La flemme de faire une présentation... Rien ne m'appartient à part les O.C et... J'ai toujours pas eu le temps de répondre aux reviews... Je ne sais pas si ce chapitre est corrigé, donc je m'excuse d'avance s'il y a des fautes.
Chapitre 5 :
Elle n'avait plus froid. Elle se rappelait avoir frissonné toute la nuit, elle s'était souvent réveillée pour se rendre compte qu'elle était assise à même le sol, la tête posée sur le canapé, mais la chaleur que dégageait Kise la rassurait tout le temps, et à chaque fois, elle se rendormait. Pourtant, cette fois-là, elle n'était plus à terre. Elle était de nouveau dans le lit de Kise, elle le reconnut grâce à son odeur encore présente sur les draps alors que cela faisait deux jours qu'il n'y avait pas dormi. L'absence du blond près d'elle l'interpela, et elle sentit un frisson d'appréhension remonter le long de son échine. Elle n'aimait pas spécialement être seule. Elle détestait le silence. Fort heureusement, la lumière passait à travers les rideaux de la chambre. Elle s'en réjouit pendant quelques instants, avant d'en comprendre la signification. Il faisait jour. On était jeudi. Elle était censée être en cours. Elle rejeta vivement la couverture et posa ses pieds par terre. Elle se hissa sur ses jambes mais s'écroula net par terre. Elle était totalement courbaturée et le sang qui n'avait pas circulé dans ses membres pendant plusieurs heures l'avait privé de force. Elle couina, appela timidement Kise, mais un silence froid lui répondit. Elle grimaça, se releva tant bien que mal, et mis du temps à pouvoir esquisser un pas. Elle finit par rallier le salon, où elle aperçu une feuille roses fuchsia qui, pour sûr, n'était pas là la veille. Elle n'était pas à l'aise à l'idée de regarder ce que c'était, peut-être n'était-ce absolument pas pour elle. Auquel cas, elle entrerait dans la vie privée du blond sans qu'il ne lui ait rien demandé. Pourtant elle avança jusqu'à la table et attrapa le bout de papier.
Désolé de ne pas t'avoir réveillée, mais comme tu as dormis en uniforme, tu n'avais rien à te mettre pour aller en cours. Profites de cette journée pour te reposer et viens à l'entrainement de ce soir si tu en as envie.
N.B : Il y a deux portables dans le deuxième tiroir de la console, tu peux en utiliser un.
L'écriture était un peu précipitée, mais toujours aussi élégante. Elle retraça du bout des doigts chaque lettre, un léger sourire aux lèvres. Manquer une journée de cours ne lui était pas arrivé depuis longtemps. Elle reposa doucement le papier sur la table basse et regarda autour d'elle. C'était la première fois qu'elle restait seule chez le blond. Elle le trouvait décidément trop imprudent de laisser une inconnue chez lui comme ça. Elle attrapa son verre encore à moitié plein qu'elle avait laissé là au beau milieu de la nuit et elle alla le laver. Elle se repassa mentalement sa nuit, et un long frisson remonta le long de son échine. Ses cauchemars lui collaient à la peau et même éveillée, elle était encore terrifiée. Elle passa une main tremblante sur son avant-bras, et l'idée de prendre un couteau pour se tailler une nouvelles fois les veines germa dans son esprit. Elle ferait sortir la douleur mentale à travers le sang, comme elle le faisait depuis presque un an. Elle se mit à trembler violemment sous l'assaut d'un malaise grandissant. Elle avait définitivement mal. Sa voix résonnait dans sa tête, lui murmurait encore et encore qu'elle lui appartenait. Une larme glissa le long de sa joue, et en proie à une crise d'angoisse, elle courut presque jusqu'au tiroir qui abritait les couverts. Ses doigts tremblant fouillèrent entre les fourchettes et les cuillères, et finalement elle saisit un couteau pointu et dentelé. Elle couru jusqu'à la salle de bain, et éclata définitivement en sanglot. Elle se laissa tomber le long du mur, les épaules secouées de spasmes et les mains fermement serrés sur le manche du couteau. Elle était