Chapitre 6 :

-Et donc tu n'es pas venue parce que tu t'es réveillée en retard, récapitula Risa, légèrement soupçonneuse.

-C'est ça... souffla Sarah.

-Tu me prends pas du tout pour une idiote là ?

-Je te jure que c'est vrai.

Quelque part au fond d'elle-même, la blonde se demandait encore pourquoi elle discutait de ça avec sa camarade de classe. Ce n'était pas comme si ça la regardait... Elle n'arrivait pas non plus à s'expliquer le fait qu'elle refusait de lui avouer qu'elle vivait chez Kise. Ce n'était pas spécialement un secret, mais Kirenai n'arrivait tout simplement pas à le lui dire. Ce serait s'exposer à trop de question. Oui, peut-être que c'était pour ça... Elle regarda Ryouta effectuer une passe à Kasamatsu, qui tenta un tir à trois points et réussit à marquer. Il ne restait plus beaucoup de temps avant la fin de l'entrainement, et Sarah avait réussit à récolter quelques données complémentaires qui devraient suffire à établir le programme pour le lendemain.

-C'est ça ouais... grommela la brune à côté d'elle.

-Au fait je peux savoir ce que tu fais là ?

En effet, Aoki s'était plus ou moins invitée sans demander l'autorisation à personne, défiant l'autorité du coach sans sourciller. Ce dernier était d'ailleurs fou de rage et ne cessait de leur lancer des regards noirs, alors que les joueurs qui n'étaient pas sous les directives de Sarah payaient de leurs efforts le mécontentement de l'entraineur.

-Je voulais donner tes leçons à l'autre idiot, mais comme tu étais là...

-Bah voyons... murmura Kirenai en secouant la tête. Ca n'a pas plutôt un rapport avec le fait que tu voulais regarder l'entrainement ?

Risa haussa les épaules et fronça les sourcils en voyant Hayakawa prendre un rebond avec une force assez incroyable. Sans compter qu'il était très bruyant ce garçon... Comme d'habitude, il y avait beaucoup, beaucoup, BEAUCOUP de fans de Kise dans les gradins qui ne cessaient de baver devant chaque action de ce dernier. Et fatalement cela mettait Kamasatsu dans une rage folle, et il ne cessait de taper sur la tête du pauvre blond. Sarah avait d'ailleurs remarqué une certaine tension dans les épaules de Ryouta, ses tirs étaient moins performant et parfois il peinait à faire des passes. C'était presque imperceptible bien sûr, les autres joueurs ne l'avaient pas remarqué -bon, peut-être Yukio- mais cela n'échappait pas à l'œil de Kirenai.

-Ton copain à un problème aux bras, lança Risa.

... Et pas à l'oeil d'Aoki apparemment.

-Aux épaules, corrigea la blonde en tapant régulièrement le bout de son critérium sur ses feuilles.

-C'est pareil. Tu vas le faire jouer où samedi ?

-Au même poste que d'habitude. J'aimerais juste qu'il améliore son jeu en équipe. Il joue beaucoup avec Kasamatsu-senpai, mais c'est tout.

-Hm, s'tu l'dis... Perso ça me choque pas.

-Evidemment, tu joues toute seule, toi.

-Et ça marche très bien.

Sarah n'avait pas vraiment digéré le fait que sa camarade ne jure que par la performance individuelle, et elles défendaient souvent leurs points de vue de manière assez implicite.

-Si le travail individuel suffisait, le basket ne serait pas un sport collectif.

-Quand un joueur est suffisamment doué, il n'a pas besoin de coéquipier.

Kirenai serra les dents et détourna le regard, essayant de se concentrer sur l'entrainement. Cette fille avait le don de la faire sortir de ses gonds trop facilement. Le sifflet du coach retentit, sonnant la fin de la séance, et Sarah se leva d'un bond pour rejoindre les joueurs, mettant ainsi de la distance entre elle et Risa.

-Alors ? demanda Moriyama en la voyant arriver.

-Vous avez de bonnes capacités, il n'y a pas grand chose à améliorer dans l'immédiat pour la plupart d'entre vous.

