Comme promis, j'espère en poster encore un peu aujourd'hui... Bonne lecture !


Chapitre 9 :

La Winter Cup approchait à grands pas, et Sarah avait finit par trouver au moins une ébauche de stratégie pour tous les concurrents possibles. Sa tête était pleine de matchs enregistrés qu'elle avait visionné pendant une bonne partie de la nuit et elle soupira en frottant ses tempes douloureuses. La bonne nouvelle, c'était que les cours étaient presque terminés. Après ça, elle aurait juste à coacher la bande d'idiots qui servaient d'équipe de basket à Kaijo, et elle pourrait rentrer chez elle supporter les bavardages incessants de Kise. Soirée peu reposante, certes, mais étonnamment, elle y trouvait une tranquillité certaine, une espèce de réconfort, de sérénité. Elle avait un chez elle où rentrer.

-Oi la blonde, tu fais quoi après les cours ?

Elle grogna de mécontentement et sans lever la tête, tourna tranquillement la page de son livre.

-Aoki Risa, si tu pouvais arrêter de m'appeler « la blonde », et accessoirement, arrêter de me poser la même question chaque soir alors que tu connais très bien la réponse, ça m'arrangerait.

-Tch...

La brune secoua la tête et chassa une mèche de cheveux qui tombait sur son visage. Ni l'une ni l'autre ne savaient pourquoi elles continuaient de se parler alors que c'était généralement pour se chamailler, et elles ne cherchaient pas vraiment à trouver de réponse. Par ailleurs, Risa continuait de s'incruster aux entrainements, toisant chaque personne qui tentait de la faire changer d'avis comme si elle allait lui sauter dessus dans la seconde pour la dépecer. Même Sarah ne savait pas pourquoi elle continuait de venir. Si le travail en équipe la répugnait à ce point, il valait mieux pour elle qu'elle s'éloigne d'une équipe aussi soudée que Kaijo, non ?

Kirenai se leva doucement de sa chaise, rangea son livre sur les capacités musculaires humaines, et elle sortit de la classe après avoir salué ses camarades. C'était le genre de chose qui ne lui serait jamais arrivé à Kirisaki Dai Ichi, pour la simple et bonne raison que là-bas, c'était la loi du plus fort, et les plus faibles se faisaient bouffer de toutes les façons possibles. Elle frissonna à cause de ce mauvais souvenir et se força à penser à autre chose. Elle débarqua dans le gymnase en avance, comme d'habitude, et regarda la caisse de ballon non loin. Etrangement, elle aimait cet endroit. C'était là qu'elle se sentait le mieux dans le lycée, pour une raison qu'elle ne parvenait pas à identifier. Peut-être parce que c'était là qu'elle avait rencontré Kise et Kasamatsu. Certainement.

-Déjà là ?

Elle se tourna vers Yukio avec un sourire et trottina gentiment vers lui.

-Bonjour senpai, chantonna-t-elle lorsqu'elle fut à sa hauteur.

-Kise m'a dit que t'avais passé presque toute ta nuit à regarder des matchs.

-La Winter Cup approche, il faut que j'ai mémorisé toutes les techniques des adversaires dangereux.

-Si c'est pour que tu nous claques entre les doigts parce que t'as pas assez dormis, oublies ça tout de suite.

-Je fais attention.

-Bah voyons...

Le capitaine lui ébouriffa gentiment les cheveux et sourit en la voyant tenter de se soustraire à ses doigts. Cependant, son air redevint grave en peu de temps.

-On a un match amical aujourd'hui.

-Contre qui ? demanda curieusement la blonde.

C'était assez rare qu'ils aient des matchs amicaux qui surgissent comme ça, c'était généralement planifié depuis au moins deux semaines pour laisser le temps à l'équipe d'étudier les adversaires. La réponse de Yukio mettait du temps à venir et la peur commença à doucement s'insinuer dans le cœur de la blonde.

-Kise m'a raconté ce que tu lui avais dit à propos de ton passé.

-Et ? couina Sarah, qui commençait à comprendre où était le problème.

Inspirant profondément, Kasamatsu se força à garder un air impassible.

-On va jouer contre Kirisaki Dai Ichi.