terrifiée, oppressée dans cette pièce qu'elle commençait à connaitre. Elle se tapa violemment l'arrière du crâne contre le mur, se mordant la lèvre jusqu'au sang pour taire ses couinements plaintifs. Comment est-ce qu'elle en était arrivée là déjà ? Pourquoi est-ce que rien n'allait bien ? Elle releva la manche de sa chemise, défit dans un état second le bandage, et fixa les cicatrices qui marbraient sa peau. Un hoquet lui échappa et elle serra fermement son bras contre sa poitrine, gémissant de douleur. Une douleur psychologique. Elle essaya de calmer sa respiration chaotique, et écarta son membre pour pouvoir presser la lame du couteau contre sa peau. Pour autant elle n'appuya pas assez pour faire couler une goutte de sang. Les paroles de Yukio lui revinrent en mémoire et elle suspendit son geste. Elle se mordit furieusement la lèvre et s'éclata une nouvelle fois la tête contre le mur derrière elle. L'absence de Kise n'arrangeait rien. S'il avait été là, nul doute qu'elle n'aurait même pas repensé à son cauchemar. Elle se rendit compte pour la première fois que depuis qu'elle connaissait Kise -soit deux jours- elle n'avait même pas songé à s'ouvrir les veines. Il la détournait de toute sa souffrance par sa simple présence, et elle se sentait plus légère à ses côtés. Elle en prenait conscience seulement maintenant, alors qu'elle était à deux doigts de briser la promesse qu'elle avait faite à Kasamatsu. Mais il lui avait juste demandé d'essayer d'arrêter... Elle avait essayé. Mais en moins de quarante-huit heures elle était devenue totalement dépendante du blond sans s'en rendre compte, et son absence la faisait replonger. Elle couina bien plus fort qu'avant, se frappant encore la tête. De plus en plus vite, de plus en plus fort. Ses doigts fins serraient le couteau avec force. Perdue dans sa douleur, elle n'entendit pas la porte de l'appartement s'ouvrir. Encore moins les voix de Kise et Kasamatsu.
Le professeur d'art plastique du blond était absent -vous vous rappelez, celui qui s'est prit un jet de peinture dans l'œil...- et il avait largement le temps de repasser à son appartement pour prendre quelque chose à manger, n'ayant pas eu le temps de le faire avant de partir au lycée. Et comme son capitaine n'avait pas cours jusqu'à quinze heures, il avait décidé d'accompagner son joueur pour s'assurer qu'il ne serait pas en retard. Pourtant, alors que Ryouta avait été d'humeur bavarde pendant tout le trajet, lorsqu'il était entré dans son appartement, il avait d'un coup cessé de parler. Il connaissait son appartement mieux que personne, et il savait reconnaitre le bruit de tous ses appareils électroménagers. Alors l'espèce de couinement étouffé qui lui parvint réussit à le faire réagir au quart de tour. Il lança presque son sac de cours dans le salon, et sans enlever ses chaussures, il se précipita vers sa chambre. Kasamatsu s'était lancé à sa suite sans trop comprendre, mais lorsqu'il fut dans le couloir, il comprit bien vite. Les sanglots de Sarah lui parvenaient très nettement. Cependant, contrairement au blond, il ne se dirigea pas vers la chambre et continua tout droit jusqu'à la salle de bain. La porte était ouverte, et il la poussa d'un coup de pieds. Pour s'immobiliser net devant la scène. Il resta moins d'une demi-seconde immobile, et se jeta sur Sarah. Le temps pour elle de relever la tête, une gifle violente lui brûlait déjà la joue et le couteau était éjecté dans un coin de la pièce.
-Espèce d'idiote, je peux savoir ce que tu voulais faire ?! hurla-t-il.
Kise déboula dans la salle de bain, et une vive douleur tordit son cœur. Sarah pleurait, une trainée de sang glissait le long de son menton, elle tremblait énormément et la manche de sa chemise froissée par sa nuit était remontée jusqu'à son coude. Kasamatsu s'était agenouillé devant elle et la tenait fermement par les épaules. Elle hoqueta et baissa la tête, refusant d'affronter le regard brillant de rage de Yukio.
