Chapitre 1 :
Le club de basket du lycée Kaijo avait l'habitude de s'entrainer tous les soirs après les cours et les mercredi après-midi. Et évidemment, comme le grand Ryouta Kise jouait, toutes les filles étaient dans les gradins pour le regarder. Et pour éviter que l'une d'elle ne s'introduise dans les vestiaires, les portes qui y menaient étaient fermées. Enfin, elles l'avaient été avant que le coach ne décide de les garder ouverte, sans avertir personne pour que ces jeunes demoiselles continuent de croire que le passage était bloqué.
En ce mardi soir pluvieux, le club s'entrainait comme à son habitude, et le bruit des chaussures crissant sur le parquet ainsi que la balle qui rebondit résonnaient dans le gymnase, où une foule de lycéennes admirait Kise en pleine remontée de terrain. Ce jour là, le coach était de fort méchante humeur, personne ne savait franchement pourquoi, et Yukio faisait de son mieux pour garder son équipe un minimum calme. Il fallait dire que les joueurs avaient tendance à vite s'énerver quand on leur criait dessus.
Kise marqua un panier, et remonta rapidement en défense, accompagné de son capitaine qui pour une fois ne l'avait pas encore frappé. Depuis le banc, le coach les regardait faire, grommelant que c'était trop mou et pas assez technique. Il se leva d'un coup alors que l'un des joueurs donnait malencontreusement un coup à son partenaire, et il se mit à crier qu'avec un niveau pareil, ils n'étaient pas près de gagner la Winter Cup.
La porte qui menait aux vestiaires s'ouvrit alors, laissant apparaitre une jeune fille blonde. Elle balaya l'espace du regard, visiblement perdue, et alors que le coach se rasseyait, il la vit. La prenant pour une des fans de Kise, il se releva d'un bond et la saisit par le poignet, avant de la trainer de force dans la salle, puisqu'elle n'avait jusqu'alors fait que passer la tête par l'entrebâillement.
-Qu'est-ce que tu fais là toi ?! hurla-t-il. Tu n'as rien à faire ici !
La pauvre fille totalement morte de peur ferma les yeux et essaya de se libérer, mais c'était peine perdue, la poigne qu'il exerçait sur son poignet était très serrée. Si serrée qu'elle rouvrit les plaies males cicatrisées qu'elle arborait. Elle grimaça de douleur, une larme roula sur sa joue, et un couinement pathétique lui échappa. Sur le terrain, tout le monde c'était tourné vers le coach qui tenait à bout de bras la jeune fille. A tout cassé, elle ne devait mesurer qu'un mètre soixante-cinq. Elle portait l'uniforme de Kaijo, mais Yukio était sûr de ne jamais l'avoir vu avant. Il se dirigea au pas de course vers son entraineur en voyant le sang qui glissait le long de l'avant-bras de la blonde, et il lui saisit vigoureusement le poignet pour qu'il lâche celui de la jeune fille.
-Qu'est-ce que tu fais toi ?! gronda le coach, menaçant.
-Lâchez-la, répondit calmement le capitaine.
Il ne détourna pas le regard, fixant dans le blanc des yeux l'homme, qui finit par libérer d'un coup sec le poignet de la blonde. Cette dernière tomba à genoux et ramena son membre meurtrie contre sa poitrine, se moquant bien de tâcher son uniforme avec son sang. Elle laissa les larmes glisser sur ses joues, à peine consciente que tous les regards étaient braqués sur elle. Mais bientôt, elle perçu tout les murmures des spectateurs, et elle se recroquevilla un peu plus sur elle-même.
Yukio relâcha doucement le poignet de son entraineur et il se tourna vers la petite blonde en pleures à ses pieds. Il s'agenouilla doucement devant elle et lança un regard critique à sa peau maculée de sang. Il tendit une main dans sa direction et la posa sur son épaule. Lorsqu'elle releva la tête vers lui, il lui sourit et l'aida à se relever.
-Kise, je te laisse t'occuper du reste, je reviens, annonça-t-il en ouvrant la porte qui menait aux vestiaires.
Ryouta hocha la tête sans faire d'histoire et regarda son capitaine s'engouffrer dans le couloir. A droite se trouvait les vestiaires des filles et à gauche ceux des garçons. Yukio entra dans celui féminin et tint la porte à la jeune blonde qui y pénétra à son tour. La pièce était carrée, deux rangées de casiers étaient en son centre, et des bancs étaient installés contre les murs et dans la rangée du milieu. Une porte menait aux douches, des lavabos étaient près de l'entrée, et le brun désigna le banc le plus proche à la jeune fille. Elle s'assit dessus, tremblant de tous ses membres, la tête baissée et l'avant bras toujours fermement maintenu contre elle.
-Je reviens, annonça doucement Yukio.
Il quitta le vestiaire et se dirigea vers celui des garçons, avant de prendre une serviette blanche dans son casier. Il en avait d'autre, il pouvait bien utiliser celle-ci pour soigner l'inconnue. Il la rejoignit et passa sous l'eau le tissu spongieux, avant de tendre sa main libre vers elle.
-Donne-moi ton bras, lui demanda-t-il gentiment.
