Chapitre 4 :
Après une bataille gagnée par Kise pour forcer Sarah à manger ne serait-ce qu'un peu -elle avait prétexté ne pas avoir faim mais vu son allure d'anorexique, le blond n'en avait pas cru un mot-, ils s'étaient tous les deux assis sur le canapé et avait allumé la télé. Kirenai avait sortit des feuilles et un crayon de bois, Ryouta avait mit un DVD du dernier match de Kaijo dans le lecteur, et ils avaient regardé avec un très grand intérêt chaque action de chaque joueur. Kise ne semblait pas trop perturbé par le fait qu'il se voyait à l'écran, et il la regardait écrire tout un tas de donné sous la forme de chiffres ou de mots. Il ne doutait pas que cela ait un sens pour elle, mais lui n'y comprenait rien. A la fin du deuxième quart temps, la feuille était pleine d'inscriptions, et elle la retourna pour continuer sur sa lancée.
-Dis Kirenai-chan...
-Hm ?
-Où est-ce que tu as appris à faire tout ça ?
-Tout ça quoi ?
Il pointa du doigt le papier entre ses mains, et il observa les émotions se bousculer dans ses yeux bleus.
-Mes parents étaient des sportifs de haut niveau. J'ai assisté à leurs entrainements alors que je n'étais qu'un bébé. Voir des gens s'entrainer tous les soirs, j'imagine que ça développe le sens de l'observation...
-Tes parents étaient des sportifs ?
Elle hocha la tête et se tourna vers lui. Le match n'avait pas encore reprit, il leur restait encore quelques minutes.
-Gymnastique pour ma mère et volley pour mon père. Ils ont arrêté il n'y a pas longtemps.
-Et toi tu ne fais pas de sport ? s'étonna Kise.
Généralement, les sportifs de haut niveau avait tendance à initier leurs enfants à leur discipline très tôt. Pourtant, mis à part pour le basket, Sarah ne semblait pas manifester un intérêt particulier pour un autre sport.
-Non... Je ne suis pas très souple, et je suis trop petite pour faire du volley. Je suis trop petite pour faire beaucoup de sport d'ailleurs... Et je ne suis pas à l'aise avec un ballon. Peut-être parce que j'ai faillit m'en prendre un dans la figure quand j'étais petite...
C'était dingue à quel point elle avait fait des progrès en matière d'élocution en moins de deux jours. Ryouta s'en réjouissait et faisait de son mieux pour qu'elle parle encore et encore, peu importe si pour cela il devait parler de basket sans arrêt.
-Le basket à l'air de te plaire pourtant.
-J'ai vu un match de street basket une fois... J'ai trouvé ça impressionnant. Beaucoup plus impressionnant que le volley. Alors je suis retournée au terrain de street tous les soirs après le collège, et j'ai regardé une équipe de lycéen jouer. Tous les jours.
Ses yeux bleus brillaient, le blond ne savait pas trop à cause de quoi. Toutes les lumières étaient éteintes, seul le téléviseur leur permettait de se voir, les lampadaires dans la rue émettaient des halots trop faibles pour monter jusqu'à la baie vitrée, et le nombre de voitures diminuait peu à peu. Kise se fit la remarque que définitivement, ses yeux n'étaient pas normaux pour une japonaise. Ses cheveux non plus. Il voulu lui demander si ses parents étaient étrangers, mais il se retint, gardant sa question pour plus tard. Ils avaient suffisamment parlé de ses géniteurs. En écho à sa pensée, le match reprit. Une voix féminine annonça le début du troisième quart-temps. Sarah se détourna immédiatement de lui, les joues légèrement rouges, et elle reprit son travail d'observation. Elle était un peu penchée en avant, les yeux plissés, comme si elle voyait mieux comme ça, et son crayon tournait entre ses doigts. Les os pointus de ses omoplates formaient des espèces de triangles sous sa chemise, et il constata encore une fois qu'elle était maigre. Un genre de creux se formait sous ses clavicules à chaque fois qu'elle inspirait, et sous son haut il pouvait sans problème se représenter ses côtes saillantes. Il ne l'avait jamais vu sans un t-shirt -le contraire aurait été étrange- mais il savait ce qu'il trouverait. Les nombreux câlins qu'il lui avait faits avaient suffit à lui donner un aperçu. Le match se termina sur un score de cent trente à soixante-deux pour Kaijou, et Kise regarda la jeune fille terminer de noter des données.