-Je suis désolée...! couina-t-elle.
Elle essaya de ramener ses mains contre son visage pour se calmer mais le capitaine de Kaijou ne lui en laissa pas la possibilité. Il la plaqua plus fermement contre le mur et la força à le regarder.
-Ne refais jamais ça c'est clair ?!
-Kasamatsu-senpai...
Kise s'approcha doucement et posa une main sur celle de son capitaine, encore agrippée comme des serres à l'épaule de Kirenai.
-Tu lui fais mal...
Yukio tourna son regard clair vers lui, les sourcils encore plus froncés que d'habitude. Doucement, Ryouta l'obligea à la lâcher, et il l'écarta de la blonde. Voir Kirenai dans cet état lui faisait profondément mal, et même s'il était aussi un peu en colère contre elle, il ne voulait pas que Kasamatsu la frappe et lui hurle dessus. Ce n'était certainement pas la meilleure solution. Il tourna son regard ambré vers la jeune fille écroulée près de lui. Qu'est-ce qui l'avait mise dans cet état ? Il tendit doucement une main vers elle, pas vraiment sûr de la marche à suivre, et tandis que Yukio rongeait son frein en fulminant à côté de lui, il posa le bout de ses doigts sur l'épaule de Sarah. Elle sursauta vivement, les larmes coulant en flot ininterrompu le long de ses joues, et comme si elle venait tout juste de noter sa présence, elle écarquilla légèrement les yeux.
-K... Kise...
-Je suis rentré...
Il se força à lui sourire, jetant un discret coup d'œil à ses avant-bras pour vérifier qu'elle n'avait pas eu le temps de se saigner, et il se retint de soupirer en constatant qu'ils étaient arrivés à temps. Il ouvrit ses bras pour qu'elle vienne contre lui, et elle n'hésita pas une seule seconde. Elle se jeta contre lui, pleurant toujours plus. Ses poumons et sa gorge lui faisaient affreusement mal, et à côté de ça, la gifle de Kasamatsu passait inaperçue. Elle ne l'avait presque pas sentie en fait, totalement dépassée par le flot de sentiments contradictoire et douloureux qui l'avait assaillit. Aussi vite qu'elles étaient venues, ses envies de mutilation repartirent, laissant juste une honte croissante et un besoin de réconfort qu'elle refusait elle-même se s'accorder. Pourtant, elle n'eu pas la force de se dégager de l'étreinte de Kise, et comme si elle était redevenue une enfant, elle se laissa bercer, hoquetant, les épaules secouées de spasmes nerveux. Elle ne sentait plus rien, juste cette honte toujours plus présente, cette impression de ne rien valoir. De n'avoir sa place nulle part, que rien ne changera jamais, qu'elle était condamnée à continuer de vivre comme ça. Et encore, si ce qu'elle faisait pouvait s'appeler "vivre".
-Là, tout va bien... Je suis là Kirenai-chan...
-Je vais chercher de l'eau... grommela Yukio.
Il récupéra le couteau échoué dans un coin, et le regardant comme s'il était le diable en personne, il alla le jeter dans l'évier. Il en voulait énormément à Sarah, alors qu'il savait qu'elle n'était pas directement responsable. Il y avait forcément quelque chose qui la poussait à agir comme ça, un élément déclencheur, et tant qu'elle n'aurait pas réussit à passer outre, elle ne pourrait jamais arrêter de se faire du mal. Et il ne voulait pas la voir se détruire, peu importe qu'il la connaisse depuis peu. Elle était bien plus fragile que toutes les filles qu'il connaissait, et à bien y réfléchir, c'était la première fois qu'il se sentait autant concerné par les problèmes d'un membre de la gente féminine. La première fois qu'il avait autant envie de protéger quelqu'un d'extérieur à son foyer. Il revint dans la salle de bain avec un verre remplit d'eau, et il le posa près du lavabo. Le tableau qui s'offrait à lui était très douloureux : Sarah, en larme, s'accrochant comme si sa vie en dépendait à la chemise de Kise, et ce dernier, dépassé, essayant tant bien que mal de la calmer en lui murmurant des paroles rassurantes. Le blond finit par doucement se lever, maintenant contre lui la jeune fille qui ressemblait plus à une poupée disloquée qu'autre chose, et il l'aida à mettre un pied devant l'autre jusqu'au salon. Yukio récupéra son verre et les suivit, avant de se camper droit comme un piquet devant la blonde désormais assise sur le canapé. Peu importe si elle avait l'air pathétique comme ça, elle n'échapperait pas au sermon.