Elle releva ses grands yeux bleus vers lui, les larmes encore légèrement présentes aux coins de ceux-ci, et finalement son regard dériva vers la paume ouverte tendue vers elle. Elle hésita quelques instants avant de lui tendre son bras meurtri. Yukio jeta un coup d'œil aux blessures et écarquilla doucement les yeux en découvrant des cicatrices fines et parallèles qui s'étendaient du creux de son poignet jusqu'au tiers de son avant-bras. C'étaient celles fraichement refermées qui s'étaient rouvertes, et il enveloppa doucement le membre sanguinolent dans la serviette, appuya fermement pour stopper le saignement.
-Pose ta main là, indiqua-t-il. Il faut que tu tiennes ce bout pour que le bandage tienne.
Elle s'exécuta en silence, regardant ses doigts qui courraient sur sa peau.
-Ton nom ? demanda le capitaine.
-Kirenai Sarah...
-Tu es en quelle classe ?
-Seconde...
-Je ne t'avais jamais vu avant.
-Je suis nouvelle...
Ses yeux bleus fuyaient les siens, il en avait conscience, mais il ne chercha pas à la forcer à le regarder.
-Je suis désolé pour tout à l'heure, le coach est un peu sur les nerfs en ce moment.
-C'est moi qui n'aurais pas dû entrer... Mais comme j'avais vu tout le monde se diriger par ici je voulais venir voir...
-Ce n'est pas de ta faute.
Il détailla avec précision son visage. Ses cheveux blonds coupés au carré encadraient son visage fin, elle avait les joues légèrement rouges à cause des larmes, tout comme ses paupières qui étaient légèrement gonflées. Elle avait un nez fin, comme sa bouche, et Yukio ne pu que constater que l'os de sa mâchoire était un peu trop visible pour que ce soit normal. Il n'osa pas lui poser des questions, et se redressa doucement.
-L'entrainement est bientôt finit, tu peux rester ici, je reviens dès que c'est terminé.
-Merci...
-Pas de quoi.
Il se dirigea vers la porte, et fut arrêté par la voix fluette et tremblante de Sarah.
-Votre... nom...?
Il se tourna vers elle, et ne put s'empêcher de sourire.
-Kasamatsu Yukio.
Elle hocha timidement la tête et le regarda sortir, la laissant seule dans le grand vestiaire froid.
De retour dans le gymnase, Kasamatsu lança un regard noir à son entraineur qui l'ignora superbement. Il rejoignit le terrain, et Kise se posta instantanément à côté de lui.
-Alors ?
-Alors quoi ? grogna le capitaine.
-Nom ? Age ?
-Sarah Kirenai, elle est en première année, soupira Yukio, conscient que son joueur ne le lâcherait pas avant d'avoir des réponses.
-Et comment elle va ?
-Bien j'imagine. Concentre-toi sur le jeu.
Suite à cette parole, il envoya un coup de coude dans les côtes de son voisin pour qu'il se taise, et il planta son regard sur le ballon orange.
Quelques minutes plus tard
-L'entrainement est terminé, vous pouvez y aller, grogna le coach.
Tous les joueurs soufflèrent de bonheur et se dirigèrent vers les vestiaires après avoir envoyé les ballons dans les bacs. Au lieu d'aller se changer, Yukio entra dans le vestiaire des filles sous le regard ébahit de ses camarades. Kise décida de le suivre, et les autres allèrent se changer.
-Tu te sens mieux ? demanda Kasamatsu en regardant le visage blafard de Sarah.
-J'ai connu de meilleur jours... murmura-t-elle. Désolé d'avoir sali votre serviette, senpai...
-Ne t'inquiète pas pour ça.
Kise l'observa depuis la porte et regarda son capitaine retirer en douceur le linge tâché de sang du bras de la blonde. Il se racla la gorge pour témoigner sa présence, et lorsque Sarah releva la tête vers lui, il lui sourit et lui adressa un signe de main.
-Salut.
Elle lui sourit faiblement, et Yukio secoua la tête.
-C'est Kise Ryouta. Quoi que tu le connais peut-être déjà.
Sarah se mordit l'intérieur de la joue, et secoua négativement la tête. Les deux garçons la regardèrent avec de grands yeux, et finalement, Kise partit en dépression dans un coin du vestiaire.
-Il est mannequin... soupira Kasamatsu. Et je crois que tu viens de briser son égo.
-Je suis désolée...
Il secoua négativement la tête et reporta son attention sur la jeune fille. Son bras était encore barbouillé de sang bien qu'il ne coule plus de la plaie, et il alla mouiller une nouvelle fois la serviette souillée pour la nettoyer. Elle n'eut qu'un bref sursaut lorsqu'il lui prit le bras, et il commença sa besogne en silence.
-Comment est-ce que tu t'es fait ça ? demanda Kise qui s'était remis de son humiliation.
Une veine palpitante apparu sur le front de Yukio, et il se retourna vivement avant de donner un magistrale coup de poing sur la tête du blond.
-La ferme, abrutis !