-Tu ne te donnais pas à fond, pas vrai ? finit-elle par demander.
Il arqua un sourcil, juste le temps de se rappeler de quoi elle parlait, et finalement, il haussa les épaules, tout penaud.
-Kasamatsu-senpai m'a dit que je ne devais pas montrer tout ce que je sais faire si ce n'était pas nécessaire. Et il essai aussi de me mettre souvent sur le banc.
-C'est astucieux, approuva Kirenai avec un hochement de tête.
Son regard fut attiré par la baie vitrée, et un silence s'installa. Elle réfléchissait activement au meilleur moyen d'exploiter le potentiel de chaque joueur. D'après les dire de Ryouta, seule l'équipe de titulaire serait sur le terrain pour ce match, ce qui lui facilitait la tâche et lui donnait moins de travail. Elle n'avait plus que deux séances d'entrainement pour améliorer leurs capacités physique, leur faire apprendre la stratégie et développer au maximum leur point fort. Ce n'était pas gagné... Mais ils étaient d'excellents éléments, pas de doute là-dessus. Ils méritaient largement leur rang national.
-Dis Kise...
-Hm ?
-Qu'est-ce que c'est exactement la "génération des miracles" ?
Ryouta la fixa, légèrement surprit, et finit par sourire en voyant sa petite moue interrogatrice.
-C'est une équipe de six titulaires de l'équipe de basket de Teiko.
-Teiko...?
-Un collège. Le club de basket avait plus cents membres, alors on avait trois équipes. La génération des miracles étaient dans la première. Six génies, chacun spécialisé dans un domaine, ce qui en faisait une équipe imbattable.
-Tu en faisais partis...
C'était une affirmation, Kise en avait conscience, mais il hocha tout de même la tête.
-Je dois être le moins doué de nous six... J'ai été le dernier à rejoindre l'équipe numéro un. Il faut dire que j'ai rejoins le club un peu par caprice. Au début, je ne pensais pas que je continuerais le basket aussi longtemps, et que j'aimerais autant jouer. Pour être honnête, en sortant du collège, je n'étais pas sûr de vouloir continuer.
-Alors pourquoi est-ce que tu as intégré l'équipe de Kaijou ?
-Caprice j'imagine. Et l'envie de battre Aomine aussi.
-Aomine...?
-L'as de la génération des miracles. C'est sûrement le meilleur de nous tous.
Il se leva, s'agenouilla devant le meuble qui supportait un nombre incroyable de DVD, et il finit par en choisir cinq. Il lança le premier, accéléra un peu pour passer la présentation du match, et il remit une vitesse normal alors que le premier quart temps avait déjà débuté. Sarah eu à peine le temps de comprendre ce qu'il se passait -tout comme l'équipe adverse à la télé- qu'un joueur portant le maillot de l'académie Tôô Gakuen marquait un dunk à une vitesse impressionnante. La blonde écarquilla doucement les yeux, tandis que Ryouta restait près de l'écran. Il regardait distraitement la remise en jeu, alors que sa camarade peinait à suivre les déplacements du numéro cinq de Tôô. Elle avait à peine cligné des yeux qu'il avait déjà volé la balle. Elle cru pendant une fraction de seconde qu'il allait faire une passe à un garçon portant des lunettes dont le numéro était le quatre -certainement plus âgé que lui-, mais non, il continua sa progression, passant tous les joueurs adverses alors que c'était loin d'être la solution la plus facile et la plus efficace. Elle fronça alors les sourcils. Elle ne l'admirait pas. Lorsqu'il eu marqué, Kise mis sur pause et se tourna vers la jeune fille qui avait baissé la tête de telle façon qu'il ne voyait pas ses yeux à cause de ses cheveux.
-Ce type...
-Aomine Daiki. Je jouais souvent en un contre un avec lui, mais je n'ai jamais gagné.
