Okay... Vous avez le droit de me lyncher, allez-y, mon retard est inadmissible, mais j'ai plus ou moins des excuses... Déjà, toujours pas d'ordi potable, donc voila... Ensuite, vraiment pas le courage, pas le moral, pas l'énergie pour corriger ce chapitre... Et enfin pas beaucoup de temps. Mais pour me faire pardonner je vais poster d'autres chapitres dans l'aprème. Voila je sais que je suis incorrigible, je m'en excuse. Bonne lecture quand même !


Chapitre 8 :

Les bruits de la nuit l'avaient toujours inquiétée. Lorsqu'elle dormait dehors, elle ne pouvait jamais se sentir en sécurité. Il y avait toujours un grincement inexpliqué, un cri, un bruit sourd... Même depuis l'appartement de Kise, elle les percevait toujours. Et l'habitation silencieuse ne l'aidait pas. Elle se tourna encore une fois sur le canapé du blond, essayant de trouver une position confortable, attendant le moment où, enfin, elle s'endormirait. Sans succès. Elle avait froid. Si c'était à cause de la température ambiante du salon ou des sueurs froides qui lui glaçaient l'échine, elle n'en savait rien. Elle se tourna de nouveau et fixa la télé éteinte. Elle frissonnait, grelotait, et faisait de son mieux pour ne pas claquer des dents. Manquerait plus que ça... Elle finit par se lever, n'en pouvant plus d'être allongée, la peur la tenaillant. Celle d'aller dans la cuisine, de prendre un couteau, et de commettre une faute qui lui vaudrait la perte de la confiance de Kasamatsu. Celle de refaire un cauchemar, de sentir ses mains contre sa peau, son souffle dans son cou... Sa voix qui lui donnait des frissons, encore aujourd'hui...

Elle tituba, l'obscurité lui faisait perdre tous ses sens, et elle se rattrapa à un mur. Mécaniquement, elle trouva le chemin de la chambre de Kise. Après de longues négociations avec ce dernier, elle avait réussit à le forcer à dormir dans son lit plutôt que sur le canapé, prétextant que s'il ne reposait pas ses muscles correctement, il ne pourrait jamais jouer et elle le priverait de match jusqu'à ce qu'il soit totalement remis. L'autorité de la manager était apparemment grande... Elle le trouva étendu sur le flanc, sa tête reposant sur l'un de ses bras, l'autre étendu le long de son corps. Il semblait calme, comme à chaque fois qu'elle le regardait dormir, ce qui arrivait assez souvent.

Elle avança timidement et alla s'agenouiller devant lui, regardant ses paupières closes, la façon dont sa mâchoire se crispait de temps en temps... Elle dégagea du bout des doigts une mèche blonde qui tombait sur son visage, et comme les fois précédentes, posa sa tête sur le lit, sa main toujours en contacte avec Ryouta. Elle avait besoin de contact.

-Kirenai-chan...?

Elle sursauta tellement vivement qu'elle manqua de tomber en arrière. Elle releva vivement la tête et croisa les iris dorées embrumées par le sommeil de Kise.

-Qu'est-ce... Qu'est-ce que tu...

-Hm ?

Il se frotta un œil étira mollement l'un de ses bras, et se redressa sur un coude.

-Qu'est-ce qu'il t'arrive ? réussit-il à articuler.

L'envie de partir en courant se terrer dans le canapé commença à s'insinuer dans l'esprit de Sarah, ce qui devait être du stress lui tordait l'estomac, et elle déglutit difficilement. La lune étant cachée, la pièce était plongée dans une obscurité quasi complète. Seule la lumière des réverbères de la rue laissant un halot doré dessiner le contour des objets.

-Kirenai-chan...?

Elle croisa par erreur le regard de Kise et ne pu détourner la tête. Sa beauté la frappait à chaque fois qu'elle avait le malheur de s'attarder un peu trop sur son visage. Il lui sourit doucement, la tête encore embrumée par le sommeil, et se décala jusqu'au mur pour lui faire de la place.

-Allez viens.

-N... Non... Je vais retourner me coucher, désolé de t'avoir réveillé.

Elle se releva trop vivement pour que ce soit normal, et alors qu'elle allait partir à grandes enjambées, son poignet se retrouva emprisonné dans la main de Ryouta.

