors vous allez me faire la gentillesse de jouer avec vos camarades de classe ! »

AAucun doute, la classe entière avait dû entendre le discours de l'enseignant qui réprimandait le blond comme s'il n'était qu'un moins-que-rien. Il l'écrasait tel un vulgaire insecte devant un géant, l'humiliant devant ses camarades de classe alors qu'il avait à faire qu'à un simple enseignant ! Pourquoi aucun étudiant ne s'était pas encore plaint de l'attitude de cet homme désagréable ?! Était-il le seul à être percuté de la sorte ? Se méritait-il le rôle du souffre douleur de son professeur de gym ? Il avait une raison de se poser des questions là-dessus.

« Tu es sourd gamin ?! Je t'ai demandé de jouer ! »

Sur ses paroles, le professeur envoyait le ballon à un homme à la carrure plutôt imposante. Newt devinait aussitôt que ça devait être son adversaire, ce sinistre Gally qu'il n'avait encore jamais vu dans les couloirs du lycée. C'était un peu normal, ça faisait à peine une journée qu'il était au lycée, deux si on comptait celle-ci.

« Alors trouillard, tu as peur de te blesser ? Ne t'inquiète surtout pas, moi et mes potes, on ne va pas t'épargniez ! » Tonna son concurrent, un sourire déjà triomphant et sournois au coin des lèvres. À croire que le professeur avait déteint sur son élève fétiche et qu'il devait affronter le plus colossal de ses camarades de classe. Superbe. Il aurait mieux fait de rester couché. « En plus de cela, il est muet le nouveau ! Vous le croyez ? » Cria encore une fois son adversaire, mais cette fois-ci, il s'adressait à ses coéquipiers qui se mirent tous à rire.

« Ça suffit les gars, nous n'avons pas toute la journée ! Débutez le match ! »

Aussitôt que la voix du coach retentit, tout le monde allaient se placer sur le terrain, tandis que le blondinet était figé au milieu du terrain. Il ne savait pas où se placer, ni même comment il allait réussir à jouer avec sa jambe blessée. Définitivement, sa journée s'annonçait mal.

...

« Mihno, on doit intervenir. Gally va le détruire, c'est certain. En plus que le professeur ne semble pas en désaccord avec cette décision. Je ne crois pas qu'il va interférer s'il y arrive quelque chose. »

La voix de Thomas résonnait tel une alerte aux oreilles de l'Asiatique. Même si le blond l'avait rejeté tel une ordure, le brun s'était promis de ne pas abandonner et ce n'est surtout pas en laissant son camarade de classe se faire défoncer par Gally, le pire des crétins de cette planète, qu'il allait réussir. Par contre, pour son ami à ses côtés, le blondinet était déjà raillé de sa liste. Il ne ferait rien pour l'aider et ça semblait être clair suite à ses paroles :

« Thomas, laisse le se débrouiller tout seul. Souviens-toi, il ne veut pas qu'on l'aide. Il nous l'a fait clairement savoir hier midi, alors... on n'a pas à intervenir. Puis, je ne sais pas si tu es au courant, mais j'ai une réputation avec ce professeur, je suis un de ses meilleurs joueurs, pas question que je perds cela pour un mec qui nous a rejetés tel une merde. »

Pour certains points, son meilleur ami n'avait pas tort. Le blond risquait de mal le prendre s'il s'interposait. Il le prendrait comme une honte et ce n'est surtout pas ainsi qu'il allait réussir à se rapprocher de lui pour l'intégrer dans son cercle d'amis. Alors pour l'instant, il n'allait rien faire. Le jeune homme finit par baisser la tête, se concentrant sur le jeu, en espérant, malgré cela, qu'il n'arrive rien au blond.


09h45 : le jeu était commencé depuis déjà plusieurs minutes. Le blondinet, qui essayait de suivre du mieux qu'il le pouvait, commençait à s'épuiser à vue d'œil. Sa jambe, l'élément qui lui empêchait de faire du sport, amorçait de douloureux choque électrique qui se propageait à travers son corps entier. S'il n'avait pas l'attention du professeur à chaque seconde, il s'aurait autorisé une petite pause, or s'il s'arrêtait, le coach l'obligerait à faire plusieurs fois le tour du terrain de football, ce qui lui coûterait une petite visite d'urgence à l'hôpital. Ce qui choquait encore plus le blondinet, c'est que la plupart, mis à part lui et Gally, avaient eu le droit à leur moment de relaxation. Irrévocablement, le coach ne l'aimait pas du tout pour ne pas lui laisser quelques minutes de repos.