-Je peux savoir ce qu'il t'a pris...?!
-Je suis... Désolée...
-Ce n'est pas ma question, trancha-t-il durement.
-Kasamatsu-senpai, est-ce qu'on ne pourrait pas la laisser se reposer avant de...
-Toi, la ferme. Alors, j'attends. Pourquoi tu as fait ça ?
Il croisa les bras et darda sur elle son regard bleu-gris. Il savait qu'il lui faisait peur et qu'elle devait sans doute souffrir comme jamais, mais il savait aussi que s'il la secouait assez, elle ne recommencerait pas avant un bon moment. Alors il prit sur lui, même s'il détestait faire pleurer les filles, et il continua sur sa lancée.
-Qu'est-ce que je t'avais demandé ?
Elle hoqueta, ses épaules furent de nouveau secouées par un spasme, et elle baissa encore plus la tête. Les larmes coulaient, coulaient, de plus en plus, Yukio lui faisait peur comme ça, et elle n'arrivait pas à maitriser ses tremblements. Elle avait perdu la notion des distances, du temps et de l'espace, et elle était incapable de se rappeler de la date, de l'heure -qu'elle n'avait pas pris la peine de regarder en se levant, persuadée que de toute manière elle était en retard-, et de l'endroit où elle se trouvait. Seule la main de Kise posée sur son épaule en guise de soutien la maintenait connectée à la réalité, et elle s'accrochait désespérément à cette chaleur qu'il lui transmettait. Dans son esprit, Kasamatsu n'était pas associé à un tyran, mais à quelqu'un qui tentait de l'aider.
-Je suis désolé... hoqueta-t-elle de nouveau.
Le brun soupira et secoua la tête, avant de s'agenouiller devant Sarah, perdant son masque froid par la même occasion.
-Kirenai... Regarde-moi...
Il prit doucement son menton entre ses doigts et il la força à relever la tête. Ses grands yeux bleus voilés par la souffrance, la honte et la peur lui firent l'effet d'une gifle. Il n'en montra cependant rien et fit en sorte de rester impassible, quoi que légèrement plus conciliant qu'avant.
-Il faut que tu parles, maintenant. On est là pour t'aider mais si tu ne dis rien tu ne t'en sortiras pas.
Elle le regarda, se mordit la lèvre, et finalement, après une longue hésitation, elle se jeta dans les bras du brun qui la réceptionna avec maladresse. Le manque d'habitude de tenir une fille aussi près de lui, certainement... Il lança un regard dépassé à Kise, qui lui sourit en retour. Un sourire fatigué. Lui aussi, l'état de Kirenai lui faisait de la peine. Peut-être parce qu'il n'avait absolument pas vu venir ses pulsions suicidaires. Elle semblait aller bien la veille, non ? Ils avaient discutés toute la soirée -première fois que Sarah parlait autant-, elle s'était endormie tout de suite... Il l'avait juste retrouvée à moitié sur le canapé ce matin, mais à part ça... Il essaya de garder son sourire alors qu'il s'approchait de la jeune fille, et il posa une main rassurante dans son dos, avant de dessiner des cercles contre sa chemise.
-Ca va aller Kirenai-chan... C'est normal de pleurer de temps en temps...
Elle ne répondit pas et enfouit un peu plus sa tête dans le cou de Kasamatsu. Dieu qu'elle avait honte... Elle aurait donné n'importe quoi pour effacer les vingt dernières minutes et tout recommencer.
