J'ai une excuse pour mon retard ! Plus d'ordi au lycée... Donc désolé...


Chapitre 7

Son souffle chaud contre son cou... Ses mains brûlantes... Ses soupires et ses murmures contre son oreille... Elle avait beau chercher au plus profond d'elle-même, elle ne ressentait rien d'autre qu'une gêne grandissante. Presque de la peur. Alors elle s'accrocha à ses puissantes épaules comme à sa vie, et elle attendit qu'il daigne la relâcher. C'était long. Il semblait être partout, ses mains glissaient sur elle comme sur du savon, et elle serrait les dents. Et son souffle chaud qui caressait toujours sur sa peau...

Elle se réveilla en sursaut, à moitié par terre. D'instinct, elle plaqua une main contre sa trachée pour trouver de l'air. Sa peau luisait de sueur, les larmes glissaient paisiblement sur ses joues pour aller s'échouer sur le t-shirt de Kise. Elle se laissa glisser complètement sur le sol et s'adossa au canapé. Elle avait mal partout, mais plus que ça, c'était la peur qui serrait son estomac qui lui faisait le plus d'effet. Elle en oubliait tout le reste, les frontières entre le réel et l'imaginaire étaient encore floutées et elle avait l'impression de toujours ressentir ses doigts qui caressaient ses hanches. Elle essaya de chasser ces fantômes, couinant pathétiquement. Elle ne se demanda pas si elle avait crié. Elle savait que la réponse était non. Elle avait été silencieuse dans son rêve, elle le serait dans le monde réel. Elle était toujours silencieuse. C'était tellement plus facile de ne rien dire. Elle se redressa sur ses jambes tremblantes et se permis d'aller jusqu'à la cuisine pour boire. Prendre un verre fut une véritable épreuve, le porter à ses lèvres une fois qu'il fut plein fut bien pire. Elle s'appuya sur le plan de travail pour trouver un appui et avaler doucement le liquide transparent, la respiration hachée et l'esprit désordonné. Que devait-elle faire maintenant ? Aller se recoucher ? Comme si elle allait pouvoir se rendormir... Aller voir Kise ? Elle ne voulait pas le réveiller. Mais si elle le regardait juste... Et après tout sa présence l'avait toujours rassuré jusque là. Alors pourquoi hésitait-elle ce soir ? Elle savait qu'elle ne tarderait pas à attraper un couteau si elle ne sortait pas de ce lieu de tentation. Elle avait juste à ouvrir un tiroir... Tout serait tellement plus facile...

Evites de refaire ce genre de connerie tu veux ?

Les paroles de Kasamatsu refreinèrent automatiquement ses pulsions suicidaires et elle partit en courant se réfugier dans la chambre de Kise. Elle poussa le battant entrouvert et se glissa dans la pièce silencieuse. Elle resta quelques instants à regarder Ryouta dormir, son corps se soulevait au rythme de sa respiration. Il était étalé sur le dos, la tête légèrement tourné vers son bureau. Ses belles mèches blondes glissaient sur son visage, cachant une partie de ses longs cils. Un bras passait au dessus des couvertures, son t-shirt blanc à manches courtes dévoilait ses biceps bien dessinés. Elle avança sur la pointe de pieds et alla s'agenouiller près de son matelas. Elle croisa les bras sur les draps, posa sa tête dessus et attendit sans savoir quoi. Il était beau comme ça. Elle n'avait jamais douté qu'il l'était, après tout il était mannequin. Elle ferma les yeux, soupira et se concentra sur la respiration régulière de Ryouta. Elle allait bien finir par se rendormir, non ? Elle essaya d'inspirer en même temps, sans pour autant y parvenir dans un premier temps. Son cœur battant encore vite, les séquelles de son cauchemar étaient tenaces. Tout comme l'impression d'avoir un souffle chaud qui lui caressait la nuque. Elle frissonna, ferma plus étroitement les paupières et ses doigts allèrent d'eux même se poser contre l'épaule de Kise. Elle avait besoin de contact. Elle réussit à se calmer et la dernière pensée qu'elle eut fut qu'elle allait vite s'épuiser si elle n'arrivait pas à passer une nuit correcte. Le sommeil la faucha quelques secondes plus tard.

-Dis Kirenai-chan ?

-Hm ?

-Tu commences avec quelle matière ?

Ils marchaient dans la rue, en direction du lycée pour leur dernière journée de cours avant le week-end. Le froid était encore présent, balayant les rues d'un vent glacial. Les visages des passants étaient moroses, chacun se rendait au travail, et parfois quelques groupes de lycéens passaient bruyamment pour se rendre au lycée. Une journée banale de mois de novembre.