Kise tomba à genoux et il posa ses deux mains sur sa tête pour se protéger d'éventuelles attaques. Il ne comprenait pas vraiment pourquoi son capitaine le frappait, mais il jugea que ce n'était pas une bonne idée de demander, alors il se tut et releva juste les yeux vers Sarah. Kasamatsu reprit sa tâche sans regarder son joueur, et lorsqu'il eut suffisamment nettoyé son poignet pour que la peau soit clairement visible, il essaya de paraitre impassible face aux cicatrices qui striaient le membre de la lycéenne.
-Bon, il faudra juste mettre un bandage, mais je pense que c'est bon...
-Merci senpai...
-Ce n'est rien...
Il se releva et jeta un regard critique à Sarah. Elle était encore pâle, et il nota qu'elle refusait obstinément de croiser son regard ou celui de Kise.
-Tu devrais rentrer chez toi, finit-il par dire.
La blonde se mordit fiévreusement la lèvre et baissa encore plus la tête.
-Je n'ai pas de "chez moi"... finit-elle par murmurer.
Un long silence s'installa dans le vestiaire. Kise avait écarquillé les yeux, copiant son capitaine qui avait cessé tout mouvement.
-Pardon...? demanda Ryouta.
-Je n'ai pas... De chez moi...
Une larme coula lentement le long de sa joue, traçant un sillon humide sur sa peau pâle.
-Je... Viens d'arriver... Je n'ai pas... D'endroit où dormir...
-Tu es au lycée depuis combien de temps exactement ? demanda Kasamatsu.
Au fond, il avait peur de savoir. Si cela faisait une semaine, ça voulait dire qu'elle dormait dehors depuis tout ce temps, et les températures avoisinaient les cinq degrés à cette période de l'année.
-Trois jours... murmura-t-elle.
Kise se releva, étant toujours à genoux par terre depuis le coup de poing de Yukio, et il se dirigea vers la jeune fille.
-Et tu es restée dehors pendant tout ce temps...?
Il connaissait la réponse, mais il ne put s'empêcher de demander. Sarah releva le menton, et pour la première fois, elle s'autorisa à croiser le regard de son vis-à-vis. Et elle en oublia de pleurer tant les iris dorées de Kise étaient merveilleuses. Ce dernier était à peu près dans le même état qu'elle, fixant avec intensité les yeux bleus électriques de la jeune fille. Première fois qu'elle le regardait, première fois qu'il perdait ses moyens devant une fille, et première fois qu'il voyait quelqu'un avec autant de détresse et de souffrance dans le regard. C'était d'ailleurs la première fois qu'il voyait des yeux aussi bleus.
-Hé vous deux... les interpela Kasamatsu, qui commençait à se sentir de trop.
Kise secoua la tête et se releva, avant de tendre sa main à Kirenai.
-Allez viens.
Elle fixa sa main pendant quelques instants, ne sachant pas ce qu'elle devait faire. Yukio soupira et secoua la tête de droite à gauche. De toutes les filles du lycée, il fallait forcément qu'il s'entiche de la seule qui ne le connaissait pas. Finalement, Kise prit doucement la main non blessée de Sarah et il l'aida à se remettre sur ses jambes. Elle tremblait légèrement, mais elle ne protesta pas quand il l'entraina à sa suite vers le couloir.
-Kise, qu'est-ce que tu fais ?! s'agaça Yukio en voyant le blond poser la main sur la poignée du vestiaire des garçons.
-Bah, je vais me changer...
Kasamatsu désigna du menton Kirenai, qui n'osait pas relever la tête. Cette fille était décidément trop timide... En même temps, le capitaine de Kaijo jugea que ça allait de paire avec les cicatrices qu'il avait découvert sur son bras.
-Avec elle ?
-Elle ne va pas rester dans le couloir ! s'offusqua Ryouta.
La porte s'ouvrit alors, dévoilant le tireur de l'équipe, Moriyama, qui s'arrêta en voyant ses deux camarades et la jeune fille, qui tremblait de plus en plus. Bien qu'il n'ait pas vu ce détail, Kise sentit la main froide de la jeune fille serrer un peu plus fort la sienne. C'était fou ce que sa paume paraissait petite dans la sienne...
-Qu'est-ce que...
-Oublie ça, ordonna Kasamatsu en entrant dans le vestiaire. Encore un caprice de Kise.
-Quoi ?! s'écria ce dernier.
Le joueur de Kaijo sortit du vestiaire en soupirant et quitta le gymnase, bientôt imité par les autres. Seuls restaient Kise et Yukio, et le blond désigna un banc à Sarah pour qu'elle s'assoit. Elle observa le carrelage sous tous les angles, refusant de regarder les deux garçons se changer. Elle ne comprenait pas vraiment la raison de sa présence ici, mais elle n'osait pas bouger, et après tout, elle n'était pas pressée de retourner dans les rues. Elle ne savait même pas où elle passerait la nuit...
-Excusez-moi... finit-elle par dire. Qu'est-ce que... Je fais là...?
Kise se retourna vers elle, encore torse nu et un t-shirt dans les mains.
-Hm ? C'est évident non ? Tu rentres avec moi. Et arrêtes de me vouvoyer, j'ai le même âge que toi.
Sarah redressa vivement la tête, les yeux écarquillés par la surprise. Comment ça elle rentrait avec lui ? Non, elle ne voulait pas. Elle ne connaissait pas ce garçon, elle n'allait pas le suivre comme ça et passer une nuit avec lui.