Il aurait pu lâcher une bombe dans le gymnase que ça aurait certainement fait le même effet. Sarah sentit son souffle s'arrêter et ses oreilles se mirent à bourdonner désagréablement. Bien qu'elle l'ait vu venir, elle n'arrivait tout simplement pas à se faire à l'idée qu'elle allait revoir l'équipe de basket de son ancien lycée. Malgré les apparences, elle avait entretenu une relation presque amicale -et seulement presque- avec le capitaine, Hanamiya Makoto, mais le problème était le suivant : Shuta faisait partit de cette équipe. Et donc il serait là. Pire encore, il serait peut-être sur le banc, ce qui voulait dire qu'il pouvait se lever quand il le désirait. Et s'il décidait de venir la voir ? Qu'est-ce qu'elle ferait ? Hanamiya n'avait jamais spécialement apprécié ce type, mais il l'avait accepté dans l'équipe pour sa façon de jouer. Alors quand Sarah avait eu de gros ennuis avec Shuta, elle avait bénéficié de la "protection" du capitaine, et donc de celle de Seto, les deux étant inséparables.

-Ca ira ? voulu s'assurer Yukio devant le teint anormalement pâle de la jeune fille.

-Je pense...

-Nakamura restera avec toi de toute manière, je vais pas te lâcher toute seule avec ces connards dans le coin.

Elle hocha piteusement la tête et essaya de se calmer. Elle ne risquait rien. Shuta n'allait pas l'agresser en plein milieu du gymnase. Et même si c'était le cas, elle ne risquait rien : Kobori le dépassait certainement et n'hésiterait pas à le foutre à la porte, sans compter Kise, Kasamatsu, Moriyama, Hayakawa, et pas mal d'autres joueurs avec qui elle avait sympathisé.

-Tu devrais aller te changer, murmura-t-elle.

-Ouais...

Il se dirigea vers la porte des vestiaires, jetant tout de même un dernier regard en arrière. Kirenai semblait totalement désorientée. Il soupira et pénétra dans le vestiaire vide. Ca s'annonçait compliqué...

Tenter de remettre de l'ordre dans sa tête s'était avéré plutôt compliqué. Admettre qu'elle allait revoir son ancienne équipe de basket était déjà une épreuve. Elle n'avait jamais nourris d'attrait particulier pour ce sport avant de rencontrer Shuta, et par extension, de rencontrer Hanamiya Makoto. Le reste de l'équipe, excepté Seto, lui était plutôt inconnu. Elle inspira profondément. Revoir Hanamiya ne la gênait pas, elle ne l'avait jamais détesté, il en avait été de même pour lui, mais l'idée même de croiser Shuta lui filait des sueurs froides. Elle serra les poings, déglutit difficilement, et décida que se ronger les sangs ne servirait à rien. Elle allait inquiéter Kise et Kasamatsu pour rien -sans compter le reste du cinq majeur- et s'il y avait bien une chose qui pouvait être pire que revoir les élèves de Kirisaki Dai Ichi, c'était de perdre un match contre eux. Elle se dirigea vers la remise et prit tout le matériel dont elle pourrait avoir besoin, alla tout installer, et se laissa tomber sur le banc une fois sa tâche terminée. Elle se sentait soudain fatiguée, comme au bout de sa vie.

-Kirenai-chan !

Elle se tourna vers Kise, qui trottinait gaiement vers elle. Pourtant elle voyait clairement que derrière son visage souriant se cachait du stress et une pointe de colère.

-Kise...

-Kasamatsu-senpai m'a dit qu'on allait jouer contre ton ancien lycée.

Il posa avec une certaine douceur sa main sur la tête de la blonde et lui ébouriffa les cheveux.

-On va les battre, je te le promets.

-Y'a intérêt... murmura-t-elle.

Il lui sourit un peu plus sincèrement et rejoignis le reste du cinq majeur, la démarche tout de même un peu raide. Il était remonté, Sarah le savait. Et elle comprenait. Elle se demanda l'espace d'un instant si lui dire la vérité avait été une bonne idée. Certainement pas, après mûres réflexions. Cela allait forcément altérer sa façon de jouer. Cela se voyait largement à ses muscles déjà bandés alors que l'échauffement n'avait pas commencé. Il risquait la blessure, c'était évident. Elle s'en voudrait s'il ne pouvait pas jouer à la Winter Cup.

-Ne te tracasse pas, lui souffla Kasamatsu.

Elle sursauta vivement et se retourna vers lui. Elle ne l'avait pas entendu arriver, et elle se força à lui sourire. Elle n'allait pas l'inquiéter lui aussi.