-Kirenai-chan, il est hyper tôt, et j'ai pas envie de négocier tout de suite, alors s'il te plait ne proteste pas... C'est pas la première fois que je te retrouve par terre quand je me réveille, alors viens, si t'arrive pas à dormir toute seule c'est pas grave.

Il lâcha doucement son bras lorsqu'il fut sûr qu'elle n'allait pas faire demi-tour et il retomba contre son oreiller, la regardant se rapprocher du lit avec une hésitation évidente. Il était conscient que ce qu'il lui demandait n'était pas anodin, dormir avec un garçon devait la perturber, mais il ne voulait pas qu'elle se prive de sommeil alors qu'il pouvait l'aider. Et ce n'était pas comme s'il comptait tenter quoi que ce soit de toute façon...

-Je ne vais pas te manger Kirenai-chan...

-Je sais...

Sa voix ressemblait à un souffle fragile, et il essaya de lui sourire pour la rassurer. Elle finit par s'assoir, et glissa ses jambes sous les couvertures que le blond s'empressa de rabattre, comme s'il avait peur qu'elle ne se relève soudainement.

-Allez, maintenant on dort, on parlera demain.

Il la regarda poser sa tête sur l'oreiller et lui tourner instinctivement le dos, avant de lui-même faire face au mur. Oui, ils parleraient demain... Il ne mit que deux secondes à se rendormir, un sourire apaisé aux lèvres.


-Putain de boulot à la con...

Risa ferma la porte arrière de la boutique à clef et fourra le trousseau dans sa poche. Si elle n'était pas obligée de gagner de l'argent pour pouvoir payer son loyer, il y aurait bien longtemps qu'elle aurait cessé de bosser. Prendre les commandes de types à moitié ivres morts n'était définitivement pas son truc, sans compter que c'était elle qui avait dû faire la fermeture ce soir. Par conséquent, elle s'était retrouvée seule dans un bar mal éclairé, à deux heures du matin. On faisait mieux comme samedi soir. Ou plutôt dimanche matin vu l'heure peu avancée. Elle ajusta son sac en bandoulière sur son épaule et secoua la tête. Elle était crevée. En plus de cela, il faisait froid, et elle n'était pas tout près de chez elle. Vu l'heure, il n'était pas question de s'attendre à attraper un bus, elle allait devoir marcher. Heureusement qu'elle était un minimum sportive... Elle commença à avancer sur le trottoir désert, se remémorant sa journée qui avait été des plus banales. Un frisson remonta le long de sa colonne vertébrale alors qu'elle se rappelait de la main brûlante d'un client qui l'avait attrapé par le bras. Heureusement que son patron refusait catégoriquement qu'on touche à ses serveuses... Dans d'autres bars de ce genre, si cela avait pu lui rapporter un peu d'argent, il n'aurait pas hésité à le laisser l'embarquer dans une chambre à l'étage. Mais là où elle travaillait, les clients avaient le droit de regarder, de parler, mais certainement pas de toucher. La plupart des employés étaient mineurs, et ça la foutrait mauvaise si l'une d'elle portait plainte pour viol. Alors le patron faisait gaffe. Là dessus, Aoki ne pouvait pas trop se plaindre.

-Oi oi oi, qu'est-ce qu'on a là...? Une jolie brunette un peu perdu...

Ca, ce n'était pas bon signe... Ses muscles se bandèrent d'eux même et elle se retourna doucement. Deux hommes d'environ vingt-cinq, peut-être trente ans se tenaient là, les yeux brillants. Non, définitivement pas bon...

-La jolie brunette vous emmerde ! cracha-t-elle avant de se rendre compte qu'elle aurait mieux fait de partir en courant.

-Oh, elle a du caractère la demoiselle.

Le plus grand des deux fit un pas en avant, Risa eu le réflexe d'en faire un en arrière, mais cela ne fit qu'agrandir le sourire de l'homme.

-Elle est pas farouche la gamine...