-Enfin, je veux dire... Ca vaut toujours mieux que de rester dehors non ? Ne t'inquiète pas, je dormirai sur le canapé ! s'empressa-t-il d'ajouter en voyant la peur évidente dans le regard de la blonde.
Kasamatsu soupira depuis l'autre bout du vestiaire et termina de fermer sa veste. Cet idiot était tellement maladroit que ça faisait pitié. Il ramassa son sac, ferma son casier et se dirigea vers la sortie. Avant de quitter la pièce, il jeta un dernier coup d'œil à Ryouta.
-Evite de faire une bêtise.
Il referma la porte et quitta le gymnase, tout en se demandant pourquoi son joueur était aussi bête. De son côté, Kise fixait la porte sans trop savoir quoi penser de la phrase de son capitaine. Sarah elle, au contraire, paniquait d'autant plus. Comment ça "ne fais pas de bêtise" ? Kasamatsu sous-entendait-il que le blond risquait d'en faire ? Et de quel genre de bêtise parlait-il ? Malgré elle, sa respiration commença à s'accélérer, et elle porta une main tremblante à son cou, appuyant sur sa trachée dans l'espoir de trouver de l'air.
-Kirenai-chan ?
Il fit quelques pas vers elle, et se retrouva à moins d'un mètre d'elle.
-Ca va ?
Elle leva la tête vers lui et déglutit difficilement. Maintenant qu'il était aussi proche, elle ne pouvait plus faire impasse sur sa musculature impressionnante. Quelque part dans son esprit, une voix lui intima le fait que c'était normal puisqu'il faisait du basket, mais elle se contenta de le détailler de haut en bas.
-Kirenai-chan, ça devient gênant... fit remarquer Kise.
Elle détourna vivement les yeux et se concentra sur le mur à l'autre bout du vestiaire, les joues rouges. Qu'est-ce qu'elle faisait ? Le blond la regarda quelques instants, et finit par enfiler son t-shirt noir. Il rangea ses vêtements dans le sac de sport posé à côté de Sarah, le ferma, remit un peu d'ordre dans son casier, et s'étira.
-Bon, on y va ?
-Je ne sais pas si... Si c'est...
-Ne t'inquiète pas, je ne compte pas te sauter dessus, tenta de la rassurer Kise.
Il capta l'attention de la blonde en tendant une main vers elle.
-Allez, lève-toi.
Elle obéit, plus par habitude que par réelle envie, et elle laissa le joueur lui prendre doucement le poignet. Sûrement craignit-il de lui faire mal... Elle regarda ces doigts sur sa peau, se laissant guider sans faire attention.
-Ton sac de cours est dans ton casier ? demanda Kise en se tournant vers elle.
Il fut légèrement surprit de la voir fixer sa main ainsi, et il se demanda si ça la gênait qu'il la tienne. Alors il la lâcha doucement, lui laissant la possibilité de l'arrêter ou non, et il attendit une réponse.
-Oui... Au rez-de-chaussée...
-Bien, allons-y.
La pluie tombait sans pitié, et Kise se maudit d'avoir laissé son parapluie dans son casier. Ils entrèrent dans le grand complexe scolaire encore ouvert malgré l'heure, et se dirigèrent vers les imposantes colonnes de métal. La jeune fille tira une petite clef en fer de la poche de sa veste et déverrouilla un cadenas doré. De son côté, Ryouta en fit de même et tira son parapluie pliable du cube métallique. Il referma et jeta un regard à Sarah, qui galérait à attraper son sac. Qui avait eu l'idée de lui donner un casier tout en haut de la colonne ?! Il s'approcha d'elle et tendit le bras. Bien évidemment, avec son mètre quatre-vingt-neuf, il n'eut aucun mal à attraper le sac et il le lui tendit avec un sourire. Elle murmura un faible "merci", il se chargea de remettre le cadenas en place, et ils firent le chemin inverse. Dès qu'ils furent sortit du bâtiment, Kise déplia son parapluie et fit en sorte qu'il les couvre tous les deux.
-Je n'habite pas très loin, ce ne sera pas long.
La blonde hocha la tête, se demandant encore pourquoi elle le suivait comme un chiot. C'était ridicule, elle savait qu'elle risquait gros -elle ne le connaissait pas, merde !- mais c'était plus fort qu'elle. Elle se faisait encore avoir... Elle ne savait pas pourquoi elle était incapable de simplement réagir normalement face à un garçon, mais elle se maudissait toujours autant à chaque fois qu'elle tombait dans le panneau. Et elle craignait sérieusement que cette situation ne lui apporte que des problèmes, mais elle n'arrivait pas à quitter le parapluie du jeune homme et à courir loin.
Il s'immobilisa finalement devant une grande porte en verre qui marquait l'entrée d'un immeuble gigantesque. Il tint la porte à Sarah et la regarda pénétrer dans le grand bâtiment. Il aurait juré voir une pointe d'intérêt dans ses yeux, mais ils redevinrent bien vite ternes. Il replia son parapluie, le secoua quelques instants sur le trottoir, avant de se diriger vers l'ascenseur. Le temps que les portes métalliques s'ouvrent, il laissa son regard couler jusqu'à sa voisine.