-Je n'aime pas la façon dont il joue...
Le blond arqua un sourcil. Maintenant qu'il faisait plus attention, il était vrai que Sarah semblait contrariée. Peut-être même en colère.
-Il ne joue pas avec son équipe. Il ne fait aucune passe.
-Oui, ça c'est tout lui... Disons qu'il est tellement fort qu'il estime ne pas avoir besoin des autres pour gagner. C'est certainement vrai d'ailleurs. Ils sont tous comme ça à Tôô je crois. Il ne joue pas vraiment en équipe.
-Détrompe-toi...
Il sursauta presque face à l'air sérieux et concentré de Kirenai. Envolée la gentille fille timide qui n'osait pas regarder les gens dans les yeux. A la voir comme ça, une personne non avertie ne croirait pas qu'elle soit en vérité renfermée et sûrement dépressive.
-Ils ont un très bon jeu en équipe. Ils ne jouent pas ensemble, ce qui n'est pas la même chose.
Kise ne voyait pas trop la différence, et il vint s'agenouiller devant elle, attendant qu'elle s'explique. Elle rejeta la tête en arrière, fixant le plafond, et se lança finalement dans ses explications.
-Même si on pourrait croire qu'ils jouent en solo, chaque joueur sait exactement où se trouve les autres sur le terrain. Ils sont suffisamment forts pour se passer d'aide, mais ils se connaissent bien et ne se gênent pas sur le terrain. Ils sont certainement capables de se faire des passes, même si pour l'instant ils n'en ont pas besoin. Ce genre de jeu est très dangereux parce qu'on ne sait pas de quoi ils sont capable exactement.
L'analyse tenait la route. Kise n'avait jamais vraiment vu les choses sou cet angle. Il fallait dire que c'était très différent du jeu collectif de son équipe ou de Seirin, mais théoriquement, Tôô avait effectivement un travail d'équipe.
-Tôô n'a pas toujours été aussi fort. En fait, cette année ils ont recruté tout un tas de sportif pour améliorer leur niveau, et ils sont si forts individuellement que n'importe lequel d'entre eux pourrait battre une équipe de niveau moyen à lui tout seul.
-Je n'en doute pas...
Kise se releva et retourna près du lecteur pour échanger deux DVD. Il accéléra comme la première fois, et s'arrêta alors qu'un garçon aux cheveux verts tirait presque depuis l'autre bout du terrain. Le pire dans cette histoire, c'est peut-être que le ballon rentra dans le panier adverse sans que personne ne puisse l'arrêter.
-Décidément... Ce sont des monstres...
-Midorima Shintarou. Il a rejoins Shutoku cette année.
Tirer depuis le milieu du terrain était déjà impressionnant, mais c'était la première fois qu'elle voyait quelqu'un marquer d'aussi loin. Est-ce que c'était sérieusement possible ? La remise en jeu fut assez rapide, mais alors qu'une passe se faisait, elle fut interceptée par le numéro 10, un garçon aux cheveux noirs et aux yeux assez similaires à ceux de Kasamatsu.
-Et lui ? demanda-t-elle en suivant le déplacement du joueur, qui venait d'esquiver le numéro deux adverse pour faire une passe à Midorima.
-Takao Kazunari. Je n'ai jamais joué contre lui, mais je crois qu'il est doué...
-Il l'est. Pour intercepter une passe comme il l'a fait, il faut au moins un œil de l'aigle.
Ryouta observa la blonde, de plus en plus surpris. Elle lui rappelait la coach de Seirin et Momoi. La même façon d'évaluer le potentiel d'un joueur. Décidément, ils avaient bien de la chance de l'avoir dans l'équipe désormais.
-Ils doivent former un bon duo... commenta-t-elle finalement.
Kise acquiesça et changea de nouveau les DVD. Même manœuvre que pour les deux précédents.
-Murasakibara Atsuchi.
Dans le genre joueur de taille, le numéro 9 de Yosen était un sacré spécimen. Il faisait facilement deux mètres, et aucun ballon ne pouvait entrer dans le panier avec lui en défense.
-Les matchs de Yosen se finissent souvent avec un score aux alentours de soixante à zéro.