-C'est rien... continua de murmurer Kise.
Elle finit par s'apaiser, non pas parce qu'elle était réellement calmé mais juste parce qu'elle était trop fatiguée pour continuer à pleurer. Elle tremblait beaucoup, sa respiration était encore hachée, et ses poumons la brûlaient toujours, mais plus aucune larme ne coulait sur ses joues. Elle était fatiguée de pleurer.
-Je suis désolée... Désolée... couina-t-elle.
Elle voulait sérieusement se faire accepter par les deux garçons, et garder son poste dans l'équipe de basket. Elle craignait avoir tout ruiné. Elle releva la tête vers le capitaine, qui avait encore les joues légèrement rouges, et avec une inquiétude grandissante dans le regard, elle trouva la force d'articuler autre chose que des excuses.
-Est-ce que... Je suis virée...?
Percevant toute l'angoisse dans son regard, Yukio prit conscience de la responsabilité qu'il avait malgré lui endossé.
-Non... soupira-t-il. Je ne m'attendais pas à ce que tu puisses arrêter d'un seul coup.
Il passa maladroitement une main dans ses cheveux et caressa ses mèches blondes sous le regard attentif et presque moqueur -autant que la situation le permettait- de Kise.
-Kirenai-chan, il faudrait que je lave ton uniforme... Tu veux que je te fasse couler un bain ? Ca te ferait du bien. Je vais te prêter des vêtements à moi si tu veux, et ton uniforme sera sec pour ce soir, tu pourras venir à l'entrainement.
La jeune fille tourna doucement la tête vers lui, et il se perdit encore une fois dans ses prunelles bleues si particulières. Bien plus bleus que celle de Kuroko, et légèrement différentes de celle d'Aomine, bien qu'il ne saurait dire en quoi. Peut-être plus brillante...
-Je... Je ne sais pas si...
-Vas-y Kise, l'interrompit Yukio.
Il lança un regard dur à Sarah pour qu'elle ne proteste pas et il n'eut aucun mal à la soulever pour la rassoir sur le canapé. Il lui tendit finalement le verre d'eau qu'il avait posé sur la table basse, et d'une oeillade peu amicale, il envoya Kise s'occuper dans la salle de bain.
-Je... Je suis désolée... Tellement désolée...
Et voila, elle s'était remise à s'excuser. Il soupira et secoua négativement la tête.
-Ne t'excuse pas.
Il posa sa main sur la tête de Kirenai et lui ébouriffa doucement les cheveux. Pourquoi avait-il autant besoin de la protéger...?
-Le bain est prêt, les appela Kise depuis la salle de bain.
Sarah se leva doucement, tremblant encore violemment, et Yukio préféra rester près d'elle pour la rattraper en cas de chut.
-Oublis pas de manger abrutis, je te rappelle que tu es là pour ça à la base.
-Ah oui c'est vrai !
Il couru chercher des vêtements dans sa penderie, les posa sur le bord de l'évier, et repartit en courant vers la cuisine.
-Tu vas réussir à te débrouiller toute seule ? demanda le brun après un énième soupire destiné au blond.
-Oui... Ca devrait aller...
-Kirenai.
-Hm ?
Elle releva la tête vers lui, les yeux rouges et gonflés à cause de ses larmes, et elle savait que si elle avait la malheureuse idée de passer sa main dessus, elle constaterait que ses paupières étaient irritées.
-Si tu as un problème ou juste besoin de parler, n'hésite pas.
Il quitta la pièce sans un regard en arrière, trop gêné pour se retourner.