-Histoire du Japon. Et après des maths, de l'anglais, de la science... Pause déjeuner, et je ne me souviens plus de la suite.

-Tu manges avec l'équipe ce midi ?

-Tu es sûr que je ne dérange pas ? Vous êtes censé manger ensemble normalement non ?

-Qu'est-ce que tu racontes Kirenai-chan ? Tu fais partis de l'équipe maintenant ! Tu es notre manager ! Et même si ça n'était pas le cas, tu ne nous gênes absolument pas. Tout le monde t'aime bien, surtout Kasamatsu-senpai.

Cette dernière remarque la fit rougir sans qu'elle ne comprenne pourquoi, et en même temps lui fit peur. Est-ce que le capitaine de Kaijo s'imaginait que parce qu'elle nourrissait de l'affection pour lui qu'elle était amoureuse ? Ce n'était absolument pas le cas, et la perspective d'avoir à rejeter ses sentiments lui était douloureuse.

-Enfin pas dans ce sens là ! s'empressa d'ajouter Kise devant son air paniqué. Il est très maladroit avec les filles et ne s'en approche pas s'il peut les éviter !

-Je vois...

Une bouffée de soulagement la submergea et elle soupira, laissant un nuage de buée s'élever devant elle. Elle leva la tête vers les nuages et plissa les yeux. La lumière lui était vraiment désagréable, et les nuages oscillant entre le gris et le blanc lui faisaient mal. Mais c'était beau. En revanche, elle était frigorifiée. Elle frissonna face à la morsure du froid et son regard dériva vers Kise. Il avait toujours son grand sourire sur le visage, ses mains glissées dans ses poches, le regard perdu au loin. Ses yeux dorés brillaient d'une lueur malicieuse et rieuse, comme toujours. Parfois, Sarah se demandait ce que cela faisait de mener une vie simple et sans problème, sans parents sur le dos -puisque visiblement c'était le cas de Ryouta- et avec une vie sociale plus que correcte. Elle n'arrivait pas à se l'imaginer.

-Qu'est-ce qu'il y a ? demanda-t-il en sentant le regard pesant de la blonde sur lui.

-Rien, je te regardais juste.

Elle se concentra de nouveau sur la route, et eu une drôle impression de déjà vu. Cela commença par une tête brune qui se dirigeait ver le lycée. Puis le garçon à côté d'elle partit sauter sur ladite tête brune, qui lui envoya un coup de coude dans la mâchoire suivit d'un coup de genou entre les côtes.

-Kasmatsu-senpai ! couina Kise lorsqu'il fut capable de le faire.

-Abrutis ! Arrête de sauter sur les gens !

Kirenai soupira avec un léger sourire et trottina vers eux. Yukio lui ayant demandé de ne pas s'incliner devant lui, elle hésita sur le façon dans elle devait le saluer. Finalement, elle lui sourit gauchement et pencha la tête en avant.

-Bonjour senpai.

-Hm, salut.

Il passa une main dans ses cheveux courts et regarda son cadet se relever difficilement.

-J'ai mal partout... geignit ce dernier.

-A qui la faute abrutis ?!

-Mais c'est toi qui m'as frappé...

Une veine palpitante apparue sur le front de l'ainé, et Sarah décida de s'éclipser avant que tout cela ne tourne mal. Elle ne tenait pas spécialement à voir Kasamatsu réellement en colère, ni Kise se faire frapper. Alors elle franchit le portail et se dirigea automatiquement vers sa salle de classe, où se trouvaient déjà quelques élèves. Certains la regardèrent passer, d'autre l'ignorèrent tout simplement, et Aoki finit par venir vers elle.

-Alors, tu retournes à l'entrainement ce soir ? demanda-t-elle sans un bonjour.

-Qu'est-ce que ça peut te faire ? soupira la blonde en secouant négligemment la tête.

Elle ne savait pas sur quel pied danser avec la brunette, elle changeait de comportement trop facilement, et elle n'était pas à l'aise. Sans compter que sa conception du basket la dérangeait profondément.

-Savoir si ça vaut le coup que je vienne regarder.

-Que je sois là ou non ne change rien.

-Si, le coach me laissera plus facilement entrer.

-Parce que ça a été facile la dernière fois ? railla Sarah.

Risa haussa les épaules et la regarda sortir ses affaires. La blonde se fit la remarque qu'elle n'avait pas fait ses leçons, et elle s'étonna de trouver ses exercices rédigés. Vu l'écriture, elle en déduit qu'il s'agissait de Kise. Elle sourit malgré elle et remercia mentalement le garçon, qui devait actuellement être soit en train de se faire tabasser par son capitaine soit de rejoindre sa classe. Aoki décida de partir devant le manque de conversation de sa camarade, et elle rejoignit sa place sans plus lui adresser un mot.