-Pour la plupart ? répéta Kasamatsu en fronça les sourcils.

La blonde lança un regard à Kise, qui essuyait son visage couvert de sueur avec son t-shirt.

-Kise-kun, il va falloir que tu améliores ton travail d'équipe.

-Hein ?

Il arqua un sourcil, ce qui lui valut un coup dans les côtes de la part de Yukio -personne ne savait vraiment pourquoi, mais bon c'était Yukio...-, et il se mit à pleurer (faussement bien sûr).

-Pourquoi ?!

-Parce que tu ne fais pas assez de passes.

-Mais...

-Pas de mais.

Sans s'en rendre compte, la jeune blonde avait légèrement haussé le ton, rien de vraiment surprenant, sauf qu'on parlait de la fille qui garde la tête baissé tout le temps. Forcément, cela en surprit plus d'un.

-Kirenai-chan...?

Elle inspira profondément pour se calmer. Cette idiote d'Aoki l'avait vraiment énervé.

-Ce que je veux dire, c'est que tu as tendance à trop garder le ballon alors que ce n'est pas forcément la meilleure solution, reprit-elle plus doucement.

Il hocha vivement la tête avec un sourire un peu faux, tandis que Kasamatsu dévisageait la jeune fille, suspicieux.

-D'accord, j'essaierais, assura le blond en souriant.

La jeune fille leur expliqua rapidement le programme pour le lendemain, et elle les regarda se diriger vers les vestiaires où se trouvaient déjà les autres joueurs. Elle resta quelques instants sans bouger, et finalement ses yeux se posèrent sur le banc où aurait dû se trouver Aoki. Seulement la jeune fille était partie, ne laissant qu'une liasse de feuille qui devait correspondre aux cours qu'elle avait manqué. Elle soupira et alla récupérer les papiers. Cette fille l'énervait tellement... Et en même temps c'était la seule personne à lui adresser la parole dans sa classe, et elle n'était pas stupide au point de cracher sur la première main qu'on lui tendait. Elle sortit du gymnase, s'adossa au mur, et attendit Kise. Il ne pleuvait pas mais il faisait vraiment froid. Elle croisa les bras pour tenter de préserver ses mains qui avaient déjà commencé à virer au bleu. Un nuage de bué se dispersa dans l'air lorsqu'elle expira, et elle le regarda disparaitre aussi vite qu'il était apparu.

-Tu vas chopper la crève, la réprimanda Kasamatsu.

Elle ne l'avait pas entendu arriver et elle sursauta vivement. Elle se tourna vers lui et se força à lui sourire.

-Ca va, je n'ai pas trop froid.

-Bah voyons...

Il s'approcha et lança un regard critique aux mains de la jeune fille.

-Donc tu as la peau bleue en temps normal si je suis ton raisonnement.

Elle rougit horriblement et esquissa un sourire désolé. Il se contenta de soupirer et s'adossa au mur, juste à côté d'elle. Sarah le détailla rapidement, il portait son uniforme, ses sacs de cours et de sport étaient posés à ses pieds, et il regardait le ciel. Elle se fit la remarque qu'il avait les yeux incroyablement clairs.

-Qu'est-ce qui t'a prit tout à l'heure ? demanda-t-il soudain.

-Comment ça ?

-Quand tu t'es énervée contre Kise.

Elle ouvrit la bouche pour répondre, la referma, et ainsi de suite sans savoir quoi dire.

-Tu imites le poisson rouge ? nargua-t-il avec un demi sourire.

Elle gonfla les joues et le bouscula timidement.

-C'est pas drôle...

Il sourit un peu plus, lui rendant son coup d'épaule, et il darda sur elle son regard gris, dans l'attente d'une réponse.

-Aoki m'a un peu énervée, avoua-t-elle finalement.

-La fille qui était avec toi hier ?

-Hm.

-Qu'est-ce qu'elle a fait ?

En réalité il s'en foutait pas mal, cette fille, il ne la connaissait pas et ne voulait pas la connaitre -bien qu'il fallait admettre qu'il était un peu admiratif quant à la façon dont elle avait tenu tête au coach quand elle s'était pointée à l'entrainement. Il voulait surtout faire parler Kirenai, et savoir ce qui était susceptible de la mettre en colère.