Souffrant donc en silence, le blond continuait de suivre le match, même s'il ne servait strictement à rien pour son équipe. Il était un vrai naze, il se l'avouait à lui-même. Il avait ainsi évité d'avoir la balle, mais ses efforts échouèrent. Au même moment où il croyait s'en sortir, il reçu le ballon entre ses mains, ne réagissant pas tel un idiot. Un moment, il crut que sa pire douleur serait la honte, puis le moment d'après, il réalisait avec horreur qu'il s'était trompée...

Son adversaire, sans retenu, venait tout juste de plaquer le blondinet avec force. Sans qu'il ne réussît à tenir debout, cette fois-ci, le jeune adulte s'écroulait au sol, son assaillant sur lui. Encore là, le blond aurait pu s'en sortir sans blessure, mais sa jambe avait décidé d'être la première à toucher le sol et le poids du second ne l'aidait pas à contenir un mal insoutenable se propager en lui tel un venin mortel. Il ne s'autorisait tout de même pas à gémir, ni même à hurler de douleur. Il se retenait, du mieux qu'il le pouvait, alors que son concurrent se redressait, un sourire sadique aux lèvres. Avait-il conscience qu'il venait de condamner le blond à une semaine entière de douleur insupportable ?

« La prochaine fois, quand t'auras le ballon, évites de rester figé tel un piquet ! »

Dans un rire monstrueux, le chef de l'équipe s'éloigna sans se douter de l'état dans lequel il venait de maudire le jeune adulte. Avec un dernier effort, le blond se mit sur le dos pour éviter de laisser son poids sur sa jambe, elle qui était déjà douloureuse, même un peu trop à son goût. Sa respiration saccadée trahissait le blond, mais au moins, il ne poussait aucun bruit de souffrance. Il avait encore un orgueil, le pauvre.

« Newton, lève-toi ! Le jeu va recommencer, ce n'est pas le temps de faire une sieste »

Il reconnaissait cette fois, c'était celle de son professeur. L'enfoiré, il n'allait certainement pas le faire jouer encore ! Sans se douter qu'il ne puisse pas se redresser, le blondinet essayait de se relever, mais sans succès. Chaque fois, il retombait lamentablement sur le sol, un cri étouffé au fond de sa gorge. Il ne devait pas pleurer, il ne devait pas hurler, il ne devait pas montrer sa faiblesse ! Putain.

« Ça va, mec ? »

Un membre de son équipe, dont il ne connaissait pas le nom, était maintenant penché sur lui. Le blond semblait voir une pointe d'inquiétude dans le regard de son coéquipier, mais il n'en était pas sûr. À vrai dire, il essayait plutôt de se concentrer sur lui-même, plutôt que sur les autres. Un moment d'inattention pourrait lui coûter un son honteux.

« Newton ! Qu'est que je t'ai dit ! Relève-toi ! »

« Coach, il est blessé. »

« Quoi ?! Hey, gamin, ne me dit pas qu'Aris à raison ? »

Le coach était maintenant à ses côtés, tout comme d'autres élèves qui semblaient vouloir s'informer de l'état de leur camarade de classe. Après tout, ce n'était pas tout le monde qui était comme Gally ou même le professeur, des enfoirés de première classe. Ne pouvant plus supporter tous ses regards, le blond finit par fermer les yeux, soufflant lourdement à cause de la douleur. Il n'en pouvait plus, il voulait disparaître, n'être jamais venu ici.

« Que quelqu'un l'amène à l'infirmerie ! Et toi, Gally, tu restes après le cours ! »

Si le jeune adulte n'avait pas eu si mal, il aurait été estomaqué d'entendre cela sortir de la bouche du coach. Lui, punir Gally ? Il devait être en prenne de divaguer à cause de la douleur, ça ne devait être que ça.

« Moi. »

Voilà un volontaire qui se dévouait pour amener le blondinet à l'infirmerie. Il aurait préféré y aller par lui-même, mais il devait se l'avouer pour cette fois, il n'y arriverait jamais. Alors, il laissa l'homme le soulever avec délicatesse, comme s'il était la chose la plus fragile au monde. Il ne semblait pas avoir de la difficulté à le traîner jusqu'aux portes du gymnase. À croire que son camarade de classe devait être bien musclé ou sinon, c'était lui qui était beaucoup trop amaigri. Ce qui n'était pas surprenant, le blond se nourrissait convenablement, mais pas énormément non plus. Et puis, sa chute avait laissé ses marques. À croire qu'il méritait tout ce qui lui était arrivé.