C'était le moment. Elle se retourna vivement et partit en courant, aussi vite que ses jambes le lui permettaient. Elle pouvait les semer. Oui, elle pouvait le faire. Elle tourna à gauche au prochain croisement, elle entendait les chaussures de ses assaillants frapper durement le bitume, lui prouvant qu'ils la suivaient. Mais elle arriverait à les semer. Oui, elle y arriverait... Elle réussit à rejoindre la grande artère, encore un peu fréquentée malgré l'heure, et continua de courir sur quelques mètres. Tant qu'il y avait du monde autour d'elle, elle ne risquait rien. Elle s'appuya à la devanture d'un magasin, reprenant son souffle, pliée en deux. Elle jeta un coup d'œil par dessus son épaule, pour croiser le regard désormais brillant de rage d'un des deux hommes. Mais il fit demi-tour et s'éloigna, l'air de rien. Elle soupira de soulagement, se redressa et étira son dos douloureux. Voila pourquoi elle détestait faire la fermeture... Elle rejoignit son appartement au pas de course et s'y enferma à double-tour, ne prenant même pas la peine d'allumer la lumière. Elle éjecta ses chaussures dans un coin et soupira.

-Journée de merde...


-Aoki-san, si tu pouvais arrêter de me suivre, ça m'arrangerait.

-Ah ? Pourquoi ?

-Parce que si tu veux assister à l'entrainement, tu n'as qu'à faire comme tout le monde au lieu de te servir de moi comme d'une excuse.

-Rien à voir, j'y serais allée même si t'avais pas été là.

-Bah voyons... Je suis sûr que si je demandais à Kise ou Kasamatsu, ils me diraient que tu n'y étais pas les soirs où je n'y suis pas allé.

-Tch...

Cela faisait désormais trois semaines que Sarah vivait chez Kise, et deux semaines qu'elle évitait tant bien que mal le moment où ils auraient la fameuse discussion sur ses insomnies, qu'elle parvenait tant bien que mal à repousser depuis le soir où il l'avait invité à rester dormir dans sa chambre. Elles se rendaient toutes les deux à l'entrainement, comme d'habitude, et lorsqu'elles eurent passé la porte du gymnase, Risa continuant de crier après la blonde, qui bien qu'énervée restait stoïque. Kasamatsu ne pu s'empêcher de soupirer.

-Elles ne s'arrêtent jamais ces deux là... grogna-t-il.

Il envoya le ballon qu'il tenait dans le panier et regarda Sarah poser ses affaires, sortir ses feuilles et se diriger vers le coach. La brune qui l'accompagnait se laissa tomber sur le banc, comme toujours, et se mit à regarder l'entrainement. Il ne lui avait jamais vraiment parlé, il acceptait qu'elle vienne parce que c'était la seule amie de Sarah, mais c'était bien tout. Et puis elle ne dérangeait pas vraiment puisqu'elle restait silencieuse presque tout le temps. Sauf quand elle s'énervait après la petite blonde. La blonde en question semblait d'ailleurs aller un peu mieux. Elle parlait sans problème aux joueurs du cinq majeurs et souriait de plus en plus. Il sourit en la voyant partir en trottinant pour taper Kise avec son bloc de papier parce que ce dernier discutait avec ses fans au lieu de s'entrainer. Ce type était un idiot...

-Qu'est-ce que tu regardes Kasamatsu ? demanda Kobori en s'approchant de son ami.

-L'autre idiot se faire recadrer.

-Ah oui ?

Le brun laissa un sourire amusé étirer ses lèvres, se moquant bien du regard menaçant que lui lançait son capitaine.

-Kirenai-san à l'air d'aller mieux, tu ne trouves pas ?

-Retourne t'entrainer.

Yukio ponctua son ordre par un coup de poing dans l'épaule, et le pivot partit sans demander son reste, bien qu'il sache parfaitement avoir visé juste. L'entrainement se déroula normalement, le stress de la Winter Cup commençait à se faire sentir, et chacun donnait le meilleur de lui-même. Fort heureusement, les épaules de Ryouta semblaient aller mieux, tout comme sa jambe, bien que pour cette dernière cela reste assez incertain. Aussi Sarah lui interdit de trop dunker pendant les entrainements pour ménager ses appuis. Il ne protesta pas bien qu'à sa tête, il était facile de deviner qu'il n'était pas spécialement d'accord.

-Ce sera tout pour aujourd'hui, vous pouvez aller vous doucher.