La matinée fut longue et Sarah manqua à plusieurs reprises de s'endormir. Il allait vraiment falloir qu'elle trouve une solution pour ses cauchemars, elle ne tiendrait jamais jusqu'au mois de février. Elle se demanda si en parler à Kise était une bonne idée et finit par convenir que non. Elle pouvait se débrouiller seule pour ça non ? Elle n'allait pas rester dépendante de lui toute sa vie ! Quand la sonnerie annonçant la pause repas se déclencha, elle fut une des dernières à sortir. Elle avait perdu Aoki des yeux, et se dit que ce n'était pas plus mal : pour le moment elle allait la tenir à distance histoire de se faire un avis sur elle. Elle rassembla ses affaires, étira ses membres douloureux, et sursauta lorsqu'elle croisa le regard doré de Kise qui l'attendait à la porte de sa classe. En même temps elle aurait dû se douter que les piaillements de toutes ces filles n'étaient pas simplement dus à la fin des cours... Elle lui sourit maladroitement et commença à avancer pour le rejoindre dans le couloir, s'attirant sans le vouloir des regards noirs ou jaloux. Elle prenait peut-être des risques à rester avec lui, mais de toute façon ce n'était pas comme si sa vie sociale était très développée. Une jolie fille aux longs cheveux rouges passa devant elle en courant, un grand sourire étirant ses lèvres. Elle s'arrêta net devant Kise et se mit à lui parler, avec sa belle voix cristalline et calme, et une douleur sourde commença à ronger le cœur de Sarah, qui s'était arrêté quelques rangées de table avant la sortie. Elle regarda le spectacle qui se déroulait devant elle comme si elle ne faisait pas partie de la scène, comme si elle était dans une autre dimension qui lui permettait de voir sans être vue. La réalité lui fit l'effet d'un coup dans l'estomac. Pour un peu et elle serait partie en courant pour aller vomir. A la place de ça, elle reprit sa marche, passa à côté du blond qui souriait maladroitement à l'attroupement de fille autour de lui, et elle lui glissa à voix basse :

-Je vais rejoindre les autres, on se retrouve là-bas.

Sans attendre de réponse, elle traversa le couloir, et dès qu'elle eu tourné à l'angle, elle se mit à courir aussi vite que ses jambes le lui permettaient. Elle faillit tomber dans les escaliers à cause de la foule d'élèves qui l'empêchait de progresser à sa guise, et quand l'air glacial de l'hiver lui fouetta le visage, son souffle se bloqua. Elle tituba et se stabilisa quelques mètres plus loin. Pourquoi Kise restait près d'elle alors qu'il y avait autant de jolies filles à lui tourner autour ? C'était de la pitié ? Il n'y avait que ça de toute façon, elle n'avait rien d'extraordinaire, elle n'était pas jolie, pas intéressante, et elle ne méritait pas toute cette attention de la part du blond. Mécaniquement, elle se dirigea vers le gymnase, les yeux vides. Elle voulait pleurer. Elle voulait tellement pleurer... Si elle arrêtait d'avancer, nul doute qu'elle fondrait en larmes. Elle poussa la porte, traversa le couloir, et pénétra dans la grande salle.

-Kirenai ?

Kasamatsu se releva en la voyant arriver et lui prit doucement le poignet. Rien ne lui échappait, et il détestait l'air perturbé et abattu de Sarah. Il détestait cet éclat de douleur qui brillait au fond de ses pupilles bleus.

-Je reviens, annonça-t-il à Moriyama.

Ce dernier hocha la tête et se força à adresser un sourire à la blonde. Si elle avait besoin de réconfort, il pouvait lui en apporter. Il était certainement plus doué que Yukio pour ça d'ailleurs... A supposé qu'un membre de Kaijo soit capable de réconforter qui que ce soit... Bah, Kobori était certainement le mieux placé pour ça. Il regarda son capitaine entrainer la jeune manager vers les vestiaires et soupira. Cette histoire s'annonçait compliquée...

-Alors, qu'est-ce qui t'arrive ? demanda Kasamatsu dès qu'il eu fermé la porte du vestiaire masculin derrière lui.

Kirenai enfonça ses ongles dans la paume de sa main, avant que celle de Yukio ne vienne lui saisir le poignet pour qu'elle arrête. Elle releva la tête vers lui, les larmes aux coins des yeux.

-Je...

-Qu'est-ce que cet idiot à fait ? soupira le brun, conscient que c'était de Kise qu'il s'agissait.