-Dis Kirenai-chan... Si tu dormais dehors, où est-ce que tu te lavais ?
Sarah baissa la tête, priant intérieurement pour que ses jambes se remettent à bouger et qu'elle puisse partir en courant avant qu'elle ne monte dans l'ascenseur -de son plein gré, et c'était peut-être ça le pire.
-Dans le gymnase... Il ouvre toujours une demi-heure avant le début des cours... Je passais par dessus le portail pour entrer dans le lycée...
Les lourdes portes en acier s'ouvrirent, et Sarah ne put que monter dans la cabine. C'était frustrant de ne pas avoir le contrôle de son corps de la sorte. Pourtant elle le savait que c'était une très mauvaise idée de monter avec lui, de dormir chez lui, mais elle n'arrivait pas à lutter. Elle le regarda du coin de l'œil, observant la façon qu'il avait d'appuyer sur les touches de l'ascenseur, de rejeter ses cheveux en arrière, ou même simplement la façon dont ses muscles roulaient à chacun de ses mouvements. Dans ses yeux dorés brillait une certaine innocence qui la rassurait. L'idée de se laisser aller lui effleura l'esprit, et bien qu'elle le veuille vraiment, elle préféra rester sur ses gardes encore un peu. Elle craquerait dans peu de temps, elle le savait. La petite sonnerie annonçant l'arrivé à l'étage demandé la sortit de sa rêverie et elle suivit Kise sur le palier. Seulement deux appartements. C'était assez étrange à Tokyo, où ils étaient généralement petits pour en caser un maximum à chaque palier, mais elle ne dit rien et le regarda déverrouiller la porte la plus éloignée de l'ascenseur. Elle était impressionnée par ses puissantes épaules qui bougeaient presque imperceptiblement sous sa veste, et Kise fut obligé de claquer des doigts devant ses yeux pour la ramener sur terre.
-Désolé...
-Ce n'est rien.
Il lui sourit et lui fit signe d'entrer. Il referma derrière eux, alluma les lumières et alla poser son sac de cours dans ce qui servait de buanderie, laissant Sarah se faire une idée de la taille de son appartement. Cette dernière n'en revenait pas. Etait-ce réellement possible d'avoir un appartement de cette taille à Tokyo ?! Le salon et la cuisine ne faisait qu'un, seulement séparé par un muret et un bar, un grande baie vitrée courait sur tout un pan de mur, un couloir somme toute assez large menait visiblement à une chambre et une salle de bain, la buanderie était dissimulé par une porte dans la cuisine, un grand canapé beige faisait face à une télé tout aussi impressionnante, les deux étant séparé par une table basse en verre, quelques meubles étaient disséminés ça et là, supportant des piles de magazines ou de livres, et elle se surprit à trouver l'appartement bien ordonné.
-Tu... Vis seul ? se risqua-t-elle à demander.
-Oui, disons que mes parents ont beaucoup d'appartements à Tokyo, alors forcément, j'ai rapidement eu le droit de m'installer dans l'un d'eux, comme mes sœurs.
Sarah hocha la tête et resta plantée comme une idiote au milieu du salon, ne sachant pas trop ce qu'elle devait faire. Elle sursauta légèrement en sentant la main de Kise se poser sur son épaule, et elle le regarda lui prendre son sac pour le poser avec le sien.
-Tu veux prendre une douche ? Je peux te prêter des vêtements pour passer la nuit le temps que je lave ton uniforme.
Elle allait refuser quand elle remarqua les larges tâches écarlate sur sa chemise blanche. Tout compte fait, mieux valait accepter... Elle hocha timidement la tête, et il lui sourit tout en lui désignant le couloir.
-La porte tout au fond. Je t'apporte des vêtements tout de suite, et je banderais ton bras après.
Elle n'était pas spécialement à l'aise à l'idée qu'il voit ses cicatrices, mais en même temps, Kasamatsu les avait bien vu alors pourquoi pas lui...? Elle s'engagea dans le couloir, Kise sur les talons, et alors qu'elle poussait la porte de la salle de bain, le blond ouvrait celle de sa chambre qui était à droite. La pièce était étonnamment grande, claire et chaleureuse, et elle resta quelques instants sans bouger. Une grande douche dans un angle, une baignoire au moins aussi impressionnante, des toilettes, un meuble qui couvrait tout un mur et sur lequel reposait deux lavabos, une corbeille pour le linge, une étagère sur laquelle était posée des serviettes, une fenêtre presque opaque dissimulée par un rideau gris, des murs blanc et un carrelage noir... Ce n'est que lorsqu'elle sentit la présence de Kise dans son dos qu'elle bougea. Elle avança un peu et croisa son reflet dans le gigantesque miroir au dessus des éviers.
-Il a des serviettes là, du gel douche et du shampoing dans la douche...
Il balaya la pièce du regard, comme s'il vérifiait qu'elle n'allait manquer de rien, et il posa une pile de vêtements entre les vasques.
-Ca va sûrement être trop grand pour toi, désolé, mais je n'ai pas trouvé mieux.
-Merci...
-Pas de quoi. Si tu as besoin de quoi que ce soit, je serais dans le salon.