-Il sait ce qu'il fait.

-Je ne veux pas qu'il se blesse à cause de moi.

Yukio soupira et lui assainit une légère tape dans la tête.

-Tu te fais vraiment trop de soucis. Il n'est pas idiot à ce point là, il sait ce qu'il doit faire. Alors fais-lui un peu confiance pour une fois.

-Je lui fais confiance... marmonna-t-elle.

-Je vois ça...

Il lui sourit et lui ébouriffa une dernière fois les cheveux.

-Au fait, ta copine est pas là ? demanda-t-il. A... A...

-Aoki, et ce n'est pas mon amie. Elle m'a demandé si je venais, mais après elle est partie...

Il hocha vaguement la tête, lança un regard noir aux groupies de Kise qui avaient déjà investies les gradins, et marmonna une vague injure à l'attention du blond.

-Bon, fais ton job, et ça va bien se passer. De toute façon, on est meilleur qu'eux.

Elle hocha la tête et remercia intérieurement Yukio, qui s'éloignait déjà pour démarrer l'échauffement.

-Au fait, le coach n'est pas là ? demanda-t-elle en regardant autour d'elle.

-Réunion de fin de trimestre. C'est toi qui gère la séance aujourd'hui, lui répondit la capitaine avec un demi-sourire.

Super... Elle allait donc se retrouver seule sur le banc -avec les remplaçants, certes, mais dans sa tête cela équivalait à être seul.

-Excusez le retard, lança une voix horriblement moqueuse.

Sarah sentit son cœur s'arrêter, puis repartir à vive allure. La peur revenait au triple galop, lui enserrait la gorge et l'estomac, lui comprimait la cage thoracique. Elle allait vomir.

-Ca va, vous êtes à l'heure, répondit Kasamatsu, soudain sur les nerfs.

-Tant mieux dans ce cas.

Kirenai se tourna vers l'équipe de Kirisaki Dai Ichi et croisa immédiatement le regard d'Hanamiya. Elle lui fut infiniment reconnaissante de capter toute son attention : sans ça elle aurait inévitablement cherché Shuta des yeux, et il le savait.

-Ca faisait un bail, Kirenai.

-Bonjour Hanamiya...

Elle avait parlé tellement bas qu'elle douta qu'il l'eu entendu, mais son sourire qui s'était élargit lui prouva le contraire.

-Bon, où est-ce qu'on peut s'échauffer ? demanda le capitaine de Kirisaki Dai Ichi en se tournant vers Yukio.

Ce dernier avait froncé les sourcils, et si Sarah s'était retourné, elle aurait pu remarquer que Kise s'était rapproché d'elle.

-L'autre moitié de terrain.

D'un signe de tête, Makoto ordonna à ses joueurs d'aller se mettre en place. Kirenai fit de son mieux pour trouver une occupation et ainsi ne pas croiser Shuta lorsqu'il passerait inévitablement à côté d'elle, mais elle n'eu pas à se donner cette peine : Hanamiya s'avança vers elle et lui offrit par sa simple présence une protection bien plus efficace que n'importe quoi d'autre.

-Je ne pensais pas te revoir ici.

-Je ne suis pas manager depuis longtemps...

-Pourtant tu es douée.

Ce n'était pas un compliment -si Hanamiya en faisait, ça se saurait- c'était juste un constat, et la pure vérité. Makoto le savait pour s'être servit des connaissances de la jeune fille pour établir des stratégies. Le sang de Sarah se glaça dans ses veines lorsqu'elle sentit un bras frôler le sien, et elle se retourna vivement. Des cheveux châtains clairs, des épaules musclés sans pour autant que ce soit excessif, et ce dos qu'elle aurait reconnu entre mille sans pour autant savoir ce qui le différenciait des autres : pas de doute, c'était Shuta. Comme pour le lui confirmer, il se retourna alors qu'il n'était qu'à quelques pas d'elle, et un grand sourire autant mauvais que moqueur étira ses lèvres.

-Salut Kirenai-chan. Toujours vivante ?

-Shuta...

-Oi, qu'est-ce que tu comprends pas quand j'ordonne d'aller vous échauffer le merdeux ? demanda Hanamiya.