-Avec un défenseur pareil ça ne m'étonne pas...
Un joueur portant le numéro douze récupéra la balle et alla dunker sans trop de problème, et même si l'action en elle-même n'était pas impressionnante, il se dégageait de lui quelque chose qui prouvait qu'il était fort.
-Un joueur américain. Je ne me souviens plus de son nom, mais Kasamatsu-senpai m'a dit de faire attention à lui alors j'imagine qu'il est fort.
Kirenai hocha la tête. Les équipes que le blond lui avait présentées étaient pour l'instant bien au dessus de la moyenne. Pourtant, parmi les membres de la génération des miracles, elle ressentait un genre de désintérêt total pour le sport. Le même désintérêt que ressentent tous les sportifs quand ils ne trouvent plus d'adversaire à leur taille. Elle déglutit difficilement et regarda Murasakibara bloquer un nouveau panier. Ses parents avaient arrêté de pratiquer avant d'en arriver à ne plus aimer le sport, et c'était mieux ainsi. Quand on ne joue plus avec le cœur, on devient moins bon, peu importe le talent ou la force brute.
Nouveau match.
-Rakuzan. C'est dans cette équipe que joue notre ancien capitaine, mai il n'est pas souvent sur le terrain. L'équipe n'a pas besoin de son talent pour gagner, lui avait expliqué Kise avant de lancer la vidéo.
Il cessa d'accélérer alors que Rakuzan menait déjà cinquante à deux. C'était moins impressionnant que Yosen, mais il fallait savoir que le premier quart temps était loin d'être finit. A moins d'être ultra rapide, ce genre de score était impossible en aussi peu de temps. La blonde comprit mieux en voyant les joueurs de Rauzan voler la balle l'air de rien et marquer un trois points sans le moindre effort.
-Pour être honnête, mis à part Akashi, je ne sais pas grand chose de cette équipe. Comme on n'est pas près de les affronter...
-Ils sont forts... souffla Sarah.
Elle avait écarquillé les yeux devant autant de maitrise avec le ballon. Elle n'avait que très rarement vu des joueurs aussi doués, et jamais elle n'en avait vu de cet âge là. Si Kaijou méritait son rang national, il ne valait pourtant pas grand chose à côté de cette équipe.
-Tu as raison de ne pas trop te concentrer sur eux... Ils sont tellement forts que je me demande si c'est possible de trouver une faille quelque part...
Elle ne voulait pas être pessimiste, mais il fallait voir la vérité en face : ils étaient inhumain. Bien plus que les autres membres de la génération des miracles.
-Très rassurante Kirenai-chan, vraiment... pouffa Ryouta.
Il fut presque soulagé de retrouvé les rougeurs sur les joues de Sarah. Il la préférait telle qu'elle était au quotidien plutôt que concentrée de la sorte. Il n'aimait pas vraiment l'espèce d'inquiétude qui brillait dans son regard.
-De toute façon on n'est pas près de jouer contre eux.
Il changea de nouveau de match, et en voyant les images, la blonde se détendit d'un coup. Elle préférait largement cette équipe là.
-C'est l'équipe de Kuroko, Seirin.
-Ils jouent bien... Et en équipe.
Pour elle qui avait un très bon sens de l'orientation, percer le secret de la misdirection de Tetsuya fut très facile. En revanche elle fut impressionnée par ses passes, la plupart ne pouvant être rattrapée que par un garçon très grand et musclé aux cheveux rouges.
-Et le joueur 10 ? demanda-t-elle.
-Hm ? Ah, ça c'est Kagami Taiga. C'est un américain. Pour Kuroko, il est le remplaçant d'Aomine en quelque sorte.
Il éteignit la télé, fit quelques étirements pour détendre ses épaules, et sourit à la jeune fille.
-Tu veux prendre une douche ?
-Je veux bien...
Il lui fit signe de se diriger vers le couloir, tandis que lui allait vérifier quelque chose dans la cuisine.
-Tu peux fouiller dans mon armoire, il devrait y avoir des t-shirt et des pantalons de jogging.
-Tu es sûre que...
-Oui oui vas-y, il n'y a rien de compromettant pour moi dedans.