Les paroles du coach firent s'arrêter tous les ballons et chacun cessa de courir. La plupart des joueurs se précipitèrent vers les douches, d'autres terminaient de ranger le matériel, et Sarah disparu à la suite de Kise et Kasamatsu, laissant Risa seule sur le banc. Elle arqua un sourcil en revenant sur terre, se rendant compte qu'elle était désormais seule, dans la quasi pénombre. Les lumières avaient été éteinte, et seule restait celle argentée de la lune. Elle soupira, se leva, et se dirigea vers une caisse de ballon. Cela faisait longtemps qu'elle n'avait pas joué... Trouver des adversaires s'avérait plus compliqué que prévu lorsqu'on était une fille. Sans compter que malgré le fait qu'elle soit assez grande pour une fille, elle ne payait pas de mine face aux joueurs de street. Difficile d'être prise au sérieux dans ces conditions. Elle dribbla mollement jusqu'à la ligne des lancers francs et cessa de faire rebondir le ballon. Elle grimaça en se souvenant des remontrances de Sarah par rapport à son style de basket. Remontrances devenues quotidiennes, et qui étaient généralement le début de leurs disputes. Mais pourtant, elles étaient toujours ensemble, sans pouvoir s'expliquer pourquoi elles n'arrêtaient tout simplement pas de se parler.

Elle leva le ballon au-dessus de sa tête, positionna ses mains du mieux qu'elle pu et tira. Le ballon rebondit contre l'arceau, en fit une fois et demi le tour, et s'écrasa par terre sans tomber dans le cerceau. Elle fronça les sourcils, plissa les yeux, et laissa ses bras reprendre leur place initiale. Oui, cela faisait vraiment longtemps qu'elle n'avait pas joué... En même temps, elle n'avait jamais été excessivement douée en tirs. Elle alla chercher le ballon qui avait roulé un peu plus loin et retourna à la ligne s'entrainer pendant une petite dizaine de minutes. A chaque tir qu'elle réussissait, elle reculait d'un pas. Elle se retrouva assez vite à la ligne des trois points, et elle arma son tir. Elle inspira profondément, essaya de détendre ses muscles, et plissa les yeux pour bien viser le panier.

Elle sursauta vivement et manqua de lâcher la balle lorsque deux mains se posèrent sur les siennes.

-Tu ne te positionnes pas bien.

Cette voix... Elle fronça les sourcils. Pour qui est-ce qu'il se prenait...? Sa main droite lâcha rapidement le ballon et elle donna un coup de coude en arrière. Pour ne rencontrer que du vide.

-Qu'est-ce que...

-Sérieusement, je distribue des coups à l'autre abruti à longueur de journée, tu penses vraiment pouvoir m'avoir comme ça ?

Le ballon tomba au sol lorsque Kasamatsu déplaça sa main censée corriger celle de Risa, saisissant l'avant bras de la brune avant qu'elle ne retente quoi que ce soit.

-Lâche-moi ! siffla-t-elle.

Elle tourna la tête vers lui, et il fronça les sourcils en rencontrant ses iris noisettes brillantes de rage.

-Oi, calme-toi, j'voulais juste corriger ta façon de tirer.

Il relâcha doucement son bras et recula lentement de quelques pas, sur ses gardes. En fait cette fille était juste complètement barrée... Elle se retourna vers lui, les muscles bandés. Il arqua un sourcil face à ses réflexes défensifs. Elle pensait sérieusement qu'il allait lui sauter dessus ? Alors qu'il avait déjà fait un effort énorme pour s'approcher d'elle et poser ses mains sur les siennes ?

-Laisse tomber... soupira-t-il.

Il secoua négligemment la tête, la toisa avec mépris pour avoir essayé de frapper son ainé, et il tourna les talons.

-Ferme derrière toi quand tu partiras.

Il sortit du gymnase, assez énervé sans trop savoir pourquoi. Déjà, pourquoi avait-il été la voir ? A la base, il voulait juste savoir d'où venait le bruit de ballon qui résonnait dans la salle, et il l'avait vu tirer. Il l'avait regardé faire pendant quelques minutes, et lorsqu'elle s'était retrouvée à la ligne des trois points, il avait remarqué qu'elle n'ajustait pas sa façon de tenir la balle. Alors il avait simplement voulu aller la corriger, et elle, tout ce qu'elle trouvait à faire, c'était de l'agresser ! Sérieusement, après on se demandait pourquoi il se tenait éloigné de la gente féminine... Ca lui apprendra à essayer de rendre service, tient. Il prit le chemin du retour sans plus regarder en arrière. Pourtant, il ne pouvait effacer le souvenir de la jeune fille, tirant un panier à mi-chemin entre la ligne des lancers-francs et des tirs à trois points. Elle était douée, assurément, bien que sa façon de jouer restait assez conventionnel. D'après ce qu'il en avait vu en tout cas. Elle n'égalait pas Kise, ni aucun joueur de son équipe, mais pour une fille, elle se débrouillait. A bien y repenser, il n'avait jamais regardé l'équipe féminine de Kaijo jouer. Il n'avait pas le temps. Ou plutôt il se persuadait qu'il n'en avait pas. Plus il était loin du sexe opposé, mieux c'était.