Si son expression restait ennuyée, il y avait clairement de la menace dans ses paroles, et une aura sombre l'avait soudain entouré. Même Sarah en avait frissonnée, alors qu'elle était loin d'en être la cible.

-Ca suffit ces conneries, intervint Kasamatsu.

Il attrapa Sarah par le poignet et lui fit signe d'aller s'occuper de l'échauffement du côté de Kaijo. Il lança un regard noir à Shuta, qui resta déstabilisé quelques instants. Cependant, il reprit rapidement contenance et son regard passa de son capitaine à celui de l'équipe adverse. Il finit par hausser les épaules, conscient qu'il n'était pas avantagé contre eux. Déjà que contre Makoto seul il n'en menait pas large... Il rejoignit le reste de l'équipe en trottinant et lança un dernier regard indescriptible à Kirenai. Le match s'annonçait intéressant.

-Ca va Kirenai-chan ? demanda immédiatement Kise lorsqu'il vit la blonde s'approcher.

-Ca pourrait être pire...

-Qu'est-ce qu'ils te veulent ces abrutis ? grogna Moriyama.

Ce dernier, pour une raison ou pour une autre, avait décrété qu'aucun autre mec, en dehors du club de basket, n'avait le droit de l'approcher, malgré le fait qu'elle ait tenté de lui faire comprendre qu'elle n'était pas leur propriété exclusive. Peine perdue.

-Rien. Juste de vieilles histoires sans importance. Tout va bien se passer. Concentrez-vous plutôt sur le jeu.

Elle tira une feuille de son porte-vue et commença à tracer un terrain au crayon de bois.

-Bon, on va utiliser la même technique que pour le dernier match que vous avez joué. Mais il faudra que vous soyez bien plus rapide, et que vous preniez en compte les modifications qu'on y a apporté aux derniers entrainements. Basez votre attaque sur Kise, et défendez un maximum. Ne vous laissez pas avoir, malgré ses airs de meneur tranquille, Hanamiya-kun est un bon tireur. Méfiez-vous aussi de Seto-san, lorsqu'ils sont ensemble, ils peuvent intercepter presque toutes les passes.

-C'est impressionnant que tu en saches autant sur eux... souffla Kobori.

-Je... Les ai déjà vus jouer. Je connais leur tactique.

Elle se sentait un peu mal de leur mentir de la sorte, mais si elle leur disait la vérité, elle savait qu'ils joueraient moins bien et qu'ils feraient plus de faute. Déjà qu'elle n'était pas rassurée pour Kise et Kasamatsu, inutile d'affecter tout le cinq majeur.

-Faites de votre mieux.

-J'vais p(r)end(r)e tous les (r)ebonds ! hurla Hayakawa.

Un soupire collectif lui répondit, mais sa bêtise avait au moins le mérite de redonner le sourire à Sarah.

-Je compte sur vous.

Elle lança un ballon à Kobori pour qu'ils commencent l'échauffement, et elle regagna son banc. Kasamatsu passa devant elle après avoir terminé sa discussion avec Hanamiya et lui ébouriffa les cheveux au passage.

-Match amical ?

Elle se retourna et hocha la tête.

-Je ne pensais pas que tu viendrais.

-Le prof d'anglais voulais me voir... marmonna Aoki.

Elle se laissa tomber sur le banc à côté d'elle et jeta un coup d'œil à l'équipe adverse.

-Y'a un mec qu'arrête pas de te regarder... fit-elle remarquer en fronçant les sourcils. Grand, les cheveux châtains...

-Je sais, la coupa Sarah.

Elle sentait le regard pesant de Shuta depuis qu'elle avait laissé le cinq majeur.

-Ils sont forts ?

-Kirisaki Dai Ichi ?

-Tu vois une autre équipe ? cingla Risa avec un sourire mauvais.

Sarah soupira et se retint de répondre à sa provocation.

-Ils se débrouillent. Ils sont même plutôt doués. Mais ils ont une technique de jeu assez spécial et pas vraiment réglementaire.

-Ah ?

-Ils sont experts en fautes.

-C'est possible ça ?