Il lui sourit alors qu'elle était encore dans le salon et la regarda devenir aussi rouge qu'une tomate. Après une soirée aussi sérieuse, il avait besoin de la voir redevenir elle-même.
-Si tu ne trouves pas, appelle-moi.
La blonde hocha la tête et se dirigea tel un robot vers la chambre du garçon. C'était dans ces moments là qu'elle se demandait sérieusement ce qu'elle faisait là. Le fait qu'elle ne connaissait quasiment pas Kise lui revint à la figure, et elle serra les poings. Si elle y réfléchissait bien, tout cela n'avait aucun sens. En moins de deux jours, elle avait trouvé un toit, était devenu manager d'une équipe de basket, et avait fait la promesse au capitaine de cette même équipe qu'elle cesserait de se mutiler. Est-ce qu'il y avait une logique là-dedans ?! Elle se laissa tomber sur le lit sans même ouvrir l'armoire. Elle n'en avait pas la force, et le sommeil l'emporta avant même qu'elle ne se rappelle qu'elle était censée prendre une douche.
S'inquiétant de ne pas entendre l'eau couler dans la salle de bain, Kise se dirigea vers sa chambre pour voir ce que fabriquait la jeune fille. Il fut légèrement surprit de la trouver toute habillée sur ses draps, les jambes encore à terre. Il sourit et se sentit un peu coupable de lui avoir volé des heures de sommeil en lui montrant tous ces matchs, et il se demanda s'ils réussiraient à se lever le lendemain. Il s'approcha doucement d'elle, posa ses jambes sur le lit, alla chercher une couverture dans le coffre de son armoire, et il en recouvrit la silhouette fluette de Kirenai. Il ne s'attarda pas, attrapa d'ancien vêtements de sport, et alla prendre une bonne douche avant de se coucher dans le salon. Heureusement qu'il n'avait pas beaucoup de cours le lendemain...
Cette nuit, Sarah s'éveilla vers deux heures du matin. Elle sortait d'un cauchemar, son cœur battait la chamade, elle avait chaud et c'était impossible de se rendormir. Cela faisait longtemps qu'elle n'en avait pas fait, mais le réveil était toujours aussi violent. Par dessus le marché, elle pleurait, et elle craignait d'avoir crié. Mais pas un bruit dans l'appartement, donc si elle l'avait fait, elle n'avait pas réveillé Kise. Elle se tournait et se retournait dans le lit de Ryouta, guettant les bruits de la ville et n'importe quel son venant de l'appartement. Elle était dans un état de stress avancé, elle peinait à respirer, l'obscurité qui planait dans la pièce semblait vouloir l'absorber et elle avait sans arrête l'impression qu'on la surveillait. Un chien se mit à aboyer dans l'immeuble d'en face, achevant de l'angoisser. Elle sortit ses jambes du lit, craignant qu'une main ne vienne lui agripper la cheville, et se leva doucement, tendue à l'extrême. Rien, plus un bruit. Elle sortit de la chambre en tâtonnant pour ne pas se cogner quelque part et se dirigea vers la cuisine. Elle allait boire un peu d'eau, ça lui remettrait les idées en place. Arrivée dans le salon, elle jeta un regard au canapé. Lorsqu'elle s'était levée, elle avait presque oubliée que le blond dormait là, et elle fit bien attention à ne pas le réveiller. Décrocher son regard de sa musculature impressionnante qui se soulevait au rythme de sa respiration était très compliqué, et elle resta plantée à quelques pas du canapé pendant plusieurs longues minutes. Elle l'avait déjà constaté auparavant, il était beau. Ca expliquait sûrement pourquoi il était mannequin. Les nuages découvraient la lune par intermittences, et dans ses moments là, sa lumière argentée passait à travers la baie vitrée et donnait des reflets à ses cheveux blonds. Elle déglutit difficilement, un frisson remonta le long de sa colonne vertébrale, et elle secoua la tête. Les images de son cauchemar lui revinrent en pleine face et lui donnèrent envie de vomir, de pleurer et de crier en même temps. Elle alla chercher un verre, essayant de se souvenir du meuble où ils étaient rangés, et elle alla en remplir un au robinet. Elle craignit de faire du bruit en allumant l'eau, mais c'était à peine si le garçon endormit avait esquissé un mouvement.