-Rien... souffla la blonde en secouant la tête de droite à gauche.

Ce qui était vrai, Ryouta n'avait rien fait. C'était juste elle qui déraillait complètement. Une larme traça un sillon humide en dévalant la courbe amaigris de sa joue, glissant le long de sa mâchoire pour finalement rejoindre son menton et s'écraser sur le carrelage.

-Kirenai, il va falloir que tu me parles si tu veux que je t'aide.

Il l'attira contre lui et essuya tranquillement ses larmes avec sa main libre.

-Qu'est-ce qui se passe ?

Elle avait profondément honte. La vérité, c'était qu'il n'y avait rien. Rien du tout. Elle était juste jalouse. Oui, jalouse. C'était sûrement ça. Au fond elle était juste pathétique. Pathétique et ridicule.

Tu es ridicule...

Un frisson désagréable remonta le long de sa colonne vertébrale alors que ses larmes ne faisaient que redoubler d'intensité. C'était ce que sa mère lui répétait sans arrêt.

Tu es ridicule.

Qui aurait cru qu'un mot aussi simple pouvait blesser autant...

-Sht, calme-toi...

Sans s'en rendre compte, elle s'était agrippée à la veste de Yukio et avait posé sa tête contre son corps puissant. Il n'était pas encore à l'aise avec ça, indéniablement, ses muscles étaient incroyablement contractés, mais il prenait sur lui parce qu'elle avait besoin de lui maintenant et pas quand il aurait finit de se battre avec lui-même. Il glissa une main dans ses cheveux, l'autre autour de ses hanches, non pas pour la serrer contre lui mais pour la maintenir debout, parce qu'elle menaçait de s'écrouler à tout moment.

-Je... Je comprends pas... Pourquoi... hoqueta-t-elle. Pourquoi il... Il s'embête avec une fille comme moi... Alors qu'il y a mieux tout autour... De lui...

Il réussit à comprendre ce qu'elle lui disait malgré le fait que ce soit décousu et entrecoupé par des sanglots, et il soupira profondément. Quand avait-il signé pour s'occuper des affaires sentimentales de son cadet déjà ? Il repoussa la jeune fille et lui administra un léger coup de poing sur le haut de la tête, la faisant se baisser jusqu'à ce qu'elle soit pliée en avant.

-Ecoute moi bien petite sotte, Kise resterait pas avec toi s'il en avait pas envie, et il t'aurait pas proposé de t'héberger. Tu t'es pas dit que c'était p-t'être justement parce que t'étais plus naturelle que les autres qu'il pouvait se permettre de se laisser aller avec toi ?

Les larmes avaient cessés de couler sur les joues de la blonde, qui releva timidement les yeux. Le poing de sons senpai quitta finalement son crâne et il croisa les bras.

-Franchement j'te pensais un peu plus futée que ça. Kise est pas assez con pour s'emmerder à s'occuper d'une fille si elle l'intéresse pas.

La remarque fit autant de bien que de mal à Sarah. D'accord, elle avait compris, Ryouta ne faisait pas semblant de l'apprécier. Mais est-ce que le capitaine venait de sous-entendre qu'elle était une idiote ?

-J'voulais pas dire ça comme ça... bougonna Kasamatsu en percevant le malaise de la blonde. Enfin tu m'as compris. J'pense pas que tu sois débile, t'es p-t'être même plus intelligente que la plupart des gens. Mais il faut que tu fasses confiance à Kise, et que tu fasses confiance au reste de l'équipe. Je sais que c'est pas simple, mais ça serait plus facile pour toi d'arrêter de douter de tout le monde.

-Je sais pas faire... avoua-t-elle à voix basse.

Yukio passa une main dans ses cheveux, légèrement gêné.

-Bah je sais pas, essaye de discuter avec Moriyama pour commencer. T'y arrives bien avec moi, y'a pas de raison que ça fonctionne pas avec lui.

Elle hocha la tête, loin d'être convaincue, et s'autorisa à croiser le regard acier du capitaine.

-Dis, senpai...

-Hm ?

-Est-ce que tu crois vraiment que Kise m'apprécie ?

-J'te l'ai dis, il s'emmerderait pas à t'héberger si c'était pas le cas.

Quelque part, la blonde se sentit profondément rassurée.

-Merci senpai...

-Mais si ça peut te rassurer, tout le monde t'aime bien dans l'équipe.

-Même toi...? se risqua-t-elle à demander, rentrant un peu plus la tête dans ses épaules sans savoir ce qu'elle attendait.