Avec un hochement de tête, la blonde regarda les deux cinq majeurs se faire face. Le match allait commencer, et comme toujours, Seto n'était pas encore sur le terrain. Le contraire l'aurait étonné... Aoki se surprit à chercher Kasamatsu parmi les dix joueurs, et lorsqu'elle s'en rendit compte, elle fit de son mieux pour penser à autre chose. Ce connard l'avait vraiment perturbé quand il l'avait surprise dans le gymnase ! Ca avait d'ailleurs été la seule fois où elle était restée essayer de tirer. Pas envie de retomber sur lui. Pourquoi, ça, elle n'en savait rien. Ce n'était pas comme s'il lui faisait peur, ni rien de ce genre. En fait, il se comportait bien avec elle. Mais elle ne voulait pas.

-Qu'est-ce qui se passe avec Kasamatsu-senpai ?

-De quoi tu parles ? grommela Risa.

-Tu me prends vraiment pour une idiote hein...? soupira la blonde en secouant la tête.

-Que tu es.

Le match commença, le ballon fut facilement récupéré par Kaijo grâce à Kobori, et Kasamatsu dribla prudemment afin de faire une bonne passe.

-Tu n'arrêtes pas de le regarder, expliqua calmement Sarah.

-Pas du tout.

-Je ne suis pas aveugle.

-Il manquerait plus que ça.

-Tu pourrais essayer d'être sérieuse pour une fois et arrêter de me prendre de haut ?

-Ah ? Je fais ça moi ?

Avec un sourire amusé, Risa regarda Kirenai se détourner d'elle pour noter vaguement quelque chose sur sa feuille de match. Bof, après tout elle ne risquait rien à lui en parler...

-Il s'est rien passé, c'est juste qu'il a essayé de me corriger à mes tirs un soir et j'l'avais pas entendu arriver.

-Et donc ?

-Bah donc je lui ai gueulé dessus.

-Pourquoi est-ce que ça ne m'étonne pas de toi...?

-Tch...

Ravi de son retournement de situation, Kirenai laissa un sourire prendre place sur ses lèvres. Elle en oubliait presque que Shuta était sur le terrain...

-Et où est-ce que c'était ?

-Ici, après l'entrainement.

-Tu restes tirer après les entrainements toi ?

-Je l'ai fais une fois, et ça m'a suffit...

-Je ne comprends pas pourquoi tu as flippé...

-Parce qu'il est arrivé derrière moi sans que je ne m'y attende. Et je n'ai pas flippé, démentit Risa.

-S'il y a bien une personne avec qui tu ne risques rien c'est lui. A mon avis il a déjà dû faire un sacré effort pour s'approcher de toi...

-Et alors ? grommela la brune.

Un premier panier fut inscrit par Kaijo sans une grande résistance de la part des adversaires, et Risa commença à se demander si Kirisaki Dai Ichi était vraiment dangereux.

-Je dis juste que tu devrais éviter de partir au quart de tour comme tu le fais d'habitude.

-Pour ce que ça te fait de toute façon...

-On ne parle pas de moi.

Aoki soupira et secoua la tête.

-J'suis pas partie au quart de tour.

-Bah voyons...

-Et qu'est-ce que t'en sais toi de toute façon ?!

-Je te rappelle que j'étais là quand tu as faillis tabasser un gars de la classe d'à côté la semaine dernière.

-Ce connard avait...

-Faillit renverser sa canette de soda sur ton bureau, oui, je sais.

Sarah sourit en se faisant la remarque qu'elle connaissait plutôt bien la brunette malgré le fait qu'elles se crêpaient le chignon au bout de trente secondes lorsqu'elles étaient ensemble. Elle se rappela alors du jour où elle avait rencontré Aoki, après une entrée -très- fracassante de Kise. Elle lui avait trouvé un genre de double personnalité, qui au final s'était estompée pour ne garder que la pire des deux.

-Kaijo va les laminer là, non ? grogna Risa en arquant un sourcil après un panier à trois points de Moriyama.

-Certainement...

La vérité, et tout le monde le savait, c'était qu'aucune des deux équipes ne voulait dévoiler son jeu avant la Winter Cup. Alors si on se basait là dessus, Kaijo avait l'avantage, même sans Kise.

-Et toi ? demanda Aoki.

-Quoi moi ?

-Le mec qui te regarde comme s'il allait t'égorger depuis t'a l'heure, c'est qui ?

-Un connard...

-Et à part ça ?

Depuis le temps qu'elles se fréquentaient, soi un peu plus d'un mois, Sarah avait appris à arrêter de rester sur la réserve avec elle. Elle ne se sentait pas obligée de parler correctement, de faire attention à ce qu'elle faisait, et de ce fait, elle disait clairement ce qu'elle pensait.