-Pourquoi je me prends la tête avec ça de toute façon... grommela-t-il pour lui-même.

Il devenait comme Kise : il se posait beaucoup trop de questions inutiles.


-Hors de question !

-Est-ce que tu veux que je t'interdise de jouer parce que tes épaules seront encore dans un sal état si tu dors sur le canapé ?!

-C'est déjà inadmissible que tu es dormis dans le salon, il n'est même pas envisageable que ça recommence alors que je ne suis plus blessé !

S'il y avait bien une chose pour laquelle il ne tombait jamais d'accord, c'était sur lequel d'eux deux dormirait dans la chambre. Et c'était presque tous les soirs la même chose... Ils se regardèrent en chien de faïence pendant encore quelques secondes, Kirenai les bras croisés sur sa poitrine et Kise, juste en face d'elle, essayant de se montrer ferme alors qu'il peinait à rester sérieux face aux joues gonflés comme un hamster de la blonde et à la débilité de leur querelle.

-Ou alors, finit-il par dire, j'installe un futon au pied du lit et on y dort chacun notre tour.

Sarah cligna des yeux plusieurs fois, avant de soupirer et de laisser ses bras retomber contre ses flancs. Parfois, elle se demandait pourquoi Ryouta mettait autant de temps à trouver des solutions aux problèmes. Surtout ce genre de problème. Après tout cela faisait trois semaines qu'ils se faisaient la guerre pour savoir qui dormirait où, alors qu'il y avait une alternative toute simple.

-Et tu ne pouvais pas le dire plus tôt ? soupira-t-elle.

-Je vais prendre ça pour un oui.

Il lui sourit, et se dirigea presque en sautillant vers sa chambre. Depuis le temps, elle en avait l'habitude. Elle le regarda disparaitre dans le couloir et se laissa tomber sur le canapé. Elle repensa à sa journée, et finit même par remonter jusqu'à sa rencontre avec Kise. Il y avait eu Kasamatsu, Aoki, Moriyama, Kobori, Hayakawa, et tous les autres. Et avant cela, il y avait eu la rue, le froid, la faim, la soif, la peur et la douleur. Encore avant, ses parents, son ancien lycée, et toujours la peur. Quand avait-elle commencé à s'insinuer en elle ? Elle ne savait même plus. Par réflexe, elle porta sa main à son poignet et appuya un peu dessus. Quand avait-elle trouvé refuge dans la mutilation ? Elle n'avait même pas envie de mourir, juste de se faire encore plus mal, de se dire qu'il y avait toujours pire que sa douleur morale, de pouvoir évacuer toutes ses peurs à travers son sang qui glissait le long de son bras... Peut-être était-elle devenue accro à ce sentiment de culpabilité et de honte qui la rongeait le lendemain, et peut-être qu'elle passait pour une masochiste à penser de la sorte. Mais elle n'y pouvait rien. Tout ce dégout envers elle-même lui donnait une bouffée d'air après chaque mutilation, un instant de répit qui repoussait loin toute la peur et la souffrance. Même si dans ces instants, elle ne pouvait pas se regarder dans un miroir tellement elle se faisait pitié.

-Kirenai-chan...?

Kise s'approcha doucement d'elle et s'agenouilla par terre, posant ses deux mains sur les genoux serrés de la blonde. Elle pleurait. Elle ne s'en était même pas rendu compte. Les larmes s'étaient mises à silencieusement tracer leur route le long de ses joues. Ryouta remarqua que la ligne de sa mâchoire était bien moins visible que lorsqu'il l'avait vu pour la première fois.

-Qu'est-ce qu'il t'arrive ?

-Rien... Absolument rien...