Le brun marqua un temps d'arrêt, ne sachant pas quoi répondre à ça. Ses joues rosirent malgré lui, et il lui tourna le dos, près à rejoindre le gymnase.

-Ouais, même moi... marmonna-t-il, juste assez fort pour que Kirenai entende.

Cette dernière fut remplie d'une joie qu'elle n'avait encore jamais ressentie, et un sourire vint éclairer son visage. Elle porta une main à sa poitrine pour sentir son cœur battre plus fort qu'il ne l'avait jamais fait. Elle s'empressa de suivre le brun, et lorsqu'elle arriva dans la salle, il était déjà installé près de Kobori qui était arrivé entre temps, tout comme le reste du cinq majeur.

-Kirenai-chan, tu m'as fait peur ! Pourquoi tu es partie aussi vite ?!

Kise lui sauta presque dessus, avant que son capitaine ne lui fasse un croche-pied, lui faisant perdre l'équilibre.

-Arrête de crier, crétin !

-Mais senpai...!

Sarah garda son sourire, passa à côté du blond affalé par terre encore en train de se plaindre, et contre toute attente, alla s'assoir à côté de Moriyama. Ce dernier fut d'abord surprit, puis il lui sourit sous le regard de Kasamatsu, qui hocha la tête en direction de Kirenai pour lui signifier qu'elle avait bien fait. La pause du repas se passa donc dans la bonne humeur, Kise ne cessait de se plaindre du trop plein de travail qu'il avait, Sarah s'amusait des tentatives de drague ridicules de Moriyama et essaya de comprendre ce que lui racontait Hayakawa, assit à sa droite, et Kobori et Yukio les regardaient faire, surveillant tout ce beau monde.

-Tu t'es attaché à elle hein ? demanda Kobori.

-De quoi tu parles ?

-Ne fais pas l'innocent. Ca tient presque du miracle que tu t'approches autant d'une fille.

-Je ne suis pas amoureux, si c'est ce que tu sous-entends. Je laisse ça pour l'autre crétin.

-Je ne dis pas que tu es amoureux, je dis juste que tu t'es attaché à elle.

-Mouais, p-t'être bien.

Le grand brun sourit et se leva, imité par le reste du groupe. Alors que les deux blonds se dirigeaient vers le bâtiment scolaire, accompagné par Hayakawa, les trois terminales restèrent quelques instants dehors.

-Elle est vraiment mignonne... souffla finalement Moriyama.

-Physiquement ou mentalement ? voulu s'assurer Kobori.

-Les deux.

-Bas les pattes, crétin... grogna Kasamatsu.

Le Shooting Guard s'écarta de son capitaine sans trop savoir ce qu'on lui reprochait.

-Ne cherche pas, il joue le grand frère protecteur.

-Oi Kobori, la ferme ! cracha le grand frère en question.

-Et de toute façon elle est déjà dans la ligne de mire de Kise, acheva le pivot. Quoi que je ne suis pas sûr que ce crétin s'en soit vraiment rendu compte...

-C'est sûrement le cas... murmura Moriyama.

Il continua de fixer la direction qu'avait prit le trio quelques instants plus tôt.

-Elle a vraiment l'air fragile...

Kasamastu ne répondit pas. Il ne souhaitait pas leur parler tout de suite des pulsions suicidaires de la jeune fille, il préférait qu'ils commencent par lui faire confiance pour être sûr qu'il n'y ait aucun rejet lorsqu'il le leur annoncerait. S'il leur annonçait...

-La Winter Cup est pour bientôt, tu crois qu'elle sera capable de gérer le stress de la compétition d'ici là ? demanda Kobori.

-Je ne me fais pas de soucis pour elle. Et puis de toute façon, c'est à nous de faire en sorte qu'il n'y ait pas de problème. C'est notre rôle d'ainé.

-Décidément... J'aurais jamais cru te voir comme ça un jour... s'amusa le pivot.

-Un grand frère hein...? continua Moriyama.

-Vous avez finit de vous foutre de ma gueule tous les deux ?!

-Bah, je peux comprendre, ce n'est pas une honte de la prendre comme ta petite sœur tu sais ? Après tout tu n'as que deux petits frères, c'est normal de vouloir la protéger elle aussi.

Un lourd silence tomba alors et deux paires d'yeux se dirigèrent vers Moriyama.

-Depuis quand est-ce que tu es intelligent toi ?

-Tu me fais peur des fois...

-Wow, c'est pas sympa ! cria le Shooting Guard.

Ils se chamaillèrent encore pendant quelques instants, avant que finalement ils ne reprennent leur sérieux et ne se dirigent vers leur salle de classe.

-J'imagine que vous avez raison, j'ai tendance à la protéger comme si elle était ma sœur...