-Un mec avec qui j'ai eu des problèmes quand j'étais dans son lycée...

Au vu du frisson qui avait secoué la petite blonde, Aoki décida que poser d'autres questions n'était pas le choix le plus judicieux qui s'offrait à elle. Shuta récupéra le ballon, un grand sourire goguenard aux lèvres, et remonta le terrain. Il jeta un coup d'œil à Sarah, et elle put y sentir toute la haine, la violence, la mesquinerie et la moquerie qu'il abritait. Elle déglutit difficilement, soudain assaillit par une vague de mauvais souvenirs, et malgré ses efforts pour se concentrer sur autre chose, elle ne parvint qu'à aggraver son malaise.

-Tu peux t'occuper de l'équipe cinq minutes ? J'ai besoin de prendre l'air...

-J'suis pas ta boniche, tu m'prends pour...

Risa ne termina pas sa phrase, déconcertée par le teint blafard de Kirenai. Bon, tout compte fait elle avait peut-être besoin de sortir.

-Vas-y, je les gère... grommela-t-elle.

Elle récupéra le bloc de feuille et le crayon de la blonde, la regarda se lever maladroitement, et la suivit du regard jusqu'à ce qu'elle soit dans le couloir des vestiaires. Pendant ce temps, Kise avait récupéré le ballon qu'avait toujours Shuta. Kasamatsu lui avait demandé de le marquer, et le blond se faisait une joie d'enchainer les interceptions. Ce type ne lui plaisait pas, il ne savait pas pourquoi. Après mur réflexion, aucun membre de Kirisaki Dai Ichi ne lui inspirait confiance, mais celui là en particulier avait quelque chose qui l'énervait. Peut-être les coups d'œil qu'il ne cessait de jeter à Kirenai. D'ailleurs, il l'avait vu sortir... Il restait encore beaucoup de temps avant la fin du premier quart temps, et jusque là, il ne pouvait pas se permettre de se déconcentrer. Kasamatsu avait été très clair là dessus : aucune faute n'était tolérée.

-Oi Kise, la passe ! l'interppela Kobori.

Shuta avait décalé sa main en conséquence, pensant que le blond allait envoyer le ballon au pivot, mais il ne devait pas avoir un sou de jugeote pour penser ainsi. Un dribble rapide sur la gauche lui permit d'esquiver le joueur au dossard numéro huit, et il expédia la balle directement dans les mains de Moriyama qui inscrivit un trois points sans aucune difficulté. Le reste du premier quart temps se déroula sans accroc, avec un score de vingt-quatre à sept pour Kaijo.

-Où est Kirenai-chan ?! cria presque Ryouta en arrivant près de Risa.

Il se reçu un double coup, le premier venant de Yukio et le second d'Aoki, et cette dernière lui fit signe de s'assoir.

-Elle voulait juste prendre l'air, elle va pas mourir si tu l'as laisses cinq secondes. En attendant c'es moi qui m'occupe de vous. Même si là vous avez pas trop besoin de conseils...

-Ils ne se donnent pas à fond... marmonna Kobori, dépité.

-Je p(r)end(r)ais tous les (r)ebonds ! s'écria Hayakawa sans raison apparente.

-C'est pas la question crétin, marmonna Kasamatsu.

Ce dernier jeta un vague regard à Risa, qui soupirait de dépit. Il n'était pas totalement stupide, il avait bien remarqué qu'elle le regardait de temps à autres, et cela le troublait. Etonnamment, il ne se sentait pas trop mal à l'aise avec elle, peut-être parce qu'elle ne ressemblait pas à toutes ces filles qui tournaient autour de Kise : déjà elle avait des cheveux incroyablement courts. Elle avait un caractère bien à elle, elle aimait le basket -chose rare, si on oubliait les membres de l'équipe féminine-, elle ne courait pas après les membres de leur équipe, et elle n'hésitait pas à frapper Ryouta. Ce dernier point exprimait suffisamment la différence d'Aoki par rapport au reste de la gente féminine. Quoi que, on ne pouvait pas dire que Sarah se comportait comme les fans du blond avec ce dernier. Pourquoi est-ce qu'ils avaient pioché les deux filles les plus bizarres du lycée au juste ?

-Bon, faites ce que vous avez à faire. Démolissez-les, mais évitez de montrer tout ce que vous avez.