Poussant un long et fort soupir, le blond se décidait enfin à ouvrir les yeux pour voir son deuxième sauveur qui n'en serait pas un pour bien longtemps. À son grand étonnement, le garçon, qui le tenait fermement contre lui, était nul autre que le brun qui avait agrippé son poignet hier midi, avant qu'il ne quitte tel une furie. S'il se souvenait bien, il se prénommait Thomas.

« Merci, mais je suis capable de me rendre à l'infirmerie pour le reste ! Donc lâche-moi ! » Cria presque le blondinet, alors qu'il se détacha de l'emprise du brun avec un peu trop de violence. Il faillit à la renverse, mais son camarade le retenu à la dernière minute. Par chance, sinon sa jambe n'aurait pas été épargnée, encore une fois.

« Je ne crois pas que tu puisses t'y rendre seul. Même l'homme le plus endurant de ce lycée aurait de la misère de s'y rendre avec une jambe blessée. Enfin, je suppose que c'est à la jambe que tu as mal... »

Le brun essayait de rassurer le blond. Il avait préféré éviter de lui dire qu'il l'avait vu boiter dans les corridors hier et que ce détail, même s'il le cachait, passait pas inaperçu pour un fou comme lui qui observait les moindres détails. Sans le savoir, il avait quelque chose en commun, comme Newt aussi était un très bon observateur.

« Qu'est que t'en sais... »

« Je ne sais pas. Je dis seulement ce que je pense... Mais si tu veux que je te laisse tranquille, alors laisse moi t'amener au moins à l'infirmerie pour qu'il se charge de toi. Après, je partirai. Promis. »

Le blond n'avait pas vraiment le choix. Si le brun l'abandonnait ici, il serait obligé de se traîner jusqu'à l'infirmerie sans être certain qu'il allait s'y rendre. Il y avait deux raisons à cela : la première étant que le blondinet n'avait aucune idée par où était l'hospice et la deuxième étant que le blondinet avait trop mal pour faire tout le chemin en rampant tel un soldat. Il était donc piégé et aucune issue s'offrait à lui. Il se contenta donc d'hocher de la tête, alors que son camarade ne put s'empêcher de sourire tendrement. Puis, ils reprirent la route.

« Je peux savoir ce qui t'a amené ici ? »

Il aurait du s'en douter. Le brun n'allait pas en rester là. Maintenant qu'il avait la possibilité de lui parler, il allait commencer à attaquer le blondinet de questions plus idiotes les unes que les autres. Seulement, pour le blond, ce n'était pas quelque chose de simple, de naturel. Il détestait communiquer avec les autres et surtout, être en contact avec un humain autre qu'Abbygaelle. Déjà que le contact était bien évident, il n'avait pas envie de commencer la discussion. Il préférait alors éviter la question, ce que le brun semblait comprendre, comme il n'insistait pas. Le jeune adulte fut satisfait, mais presque surprit de la compréhension du brun. N'importe qui dans ce lycée en aurait profiter pour le narguer, le forcer à se dévoiler. Enfin, la plupart, mais pas lui. Il le respectait, d'une certaine façon.

...

Le reste du chemin se passait alors silencieusement et après quelques minutes, ils arrivèrent devant le mini hôpital du lycée. Thomas ne se privait pas de passer la porte sans cogner, criant le nom d'un des infirmiers :

« Jeff ! Tu es là ? J'ai un blessé pour toi. »

Après seulement quelques secondes, un homme, presque aussi jeune qu'eux, apparus à la porte d'un cabinet en lui pointant un des lits disponibles au fond de l'énorme pièce. La plupart des lits, comme dans les hôpitaux, étaient séparés par des rideaux pour garder un peu d'intimité au patient. Il devait avoir des adolescents qui restaient plus d'une journée ici. L'endroit était bien emménagé, ce n'était pas comme les locaux pitoyables que nous avons dans des lycées ordinaires.

Le brun le traînait alors sur le lit qu'on lui avait attribué avant de le lâcher. Soulagé, le blond releva son regard vers son camarade de classe, se demandant s'il devait le remercier ou simplement l'ignorer comme il avait l'habitude de faire. D'ailleurs, le brun lui avait dit qu'il le quitterait après l'avoir amené ici, or il ne bougeait pas d'un poil. Il attendait peut-être quelque chose ?