Il n'était pas dupe, pas idiot malgré ce que Kasamatsu ne cessait de lui répéter, et il fronça les sourcils. Cela sautait aux yeux qu'il y avait quelque chose qui n'allait pas.

-Kirenai-chan, s'il te plait, parle-moi...

Elle releva sur lui ses yeux bleus électriques baignés de larme. Pourtant, ils restaient étonnamment ternes. Comme sans vie. Comme si elle ne ressentait aucune émotion. Ce qui était faux, évidemment, s'il y avait bien une émotion prédominante chez elle c'était la douleur. La peur aussi, et ça il s'en était vite rendu compte. Elle détestait le silence, elle détestait être seule dans le noir, et elle détestait les espaces trop grands. Elle avait mis beaucoup de temps à s'habituer son appartement, à ne plus sursauter aux bruits désormais familiers tel que la ventilation du frigo ou le sèche-linge qui se mettait en route. Désormais, elle était chez elle.

-C'est rien, je repensais juste... A avant.

Kise fronça les sourcils. A bien y réfléchir, il ne connaissait presque rien de son passé. Il s'était posé des questions, certes, mais il n'avait jamais osé les formuler à voix haute de peur que la blonde ne se renferme sur elle-même. Il n'oubliait pas non plus qu'il était censé lui parler de ses insomnies. Il avait bien vite compris qu'elle évitait par tous les moyens le sujet, et il lui avait facilité la tâche en la questionnant sur tout et n'importe quoi -surtout n'importe quoi- sauf sur ça. Il s'assit à côté d'elle sur le canapé et tourna la tête pour regarder par la baie vitrée. Il sentait dans le silence gêné et terrifié de Sarah qu'elle avait compris de quoi ils allaient parler.

-Kirenai-chan, est-ce que tu voudrais bien me parler de la vie que tu avais avant d'arriver à Kaijo...?

Les secondes passèrent, et les doigts fins de la blonde s'accrochaient aux bords de sa jupe.

-Qu'est-ce que tu veux savoir ? finit-elle par souffler.

Elle sentait son corps trembler sous la peur et l'appréhension. Elle l'avait su dès le début qu'ils seraient forcés d'en parler un jour ou l'autre, et même si elle avait tout fait pour éviter ça, elle était peut-être un peu soulagée de lui en parler. La question maintenant, c'était de savoir jusqu'où elle pouvait se confier.

-On peut commencer par ta famille... proposa-t-il en tournant son beau visage vers elle.

-Il n'y a pas grand chose à dire... Ils étaient chacun champions dans leur discipline, ils m'ont envoyé ici pour le lycée...

-Ce n'était pas vraiment ce que je voulais dire. Leur personnalité, tes rapports avec eux... Et pourquoi ils t'ont laissé venir à Kaijo sans argent et sans logement...

Elle ne répondit pas tout de suite et essaya de se rappeler le visage de ses parents. Sans grand succès. Elle se rappelait des iris bleus de son père, toujours désintéressées, toujours fuyantes ; et celles vertes de sa mère, accusatrices, mais qui avaient forcément un jour été aimantes. De vagues silhouettes. Et c'étaient tout.

-Ma mère était maniaque. Dans le sens maladif du terme je pense. Tout devait être fait comme elle le souhaitait, et sans la moindre erreur. Elle n'acceptait pas que je puisse être différente des autres adolescents de mon âge, qu'avoir des bonnes notes n'étaient pas synonyme d'acceptation sociale. Je n'avais jamais le droit de me plaindre, et je ne l'ai jamais fait. Mon père était plus discret, et peut-être que je partageais plus de chose avec lui qu'avec ma mère... Il travaillait beaucoup, on ne se voyait pas tant que ça, et il se rangeait souvent du côté de ma mère même si cette dernière avait tort. Quand j'ai eu seize ans, et vu mes résultats aux examens à la sortie du collège, ils ont décidés que je devais intégrer un lycée plus prestigieux que tous ceux que nous avions chez nous. J'ai commencé mon année scolaire à Kirisaki Dai Ichi. Mais j'ai demandé à changer, parce que ça ne se passait pas bien du tout là-bas. Mes parents n'étaient pas d'accord. J'étais la honte de la famille. Alors ils m'ont dit que si je voulais changer d'établissement, je devrais me débrouiller. Et c'est ce que j'ai fais.