Elle lança un regard très appuyé à Kise pour bien lui faire comprendre que c'était surtout valable pour lui, et elle les laissa retourner sur le terrain.


Bilan du match... Quatre-vingt dix-sept à quarante-quatre. Et ça crevait les yeux que Kirisaki Dai Ichi avait joué n'importe comment. Même Risa en était déçu. Elle ne comprenait pas cette arrogance qu'avait certain joueur, qui leur permettait de décider si un match valait la peine d'être joué ou non. C'était le genre de chose que même elle ne faisait pas. L'équipe de Kaijo ne méritait même pas de félicitations, bien que les spectateurs se fassent une joie d'en distribuer depuis les gradins.

-Ca me dégoute... marmonna Moriyama.

-T'es pas le seul, acquiesça Kobori.

-A quoi ça servait de demander une rencontre amicale si c'était pour jouer aussi mal ?! continua le shooting guard.

-Arrêtez de vous plaindre... grogna Yukio, bien qu'à sa tête ça se voyait qu'il n'en pensait pas moins.

-J'imagine que vous pouvez aller vous changer, déclara Risa en commençant à ranger les affaires de Sarah.

Ladite Sarah n'avait d'ailleurs pas refait surface, et Kise se précipita hors du gymnase pour aller la chercher. Il était inquiet comme jamais. Il n'aimait pas l'avoir hors de son champ de vision, c'était un fait, sans pour autant qu'il puisse comprendre pourquoi.

-Kirenai-chan ?! appela-t-il.

Le manque de réponse le poussa à contourner le gymnase, et il finit par la trouver, assise par terre contre la ligne de robinet qu'ils utilisaient pour boire après les entrainements en été. Il faisait froid dehors, et lui-même frissonnait dans la pénombre troublée par la lumière solitaire d'un lampadaire. Alors il ne fut pas étonné de voir que Sarah avait les lèvres bleuies, les doigts semblables à ceux d'un cadavre, et elle grelottait tellement qu'il entendait sa mâchoire claquer alors qu'il était à plusieurs mètres d'elle.

-Kirenai-chan !

Il se précipita vers elle et son premier réflexe fut de la prendre dans ses bras pour la réchauffer.

-Kise...

Il sentit une goutte tomber dans son cou et passer sous son t-shirt, lui donnant un nouveau frisson. Elle pleurait.

-Sht... Ca va...

-J'a... J'arrive pas...

Il se mordit la lèvre inférieure et resserra encore son étreinte.

-Ca va aller... On va rentrer, tu es gelée.

-Je ne veux pas... Le voir...

-Je sais...

En vérité, le blond ne savait pas. Par cette simple phrase, il comprenait juste que celui qui avait fait du mal à Sarah avait joué contre lui, et qu'il n'en avait rien su. Peut-être était-ce mieux comme ça, mais il n'était pas capable de s'en rendre compte dans l'état actuel des choses.

-Allez viens...

Il la souleva sans problème du sol pour la remettre sur ses jambes, s'étonnant encore de son poids plume.

-Ca va aller... répéta-t-il.

Il la fit avancer jusqu'à l'entrée du gymnase, et il la fit pénétrer dans le vestiaire masculin. Les joueurs du cinq majeur étaient à la douche, les autres s'étaient changés et commençait à partir par groupe.

-Assieds-toi. Je reviens, je ne serais pas long.

Il la regarda s'installer, elle ne cessait de trembler, et il posa sur elle sa veste de jogging en espérant que cela la réchaufferait. Dans le même temps, il faisait passer son t-shirt par dessus sa tête, dévoilant sans honte son torse musclé par l'entrainement. Il ouvrit son casier, attrapa vaguement des affaires pour se doucher, et rejoignis les autres avec la ferme intention de faire gaffe à ce qu'aucun d'eux ne sorte de la petite pièce sans être un minimum habillé. Choquer Kirenai ne faisait pas partit de ses plans dans l'immédiat.

De son côté, la petite blonde regardait dans le vide. Elle entendait un ballon rebondir dans le gymnase, et elle se fit la vague remarque que ça devait être Risa.

Ses mains qui glissent encore sur sa peau, tellement vite qu'elle ne sait même plus où elles sont... Sa voix suave... Dieu qu'elle aurait aimé ne pas comprendre ce qu'il disait... Mais elle était bien trop consciente de l'instant présent, elle voulait se soustraire à ces caresses qui ne lui faisait que du mal... Comment en était-elle arrivée là...?