« Hm, je crois que je dois y aller, comme promis. Enfin, j'espère que tu iras mieux et que ta jambe va guérir. À la pr- ... Ou plutôt, Bye, Newt. »

Était-ce de la déception qu'il venait de voir dans le regard du plus jeune qui venait tout juste de se détourner ? Alors qu'il aurait voulu le remercier, faire face à ses peurs, les mots restèrent bloqués dans sa gorge, tandis que le brun s'éloignait de plus en plus pour finir par disparaître de son champ de vision. Il se dégoûtait lui-même. Ce jeune homme, du nom de Thomas, venait de l'aider, alors qu'il n'y était même pas obligé, et il n'avait même pas eu le courage de lui dire « Merci » ? De plus, hier, il avait clairement été haineux envers sa personne et il avait quand même essayé de lui faire oublier sa douleur en y posant de simples questions qu'il avait préféré ignorer. Décidément, le plus méchant dans l'histoire restait le blond. Pourtant, il n'arriverait pas à changer, même s'il était au courant de son air distant et sa façon d'agir plutôt aigri.

Agrippant sa tête entre ses mains, le blond se recroquevillait, du mieux qu'il le pouvait, sur lui-même, en essayant d'éviter de bouger sa jambe droite qui lui faisait toujours autant souffrir. Ainsi, il laissait les minutes s'écouler sans bouger...


13h30 :de retour dans la carriole rougeâtre de sa sauveuse, le blond avait la tête appuyée contre la vitre passagère, regardant le paysage défiler devant ses yeux. Abbygaelle avait pris congé en apprenant ce qui était arrivé à son petit protégé. À peine, une heure et demi qu'elle travaillait. Elle était aussitôt venue le chercher pour le ramener à la maison et comptait rester une bonne partie de la nuit pour veiller à ce qui lui manque de rien. Bien sûr, il avait tenté de la dissuader que tout allait bien et qu'il était capable de se rendre chez lui avec les antidouleurs qu'on lui avait donné, mais elle avait été trop têtue sur ce coup-là. Il n'avait jamais su comment lui tenir tête, de toute manière. Il était perdu d'avance. Par contre, il avait réussi à la convaincre de pas porter plainte. Quand elle avait apprise que le professeur avait complètement ignoré le billet médical, le jetant au sol, devant les yeux du blond, pour l'écraser et lui montrer ce qu'il en faisait du papier, elle était devenue presque folle de rage. Autant contre le coach que contre cet élève, Gally, qui avait osé faire du mal à ce garçon qu'elle considérait comme son fils. À l'aide d'arguments solides, il avait réussi à la persuader de rien faire. Par chance, pour lui. Il ne voulait pas commencer à s'attirer des ennuis.

Fermant les yeux après un moment, le blond repensait à cette journée catastrophique qu'il avait vécue. Il revoyait clairement son coach le rabaisser au rang du plus faible de la hiérarchie. Il revoyait le regard moqueur de son adversaire qui avait eu un malin plaisir à enfoncer le couteau dans la plaie. Il revoyait les amis du robuste qui riaient aux éclats à chaque fois que le blond passait proche de trébucher. Il revoyait le regard inquiet de ce fameux Aris dont il croyait faux. Il revoyait ses camarades de classe penchés sur lui comme s'il n'était qu'une proie et eux des prédateurs et finalement, il revoyait le regard du brun sur lui. Le seul qui avait semblé honnête, le seul qu'il avait rejeté alors qu'il ne voulait que l'aider. Quel imbécile, quel imbécile !

« Newtie ? »

La voix de l'infirmière se percutait dans la tête du blond qui préférait jouer le jeu du gamin endormi, comme on le faisait étant jeune quand on ne voulait pas se faire chopper par nos parents. Il n'avait pas la force de parler, ni même la force de bouger. À vrai dire, il ne savait pas s'il avait la force de retourner au lycée avant quelques jours, peut-être une semaine, deux semaines ou un mois ? Il se sentait pitoyable, il se sentait fuir tel un lâche, mais il l'assumait. Un homme courageux n'aurait pas sauté en bas de sa fenêtre pour en finir avec sa douleur. Un homme courageux n'aurait pas fui son père. Un homme courageux ne se cacherait pas derrière un masque pour éviter de souffrir plus qu'il ne souffrait déjà. Un homme courageux avait un nom autre que celui de Newton Isaac.