-C'est pas plus mal, sourit Kobori. Elle a besoin de soutien, ça se voit.

Le capitaine hocha la tête. Oui, peut-être qu'il la prenait pour sa petite sœur...

-Faute, numéro 8, balle au blanc !

Kasamatsu récupéra le ballon et fit une passe à Moriyama. Depuis le banc, Sarah scrutait le moindre mouvement de l'adversaire, notant tout ce qui pouvait être utile sur son calepin. Elle grimaça en voyant que contrairement à ce qu'elle s'était dit, les épaules de Kise ne semblaient pas aller beaucoup mieux. Cela n'affectait pas son jeu, mais sur le long terme, nul doute qu'il serait pénalisé. Sans compter qu'il boitait un peu plus à chaque minute qui passait.

-Coach, je pense qu'il faudrait faire sortir Kise-kun, finit-elle par dire.

-J'y pensais aussi.

Il se leva pour aller demander un changement à la table du chrono, et elle jeta un coup d'œil aux autres joueurs sur le banc.

-Qui remplace Kise normalement ? demanda-t-elle.

Elle s'auto-persuadait qu'elle avait une certaine autorité auprès d'eux, bien qu'en réalité il n'en soit rien, et elle si dit qu'elle avait quand même beaucoup de chance d'être tombée chez Kaijo. Il y belle lurette qu'on l'aurait rembarré dans pas mal d'autres lycées...

-Moi.

Un garçon grand, presque aussi grand que Kobori, aux cheveux tirant sur le blond cendré et avec des lunettes leva la main, un sourire aux lèvres.

-Je suis Nakamura Shinya, se présenta-t-il.

-Enchanté.

Elle s'agenouilla devant lui et tira la feuille avec le plan du match sur le terrain. Elle se souvenait avoir évalué du regard ce joueur, et connaissait ses compétences par cœur, autant qu'elle connaissait celle de tous ceux présents actuellement.

-Bien, tu marqueras le numéro cinq.

Elle commença à lui expliquer la stratégie qu'elle comptait adopter, misant sur la défense du garçon.

-Laisse les rebonds à Kobori et Hayakawa, contente-toi de les empêcher d'entrer dans la raquette. Ils ne sont pas assez précis et entrainé pour tirer des trois points.

L'équipe de Kaijo menait actuellement quatre-vingt à cinquante-six, et il restait une dizaine de minutes de match.

Finalement, le ballon se retrouva hors jeu et Kise fut sortit.

-Je compte sur toi, lança Sarah à Nakamura.

Ce dernier se retourna et lui sourit, avant de frapper dans la main de Kise qui étrangement ne protestait pas au fait de sortir. Il s'assit sur le banc, en sueur, respirant profondément pour calmer sa respiration. Une serviette lui tomba sur la tête, et le temps qu'il relève la tête, Sarah était déjà agenouillée devant lui, ses deux mains sur la jambe blessée de Ryouta.

-Depuis quand est-ce que tu as mal ?

-C'est rien, juste le match contre Tôô qui a été un peu rude.

-Une blessure, ce n'est jamais rien dans le monde du sport Kise Ryouta, ce n'est pas à toi que je vais apprendre ça, trancha-t-elle.

Ses doigts palpèrent avec douceur son muscle endoloris.

-Comment est-ce que tu t'es fait ça exactement ?

-Juste un match où j'ai trop forcé, rien de grave je t'assure.

Le regard noir que lui adressa la blonde le fit tressaillir, et il déglutit difficilement. Elle lui faisait vraiment peur des fois...

-Ce n'était pas ma question.

-On a joué contre Aominecchi pour la demi-finale de l'Inter-High. J'ai été obligé de jouer sérieusement, je voulais vraiment le battre. Mais au final je n'ai pas réussit à le copier comme je le voulais et je me suis blessé. Ca nous arrive souvent à nous autres de la génération des miracles de nous blesser parce que notre corps n'arrive pas à suivre notre talent.

-Tu restes sur le banc jusqu'à la fin du match.

-Quoi ?!

-Pas de protestation.

-Mais Kirenai-chan ! Je peux pas rester assis alors que les autres jouent !

Un poing bien plus petit que celui de Kasamatsu percuta sa tête, et il couina de surprise et de douleur.

-Tu arrêtes de protester ! C'est un ordre, tu ne bouges plus ! Tu sais dans quel état est ton muscle crétin ?! Et tes épaules sont tellement tendues que tu vas te luxer quelque chose si tu continues comme ça !

Il releva timidement la tête vers sa manager et resta estomaqué face à son expression profondément peinée.

-D'accord, je vais rester là... souffla-t-il.