Un long silence s'installa. Les pupilles de Kise étaient dilatées presque au maximum, et son regard ne se détachait pas du visage presque stoïque de Sarah. Elle regardait droit devant elle, dans le vide, et ses yeux bleus étaient ternes. Il n'avait jamais vu aussi peu de vie dans le regard de la blonde.

-Kirenai-chan c'est...

-Je n'aurais peut-être pas dû changer de lycée. C'est ce que je me répète souvent.

-Non, tu as bien fais, si ça ne se passait pas bien il valait mieux que tu partes. Mais tes parents n'auraient jamais dû te laisser comme ça.

Il hésita à la prendre dans ses bras et finit par se raviser. Il avait d'autres questions, il se laisserait aller en câlins plus tard. Mais il ne savait pas si c'était une bonne chose de continuer...

-Tu veux savoir autre chose ? demanda-t-elle.

Sa voix semblait au moins aussi éteinte que ses yeux.

-Pourquoi... Pourquoi est-ce que tu fais des insomnies ?

Un spasme nerveux secoua les épaules de la jeune fille et elle ferma les yeux pendant quelques secondes. Il avait le droit de savoir. Ce n'était que Kise. Elle le connaissait maintenant. Alors elle pouvait... Le lui dire...

-J'ai eu des problèmes à Kirisaki Dai Ichi. Avec un garçon. Et ça m'empêche de dormir correctement.

N'y tenant plus, Ryouta l'attrapa vivement par les épaules et la serra contre lui de toutes ses forces, comme si elle allait disparaitre, comme si ses bras puissants pouvaient la protéger du monde extérieur et l'empêcher de tomber en poussière. Il l'avait vu, cette douleur sourde et cette peur démesurée qui avaient soudain ranimées les yeux bleus de Sarah. Une terreur telle qu'il n'en avait jamais vu sur son visage. Et il ne voulait pas la voir comme ça. Il la sentait grelotter contre son torse puissant, et peut-être qu'il l'étouffait à la serrer de la sorte, mais il ne pouvait pas s'en empêcher.

-Je suis désolée Kirenai-chan, je n'aurais jamais dû te demander ça...

Il se mordit la lèvre inférieure et ferma les yeux en sentant une larme tomber dans son cou et se glisser sous son t-shirt.

-C'est... Pas de ta faute... hoqueta-t-elle.

Ravaler ses larmes semblait impossible. Elle peinait à respirer entre ses sanglots et les bras de Kise autour d'elle, mais elle en redemandait presque, s'accrochant toujours plus à son t-shirt.

-Je ne peux juste pas... Dormir sans y repenser... Et je... Ca me fait peur...

-C'est bon Kirenai-chan, ça suffit pour ce soir...

Il la repoussa gentiment et posa son front contre celui de Kirenai. Il ancra son regard doré dans le sien et essaya de lui sourire.

-Si je reste pas loin de toi, ça devrait aller non ? On va dormir dans la même chambre, alors tu auras juste à tendre le bras pour que je sois là.

Elle étouffa un sanglot et essuya maladroitement ses larmes.

-Oui... Ca devrait... Aller...

Quelques spasmes contractèrent encore ses poumons, et elle ne résista pas quand Ryouta l'aida à se relever.

-On va aller se coucher, ça ira mieux demain...

Il la guida jusqu'à la chambre et la força à s'allonger dans son lit. Il prenait le futon, ça lui allait très bien.

-Repose-toi... Si tu ne te sens pas mieux demain, tu n'iras pas en cours, je dirais que tu étais malade.

-Non, ça devrait aller... Je pense...

Il lui sourit, et par réflexe, déposa un léger baiser sur son front.

-Bonne nuit...

Elle ne répondit pas, ses joues prenant une légère teinte rose, et bientôt le corps massif de Kise n'était plus dans son champ de vision. Le blond retourna dans le salon pour éteindre toutes les lumières et lorsqu'il fut finalement près à aller se coucher à son tour, il fut surprit de constater que la jeune fille ne dormais pas encore. Il s'allongea sur le futon et tendit la main, tâtonnant sur le matelas qui était bien plus haut que son futon, pour finalement trouver la main de Sarah.

-Je suis juste là Kirenai-chan...

Il n'obtint aucune réponse, juste une légère pression sur ses doigts qui lui indiqua qu'elle l'avait entendu et compris.