Elle se dirigea ensuite vers la baie vitrée, son verre à la main, et elle regarda la ville en contrebas. Il n'y avait plus beaucoup de voiture, les lampadaires étaient encore allumés à cette heure très matinale, et quelques jeunes rentrants certainement de boîte de nuit essayaient de marcher droit sur le trottoir. Elle trempa le bout de ses lèvres dans le liquide transparent, songeuse. Non pas par rapport à sa présence dans l'appartement d'une personne qu'elle ne connaissait pas tant que ça -elle avait finit par se faire une raison- mais plus par rapport aux matchs qu'elle allait devoir organiser. Etablir un plan d'entrainement, elle savait faire, au moins en théorie. Mais elle avait la pression. Même sans elle, Kaijou gagnerait le match, elle en était sûre. Mais elle devait faire ses preuves, changer complètement les placements des joueurs pour marquer énormément de point en peu de temps. Ils ne feraient jamais aussi bien que Rakuzan, pas tout de suite en tout cas. Mais elle devait faire au mieux. Changer entièrement la stratégie déjà mise en place, et améliorer les capacités physiques de chacun. Elle jeta un regard à Kise, allongé sur le flanc droit, un bras soutenant sa tête. Il avait du potentiel, c'était certain. D'après le peu qu'elle avait vu de la génération des miracles, il était vrai qu'il n'était pas le plus fort, mais les autres avaient certainement déjà atteint leur maximum. Lui pouvait encore progresser. Ses forces n'étaient pas sans limite, mais il n'avait pas encore atteint son maximum. Elle retraça du regard la courbe harmonieuse de ses épaules, de ses biceps, et redescendit le long de ses hanches. Elle s'approcha doucement de lui, posa silencieusement le verre sur la table basse et s'agenouilla près du visage du blond. Il sentait encore le gel douche et le shampoing, son visage serein lui fit penser à un enfant et ses longs cils étaient plus ceux d'un félin. Elle sourit doucement. Bien que son corps soit celui d'un adolescent, et presque celui d'un homme, elle savait que mentalement, il était encore un petit garçon. Elle glissa une main dans ses cheveux blonds pour écarter une mèche rebelle et admira sa peau pâle et sans défaut. Un frisson la parcouru. Elle considérait presque Yukio comme un grand frère, et elle aimerait qu'il la considère comme sa sœur. Et en cette période d'insomnie, elle aurait bien aimé pouvoir se blottir dans ses bras pour qu'il la protège du froid et de ses cauchemars. Il se dégageait de lui quelque chose, un genre de charisme, qui la rassurait énormément. Qui lui donnait l'impression que tout ira bien. Quant à Kise... Elle n'arrivait pas à mettre un mot sur ce qu'elle ressentait pour lui. Elle posa sa tête sur le canapé, là où le torse massif du garçon laissait de la place. Il dégageait une chaleur rassurante, son t-shirt noir laissait deviner ses pectoraux bien dessinés, et son bas de survêtement marquait assez bien sa taille. Elle sentait le souffle régulier de Ryouta glisser sur sa nuque, et elle frissonna, avant de fermer les yeux. Elle savait que si elle refaisait un cauchemar et qu'elle criait, cette fois-ci, elle réveillerait à coup sûr le garçon.