La blonde hocha la tête et retourna s'assoir à côté du coach, à l'opposé de Kise. Elle détestait les gens qui n'étaient pas capable de prendre soin de leur corps. C'était pourtant ce qui leur permettait de briller autant de leur discipline favorite, mais ils jetaient ce don par la fenêtre sous prétexte qu'ils étaient suffisamment doués pour se le permettre. Ce n'était pas le cas. Ils étaient aussi humains que les autres.

-Tu as peut-être été un peu dure avec lui.

Elle tourna la tête vers le coach, qui ne détourna par son regard du terrain un seul instant.

-Si je ne l'avais pas fait, il serait retourné jouer avant la fin. Il faut qu'il comprenne que ce n'est pas parce qu'il est doué qu'il peut se permettre de jouer avec sa santé.

Il hocha la tête et elle retourna à ses notes, enregistrant uniquement les performances de ses joueurs pour les matchs, l'issu de celui qui se jouait étant déjà fixé. Lorsque le coup de sifflet finale retentit, l'équipe de Kaijo était à quatre-vingt quatorze points et l'autre à soixante. Après le salut, ils se dirigèrent vers les vestiaires et le coach les félicita quelques instants, avant de faire le point sur ce qui n'allait pas. Sarah se tenait dans un coin, jetant de vagues regards à Kise qui n'avait encore rien dit. Est-ce qu'elle l'avait blessée ? Déjà ? Cela ne faisait pas une semaine qu'ils se connaissaient et déjà elle avait réussit à le froisser... Soit elle était totalement stupide, soit elle était incapable de maintenir une relation avec qui que ce soit. Un frisson désagréable remonta le long de sa colonne vertébrale et elle serra plus fermement son calepin contre elle. Elle faisait tout foirer. Qu'est-ce qu'elle s'était imaginée ? Ce n'était pas parce qu'il l'accueillait chez lui que tout irait bien. C'était même sûrement maintenant que tout allait se compliquer. Parce qu'elle était juste incapable de lier une amitié avec qui que ce soit. Pourquoi la douleur était-elle en train de lui ronger le cœur...? Elle voulait évacuer sa frustration, sa colère, son dégout envers elle-même, et au moment où elle se dit qu'elle pouvait toujours sortir pour aller aux toilettes et démolir un miroir afin de se procurer un objet contendant, elle croisa le regard acier de Kasamatsu. Elle déglutit difficilement, elle se sentit comme une petite fille prise en flagrant délit de subtilisation de bonbons, sauf qu'actuellement, ce n'était pas des bonbons qu'elle volait mais son sang qu'elle voulait faire couler.

-Bien, vous pouvez y aller, on se retrouve lundi soir pour l'entrainement.

Sarah voulut sortir immédiatement, échapper à Kise, échapper à Kasamatsu, même si elle ne savait pas où elle irait, mais une main ferme et chaude lui saisit le poignet et la tira en arrière.

-Kasamatsu ? appela Moriyama.

-Partez devant, on vous rejoint après.

Comme il sentait la blonde prête à protester, il resserra sa prise sur son avant-bras.

-Kise, tu peux rester là cinq secondes ?

-Hm ? Qu'est-ce qu'il y a senpai ?

-Ferme la porte.

Le cœur de Sarah rata un battement. Qu'est-ce qu'il comptait faire là ?! Elle essaya de se dégager, se tortillant maladroitement pour lui faire lâcher prise, mais à la place de ça elle se retrouva maintenue contre le torse de Yukio, et lorsqu'elle tourna la tête pour lui faire face, elle déglutit difficilement. Dire qu'elle était effrayée aurait été un euphémisme.

-Qu'est-ce que tu pensais faire ?!

-Rien...

-Menteuse.

Il la poussa jusqu'au banc et alors qu'elle allait se relever, il plaqua sa main contre son épaule et la garda assise.

-Je répète : qu'est-ce que tu pensais faire ?

Un couinement plaintif lui échappa alors qu'une larme glissait lentement le long de sa joue.

-Kirenai-chan...?

Kise s'approcha doucement d'elle et s'agenouilla pour pouvoir la regarder malgré le fait qu'elle ait la tête baissée.

-Qu'est-ce qui t'arrive ?

-Je... Je suis désolée...

Kasamatsu soupira et secoua négligemment la tête de droite à gauche. Ce qu'elle pouvait l'agacer des fois...

-Clairement, qu'est-ce que tu comptais faire ? Si je ne t'avais pas attrapée avant que tu ne sortes, où est-ce que tu serais allée ?