Moins d'une demi-heure plus tard, Kise et Kasamatsu étaient repartis au lycée, laissant Sarah seule mais avec le numéro des deux garçons sur un téléphone que Ryouta lui prêtait. Et les deux n'arrêtaient pas de lui envoyer des messages à chaque intercours -et même pendant les cours pour un certain blond qu'on ne citera pas-, peu rassurés de la savoir seule après ce qu'il s'était passé. Mais Kirenai était trop épuisée pour ne serait-ce que sortir les pieds du lit où elle s'était affalée après son bain, et elle avait dormis de tout son soul jusqu'à seize heure. Il lui restait une heure avant l'entrainement, elle avait repassé bon gré mal gré son uniforme, et angoissée à l'idée de faire une rechute, elle avait prit une feuille, un crayon, et avait revu les placements des joueurs. Le basket avait le don de lui vider la tête de manière radicale. Elle enfila ses affaires d'école vers seize heures et demie, et elle attrapa son sac de cours. Elle y glissa toutes les feuilles qu'elle avait pour l'entrainement et ferma la porte avec le double des clefs que lui avait laissé Ryouta avant de partir. Le trajet lui paru long, elle regardait parfois les voitures rouler à côté d'elle, et elle tentait tant bien que mal de progresser dans la foule qui s'amassait sur le trottoir. Elle arriva au lycée à seize heure cinquante, la sonnerie ne s'était pas encore déclenchée, et elle pu marcher vers le gymnase sans croiser personne. La porte était fort heureusement ouverte, et lorsqu'elle eu traversé le couloir, elle poussa le battant menant au terrain. Elle s'immobilisa net en voyant le coach qui terminait de poser des plots au sol. Elle gardait un très mauvais souvenir de lui, et l'absence de Kise et de Kasamatsu à ses côtés la fit légèrement paniquer. Elle s'imagina en moins de trois secondes tous les scénarios possibles, du plus violent au plus improbable, et en tremblant légèrement, elle essaya de rejoindre les gradins sans se faire remarquer. Peine perdu. Elle n'avait jamais été douée pour se cacher de toute manière...
-Tu es la fille que Kasamatsu a nommée manager, c'est ça ? demanda-t-il directement.
Elle déglutit difficilement, et se tourna vers lui. Pourquoi était-elle là déjà ?
-Ou... Oui...
Il l'inspecta des pieds à la tête, et finalement soupira.
-J'imagine que tu es douée, il ne t'aurait jamais proposé ça autrement.
Il lui fit signe d'aller s'installer sur un banc près du terrain principale, et elle s'exécuta, presque soulagée qu'il n'ait rien de plus à dire.
-Ton nom ? demanda-t-il en terminant de poser des plots.
-Kirenai Sarah...
-Tu es en première année ?
-Hm...
Elle baissa la tête, les mains tremblantes, et elle ouvrit son sac pour en sortir toutes les feuilles volantes qu'elle avait amassé.
-Qu'est-ce que tu as prévu pour samedi ?
Surprise par la question, elle releva vivement la tête et rattrapa in extremis une feuille qui avait décidé de s'enfuir.
-Pardon ?
-Je te parle du match de samedi. Qu'est-ce que tu as prévu ?
Décidant que de toute manière c'était maintenant ou jamais pour faire ses preuves. Alors elle inspira discrètement et regarda ses fiches.
-Je comptais attendre de voir leurs performances à l'entrainement d'aujourd'hui pour mettre en place une séance plus efficace demain. A partir des données que je vais récolter, je vais travailler les marquages des joueurs, et je regarderais un maximum des matchs de l'équipe adverses pour me faire un idée de leurs capacités.
Le coach n'eu aucune réaction, la regardant juste comme s'il attendait qu'elle se mette d'un coup à pleurer, ou à devenir hystérique, allez savoir...
-Oui, c'est une bonne idée. Et qu'est-ce que tu as, comme données, pour l'instant ?
Il s'approcha d'elle et se pencha sur les feuilles. Apparemment, elle avait réussit à piquer sa curiosité. Elle sourit discrètement et tira le papier ou elle avait dressé un tableau avec les noms du cinq majeurs, suivit de leurs capacités physiques actuelles, celles qu'ils atteindraient pour le match et celles encore après.