-Elle dit que temps qu'elle est douée au basket, elle n'a pas besoin de jouer en équipe.

-Ah ? Elle joue au basket elle ?

-Hm, elle voulait intégrer l'équipe féminine du lycée mais elle a été recalée parce qu'elle jouait trop perso.

Il hocha la tête et soupira.

-Les joueurs avec trop de talent ont toujours tendance à penser qu'ils valent mieux que tout le monde. Kise était comme ça quand il a intégré le lycée.

Sarah écarquilla doucement les yeux et tourna la tête vers son aîné.

-Vraiment ?

Il hocha la tête et leva la tête vers le ciel blanc, se rappelant du garçon blond qui avait débarqué au gymnase le jour de la présentation des clubs.

-Il jouait seul, et il faut admettre qu'il était doué, mais ce n'est pas comme ça qu'on joue au basket.

-J'imagine que tu as vite recadré les choses...

-A coup de pieds au cul, acheva Kasamatsu avec un sourire fier. Il joue avec l'équipe maintenant. Quoi que pas assez d'après ce que tu disais.

-Avec toi, il fait des passes, beaucoup même, mais avec les autres il reste quand même sur la réserve. Si c'est parce qu'il n'a pas confiance ou parce qu'il se met la pression, je n'en sais rien mais il va falloir corriger ça. Ce n'est pas très urgent bien sûr, a priori vous jouez très bien comme ça, mais contre des équipes qui ont des membres de la génération des miracles, la moindre erreur ne pardonnera pas.

-Je sais.

-De quoi vous parlez ? demanda Kise en sortant du gymnase.

-De ce qu'il va falloir travailler à l'entrainement, répondit Sarah avec un léger sourire.

Kasamatsu nota que ses yeux s'étaient mis à briller un peu plus à l'arrivé du blond, et il observa le crétin qui lui servait de coéquipier. Il espérait sincèrement qu'il serait capable de s'occuper de Sarah sans la blesser. Ryouta ne blessait jamais personne volontairement, encore moins les filles -la preuve il signait autant d'autographes qu'il le pouvait alors qu'à la longue, ça devenait vraiment agaçant pour lui-, mais il pouvait vraiment être idiot des fois, et Yukio ne savait pas trop à quoi s'attendre.

-Bon, à demain vous deux, salua-t-il en commençant à s'éloigner.

Sarah était partagée entre l'envie de l'arrêter, sans pour autant savoir quoi faire après, et la peur de bouger. Elle essaya de parler, Kise posa une main sur son épaule et lui sourit avant de se rendre compte qu'elle continuait de fixer son capitaine, et il soupira intérieurement. Si elle n'osait même pas interpeler Kasamatsu, lui faire prendre confiance en elle allait être compliqué.

-Kasamatsu-senpai ! appela-t-il.

Le brun était déjà à une bonne dizaine de mètre d'eux, mais il se retourna quand même, un sourcil arqué. Ryouta sourit face à l'air effrayé de Sarah, et il la poussa gentiment vers lui.

-Allez vas-y, il va pas te crier dessus tu sais, lui souffla-t-il à l'oreille.

Elle lui jeta un dernier regard, avant d'avancer timidement vers Yukio qui lança un regard suspicieux à Kise. Sarah s'immobilisa devant lui, oubliant soudain pourquoi elle avait voulu qu'il s'arrête. Finalement, elle fit la première chose que son manque d'affection lui ordonna : elle le prit dans ses bras malgré le déficit de taille. Il écarquilla les yeux, resta quelques instants sans bouger, avant de se mettre à rougir.

-Merci pour ce matin Kasamatsu-senpai... Et désolé...

Il battit un peu des bras, ne sachant pas comment se mettre, et il lança un regard noir promettant mille souffrances à Kise qui se moquait ouvertement de lui. Il finit par poser ses mains sur la taille de la jeune fille et répondit timidement à son étreinte.

-Evite de refaire ce genre de connerie, tu veux ?