La dernière fois que Yukio l'avait surprise à deux doigts de faire danser le couteau dans sa chaire, il lui avait collé une gifle assez magistrale. Peut-être était-ce parce qu'elle craignait qu'elle ne le frappe à nouveau qu'elle gardait le silence. Elle rentra sa tête dans ses épaules, se mordit vivement la lèvre, et ferma les yeux. Trop tard, les larmes coulaient déjà à flot. Dieu ce qu'elle pouvait être pathétique...

-Kirenai-chan... Si tu veux qu'on t'aide il va falloir que tu nous parles...

Venant du principale responsable de son état, c'était assez risible. Mais bon, il n'était pas obligé de le savoir. Elle secoua la tête, faisant voler ses mèches blondes. Yukio posa une main sur sa tête et laissa ses doigts glisser entre les fils dorés. Si elle ne voulait pas parler, il ne pouvait pas vraiment l'y obliger même s'il aurait aimé en être capable. Il pouvait toujours la rassurer. Oui, ça il devait en être capable... Elle hoqueta, son souffle se bloqua pendant quelques secondes, le temps pour elle de tousser, à deux doigts de s'étouffer avec sa salive. Un sanglot lui déchira la gorge moins de trois secondes plus tard, et elle s'appuya à cette main rassurante posée sur sa tête. Elle avait désespérément besoin de contact. Kise s'assit à côté d'elle et passa un bras autour de ses épaules après que son senpai lui ait envoyé un regard noir, lui ordonnant de faire quelque chose. Elle se laissa complètement aller contre lui, et lorsqu'il lui fit signe de poser sa tête contre son épaule, elle ne se fit pas prier.

-Ca va aller Kirenai-chan... On va rentrer, tu vas prendre une douche chaude pour te détendre, et après tu vas aller te coucher, ça ira mieux demain...

Kasamatsu ne trouva pas le courage de le frapper pour sa connerie. Il se contenta de lever les yeux au ciel et ramassa son sac de sport.

-Dépêchez-vous tous les deux, on va finir par être enfermer dans le gymnase.

Kise resta quelques instants collé à Sarah, la regardant tenter de se calmer et finalement, il soupira.

-Tu ne m'as pas vexé tu sais ? Tu as raison, je n'aurais pas pu retourner sur le terrain sans empirer mon état. Je le sais. Je suis juste trop immature pour m'en rendre compte tout de suite. Je suis désolé si tu as eu l'impression que je te rejetais.

Elle tourna timidement la tête vers lui, les yeux légèrement écarquillés et brillants à cause des larmes. Elle était belle. Il le savait déjà, depuis le temps qu'il avait le loisir de la regarder, mais il y avait toujours un drôle d'éclat qui brillait dans ses yeux après ses crises de larmes. Et il aimait cet éclat. Il ne savait pas exactement comment le qualifier, si c'était de la reconnaissance ou autre chose, mais il aimait la voir comme ça. Parce qu'il avait l'impression qu'elle allait mieux, qu'elle voulait vivre, qu'elle voulait se battre.

-On y va ?

-Hm...

Elle semblait fatiguée, affreusement fatiguée, mais elle trouva la force de se lever.

-C'est bon ? demanda Kasamatsu lorsqu'ils le rejoignirent dans le couloir.

-Oui senpai, on peut y aller !

-Arrête de crier crétin !

Le blond fut forcé de partir en courant pour échapper au coup de son ainé, et profitant de ce moment sans personne autour, il se tourna vers Sarah.

-Ecoute, si ça te reprend, je veux que tu me préviennes, même si c'est juste par message, même si tu as réussis à te contrôler, je veux être au courant. C'est compris ?

Elle hocha piteusement la tête, la tête basse.

-Si un soir tu ne te sens pas de rester chez Kise pour une raison x ou y, hésite pas, ma porte t'es ouverte.

Elle écarquilla doucement les yeux et releva la tête juste à temps pour apercevoir les rougeurs qui maculaient les joues de Yukio. Elle n'eut même pas le temps de se faire la remarque qu'elle ne savait pas où il habitait, elle avait déjà hoché la tête.

-Merci senpai...

-C'est normal...

Ils rejoignirent Kise qui trépignait d'impatience dans le hall, et Sarah les regarda se chamailler. ou plutôt Ryouta se faire taper dessus. Deux sentiments se partageaient son cœur : la joie d'avoir trouver une protection en acier qui portait le nom de Kise et Kasamatsu, et la peur sourde, tenace, froide, vicieuse, celle qui l'empêchait de dormir la nuit.

-Je crois que je t'ai rendu accro à quelque chose...

La seule chose à laquelle Shuta l'avait rendu accro, c'était à la douleur et aux insomnies.