Il quitta la pièce et referma derrière lui. Elle fixa le battant clos pendant quelques instants, et regarda ce que Kise lui avait donné à se mettre. Un pantalon de jogging noir et un t-shirt gris qui était assurément trop grand pour elle. Pas de sous-vêtements, elle s'en doutait un peu. Un frisson remonta néanmoins le long de sa colonne vertébrale à l'idée de ne rien porter sous les vêtements d'une autre personne. Mais elle se fit la remarque que pour le moment, Ryouta n'avait rien fait de déplacé. Elle retira un à un ses vêtements, les posa consciencieusement à côté d'un lavabo, se détourna de son reflet pour ne pas avoir à regarder son corps, et elle ouvrit la porte de la cabine de douche. Un raisonnement logique lui permit de comprendre le fonctionnement des robinets, et elle régla la température de façon à ce que l'eau soit bien chaude. Au lycée, les douches du vestiaire étaient tiède, légèrement froide même. Alors lorsqu'elle se glissa sous le jet, tous ses muscles -bien que presque inexistant- se contractèrent face à la sensation de brûlure. Elle se cambra légèrement et étouffa un couinement, mais refusa obstinément de baisser la température. Bien vite, ses mains et ses pieds furent aussi rouges qu'une tomate, et la douleur n'avait disparu qu'à moitié.
Elle balaya le petit espace du regard. Deux murs couverts de faïences, deux parois en verre trouble, du carrelage au sol et une bouteille de gel douche ainsi qu'une de shampoing par terre. Elle éteignit l'eau et s'accroupit pour prendre le savon. Elle en versa un peu dans sa main et trouva que ça sentait bon. Elle n'aurait su dire avec précision quel parfum s'était, et elle ne s'en formalisa pas. Elle passa sa main sur son corps, évitant ostensiblement ses poignets, et elle tâtonna pour retrouver le shampoing. Elle massa son cuire chevelu doucement, nullement pressée de sortir. Elle ralluma l'eau et rejeta la tête en arrière, faisant impasse sur la sensation de brûlure qui ravageait ses épaules et le bas de son dos. Ne voulant pas abuser, elle éteignit rapidement le jet et sortit de la douche.
Elle fut surprise de ne pas trouver l'air ambiant froid comme c'était le cas au lycée, et elle attrapa une serviette d'un noir d'encre sur l'étagère. Elle était gigantesque et lui arrivait sans problème aux genoux alors qu'elle l'avait posée sur ses épaules et non enroulée autour de sa taille. Elle se regarda quelques secondes dans le miroir, juste de quoi constater qu'elle était rouge, et elle s'appliqua à sécher ses cheveux avant de sécher son corps. Elle n'osa pas fouiller dans les tiroirs et se passa donc de brosse, enfilant en silence le pantalon de jogging. Elle fut obligée de resserrer au maximum le ruban autour de ses hanches pour être sûre que ça tiendrait, et elle fit plusieurs ourlets pour ne pas marcher dessus. Kise était grand...
Elle essaya de ne pas penser au fait qu'elle ne portait rien en dessous et elle passa le t-shirt par dessus sa tête. Là aussi, elle nageait dedans. La buée recouvrait désormais les miroirs et elle ne voyait plus son reflet, ce qui en un sens, l'arrangeait. Elle n'aimait pas se voir. Elle se trouvait trop petite, trop maigre, pas digne d'intérêt et pas jolie.
Elle regarda les vêtements qu'elle portait et ne pu s'empêcher de remarquer qu'ils étaient imprégnés de l'odeur de gel douche de Kise. Elle ouvrit la porte et regarda la buée s'évaporer dans le couloir. Elle attrapa ses vêtements sales et se dirigea vers le salon. Ryouta était assis sur son canapé, penché sur un cahier couvert de chiffre, mordillant du bout des dents son crayon.
-Excuse-moi... l'interpella-t-elle.
Il releva vivement la tête et se leva immédiatement. Il nota qu'elle était aussi rouge qu'une tomate, et il se demanda si c'était dû à la gêne ou si elle avait juste prit une douche trop chaude.
-Donne-moi tes vêtements, je vais les laver.
Elle lui tendit la pile de linge, et le regarda disparaitre dans la buanderie. Elle s'approcha timidement de la table basse et jeta un coup d'œil au cahier. C'était des maths, et un chapitre qu'elle avait déjà étudié dans son précédent lycée. Elle s'agenouilla et prit le crayon de bois qu'il avait laissé là, commençant timidement à résoudre la suite de calcules. Quand Kise ressortit de la buanderie, il resta quelques instants sans bouger, la regardant faire bouger le crayon entre ses doigts fins. Il finit par se poster derrière elle et il se pencha pour regarder ce qu'elle écrivait. Elle sursauta vivement en se rendant compte qu'il était derrière elle, et rouge de honte, elle se tourna vers lui.
-Dé... Désolé...!
-Tu as compris l'exercice ? s'étonna-t-il en fronçant les sourcils face à la suite de chiffre sans queue ni tête.
-J'ai... Déjà vu ce chapitre...
Kise s'agenouilla à côté d'elle, une moue curieuse peinte sur le visage.
-Tu pourras m'expliquer ?
-Ou... Oui... Bien sûr...