-Hm.

Il savait qu'il la stressait à lui mettre la pression comme ça, mais il ne voulait pas débarquer un jour chez Kise et la retrouver avec les poignets ouverts. De son côté, Sarah appréciait la chaleur du corps de Yukio, enfouissant ses petites mains dans le tissu de sa veste d'uniforme. Il avait prit une douche, ça se voyait il sentait encore le gel douche à plein nez, et elle resta quelques instants supplémentaire le visage enfouit contre son torse. Ce fut Kise qui interrompit l'étreinte en se raclant la gorge, se sentant un peu de trop et commençant surtout à avoir froid.

-Kirenai-chan, on y va ? demanda-t-il timidement.

La blonde relâcha son senpai, les joues rouges, et avec un sourire hésitant, elle passa d'un pied sur l'autre, hésitant. Et maintenant, qu'est-ce qu'elle allait faire ? Kise la rejoignit et la regarda cogiter. Il savait qu'il n'y avait rien d'autre qu'une amitié presque fraternelle entre les deux lycéens, et cela lui allait très bien -il aurait pu y avoir autre chose que cela lui aurait très bien été aussi. La gêne et l'hésitation de Kirenai le faisait sourire, et il la poussa discrètement pour lui intimer de faire ce qu'elle voulait. Elle leva sur lui ses grands yeux bleus qui semblaient briller encore plus avec le reflet du ciel blanc. Il lui sourit et la regarda faire un pas en avant, pour finalement se hisser sur la pointe des pieds et embrasser timidement la joue de Yukio. Yukio qui, soit dit en passant, n'avait jamais été aussi rouge de toute sa vie.

-A demain... murmura Sarah avant d'aller se cacher comme un enfant prit en faute derrière le corps massif de Kise.

Kasamatsu resta sans bouger pendant plusieurs secondes, choqué et totalement gêné, et ce fut trop pour Ryouta qui éclata de rire.

-Oi, arrête de rire abrutis ! cria le brun.

-Mais senpai... C'est juste trop...

-La ferme !

Yukio passa une main dans ses cheveux et grimaça légèrement.

-A demain, finit-il par grommeler.

Il tourna les talons rapidement et disparu après le portail, montant dans un bus.

-J'ai mal fait ? couina Sarah, toujours planqué derrière le blond.

-Au contraire, je crois que ça lui a fait plaisir.

Il commença à marcher à son tour, et la petite lycéenne le suivit en trottinant pour rattraper son retard.

-Pourtant il avait l'air gêné... insista-t-elle, se sentant mal à l'idée qu'il est mal prit son geste.

Sérieusement, qu'est-ce qui lui avait prit aussi ?! A quoi est-ce qu'elle s'attendait ?! Ils ne se connaissaient pas plus que ça, et déjà que Kasamatsu n'était pas la personne la plus amicale sur cette terre, si elle commençait à se montrer aussi amicale avec lui, il y avait fort à parier pour qu'il la tienne à distance désormais. Et elle ne voulait pas ça. Non, définitivement pas.

-Ne t'inquiète pas, Kasamatsu-senpai n'est juste pas très doué avec les filles. Mais je t'assure que ça lui a fait plaisir.

-Si tu le dis...

Oui, Kise ne mentait jamais. Alors il avait certainement raison. Certainement... Les paroles du brun lui revinrent soudain en mémoire sans qu'elle ne sache trop pourquoi, et elle hésita quelques instants à en parler au blond, se demandant comment il allait réagir. Et finalement, la curiosité prit le pas sur tout le reste.

-Dis Kise-kun...

Ryouta nota que c'était la deuxième fois qu'elle ajoutait -kun à la fin de son nom, et il sourit.

-Hm ?

-Kasamatsu-senpai m'a dit que quand tu es arrivé au lycée tu étais... Différent... Que tu jouais en solo au basket...

-Ah il t'a parlé de ça ?

Il fit une moue à la fois surprise et contrariée -parce qu'il ne tenait pas spécialement à ce que Kirenai soit au courant de ce passage de son année scolaire-, et finit son sourire vint de nouveau illuminer son visage. Sarah nota qu'ils étaient presque arrivés chez le blond, le chemin commençait à lui être familier.