-Je pense qu'il faut placer Moriyama au centre, et laisser le poste de pivot à Kobori. Kasamatsu reste meneur de jeu, et Kise ne bouge pas non plus, il faudrait juste revoir la façon qu'ils ont de se déplacer ensemble sur le terrain pour minimiser les efforts inutiles. Il faudrait que chacun d'entre eux puisse jouer un match entier sans être épuisé à la fin pour garder des ressources en cas de difficulté. Il faut améliorer leurs appuis, leur endurance...
Le coach hocha la tête, semblant approuver ses idées, et un coup d'œil à l'horloge lui appris que les joueurs ne devraient pas tarder. La sonnerie qui se déclenchait vint le confirmer, et Sarah sursauta vivement avant de rattraper ses feuilles qui menaçaient de rencontrer le sol.
-Je te laisse carte blanche pour cet entrainement, si les résultats sont concluants, tu feras ce que tu veux demain soir et je te laisserais le soin d'établir une stratégie pour samedi. Tu as eu les horaires du match ?
-Non, Kise devrait me les donner bientôt, j'imagine...
-Quatorze heures à dix-neuf heures minimum. On jouera contre le lycée Josei.
Rapide réflexion... Non, elle ne connaissait pas. Mais ne voulant pas perdre toute la crédibilité qu'elle avait acquise en quelques minutes, elle hocha simplement la tête. Le silence revint, chacun réfléchissait de son côté aux exercices qu'ils allaient demander aujourd'hui, quand un bruit sourd perturba le calme ambiant.
-Les voila... soupira le coach en passant une main las sur sa nuque.
-Kise, espèce d'abrutis ! Reviens là !
-Ma jambe va très bien, je peux m'entrainer ! répliqua le blond, qui venait apparemment de défoncer la porte du vestiaire vu le bruit que celle-ci fit en claquant contre le mur.
-C'est pas la question !
En soupirant, Sarah se leva lentement de son banc, reposa ses feuilles sur le gradin, et se dirigea en trottinant vers le couloir. Elle allait finir par s'y faire, au bruit incessant qui régnait dans un gymnase... Elle avait réussit à s'y faire quand elle assistait aux matchs de volley de son père, alors pourquoi pas là ? Elle frappa timidement à la porte du vestiaire et attendit que la voix agacée de Kasamatsu lui permette d'entrer. Et comme il pensait certainement que c'était le coach, il n'avait pas vraiment... Prit la peine de demander aux joueurs de remettre leurs chemises. Alors la blonde s'immobilisa net à l'entrée et rougis comme jamais.
-Ah, Kirenai-chan tourne-toi ! ordonne vivement Kise en battant des bras.
Un peu plus vite et il s'envolerait certainement... Cependant, elle s'exécuta, parce que franchement, bien que la vue ne soit pas déplaisante, c'était très gênant.
-J... Je voulais juste vous prévenir que l'entrainement allait commencer...
-On arrive, bougonna Yukio.
Il était légèrement gêné d'avoir imposé cette vision à la manager, et il fit passer son embarras en frappant Kise, sous prétexte qu'il ne se changeait pas assez vite. Fixant toujours la porte avec insistance, Sarah essaya de reprendre son calme. Elle avait un peu chaud maintenant...
-Le cinq majeur, vous vous entrainerez avec moi, lâcha-t-elle avant de sortir.
Elle inspira profondément pour forcer son cœur à battre normalement, et elle leva la tête, comme si l'air était plus frais en hauteur. Un léger sourire étira ses lèvres, et elle retourna dans le gymnase pour revoir une nouvelle fois ses fiches. Si elle ne s'était pas fait une place dans un groupe de personne, elle en avait au moins l'impression. Et pour la première fois depuis longtemps, une drôle de chaleur se répandit dans sa poitrine et lui fit monter les larmes aux yeux. Elle voulait croire qu'elle pouvait devenir normal et cesser de se faire du mal. Elle voulait vraiment y croire. Sa lèvre inférieure tremblait dangereusement, elle faisait bien attention à tourner le dos au coach, et tout en serrant les dents, elle réprima un sanglot. Oui, avec ces gens-là c'était possible. Elle pouvait y arriver.