Il lui sourit et se releva pour se diriger vers la salle de bain. Sarah se repencha sur l'exercice qu'elle expédia bien vite. Entre temps, Kise était revenu avec un peigne et une boîte rouge et blanche en forme de mallette. Il referma le cahier alors qu'elle terminait de noter un résultat, et il lui fit signe de s'assoir sur le canapé. Il commença par ouvrir la mallette rouge et en sortit du désinfectant en spray, un paquet de compresses, une bobine de bandage et une paire de ciseaux. Peu à l'aise avec ce dernier objet, Sarah déglutit difficilement sans lâcher les deux lames des yeux. Elle n'aimait pas avoir quelque chose de coupant entre les mains, aussi étrange que cela puisse paraitre. Cela lui rappelait trop les cicatrices sur ses poignets, qu'elle s'était elle-même infligée de surcroit. Son mouvement de recule n'échappa pas à Kise, et il la fixa quelques instants.
-Ca va ?
Elle hocha piteusement la tête et le regarda ouvrir le paquet de compresses. Il saisit le désinfectant, et avec des gestes assurés et précis -à croire qu'il faisait ça tout les jours- il s'appliqua à passer la gaze sur son poignet. Enfin, lorsqu'elle eu accepté de le lui tendre... Elle le regarda faire, frissonnant à chaque fois que ses doigts entraient en contact avec sa peau, et détournant la tête lorsqu'il la relevait pour la regarder. La désinfection terminée, il commença à enrouler la bande de manière logique autour de son membre, partant de la moitié de son avant-bras jusqu'au creux de son poignet. Il se fit la remarque à voix haute qu'il était stupide, ayant oublié de sortir le sparadrap, et il coupa la bande pour séparer la partie utiliser de celle encore enroulée autour du cylindre en carton. Il tendit le bras vers la mallette, une main tenant encore le bandage qu'il venait de faire, et il sortit enfin le scotch médicale. Il en coupa un grand morceau et fit de son mieux pour que le tout tienne, avant de tout de même chercher une sangle qui devait à la base servir de garrot. Il la passa autour de son avant-bras, faisant attention à ce que ce soit suffisamment serré pour retenir le tout et pas trop pour éviter de la blessée.
-Voila, ça devrait tenir.
Il semblait fier de son travail, et il releva vers elle ses grands yeux brillants de fierté. Elle ne bougea pas d'un centimètre, détaillant avec précision son visage. Elle comprenait mieux pourquoi Kasamatsu avait dit qu'il était mannequin : il était magnifique. Il lui sourit et s'assit à côté d'elle, avant de poser ses mains sur ses épaules. Elle sursauta vivement à cause de ce contact inattendu, mais ne broncha pas quand il la fit se tourner légèrement pour qu'elle soit dos à lui. Les mains serrées sur le tissu du jogging, elle ferma les yeux, attendant avec appréhension la suite. La pression se relâcha d'un coup lorsqu'elle sentit le peigne passer dans ses cheveux pour les démêler.
-Tu es arrivée ici il y a trois jours c'est ça ? demanda Kise, désireux de la faire parler.
-Oui...
-Tu étais où avant ?
-Dans un lycée un peu plus à l'ouest de Tokyo.
Sa voix se faisait plus assurée, et Ryouta en fut fier. Elle semblait se détendre, c'était une bonne chose.
-Pourquoi est-ce que tu es partie ? Je veux dire, c'est pas courant de changer de lycée en plein milieu de l'année...
-Disons que j'ai eu quelques problèmes, et mes parents m'ont envoyée ici.
-Sans logement ?
Elle haussa les épaules. Cela faisait belle lurette qu'elle avait cessé d'essayer de comprendre ses parents. Entre un père totalement effacé et une mère vaniteuse, elle n'avait pas été gâtée, mais elle faisait avec et elle ne s'en était jamais plaint. Alors lorsqu'ils lui avaient tendu un billet de train et un formulaire d'inscription pour entrer à Kaijo, elle n'avait pas posé de question et était partie avec le minimum vital. Elle songea avec ironie que les quelques yens qu'ils lui avaient laissés avaient très vite été dépensés. Elle fut tirée de sa rêverie par la main de Kise qui s'activait à défaire un nœud dans ses cheveux.
-Tu as réussi le test pour être acceptée au lycée ?
-Oui, j'ai juste eu un peu de mal avec l'épreuve d'anglais...
Pour une raison ou pour une autre, cette matière lui avait toujours posé problème, et elle n'avait jamais réussi à s'améliorer. Au contraire, Kise excellait dans cette discipline.
-Bah... Je pourrais t'aider si tu veux, en échange de ton aide pour les maths.
Sarah tourna légèrement la tête vers lui, et le grand sourire qui lui adressait lui fit chaud au cœur. Elle ne regrettait pas d'être monté dans cet ascenseur finalement... Encore moins de l'avoir suivi jusqu'à chez lui.
-Tu as faim ? demanda-t-il en reposant le peigne sur la table basse après avoir terminé de la coiffer.
Elle hocha timidement la tête, retrouvant sa gêne légendaire.
-Je ne suis pas un cuisinier hors pair, mais je ne suis pas trop nul.