-A Teiko, il n'y avait qu'un seul mot d'ordre pendant les matchs... commença Kise.

Kirenai tourna la tête vers lui, surprise qu'il veuille lui en parler, et elle attendit la suite de sa phrase, qui mit plusieurs secondes à arriver.

-"Gagner à tout prix". Même si on était blessé, tant que le temps morts n'était pas sifflé il fallait continuer de jouer. Pour les membres de la génération des miracles, ce n'était pas très compliqué, aucun adversaire ne nous arrivait à la cheville, alors on gagnait tout le temps. Et on se basait uniquement sur les capacités individuelles. Je ne sais pas trop à partir de quand on a commencé à jouer uniquement pour nous-même.

Un léger silence suivit cette déclaration, et Sarah tria lentement les informations, l'air un peu triste.

-Sans adversaire à notre mesure, jouer était devenu plus une corvée qu'autre chose. C'est surtout vrai pour Aominecchi.

Kirenai se souvint qu'il s'agissait du joueur de Tôô qui jouait seul et avec un flegme assez incroyable et agaçant.

-On a chacun eu une façon différente de gérer ça. Murasakibaracchi a juste rabaissé tout nos adversaires, Akashicchi a finit par penser que la victoire était aussi naturelle que respirer, et Midorimacchi est devenu encore plus froid qu'une porte de prison.

Un léger rire désabusé passa les lèvres du copieur, avant qu'il ne relève la tête. Pour autant, ses cheveux cachaient ses yeux et Sarah n'aurait su dire qu'elle expression elle aurait pu y lire.

-Et toi ? demanda-t-elle timidement.

-Je continuais de faire des un contre un avec Aominecchi, mais je n'étais jamais assez fort et je perdais tout le temps. Avec le temps j'ai finis par me dire que jouer avec lui devait l'agacer, et j'ai arrêté de le défier. Je ne jouais au basket que parce que je devais gagner, c'était le règlement de Teiko. Je ne suis pas sûr qu'à ce moment-là j'aimais encore le basket...

Son aveu termina de plonger Sarah dans une profonde réflexion. Elle le savait depuis longtemps, quand un sportif n'a plus d'adversaire à sa taille, il devient sûr de lui, perd l'envie de jouer, et au final passe le reste de sa vie à se croire supérieur aux autres. C'était ce qui était arrivé à son père, bien qu'elle aurait préféré ne pas avoir à penser à lui... Un frisson remonta le long de son échine et elle serra les dents. Kise n'était pas comme ça.

-M'enfin, Kasamatsu-senpai m'a vite recadré quand je suis arrivé à Kaijo.

-Je sais il me l'a dit.

Elle tourna la tête vers lui et fut heureuse de voir qu'un sourire étira de nouveau ses lèvres.

-Au fait Kise-kun, pourquoi est-ce que tu rajoute -cchi à la fin des noms des membres de la génération des miracles ?

-Parce que je les admire.

Il lui sourit comme un grand gamin, ses yeux brillaient de joie.

-Et Kasamatsu-senpai, tu ne l'admires pas ?

-Si bien sûr, et j'ai déjà essayé de mettre -cchi à la fin de son nom mais il m'a frappé tellement fort que je ne recommencerais jamais...

Il bouda un peu, avant de reprendre son expression enjouée habituelle. Ils arrivèrent à l'appartement après avoir monté les escaliers, l'ascenseur ayant décidé de rendre l'âme. Ils furent soulagés de pouvoir enfin pousser la porte d'entrée, et après avoir enlevé leurs chaussures, ils allèrent s'affaler sur le canapé.

-J'suis crevé... couina le blond.

Sarah tourna la tête vers lui pour le regarder, et avant même de se poser sur son visage, ses yeux s'arrêtèrent sur les muscles de ses épaules. Ils tressautaient de manière spasmodique et elle fronça les sourcils. Lorsqu'il était échauffé, ce devait être gênant mais cela ne l'empêchait pas de jouer. En revanche, maintenant que ses muscles s'étaient refroidis, elle ne doutait pas que ce soit douloureux.