-Si on n'était pas dans un couloir, je pourrais faire bien plus...

Elle en venait à bénir leur position, qu'elle maudissait quelques secondes plus tôt. Plus jamais elle ne pourrait traverser ce couloir comme avant... Un couloir de son lycée qu'elle empruntait pourtant toutes les semaines...

Un long frisson remonta le long de son échine, et elle secoua la tête pour faire disparaitre ces souvenirs.

-Ca va ?

Elle se tourna vers Kasamatsu, qui venait de rejoindre son casier, vêtu d'une chemine blanche à peine fermée et de son pantalon d'uniforme scolaire. Face au regard légèrement troublé de la blonde, il désigna la salle de douche d'un coup de tête.

-Kise nous a fait une scène pour qu'on soit un peu habillé en sortant.

-J'aurais pu...

-Nan, c'est bon, te tracasse pas, ça va tuer personne.

La blonde soupira, consciente qu'elle n'aurait pas le dernier mot avec lui.

-Au fait Kasamatsu-senpai...

-Hm ?

-Avant de partir est-ce que tu pourrais... Aller voir Aoki ? Je crois qu'elle est encore dans le gymnase...

-Pourquoi ?

Il était clairement surpris, et pendant quelques secondes, Kirenai se demanda pourquoi elle avait décidé de se lancer dans cette discussion. C'était totalement ridicule, on ne lui avait rien demandé, mais elle n'avait trouvé que ça pour se changer les idées. D'ici peu elle serait chez elle, avec Kise, et elle ne penserait plus à rien...

-Juste comme ça... Même si elle ne l'avouera jamais, et elle n'en a sûrement pas conscience, je suis sûre qu'elle t'aime bien...

Yukio se sentit rougir comme une tomate, et pour ne pas que ça se voit, il se tourna vers son casier et termina de s'habiller. Le reste du cinq majeur arriva peu après lui, et pour une fois, chacun s'habilla en silence. Peut-être était-ce leur victoire trop facile qui leur restait en travers de la gorge...

-Bon, bonne soirée, grogna le capitaine.

-Kasamatsu-senpai... l'interpela Sarah.

-Je vais voir, la coupa-t-il.

Il referma la porte derrière lui et se dirigea avec une hésitation certaine vers le gymnase. Il y avait bien un bruit de ballon qui rebondissait, et il savait bien que c'était effectivement Aoki, mais il n'était pas sûr de vouloir lui parler. La dernière fois, elle avait faillit lui détruire les côtes, il ne voulait pas vraiment retenter l'expérience. Et en même temps... Il voulait un peu quand même. Il poussa donc la porte et la regarda tirer à mi-chemin entre la ligne des lancers francs et les tirs à trois points. Le ballon rentra proprement.

-Pourquoi est-ce que t'as pas été prise dans l'équipe féminine ? demanda-t-il à voix haute, refusant de s'approcher.

Elle sursauta vivement, lui lança un regard noir, et alla chercher son ballon.

-Je jouais trop perso.

Il fit quelques pas vers elle et récupéra la balle en premier. Il la lui renvoya et la regarda se remettre en place.

-Je te raccompagne ce soir.

-Pardon ?!

Elle avait faillit s'étrangler avec sa salive, et ses yeux étaient tellement ronds qu'ils étaient comparables à des billes.

-Je te raccompagne. C'est Kirenai qui me l'a demandé.

Faux, mais il lui fallait une excuse. Et la blonde n'avait-elle pas sous-entendu qu'il devait se rapprocher de Risa ? Il voulait le croire, sans savoir pourquoi.

-Range ton ballon et suis-moi.

-Oi, j'ai jamais dis que j'étais d'accord !

-Ca tombe bien, c'était pas une question.

-Espèce de...

-Le respect envers tes ainés, tu connais ?

Elle siffla d'indignation, peut-être juste pour la forme, et obtempéra tout de même. Après tout, elle ne l'avouerait jamais, mais elle commençait à apprécier sa compagnie. Elle avait repensé à ses mains sur les siennes tous les soirs, et à chaque moment où son cerveau n'était pas accaparé par autre chose.

-Toi alors... grogna-t-elle.

Il leva les yeux au ciel. Les filles, décidément...