«Je vois » murmura la femme près de lui, alors qu'elle glissait tendrement sa main dans la chevelure blonde du jeune adulte. Avec délicatesse, comme elle avait l'habitude de le faire. « Tu sais, Newtie... je la vois encore à travers ton regard cette douleur qui te tourmente sans arrêt. Je me compte chanceuse d'avoir pu intégrer une partie de ton cœur, mais je sais que tu souffres toujours, même si je suis là. Je ne suis qu'un pansement qui recouvre tes blessures, mais je ne suis pas le médicament qui guérirait tes tumeurs. Tu sais, chaque fois que je t'envoie un message et que tu ne me réponds pas, j'ai l'impression que je t'ai perdu à tout jamais. J'ai l'impression que tu as succombé encore une fois à tes souffrances et là, je regrette de ne pas t'avoir forcé à rester chez moi. Au fond, je sais que te laisser allé est-ce qu'il y a des mieux, mais je ne peux m'empêcher de m'inquiéter. Ça paraît stupide à dire à haute voix, mais mon garçon, je te considère tel le fils que je n'ai jamais eu et te perdre... »La femme prit une pause, alors qu'elle ne put empêcher un rire nerveux franchir ses lèvres « J'aime mieux pas y penser, car tu vas luter, n'es-ce pas ? Tu vas lutter pour t'en sortir, tu vas lutter pour vivre, car je sais que tu peux y arriver. Tu es plus fort que tu ne le penses mon garçon, je le sais. Moi, je vois ce que tu es vraiment. Je vois ce que tu peux devenir. Alors n'abandonne pas, pas pour moi, mais pour toi, pour ton avenir. Si tu savais à quel point, je t'aime Newtie, mon garçon... »

L'infirmière ne put continuer son discours. Dans un faible sanglot, elle retira doucement sa main de la chevelure du blond alors qu'elle laissa les larmes coulées silencieusement sur ses joues. Elle savait - c'est ce qu'elle croyait - que le jeune adulte à ses côtés était endormi, mais elle n'avait pas pu contrôler son flot de paroles.

Les dents serrées, le corps tremblant, le blondinet essayaient de retenir ses larmes qui menaçaient de se déverser à tous moment. Les paroles de sa sauveuse résonnaient dans sa tête encore et encore, le touchant au plus profond de son être. Même s'il savait à quel point il comptait pour la femme près d'elle, il ne se doutait pas de la moitié de ce qu'elle avait dit. Ainsi, elle croyait en lui ? Ainsi, elle avait peur de le perdre ? Ainsi, elle l'aimait tel un fils ? Dans un gémissement étouffé, dont la femme à ses côtés ne semblait pas avoir entendu, le blond se mit un peu plus en boule, attendant que le sommeil vienne l'engourdir. Mais entendre la seule femme qui comptait le plus a ses yeux, après sa mère, pleurer à ses côtés, l'anéantissait plus qu'il ne l'aurait voulu. Elle avait même stoppé sa voiture sur le bord de la route, s'il se fiait à ses sens. Il ne pouvait pas, il ne pouvait plus l'entendre. C'était trop dur.

Dans un geste rapide, le blond se redressait en se glissant prêt de la femme pour venir la serrer dans ses bras. Ça ne servait à rien de lui cacher qu'il avait tout entendu, plus maintenant. Il voulait la réconforter, lui montrer qu'il était là pour elle et que jamais il n'allait l'abandonner. Ainsi, les deux amis se contentèrent de rester l'un contre l'autre. L'une pleurait à chaudes larmes, l'autre se contentait de hoqueter parfois de tristesse et de...

Soulagement.


Erf, alors voici pour vous le deuxième chapitre de ma fiction Newtmas. Il n'y pas encore de rapprochement entre nos deux héros, mais ça ne tardera pas, je vous le promets. La dernière partie de mon histoire est-ce qui devrait être l'élément déclencheur pour notre petit Newtie qui devrait être un peu plus ouvert, peu à peu.

J'espère tout de même que la longueur - plus long que prévu - ne vous dérange pas et qu'encore une fois, je vous aurai offert un chapitre à vos attentes ! J'ai toujours peur de faire tout déraper en un simple chapitre, ou même, un simple paragraphe.

Bref, n'hésitez pas à me dire vos avis, c'est apprécié ! ^^

Merci de me suivre et désoler pour les fautes. Ma correctrice n'est pas passée encore, mais ça ne tardera pas !

- Maniakat