-Kise-kun, depuis quand est-ce que tu as mal aux épaules ?

-Hm ? De quoi tu parles Kirenai-chan, je vais bien !

Son sourire était faux, et elle découvrit ainsi qu'il était très mauvais menteur. Elle soupira, un peu agacé sans le montrer.

-Laisse-moi regarder.

-Hein ?

-Je veux voir tes épaules. Allez.

Il resta sans bouger pendant quelques secondes, avant de capituler devant le regard perçant de la jeune fille. Elle faisait peur parfois... Il retira sa veste, sa cravate, et déboutonna quelques boutons pour pouvoir faire glisser sa chemise le long de ses bras sans l'enlever entièrement. Maintenant qu'ils n'étaient plus couverts, Kirenai ne put que constater l'étendu des dégâts sur les muscles du garçon.

-Kise-kun, est-ce que tu sais qu'avec des muscles dans cet état tu aurais pu te blesser juste en faisant un tir ?

-C'est pas si grave que ça, c'est juste la fatigue...

-Tu es stressé ? demanda-t-elle soudain.

-Pas vraiment...

Sarah posa ses doigts froids sur la peau douce et sans défaut de Kise, qui se cambra avec un couinement.

-Tu as les mains froides Kirenai-chan !

-Désolé...

Il frissonna quand elle posa ses paumes, et se détendit doucement.

-Je suis désolée, finit par murmurer Kirenai.

-Hm ? Pourquoi ?

-Si tu dormais dans ton lit, tu aurais moins mal au dos et aux épaules, et tu serais moins fatigué...

Il resta quelques instants stupéfait, avant de sourire.

-Ce n'est pas grave, je ne dors pas si mal sur le canapé.

-Mais ce n'est pas bon pour tes muscles.

Ses doigts commencèrent à dessiner des cercles sur la peau blanche de Kise, et ses paumes pressèrent doucement ses muscles. Ce fut un peu douloureux pour lui au début, ses épaules étaient vraiment tendues, mais finalement il se laissa aller et appuya tout son corps contre la jeune fille, les yeux fermés. Il était assis de trois quart sur le canapé, lui tournant le dos, et le souffle chaud de la respiration de Kirenai venait parfois caresser sa nuque, le faisant agréablement frissonner.

-Tu devrais prendre un bain après, ça te détendra, préconisa-t-elle.

Elle continua son massage, extrêmement stressée à l'idée que cela ne lui plaise pas. Elle se concentra autant qu'elle le pu, essayant d'ignorer la bas du dos qui se pressait contre elle, et elle sourit légèrement rouge de gêne, quand un soupir fragile franchit les lèvres du blond.

-Je te nomme masseuse officielle... réussit-il à articuler avec un sourire.

-Trop d'honneur...

Il se détendit complètement, tant et si bien qu'au bout d'une dizaine de minute il somnolait déjà.

-Kise-kun, si tu vas t'endormir va au moins te coucher.

-Ah non, il ne faut pas que je m'endorme...

Il se redressa vivement, secoua la tête pour se réveiller et se leva vivement avant de perdre tout son courage.

-Tu veux manger quelque chose en particulier ce soir ? demanda-t-il avec un sourire, de nouveau plein d'entrain.

-Pas spécialement non...

-Tu peux me prendre des vêtements pour cette nuit, si tu veux aller te doucher.

-D'accord...

-Fouille dans mon armoire, j'ai des vêtements de sport dans le troisième tiroir en partant du bas.

Elle allait protester, fouiller dans les affaires du blond ne lui plaisait absolument pas et la gênait affreusement.

-Ne t'inquiète pas, il n'y a rien de compromettant pour moi. Juste des vêtements. Allez, vas-y !

-Mais...

-Vas-y.