Kise ne se réveilla pas en avance le lendemain. Peut-être parce qu'il avait oublié d'enclencher le réveil de son portable. Peut-être aussi parce qu'il s'était couché tard. Ou alors parce que l'entrainement l'avait profondément épuisé. Depuis quelque temps déjà il ressentait un drôle de douleur musculaire au niveau de ses épaules, mais la gêne passait facilement après quelques minutes de jeux. Toujours était-il qu'en ce jeudi matin, lorsqu'il ouvrit les yeux, l'heure affichée sur son lecteur DVD lui sauta aux yeux avant tout le reste : huit heures moins dix. Autrement dit, il ne serait jamais à l'heure au lycée. La panique le submergea, mais avant qu'il ne puisse se redresser d'un bond et hurler dans son appartement à quel point il détestait ce genre de matinée, il tomba sur le visage de Sarah, posé à quelques centimètre seulement de son torse. Visiblement, elle dormait encore, ses cheveux blonds un peu emmêlés tombaient sur son front, ses bras croisés soutenaient légèrement son menton, et vu la position dans laquelle elle s'était endormie, Kise ne doutait pas qu'elle aurait des courbatures au moment de se lever. Il repéra aussi le verre d'eau encore au trois quart plein posé sur le plateau de la table, et il arqua un sourcil après avoir ravalé son hurlement naissant. Il se leva très doucement, faisant attention à où il mettait les pieds pour ne pas marcher sur les jambes de la blonde, et il étira difficilement le bas de son dos, oubliant complètement son retard. Après tout, ce n'était pas comme si c'était inhabituel pour lui d'arriver au beau milieu du premier cours du matin... Il posa son regard sur Kirenai, frottant ses paupières, et il s'agenouilla à côté d'elle. Il posa une main sur son épaule et la secoua doucement.
-Kirenai-chan... Il faut qu'on se dépêche on va finir en retard... murmura-t-il, la voix encore enrouée par le sommeil.
La blonde entrouvrit à peine les paupières, marmonna quelque chose d'inintelligible, et ajusta un peu mieux sa tête sur le canapé.
-Kirenai-chan...
Kise la secoua un peu plus, et finalement, il passa un bras autour de ses hanches, l'autre contre sa nuque, et il la fit doucement basculer en arrière, puis il la ramena contre lui. Ses doigts se heurtèrent au tissu froissé de sa chemise, et il prit finalement conscience d'une chose. Elle n'avait qu'un uniforme scolaire, soit celui qu'elle portait actuellement, et il était tellement plissé de partout que même un coup de fer à repasser n'y changerait rien. Il se mordilla la lèvre inférieure à la recherche d'une solution, et il ne reprit contact avec la réalité que lorsque la petite main froide de Kirenai passa autour de son cou. Il baissa la tête vers elle et la regarda, encore à moitié endormie, se blottir contre lui. Elle ressemblait à un chaton comme ça... Il caressa distraitement ses cheveux avec un sourire attendrit, et se leva en la tenant à bout de bras. Il faillit perdre l'équilibre en essayant de maintenir la jeune fille contre lui, mais finalement, il parvint à passer un bras sous ses genoux et à la soulever de terre. Un nouveau coup d'œil à son lecteur DVD lui apprit qu'il était sept heures cinquante-cinq. Plus aucune chance qu'il soit à l'heure. Il porta Sarah jusqu'à la chambre où il trouva les draps défais, et il la posa doucement entre les couvertures. Elle n'irait pas en cours aujourd'hui, tant pis, ils n'auraient qu'à faire croire qu'elle était malade. Après tout elle avait bien besoin de repos. Il ouvrit son armoire, conscient que dans son cas, il ne pouvait pas se permettre de manquer une seule journée de travail, et il alla s'enfermer dans la salle de bain pour se changer. Une fois présentable, il se rua dans le salon, attrapa un morceau de papier, écrivit à la hâte un message pour Kirenai et il alla chercher son sac de cours et ses affaires de sport. Il ne manquerait pas l'entrainement ce soir, et avec un peu de chance, Sarah viendrait. Le chemin jusqu'au lycée n'était pas long, et à dix-sept heure, il faisait encore jour, alors en théorie, elle craignait rien.
Il gardait toujours dans un tiroir d'une console deux portable de secours au cas où il perdrait le sien -l'avantage de ne pas manquer d'argent...- et il inscrivit leur emplacement sur le bout de papier, précisant qu'elle pouvait prendre soit l'un soit l'autre. Il fit sèchement claquer le stylo sur la table basse et partit en courant, claquant la porte derrière lui. Il était bien trop en retard désormais... Il commençait avec mathématique, et il se désola en songeant que pour une fois, il n'avait pas fait exprès de manquer quelques minutes de ce cours. Après tout, il avait fait ses exercices et mieux encore, il avait compris sa leçon.