Il se leva du canapé et se dirigea vers la cuisine en sifflotant. Il ouvrit son frigo d'un noir d'encre et regarda vaguement ce qui s'y trouvait. Il finit par sortir de quoi faire une omelette et s'attela à la tâche, sous le regard de Sarah qui n'avait pas quitté le canapé. De temps à autre, il laissait son regard dériver vers elle et il lui souriait, sourire auquel elle commençait à répondre.
-Tu es dans quelle classe ?
-Seconde C.
-Ah ? Ta salle de classe est juste à côté de la mienne !
Sarah finit par trouver l'adjectif qui qualifiait le mieux son hôte : gamin. C'était juste un grand enfant, et bien qu'elle n'éprouve pas de sympathie particulière pour ces petits êtres, elle trouvait Kise... attendrissant. Il semblait n'avoir connu aucune déception dans sa vie, son sourire radieux et insouciant témoignait de sa joie de vivre évidente, il n'avait pas sa langue dans sa poche, et il avait visiblement un cœur en or. Elle se fit la remarque qu'elle avait eue beaucoup de chance de tomber sur lui.
-C'est bientôt près ! s'exclama-t-il joyeusement.
Il ouvrit un tiroir, en sortit deux assiettes, des couverts, et vint tout poser sur la table basse. Il rangea les affaires qui trainaient dessus et, se sentant inutile, Sarah se dirigea vers la cuisine. Elle regarda ce qui cuisait dans la poêle et chercha du regard les verres. Ce fut Kise qui lui indiqua leur emplacement en la voyant aussi désœuvrée. Bientôt, ils purent s'installer sur le canapé. Ryouta alluma la télé et s'affala contre les coussins. Il semblait détendu, bien que ses muscles se contractaient de temps à autres. Sarah avait un bon œil pour repérer ce genre de chose. Elle se demanda pendant quelques secondes si c'était le contrecoup d'un entrainement trop intensif ou s'il s'était récemment blessé. Si c'était le cas, alors l'entrainement avait pu lui froisser un muscle. Elle se trouva soudain stupide de se soucier de ça alors qu'elle ne le connaissait presque pas. En même temps, quelle idée il avait eu d'inviter une étrangère chez lui... C'était soit de la stupidité soit de la naïveté.
-Un problème ? demanda Kise en sentant le regard de la jeune fille se balader sur ses bras.
-Non, aucun...
Elle se concentra sur son omelette et en coupa un morceau avec ses baguette. Ca avait bon goût... Elle qui ne mangeait que le midi à la cafétéria se régalait. Cela semblait faire plaisir à Ryouta. Les assiettes furent rapidement vidées, et ils rangèrent la cuisine. Sarah commençait tout doucement à prendre ses marques, même si en un soir, c'était impossible pour elle de se sentir totalement en sécurité.
-Tu peux dormir dans ma chambre, je vais rester sur le canapé, déclara Ryouta.
-Je ne veux pas...
-En fait ce n'était pas une question, l'interrompit-il.
Il la poussa gentiment dans le couloir, avant d'ouvrir la porte de sa chambre. Elle était grande -comprenez plus grande que la taille standard d'une chambre dans un appartement à Tokyo- et comprenait une très grande armoire, un bureau plutôt bien rangé pour un lycéen, un lit simple, les murs étaient gris clair, quelques posters de basket étaient accrochés ça et là, une fenêtre donnait sur la rue en contrebas, et le parquet clair était masqué par un tapis noir au pied du lit. Quelques magazines étaient empilés sur la table de chevet, près d'une lampe grise.
-Bon, si tu as besoin de moi, tu sais où me trouver.
Il lui sourit, et sortit de la pièce. Pour y revenir moins de deux secondes plus tard. Il s'excusa, ouvrit son armoire et en sortit des vêtements pour la nuit.
-A demain, dors bien ! lança-t-il avant de définitivement fermer la porte.
Elle resta debout encore quelques instants, tournée vers la porte, avant de soupirer et de se diriger timidement vers le lit et de s'assoir dessus. Elle était épuisée, c'était un fait. Dormir dans les rues n'avait rien de reposant, il fallait sans arrêt être sur ses gardes, et surtout, la fraîcheur infernale de la nuit ne l'aidait pas à dormir. Alors elle nourrissait une reconnaissance profonde envers Kise, qui lui offrait un toit, un lit, de la nourriture, et tout cela sans rien demander en échange. Comme elle l'avait prévu dans l'ascenseur, elle se laissait désormais aller et elle n'était pas sûre d'être encore ne serait-ce qu'un peu méfiante envers le blond. Elle tira les draps et se glissa dessous, appréciant la caresse du tissu sur ses bras. Elle entendit l'eau de la douche commencer à couler, signe que Kise était dans la salle de bain, et elle se laissa bercer par cette douce musique. La dernière pensée qu'elle eut avant de s'endormir fut que Kise n'avait eu aucune réaction en voyant ses cicatrices.
Voila donc le premier chapitre de cette fiction. Alors déjà, je sais que le lycée Kaijo n'est pas à Tokyo mais je ne sais plus si ça a une importance par la suite, donc dans le doute je laisse comme ça… Désolé… Voila voila, dites moi ce que vous en avez pensé, et la suite arrivera le week-end prochain –pas avant, ça s'est sûr. Bye~