La blonde soupira, consciente qu'elle n'aurait pas le dernier mot, et se rendit dans la chambre du garçon. Elle avait fait le lit avant de partir au lycée, et elle s'assit sur le matelas, avant de lever la tête vers le plafond. Elle essaya de récapituler ce qui c'était passé en trois jours, et se surprit à trouver cela totalement fou. Elle n'en revenait toujours pas d'avoir réussit à se faire des amis. Parce qu'ils étaient amis n'est-ce pas...? Kise, Kasamatsu, Moriyama, Kobori, Hayakawa... Même Aoki... Elle se leva doucement et ouvrit la penderie de Ryouta, rouge jusqu'aux oreilles. Mais qu'est-ce qu'elle faisait...? Depuis quand fouillait-elle dans l'armoire d'un garçon qu'elle ne connaissait presque pas ?!

-Je t'ai dis qu'il n'y avait rien de compromettant pour moi... souffla Kise, amusé.

Il se tenait dans l'embrasure de lui, la regardant sursauter.

-Dé... Désolé !

Il pouffa et passa derrière elle, appuyant son torse musclé contre son dos frêle. Il ouvrit un tiroir, en sortit un bas de jogging et un t-shirt orange, et lui tendis le tout avec un sourire.

-Je pourrais te prêter un sous-vêtement à moi, mais ça ne t'ira jamais... s'excusa-t-il en rougissant à son tour.

-N... Non... C'est pas grave, merci...!

-On ira t'acheter des vêtements ce week-end, d'accord ?

Ses rougeurs avaient disparu aussi vite qu'elles étaient apparues, et Sarah se fit la remarque que c'était la première fois qu'elle le voyait rougir. Avant de comprendre le sens de paroles du garçon.

-Non, c'est bon, je ne veux pas que tu...

-Oi, Kirenai-chan, j'ai largement assez d'argent pour t'acheter des vêtements, ne t'inquiète pas. Etre mannequin ça paye bien, je t'assure.

-Mais je...

-Tu vas arrêter de contredire tout ce que je dis ?

Il lui ébouriffa gentiment les cheveux avec un grand sourire.

-Allez, vas te doucher, je vais terminer de préparer le repas.

Elle soupira, chassa la main encore posée sur son crâne, et essaya tant bien que mal de lui adresser un coup d'œil mécontent.

-Je n'aurais jamais le dernier mot avec toi, hein ? demanda-t-elle.

-Non, jamais ! Je suis plutôt têtu.

Nouveau soupir. Elle alla se doucher, fuyant toujours son reflet dans les miroirs avec une espèce de répulsion un peu maladive et surtout injustifiée, et elle enfila avec sa gêne habituelle les vêtements de Ryouta, avant de le rejoindre dans la cuisine. Il avait allumé la télé, et penché par dessus le bar, il regardait les informations pendant que du riz cuisait dans une casserole.

-Au fait, tu as des leçons à faire ? demanda-t-elle.

-Hm, pas beaucoup, je les ferais après le repas. Et toi ?

-Des questions en anglais et c'est tout. D'après Aoki en tout cas.

-Cette fille à l'air gentille.

-Si tu le dis...

Il lui sourit, ils mangèrent en vitesse devant un match des adversaires de Kaijo pour que Sarah puisse établir une stratégie, et elle insista pour dormir le canapé.

-Il faut que tu reposes ton dos, tu ne seras jamais capable de jouer correctement samedi !

-Bien sûr que si ! Kirenai-can, j'ai l'air de quoi si je te laisse dormir sur mon canapé ? sanglota-t-il faussement.

-Va te coucher, et dans ton lit ! Et prend un bain avant, ça va détendre tes épaules.

Kise découvrit alors que la jeune blonde était intraitable sur sa santé. Il soupira, résigné, et leva les mains en signe de capitulation.

-Très bien, j'y vais. Mais si tu as des courbatures demain, ce sera de ta faute !

Elle sourit, ravie d'avoir gagné, et le regarda sortir de la pièce. Elle s'allongea sur la canapé, remonta le plaid sur elle et fixa le plafond. Est-ce qu'elle arriverait à dormir ? Oui, au moins un peu. Elle espérait ne pas refaire de cauchemar, et son cœur se serra à cette pensée. Non, elle ne voulait vraiment pas.

'Dis moi Shuta, quand as-tu commencé à me hanter de la sorte...?'